Ne meurs pas, ô mon désert
, traduction de l'américain Pierre Guillaumin, Stock, 1997 (texte abrégé) 


Réédition sous le titre Le Gang de la clef à molette (préface de Robert Redford de 2004), Gallmeister, 2006, 496 p. (même traduction tronquée qu'en 1997)

Quatrième de couverture : Révoltés de voir le somptueux désert de l'Ouest défiguré par les grandes firmes industrielles, quatre insoumis décident d'entrer en lutte contre la "Machine". Un vétéran du Vietnam accroc à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molette - et de dynamite - nos héros écologistes vont devoir affronter les représentants de l'ordre et de la morale lancés à leur poursuite. Commence alors une longue traque dans le désert. Dénonciation cinglante du monde industriel moderne, hommage appuyé à la nature sauvage et hymne à la désobéissance civile, ce livre subversif à la verve tragi-comique sans égale est le grand roman épique de l'Ouest américain. Ce classique, vendu à des millions d'exemplaires depuis sa parution au milieu des années 70, est devenu la bible d'une écologie militante et toujours pacifique... ou presque.


Le gang de la clef à molette
, nouvelle traduction intégrale
de Jacques Mailhos, Gallmeister, illustrations de Robert Crumb, préface de Robert Redford, 2013, 552 p. Préface et illustrations figureront dans les éditions suivantes.


Le gang de la clef à molette, Gallmeister, coll. Totem, 2016, 496 p.


Le gang de la clef à molette
, Gallmeister, 2019, 560 p.

Quatrième de couverture : Révoltés de voir le somptueux désert de l’Ouest défiguré par les industriels, quatre insoumis décident d’entrer en lutte contre la “Machine”. Un vétéran du Vietnam accro à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molette – et de quelques bâtons de dynamite –, ils doivent affronter les représentants de l’ordre et de la morale lancés à leur poursuite. Commence alors une longue traque dans le désert.

Edward ABBEY (1927-1989)
Le gang de la clé à molette (The Monkey Wrench Gang, 1975, traduction en 1997)

Nous avons lu ce livre pour le 18 septembre 2026. Le groupe breton l'a lu en avril dernier. Le nouveau groupe parisien le lira pour le 6 novembre. Quelques infos autour du livre et de l'auteur =>ici.

Les 8 cotes d'amour du groupe breton
réuni le 9 avril 2026

•Brigitte •Chantal •Philippe
•Annie •Marie-Odile •Suzanne
•Marie-Thé
et •Édith

............................................................
Les 11 cotes d'amour de l'ancien groupe parisien
réuni le 18 septembre 2026

•Annick L •Françoise •Jacqueline •Monique L •Richard

entre et•Claire •Etienne
•Catherine
•Fanny •Thomas
•Renée

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Que disent ces 7 absents ?

1. Danièle : je n'ai pas eu le temps de lire le livre, qui semble pourtant sortir de l'ordinaire…

2. Sabine : je ferai faux bond pour Le gang de la clé à molette, je me suis plongée dans La maison vide de Laurent Mauvignier, grande maison de 700 pages...

3. Mégane : je n'ai pas encore ouvert le bouquin, je n'ai bêtement pas lu dans l'ordre et j'ai dû commencer par la fin (je suis au taquet sur Missa sine nomine et Brooklyn).

4. Brigitte : je n'ai presque pas avancé dans la lecture du Gang de la clé à molette, je ne serai donc pas à l'écran ce soir, désolée.

5. Jean : je ne serai finalement pas présent ce soir pour Abbey malheureusement, car je dois faire un passage sur LCI (pas pour parler littérature malheureusement, mais budget de l'État...).

6. Manuel : je n'ai lu que 100 pages et pour l'instant ça me plaît car cela me rappelle un voyage justement dans ce coin-là.

7. Jérémy : je pars en randonnée demain et ne suis pas prêt, dommage j'aurais pu venir en "auditeur libre". Je n'ai pas lu le livre ; j'aime bien lire des pavés, mais seulement quand ils me font envie ; là j'étais un peu rebuté car je sentais le côté loufoque, un truc à la Monty Python un peu lourdingue, avec l'arrière-plan politique des années 70 dont j'avais peur qu'il ait "mal vieilli". Pourtant le côté écolo avait tout pour me plaire mais vraiment je n'étais pas inspiré : je vous lirai pour savoir si je me suis trompé ou pas !

Renée(avis transmis)
J'ai très péniblement lu un tiers du livre. Je n'arrivais pas à m'attacher à ce fumeur écolo qui jette les mégots allumés par la fenêtre et les canettes de bière idem.
Puis j'ai réfléchi : pourquoi je m'impose cette lecture qui m'agace ? Parce que j'ai toujours fini un livre commencé ? Il est temps de me révolter. À partir d'aujourd'hui je ne lirai plus que par plaisir.
Je consulterai vos avis pour essayer de comprendre ce qui vous a plu dans ce roman. Je le ferme en entier avec un cadenas pour être sûre de ne plus le rouvrir par erreur.
Monique L
C'est une fiction hilarante, insolente et extravagante. C'est aussi un roman engagé qui nous invite à réfléchir sur les enjeux environnementaux et sociaux de notre époque. C'est rythmé et plein d'humour.
Les grandes étendues de l'Utah, sa faune et sa flore sont admirablement décrites.
Les personnages de ce road trip sont attachants, irrésistibles. C'est un quatuor improbable d'utopistes déjantés. Ils sont très différents et très typés ce qui permet des dialogues truculents, des réflexions et des débats d'idées intéressants, des propos féministes. Leur point commun est leur détermination à lutter contre les grandes firmes industrielles qui défigurent le désert et ils se promettent de rester ensemble malgré leurs personnalités, leurs histoires et leurs convictions différentes.
On est plongé dans une série d'actions haletantes, de rebondissements inattendus et de moments d'introspection profonde.
Ce qui m'a intéressée, c'est de voir comment un groupe de personnalités aussi diverses peut fonctionner, devenir complices tout en partageant des insultes et des vannes mais en réussissant à faire des choix difficiles. Il y a là :
- Hayduke, un vétéran du Vietnam, inventif, marginal, accroc à la bière et aux armes à feu, incarne l'esprit rebelle et la détermination du groupe
- Dos Sarvis finance le gang et en est le cerveau ; il élabore des plans stratégiques
- Bonnie Abbzug, femme sexy, forte, féministe et indépendante joue un rôle crucial dans les opérations en apportant son courage et sa détermination
- Seldom Seen Smith apporte sa connaissance du désert et sa connexion avec la nature.
L'histoire monte en puissance au fil de la rencontre, du débat d'idées (plutôt que de détruire, ralentir l'avancement et empêcher de construire), du passage aux premiers actes timides, de la confiance qui s'installe, du durcissement des actions, des risques… Et des réactions de leurs poursuivants excédés qui déclenchent une véritable traque dans le désert.
Tout n'est pas crédible mais j'y ai cru, comme les exploits de Hayduke qui se sort des situations les plus improbables et surtout son retour à la fin sont sans doute un peu exagérés, mais...
Je ne me suis pas ennuyée une seconde. J'ai aimé le ton, c'est bourré d'humour, de complicité, d'actions et de réflexions.
J'y ai vu une réflexion sur la place de l'homme dans la nature et une dénonciation des ravages du progrès qui s'opposent à la préservation de la nature et au respect des écosystèmes. Cela invite à réfléchir sur les enjeux environnementaux et sociaux de notre époque, sur notre rapport à la nature, sur notre responsabilité envers les générations futures et sur les compromis que nous sommes prêts à faire pour préserver notre planète. C'est assez adroit pour nous faire ressentir la révolte. Cela ne m'a pas convertie pour autant à accepter les actions radicales.
J'ouvre aux ¾.
Etienne entre et
J'ai d'abord lu
Désert solitaire, livre autobiographique concernant la vie de Ranger de l'auteur, et j'ai bien apprécié. J'étais donc curieux de ce livre de fiction et surtout avec les dessins de Crumb. Ce qui est commun est un humour féroce qui vire au nihilisme, et le monde en prend pour son grade : j'ai reconnu tout de suite.
Les quatre personnages sont bien campés, des Pieds nickelés. Quand ils se rencontrent, il y a un excès de descriptions géographiques ; le décor est très bien décrit, mais avec un excès d'informations qui anesthésie. C'est un défaut présent dans Désert solitaire.
Les dialogues sont loufoques, non crédibles.
J'ai décroché dans des passages assez longs : qui trop embrasse, mal étreint.
Il y a aussi quelque chose de malaisant - d'ailleurs Elisabeth Quin évoque la façon dont il décrit le personnage féminin - à la Audiard, ultra stéréotypé : avec son cerveau reptilien, il s'agit pour elle de se reproduire avec le guerrier le plus puissant. Pourtant, Abbey était très doux, attentionné, mais avec une vision des femmes !...
J'ai fini le livre, c'est sympa avec ces rebondissements. Mais j'ai un peu de mal à comprendre. J'ai une sympathie naturelle pour la défense de la nature et ce débat violence/ non-violence est un débat sans fin très intéressant, emblématique de cette époque.
Mais j'ai trouvé l'ensemble mal écrit, relevant d'une histoire pour enfants. Et le côté nature writing est indigeste.
C'est sympa et maladroit. J'ouvre entre ¼ et ½.

Richard
(qui, depuis plus de 10 ans qu'il participe au groupe n'a JAMAIS ouvert un livre en entier, donc ¾, c'est la pâmoison !)
Pour une fois je ne serai pas très négatif. J'ai assez aimé la construction. Même si c'est spoilé au début.
J'ai beaucoup aimé le mélange activité intense, alternant avec calme et discussion.
Par contre, bien que ce soit facile à lire, il y a des expressions américaines que je ne comprends pas.
J'ai trouvé que dans chaque passage il y a trop de détails. Ça pourrait se lire comme un document, mais c'est trop long pour de la fiction et ce n'était pas nécessaire. Il y a des contradictions entre documentaire illustré ou roman plein de faits réels. Je ne savais pas ce que je lisais : un documentaire ou une fiction.
Les quatre personnages agissent de façon américaine : ils sont contre les actions qui détruisent "leur" nature et qui élèvent des bœufs, mais eux ils roulent sur les routes ainsi créées et mangent la viande des bœufs tués : contradiction. Ces quatre personnages, on ne peut pas ne pas les aimer et sentir une certaine sympathie pour eux, surtout quand ils rencontrent leur fin presque tragique. J'ouvre ¾.
Claire entre et
Avant la lecture, j'étais en bonne condition : Etienne avait tilté pour cet auteur, et j'étais d'emblée acquise par l'enthousiasme d'Elisabeth Quin et poussée par les avis des Bretons l'an dernier, très majoritairement positifs.
J'ai apprécié la présence d'images - cartes, dessins, photos -, la préface sympa, le style et l'humour immédiats. Avec des descriptions marrantes (Smith avait "un nez en bec d'oiseau, la pomme d'Adam proéminente, des oreilles en anses d'amphore, une tignasse en nid de rat délavée par le soleil"), des dialogues amusants, comme celui des deux amants :
"- Épouse-moi, dit-il.
- Pour quoi faire ?
- Je n'en sais rien. J'aime les cérémonies.
- Pourquoi gâcher une relation si parfaitement correcte ? (…)
- M'aimeras-tu encore quand je serai un vieux gros chauve impuissant ?
- Tu es déjà vieux, gros, chauve et impuissant.
- Mais je suis riche. N'oublie pas ça. M'aimerais-tu quand même si j'étais pauvre ?
- Ça m'étonnerait.
" Ça sent la BD.
J'apprécie aussi la comparaison savoureuse pour les premiers ébats : "Abbzug et Hayduke, enfin seuls, se télescopèrent l'un l'autre comme des wagons de fret s'accouplant dans une gare de triage."
Des jeux de mots paraissent bien traduits : "Ces imperceptibles mais irréfragables picotements des poils de l'aine qui sont le prélude garanti à l'amour. Ce mélange de vénérien et de vénération ne saurait exprimer autre chose" (pour "Venereal as a valentine, it could have no other meaning.")
Alors qu'un aspect macho avait été signalé, je n'ai pas suivi cette dénonciation : on est en 1975, et malgré l'ambiance mec, je lis :
"Pas de foutue gonzesse. C'es
t un boulot d'hommes.
- Arrête de parler comme un porc
". Abbzug crève l'écran et alors ? (À quand un film ?).
Je n'ai pas craché sur les mots sortant de l'ordinaire : pondéreux, se déhaler.
..
Et ai apprécié le suspense effectif quand un personnage est poursuivi, chapitre 24
.

Hélas, hélas..., il y a plus de 500 pages, et, surtout, ces qualités relevées ici et là ont fort à faire avec le fond du livre. L
'exergue qui en principe annonce la couleur thématique : je n'ai rien compris. Ça bouge beaucoup et je ne vois pas où : il me manque des cartes d'ensemble. Et surtout, sur le fond
, l'éco-terrorisme, j'ai été atterrée par cette violence, cette jouissance de la destruction et de la violence : "il se leva, machine vibrant entre ses mains, assoiffé de destruction" ; "il avait aussi appris, comme les autres, à apprécier l'art de la destruction méthodique, radicale".
Outre cette violence grossière, je ne vois aucunement un objectif sincère de réflexion écologique. Je vois du blabla, du genre : " Bonnie avait en tête l'amour, le paysage et une cabane dans les pins ; Hayduke, romantique et rêveur lui aussi, pensait surtout à des engins masochistes, à de l'acier qui souffre, du fer soumis à des épreuves peu naturelles, aux multiples avatars de ce qu'il appelait la "destruction créative". D'une manière ou d'une autre, ils allaient ralentir - sinon stopper - le progrès de la Technocratie, la croissance de la Croissance, la dissémination de cette idéologie de cellule cancéreuse."
S'y ajoutent des aspects puérils ; le médecin refuse le vandalisme, certes, mais pour quels motifs ? "- C'est du vandalisme, dit Doc. Je suis contre le vandalisme. Lacérer des sièges, c'est petit-bourgeois."
Un sentiment d'absurdité domine : par exemple est évoquée la destruction du travail du géomètre "annihilant en un jour l'œuvre patiente et experte d'une équipe de quatre géomètres pendant un mois".
J'ai trouvé grotesque l'épisode où le docteur va soigner Lévesque. La psychologie de Georges qui suite à la guerre du Vietnam veut vivre en autarcie ne m'a pas convaincue.
Et que c'est long, ça n'en finit plus leur bricolage technique. Et les poursuites n'en finissent plus, en particulier au chapitre 25. Quel dommage de n'avoir pas la première traduction qui avait désherbé à grands coups de serpe tout ce qui était casse-pieds...
Certes le livre est original, et je suis contente de le connaitre, mais mon plaisir a été limité, limitation assortie de colère écologique vis-à-vis du livre. J'ouvre entre ¼ et ½ (quand même !) et je ne vois pas à qui le conseiller.
Catherine
Je n'avais pas très envie de le lire, en raison du titre et après en avoir parcouru quelques lignes ; je suis restée au final sur ma réserve en le lisant.
Pourtant, il y a des choses que j'ai aimées : j'ai assez aimé les 100 premières pages, j'ai aimé les dessins qui font un peu roman graphique, l'originalité et l'actualité du sujet, le côté branquignol et l'humour, les descriptions des personnages, celle de Seldom Smith en particulier, que Claire a lue et que j'avais notée aussi.
J'ai surtout aimé (et c'est qui m'a retenue de laisser tomber le livre en cours de route) les descriptions de ces paysages somptueux. Elles sont assez longues et détaillées, peut-être un peu trop, mais elles sont très visuelles et m'ont
transportée là-bas (peut-être plus facilement parce que je les ai vues et que j'y ai passé du temps). On comprend mieux pourquoi les personnages y sont tellement attachés et veulent les préserver par tous les moyens des destruction en cours : les routes, les ponts, le lac Powell, l'assèchement du Colorado, le surtourisme et l'extraction minière.
J'ai été gênée par la façon dont ils parlent des Indiens (avec également un court passage sur les Japonais), c'est un discours carrément raciste.
Les personnages m'ont paru aussi très caricaturaux. La seule femme, Bonnie, a certes une maîtrise de littérature, mais on insiste surtout sur son physique, c'est une bombe évidemment, et les trois hommes bavent devant elle. Et de qui tombe-t-elle amoureuse ? Du vétéran viril bien sûr, sexiste, incapable d'aligner trois mots sans jurer. On est en plein dans le cliché. Ça m'a franchement énervée.
Il y a de l'action, au début je me suis laissé prendre, mais j'ai été lassée très vite, c'est très répétitif et ça devient vite ennuyeux, pour moi ; il y a 300 pages de trop : plus ramassé, cela aurait mieux tenu la route.
J'ouvre un quart pour l'actualité du sujet, l'humour et les paysages. Je me suis demandé si c'était bien un livre pour le groupe lecture. Peut-être Désert solitaire m'aurait-il davantage plu.

Jacqueline

J'ai eu assez de mal à rentrer dedans. Il y avait une carte au début, je suis allée voir sur Internet : des images à couper le souffle ! Mais je crois que, sans ces images, les descriptions du livre ne m'auraient pas permis de voir toute la beauté de ce désert. Depuis la parution du roman, le lac s'est un peu asséché, mais la marina est toujours là et je comprends qu'on ait envie de la faire sauter !
Le début avec l'inauguration du pont : un morceau de bravoure ! J'ai pensé aux comices agricoles de Flaubert dans Madame Bovary. Autrefois on le lisait à l'école, privé du récit parallèle de l'entrevue amoureuse d'Emma ! Dans ce prologue, j'ai tiqué au regard ironique sur les Indiens se gavant de nourriture industrielle en écoutant de la musique country tonitruante. Plus tard, je n'ai pas aimé non plus les propos méprisants des héros (par exemple p. 102, Abbzug débarquant à l'aéroport : "c'est épouvantablement moche ce coin ! Qui vit ici ? - Les Indiens. - Trop bien pour eux !") Aucun des protagonistes n'a l'air d'hésiter à leur faire porter le chapeau des destructions. Il est vrai que plus tard p. 274, le docteur pense aux ravages créés par les compagnies avec la complicité du gouvernement et cite, parmi d'autres, "la destruction des peuplements indiens, des pâturages indiens, des sites sacrés et des cimetières indiens"…
Après le prologue, chaque chapitre présente un des personnages, mais je n'arrivais guère à m'y intéresser… Je ne marchais pas. L'humour potache me rappelait
Trois hommes dans un bateau. J'ai apprécié le chapitre "Duologues" où l'on voit leur communauté se former, malgré les doutes et les réticences des uns et des autres. Puis, l'atmosphère de solidarité entre ces hurluberlus dans un environnement sauvage, leur truculence, me rappelait La vierge froide et autres racontars de Riel, sauf que j'avais adoré ! Là, je pensais vraiment que je n'irai pas jusqu'au bout… Je m'étonnais des descriptions des engins qui les humanisent presque au moment de leur destruction… Je voyais de l'ironie dans le sort qui faisait surgir un conducteur inattendu au train automatique, finalement sauvé par les hésitations d'Abbzug à appuyer sur le détonateur, alors qu'elle ignore la nouvelle situation… Au chapitre suivant, le suspense autour de la fouille du véhicule par le ranger, comme son dénouement, m'a rappelé un épisode du polar Fantasia chez les Ploucs (anar et dans mon lointain souvenir, beaucoup mieux !)... J'ai trouvé intéressantes les précisions sur le rôle des compagnies dans le désert. Mais, ce qu'ils font, à quoi ça rime ? Juste le panache ! J'ai adoré le borgne sur le cheval, tel un Deus ex machina...
À peu près, à partir de là, en cessant de prendre le livre au sérieux, en le lisant comme une espèce d'Arsène Lupin, gentleman cambrioleur (je ne l'ai jamais lu !) plein de suspense et de rebondissements bien construits, je me suis prise au jeu et j'y ai pris plaisir. Quand je serai un peu trop fatiguée pour lire autre chose, je lirais bien Le retour du gang [Tête sidérée de Catherine] plutôt qu'un polar…
Je me suis doutée que Hayduke allait resurgir et je suis ravie que le gang ait trouvé des émules… Quant au débat idéologique, autour de leurs actions ou autour de la destruction des machines, c'est autre chose…
J'ouvre aux ¾ pour l'aspect roman d'aventures qui m'a finalement happée.

Thomas
Pour ce qui est de la forme : au début, j'ai trouvé ça bien écrit, parfois presque trop bien écrit même au début, mais très vite l'écriture devient fluide et plutôt agréable. Comme beaucoup d'autres ici, j'ai parfois frôlé l'overdose de détails (géographiques, chimiques et machiniques), dans un récit qui m'a, par moments, paru bien long. Heureusement les dialogues apportent quelques respirations bienvenues, et l'action, assez trépidante dans la seconde partie, est divertissante... Même si certains épisodes manquent quelque peu de crédibilité (le coup de la jeep en rappel, le rapprochement Hayduke/Bonnie, la scène assez ridicule où le premier nommé arrive à s'en sortir face à deux gardes descendus de leur hélico et ayant réussi à prendre la seconde en otage, sans même parler, évidemment, de la fin...). Mais, globalement, ce n'est pas si mal.
Pour ce qui est du fond, maintenant. J'ai d'abord cru, à la lecture de l'avertissement précédant la lecture, que c'était réel, et que l'auteur allait présenter les personnages, avec leurs qualités, leurs défauts et leurs contradictions à manière de Capote dans
De Sang-froid. Hélas, on est bien loin de cette objectivité, et j'ai été bien embêté par ce personnage d'Hayduke que l'auteur tente (avec pas mal de succès) de rendre sympathique. Pourtant, il symbolise pour moi une Amérique qui se regarde le nombril, sans prendre aucun recul. Il semble s'agir pour lui d'une croisière personnelle, où il détruit avant tout pour son plaisir personnel, sans prendre beaucoup le temps de réfléchir. Il n'a aucun souci à envoyer ses innombrables canettes de bière polluer le paysage, ne supporte pas qu'on lui fasse la moindre remarque à ce sujet, s'insurge de toute industrie (souvent à raison, certes), mais est visiblement très heureux de disposer de sa collection d'armes, de rouler partout avec sa jeep (qui consomme un pétrole sans doute extrait en tout respect de la nature...), d'avoir accès à la société de consommation quand cela l'arrange (l'industrie de la bière n'est pourtant pas sans impact environnemental !) et semble nourrir une haine inexpliquée envers les Rangers qui sont pourtant là pour défendre la nature. Ses compagnons ne font guère mieux, se contentant d'arguments idéologiques bien peu développés, alors que la question est des plus intéressantes. Et eux aussi prennent l'avion sans souci, crament ce qui les amuse sans sembler réaliser ce que ces combustions peuvent aussi avoir de toxique... Le seul à avoir une ébauche de réflexion explicitée me semble être le Doc', faisant le lien entre les pathologies qu'il observe et l'exploitation de la nature, mais cela reste très embryonnaire. C'était pourtant avant tout cet aspect-là qui m'attirait le plus dans ce livre, qui me laisse donc fort déçu. Au final, j'ouvre au ¼.

Fanny
J'ai bien aimé le profil de ces personnages atypiques et hauts en couleur : je les ai trouvés tout en sensibilité, malgré les apparences qu'ils donnent parfois. Les illustrations donnent un vrai cachet, j'aurais aimé en voir davantage.
Le fond est intéressant : jusqu'où aller pour défendre ses valeurs ?
J'ai trouvé que le style donne une apparence de légèreté, mais les enjeux moraux, écologiques et sociaux sont sérieux.
J'ai aussi aimé les récits fantasques de cette bande de Pieds Nickelés, par exemple la tractopelle qu'ils ne savent pas arrêter.
J'ai aimé aussi les dialogues qui sont faits de mots simples, parfois argotiques et également de vocabulaire technique précis, voire érudit. Cela correspond bien je trouve au profil des personnages.
Oui mais, je me suis très vite lassée du récit de leurs péripéties, avec une impression de recommencement et un ennui à la lecture ; c'est peut-être lié à un manque d'implication de ma part dans les enjeux écologiques. J'ai arrêté un peu avant la moitié, à force de lire en diagonale, j'avais perdu le fil et ma lecture ne m'apportait plus rien.
Je pense que pour moi, cela aurait mieux fonctionné sous forme de film, voire de roman graphique.
J'ouvre ¼.
Annick L
Quel choc à la lecture de ce roman décoiffant ! J'ai été entraînée dans cette aventure rocambolesque sans reprendre mon souffle, aux côtés de ces quatre justiciers écologistes qui décident de mettre leur grain de sable (voir plus) dans l'engrenage de la monstrueuse machine techno-industrielle qui colonise et détruit la nature sauvage en exploitant ses ressources.
J'ai aimé ces passages magnifiques sur les paysages désertiques de l'Utah et de l'Arizona, qui marquent des pauses entre les séquences d'action et qui m'ont fait voyager. Je me suis attachée aux quatre compères si dissemblables, mais réunis par leur projet de combat écologique, des antihéros à la fois déterminés dans l'action, mais conscients de la vanité de leur entreprise, ce qui les rend touchants. De véritables Pieds nickelés - une impression renforcée par les dessins de Crumb qui les incarnent : Hayducke, le vétéran traumatisé du Vietnam, violent et macho, spécialiste des techniques de sabotage ; Seldom Seen Smith, le mormon polygame, guide expert de randonnées fluviales et grand connaisseur du terrain ; le docteur Jarvis, un idéaliste érudit, financeur du projet ; et son assistante-maîtresse, Bonnie Abzugg, plutôt hippie baba cool, qui a du fil à retordre pour défendre sa place féminine dans l'équipe.
J'ai aussi beaucoup savouré les dialogues percutants, qui servent à multiplier les points de vue sur le pourquoi et comment de leurs initiatives… les quatre n'étant pas toujours d'accord, loin de là ! J'ai également été happée, comme dans un polar, par le suspense qui entoure chacun de leurs sabotages - en toute bonne conscience puisque leur règle de conduite était : "pas de victime humaine" ! Certains combats, périlleux, contre des machines sont de véritables faits d'arme. La scène de tension maximale étant évidemment la cavale finale de Hayducke fuyant ses poursuivants déterminés à le mettre hors de combat.
Les seules séquences qui m'ont vraiment lassée sont les modes d'emploi très précis, très détaillés, pour chaque opération de sabotage ! On aurait pu s'en passer et réduire ainsi le volume des 600 pages. J'ai aussi été gênée par le racisme qui affleure dans certains propos concernant les Indiens et par le rôle que l'auteur attribue à la seule femme de la bande.
Mais je comprends que ce roman original soit devenu une œuvre culte parce qu'Edward Abbey est un écrivain de grand talent, à la fois scénariste, dialoguiste et poète lyrique dans ses évocations de cette nature sauvage dont il voulait préserver la beauté. Un livre qui, de plus, fait terriblement écho à l'actualité : "Drill, drill, drill" disait un certain Donald Trump…
Je terminerai par un hommage appuyé au travail du traducteur.
J'ouvre aux ¾.
Françoise
J'ai beaucoup aimé la langue, l'écriture, le parler truculent, les jeux de mots, les sonorités : on rigole et je me suis beaucoup amusée. Exemples : "Smith stuck a stick of jerky in is teeth", "wrecklamation", "A drink a day keeps a schrink away", "Om sweet Om", etc. Je sais que je suis bon public, les noms m'ont fait rire : Seldom SeenSmith, Evilsizer, Glasscock, Bishop Love... Quant au vin que boit Doc au début, j'ai vérifié : "La Tache" est vraiment un grand cru Romanée Conti, hyper cher.
Je l'ai lu beaucoup comme un polar avec ses invraisemblances : comment ils arrivent à s'en sortir (presque) à chaque fois, c'est jouissif.
Mais les descriptions quant aux préparations, c'est trop long, trop technique. Quand il descend sa jeep en rappel ! Je n'ai pas compris comment il décroche le câble [Thomas explique à Françoise], alors que le genévrier n'est pas si costaud, et il est toujours là. Bon c'est du roman. J'ai adoré cette scène. Et Doc, quand à vélo il se débrouille pour que le camion qu'il a incité à le poursuivre rentre dans un billboard, j'ai kiffé.
Les points négatifs je les ai déjà soulignés : beaucoup de répétitions, des longueurs ; plus ramassé ça aurait été mieux.
Mais les descriptions de paysage avec les oiseaux, j'ai aimé. C'est chouette, mais c'est trop long.
Pour moi le plus gros point négatif, c'est leur racisme vis-à-vis des Indiens. Mais je ne trouve pas que ce soit misogyne, Abbzug est une femme libre, elle fait ce qu'elle veut et ne se laisse pas faire.
Par rapport aux années 70 où j'étais aux États-Unis, je n'ai pas été dépaysée. J'ouvre aux 3/4 avec mes points négatifs : les Indiens et les longueurs.


AUTOUR DU LIVRE ET DE L'AUTEUR

•Sur France Culture : "Edward Abbey, défendre la nature à coups de clef à molette !", avec Élisabeth Quin, Xavier Mauduit, Le Cours de l'histoire, 4 décembre 2025, 58 min.

•Sur Arte :
- Edward Abbey, naturellement subversif !, documentaire de Jeremy Frey et Élisabeth Quin, produit par KM prod et ARTE France, visible sur arte.tv jusqu'au 2 novembre 2026, 53 min.
- Pour les pressés en 2 min 50, sur "ce putain de bouquin" : la reco d'Élisabeth Quin : 28 min sur Youtube.

•Découvrez ›l'histoire de la traduction et donc de l'édition du livre, d'abord tronquée, puis intégrale.

•Lisez l'interview du traducteur Jacques Mailhos.

•Vous pensiez que cela lui avait échappé ? François Busnel chronique le livre dans La P'tite Librairie.

•Vous n'y croyez pas ? Une librairie à Marmande s'appelle Le Gang de la clé à molette. Elle apparaît la semaine même où nous nous retrouvons pour ce livre dans l'émission La Grande Librairie du 16 septembre 2026...

Question de Philippe du groupe breton Voix au chapitre
aux éditions Gallmeister du 02/04/2026
Bonjour,
Je viens de terminer la lecture du livre de Edward ABBEY, Le gang de la clef à molette, avec beaucoup de plaisir de lecture comme souvent pour les livres édités par Gallmeister.
Je souhaite obtenir une précision, sur le terme "éco-terrorisme" de la page 62, figure-t-il dans la version originale parue en 1975, et/ou dans la version de 1985. Le terme était-il présent dans la traduction de 2013 déjà ou seulement dans la traduction actuelle de 2017 de Jacques MAILHOS.
En effet, l'évolution historique de l'usage du mot "éco-terrorisme" en français est introuvable avant 1990, dans le journal Le Monde, par exemple très peu employé à partir de 2007 et surtout à partir de 2017.
Au total, dans le roman le terme "éco-terrorisme" est-il uniquement le fait du traducteur ?
Merci de me répondre.
Salutations littéraires.
Philippe GUEGUIN, pour le club de lecture : Voix au chapitre groupe Bretagne (Pontivy-Vannes)
Réponse des éditions Gallmeister du 03/04/2026

Bonjour,
Effectivement, c'est une bonne question. Le terme en VO est "eco-raider", qui ne me semble pas d'un usage courant non plus dans ce sens-là précis. La première traduction parle de "éco-gang". Jacques Mailhos me dit qu'il est possible que le terme "éco-terrorisme" ait été légèrement anachronique, il a aussi pensé à "éco-guerrier", mais qui aurait posé le même problème. Faute d'un équivalent parfait à l'époque, il a privilégié le terme qui lui semblait le plus efficace, fût-il un peu postérieur à l'action.
Et il me charge de vous transmettre ses salutations.
Bien cordialement,
Benjamin Guerif, le 03/04/2026,
Editeur Totem

Guérif est un nom qui compte

Benjamin Guérif, qui a répondu à Philippe - le lendemain de son message et après avoir consulté le traducteur ! -, est le fils de François Guérif, un grand éditeur.

François Guérif, né en 1944, après une thèse une thèse intitulée Hantise et espoirs de l'Amérique vus à travers le cinéma de science-fiction, ouvre en 1973 rue Montholon à Paris une librairie de livres d'occasion dédiée au cinéma, à la science-fiction et au roman noir, Le Troisième Œil. En 1977, on lui propose d'animer une première collection de polars chez PAC, "Red Label". Il affirme ses partis pris éditoriaux : même si ce sont des livres de poche, on ne coupe pas les textes, et tant pis s'il faut sortir quatre cents pages au lieu de deux cents... Il travaillera aussi pour "Fayard Noir", "Fleuve Noir" et en 1986 il devient directeur littéraire de la collection "Rivages/Noir" ; il introduit en France des auteurs américains majeurs : James Ellroy, James Lee Burke, Tony Hillerman, Jim Thompson, Charles Williams, etc. Il publiera des livres de référence, comme Le Film noir américain. Pendant plus de vingt ans (1979-2001), il dirige la revue Polar, centrale pour la réflexion sur le roman noir, ses auteurs, ses codes, son histoire. En 1986, il fonde Rivages/noir.
Plus de 30 ans après y être entré, en 2017, François Guérif quitte les éditions Rivages rachetées en 2013 par Actes Sud, pour rejoindre les éditions Gallmeister. Il est accueilli, telle une légende pour y publier des classiques de la littérature américaine ; il amènera aussi des auteurs contemporains de romans noirs tel William Boyle qui fut le numéro 1000 de la collection Rivages/Noir. Faisant coup double, Oliver Gallmeister a également engagé Benjamin Guérif, fils de François qui travaillait déjà avec lui.

Benjamin Guérif dirigera alors la collection de poche, Totem, lancée en 2010.
Il a lui aussi soutenu une thèse en histoire Rost (Norvège) et la mer à l'époque contemporaine (1800-1930) ; il a vécu en Norvège. Il est d'abord traducteur de romans anglo-saxons et scandinaves, puis éditeur chez Rivages.
Voir deux interviews de lui très intéressantes :
- en 2017 : https://actualitte.com/article/25210/interviews/benjamin-guerif-editions-gallmeister-donner-a-lire-l-amerique-dans-sa-diversite
- en 2024 : https://www.inventoire.com/portrait-dediteur-benjamin-guerif-responsable-de-totem-chez-gallmeister/. Extrait :
"- J’aimerais connaitre la petite histoire derrière certains des titres que vous publiez.
-
Pour Edward Abbey – le Thoreau de l’ouest – cela a commencé avec Le gang de la clé à molette. C’est un des premiers titres qu’Oliver a acheté il y a une vingtaine d’années, un classique des années 70, un titre emblématique de cette époque, un peu hippie, contestataire et foutraque. Sa publication a connu un certain succès, et Oliver a repris d’autres textes qui l’intéressaient, comme Désert solitaire."


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