Ne meurs pas, ô mon désert
, traduction de l'américain Pierre Guillaumin, Stock, 1997 (texte abrégé) 


Réédition sous le titre Le Gang de la clef à molette (préface de Robert Redford de 2004), Gallmeister, 2006, 496 p. (même traduction tronquée qu'en 1997)

Quatrième de couverture : Révoltés de voir le somptueux désert de l'Ouest défiguré par les grandes firmes industrielles, quatre insoumis décident d'entrer en lutte contre la "Machine". Un vétéran du Vietnam accroc à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molette - et de dynamite - nos héros écologistes vont devoir affronter les représentants de l'ordre et de la morale lancés à leur poursuite. Commence alors une longue traque dans le désert. Dénonciation cinglante du monde industriel moderne, hommage appuyé à la nature sauvage et hymne à la désobéissance civile, ce livre subversif à la verve tragi-comique sans égale est le grand roman épique de l'Ouest américain. Ce classique, vendu à des millions d'exemplaires depuis sa parution au milieu des années 70, est devenu la bible d'une écologie militante et toujours pacifique... ou presque.


Le gang de la clef à molette
, nouvelle traduction intégrale
de Jacques Mailhos, Gallmeister, illustrations de Robert Crumb, préface de Robert Redford, 2013, 552 p. Préface et illustrations figureront dans les éditions suivantes.


Le gang de la clef à molette, Gallmeister, coll. Totem, 2016, 496 p.


Le gang de la clef à molette
, Gallmeister, 2019, 560 p.

Quatrième de couverture : Révoltés de voir le somptueux désert de l’Ouest défiguré par les industriels, quatre insoumis décident d’entrer en lutte contre la “Machine”. Un vétéran du Vietnam accro à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molette – et de quelques bâtons de dynamite –, ils doivent affronter les représentants de l’ordre et de la morale lancés à leur poursuite. Commence alors une longue traque dans le désert.

 

Edward ABBEY (1927-1989)
Le gang de la clé à molette (The Monkey Wrench Gang, 1975, traduction en 1997)


Le groupe breton a lu ce livre pour le 9 avril 2026.

Sur France Culture : "Edward Abbey, défendre la nature à coups de clef à molette !", avec Élisabeth Quin, Xavier Mauduit, Le Cours de l'histoire, 4 décembre 2025, 58 min.

Sur Arte : Edward Abbey, naturellement subversif !, documentaire de Jeremy Frey et Élisabeth Quin, produit par KM prod et ARTE France, visible sur arte.tv jusqu'au 19 juin 2026, 53 min.

Découvrez l'histoire de la traduction et donc de l'édition du livre, d'abord tronquée, puis intégrale.

Lisez l'interview du traducteur Jacques Mailhos, né en Bretagne !

Vous n'y croyez pas ? Une librairie à Marmande s'appelle Le Gang de la clé à molette.

Vous pensiez que cela lui avait échappé ? François Busnel chronique le livre dans La P'tite Librairie.

Les 8 cotes d'amour du groupe breton
réuni le 9 avril 2026

BrigitteChantal Philippe
Annie Marie-OdileSuzanne
Marie-Thé
et Édith

Marie-Odile
J'ai apprécié ce roman loufoque qui sort des sentiers battus de la littérature pour nous balader sur des chemins rocailleux, rocheux, abrupts, vertigineux et enivrants, mais "nom de Dieu" que tout cela est fatigant, suant, éreintant, pour le lecteur presque autant que pour les quatre personnages, invraisemblablement endurants, je veux citer en premier Seldom Seen Smith, ses femmes, ses pastèques et son invraisemblable connaissance du terrain, Doc Sarvis, sa trousse médicale, ses faiblesses, son éthique et sa "générosité", Hayduke, son audace et sa ténacité de tête brûlée amochée par le Vietnam, son jusqu'au-boutisme de l'extrême extrême et enfin Bonnie, pas si nunuche, faussement naïve, courageuse, libre, qui n'a pas froid aux yeux dans ce monde de brutes et cet univers hostile. Des types, tous différents, tous semblables, tous attachants, partageant les mêmes convictions, que je ne suis pas loin de partager aussi, la même haine des clôtures, des barrages, des panneaux publicitaires, des panneaux publicitaires surtout, et des ponts. Tout ceci sous la plume d'un auteur qui balance à son lecteur, et donc à moi, merci ! de quoi rire souvent (mulot dans la cafetière), réfléchir parfois (l'unanimité, la majorité, la minorité, les limites, la solitude, la non ou pas non-violence, la liberté...), s'amuser (drôles de dialogues où des "je t'aime" peuvent arriver aux moments les plus improbables), s'impressionner (paysages grandioses, fleuves, canyons). Tout cela, à grand renfort d'un vocabulaire incroyable, qu'il s'agisse de mécanique (envie de sauter des pages parfois, mais j'ai résisté) de botanique (émerveillement devant cette connaissance du végétal dont chaque brin d'herbe est nommé par son petit nom), de géographie (innombrables points cardinaux, noms de lieux où j'ai été baladée sans carte, ni boussole !).
Lenteur et longueur des interminables préparatifs, des courses poursuites tout aussi interminables, en jeep, pick-up ou à pied dans l'invraisemblables traque finale notamment, gestes mille fois répétés ("ils enfilèrent leurs sacs à dos" combien de fois ?), inventaires répétés aussi, ont failli avoir raison de ma patience, mais j'ai surmonté tout cela jusqu'à la dernière page, m'appuyant sur mon endurance de lecteur masochiste et mon indulgente sympathie pour l'auteur.
Je reconnais qu'une quantité de détails ont retenu mon intérêt et soutenu mon plaisir. Présence presque réconfortante des oiseaux, jamais loin, jamais oubliés : bruants, rouge-queue, héron, grives, geais etc. témoins involontaires, silencieux, indifférents, des scènes les plus rudes. Sensibilité au vivant, à l'arbre qui "une fois arraché met plusieurs jours à mourir". Jeux avec les mots : "les déserts parlent plusieurs langues dont certaines sont fourchues". Humour au ras de la roche : "péniscopal" pour épiscopal. Clin d'œil : le ranger Edwin Abbot = Edward Abbey. Mise en évidence de l'absurde : "construire toute nouvelle centrale pour alimenter une centrale qui se trouvait être la même centrale que celle qui alimentait la construction d'une centrale". Voilà entre autres et en vrac ce qui me reste de ce roman foutraque.
J'ouvre aux ¾.

Brigitte
Si lire c'est s'évader, rire et réfléchir c'est réussi. Grand ouvert pour ce livre paru il y a cinquante ans, écrit par Edwards Abbey. Je pense retrouver Abbey dans l'un des personnages : militant écologiste amoureux visionnaire des grands espaces américains. Auteur qui m'était inconnu. Il questionne sur la prise de conscience écologique en l'occurrence par les Américains. Thème aujourd'hui encore aujourd'hui cœur de l'actualité et sans doute encore plus questionné sous le règne de Trump, climato sceptique. On peut aussi retrouver ces personnages dans des actions de militants en France.
Je ne m'arrête pas à quelques invraisemblances et j'ai lu ce livre comme je me serais installée devant un bon film d'aventures rocambolesques dans un cinéma en plein air du sud-ouest américain surplombant le Grand Canyon (paysages grandioses, colorés, magiques qui lors d'un voyage m'ont fascinée et que je retrouve si bien décrits dans le livre sans oublier la faune et la flore), le soda ( et non la bière comme les quatre héros) et le paquet de pop-corn à la main, prête à sourire, à rire, à militer avec ces quatre héros destructeurs.
J'ai aimé leur rencontre improbable dans l'Utah pour défendre les paysages magiques du Grand Canyon et l'eau du Colorado. C'est la rencontre de quatre autochtones hors normes, pacifiques dans l'âme. Les panneaux publicitaires en bois sont remplacés par de l'acier ! Où est le problème ? Le gang de la clé à molette prend vie et se déchaîne contre le béton, contre les machines qui défigurent ces paysages merveilleux.
Peu de choses arrêtent Bonnie, femme émancipée bien sympathique et ses trois comparses si différents : le mormon, l'ancien du Vietnam, le docteur (étrange conception de la médecine et de la chirurgie !). Ils sont tour à tour à la limite du délire… Ils apprennent à se connaître et à tirer intelligemment partie des atouts de chacun. Pour moi une question se profile : est-ce possible d'être à 100% écolo ?... Combien de canettes souillent le sol qu'ils ont arpenté… Je pourrais revenir sur leurs repas et leurs véhicules... Au-delà de ces dernières remarques je pense que la démonstration de l'auteur est réussie et tous les quatre sont des écologistes convaincus et convaincants. Beau résumé de Doc : "Regarde-moi tous ces types qui roulent sur leurs roues de caoutchouc dans leurs engins entropiques de deux tonnes, à polluer l'air qu'on respire, à violer la terre pour offrir un tour gratis à leurs gros culs d'américains avachie. Six pour cent de la population mondiale engloutissent quarante pour cent du pétrole brut de la planète"…. Ces quatre mercenaires courageux, plus nature que nature, usant volontiers d'un langage populaire voir un peu "vert" ont un humour grinçant pour mieux parler d'un sujet grave. Habile tactique de l'auteur pour captiver le lecteur et l'engager à se positionner ?
Ils ont des valeurs. La violence contre un homme et faire couler du sang les repoussent. Ces quatre personnages ont quelque chose en plus…un grain de folie qui entraîne le lecteur et je ne peux qu'adhérer à leur désobéissance civique. Au fil des pages la limite entre leurs actions et ce qui est légal s'effacent jusqu'à ce qu'ils soient rattrapés. Je m'attache aux personnages et je vis pleinement la traque, ce qu'ils appellent "la battue aux lapins" eux étant les lapins. Ils savent à quelle sauce ils vont être mangés. Je trouve la chute très morale mais ça ne me déplaît pas !
Annie
Découvrant cet auteur dont j'avais vaguement entendu parler mais sans aller au-delà, j'ai commencé par chercher quelques renseignements sur lui, sur sa carrière, ses activités et son visage ; il me semblait important de voir si l'allure était en rapport avec les textes !
À la lecture de ce livre, j'ai pensé qu'il pouvait être autobiographique, ayant été Ranger lui-même ; je lui donne le rôle de George, évidemment. Peut-être le choix des dessins dans l'édition lue est fait pour guider le lecteur dans ce sens, outre donner au livre soit un look de roman graphique, soit un livre de littérature de jeunesse.
Pour commencer, j'ai trouvé très intéressante et touchante la préface de Robert Redford. Et puis c'est quand même Robert Redford, alors on est curieux !!!
Je suis très facilement entrée dans l'histoire de ces personnages que l'on comprend vite être des activistes radicaux, des idéalistes, des écologistes vengeurs, des anarchistes, des empêcheurs de tourner en rond. J'ai beaucoup ri au début, avec le langage très cru, les expressions... Un monde de testostérone et de bière ! J'ai aimé accompagner ce groupe de déjantés dans leurs délires et dans leurs croisades contre le progrès qui abîme tout, qui détruit la nature et ce qu'ils ont connu avant.
J'ai aimé les silences et les dialogues percutants, les gens qui se comprennent sans se parler, leur complicité rapide.
Je me suis surprise à les encourager, à avoir peur pour eux, à espérer que ça marche à chaque destruction. On vit les événements comme ils se présentent et même si parfois c'est vraiment tiré par les cheveux, je me suis laissé embarquer. Tout y est : les odeurs (corporelles et autres), la saleté, la poussière, la boue, la crasse. La présence d'une femme dans le groupe m'a semblé intéressante pour que ce ne soit pas trop macho, même si on a droit à des répliques très limite sur les femmes. Ces insoumis sont également des amoureux farouches de la nature et j'ai trouvé intéressant que l'auteur leur fasse dire les noms de plantes locales (en latin s'il vous plaît) pour montrer qu'ils ne sont pas que des brutes épaisses ! Et puis les descriptions des paysages ! Magnifiques, envoûtantes, attirantes, juste merveilleuses !
J'ai trouvé un peu longs les préparatifs répétés avant chaque intervention (c'est le bémol que je mets à ce roman). J'ai été très prise par la traque de la fin et le côté de l'histoire américaine du "je fais la loi moi-même" (western, mise à prix...)
Je n'ai pas forcément envie de lire d'autres livres de cet auteur que j'imagine dans le même registre, mais j'ai aimé cette découverte.
J'ouvre aux trois quarts.
Chantal
Avec ce livre, j'ai fait un beau voyage, chaotique certes, long parfois, pénible parfois. Mais ce voyage, je l'ai fait par étapes, pour ne pas le finir trop vite..., j'en avais besoin.
Enchantée dès le prologue par la cérémonie de l'inauguration du pont de Glenn Canyon : paysages, personnages, discours interminables, décrits dans les moindres détails, l'apothéose finale avec le feu d'artifice suivi d'une explosion du pont, celui-ci plongeant dans le fleuve Colorado en pièces détachée... waouh !
J'aime la présentation des quatre personnages, tous un peu (beaucoup) barjos, mais si attachants, qui donnent envie de prendre une tronçonneuse et de les suivre.
J'ai adhéré tout de suite à leur théorie de la "destruction créatrice" : détruire les "outils" du capitalisme lui-même destructeur des hommes et de la nature. Leur contrat : détruire sans tuer d'humains. Très actuel : les défenseurs d'autoroutes inutiles, L214, José Bové et le MacDo, les Bretons pas en reste... : antenne de Roc Tredudon, portiques des bonnets rouges...
Le talent d'Édouard Abbey : manier sans cesse l'humour pour faire passer son message. On rit, on sourit, sans arrêt, mais jamais on ne perd de vue cette Nature, sa beauté sauvage, en train de se faire massacrer, violer.
Il a une tendresse pour ses quatre déjantés (dont il fait partie ?), leur amitié, leur solidarité sans faille, même lorsqu'ils ne sont pas d'accord...
Et dans cet activisme forcené, les uns déterminés à tout détruire pour le bien de l'économie, les autres tout aussi déterminés à lutter contre eux pour le bien de l'humanité .... Dans cette lutte terrible, toujours il nous montre la Nature : les oiseaux et leurs chants, les arbres et les plantes qu'il prend soin de nommer en latin, et le vautour très haut dans le ciel qui revient régulièrement, regarde toute cette agitation, philosophe : "agitez-vous, détruisez tout, vous vous détruisez vous-même, la terre restera elle"...
Les détails, avec vocabulaire précis, longs, répétitifs, pourraient lasser, mais non. Le lecteur est là, avec les quatre zozos, avec la chaleur, la faim, la soif, les menaces, mais il faut tout prévoir, tout calculer, les tronçonneuses, le sirop de sucre, anticiper chaque mouvement des poursuivants... Le lecteur ne lâche pas, il est heureux avec eux du "travail accompli" !
De plus, j'ai dû étudier les mœurs des mormons (les jack-mormons, les sous-vêtements sacrés... hi hi hi) réviser les luttes anglaises du 19e siècle, les nudités, les champignons de la fièvre du désert... et contempler sur les photos internet ces paysages sublimes du Colorado peu à peu vidé de son eau par les activités humaines.
La traque finale m'a fatiguée, comme elle les a épuisés eux, mais je suis restée, attendant sans y croire un miracle pour Hayduke : ? Mais si ! Miracle certes convenu, mais j'ai aimé qu'il soit vivant et fasse sauter avec un comparse, le pont de Glenn Canyon (cf. le prologue).
J'enlève donc toute réserve et j'ouvre en grand, pour le message et pour le plaisir de lecture.
Edithet
J'ai eu la tentation d'illustrer le fameux livre de P. Bayard dont le titre est Comment parler d'un livre que l'on n'a pas lu ? et de m'en arrêter là, et la tentation d'en rester à ce niveau fut (très, très) forte ! Là aurait été ma participation ! Mais VAC oblige !... Alors !
Avant de commencer le livre, j'ai regardé le film réalisé par Elisabeth Quint et à la suite, écouté l'interview de cette même journaliste interrogée par un historien, et enfin j'ai lu les notes - envoyées par Claire - des éditions précédentes et leurs restructurations… Le raccourcir ? Dommage pour un œuvre aussi étrange par la complexité des descriptions ; celle de l'amour des espaces californiens aussi bien décrits (mais peu envie de m'y engager) et la volonté d'amuser en riant. J'en ai été heureuse et merci Voix au chapitre et Philippe, pour cet effort réel pour traverser les "états" ceux des personnages et ceux des USA.
J'ai enfin commencé le livre avec des "arrêts d'agacement" liés au style et aux modes d'expressions des héros tout en reconnaissant, sans l'apprécier, l'intérêt de ce "manifeste" écologique et de sa forme humoristique. Cela m'a fait me souvenir des Pieds Nickelés, bande illustrée des années 50 et 60 : trois gaillards un peu ingénieux, caricaturés, sans trop de scrupule et qui se jetaient dans des actions périlleuses, un tantinet malhonnêtes. J'en ai été friande.
À propos de l'objet livre, je n'aime pas sa couverture "cow-boy" ; le titre "accrocheur" m'amuse - certes - mais que c'est long ces 630 pages pour en relater leur cavale ! Ce titre avec "la clé à molette" pourrait même être un signe de reconnaissance pour des adeptes de luttes au nom de l'écologie : récemment les informations nous rapportent (reportage à l'appui) que jeter de la soupe sur les œuvres d'art du musée ou se loger dans des arbres pour protester à la construction d'une route non "indispensable" peuvent amener le grand public à la réflexion autour de la cause défendue. J'ai relevé des passages bien analysés truculents et véhéments, concernant le bien-fondé de la lutte contre les destructeurs (voir ici ›les passages).
J'ai été bluffée par les descriptions minutieuses et vraisemblablement réelles des diverses actions de sabotage (rasantes là aussi pour moi), je suis peu bricoleuse et encore moins technicienne.
Les dialogues nombreux m'ont souvent insupportée même si, parfois, j'ai souri. Je n'aime pas les livres dialogués et j'ai tendance (et ce fut le cas ici) à les lire "en diagonale". Des invraisemblances aussi (mais c'est du roman me dis-je) qui se retrouvent presque à chaque épisode du roman. La poursuite de leurs justiciers leur rendant la tâche de plus en plus difficile culmine en invraisemblance dans le chapitre "Au bord du dédale Fin de poursuite" p. 397.
Néanmoins je dois reconnaitre que j'étais intriguée et curieuse de savoir comment le héros (un des quatre) allait pouvoir se tirer d'affaire. Cette remarque s'applique à chaque chapitre racontant minutieusement un nouvel exploit technique, une action grandiose et bruyante et polluante aussi me dis-je : ingénieux Edward Abbey ! Il semble - cet Edward - bien connaître les outils dont il arme ses héros ! Chapeau ! mais ce n'est pas suffisant pour moi pour éprouver du plaisir de lecture.
Le personnage de Bonnie seule femme m'a-t-elle été sympathique ? Pas vraiment, elle est délurée certes, mais conventionnelle : femme coquette, amoureuse, et parfois coquine, fidèle au groupe et fidèle à son homme. J'ai admiré sa résistance à la fatigue, la soif et la faim ! Mais, je n'y crois pas ! Tout aussi improbables sont les traits de caractère des autres complices, ils résistent à tout dans des pires conditions. La bière étant leur carburant et l'élément qui se veut humoristique par la répétition : ainsi le nombre de bouteilles de bière pour évaluer une distance franchie ou à franchir aurait pu me dérider, mais je résiste encore à une lecture sereine.
Reste le chapitre final et la réapparition de Hayduke laissé pour mort quelques chapitres précédents. Quel être génial ! Quel sang-froid !
Je sais que l'auteur a écrit une suite de deux autres tomes, cet happy-end d'Edward Abbey afin de "ressusciter" son héros, ainsi fait notre écrivain national A. Dumas avec les trois Mousquetaires et la suite de leurs aventures : 20 ans après. Je n'achèterai pas les suites, mais je suis heureuse d'avoir participer - bien qu'en renâclant souvent - et en voulant, à plusieurs reprises laisser choir le récit, heureuse donc d'avoir participer à la joyeuse découverte de ce roman.
Je mettrais grand ouvert pour le documentaire (travail mâché) et grand ouvert aussi pour l'entretien. Ouvert au ¼ pour le non-plaisir du texte. De même ¼ pour la truculence des quatre héros et ¾ pour la richesse de documentation de l'auteur bien que cela m'ait été bien pesant à la lecture.
J'ai mis 12 jours pour avaler 630 pages. Heureuse de mon exploit. Il me semble qu'imperceptiblement le ton du livre a déteint sur ma manière d'en parler... En fait j'ai tardé à acheter le livre de Edward Abbey, j'avais un gros a priori, je l'ai acheté peu de temps avant une période de déplacement.
Le prologue de Robert Redfort est touchant, on connaît l'engagement de ce dernier pour la préservation des espaces américains et l'écologie en général. La chance qu'il s'est donné de rencontrer l'auteur ajoute au désir de lire le roman : aurais-je apprécié la compagnie de cet homme taciturne et avare de mots ? "E. Abbey était un roc. Un homme de grande passion, rempli d'amour pour l'ordre naturel des choses. Une forme, de rage contre la mort de la lumière" (janvier 2004, R. Redfort lui aussi parti).
Marie Thé
Voici un livre surprenant que j'ouvre à moitié.
Au début de ma lecture je traînais un peu les pieds devant cette longue traversée du désert qui m'attendait ; et puis je me suis trouvée entraînée dans l'aventure...
Je découvre que la vie est partout dans des lieux pourtant hostiles. Drôle de vie parfois. Le vautour, dont la vie dépend de la mort, mais "même le vautour connaît l'appel du nid"... Et face aux politiques et aux industriels tous redoutables en ces lieux, les quatre personnages principaux, si différents les uns des autres, m'ont fascinée par leur énergie et leur union face à l'adversité. J'ai cependant été lassée par ces marches interminables, de roches en roches, de murailles de pierre en canyons, lassée parfois par ces sabotages qui se succèdent... C'est long et répétitif...
Mais quel bienfait ce livre si différent : on n'entend pas geindre, on respire dans ces grands espaces avec ces quatre compères souvent drôles. Humour très présent, finesse de certains propos souvent, j'aime beaucoup Seldom Smith le mormon, ou encore Dr. Sarvis, les Indiens, les mormons (l'évêque), etc., avec des réflexions savoureuses à leur égard. J'apprécie moins la grossièreté de George, ce vétéran "tête brûlée".
Histoire rocambolesque, longue traque, suspense allant crescendo, fin paisible, j'ai aimé tout cela, même si je regrette une forme de mea culpa... À propos de la fin, j'ajouterai que j'avais deviné exactement ce qui s'était passé pour Hayduke.
J'oubliais l'importance de l'eau qui accompagne ce long texte, sa quête, puis enfin le "déluge", puis ce havre de paix près de la rivière (métaphore).
Et puis, "Loin au-delà de ces galaxies galopantes (...) se cachait Dieu. Le vertébré gazeux."

Philippe
Comme souvent, les publications des éditions Gallmeister ont de très belles couvertures, celle-ci est selon moi, particulièrement réussie. La lecture du roman de Ed. Abbey a été pour moi un vrai moment de plaisir. Je me suis senti transporté dans le Grand Canyon américain, dans la nature sèche et désolée, mais grandiose et hostile, avec les quatre protagonistes qui se rencontrent fortuitement, ils font clan de circonstance, avec pour chacun une personnalité bien particulière. Ils ne sont pas des théoriciens de la protection de la nature. Deux d'entre eux détruisent les panneaux publicitaires pour des raisons esthétiques pas plus. Puis ensemble, ils vont s'attaquer à des autoroutes, des ponts, et au barrage du lac Powell pour retrouver le lit du fleuve Colorado, comme il était avant, sans se poser la question de l'intérêt hydro-électrique pour l'État de l'Utah.
"Hayduke était un saboteur qui bouillait de colère plus qu'il ne pétillait d'esprit.", "Mon job, c'est de sauver la putain de nature sauvage." : il y a beaucoup de Ed. Abbey, dont le surnom était Cactus Ed, dans ce personnage de Hayduke. Il prônait la désobéissance civile, sans violence, en poursuivant l'œuvre du philosophe et naturaliste Henry David Thoreau (1817-1862). J'ai retrouvé dans cette écriture Jim Harrison, que j'affectionne particulièrement.
Je suis surpris de voir employer l'expression "Éco-terrorisme" (p. 62) dans un livre paru aux USA en 1975, republié en 1985. Doit-on l'utilisation de ce terme au traducteur Jacques Maihlas ? En effet, si l'on regarde l'évolution historique de l'usage de ce terme en français, il est nul jusqu'en 1990, et pour prendre en exemple le journal Le Monde, un premier usage éphémère en 2007, et une utilisation régulière à partir de 2017.
Le parc national du Grand Canyon a été fondé en 1919 sur 5000 km2 et 450 km de longueur. La gorge a été creusée par le fleuve Colorado dans le plateau du même nom et les empilements géologiques. La profondeur moyenne de 1 500 mètres. Le débit du fleuve est de 650m3/s. La datation au fond des gorges est de 1,7 milliards d'années, 45 tremblements de terre ont eu lieu au cours du XXe siècle (magnitude de 5 à 6 sur l'échelle de Richter.)
Pendant la lecture de ce livre, j'ai fait une véritable introspection : pourquoi avoir attendu si longtemps pour lire ce livre, que j'ai entendu conseiller par de nombreux spécialistes de la littérature américaine contemporaine ? Pourquoi en avoir proposé la lecture à mes condisciples de Voix au chapitre, assortie de l'insigne honneur d'une acceptation des instances parisiennes, je ne pouvais plus reculer cette fois. Donc pas de quoi m'allonger sur un divan quand même, mais selon moi, de garder ce livre grand ouvert.

Question de Philippe aux éditions Gallmeister du 02/04/2026
Bonjour,
Je viens de terminer la lecture du livre de Edward ABBEY, "le gang de la clef à molette", avec beaucoup de plaisir de lecture comme souvent pour les livres édités par Gallmeister.
Je souhaite obtenir une précision, sur le terme "éco-terrorisme" de la page 62, figure-t-il dans la version originale parue en 1975, et/ou dans la version de 1985. Le terme était-il présent dans la traduction de 2013 déjà ou seulement dans la traduction actuelle de 2017 de Jacques MAILHOS.
En effet, l'évolution historique de l'usage du mot "éco-terrorisme" en français est introuvable avant 1990, dans le journal Le Monde, par exemple très peu employé à partir de 2007 et surtout à partir de 2017.
Au total, dans le roman le terme "éco-terrorisme" est-il uniquement le fait du traducteur ?
Merci de me répondre.
Salutations littéraires.
Philippe GUEGUIN, pour le club de lecture : Voix au chapitre groupe Bretagne (Pontivy-Vannes)
Réponse des éditions Gallmeister du 03/04/2026

Bonjour,
Effectivement, c'est une bonne question. Le terme en VO est "eco-raider", qui ne me semble pas d'un usage courant non plus dans ce sens-là précis. La première traduction parle de "éco-gang". Jacques Mailhos me dit qu'il est possible que le terme "éco-terrorisme" ait été légèrement anachronique, il a aussi pensé à "éco-guerrier", mais qui aurait posé le même problème. Faute d'un équivalent parfait à l'époque, il a privilégié le terme qui lui semblait le plus efficace, fût-il un peu postérieur à l'action.
Et il me charge de vous transmettre ses salutations.
Bien cordialement,
Benjamin Guerif, le 03/04/2026,
Editeur Totem

Guérif est un nom qui compte

Benjamin Guérif, qui a répondu à Philippe, est le fils de François Guérif, un grand éditeur.

François Guérif, né en 1944, après une thèse une thèse intitulée Hantise et espoirs de l'Amérique vus à travers le cinéma de science-fiction, ouvre en 1973 rue Montholon à Paris une librairie de livres d'occasion dédiée au cinéma, à la science-fiction et au roman noir, Le Troisième Œil. En 1977, on lui propose d'animer une première collection de polars chez PAC, "Red Label". Il affirme ses partis pris éditoriaux : même si ce sont des livres de poche, on ne coupe pas les textes, et tant pis s'il faut sortir quatre cents pages au lieu de deux cents... Il travaillera aussi pour "Fayard Noir", "Fleuve Noir" et en 1986 il devient directeur littéraire de la collection "Rivages/Noir" ; il introduit en France des auteurs américains majeurs : James Ellroy, James Lee Burke, Tony Hillerman, Jim Thompson, Charles Williams, etc. Il publiera des livres de référence, comme Le Film noir américain.
Pendant plus de vingt ans (1979-2001), il dirige la revue Polar, centrale pour la réflexion sur le roman noir, ses auteurs, ses codes, son histoire. En 1986, il fonde Rivages/noir.
Plus de 30 ans après y être entré, en 2017, François Guérif quitte les éditions Rivages rachetées en 2013 par Actes Sud, pour rejoindre les éditions Gallmeister. Il est accueilli, telle une légende pour y publier des classiques de la littérature américaine ; il amènera aussi des auteurs contemporains de romans noirs tel William Boyle qui fut le numéro 1000 de la collection Rivages/Noir. Faisant coup double, Oliver Gallmeister a également engagé Benjamin Guérif, fils de François qui travaillait déjà avec lui.

Benjamin Guérif dirigera alors la collection de poche, Totem, lancée en 2010.
Il a lui aussi soutenu une thèse en histoire Rost (Norvège) et la mer à l'époque contemporaine (1800-1930) ; il a vécu en Norvège. Il est d'abord traducteur de romans anglo-saxons et scandinaves, puis éditeur chez Rivages.
Voir deux interviews de lui très intéressantes :
- en 2017 : https://actualitte.com/article/25210/interviews/benjamin-guerif-editions-gallmeister-donner-a-lire-l-amerique-dans-sa-diversite
- en 2024 : https://www.inventoire.com/portrait-dediteur-benjamin-guerif-responsable-de-totem-chez-gallmeister/. Extrait :
"- J’aimerais connaitre la petite histoire derrière certains des titres que vous publiez.
-
Pour Edward Abbey – le Thoreau de l’ouest – cela a commencé avec Le gang de la clé à molette. C’est un des premiers titres qu’Oliver a acheté il y a une vingtaine d’années, un classique des années 70, un titre emblématique de cette époque, un peu hippie, contestataire et foutraque. Sa publication a connu un certain succès, et Oliver a repris d’autres textes qui l’intéressaient, comme Désert solitaire."


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
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