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Les 17 livres lus par les lecteurs du groupe |
Roberto Bolaño (1953-2003)
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L'éventail
des 22 lecteurs de l'ancien groupe réuni le 4 septembre |
Thomas
(avis
transmis, faisant au passage le lien avec des livres lus dans le groupe
et à lire...)
Je ne pourrai pas être des vôtres,
mais j'ai quand même fait mes devoirs de vacances ! J'avais même
pris (un peu) d'avance en lisant 2666 en janvier. J'avais beaucoup
aimé la première partie, tant en ce qui concernait le fameux
mystérieux écrivain que ce drôle de "trouple"
formé par ses spécialistes. J'avais peur de la très
longue partie sur les meurtres, mais finalement j'ai beaucoup admiré
sa capacité à en parler sans jamais se répéter
- sacré exercice de style ! -, au point de regretter
qu'il ne les énumère pas tous (j'espère que je ne
ferai pas l'objet d'une dénonciation aux services psychiatriques
après cet aveu...)
La fin m'a laissé sur ma faim, j'espérais de plus amples
éclaircissements ! Après cette expérience un peu
mitigée (de très bons passages mais j'en attendais plus
de ce chef--d'uvre annoncé !), je me suis remis à
l'ouvrage avec Des putains meurtrières cet été...
et je n'ai absolument rien compris. Je n'ai jamais réussi à
saisir ni quel était le réel objet de chacune des nouvelles
individuellement, ni ce qui les unissait... Oublions donc ce rendez-vous
manqué, et ouvrons à moitié pour le seul 2666
!
Pour le reste, dans le désordre et à toutes fins utiles
: Le
Christ s'est arrêté à Eboli, terminé
hier, aurait tout à fait sa place (je me rappelle qu'on l'avait
évoqué ?)
J'ai lu avec beaucoup de retard Le
cornet acoustique,
très bonne surprise malgré une fin qui m'a paru un peu baclée
J'ai aussi énormément apprécié La
vie mode d'emploi de Perec, trop gros pour nous, mais qui me donne
envie de lire d'autres de ses ouvrages comme on l'avait aussi, je crois,
évoqué
:)
Katell
(avis
transmis)
J'ai choisi Un
petit roman lumpen. D'abord parce que c'est un "roman",
ensuite qu'il est "petit", et enfin parce que le mot lumpen
m'intriguait.
Bolaño... Je dois dire que je trouve qu'il y a eu un peu trop de
hype...
Quand 2666
est sorti, quelqu'un - persuadé que j'étais une grande lectrice
- me l'avait offert. Oh là là... ça m'est tombé
des mains, comme dirait Françoise. Je l'ai même bazardé
quand j'ai dû me séparer d'une partie de ma bibliothèque...
Donc, j'ai choisi un "petit" et "roman"... Qu'en penser
? Pas grand-chose, honnêtement... Ça se lit facilement, l'histoire
pourrait être intéressante : deux adolescents orphelins en
Italie, la jeune fille se prostitue plus ou moins, le garçon passe
le balai dans une salle de sport. Mais on sent que l'histoire n'est pas
le propos. Alors quoi ? Le style ? Assez plat... La construction narrative
? Strictement chronologique... Voilà, je pourrais dire que "j'ai
lu Bolaño", pour ma hype personnelle.
Je l'ouvre à moitié.
Sabine entre
et
(avis
transmis)
Comme d'autres parmi le groupe, je suis allée "à l'aveugle"
chez mes libraires acheter des romans de Bolaño et j'ai pris ceux
qu'ils avaient en rayon, en l'occurrence, Un
petit roman lumpen, La
piste de glace et Des
putains meurtrières.
J'irai droit au but : ce furent des lectures peu accrocheuses, sans grand
intérêt, malaisantes (l'histoire de la narratrice et de son
frère avec leurs deux locataires de fortune, berk !) au niveau
du fond.
Après quelques recherches sur l'auteur dont on nous vante sa "valeur
littéraire", je suis restée très sceptique.
Rien dans le style ne m'a plu. Comme d'habitude, je serai très
heureuse de lire les avis positifs du groupe. En revanche... j'ai pu avec
un bonheur immense me plonger dans un livre qui m'attendait depuis un
an, et qui a , bien sûr, un lien avec Bolaño : il s'agit
d'une étude faite par Philippe Sands, avocat international, sur
Augusto Pinochet, 38,
rue de Londres : de l'impunité, Pinochet et le nazi de Patagonie.
Sands cite à plusieurs reprises Bolaño dont la lecture lui
a permis de mener plus avant ses recherches sur Walther Rauff ("La
fiction débouche sur la réalité", écrit
P. Sands). Ainsi donc, j'invite le groupe-lecture à lire les
ouvrages de P. Sands qui sont de véritables "thrillers"
(Retour
à Lemberg est absolument fascinant) et expliquent comment
sont nés les concepts de "crimes de guerre" et "crimes
contre l'humanité". De la même façon, après
ce détour par la réalité, je veux bien revenir vers
la fiction de Bolaño et lire ses romans Nocturne
du Chili et Le
troisième Reich.
J'ouvre mes lectures bolañesques à un tiers.
Jean
(avis
transmis)
J'ai choisi, prudemment, de commencer par les nouvelles, et plusieurs
des treize textes qui composent Des putains meurtrières m'ont
aspiré. Assez courtes, elles se lisent d'une traite. On entre facilement
dans le récit dont le fil se dévide au gré de nombreuses
hésitations entre parenthèses, qui donnent l'impression
que l'auteur nous donne plusieurs choix ou clés de lecture pour
comprendre son histoire.
Plusieurs nouvelles m'ont cependant laissé sur ma faim. Certaines
m'ont semblé un peu trop éthérées, brumeuses
(et pourtant j'aime bien les brumes, j'ai lu plein de Modiano). Je n'ai
pas tellement accroché à la nouvelle éponyme du recueil.
Par contre "Le retour" m'a tout de suite plu, avec cette accroche
amusante sur la nécrophilie. J'ai aussi beaucoup aimé "Buba",
ce qui était loin d'être acquis car je déteste l'univers
du football. À part les histoires fantastiques, les autres m'ont
paru plutôt hantées par un sentiment d'irréalité,
mais avec souvent un petit goût d'inachevé.
Plusieurs nouvelles m'ont quand même permis d'ouvrir une porte étroite
sur l'univers de Bolaño, avec des références à
son père boxeur, au Chili et aux soubresauts révolutionnaires
d'Amérique du Sud. Il est d'ailleurs le protagoniste de la dernière
nouvelle.
Bref, j'ai lu ce recueil avec plaisir, je n'ai pas
eu de révélation, mais j'ai aimé le découvrir
et je veux en lire d'autres ! J'ouvre aux trois quarts.
Mégane
(avis
transmis)
Le
Gaucho insupportable : Bon, je ne suis pas une grande fana de
ce type de littérature, aussi bien écrite soit-elle comme
dans ce cas précis.
Je
l'admets : cette profonde mélancolie désabusée qui
parcourt le roman, à peine tempérée par quelques
piques d'humour sarcastique voilé, me file le bourdon.
Les histoires sont généralement intéressantes certes,
mais me laissent systématiquement un arrière-goût
amer. La dernière, en revanche, avec sa litanie d'auteurs hispanophones
et leurs mérites respectifs, m'a paru totalement indigeste (sans
doute ne suis-je pas assez cultivée dans ce domaine pour apprécier
à sa juste valeur l'esprit critique de l'auteur ?).
Qualité littéraire indéniable, mais fort probable
que je ne me souviendrai pas des histoires, davantage de ce sentiment
de tristesse diffuse, bien malheureusement.
Les
putains meurtrières : Décidément trop dark,
oppressant, gore pour moi ; je n'ai pas réussi à finir ce
recueil de nouvelles dans lequel Bolaño exprime tout le désespoir
des déracinés chiliens à la suite du coup d'état
chilien de 1973 qui a vu l'assassinat d'Allende.
Le premier récit est extrêmement dérangeant quoique
malheureusement probablement réaliste, le second m'a achevée.
Richard
(à
l'écran puis avis transmis)
J'ai eu beaucoup de mal et de patience pour terminer ce livre, Étoile
distante, car il y a trop de détails entre le récit
principal et les sous-histoires, avec l'ajout de détails chaque
fois qu'un personnage est nommé, et surtout le nombre de noms cités
(les premiers chapitre se lisent comme un "Who's Who" du gratin
de la scène intellectuelle et artiste chilienne !). Le résultat
est que pour moi le caractère, les actes et la fin (douteuse) de
Wieder sont occultés.
Je
l'ouvre 1/4.
... Et je me demande comment on peut écrire des versets entiers
de la Bible dans le ciel. Même les pilotes de la patrouille de France
ne l'ont pas fait !
Claire (après vérification après la séance)
L'écriture
dans le ciel, qui joue un rôle invraisemblable dans le roman
Étoile
distante, n'est
pas une invention poétique de Bolaño,
puisqu'elle existe depuis 1932... Robert Filliou, figure de l'art des
années soixante et satellite Fluxus, a écrit des poèmes
dans le ciel (cf. Emma Gazano, "Pirater
l'avion, quelques cas de recyclages idiomatiques par l'écriture
dans le ciel de Robert Filliou", Trans-, revue de littérature
générale et comparée, Presses de la Sorbonne Nouvelle,
2023).
Etienne
(à l'écran)
Je n'ai jamais poussé à le lire dans le groupe, non pas
par ce que j'avais peur de ce qu'on pourrait dire de lui, mais parce que
je craignais de ne pas arriver à expliquer combien il s'agit d'un
des plus grands écrivains de la fin du XXe siècle avec Sebald
et Krasznahorkai à mon sens.
J'ai finalement constaté que la plupart des critiques avaient le
même sentiment : combien il se dérobe et à quel point
la critique est compliquée (celle de Vila-Matas dans Le
Monde est la plus juste que j'aie lue). L'univers Bolaño
est complexe : par exemple il a beau se revendiquer d'extrême-gauche,
son écriture est tout sauf militante ou morale et offre de multiples
pistes d'interprétations. Le critique (dont Bolaño se moque
allègrement) marche donc sur une corde raide.
J'ai donc lu il y a presque 10 ans 2666,
puis il y a 3 ans Les détectives sauvages, ainsi qu'Un
petit roman lumpen, et en ai lu 8 cet été ainsi qu'un
peu de poésie (Nocturne du Chili, Tombes de cow-boys, Le gaucho
insupportable, M. Pain, Conseils d'un disciple de Morrison à un
fanatique de Joyce, L'esprit de la science-fiction, La littérature
nazie en Amérique, Des putains meurtrières), j'ai presque
tout aux éditions de L'Olivier.
Je vais procéder par strates, de la plus évidente pour moi
à celle qui se dessine secondairement, pour ce qui me marque.
1) D'abord il y a cette écriture plaisante, dynamique, policière,
sans fioritures, où l'on suit très bien le cheminement de
sa pensée et donc de la narration. Je ne sais pas comment il y
arrive, mais j'ai vraiment la sensation qu'il est en face de moi en train
de me raconter son histoire, je sens sa présence. Et puis il y
a aussi cette capacité incroyable à imbriquer l'histoire
dans l'histoire dans l'histoire à la façon d'une poupée
russe, cela participe probablement au sentiment d'étrangeté
dont je parlerai ensuite.
2) Ensuite vient l'humour, un humour grotesque, bouffon, qui désamorce
toute sensation de surplomb. Un humour détonnant, qui a quelque
chose à voir avec le désespoir et surtout l'auto-dérision
(je n'ai pas souvenir d'un grand écrivain qui l'ait à ce
point).
3) Une ambiance onirique comme jamais je n'en ai lu. Cette impression
de malaise qu'il arrive à construire et où chaque événement
paraît irréel et est pourtant vrai, comme : un prêtre
a bien donné des cours de marxisme à Pinochet, ou l'histoire
de M. Pain a bien eu lieu. Cette capacité à brouiller les
limites du réel, je trouve ça hypnotique et je ne l'ai jamais
ressenti ailleurs, sauf dans le cinéma de David Lynch (à
mon sens Twin
Peaks aurait pu être scénarisé par Bolaño).
4) Enfin pour terminer, il y a le fond, ses obsessions :
- le mal au 20e siècle, ce trou noir, cette absurdité sans
réponse
- la capacité de la littérature à y faire face
- et pour terminer, l'attente d'une révélation qui n'arrive
pas, mais que l'on continuera toujours à espérer, à
l'image de ce rat humanisé dans Le gaucho insupportable
qui essaye de comprendre pourquoi des rats s'en prennent à d'autres
rats et les tuent. Finalement nous sommes tous des détectives sauvages...
J'ai évidemment oublié d'autres thématiques comme
la poésie et son importance, la satire féroce du milieu
littéraire, l'érudition.
Je terminerai en soulignant la cohérence de son uvre - comme
beaucoup, je pense que tous ses écrits représentent une
seule et même uvre - et enfin sa capacité à
échapper, à se dérober à une analyse intangible
pour revenir à mon point de départ.
Annick![]()
Nocturne du Chili est un roman
intense et très sombre qui dénonce, en arrière-plan,
le silence et les compromissions d'une certaine partie des intellectuels
chiliens pendant la dictature de Pinochet. Mais ce n'est pas un récit
qui se place du côté des victimes. Au contraire, le lecteur
est plongé sans interruption dans l'esprit de l'un d'entre eux,
le père Icabache, membre éminent de l'Opus Dei, un érudit
qui se targue d'être un grand critique littéraire et un poète.
Il est à l'agonie et il repasse le film de sa vie dans un long
monologue intérieur tourmenté.
Son récit est encombré par d'innombrables références
littéraires très pointues dont la plupart échappent
à la lectrice ordinaire que je suis, ce qui est vite ennuyeux.
Au milieu de ce flot, quelques scènes marquantes remontent, au
fil de son parcours et dressent le portrait d'un personnage qui se considère
comme un auteur imbu de lui-même et prêt à tout pour
rester du côté des puissants. Il aime par-dessus tout fréquenter
les cercles littéraires réputés, y compris pendant
la dictature où une bonne partie des intellectuels ont fui ou ont
été exécutés.
Ce qui est le plus insupportable c'est son absence totale d'empathie humaine,
voire son cynisme terrifiant : une scène est particulièrement
marquante dans un salon tenu par une certaine Maria Canales, dont le mari
américain - inspirés par deux figures bien réelles
de collaborateurs avec la junte - se révèlera être
un agent chargé de former la police politique chilienne aux techniques
d'interrogatoires sous la torture Et pendant que ces mondains pérorent,
dans les sous-sols de la belle demeure des prisonniers agonisent. Une
scène marquante.
Tout y est noir, sordide et violent, dans une sorte de fascination pour
le mal..
La démonstration par cet écrivain d'origine chilienne est
d'une efficacité redoutable mais cette lecture m'a fortement éprouvée
et je ne la recommanderai à personne.
Je crois que ce n'était pas la bonne entrée dans l'uvre
de Bolaño et je suis curieuse d'entendre ceux qui sont férus
de cet écrivain nous parler de celui-ci.
Je ne sais pas comment ouvrir
un quart peut-être.
Rozenn
ou/et
ou/et
ou/et
ou/et![]()
J'aurais aimé qu'on tourne dans l'autre sens, afin de savoir quel
est mon avis qui n'est pas encore très net
J'ai commencé 2666 : la première partie ça
allait et puis le meurtre des prostituées, ça je ne le lis
pas. Des descriptions ? Il y en a beaucoup. Pourquoi ?! Pourquoi
je vais continuer ça tout l'été ? ! Les viols, on
commence par s'en lasser dans le village, et moi aussi !
Je mets des astérisques quand quelque chose me plaît, et
il y en a plein, alors que c'est dans un truc glauque. Une pépite,
une pépite et encore une pépite... Bon, j'ai continué
jusqu'à 80 % et puis je me suis dit, je vais aller voir les nouvelles :
on retrouve quelque chose du roman, un personnage dont on voit la jeunesse.
Mais pour ce qui est de ces Putains meurtrières, je ne suis
pas capable d'absorber toute l'uvre comme ça.
Je n'ai toujours pas d'avis.
Il y a des phrases que j'aime, mais pas le tout.
C'est vrai qu'il aborde des problèmes, mais qu'on n'a pas besoin
de revoir.
En tout cas, quelque chose dans l'écriture me plaît vraiment :
des détails, l'humour, des phrases. Quant à l'impression
globale, je ne sais pas.
Danièle
Je ne connaissais rien de Bolaño et j'ai donc choisi d'abord un
titre qui m'intéressait : La littérature nazie en Amérique,
puisque je ne connaissais jusqu'à présent que le monde nazi
de l'époque de ses débuts et en Europe. J'ai eu du mal à
m'intéresser à toute une nomenclature d'écrivains
que je ne connaissais pas du tout, jusqu'à ce que je comprenne
que c'était une liste fictive d'écrivains en partie fictifs.
On navigue entre la réalité et la fiction, sans savoir ce
que cela apporte, à mon avis. Ces descriptions aux détails
inintéressants, des dates qu'on oublie vite, tellement il y en
a. Des digressions, des passages à tiroirs qui ne m'ont pas séduite.
Vraiment rebutée, j'ai quand même cherché ce qui pouvait
m'intéresser. J'ai trouvé l'originalité de certaines
images qui montrent comment le nazisme en Amérique du Sud prend
ses racines, fluctue, se cache ou
au contraire s'affiche (par exemple,
p. 64 et 74 dans les acrostiches qui doivent être découverts,
mais pas trop facilement pour former le texte VIVA HITLER), qui a fait
scandale, dans un climat très compliqué. Je remarque au
passage que la plupart des philosophes et poètes finissent en établissement
pour malades mentaux
je n'en tire aucune conclusion définitive
j'ai tendance à penser que l'auteur veut montrer comment ces intellectuels
souffrent de n'être pas compris. Mais là s'est arrêtée
ma recherche, la lecture de ce livre ne me procurant aucun plaisir, j'ai
lâché le livre à 52 % (dixit Epub).
Ma deuxième tentative était maladroite, car
trop tardive pour un si gros pavé : j'ai choisi 2666, qui
rallie tant de suffrages parmi les fans
J'ai bien compris que je
ne pourrais venir à bout de cette uvre en si peu de temps.
J'ai salué au passage pas mal d'images poétiques et originales.
Mais surtout, j'ai apprécié l'humour et l'autodérision
de l'auteur dans sa présentation des universitaires avec leur étalage
de productions, les énumérations de congrès, symposiums,
colloques, travaux critiques, essais, et leurs références
jusque dans la vie quotidienne. "[ils se rencontrèrent à
un symposium de littérature allemande à Mannheim], ce
fut un désastre : mauvais hôtel, mauvais repas et organisation
en dessous de tout". P. 22 j'ai souri en lisant la métaphore
filée des campagnes napoléoniennes pour décrire les
conflits entre universitaires : "Prenant
par surprise les spécialistes allemands d'Archimboldi, Pelletier,
secondé par Morini et Espinoza, passa à l'attaque comme
Napoléon à Iéna et c'est en désordre que bientôt
les troupes défaites de Pohl, Schwarz et Borchmeyer se replièrent
vers les cafétérias et tavernes de Brème."
Une phrase longue p. 30 à 38, fruit d'une pensée en
effervescence ? Ou plutôt un exercice de style au contenu artificiel
sans consistance ? C'est une question qu'on peut se poser tout du
long
Dans l'ensemble, je me suis plutôt ennuyée. Si
bien que je n'ai pas pu (faute de temps) et pas eu envie de finir.
Dernière tentative : Étoile distante. J'y ai pris
davantage d'intérêt. L'uvre est centrée sur
un personnage mystérieux et froid, Alberto Wider alias Alberto
Ruiz Tagle. Elle est centrée, du moins pour ce que j'en ai lu,
sur trois personnages masculins et quelques femmes appétissantes
et intelligentes
Puis le roman se perd comme d'habitude sur des
détails descriptifs de batailles, des énumérations
de personnages qui me sont en partie inconnus
je commence à
m'ennuyer sérieusement, avec une très mauvaise conscience
puisque Bolaño jouit d'une réputation extraordinaire. Mais
j'ai le sentiment que je devrais continuer ma lecture.
J'attends donc que vous me m'ouvriez quelques portes
(Et à la fin de la séance : c'est chose faite grâce
à Etienne et Renée entre autres. Il n'y a plus qu'à
Un jour peut-être je me replongerai dans Bolaño
)
Brigitte
(à
l'écran)
Jusqu'ici, je n'avais rien lu de Bolaño.
Un petit roman lumpen est une très bonne surprise. J'admire
la virtuosité et la simplicité de l'écriture. Sans
jamais nous donner à lire quoi que ce soit d'horrible, l'auteur
présente un récit vraiment horrible. L'héroïne
principale, qui est aussi la narratrice, nous rapporte comment elle est
exploitée sexuellement et financièrement par plusieurs hommes,
comment elle préfère s'échapper dans ses rêves
pour survivre à cet environnement délétère
et comment elle y réussit. À l'exception de Bianca, la narratrice,
les personnages, tous étranges, sont toujours désignés
par des surnoms et sont eux aussi des victimes. Très belle découverte.
J'ouvre aux 3/4.
Les détectives sauvages est un ouvrage foisonnant
qui sollicite beaucoup la participation du lecteur. Pour moi, cette lecture
évoque celle de Ulysse de Joyce. En effet, on se perd dans
une foule de détails insignifiants ; il est difficile de se retrouver
au milieu d'une foule de personnages, qui ont en commun d'avoir été
en relation avec l'un des trois personnages principaux que sont Ulises
Lima, Arturo Belano et Cesarea Tinajero, les trois poètes qui incarnent
le réal-viscéralisme. Pour comprendre vraiment de quoi il
s'agit, il faut que le lecteur atteigne la fin du roman ; c'est difficile
car le roman est long et les détours nombreux. Nous avons affaire
à une sociologie des poètes mexicains de la seconde moitié
du XXe siècle : leur mode de vie, souvent très précaire,
leurs préoccupations, leurs déplacements, leurs amours,
leur goût pour l'alcool. Le rôle exercé par leurs parents
auprès d'eux
C'est la découverte d'un écrivain
qui cherche à innover, tant dans l'écriture que dans la
structure du roman. J'ouvre aux 3/4.
Françoise
Ça va pas être long
Claire
Tu dis à chaque fois ça
Françoise![]()
J'ai lu El
Gaucho Insufrible et je me suis piégée toute seule
parce que ce sont des nouvelles (5) et je n'aime pas les nouvelles !
Et je n'ai pas aimé ces nouvelles ; deux m'ont intéressée :
"El gaucho", qui m'a rappelé le livre
d'Isabelle Allende que nous avions lu : c'est un avocat qui part vivre
dans la pampa avec les pauvres, mais ça tourne un peu court. Pour
ce qui est de la première nouvelle, "Jim", l'histoire
d'un Américain, je n'ai rien compris, je n'ai pas vu où
il voulait en venir.
Et "Le policier des rats" dont Etienne a parlé : beurk
de chez beurk. Ensuite, "Littérature+maladie=maladie"
= ????...
Quant au "Voyage d'Alvaro Rousselot", c'est l'histoire d'un
écrivain argentin et d'une certaine Angela Caputo "qui
s'est suicidée d'une manière inimaginable"... :
je suis donc allée voir sur internet comment s'était suicidée
Angela et je me suis aperçue que nous étions beaucoup avoir
fait la même démarche, et pour m'apercevoir que c'était
un personnage fictif..., de même que le soi-disant Alvaro Rousselot
! Ça m'a dégoûtée. Je me suis sentie flouée.
J'admire la façon dont MBougar Sarr parle
du style de Bolaño :
j'aurais bien aimé ressentir la même chose. Mais non, ça
se lit mais je n'ai pas été frappée par l'écriture,
ni l'humour, peut-être parce que j'ai tout pris au premier degré.
J'ouvre 1/4, parce que j'en ai lu trop peu pour fermer complétement,
peut-être qu'en lisant un autre ouvrage, j'aurais ouvert plus.
Fanny
et
et
et![]()
Pour cet été, j'avais fait le choix de lire plusieurs petits
ouvrages, afin d'explorer plusieurs facettes, plutôt qu'un seul
roman plus volumineux. J'ai souffert sur ce parcours...
J'ai commencé par Des putains meurtrières
: j'ai plutôt bien accroché avec la première nouvelle
et le portrait de cet homme, retrouvé des années plus tard.
Mais je me suis vite lassée, notamment avec les nouvelles dans
lesquelles les personnages sont désignés par des lettres.
Le fait qu'ils n'aient pas de nom et le style, trop factuel à mon
goût, bloquent l'empathie. Globalement j'ai trouvé qu'il
y avait de bonnes accroches en début de récit, avec l'envie
de connaître la suite, mais que l'ennui prenait vite le dessus face
à des récits qui tournent en rond et à des thèmes
souvent redondants : poètes torturés, le bien et le mal,
l'exil, l'homosexualité, la violence, la maladie...
J'ai laissé tomber et pris Un petit roman Lumpen. L'intrigue
m'a intéressée. J'ai trouvé le style concis, sans
longueurs ni bavardages, avec des ellipses efficaces au niveau du style.
Le récit est très visuel, les personnages intéressants
et tous bien campés. J'ouvre ½.
Ensuite, je me suis plongée dans Étoile distante.
J'ai aimé le thème et la réflexion sur le Bien/le
Mal/ la poésie. Mais je n'ai pas du tout accroché au style,
je me suis très rapidement perdue dans les différents protagonistes
et j'ai décroché de l'évolution de l'intrigue. J'ai
été jusqu'au bout, mais sans vraiment suivre le fil. Ouvert
¼.
J'ai ensuite lu la nouvelle "Ramirez
Hoffman" qui a fait fonction pour moi de résumé
d'étoiles distantes, ce qui m'a permis d'en avoir une vision plus
claire et synthétique. Mais même sur le format court, je
trouve le style peu plaisant, comme trop haché. Je l'ai lu d'une
traite pour ne pas perdre le fil, mais j'ai trouvé parfois difficile
de passer d'un personnage à l'autre. Sur le fond, je trouve le
personnage et le propos intéressants, car cela échappe au
manichéisme de la figure du bien contre le mal. Ouvert ¼.
J'ai ensuite entamé Nocturne du Chili, bien décidée
à me concentrer dès les premières lignes pour ne
pas perdre le fil du récit. J'ai essayé de m'accrocher,
mais j'ai abandonné à la moitié. Je n'ai pas réussi
à suivre le narrateur dans ses pérégrinations. Pour
moi ça ne va pas plus loin qu'un galimatias. Je ferme sans états
d'âmes.
J'ai repris Des putains meurtrières et en suis venue laborieusement
au bout.
J'ai trouvé les textes souvent très violents, ce qui a rendu
ma lecture difficile et parfois désagréable. Les sujets
tournent en rond. J'ai eu l'impression que Bolaño se livrait parfois
à des exercices de style et qu'à d'autres moments il écrivait
surtout pour se faire plaisir. À quel moment faut-il penser aux
lecteurs ? Ce serait un autre débat, mais pour ma part je
ferme également ce recueil de nouvelles. Et mets fin avec soulagement
à cet épisode bolañoiesque.
Jacqueline
et
J'étais curieuse de Bolaño depuis la
séance sur le Goncourt
de Mbougar Sarr où Etienne nous en avait parlé.
Peu après, j'avais lu vite et facilement Le
Troisième Reich
à cause du titre qui s'est avéré
être celui d'un jeu de stratégie
J'ai un peu oublié
mais, de mémoire, je n'ouvre qu'à moitié.
Ensuite, j'ai emprunté Les
détectives sauvages.
Entre les aléas des emprunts en bibliothèques et les livres
plus urgents, j'ai mis plus de deux ans à le lire ! Je l'ai résumé
ainsi à ma petite fille : "une pseudo enquête autour
d'exilés à Mexico dans les années 70 et sur un groupe
fictif et obscur de poètes. Un livre aussi foisonnant que Proust".
Proust ? L'écriture n'a rien à voir... pourtant, c'est aussi
une lecture
qui se mérite.
Le style ? C'est le style factuel d'une enquête ; cela se lit facilement
mais, à la file, cela peut vite s'avérer lassant ! Cependant,
à partir du moment où je suis rentrée dans sa construction
étonnante, je me suis vraiment
intéressée à
ce livre.
Pour l'instant, il me reste une citation : après 20 pages du récit
d'un émigré chilien sur sa fuite en Europe caché
dans la cale d'un bateau (récit poignant fait à Belano en
1988 dans un bar de Barcelone), j'ai beaucoup apprécié la
conclusion que livre, dans un café parisien où se retrouvent
des émigrés chiliens, l'un d'entre eux en 1989 à
Belano qu'il vient de retrouver : "Belano,
lui ai-je dit, le fond de la question est de savoir si le mal (ou le délit
ou le crime) a une cause ou s'il est fortuit. S'il a une cause, nous pouvons
lutter contre lui, il est difficile de le battre mais une possibilité
existe plus ou moins comme deux boxeurs d'un même poids. Si le mal
est fortuit, au contraire nous sommes foutus. Que Dieu, s'il existe, nous
ait en sa sainte garde. Et c'est à ça que ça se résume"
(p. 607)
Comment j'ouvre ? pas facile ! Je pensais n'ouvrir qu'à moitié
à cause du temps qu'il m'a fallu pour en voir l'intérêt :
J'avais eu un terrible sentiment de fatigue "à quoi bon?",
une impression terrible de dérisoire, qui me renvoyait à
celle que j'avais eue au premier tiers de D'un
château l'autre , quand Céline décrit une
balade onirique jusqu'à la Seine, une sensation d'accablement :
d'une certaine manière le poids d'une défaite
Ici,
est-ce que c'est la défaite de la révolution chilienne face
au coup d'État de Pinochet ? Des révolutions en général
? Est-ce le destin final de l'avenir prometteur de Belano ? Est-ce le
constat d'un monde peu réjouissant ?
Et puis, j'ai découvert la table des matières qui offre
une possibilité de lecture différente. Je serais d'ailleurs
curieuse de savoir par quelles étapes Bolaño est passé
pour écrire ce roman. La lecture de 2066, uvre posthume
de l'auteur, m'en dirait-elle plus ?
Quand nous avions lu le roman
d'Isabelle Allende,
je l'avais ouvert à moitié et celui-ci est littérairement
beaucoup plus créatif ! Je n'ai pas épuisé ce qu'il
raconte de tous les personnages. Je pourrais y revenir et continuer à
l'explorer. Je ne sais pas à qui je le recommanderais ; mais, si
je devais en emporter un sur une île déserte c'est celui
que je choisirais (à condition d'y avoir aussi internet pour m'aider
à apprécier les nombreuses références !).
Cela m'a aussi donné un peu envie de relire
La plus secrète mémoire des hommes qu'à
l'époque je n'avais guère apprécié.
J'ouvre donc finalement aux trois quarts !
Manuel
J'ai lu des Poèmes,
Étoile distante et 2666.
Tout ce qu'aime Etienne, c'est ce que je déteste.
Je n'ai pas aimé les récits emboîtés, on perd
le fil. On est tenu dans 2666 ; mais comme dans les Rougon Macquart,
ça se recoupe, et d'autres on fait cela déjà. C'est
fabriqué. On découvre ainsi qu'il a un fils en prison et
qu'on accuse des meurtres.
Il y a des démonstrations où on ne comprend rien et il finit
par te dire : pas rave si tu ne comprends rien. C'est imbitable. Quant
aux viols, c'est pénible. Il a ses obsessions : les pédés,
les bites de 30 cm, les putes, la corruption.
Les choses qu'on que j'ai aimées : très référencés,
il y a un paquet de poésie.
Je ne comprends pas le but : où tu veux en venir ? Où ?
Quelque chose m'a plu : l'éditeur qui revient. Les entreprises
au Mexique donnent un écho de l'actualité. Je l'ai lu jusqu'au
bout, 2666, pour savoir qui est Archimboldi. Et c'est bien fichu.
Il y a des trucs atroces. Par exemple l'armée nazie, la cargaison
des 500 Juifs dont on ne sait comment se débarrasser. La lecture
est malaisante. Dans Étoile distante, ce sont les photos d'horreur
dans l'exposition
! C'est du Sade (que je n'ai pas lu).
Quelqu'une
Sade, c'est plus drôle !
Manuel![]()
![]()
Je ferme deux fois, il faut être en forme pour lire ça et
je n'ai pas vu l'humour, je n'ai pas vu l'autodérision. Donc fermé.
Catherine
entre
et![]()
Je n'avais jamais lu de livres de Bolaño et j'étais très
motivée par ce qu'en avait dit Étienne. J'ai commencé
par Étoile
distante, puis enchaîné
avec Des putains meurtrières, Nocturne du Chili,
un peu de La littérature nazie en Amérique et la
moitié de 2666 pour l'instant.
Ça n'a pas été une lecture très facile ;
j'ai ressenti un mélange de malaise, de répulsion, mais
aussi de fascination pour cet univers, le thème du mal, de la folie
et aussi, entre autres, du pouvoir de rédemption de la littérature.
On retrouve ces thèmes dans tous ses livres, et en lisant plusieurs,
on a l'impression qu'il s'agit des différentes briques d'une même
uvre.
J'en suis à la quatrième partie de 2666, c'est foisonnant,
on ne sait pas très bien où l'auteur veut nous mener, c'est
bourré de digressions incessantes : je ne comprenais pas très
bien comment tout ça allait s'imbriquer, mais je me suis laissé
porter et je ne l'ai pas lâché. J'ai aimé le début,
cette quête à la recherche d'un écrivain génial
et mystérieux, Archimboldi. Il y a ensuite un côté
enquête, on se demande si on n'est pas dans un polar. J'ai aimé
ce côté disparate, que j'ai ressenti aussi dans les nouvelles
des Putains meurtrières, l'écriture, plutôt
simple, la dimension parfois onirique, en particulier dans Nocturne
du Chili. Les références à de multiples poètes
chiliens ou sud-américains (que pour la plupart je ne connais pas)
m'ont parfois un peu rebutée, en particulier dans Étoile
distante. La liste incessante des meurtres de femmes dans 2666,
qui énumère les types de viols subis, donne un peu la
nausée, le vertige, on se demande un peu le pourquoi de cette liste
macabre. (Ça m'a fait un peu le même effet que les
Bienveillantes, c'est une plongée dans la mal absolu).
J'arrive à la dernière partie, celle d'Arcimboldi, cet écrivain
mystérieux et fascinant. Je ne sais pas encore ce que j'y trouverai.
Au final, ça n'est pas vraiment un livre de plage
,
pas vraiment un plaisir de lecture, mais une découverte que je
ne regrette pas. J'ouvre entre ½ et ¾.
Jérémy ![]()
Avant la lecture d'été
: Je n'étais pas très enthousiasmé. J'aurais voulu
que l'on programme au moins une lecture commune parmi l'uvre de
Bolaño, ce que Claire a refusé avec obstination.
Claire
Ah bon ?
Jérémy
Bon, finalement, c'était moins pire que ce à quoi je m'attendais !
Au-delà de ça, sans que je sache trop pourquoi, je n'étais
pas attiré par les pavés de l'auteur, moi qui les aime habituellement
tant ! Quelque chose résiste... Mais je dois dire que les avis
de certain(e)s m'ont presque donné envie : du glauque, des meurtres,
du sang, génial ! Mon peu d'enthousiasme pour cette lecture
d'été venait peut-être aussi du fait que j'avais déjà
un peu fréquenté Bolaño cette année.
J'ai en effet lu Nocturne du Chili cet hiver en revenant de Madrid,
mais je l'ai en bonne partie oublié. Heureusement qu'Annick m'a
rafraîchi la mémoire avec cette histoire de faucons qui chassent
les pigeons. C'est aussi grâce à elle que je me suis souvenu
que je n'étais pas allé jusqu'au bout. Je me souviens que
pendant ma lecture je m'étais dit "mouais, pourquoi pas, mais
pourquoi ?" Sans que la lecture soit désagréable, je
n'accrochais pas tellement et le moins qu'on puisse dire est que je n'étais
pas tenu en haleine.
Rebelote avec Appels
téléphoniques,
lu en partie au printemps. Il s'agit de nouvelles et là pour le
coup je n'en ai aucun souvenir, sans que la lecture ait été
désagréable.
Après la lecture : Concernant Des putains meurtrières,
au titre accrocheur, comme La littérature nazie en Amérique,
j'avais plutôt bien envie. Je trouve le titre aguicheur, canaille,
intrigant, pas commun ! Du sexe et du sang, génial !
J'ai essayé de lire la nouvelle éponyme, mais je me suis
littéralement endormi dessus... Je ne les ai pas toutes lues, seulement
quelques-unes : "Carnet de bal", "Buba", "Le
Retour" et "Jours de 1978".
Ce n'est pas déplaisant, mais globalement cela ne m'intéresse
pas plus que ça. J'ai du mal à saisir l'enjeu, je ne vois
pas trop où il veut en venir. Enfin il faut tout de même
saluer l'originalité. Cette nouvelle narrée par un homme
qui vient de mourir en boîte de nuit, se dédouble et voit
ce qui arrive à son corps qui finit chez un styliste nécrophile,
c'est quand même quelque chose ! Il y a aussi l'histoire de ces
trois footballeurs dont le succès tiendrait au rite vaudou organisé
par celui d'entre eux qui est africain... Bon, bon. On est dans l'étrange,
le glauque, le poisseux, le morbide. Quelqu'un, Catherine je crois, a
parlé d'atmosphère irréelle. Il y a de ça
aussi oui. Surtout dans "Jours de 1978" je trouve. J'ai eu l'impression
de lire une nouvelle couleur sépia. Le côté irréel
vient peut-être aussi du fait qu'il ne désigne ses personnages
que par la première lettre de leur prénom. Tout cela reste
assez distant et froid, bien que l'histoire en question soit tragique.
Bon, ici, où est-ce qu'il veut en venir ? La détresse
des exilés chiliens qui souffrent d'un syndrome post-traumatique
?
D'un point de vue stylistique, rien de bien flamboyant. "Ça
se laisse lire" comme on dit par chez nous, mais enfin pas de quoi
s'ébaudir.
D'autant moins qu'il y a beaucoup de fautes en plus dans Des putains
meurtrières, mais bon ce n'est pas de la faute de l'auteur
mais celle de l'éditeur et du traducteur, mais bon, ça m'a
quand même agacé.
Ça + ça + ça + ça = j'ouvre au quart. Il paraît
que pour découvrir et apprécier le vrai Bolaño, celui
qui vaut vraiment le coup, il faut se coltiner ses pavés. Pour
cette fois je passe mon tour. Mais j'y reviendrai peut-être, qui
sait !
Claire![]()
Je n'étais pas enthousiaste à l'idée de lire Bolaño,
bien que j'aie poussé à le choisir. Je savais qu'il compte,
que des auteurs et artistes importants le portent aux nues. Mon objectif
était moins d'éprouver un avis personnel que de comprendre
ce qui déclenche l'admiration. Et je remercie Etienne de m'avoir
fait atteindre en partie cet objectif...
J'ai lu d'abord dans La littérature nazie en Amérique
une des biographies fictives de Carlos Ramírez Hoffman, dont le
roman Étoile distante annonce être le développement
: cela m'a permis de voir comment les uvres de Bolaño sont
constituées de renvois les unes aux autres, avec des retrouvailles
de personnages. Ceci crée des liens entre les lecteurs et l'auteur
et entre les lecteurs happy few. J'ai également vu des éléments
retrouvés dans les autres livres : les nombreux poètes,
les ateliers de poésie, l'humour, la cruauté, les identités
floues.
J'étais ravie que ce roman Étoile distante, court
en plus, important semble-t-il, que je venais de lire, soit une composante
forte du spectacle Maldoror que j'ai vu peu après dans la
cour d'honneur lors du Festival d'Avignon, monté par Julien Gosselin
qui avait déjà adapté 2666 (près de
12h de spectacle, Maldoror que la moitié : on peut voir
la pièce
sur Arte)...
Si je m'en tiens à la lecture du roman Étoile distante,
si j'essaie de me centrer uniquement sur le roman, mon plaisir-intérêt
est réduit :
- les références me barbent
- l'enquête, la reconstitution ne me passionnent pas
- le jeu fiction/réalité m'énerve.
Comme il y avait d'autres biographies fictives de La littérature
nazie en Amérique dans le spectacle Maldoror, j'ai lu
celles qui étaient mentionnées dans la pièce : "Ernesto
Pérez Mason", "Daniela de Montecristo", "Willy
Shürholz", "Amado Couto". J'y ai retrouvé les
éléments découverts dans le roman et j'ai été
lassée par le procédé répétitif des
fictions imaginaires, un peu à la Borges.
J'ai lu sans déplaisir les nouvelles des Putains meurtrières.
Dans quelques-unes seulement, j'ai eu l'impression d'entrer dans cette
subjugation : écriture, imagination, art de narrer au plus près
du lecteur, et j'étais alors soufflée - bizarre ce
mot, je pense aussi à celui de Jean, aspiré. À
certains moments, j'étais vraiment emportée par le récit
et une force dans l'écriture. Mais je rejoindrai et Manuel et Jérémy :
pourquoi tout ça, quel est le sens, où ça va, et
ça, ça m'échappe.
J'ai commencé les Détectives sauvages, comprenant
que la composition à grande échelle ne pouvait s'apprécier
que dans ce type de volume, mais j'ai lu d'autres livres alors, comme
Le Guide du Routard de la Lorraine...
J'ouvrirai à moitié mon expérience de lecture de
Bolaño.
Monique![]()
Je suis passé à côté de cet auteur unanimement
salué par la critique. J'ai mauvaise conscience de ne pas avoir
assez persévéré. Peut-être n'étais-je
pas dans un état d'esprit me permettant de me perdre dans cette
lecture qui a été désordonnée et partielle.
J'ai commencé par Les détectives sauvages dont j'ai lu la
première partie, le journal de Juan Garcia Madero. Ça a
été une lecture chaotique, j'ai eu du mal à comprendre
les interactions entre les personnes. C'est rempli de détails dont
j'ai du mal à faire un tout. Il y a des listes de poètes
et auteurs ; au début j'ai voulu me renseigner sur la grande majorité
d'entre eux dont je n'avais aucune idée ; j'ai fini par laisser
tomber car trop chronophage et j'étais incapable de mémoriser
tous ces auteurs. Dans le lot, j'ai remarqué Sophie Podolski, poétesse
et graphiste belge qui n'a écrit qu'un seul livre Le pays où
tout est permis qui est sur
Gallica.
La lecture de Bolaño n'a pas été difficile, mais
pénible. L'intrigue progresse, très lentement noyée
dans des actions qui ne mènent nulle part. C'est touffu et désordonné.
Le sexe est très présent mais jamais excitant. La peinture
d'une jeunesse latino-américaine avec ses idéaux politiques
et artistiques est intéressante mais trop noyée dans le
reste du récit.
Vu le nombre de pages du livre, et craignant ne pas avoir l'endurance
nécessaire pour en terminer la lecture pour septembre, je me suis
lancée dans la lecture des nouvelles Des putains meurtrières.
J'ai eu encore plus de mal à trouver un intérêt à
ma lecture. Seule la nouvelle "Derniers crépuscules sur la
terre" m'a intéressée.
Je suis revenue à la lecture des Détectives sauvages.
Je me suis attaquée à la troisième partie qui est
la suite du journal de la première partie, mais là encore
beaucoup de détails à mes yeux inutiles :
- des listes de mots savants de figure de style ou de structures de poèmes
- la description des détours et erreurs de parcours dans le désert
de Sonora avec des noms de villages (j'ai consulté la carte pour
savoir s'il s'agissait d'une pure invention, eh bien non ! Bolaño
devait avoir la carte sous les yeux en écrivant !)
- des dessins de Mexicains vus de haut comme nous les connaissions étant
enfants.
J'ai eu l'impression de me faire balader à tous les sens du terme.
C'est souvent très érudit, mais quel intérêt
?
J'attendais avec impatience les avis de ceux qui auront apprécié.
J'ouvre au ¼.
Christelle![]()
Tout d'abord, je dois dire que la "formule" de l'été
me convient tout à fait : je préfère les formats
courts et les nouvelles aux "pavés" qui s'étalent
sur plusieurs semaines. Donc, j'ai apprécié d'avoir le choix.
J'ai commencé par Un petit roman lumpen, récit de
la vie d'une fille et de son frère, qui perdent leurs parents à
la fin de l'adolescence, et qui deviennent peu à peu la proie de
personnages mystérieux. L'impression d'étrangeté
tient à la fois aux personnages, dont on ignore l'identité
et qui restent difficiles à cerner, mais aussi aux lieux - notamment
l'immense maison dans laquelle l'héroïne se rend régulièrement
- ainsi qu'à l'absence d'émotion de la fille. Je pense que
le style de Bolaño, concis et sans fioritures, parfois elliptique,
contribue à ce caractère énigmatique du roman, que
je trouve particulièrement réussi.
On retrouve ce style fluide et sobre dans Les putains meurtrières,
ainsi que l'atmosphère insaisissable dans plusieurs des nouvelles,
ce qui m'a particulièrement plu. Quelques détails m'ont
marquée. Dans "Derniers crépuscules sur la terre",
les deux personnages, un fils et son père, sont désignés
par leur initiale B et A, cela donne un caractère très factuel
au texte ; ce ton, ainsi que la chute de cette nouvelle, où
l'on quitte les deux "héros" en situation critique dans
un bar malfamé, m'a donné l'impression de lire le rapport
du policier chargé de l'enquête après le drame (que
j'ai supposé). Dans plusieurs autres nouvelles, j'ai aimé
la capacité de Bolaño à faire ressentir une impression
de menace, une atmosphère lourde. Dans "L'il Silva",
qui se passe en Inde, dans une secte qui pratique des mutilations sexuelles
sur des enfants, l'atmosphère est plus que lourde, mais sordide.
La nouvelle "Les putains meurtrières" qui a donné
son nom au recueil est à mes yeux la moins réussie, plus
artificielle.
J'ai ensuite lu Étoile distante où j'ai retrouvé
la violence présente dans les deux précédents livres,
mais dans un milieu différent, celui des étudiants, une
omniprésence de la poésie (un nombre de références
peut-être un peu assommant), et un caractère plus historique.
Un récit vif et stimulant où art et noirceur se côtoient
chez un seul individu, mais est-ce contradictoire ?
J'ai à peine commencé Nocturne du Chili, mais l'avis
d'Annick n'est franchement pas encourageant ...
J'ouvre aux ¾ pour le format des uvres, le rythme, le style
direct et l'"étrange inquiétude" bien exprimée.
Après avoir écouté les avis, je suis toutefois tout
à fait consciente que pour comprendre Bolaño, il faut avoir
lu un pavé (ce qu'il faudrait que j'envisage...).
Renée
(à
l'écran)
J'avais lu 2666 à sa parution et j'avais été
absolument emballée. À la deuxième lecture, ce texte
m'hypnotise à nouveau. Est-ce c'est le MAL qui me fascine ? Je
ne sais pas car le vocabulaire et le style sont simples. Cependant, j'adore
la construction à tiroirs de ce livre : dans chacun des 5 grands
tiroirs, on ouvre de plus petits tiroirs, qui contiennent des boîtes
qui contiennent d'autres petites boîtes, etc. Malgré toutes
les digressions, ces fragments divers associés forment un tout.
Le monde est chaotique, Bolaño le montre par sa description de
la guerre et des enquêtes sur les assassinats : mépris des
femmes, mépris de la justice, corruption des policiers et des tribunaux,
des prisons, règne de la mafia et des trafics de drogue. La vie
humaine n'a aucune valeur. Bolaño n'en parle pas, mais beaucoup
d'hommes mouraient aussi. Deux scènes sont quasiment insoutenables
: la scène de la castration dans la prison avec les gardiens qui
prennent des photos, comme celle de l'assassinat des Juifs par des enfants
polonais abrutis d'alcool. À chaque fois, j'ai dû arrêter
ma lecture 24h, tant c'était perturbant. La répétition
des crimes, comme une litanie, les enquêtes sans début ni
fin, à certains moments le texte flotte, j'avais une impression
de cauchemar, un vertige qui ne trouve jamais de conclusion, jamais de
fin. Alors qu'on me décrit des horreurs, que la barbarie se répète,
je reste dans une espèce de brume. Cela témoigne du grand
art de Bolaño. Et la Grande question est posée : est-ce
que la littérature peut nous sauver de ce chaos ? Bolaño
le croit puisque tous ses personnages le croient : les critiques qui cherchent
Archimboldi, Amalfitano, et surtout Hans Reiter qui a fait la guerre avec
les nazis, mais qui se régénère en Beno von Arcimboldi,
écrivain témoin de son temps. C'est censé être
un écrivain exceptionnel, c'est lui que recherchent les universitaires.
Les détectives sauvages, c'est un roman protéiforme,
une suite de témoignages subjectifs présentant un portrait
de Arturo Belano (bien entendu c'est Bolaño), Ulises Lima, Cesarea,
ainsi que de la jeunesse du Mexique et du Chili dans ces années
1970 à 1990. Ils veulent TOUS être poètes, même
les caissières de supermarché écrivent des poèmes.
Intuitivement, pour eux, la force de la création résiste
face à la violence de la guerre, face aux dictatures. L'art est
plus fort que tout, il demeure. La puissance de la littérature
fait oublier l'exil et les bouleversements de l'histoire. Un jeune dit
: "Tous les livres du monde attendent que je les lise".
Ils connaissent bien la littérature européenne et taxent
Arturo Belano de "l'André Breton du tiers monde".
J'ai lu aussi Étoile distante qui explore également
le mal enfoui dans l'homme. Il me semble que c'est un résumé
des obsessions de Bolaño. C'est l'inspiration principale du spectacle
de Gosselin, Maldoror, au festival d'Avignon. Il explore la double
personnalité de Carlos Wierder, poète charismatique adulé
par les jeunes poètes, mais criminel froid et calculateur. Il tue
ses amies et expose dans une installation les photos de ses crimes c'est
d'une cruauté glaçante.
J'ai lu également Nocturne du Chili, Des putains meurtrières,
La littérature nazie en Amérique, et Le secret du
mal qui tournent tous autour du même thème : la jeunesse,
sa soif d'art, et la littérature et la poésie peuvent-ils
sauver le monde habité par la violence et le mal en général
?
Odile![]()
![]()
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(avis
transmis)
J'essaie de dire quelques mots sur Les détectives sauvages.
J'ai été très dépitée quand je suis
allée sur le site de Voix au chapitre lire vos avis. Je
pensais que tout le monde allait avoir lu 2666 et/ou Les détectives
sauvages, comme moi et comme mon avis était embrouillé
entre "Magnifique !" et "La barbe...", je comptais
sur cette lecture pour m'éclaircir les idées, et pof ! vous
avez choisi des petits...
J'ai lu il y a longtemps déjà 2666 que j'avais apprécié,
mais quand même avec un avis mitigé dont je ne saurais retrouver
les détails.
Donc j'ai lu (en partie, jusqu'à la page 592 sur 847) Les détectives
sauvages, sans réussir à me décider sur une opinion
catégorique.
Par exemple, dans la première partie, j'ai beaucoup aimé
les tentatives de Juan Garcia Madero de dépucelage : "Ensuite
tout s'est transformé en une succession de faits concrets ou de
noms propres ou de verbes et de chapitres d'un manuel d'anatomie effeuillé
comme une fleur, chaotiquement reliés entre eux."
À la fois sobre, descriptif, plein d'humour et finalement assez
onirique. Et, plus loin : "Les
romans, en général, étaient hétérosexuels,
la poésie, par contre, était absolument homosexuelle, et
les nouvelles, j'en déduis qu'elles étaient bisexuelles,
même s'il n'en a rien dit. À l'intérieur de l'immense
océan de la poésie, il distinguait plusieurs courants :
des pédérastes, des pédales, des pédoques,
des folles, des sodomites, des lopettes, des gonzesses et des efféminés..."
Bien sûr, pas de femmes, sinon hétéros, dans ce panorama
!
Dans la deuxième partie, j'ai été surprise je ne
pas retrouver "notre héros" et très longtemps
pas du tout les poètes partis à la recherche de la poétesse
mythique ancêtre... J'ai lu plein de mini-biographies d'êtres
obscurs et pas passionnants, j'ai quand même retrouvé un
des fondateurs des réal-viscéralistes, Ulises Lima, mais
quelle épave ! Par contre, j'ai aimé des histoires annexes
comme celle de l'amoureux de Peau Divine, que je trouve très attachant
et celle du père des deux filles, souvent interné en hôpital
psychiatrique...
Il y a une forme d'écriture qui me séduit, mais par moments
seulement. Donc, j'ai eu l'impression de m'intéresser plus aux
histoires annexes qu'au thème principal annoncé, la recherche
de la poésie... et, du coup, je n'ai pas d'avis ! Déjà,
je devrais terminer...
|
Le
nouveau groupe parisien réuni le 11 septembre 2026 |
Marie-Noël![]()
J'aime bien m'identifier aux personnages dans un roman, et là je
n'y suis pas parvenue.
Seule la nouvelle "Le retour" m'a intéressée,
et j'ai un peu accroché : au moins c'était original et je
me suis un tout petit peu attachée au personnage (le couturier).
À la fin, on sent qu'il est content d'avoir quelqu'un à
qui parler, c'est une chute !
J'ai aussi bien aimé celle où il parle de sa mère
qui tourne dans des films pornos.
La première nouvelle est très bizarre, le personnage est
un peu travaillé, mais il a une relation ambiguë avec deux
enfants, c'est glauque.
Coté style, on voit dans certains passages que l'auteur écrit
avec de belles tournures ; je pense que c'est voulu de sa part d'utiliser
ce ton morne, plat, sans émotion, mais je ne comprends pas pourquoi
il fait cela et je ne prends pas plaisir à le lire, donc je ne
le recommanderai pas en lecture à un ami, donc je ferme.
Béatrice![]()
J'ai du mal à me souvenir des nouvelles de ce recueil et ça
me revient en parlant avec vous.
D'une manière générale, je ne suis pas fan de nouvelles
et ici encore moins.
Je n'ai pas accroché et je me suis forcée, sauf la nouvelle
sur le père et le fils à Acapulco, qui m'a intéressée.
Le fils lit des poètes français. On ne sait pas trop quelle
relation il a avec son père, peut-être l'aime-t-il, mais
ils semblent éloignés l'un de l'autre, très différents.
Peut-être cet épisode est-il une tentative de rapprochement.
Je ferme le livre.
Noémie![]()
Je n'ai lu que la première nouvelle, mis je fais un rejet absolu,
c'est épidermique ! À la limite j'ai préféré
Leonora
Carrington. Là je me suis arrêtée, je n'ai
pas pu faire l'effort.
Ce qui m'a rebutée, c'est le style pesant. J'ai ressenti une immédiate
antipathie pour le narrateur : je le sens arrogant, prétentieux.
Pourtant la critique l'a encensé, je ne comprends pas. Donc évidemment
je ferme.
(Le groupe cherche des infos sur Bolaño, constate qu'il aurait
73 ans ; il a créé un mouvement "infraréaliste".)
Christine![]()
Je me suis demandé pourquoi je n'entrais pas dans ce livre. Le
style est froid, avec des phrases courtes, descriptives, distanciées.
De plus l'histoire des enfants castrés en Inde ("L'il
Silva", la première nouvelle), m'a choquée. J'ai fait
une recherche et il s'avère que cette pratique est historiquement
et sociologiquement liée à une communauté indienne
qui perdure.
J'ai l'impression que l'auteur se base sur des faits culturels réels
dans tout le livre. D'ailleurs tous les auteurs qu'il cite sont réels
et font partie d'un certain milieu.
Je n'ai pas aimé les nouvelles avec B. Trop impersonnelles. Ce
sont deux solitudes qui coexistent.
J'ai mieux apprécié la nouvelle "Le retour", la
seule nouvelle où j'ai senti une communication. Quant à
la nouvelle "les putains meurtrières", j'ai sursauté
quand j'ai compris que c'était une femme qui parlait. Une femme
qui venge les autres femmes ?
Que raconte Bolaño dans ces nouvelles à part la solitude
et la violence ?
Je ferme le livre.
Anne-Marie![]()
J'avais envie d'essayer. Mais chaque fois que je terminais une page, je
me rendais compte que je l'avais lue mécaniquement, sans prêter
attention au texte. Il fallait recommencer, et ça a été
comme ça presque tout le temps : je me suis promenée
dans ce texte, cette atmosphère glauque, en mourant d'ennui.
Ces nouvelles en plus étaient difficiles à comprendre, avec
les personnages définis en cours de route et pas au début,
il aurait fallu être très attentive, or là, impossible.
Le style est sec, les sentiments ne sont pas exprimés. Seule la
nouvelle "Des putains meurtrières" tient la route, au
moins, le monologue de la femme tient debout, elle raconte clairement
ce qu'elle a à dire. C'est vrai ce que dit Christine, on peut penser
qu'elle essaie de venger les femmes de tout ce qu'elles ont subi par les
hommes. Et c'est dans ce monologue qu'elle dit : "si
elles parlent (les femmes) même si ce n'est qu'un murmure, écoute
les paroles et réfléchis-y, réfléchis à
leur signification, pense à ce qu'elles disent et à ce qu'elles
ne disent pas, essaie de comprendre ce qu'elles veulent dire en réalité.
Les femmes sont des putains meurtrières, Max..."
Mais par ailleurs, je trouve ce livre fatigant, sans intérêt.
Je le ferme complètement.
Véronique![]()
Tout du long du recueil, j'ai eu l'impression de ne pas avoir toutes les
cartes en mains pour comprendre les textes, ce dont ils parlent réellement
: je ne connais pas assez l'histoire chilienne et moins encore celle de
la diaspora des années 70, et c'est clair que dans ce cas, on passe
à côté de la plupart des références,
du sous-texte en quelque sorte.
Ne reste alors plus que le texte en lui-même et... eh bien, dans
plus de la moitié des nouvelles, il ne se passe rien, littéralement,
et ce n'est pas comme si le vide événementiel était
compensé par l'intensité des sentiments : en gros, elles
m'ont mortellement ennuyée, suscitant au mieux des questions auxquelles
je ne peux pas avoir de réponse (par exemple : les nouvelles fades
et vides ont en commun le personnage "B" : est-ce de lui-même
que l'auteur parle ?). Et au milieu de tout cela, deux textes extrêmement
violents, semblant tomber de nulle part et où aucun contexte n'est
donné, ce qui m'a provoqué un certain malaise. Bref, le
recueil de nouvelles ne m'a vraiment pas donné envie de lire autre
chose de Bolaño.
|
Les
cotes d'amour du groupe breton réuni le 24 septembre |
Annie
(avis
transmis)
Lire Bolaño m'a replongée dans mes années lycée
au cours desquelles, en cours d'espagnol, nous parlions beaucoup d'Allende,
de Pinochet, de Pablo Neruda, d'Atahualpa Yupanqui, même si ce dernier
était argentin et non chilien. Nous parlions beaucoup du coup d'état
de 1973 et de ses conséquences.
J'ai acheté Les putains meurtrières et Étoile
distante. J'ai commencé le premier et n'accrochant pas, j'ai
commencé le deuxième. Puis j'ai alterné pour essayer
de m'en sortir, sans succès. Trop sombres et surtout avec une étrange
impression de lourdeur et d'étouffement, liée au style,
davantage qu'au sujet traité. Je n'ai pas aimé les allers
et retours entre fiction et réel et je ne voyais pas où
Bolaño voulait emmener ses lecteurs.
J'ai trouvé que les descriptions de violences, dans un livre comme
dans l'autre, tombaient souvent à plat, alors qu'elles auraient
dû me faire réagir.
Je suis probablement passée à côté d'un grand
auteur ; j'ai pourtant essayé en me forçant à
aller au terme des deux livres choisis.
J'ouvre au quart pour quelques moments de poésie.
Marie
Thé![]()
Quelques
a priori parasitaient mon désir de lecture, je suis passée
outre, mais j'avais raison de me méfier, je n'ouvrirai donc ce
livre, Nocturne du Chili, qu'au 1/4.
Je dirai d'abord que ce "jeune homme aux cheveux blancs", du
début à la fin m'amène à "La
conscience" de Victor Hugo.
Si j'ouvre ainsi ce livre pour moi cauchemardesque, c'est pour quelques
passages poétiques, pour les portraits, et pour l'atmosphère.
J'ai aimé l'apparition merveilleuse de Neruda, l'errance du jeune
prêtre dans la campagne : "l'heureux
équilibre dont... la contemplation de la nature m'avait gratifié."
Belle aussi la cordillère vue de la ville.
Les portraits ont donc retenu mon attention, Farewell en particulier,
inquiétant, trouble, fascinant aussi, dès les premières
pages, "gigantesque oiseau de proie" face à l'"oisillon"
qu'est le jeune père Ibacache. Beaucoup de volatiles d'ailleurs
dans ce livre, une vraie volière... Ah, les curés fauconniers
rencontrés en Europe ! (Mais qui sont les faucons du Chili ?).
Autres portraits en quelques mots méprisants, les paysans : "ils
étaient tous affreux." Dans le "bouge",
"l'insignifiance et le désespoir infinis de mes compatriotes"
: "les porcs souffrent aussi". Maria Canales : "son
visage bovin", ou encore "l'horrible nurse".
Atmosphère oppressante, trouble, angoissante, la troisième
raison qui me fait entrouvrir ce livre, je n'ai pas aimé mais que
c'est réussi !
J'ai été agacée dès le début par tous
ces "peut-être", ces "je ne me souviens plus exactement".
Et que de répétitions, tout au long du livre ! Et cet étalage
de culture !
Et finalement tant mieux lorsque hésitations et répétitions
me permettent d'évoquer Huysmans et quelques titres évocateurs :
À
rebours, lu et aimé grâce à Voix au chapitre.
En ces premières pages, j'ai l'impression qu'on ira dans ce sens... :
L'oblat ;
cet autre titre de Huysmans m'amène à penser que Farewell
pourrait peut-être en être un, un oblat...
Les passages décrivant les rêves, les ombres chinoises, le
peintre guatémaltèque face à Ernst Junger et don
Salvador, l'artisan cordonnier et son uvre aussi, m'ont barbée.
Idem pour les cours de marxisme à Pinochet et la junte, passages
étonnants cependant où Pinochet critique entre autres l'absence
de culture d'Allende, qui ne lit pas, etc. etc.
Je retiendrai les passages décrivant la place des intellectuels
au Chili, dans les soubresauts de l'histoire, dans la société
chilienne, "Dans ce
pays de propriétaires terriens...la littérature est une
extravagance et savoir lire n'est pas un mérite."
Les soirées chez Maria Canales m'apparaissent déplorables
et... terrifiantes.
Importance de la culture, semblant cependant réservée à
une élite dans ce Chili ici décrit, idées fausses
(Français qui ne lisent que des Français, etc.). Je note
encore : aucune illusion sur les politiques, habitude rendant imprudent,
banalité du mal, peur qui empêche de parler.
Et ce refrain des dernières pages appliqué à tout
et n'importe quoi : "Existe-t-il
une solution ?" Je ne cherche même pas à
comprendre.
Enfin, après tout cet étalage de culture, cette dernière
phrase : "Et ensuite
se déchaîne une tempête de merde."
La classe ! Et c'est fini pour Ibacache et... pour le lecteur.
Je ne lirai plus cet auteur.
Marie-Odile![]()
![]()
Bien qu'il ne contienne aucun personnage sympathique, j'ai
aimé Nocturne du Chili, son allure d'Apocalypse, ses visions
étranges sorties on ne sait d'où : les paysans et femmes
à proximité de Là-bas (le nom du domaine de
Farewell auquel le narrateur rend visite ; c'est aussi un roman de Huysmans,
auteur cité dans le livre). J'ai aimé sa prose rythmée,
son style poétique multipliant les reprises, les innombrables anaphores
ou leitmotivs qui donnent force au récit
("j'imaginai", "une
patience", "un effort", "Existe-il une
solution ?", "Vous voulez voir la cave ?" chez
Maria Casales), scandant un texte parfois incantatoire, sans paragraphe,
sans chapitre, avec des phrases qui n'en finissent pas (46 lignes parfois),
mais qui m'ont entraînée comme si je dévalais un fleuve
sans savoir ce qui m'attend.
J'ai noté des comparaisons étranges
: le père vu comme une belette, un furet, une anguille, les yeux
de Farewell "fendus comme des pièges à ours inutilisables",
"la vie est comme un collier de grains de riz, un paysage illisible
sur chaque grain", la soutane : "une sorte de cathédrale
dans laquelle j'habitais nu". Je me suis demandé si Bolaño
se droguait, mais apparemment non.
J'ai aimé l'imagination et la réalité
du Chili emmêlées dans l'évocation des souvenirs parfois
précis, parfois flous de ce prêtre mourant, poète,
critique littéraire, membre de l'Opus Dei "appuyé
sur un coude", voyant apparaître l'énigmatique jeune
homme aux cheveux blancs = jeunesse et vieillesse rapprochées.
Habituellement, je n'aime pas la littérature qui parle de littérature,
mais ici ça m'a intéressée, cette façon de
mettre en avant la poésie, la critique littéraire, comme
des éléments vitaux dans le contexte politique d'un pays.
Le rapport entre les hommes politiques et la littérature est évoqué
avec une légèreté apparente, mais ce n'est pas une
question anodine. Lors des cours de marxisme donnés à Pinochet
par le narrateur, le général s'inquiète des lectures
d'Allende. (Apparemment, ces cours ont vraiment eu lieu et même
la police s'informait sur le marxisme auprès de ceux qu'ils torturaient).
J'ai été horrifiée de
la proximité, chez Maria Canales, des étages où on
se réjouit entre artistes-écrivains et des caves où
se pratique la torture à l'initiative de son mari. Cette scène
racontée deux fois fait froid dans le dos, bien que présentée
avec une certaine retenue. (Car le témoin de
ce fait réel ne dit rien, métaphore des Chiliens
restés au pays qui préfèrent ne pas voir, ne pas
dire car c'est trop dangereux. Les autres ont fui.)
Les Chiliens sont souvent présentés avec dérision
: " le sens du ridicule, le sens le plus aiguisé que nous
Chiliens possédions".
Je me suis amusée de la tournée
européenne concernant la préservation des églises,
cette liste de prêtres avec faucons associés, dont le nom
m'a souvent fait sourire (exemple : Ta Gueule). J'ai adoré
la description du vol des étourneaux en Avignon. Ces pages fonctionnent
comme une série, une succession, tout
comme les pages où le narrateur fait une biographie rapides des
papes.
J'ai été déroutée par nombre de récits
dans le récit, rapportés de façon indirecte,
comme celui où Salvador Reyes raconte sa rencontre à Paris
avec E. Jünger et le peintre guatémaltèque mélancolique
"machin ou truc ou quel que fut le nom du Centraméricain"
= scène étrange, aux innombrables sujets de conversation.
Autre récit aux allures de conte ou de fable politique : celui
que Farewell fait au narrateur : l'Histoire de la Colline des Héros
= projet d'un éminent cordonnier, en Europe centrale, sa réalisation
et sa déchéance jusqu'à l'arrivée des chars
russes. J'ai bien aimé cette histoire, l'évocation incroyable
de toutes les chaussures, l'idée d'un cimetière-musée
en l'honneur des héros de tous les temps et de tous les pays. Le
récit se termine par la question répétée de
Farewell au narrateur : "tu comprends ?" ; eh bien, moi,
lectrice, je ne suis pas sûre d'avoir compris...
Je me dis que le roman ressemble à un assemblage de nouvelles,
que certaines pages comme l'histoire du cordonnier ou de Maria Casales
pourraient se lire pour elles-mêmes.
Certaines phrases font figure d'aphorismes
assénant des vérités avec lesquelles on est, ou pas,
d'accord : "Il n'y a pas de consolation dans les livres",
"la vie est une succession d'erreurs qui nous amènent à
la vérité dernière", "on ne peut
pas grand-chose tout seul contre l'Histoire", "Pourquoi
il nous est arrivé ce qui finalement nous est arrivé ?"
; ou posant des questions philosophiques : "Chacun a l'obligation
morale d'être responsable de ses actes et aussi de ses paroles et
même de ses silences". Et pour moi la question fondamentale
entre toutes : "Est-ce qu'un homme sait toujours
ce qui est bien et ce qui est mal ?"
Pour conclure, un texte hétéroclite que peut justifier le
récit rétrospectif d'un homme en fin de vie, mais dont j'ai
un peu de mal à faire la synthèse. Le narrateur ne justifie
pas lui-même le choix des souvenirs. Au lecteur d'y réfléchir,
mais pour moi c'est pas évident.
J'ouvre ¾ pour le plaisir de lecture quand même, l'étonnement,
la densité du texte, le style, la satisfaction d'avoir réussi
à lire un Bolaño. Et sa façon de montrer que rien
n'est simple, jamais.
Le Troisième Reich est un roman, écrit en 1989,
publié de manière posthume : un livre qui aurait pu me plaire,
mais qui m'a laissée sur ma faim.
Une écriture très simple, à la première personne,
journal d'un jeune Allemand qui se retrouve sur la Costa Brava pour des
vacances avec sa petite amie.
Un narrateur champion de wargames, passionné des mouvements
militaires du Troisième Reich, qui écrit des articles sur
des variantes stratégiques du jeu et dont le but est de faire gagner
l'Allemagne.
Une atmosphère assez vite troublante, des rencontres énigmatiques,
des rêves étranges, des avertissements répétés
sur le danger et des événements inquiétants. Mention
spéciale pour le Brûlé à l'origine mystérieuse
(Amérique latine...), au physique marqué de brûlures
non accidentelles et contre qui plusieurs personnes mettent en garde le
narrateur. Mystère et inquiétude liés à la
disparition en mer d'un "ami" de vacances. Fréquentation
de deux gars étranges surnommés Le Loup et L'Agneau. Un
personnage cité mais toujours absent : le mari de la gérante
de l'hôtel. Départ de la petite amie. Maintien sur place
du narrateur embarqué dans un face à face avec le Brûlé
qui emporte la partie du jeu comme on emporte une guerre.
Mais tout cela se noie dans une évocation du quotidien quelque
peu répétitive. Et surtout la fin n'est pas à la
mesure de ce que laisse attendre le crescendo d'inquiétude.
Atmosphère trouble. Malaise permanent. J'ouvre ½.
Brigitte![]()
J'ai lu Le gaucho insupportable. Bolaño
gravement malade à cinquante ans et se sachant condamné
a remis son ouvrage à son éditeur quelques jours avant sa
mort. J'ouvre ½ après bien des hésitations.
Livre surprenant construit en deux parties. Livre qui ne me laisse pas
indifférente, surtout après m'être intéressée
à cet écrivain chilien que je ne connaissais pas
Mais
une atmosphère "plombée". Lire ce livre un jour
de pluie, un jour maussade, c'est quasi suicidaire. Vous me direz que
le ciel a été bleu tout l'été
Tout d'abord, je lis la première partie : cinq nouvelles très
imagées qui sont pour moi inquiétantes. Mon interprétation :
Bolaño soulève la complexité des rapports humains
dans des contextes géopolitiques dramatiques. Le texte me laisse
une impression presque désagréable de mélancolie
et de tristesse. Puis l'auteur livre une deuxième partie composée
d'extraits de conférences sur son rapport maladie/mort. Pour finir,
Bolaño donne son avis sur la littérature internationale.
Une nouvelle fois, je pense que je n'apprécie pas à leur
juste valeur la lecture de nouvelles. J'ai du mal à en trouver
le sens et à faire des liens. Je vais finir par oser dire que je
n'aime pas les nouvelles : ?? Pas de préambule. Pas de morale.
Faut-il faire des liens? Oui je pense à la lecture de ces cinq
nouvelles. Voici ce que je retiens.
La première, "Jim", m'a laissée
de marbre. Ce texte court est l'histoire d'une rencontre comme chacun
d'entre nous peut en faire !
Puis j'ai souri avec la deuxième. Mais que de mélancolie
émane du texte, "Le gaucho insupportable". Cependant
c'est celle que je préfère. Sur les traces de son passé
lors de la crise économique argentine début du XXIe
siècle, le gaucho, ancien avocat, cherche un nouveau sens à
sa vie dans la pampa au milieu de lapins sauvages parfois agressifs. Il
ne reconnaît plus ce pays déserté, mais il s'adapte,
s'y sent bien et décide d'y vivre. Qui est Gaucho ? Est-ce
uniquement un gardien de troupeau ou/et une personne de gauche, une personne
aux idées révolutionnaires comme l'auteur en côtoie
dans sa famille dont son père ? Je pense que le Gaucho pourrait
être son père. Il est insupportable pour qui ? Pour
son fils Bebe ? Ce dernier serait-il alors Bolaño ?
Suit "Le policier des souris" : un flic souris part à
la recherche du tueur des égouts. Les souris s'entretuent. Climat
angoissant. Ne rien dire, ne rien voir des tortures, des meurtres, des
incarcérations pour sauver sa peau. Lien avec les dictatures d'Amérique
du sud dont le Chili sous Pinochet ?
Puis "Le voyage d'Alvaro Rousselot" (vérification faite
il n'a jamais existé) conduit ce dernier à Paris à
la recherche d'un cinéaste français (Bolaño connaît
la France). Il soutient que ce cinéaste l'a plagié alors
qu'il pourrait être victime du plus pur hasard découvre le
lecteur. Encore du désespoir ! Le danger de croire à
une trahison ?
Pour finir "Deux contes catholiques : la vocation et le hasard".
Je n'ai pas vraiment apprécié. Écriture sombre pour
se dire : à qui faire confiance ? La religion n'est pas gage
de vérité. Ce n'est pas l'Histoire mondiale qui contredit
l'écrivain au fil des décennies.
La deuxième partie du livre m'a intéressée. Bolaño
dit qu'écrire peut-être un acte libérateur. Je retiens :"
maladie+ littérature=maladie". Est-ce à dire que la
maladie incurable balaie et anéantit le savoir, la vie, les rapports
humains ? Bolaño se livre dans un texte fort sur son rapport
à la maladie et à la fin de vie. Ce texte me parle. Mon
passé professionnel resurgit mais pas uniquement
Et enfin le livre se termine sur son rapport à la littérature.
J'ai apprécié la lecture même si certaines références
littéraires et cinématographiques sont restées obscures.
À noter qu'il cite des auteurs lus avec VAC : Baudelaire, Canetti,
Musset, Proust, Allende
Il fait aussi une critique sévère
de la littérature commerciale "celle qui se vend". Notamment
il est cinglant avec l'écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte.
Oups ! J'ai lu deux romans de ce dernier cet été et
j'ai passé un bon moment, même si l'évolution est
souvent prévisible, le contexte historique m'a intéressée.
Même si j'ai écouté avec plaisir et intérêt
les podcasts
sur France Culture et lu des articles sur Bolaño, je n'ai pas
envie de poursuivre dans l'immédiat la lecture de son uvre.
Mais je pense ne pas l'oublier. Je suis contente de ce choix de Voix
au chapitre.
Suzanne
(avis transmis)
Il ne me reste pas grand chose de mes lectures de juillet. J'ai
lu Les putains meurtrières, nouvelles que j'ai trouvées
originales, mais pas d'un grand intérêt : ce qui explique
sans doute l'oubli après deux mois. J'ouvre 1/4.
Soaz
(avis
transmis)
Je n'ai pas encore fini Un petit roman lumpen : pour l'instant,
j'ouvre aux 3/4.
Cindy
(avis
transmis)
J'ouvre en grand Les détectives sauvages, pour l'écriture,
l'histoire et parce que c'est quand même 800 pages ! Mais c'est
profond, même si ça bouscule et c'est un écrivain
qu'il faut lire au moins une fois.
Philippe![]()
Dans chacune de treize nouvelles de ce recueil, Des putains meurtrières,
publié en 2001 et en France en 2003, il est facile de retrouver
la biographie de Roberto Bolaño, exilé politique chilien,
d'abord au Mexique puis en Espagne. À la lecture des nouvelles,
j'ai perçu l'auteur comme un écorché vif, à
la trop courte vie, mort à cinquante ans. On peut lire cette phrase
: "tu ne t'y connais
pas en peinture, mais en revanche, tu t'y connais bien en solitude, ce
qui est la même chose."
Chaque nouvelle fait une vingtaine de pages, parfois un peu trop longue,
mais l'écriture est agréable et fluide. La première
nouvelle, "L'il Silva" est la plus intéressante.
Elle est dédiée aux jeunes Chiliens, nés dans les
années cinquante qui avaient vingt ans à la chute d'Allende,
et donc au début de la dictature Pinochet (11/9/1973).
Roberto Bolaño était un érudit de la littérature
et de la poésie sud-américaine, mais aussi française
et européenne. Dans "Vagabond en France et en Belgique",
le narrateur trouve chez un bouquiniste le numéro
2 de la revue Luna Park, publié en 1976, dont les contributeurs
sont des auteurs belges et européens. Le narrateur, qui n'est autre
que l'auteur, reprend régulièrement au cours de la nouvelle,
la lecture de la revue pendant son voyage, comme un fil rouge et un refuge.
Dans "Carnet de bal", il parle de son illustre compatriote Pablo
Neruda (1904-23/9/1973) décédé officiellement de
maladie, douze jours après la chute d'Allende, dont il avait été
le compagnon de lutte : "Je
l'avoue : je n'ai pas pu lire le livre de mémoire de Neruda sans
me sentir mal, à l'agonie. (...) Combien d'efforts pour cacher
et embellir ce qui a le visage défiguré. (...) Quand nos
noms ne signifieront plus rien, son nom continuera de briller, continuera
à planer sur (...) la littérature chilienne."
Paradoxalement par rapport à mes goûts habituels, j'ai été
intéressés par les deux nouvelles ésotériques
: "Buba" et "Le retour".
Après avoir lu Des putains meurtrières, j'ai pensé
que je prendrais plaisir à découvrir d'autres facettes du
talent de Roberto Bolaño, que je perçois comme un auteur
intéressant.
Pour VAC, je garde le recueil ouvert aux trois quarts.
J'ai choisi de lire Conseils
d'un disciple de Morrison à un fanatique de Joyce suivi
de Journal de bar pour l'originalité de son titre et
le côté énigmatique que j'ai cru y trouver. Ces deux
textes, parus en Espagne en 1984 et 2006, n'ont été publiés
dans la traduction française qu'en 2009.
On peut noter qu'il s'agit d'une écriture à deux. Roberto
Bolaño, exilé politique chilien en Espagne, semble être
l'auteur principal, il est le premier cité et son nom écrit
en plus gros sur la couverture, que celle de son ami Antoni Garcia Porta,
du même âge, barcelonais de naissance. On ne sait pas la part
réalisée par chacun.
Il s'agit d'un roman policier avec des ingrédients classiques :
armes, coup de feu, morts violentes et sang frais. Le narrateur est Angel
Ros, un jeune réfugié chilien, écrivain en devenir,
amoureux de Joyce et des Doors, qui s'éprend de Ana, une très
jeune femme latino-américaine à la personnalité très
inquiétante, prostituée à temps partiel. Elle entraîne
Angel dans des braquages, des hold-up sanglants, suivis de cavales. Ana
trouve la mort lors d'une prise d'otage, d'une balle en plein front. On
ne sait pas qui a tiré, et tous les doutes sont permis, en particulier
quel est le rôle d'Angel. Par miracle, Angel passe à travers
les mailles du filet tendues par la police. Sa cavale est longue, on le
retrouve à Paris plusieurs années plus tard, il ne parvient
pas à aboutir son roman, et il porte des fleurs sur la tombe de
Jim Morrison au Père Lachaise.
Ce texte est suivi par Journal de bar. Pendant l'hiver 1979, Vila
est traumatisé par le suicide d'un jeune Chilien, client de son
bar, qui s'est défenestré du 7e étage. Il était
étudiant, et il avait reçu avant son geste, une lettre d'une
jeune femme : "il n'avait même pas de permis de séjour"
et dans son appartement, on n'avait trouvé que le Guide de la
ville de Barcelone. Suicide ou assassinat. Un client du bar, vieil
amateur de roman noir se dit "qu'il devrait écrire quelque
chose sur l'homme qui ne lisait que le Guide de la ville de Barcelone."
Pour VAC, je garde aussi ce livre ouvert aux trois quarts.
Edith![]()
J'ai lu Étoile distante et Des putains meurtrières
(pas toutes les nouvelles). Je parlerai très brièvement
de chacun de ces livres, mais je dois dire que les quatrièmes de
couverture me mettaient déjà "en condition".
J'ai découvert et apprécié une forme d'écriture
et des thèmes parfois complexes dans leur forme, des thèmes
où la mort, le cynisme, la violence, l'inhumanité des situations
évoquées traversent tous ce que j'ai lu. À vrai dire,
cela ne m'a pas dérangée, il n'y a rien eu d'insupportable
et j'ai poursuivi ma lecture. Je voulais vraiment découvrir cet
auteur.
J'ai eu le bonheur de voyager au Chili il y a 5 ans et de visiter la maison
de Pablo Neruda et de ce fait de me remémorer ce que je savais
de la dictature militaire. J'ai eu aussi le plaisir de découvrir
un peu, la façon de vivre des Chiliens et de constater, hélas,
leur pauvreté et leur exploitation par les USA (rareté de
l'eau pour la population), la révolte des étudiants contre
le régime chilien (avec des couvre-feux décrétés
par l'État) venait de se terminer (nous en avons vu les traces
des violences policières) : une mise en condition pour me plonger
dans Bolaño.
J'ai acheté Nocturne du Chili, mais ne l'ai pas encore terminé.
Je le lirai après notre rencontre. J'ai emprunté aussi Le
Gaucho Insupportable, son dernier ouvrage avant son décès.
J'ai lu aussi Etoile Distante, ma première découverte.
J'ai dû les relire rapidement des nouvelles
Des putains meurtrières pour me les remettre en mémoire
: "L'il Silva", "Gómez Palacios", "Derniers
Crépuscules sur la Terre", "Jours de 1978", "Vagabond
en France et en Belgique", "Des putains meurtrières",
"Le retour". Ce qui m'en reste, c'est le détachement
apparent que Bolaño semble - par son style ressenti - apporter
à son récit. S'agit-il, dans ses nouvelles, d'événements
de sa vie. ? Je le pense.
Il est question de rencontres dont il préserve l'anonymat et des
anecdotes s'y rattachant, souvenirs d'une époque difficile pour
les opposants au régime dictatorial de Pinochet. Période
aussi folle où des individus jouaient leur vie, je pense plus particulièrement
au héros de Étoile filante, cynique meurtrier et
qui joue dans le ciel sa vie pour "épater" ses confrères
poètes, improbables prouesses en avion dignes de la folie humaine
de ces années de dictature ?
Les nouvelles des Putains meurtrières demandaient un échange
car certaines demeurent mystérieuses, notamment celle du titre.
J'ai beaucoup aimé celle des deux parents, "Derniers crépuscules
sur la terre" où le père B et le fils A évoluent
dans leur étrange relation, dans leur choix de vacances communes,
leur lien "machiste", leur absence de rencontre par le langage,
remplacé par l'observation visuelle (celle du fils) nous renseignant
des états d'âme des deux protagonistes. C'est froid et monotone,
sans écho ni réciprocité. Je pense à un script
pour le cinéma découpant des scènes à tourner
avec la rigidité du regard d'une caméra. La présence
de la "femme" convoitée par le père est une putain,
sans équivoque de leur part, ni tendresse ni désir : c'est
au programme de leurs vacances. Je l'ai relue deux fois pour m'imprégner
du grand froid !!!
Thème récurrent : peu de tendresse pour la femme. Toutefois,
par la nouvelle "Des putains meurtrières", l'auteur nous
livre autre chose. J'ai aimé la supériorité - décrite
ardemment - de la femme à la moto, imaginaire princesse de la belle
au bois dormant, et reçu le récit de la peur de Max le héros
(l'homme énigmatique) ; elle le cloue à son désir,
presque mortifère, car elle est armée d'un couteau pour
que je lise les dernières lignes de la nouvelle : "Moi
je suis calme et je ne sais de quelle nature est ton cri. Je sais seulement
qu'enfin nous nous sommes trouvés, que tu es le prince véhément
et que moi je suis la princesse inclémente."
Ma sensibilité a trouvé récompense avec la nouvelle
de "L'il Silva".
J'ouvre aux trois quarts à cause, parfois, de la difficulté
à saisir le sens lors d'une première lecture.
Bolaño est programmé et nous avons en effet
lembarras du choix :
- Christian
Bourgois : 18 titres
- Points
: 12 titres
- L'Olivier
: 2 titres + les 4 tomes des uvres complètes.
Certains attaqueront le pavé le plus
célèbre : 2666
(2004, posthume), Points, 1176 p. (même pas peur !).
Voire enchaîneront avec Les
détectives sauvages (1998), 864 p.
Nombre d'entre nous sont prudents.
Voici une sélection :
=> recueils de nouvelles :
- Des
putains meurtrières (2001), 288 p. : un recueil de nouvelles
devenu culte, parfait pour découvrir son univers.
- La
Littérature nazie en Amérique (1996), 264 p. : faux
dictionnaire biographique décrivains imaginaires.
=> de romans :
- Étoile
distante (1996), 168 p. : l'histoire d'un poète fasciste
pendant la dictature chilienne.
- Nocturne
du Chili (2000), 160 p. : la confession d'un prêtre critique
littéraire sous Pinochet.
- Un
petit roman lumpen (2002), 112 p. : un récit plus intime
situé à Rome.
Finalement, que choisir ?
=> Pour découvrir Bolaño sans douleur :
- Des
putains meurtrières, 288 p.
- Un
petit roman lumpen, 112 p.
=> Pour comprendre son rapport
à la dictature :
- Étoile
distante, 168 p.
- Nocturne
du Chili, 160 p.
=> Pour entrer dans son univers
littéraire et ses obsessions :
- La
Littérature nazie en Amérique, 264 p.
=> Pour les ambitieux :
- Les
détectives sauvages, 864 p.
- 2666,
1176 p.
SI VOUS NE LISEZ QU'UN ROMAN COURT, ALORS LISEZ : Étoile distante, 168 p.
SI VOUS NE LISEZ QU'UN ROMAN LONG, ALORS LISEZ : Les détectives sauvages, 864 p.
SI VOUS NE LISEZ QU'UN RECUEIL DE NOUVELLES
permettant la diversité, ALORS LISEZ : Des
putains meurtrières, 288 p.
(Si vous lisez Étoile distante, la première page mentionne une autre histoire racontée dans un autre livre : vous pouvez la lire ici)
En 4 minutes : "Roberto Bolaño, l'écrivain sauvage", une présentation en images par France Culture, 2020.
En 4 heures : une série datant de 10 ans, "Roberto Bolaño" par Matthieu Garrigou-Lagrange, La Compagnie des uvres, France Culture, 4 épisodes d'une heure, 19 au 22 septembre 2016.
Des rencontres furtives, dans trois
livres...
2003. Dans le roman de Javier Cercas,
Les soldats de Salamine, qui se situe à la fin de la
guerre civile espagnole, un personnage qui est l'auteur (ou réciproquement)
et qui écrit Les soldats de Salamine (!), tient une
rubrique d'entretiens avec des personnalités :
L'un de mes premiers interviewés fut Roberto Bolaño. Bolaño, écrivain et Chilien, vivait depuis longtemps à Blanes, un village côtier situé à mi-chemin entre Barcelone et Gérone ; il avait quarante-sept ans, bon nombre de livres à son actif et cet air caractéristique de camelot hippie dont souffrent tant de Latino-Américains de sa génération exilés en Europe. Quand je lui rendis visite, il venait d'obtenir un important prix littéraire et vivait avec sa femme et son fils rue Carrer Ample, au centre de Blanes, où il avait acheté un appartement moderniste avec l'argent qu'on lui avait donné. C'est là qu'il me reçut un matin et, avant même d'échanger les salutations de rigueur, il me demanda de but en blanc :
- Dis-moi, tu ne serais pas le Javier Cercas du Motif et du Locataire ?
Le Motif et Le Locataire étaient les titres des deux seuls livres que j'avais publiés plus de dix ans auparavant, sans que personne, sinon quelques amis de l'époque, n'y prêtât attention. Étourdi ou incrédule, j'acquiesçai.
- Je les connais, dit-il. Je crois même les avoir achetés.
- Ah, c'était donc toi ?
Il ne fit pas cas de ma blague.
- Attends un instant.
Il s'enfonça dans un couloir et revint peu après.
- Les voilà, dit-il brandissant triomphalement mes livres.
Je feuilletai les deux exemplaires et m'aperçus qu'ils étaient usés. Presque attristé, je constatai :
- Tu les as lus.
- Bien sûr, dit Bolaño en ébauchant un sourire, lui qui ne souriait presque jamais sans pour autant donner l'air de parler tout à fait sérieusement. Je lis même les bouts de papier que je trouve dans la rue.
Ce fut à mon tour de sourire.
- Ça fait longtemps que je les ai écrits.
- Tu n'as pas à t'excuser, dit-il. Je les ai bien aimés, ou du moins je me souviens les avoir bien aimés.
Je pensai qu'il se moquait ; je détournai mon regard des livres pour le fixer dans les yeux : il ne se moquait pas. Je m'entendis demander :
- C'est vrai ?
Bolaño alluma une cigarette et sembla réfléchir un moment.
- Je ne me rappelle pas très bien le premier, finit-il par reconnaître. Mais je crois qu'il y avait une nouvelle très bien sur un fils de pute qui pousse un pauvre homme au crime pour pouvoir finir son roman, n'est-ce pas ? De nouveau sans me donner le temps d'acquiescer, il ajouta : Quant au Locataire, ça m'a semblé être un petit roman délicieux.
Bolaño exprima cette opinion avec un tel mélange de naturel et de conviction que je sus immédiatement que les maigres éloges qu'avaient mérités mes livres étaient le fruit de la courtoisie ou de la pitié. J'en restai muet et sentis une énorme envie de donner l'accolade à ce Chilien à la voix faible, aux cheveux frisés, émacié et mal rasé, dont je venais tout juste de faire la connaissance.
- Bien, dis-je. On commence l'entretien ?
Dans la vraie vie, Cercas et Bolaño furent amis, puis s'éloignèrent si ce n'est plus... En 2003, Cercas reprit contact et ils passèrent une soirée ensemble : la dernière, car Bolaño décéda quelques jours plus tard.
2018. Dans le livre de Patti Smith, M Train, qui comporte des photos, elle écrit :
Pour la Saint-Sylvestre, ce fut en gros la même histoire, sans résolution particulière. Tandis que des milliers de fêtards se dispersaient à Times Square, ma petite abyssine tournait en rond avec moi, qui faisais les cent pas, aux prises avec un poème que javais lintention de terminer pour inaugurer le Nouvel An, en hommage au grand écrivain chilien Roberto Bolaño. En lisant son Amuleto, jai noté une référence à lhécatombe le massacre rituel ancien de cent bufs. Jai décidé décrire une hécatombe en son honneur un poème de cent lignes. Ce serait un moyen de le remercier davoir passé la dernière période de sa courte vie à faire la course contre la montre pour achever 2666, son chef-duvre. Si seulement il avait pu obtenir une dispense spéciale, afin quil puisse continuer à vivre. Car 2666 semblait enclenché pour se poursuivre à linfini, aussi longtemps quil souhaiterait écrire. Quelle triste injustice pour le sublime Bolaño, mourir dans la force de lâge, à cinquante ans. Sa disparition et ce quil na pas écrit nous privant de secrets à jamais engloutis, a photographié la chaise de Bolaño à Blanes, en Espagne, où celui-ci a écrit ses uvres majeures comme 2666 et Les Détectives sauvages.
Ce passage est précédé de la photo
de la chaise de Bolaño (p. 36 en Folio).
Après la mort de Bolaño en 2003, sa famille a accordé
à Patti Smith la permission de visiter son domicile catalan et
de photographier un objet lui ayant appartenu. Touchée par la dignité
et l'énergie stoïque de l'écrivain, Elle choisit d'immortaliser
sa chaise, un Polaroïd qui deviendra par la suite l'une des images
emblématiques de son livre de mémoires M Train.
Par ailleurs, elle commente cette chaise photographiée
ici.
2022. Le roman de Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, s'ouvre avec en exergue une longue citation de Bolaño, extraite des Détectives sauvages :
Un temps la Critique accompagne l'uvre, ensuite la Critique s'évanouit et ce sont les Lecteurs qui l'accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l'uvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d'autres Lecteurs peu à peu s'adaptent à l'allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d'ossements l'uvre poursuit son voyage vers la solitude. S'approcher d'elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d'autres Lecteurs s'en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement l'uvre voyage irrémédiablement seule dans l'Immensité. Et un jour l'uvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s'éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie, et la plus secrète mémoire des hommes.
Mohamed Mbougar Sarr explique clairement sur France Culture dans Mon uvre à moi (6 novembre 2021, 5 min) pourquoi il aime Roberto Bolaño.
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