Les 17 livres lus par les lecteurs du groupe



Ces livres sont tous traduits de l'espagnol (Chili) par Robert Amutio

Roberto Bolaño (1953-2003)

Les trois groupes (ancien groupe, nouveau groupe parisien, groupe breton), soit 37 lecteurs, ont lu cet auteur pour septembre 2026 : livres plus ou moins "au choix".
Voir en bas de page comment choisir...

L'éventail des 22 lecteurs de l'ancien groupe réuni le 4 septembre
•Etienne •Renée
Brigitte •Christelle •Jean
entre  et •Catherine •Jacqueline
•Claire •Katell •Thomas
entre  et •Sabine
deà •Fanny
•Annick •Danièle •Françoise •Jérémy •Monique 
•Richard
•
Manuel
• Mégane
•Rozenn •Odile

Thomas (avis transmis, faisant au passage le lien avec des livres lus dans le groupe et à lire...)
Je ne pourrai pas être des vô
tres, mais j'ai quand même fait mes devoirs de vacances ! J'avais même pris (un peu) d'avance en lisant 2666 en janvier. J'avais beaucoup aimé la première partie, tant en ce qui concernait le fameux mystérieux écrivain que ce drôle de "trouple" formé par ses spécialistes. J'avais peur de la très longue partie sur les meurtres, mais finalement j'ai beaucoup admiré sa capacité à en parler sans jamais se répéter - sacré exercice de style ! -, au point de regretter qu'il ne les énumère pas tous (j'espère que je ne ferai pas l'objet d'une dénonciation aux services psychiatriques après cet aveu...)
La fin m'a laissé sur ma faim, j'espérais de plus amples éclaircissements ! Après cette expérience un peu mitigée (de très bons passages mais j'en attendais plus de ce chef--d'œuvre annoncé !), je me suis remis à l'ouvrage avec Des putains meurtrières cet été... et je n'ai absolument rien compris. Je n'ai jamais réussi à saisir ni quel était le réel objet de chacune des nouvelles individuellement, ni ce qui les unissait... Oublions donc ce rendez-vous manqué, et ouvrons à moitié pour le seul 2666 !
Pour le reste, dans le désordre et à toutes fins utiles : Le Christ s'est arrêté à Eboli, terminé hier, aurait tout à fait sa place (je me rappelle qu'on l'avait évoqué ?)
J'ai lu avec beaucoup de retard Le cornet acoustique, très bonne surprise malgré une fin qui m'a paru un peu baclée
J'ai aussi énormément apprécié La vie mode d'emploi de Perec, trop gros pour nous, mais qui me donne envie de lire d'autres de ses ouvrages comme on l'avait aussi, je crois, évoqué :)

Katell (avis transmis)
J'ai choisi Un petit roman lumpen. D'abord parce que c'est un "roman", ensuite qu'il est "petit", et enfin parce que le mot lumpen m'intriguait.
Bolaño... Je dois dire que je trouve qu'il y a eu un peu trop de hype...
Quand 2666 est sorti, quelqu'un - persuadé que j'étais une grande lectrice - me l'avait offert. Oh là là... ça m'est tombé des mains, comme dirait Françoise. Je l'ai même bazardé quand j'ai dû me séparer d'une partie de ma bibliothèque...
Donc, j'ai choisi un "petit" et "roman"... Qu'en penser ? Pas grand-chose, honnêtement... Ça se lit facilement, l'histoire pourrait être intéressante : deux adolescents orphelins en Italie, la jeune fille se prostitue plus ou moins, le garçon passe le balai dans une salle de sport. Mais on sent que l'histoire n'est pas le propos. Alors quoi ? Le style ? Assez plat... La construction narrative ? Strictement chronologique... Voilà, je pourrais dire que "j'ai lu Bolaño", pour ma hype personnelle.
Je l'ouvre à moitié.
Sabine entre  et  (avis transmis)               
Comme d'autres parmi le groupe, je suis allée "à l'aveugle" chez mes libraires acheter des romans de Bolaño et j'ai pris ceux qu'ils avaient en rayon, en l'occurrence, Un petit roman lumpen, La piste de glace et Des putains meurtrières.
J'irai droit au but : ce furent des lectures peu accrocheuses, sans grand intérêt, malaisantes (l'histoire de la narratrice et de son frère avec leurs deux locataires de fortune, berk !) au niveau du fond.
Après quelques recherches sur l'auteur dont on nous vante sa "valeur littéraire", je suis restée très sceptique. Rien dans le style ne m'a plu. Comme d'habitude, je serai très heureuse de lire les avis positifs du groupe. En revanche... j'ai pu avec un bonheur immense me plonger dans un livre qui m'attendait depuis un an, et qui a , bien sûr, un lien avec Bolaño : il s'agit d'une étude faite par Philippe Sands, avocat international, sur Augusto Pinochet, 38, rue de Londres : de l'impunité, Pinochet et le nazi de Patagonie. Sands cite à plusieurs reprises Bolaño dont la lecture lui a permis de mener plus avant ses recherches sur Walther Rauff ("La fiction débouche sur la réalité", écrit P. Sands). Ainsi donc, j'invite le groupe-lecture à lire les ouvrages de P. Sands qui sont de véritables "thrillers" (Retour à Lemberg est absolument fascinant) et expliquent comment sont nés les concepts de "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité". De la même façon, après ce détour par la réalité, je veux bien revenir vers la fiction de Bolaño et lire ses romans Nocturne du Chili et Le troisième Reich.
J'ouvre mes lectures bolañesques à un tiers.
Jean(avis transmis)
J'ai choisi, prudemment, de commencer par les nouvelles, et plusieurs des treize textes qui composent Des putains meurtrières m'ont aspiré. Assez courtes, elles se lisent d'une traite. On entre facilement dans le récit dont le fil se dévide au gré de nombreuses hésitations entre parenthèses, qui donnent l'impression que l'auteur nous donne plusieurs choix ou clés de lecture pour comprendre son histoire.
Plusieurs nouvelles m'ont cependant laissé sur ma faim. Certaines m'ont semblé un peu trop éthérées, brumeuses (et pourtant j'aime bien les brumes, j'ai lu plein de Modiano). Je n'ai pas tellement accroché à la nouvelle éponyme du recueil. Par contre "Le retour" m'a tout de suite plu, avec cette accroche amusante sur la nécrophilie. J'ai aussi beaucoup aimé "Buba", ce qui était loin d'être acquis car je déteste l'univers du football. À part les histoires fantastiques, les autres m'ont paru plutôt hantées par un sentiment d'irréalité, mais avec souvent un petit goût d'inachevé.
Plusieurs nouvelles m'ont quand même permis d'ouvrir une porte étroite sur l'univers de Bolaño, avec des références à son père boxeur, au Chili et aux soubresauts révolutionnaires d'Amérique du Sud. Il est d'ailleurs le protagoniste de la dernière nouvelle.
Bref, j'ai lu ce recueil avec plaisir, je n'ai pas eu de révélation, mais j'ai aimé le découvrir et je veux en lire d'autres ! J'ouvre aux trois quarts.
Mégane(avis transmis)
Le Gaucho insupportable : Bon, je ne suis pas une grande fana de ce type de littérature, aussi bien écrite soit-elle comme dans ce cas précis.
Je l'admets : cette profonde mélancolie désabusée qui parcourt le roman, à peine tempérée par quelques piques d'humour sarcastique voilé, me file le bourdon.
Les histoires sont généralement intéressantes certes, mais me laissent systématiquement un arrière-goût amer. La dernière, en revanche, avec sa litanie d'auteurs hispanophones et leurs mérites respectifs, m'a paru totalement indigeste (sans doute ne suis-je pas assez cultivée dans ce domaine pour apprécier à sa juste valeur l'esprit critique de l'auteur ?).
Qualité littéraire indéniable, mais fort probable que je ne me souviendrai pas des histoires, davantage de ce sentiment de tristesse diffuse, bien malheureusement.

Les putains meurtrières : Décidément trop dark, oppressant, gore pour moi ; je n'ai pas réussi à finir ce recueil de nouvelles dans lequel Bolaño exprime tout le désespoir des déracinés chiliens à la suite du coup d'état chilien de 1973 qui a vu l'assassinat d'Allende.

Le premier récit est extrêmement dérangeant quoique malheureusement probablement réaliste, le second m'a achevée.
Richard(à l'écran puis avis transmis)
J'ai eu beaucoup de mal et de patience pour terminer ce livre, Étoile distante, car il y a trop de détails entre le récit principal et les sous-histoires, avec l'ajout de détails chaque fois qu'un personnage est nommé, et surtout le nombre de noms cités (les premiers chapitre se lisent comme un "Who's Who" du gratin de la scène intellectuelle et artiste chilienne !). Le résultat est que pour moi le caractère, les actes et la fin (douteuse) de Wieder sont occultés.
Je l'ouvre 1/4.
... Et je me demande comment on peut écrire des versets entiers de la Bible dans le ciel. Même les pilotes de la patrouille de France ne l'ont pas fait !

Claire (après vérification après la séance)
L'écriture dans le ciel, qui joue un rôle invraisemblable dans le roman Étoile distante, n'est pas une invention poétique de Bolaño, puisqu'elle existe depuis 1932... Robert Filliou, figure de l'art des années soixante et satellite Fluxus, a écrit des poèmes dans le ciel (cf. Emma Gazano, "Pirater l'avion, quelques cas de recyclages idiomatiques par l'écriture dans le ciel de Robert Filliou", Trans-, revue de littérature générale et comparée, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2023).
Etienne (à l'écran)
Je n'ai jamais poussé à le lire dans le groupe, non pas par ce que j'avais peur de ce qu'on pourrait dire de lui, mais parce que je craignais de ne pas arriver à expliquer combien il s'agit d'un des plus grands écrivains de la fin du XXe siècle avec Sebald et Krasznahorkai à mon sens.
J'ai finalement constaté que la plupart des critiques avaient le même sentiment : combien il se dérobe et à quel point la critique est compliquée (celle de Vila-Matas dans Le Monde est la plus juste que j'aie lue). L'univers Bolaño est complexe : par exemple il a beau se revendiquer d'extrême-gauche, son écriture est tout sauf militante ou morale et offre de multiples pistes d'interprétations. Le critique (dont Bolaño se moque allègrement) marche donc sur une corde raide.
J'ai donc lu il y a presque 10 ans
2666, puis il y a 3 ans Les détectives sauvages, ainsi qu'Un petit roman lumpen, et en ai lu 8 cet été ainsi qu'un peu de poésie (Nocturne du Chili, Tombes de cow-boys, Le gaucho insupportable, M. Pain, Conseils d'un disciple de Morrison à un fanatique de Joyce, L'esprit de la science-fiction, La littérature nazie en Amérique, Des putains meurtrières), j'ai presque tout aux éditions de L'Olivier.
Je vais procéder par strates, de la plus évidente pour moi à celle qui se dessine secondairement, pour ce qui me marque.
1) D'abord il y a cette écriture plaisante, dynamique, policière, sans fioritures, où l'on suit très bien le cheminement de sa pensée et donc de la narration. Je ne sais pas comment il y arrive, mais j'ai vraiment la sensation qu'il est en face de moi en train de me raconter son histoire, je sens sa présence. Et puis il y a aussi cette capacité incroyable à imbriquer l'histoire dans l'histoire dans l'histoire à la façon d'une poupée russe, cela participe probablement au sentiment d'étrangeté dont je parlerai ensuite.
2) Ensuite vient l'humour, un humour grotesque, bouffon, qui désamorce toute sensation de surplomb. Un humour détonnant, qui a quelque chose à voir avec le désespoir et surtout l'auto-dérision (je n'ai pas souvenir d'un grand écrivain qui l'ait à ce point).
3) Une ambiance onirique comme jamais je n'en ai lu. Cette impression de malaise qu'il arrive à construire et où chaque événement paraît irréel et est pourtant vrai, comme : un prêtre a bien donné des cours de marxisme à Pinochet, ou l'histoire de M. Pain a bien eu lieu. Cette capacité à brouiller les limites du réel, je trouve ça hypnotique et je ne l'ai jamais ressenti ailleurs, sauf dans le cinéma de David Lynch (à mon sens Twin Peaks aurait pu être scénarisé par Bolaño).
4) Enfin pour terminer, il y a le fond, ses obsessions :
- le mal au 20e siècle, ce trou noir, cette absurdité sans réponse
- la capacité de la littérature à y faire face
- et pour terminer, l'attente d'une révélation qui n'arrive pas, mais que l'on continuera toujours à espérer, à l'image de ce rat humanisé dans Le gaucho insupportable qui essaye de comprendre pourquoi des rats s'en prennent à d'autres rats et les tuent. Finalement nous sommes tous des détectives sauvages...
J'ai évidemment oublié d'autres thématiques comme la poésie et son importance, la satire féroce du milieu littéraire, l'érudition.
Je terminerai en soulignant la cohérence de son œuvre - comme beaucoup, je pense que tous ses écrits représentent une seule et même œuvre - et enfin sa capacité à échapper, à se dérober à une analyse intangible pour revenir à mon point de départ.
Annick

Nocturne du Chili est un roman intense et très sombre qui dénonce, en arrière-plan, le silence et les compromissions d'une certaine partie des intellectuels chiliens pendant la dictature de Pinochet. Mais ce n'est pas un récit qui se place du côté des victimes. Au contraire, le lecteur est plongé sans interruption dans l'esprit de l'un d'entre eux, le père Icabache, membre éminent de l'Opus Dei, un érudit qui se targue d'être un grand critique littéraire et un poète. Il est à l'agonie et il repasse le film de sa vie dans un long monologue intérieur tourmenté.
Son récit est encombré par d'innombrables références littéraires très pointues dont la plupart échappent à la lectrice ordinaire que je suis, ce qui est vite ennuyeux.
Au milieu de ce flot, quelques scènes marquantes remontent, au fil de son parcours et dressent le portrait d'un personnage qui se considère comme un auteur imbu de lui-même et prêt à tout pour rester du côté des puissants. Il aime par-dessus tout fréquenter les cercles littéraires réputés, y compris pendant la dictature où une bonne partie des intellectuels ont fui ou ont été exécutés.
Ce qui est le plus insupportable c'est son absence totale d'empathie humaine, voire son cynisme terrifiant : une scène est particulièrement marquante dans un salon tenu par une certaine Maria Canales, dont le mari américain - inspirés par deux figures bien réelles de collaborateurs avec la junte - se révèlera être un agent chargé de former la police politique chilienne aux techniques d'interrogatoires sous la torture Et pendant que ces mondains pérorent, dans les sous-sols de la belle demeure des prisonniers agonisent. Une scène marquante.
Tout y est noir, sordide et violent, dans une sorte de fascination pour le mal..
La démonstration par cet écrivain d'origine chilienne est d'une efficacité redoutable mais cette lecture m'a fortement éprouvée et je ne la recommanderai à personne.
Je crois que ce n'était pas la bonne entrée dans l'œuvre de Bolaño et je suis curieuse d'entendre ceux qui sont férus de cet écrivain nous parler de celui-ci.
Je ne sais pas comment ouvrir… un quart peut-être.
Rozenn
ou/et ou/etou/et ou/et
J'aurais aimé qu'on tourne dans l'autre sens, afin de savoir quel est mon avis qui n'est pas encore très net…
J'ai commencé 2666 : la première partie ça allait et puis le meurtre des prostituées, ça je ne le lis pas. Des descriptions ? Il y en a beaucoup. Pourquoi ?! Pourquoi je vais continuer ça tout l'été ? ! Les viols, on commence par s'en lasser dans le village, et moi aussi !
Je mets des astérisques quand quelque chose me plaît, et il y en a plein, alors que c'est dans un truc glauque. Une pépite, une pépite et encore une pépite... Bon, j'ai continué jusqu'à 80 % et puis je me suis dit, je vais aller voir les nouvelles : on retrouve quelque chose du roman, un personnage dont on voit la jeunesse. Mais pour ce qui est de ces Putains meurtrières, je ne suis pas capable d'absorber toute l'œuvre comme ça.
Je n'ai toujours pas d'avis.
Il y a des phrases que j'aime, mais pas le tout.
C'est vrai qu'il aborde des problèmes, mais qu'on n'a pas besoin de revoir.
En tout cas, quelque chose dans l'écriture me plaît vraiment : des détails, l'humour, des phrases. Quant à l'impression globale, je ne sais pas.
Danièle

Je ne connaissais rien de Bolaño et j'ai donc choisi d'abord un titre qui m'intéressait : La littérature nazie en Amérique, puisque je ne connaissais jusqu'à présent que le monde nazi de l'époque de ses débuts et en Europe. J'ai eu du mal à m'intéresser à toute une nomenclature d'écrivains que je ne connaissais pas du tout, jusqu'à ce que je comprenne que c'était une liste fictive d'écrivains en partie fictifs. On navigue entre la réalité et la fiction, sans savoir ce que cela apporte, à mon avis. Ces descriptions aux détails inintéressants, des dates qu'on oublie vite, tellement il y en a. Des digressions, des passages à tiroirs qui ne m'ont pas séduite. Vraiment rebutée, j'ai quand même cherché ce qui pouvait m'intéresser. J'ai trouvé l'originalité de certaines images qui montrent comment le nazisme en Amérique du Sud prend ses racines, fluctue, se cache ou… au contraire s'affiche (par exemple, p. 64 et 74 dans les acrostiches qui doivent être découverts, mais pas trop facilement pour former le texte VIVA HITLER), qui a fait scandale, dans un climat très compliqué. Je remarque au passage que la plupart des philosophes et poètes finissent en établissement pour malades mentaux… je n'en tire aucune conclusion définitive… j'ai tendance à penser que l'auteur veut montrer comment ces intellectuels souffrent de n'être pas compris. Mais là s'est arrêtée ma recherche, la lecture de ce livre ne me procurant aucun plaisir, j'ai lâché le livre à 52 % (dixit Epub).
Ma deuxième tentative était maladroite, car trop tardive pour un si gros pavé : j'ai choisi 2666, qui rallie tant de suffrages parmi les fans… J'ai bien compris que je ne pourrais venir à bout de cette œuvre en si peu de temps. J'ai salué au passage pas mal d'images poétiques et originales. Mais surtout, j'ai apprécié l'humour et l'autodérision de l'auteur dans sa présentation des universitaires avec leur étalage de productions, les énumérations de congrès, symposiums, colloques, travaux critiques, essais, et leurs références jusque dans la vie quotidienne. "[ils se rencontrèrent à un symposium de littérature allemande à Mannheim], ce fut un désastre : mauvais hôtel, mauvais repas et organisation en dessous de tout". P. 22 j'ai souri en lisant la métaphore filée des campagnes napoléoniennes pour décrire les conflits entre universitaires : "Prenant par surprise les spécialistes allemands d'Archimboldi, Pelletier, secondé par Morini et Espinoza, passa à l'attaque comme Napoléon à Iéna et c'est en désordre que bientôt les troupes défaites de Pohl, Schwarz et Borchmeyer se replièrent vers les cafétérias et tavernes de Brème." Une phrase longue p. 30 à 38, fruit d'une pensée en effervescence ? Ou plutôt un exercice de style au contenu artificiel sans consistance ? C'est une question qu'on peut se poser tout du long… Dans l'ensemble, je me suis plutôt ennuyée. Si bien que je n'ai pas pu (faute de temps) et pas eu envie de finir.
Dernière tentative : Étoile distante. J'y ai pris davantage d'intérêt. L'œuvre est centrée sur un personnage mystérieux et froid, Alberto Wider alias Alberto Ruiz Tagle. Elle est centrée, du moins pour ce que j'en ai lu, sur trois personnages masculins et quelques femmes appétissantes et intelligentes… Puis le roman se perd comme d'habitude sur des détails descriptifs de batailles, des énumérations de personnages qui me sont en partie inconnus… je commence à m'ennuyer sérieusement, avec une très mauvaise conscience puisque Bolaño jouit d'une réputation extraordinaire. Mais j'ai le sentiment que je devrais continuer ma lecture.
J'attends donc que vous me m'ouvriez quelques portes…
(Et à la fin de la séance : c'est chose faite grâce à Etienne et Renée entre autres. Il n'y a plus qu'à… Un jour peut-être je me replongerai dans Bolaño…)
Brigitte
(à l'écran)
Jusqu'ici, je n'avais rien lu de Bolaño.
Un petit roman lumpen est une très bonne surprise. J'admire la virtuosité et la simplicité de l'écriture. Sans jamais nous donner à lire quoi que ce soit d'horrible, l'auteur présente un récit vraiment horrible. L'héroïne principale, qui est aussi la narratrice, nous rapporte comment elle est exploitée sexuellement et financièrement par plusieurs hommes, comment elle préfère s'échapper dans ses rêves pour survivre à cet environnement délétère et comment elle y réussit. À l'exception de Bianca, la narratrice, les personnages, tous étranges, sont toujours désignés par des surnoms et sont eux aussi des victimes. Très belle découverte. J'ouvre aux 3/4.
Les détectives sauvages est un ouvrage foisonnant qui sollicite beaucoup la participation du lecteur. Pour moi, cette lecture évoque celle de Ulysse de Joyce. En effet, on se perd dans une foule de détails insignifiants ; il est difficile de se retrouver au milieu d'une foule de personnages, qui ont en commun d'avoir été en relation avec l'un des trois personnages principaux que sont Ulises Lima, Arturo Belano et Cesarea Tinajero, les trois poètes qui incarnent le réal-viscéralisme. Pour comprendre vraiment de quoi il s'agit, il faut que le lecteur atteigne la fin du roman ; c'est difficile car le roman est long et les détours nombreux. Nous avons affaire à une sociologie des poètes mexicains de la seconde moitié du XXe siècle : leur mode de vie, souvent très précaire, leurs préoccupations, leurs déplacements, leurs amours, leur goût pour l'alcool. Le rôle exercé par leurs parents auprès d'eux… C'est la découverte d'un écrivain qui cherche à innover, tant dans l'écriture que dans la structure du roman. J'ouvre aux 3/4.

Françoise

Ça va pas être long…

Claire
Tu dis à chaque fois ça…
Françoise
J'ai lu El Gaucho Insufrible et je me suis piégée toute seule parce que ce sont des nouvelles (5) et je n'aime pas les nouvelles !
Et je n'ai pas aimé ces nouvelles ; deux m'ont intéressée : "El gaucho", qui m'a rappelé le livre d'Isabelle Allende que nous avions lu : c'est un avocat qui part vivre dans la pampa avec les pauvres, mais ça tourne un peu court. Pour ce qui est de la première nouvelle, "Jim", l'histoire d'un Américain, je n'ai rien compris, je n'ai pas vu où il voulait en venir.
Et "Le policier des rats" dont Etienne a parlé : beurk de chez beurk. Ensuite, "Littérature+maladie=maladie" = ????...
Quant au "Voyage d'Alvaro Rousselot", c'est l'histoire d'un écrivain argentin et d'une certaine Angela Caputo "qui s'est suicidée d'une manière inimaginable"... : je suis donc allée voir sur internet comment s'était suicidée Angela et je me suis aperçue que nous étions beaucoup avoir fait la même démarche, et pour m'apercevoir que c'était un personnage fictif..., de même que le soi-disant Alvaro Rousselot ! Ça m'a dégoûtée. Je me suis sentie flouée. J'admire la façon dont MBougar Sarr
parle du style de Bolaño : j'aurais bien aimé ressentir la même chose. Mais non, ça se lit mais je n'ai pas été frappée par l'écriture, ni l'humour, peut-être parce que j'ai tout pris au premier degré. J'ouvre 1/4, parce que j'en ai lu trop peu pour fermer complétement, peut-être qu'en lisant un autre ouvrage, j'aurais ouvert plus.
Fannyetet
et
Pour cet été, j'avais fait le choix de lire plusieurs petits ouvrages, afin d'explorer plusieurs facettes, plutôt qu'un seul roman plus volumineux. J'ai souffert sur ce parcours...
J'ai commencé par Des putains meurtrières : j'ai plutôt bien accroché avec la première nouvelle et le portrait de cet homme, retrouvé des années plus tard. Mais je me suis vite lassée, notamment avec les nouvelles dans lesquelles les personnages sont désignés par des lettres. Le fait qu'ils n'aient pas de nom et le style, trop factuel à mon goût, bloquent l'empathie. Globalement j'ai trouvé qu'il y avait de bonnes accroches en début de récit, avec l'envie de connaître la suite, mais que l'ennui prenait vite le dessus face à des récits qui tournent en rond et à des thèmes souvent redondants : poètes torturés, le bien et le mal, l'exil, l'homosexualité, la violence, la maladie...
J'ai laissé tomber et pris Un petit roman Lumpen. L'intrigue m'a intéressée. J'ai trouvé le style concis, sans longueurs ni bavardages, avec des ellipses efficaces au niveau du style. Le récit est très visuel, les personnages intéressants et tous bien campés. J'ouvre ½.
Ensuite, je me suis plongée dans Étoile distante. J'ai aimé le thème et la réflexion sur le Bien/le Mal/ la poésie. Mais je n'ai pas du tout accroché au style, je me suis très rapidement perdue dans les différents protagonistes et j'ai décroché de l'évolution de l'intrigue. J'ai été jusqu'au bout, mais sans vraiment suivre le fil. Ouvert ¼.
J'ai ensuite lu la nouvelle "Ramirez Hoffman" qui a fait fonction pour moi de résumé d'étoiles distantes, ce qui m'a permis d'en avoir une vision plus claire et synthétique. Mais même sur le format court, je trouve le style peu plaisant, comme trop haché. Je l'ai lu d'une traite pour ne pas perdre le fil, mais j'ai trouvé parfois difficile de passer d'un personnage à l'autre. Sur le fond, je trouve le personnage et le propos intéressants, car cela échappe au manichéisme de la figure du bien contre le mal. Ouvert ¼.
J'ai ensuite entamé Nocturne du Chili, bien décidée à me concentrer dès les premières lignes pour ne pas perdre le fil du récit. J'ai essayé de m'accrocher, mais j'ai abandonné à la moitié. Je n'ai pas réussi à suivre le narrateur dans ses pérégrinations. Pour moi ça ne va pas plus loin qu'un galimatias. Je ferme sans états d'âmes.
J'ai repris Des putains meurtrières et en suis venue laborieusement au bout.
J'ai trouvé les textes souvent très violents, ce qui a rendu ma lecture difficile et parfois désagréable. Les sujets tournent en rond. J'ai eu l'impression que Bolaño se livrait parfois à des exercices de style et qu'à d'autres moments il écrivait surtout pour se faire plaisir. À quel moment faut-il penser aux lecteurs ? Ce serait un autre débat, mais pour ma part je ferme également ce recueil de nouvelles. Et mets fin avec soulagement à cet épisode bolañoiesque.
Jacqueline
et

J'étais curieuse de Bolaño depuis
la séance sur le Goncourt de Mbougar Sarr où Etienne nous en avait parlé.
Peu après, j'avais lu vite et facilement
Le Troisième Reich à cause du titre qui s'est avéré être celui d'un jeu de stratégie… J'ai un peu oublié mais, de mémoire, je n'ouvre qu'à moitié.
Ensuite, j'ai emprunté
Les détectives sauvages. Entre les aléas des emprunts en bibliothèques et les livres plus urgents, j'ai mis plus de deux ans à le lire ! Je l'ai résumé ainsi à ma petite fille : "une pseudo enquête autour d'exilés à Mexico dans les années 70 et sur un groupe fictif et obscur de poètes. Un livre aussi foisonnant que Proust"
.
Proust ? L'écriture n'a rien à voir... pourtant, c'est aussi une lecture qui se mérite.
Le style ? C'est le style factuel d'une enquête ; cela se lit facilement mais, à la file, cela peut vite s'avérer lassant ! Cependant, à partir du moment où je suis rentrée dans sa construction étonnante, je me suis vraiment intéressée à ce livre.
Pour l'instant, il me reste une citation : après 20 pages du récit d'un émigré chilien sur sa fuite en Europe caché dans la cale d'un bateau (récit poignant fait à Belano en 1988 dans un bar de Barcelone), j'ai beaucoup apprécié la conclusion que livre, dans un café parisien où se retrouvent des émigrés chiliens, l'un d'entre eux en 1989 à Belano qu'il vient de retrouver : "Belano, lui ai-je dit, le fond de la question est de savoir si le mal (ou le délit ou le crime) a une cause ou s'il est fortuit. S'il a une cause, nous pouvons lutter contre lui, il est difficile de le battre mais une possibilité existe plus ou moins comme deux boxeurs d'un même poids. Si le mal est fortuit, au contraire nous sommes foutus. Que Dieu, s'il existe, nous ait en sa sainte garde. Et c'est à ça que ça se résume" (p. 607)
Comment j'ouvre ? pas facile ! Je pensais n'ouvrir qu'à moitié à cause du temps qu'il m'a fallu pour en voir l'intérêt : J'avais eu un terrible sentiment de fatigue "à quoi bon?", une impression terrible de dérisoire, qui me renvoyait à celle que j'avais eue au premier tiers de D'un château l'autre , quand Céline décrit une balade onirique jusqu'à la Seine, une sensation d'accablement : d'une certaine manière le poids d'une défaite… Ici, est-ce que c'est la défaite de la révolution chilienne face au coup d'État de Pinochet ? Des révolutions en général ? Est-ce le destin final de l'avenir prometteur de Belano ? Est-ce le constat d'un monde peu réjouissant ?
Et puis, j'ai découvert la table des matières qui offre une possibilité de lecture différente. Je serais d'ailleurs curieuse de savoir par quelles étapes Bolaño est passé pour écrire ce roman. La lecture de 2066, œuvre posthume de l'auteur, m'en dirait-elle plus ?
Quand nous avions lu le roman d'Isabelle Allende, je l'avais ouvert à moitié et celui-ci est littérairement beaucoup plus créatif ! Je n'ai pas épuisé ce qu'il raconte de tous les personnages. Je pourrais y revenir et continuer à l'explorer. Je ne sais pas à qui je le recommanderais ; mais, si je devais en emporter un sur une île déserte c'est celui que je choisirais (à condition d'y avoir aussi internet pour m'aider à apprécier les nombreuses références !). Cela m'a aussi donné un peu envie de relire La plus secrète mémoire des hommes qu'à l'époque je n'avais guère apprécié.
J'ouvre donc finalement aux trois quarts !

Manuel
J'ai lu des Poèmes, Étoile distante et 2666.
Tout ce qu'aime Etienne, c'est ce que je déteste.
Je n'ai pas aimé les récits emboîtés, on perd le fil. On est tenu dans 2666 ; mais comme dans les Rougon Macquart, ça se recoupe, et d'autres on fait cela déjà. C'est fabriqué. On découvre ainsi qu'il a un fils en prison et qu'on accuse des meurtres.
Il y a des démonstrations où on ne comprend rien et il finit par te dire : pas rave si tu ne comprends rien. C'est imbitable. Quant aux viols, c'est pénible. Il a ses obsessions : les pédés, les bites de 30 cm, les putes, la corruption.
Les choses qu'on que j'ai aimées : très référencés, il y a un paquet de poésie.
Je ne comprends pas le but : où tu veux en venir ? Où ?
Quelque chose m'a plu : l'éditeur qui revient. Les entreprises au Mexique donnent un écho de l'actualité. Je l'ai lu jusqu'au bout, 2666, pour savoir qui est Archimboldi. Et c'est bien fichu. Il y a des trucs atroces. Par exemple l'armée nazie, la cargaison des 500 Juifs dont on ne sait comment se débarrasser. La lecture est malaisante. Dans Étoile distante, ce sont les photos d'horreur dans l'exposition… ! C'est du Sade (que je n'ai pas lu).

Quelqu'une
Sade, c'est plus drôle !
Manuel
Je ferme deux fois, il faut être en forme pour lire ça et je n'ai pas vu l'humour, je n'ai pas vu l'autodérision. Donc fermé.
Catherine
entre et

Je n'avais jamais lu de livres de Bolaño et j'étais très motivée par ce qu'en avait dit Étienne. J'ai commencé par
Étoile distante, puis enchaîné avec Des putains meurtrières, Nocturne du Chili, un peu de La littérature nazie en Amérique et la moitié de 2666 pour l'instant.
Ça n'a pas été une lecture très facile ; j'ai ressenti un mélange de malaise, de répulsion, mais aussi de fascination pour cet univers, le thème du mal, de la folie et aussi, entre autres, du pouvoir de rédemption de la littérature. On retrouve ces thèmes dans tous ses livres, et en lisant plusieurs, on a l'impression qu'il s'agit des différentes briques d'une même œuvre.
J'en suis à la quatrième partie de 2666, c'est foisonnant, on ne sait pas très bien où l'auteur veut nous mener, c'est bourré de digressions incessantes : je ne comprenais pas très bien comment tout ça allait s'imbriquer, mais je me suis laissé porter et je ne l'ai pas lâché. J'ai aimé le début, cette quête à la recherche d'un écrivain génial et mystérieux, Archimboldi. Il y a ensuite un côté enquête, on se demande si on n'est pas dans un polar. J'ai aimé ce côté disparate, que j'ai ressenti aussi dans les nouvelles des Putains meurtrières, l'écriture, plutôt simple, la dimension parfois onirique, en particulier dans Nocturne du Chili. Les références à de multiples poètes chiliens ou sud-américains (que pour la plupart je ne connais pas) m'ont parfois un peu rebutée, en particulier dans Étoile distante. La liste incessante des meurtres de femmes dans 2666, qui énumère les types de viols subis, donne un peu la nausée, le vertige, on se demande un peu le pourquoi de cette liste macabre. (Ça m'a fait un peu le même effet que les Bienveillantes, c'est une plongée dans la mal absolu). J'arrive à la dernière partie, celle d'Arcimboldi, cet écrivain mystérieux et fascinant. Je ne sais pas encore ce que j'y trouverai. Au final, ça n'est pas vraiment un livre de plage
, pas vraiment un plaisir de lecture, mais une découverte que je ne regrette pas. J'ouvre entre ½ et ¾.
Jérémy

Avant la lecture d'été : Je n'étais pas très enthousiasmé. J'aurais voulu que l'on programme au moins une lecture commune parmi l'œuvre de Bolaño, ce que Claire a refusé avec obstination.

Claire
Ah bon ?

Jérémy
Bon, finalement, c'était moins pire que ce à quoi je m'attendais ! Au-delà de ça, sans que je sache trop pourquoi, je n'étais pas attiré par les pavés de l'auteur, moi qui les aime habituellement tant ! Quelque chose résiste... Mais je dois dire que les avis de certain(e)s m'ont presque donné envie : du glauque, des meurtres, du sang, génial ! Mon peu d'enthousiasme pour cette lecture d'été venait peut-être aussi du fait que j'avais déjà un peu fréquenté Bolaño cette année.
J'ai en effet lu Nocturne du Chili cet hiver en revenant de Madrid, mais je l'ai en bonne partie oublié. Heureusement qu'Annick m'a rafraîchi la mémoire avec cette histoire de faucons qui chassent les pigeons. C'est aussi grâce à elle que je me suis souvenu que je n'étais pas allé jusqu'au bout. Je me souviens que pendant ma lecture je m'étais dit "mouais, pourquoi pas, mais pourquoi ?" Sans que la lecture soit désagréable, je n'accrochais pas tellement et le moins qu'on puisse dire est que je n'étais pas tenu en haleine.
Rebelote avec
Appels téléphoniques, lu en partie au printemps. Il s'agit de nouvelles et là pour le coup je n'en ai aucun souvenir, sans que la lecture ait été désagréable.
Après la lecture : Concernant Des putains meurtrières, au titre accrocheur, comme La littérature nazie en Amérique, j'avais plutôt bien envie. Je trouve le titre aguicheur, canaille, intrigant, pas commun ! Du sexe et du sang, génial ! J'ai essayé de lire la nouvelle éponyme, mais je me suis littéralement endormi dessus... Je ne les ai pas toutes lues, seulement quelques-unes : "Carnet de bal", "Buba", "Le Retour" et "Jours de 1978".
Ce n'est pas déplaisant, mais globalement cela ne m'intéresse pas plus que ça. J'ai du mal à saisir l'enjeu, je ne vois pas trop où il veut en venir. Enfin il faut tout de même saluer l'originalité. Cette nouvelle narrée par un homme qui vient de mourir en boîte de nuit, se dédouble et voit ce qui arrive à son corps qui finit chez un styliste nécrophile, c'est quand même quelque chose ! Il y a aussi l'histoire de ces trois footballeurs dont le succès tiendrait au rite vaudou organisé par celui d'entre eux qui est africain... Bon, bon. On est dans l'étrange, le glauque, le poisseux, le morbide. Quelqu'un, Catherine je crois, a parlé d'atmosphère irréelle. Il y a de ça aussi oui. Surtout dans "Jours de 1978" je trouve. J'ai eu l'impression de lire une nouvelle couleur sépia. Le côté irréel vient peut-être aussi du fait qu'il ne désigne ses personnages que par la première lettre de leur prénom. Tout cela reste assez distant et froid, bien que l'histoire en question soit tragique. Bon, ici, où est-ce qu'il veut en venir ? La détresse des exilés chiliens qui souffrent d'un syndrome post-traumatique ?
D'un point de vue stylistique, rien de bien flamboyant. "Ça se laisse lire" comme on dit par chez nous, mais enfin pas de quoi s'ébaudir.
D'autant moins qu'il y a beaucoup de fautes en plus dans Des putains meurtrières, mais bon ce n'est pas de la faute de l'auteur mais celle de l'éditeur et du traducteur, mais bon, ça m'a quand même agacé.
Ça + ça + ça + ça = j'ouvre au quart. Il paraît que pour découvrir et apprécier le vrai Bolaño, celui qui vaut vraiment le coup, il faut se coltiner ses pavés. Pour cette fois je passe mon tour. Mais j'y reviendrai peut-être, qui sait !
Claire
Je n'étais pas enthousiaste à l'idée de lire Bolaño, bien que j'aie poussé à le choisir. Je savais qu'il compte, que des auteurs et artistes importants le portent aux nues. Mon objectif était moins d'éprouver un avis personnel que de comprendre ce qui déclenche l'admiration. Et je remercie Etienne de m'avoir fait atteindre en partie cet objectif...
J'ai lu d'abord dans La littérature nazie en Amérique une des biographies fictives de Carlos Ramírez Hoffman, dont le roman Étoile distante annonce être le développement : cela m'a permis de voir comment les œuvres de Bolaño sont constituées de renvois les unes aux autres, avec des retrouvailles de personnages. Ceci crée des liens entre les lecteurs et l'auteur et entre les lecteurs happy few. J'ai également vu des éléments retrouvés dans les autres livres : les nombreux poètes, les ateliers de poésie, l'humour, la cruauté, les identités floues.
J'étais ravie que ce roman Étoile distante, court en plus, important semble-t-il, que je venais de lire, soit une composante forte du spectacle Maldoror que j'ai vu peu après dans la cour d'honneur lors du Festival d'Avignon, monté par Julien Gosselin qui avait déjà adapté 2666 (près de 12h de spectacle, Maldoror que la moitié : on peut voir la pièce sur Arte)...
Si je m'en tiens à la lecture du roman Étoile distante, si j'essaie de me centrer uniquement sur le roman, mon plaisir-intérêt est réduit :
- les références me barbent
- l'enquête, la reconstitution ne me passionnent pas
- le jeu fiction/réalité m'énerve.
Comme il y avait d'autres biographies fictives de La littérature nazie en Amérique dans le spectacle Maldoror, j'ai lu celles qui étaient mentionnées dans la pièce : "Ernesto Pérez Mason", "Daniela de Montecristo", "Willy Shürholz", "Amado Couto". J'y ai retrouvé les éléments découverts dans le roman et j'ai été lassée par le procédé répétitif des fictions imaginaires, un peu à la Borges.
J'ai lu sans déplaisir les nouvelles des Putains meurtrières. Dans quelques-unes seulement, j'ai eu l'impression d'entrer dans cette subjugation : écriture, imagination, art de narrer au plus près du lecteur, et j'étais alors soufflée - bizarre ce mot, je pense aussi à celui de Jean, aspiré. À certains moments, j'étais vraiment emportée par le récit et une force dans l'écriture. Mais je rejoindrai et Manuel et Jérémy : pourquoi tout ça, quel est le sens, où ça va, et ça, ça m'échappe.
J'ai commencé les Détectives sauvages, comprenant que la composition à grande échelle ne pouvait s'apprécier que dans ce type de volume, mais j'ai lu d'autres livres alors, comme Le Guide du Routard de la Lorraine...
J'ouvrirai à moitié mon expérience de lecture de Bolaño.
Monique

Je suis passé à côté de cet auteur unanimement salué par la critique. J'ai mauvaise conscience de ne pas avoir assez persévéré. Peut-être n'étais-je pas dans un état d'esprit me permettant de me perdre dans cette lecture qui a été désordonnée et partielle. J'ai commencé par Les détectives sauvages dont j'ai lu la première partie, le journal de Juan Garcia Madero. Ça a été une lecture chaotique, j'ai eu du mal à comprendre les interactions entre les personnes. C'est rempli de détails dont j'ai du mal à faire un tout. Il y a des listes de poètes et auteurs ; au début j'ai voulu me renseigner sur la grande majorité d'entre eux dont je n'avais aucune idée ; j'ai fini par laisser tomber car trop chronophage et j'étais incapable de mémoriser tous ces auteurs. Dans le lot, j'ai remarqué Sophie Podolski, poétesse et graphiste belge qui n'a écrit qu'un seul livre Le pays où tout est permis qui est sur Gallica.
La lecture de Bolaño n'a pas été difficile, mais pénible. L'intrigue progresse, très lentement noyée dans des actions qui ne mènent nulle part. C'est touffu et désordonné. Le sexe est très présent mais jamais excitant. La peinture d'une jeunesse latino-américaine avec ses idéaux politiques et artistiques est intéressante mais trop noyée dans le reste du récit.
Vu le nombre de pages du livre, et craignant ne pas avoir l'endurance nécessaire pour en terminer la lecture pour septembre, je me suis lancée dans la lecture des nouvelles Des putains meurtrières. J'ai eu encore plus de mal à trouver un intérêt à ma lecture. Seule la nouvelle "Derniers crépuscules sur la terre" m'a intéressée.
Je suis revenue à la lecture des Détectives sauvages. Je me suis attaquée à la troisième partie qui est la suite du journal de la première partie, mais là encore beaucoup de détails à mes yeux inutiles :
- des listes de mots savants de figure de style ou de structures de poèmes
- la description des détours et erreurs de parcours dans le désert de Sonora avec des noms de villages (j'ai consulté la carte pour savoir s'il s'agissait d'une pure invention, eh bien non ! Bolaño devait avoir la carte sous les yeux en écrivant !)
- des dessins de Mexicains vus de haut comme nous les connaissions étant enfants.
J'ai eu l'impression de me faire balader à tous les sens du terme. C'est souvent très érudit, mais quel intérêt ?
J'attendais avec impatience les avis de ceux qui auront apprécié. J'ouvre au ¼.
Christelle
Tout d'abord, je dois dire que la "formule" de l'été me convient tout à fait : je préfère les formats courts et les nouvelles aux "pavés" qui s'étalent sur plusieurs semaines. Donc, j'ai apprécié d'avoir le choix.
J'ai commencé par Un petit roman lumpen, récit de la vie d'une fille et de son frère, qui perdent leurs parents à la fin de l'adolescence, et qui deviennent peu à peu la proie de personnages mystérieux. L'impression d'étrangeté tient à la fois aux personnages, dont on ignore l'identité et qui restent difficiles à cerner, mais aussi aux lieux - notamment l'immense maison dans laquelle l'héroïne se rend régulièrement - ainsi qu'à l'absence d'émotion de la fille. Je pense que le style de Bolaño, concis et sans fioritures, parfois elliptique, contribue à ce caractère énigmatique du roman, que je trouve particulièrement réussi.
On retrouve ce style fluide et sobre dans Les putains meurtrières, ainsi que l'atmosphère insaisissable dans plusieurs des nouvelles, ce qui m'a particulièrement plu. Quelques détails m'ont marquée. Dans "Derniers crépuscules sur la terre", les deux personnages, un fils et son père, sont désignés par leur initiale B et A, cela donne un caractère très factuel au texte ; ce ton, ainsi que la chute de cette nouvelle, où l'on quitte les deux "héros" en situation critique dans un bar malfamé, m'a donné l'impression de lire le rapport du policier chargé de l'enquête après le drame (que j'ai supposé). Dans plusieurs autres nouvelles, j'ai aimé la capacité de Bolaño à faire ressentir une impression de menace, une atmosphère lourde. Dans "L'œil Silva", qui se passe en Inde, dans une secte qui pratique des mutilations sexuelles sur des enfants, l'atmosphère est plus que lourde, mais sordide. La nouvelle "Les putains meurtrières" qui a donné son nom au recueil est à mes yeux la moins réussie, plus artificielle.
J'ai ensuite lu Étoile distante où j'ai retrouvé la violence présente dans les deux précédents livres, mais dans un milieu différent, celui des étudiants, une omniprésence de la poésie (un nombre de références peut-être un peu assommant), et un caractère plus historique. Un récit vif et stimulant où art et noirceur se côtoient chez un seul individu, mais est-ce contradictoire ?
J'ai à peine commencé Nocturne du Chili, mais l'avis d'Annick n'est franchement pas encourageant ...
J'ouvre aux ¾ pour le format des œuvres, le rythme, le style direct et l'"étrange inquiétude" bien exprimée. Après avoir écouté les avis, je suis toutefois tout à fait consciente que pour comprendre Bolaño, il faut avoir lu un pavé (ce qu'il faudrait que j'envisage...).
Renée
(à l'écran)
J'avais lu 2666 à sa parution et j'avais été absolument emballée. À la deuxième lecture, ce texte m'hypnotise à nouveau. Est-ce c'est le MAL qui me fascine ? Je ne sais pas car le vocabulaire et le style sont simples. Cependant, j'adore la construction à tiroirs de ce livre : dans chacun des 5 grands tiroirs, on ouvre de plus petits tiroirs, qui contiennent des boîtes qui contiennent d'autres petites boîtes, etc. Malgré toutes les digressions, ces fragments divers associés forment un tout. Le monde est chaotique, Bolaño le montre par sa description de la guerre et des enquêtes sur les assassinats : mépris des femmes, mépris de la justice, corruption des policiers et des tribunaux, des prisons, règne de la mafia et des trafics de drogue. La vie humaine n'a aucune valeur. Bolaño n'en parle pas, mais beaucoup d'hommes mouraient aussi. Deux scènes sont quasiment insoutenables : la scène de la castration dans la prison avec les gardiens qui prennent des photos, comme celle de l'assassinat des Juifs par des enfants polonais abrutis d'alcool. À chaque fois, j'ai dû arrêter ma lecture 24h, tant c'était perturbant. La répétition des crimes, comme une litanie, les enquêtes sans début ni fin, à certains moments le texte flotte, j'avais une impression de cauchemar, un vertige qui ne trouve jamais de conclusion, jamais de fin. Alors qu'on me décrit des horreurs, que la barbarie se répète, je reste dans une espèce de brume. Cela témoigne du grand art de Bolaño. Et la Grande question est posée : est-ce que la littérature peut nous sauver de ce chaos ? Bolaño le croit puisque tous ses personnages le croient : les critiques qui cherchent Archimboldi, Amalfitano, et surtout Hans Reiter qui a fait la guerre avec les nazis, mais qui se régénère en Beno von Arcimboldi, écrivain témoin de son temps. C'est censé être un écrivain exceptionnel, c'est lui que recherchent les universitaires.
Les détectives sauvages,
c'est un roman protéiforme, une suite de témoignages subjectifs présentant un portrait de Arturo Belano (bien entendu c'est Bolaño), Ulises Lima, Cesarea, ainsi que de la jeunesse du Mexique et du Chili dans ces années 1970 à 1990. Ils veulent TOUS être poètes, même les caissières de supermarché écrivent des poèmes. Intuitivement, pour eux, la force de la création résiste face à la violence de la guerre, face aux dictatures. L'art est plus fort que tout, il demeure. La puissance de la littérature fait oublier l'exil et les bouleversements de l'histoire. Un jeune dit : "Tous les livres du monde attendent que je les lise". Ils connaissent bien la littérature européenne et taxent Arturo Belano de "l'André Breton du tiers monde".
J'ai lu aussi Étoile distante qui explore également le mal enfoui dans l'homme. Il me semble que c'est un résumé des obsessions de Bolaño. C'est l'inspiration principale du spectacle de Gosselin, Maldoror, au festival d'Avignon. Il explore la double personnalité de Carlos Wierder, poète charismatique adulé par les jeunes poètes, mais criminel froid et calculateur. Il tue ses amies et expose dans une installation les photos de ses crimes c'est d'une cruauté glaçante.
J'ai lu également Nocturne du Chili, Des putains meurtrières, La littérature nazie en Amérique, et Le secret du mal qui tournent tous autour du même thème : la jeunesse, sa soif d'art, et la littérature et la poésie peuvent-ils sauver le monde habité par la violence et le mal en général ?
Odile(avis transmis)
J'essaie de dire quelques mots sur Les détectives sauvages.
J'ai été très dépitée quand je suis allée sur le site de Voix au chapitre lire vos avis. Je pensais que tout le monde allait avoir lu 2666 et/ou Les détectives sauvages, comme moi et comme mon avis était embrouillé entre "Magnifique !" et "La barbe...", je comptais sur cette lecture pour m'éclaircir les idées, et pof ! vous avez choisi des petits...
J'ai lu il y a longtemps déjà 2666 que j'avais apprécié, mais quand même avec un avis mitigé dont je ne saurais retrouver les détails.
Donc j'ai lu (en partie, jusqu'à la page 592 sur 847) Les détectives sauvages, sans réussir à me décider sur une opinion catégorique.
Par exemple, dans la première partie, j'ai beaucoup aimé les tentatives de Juan Garcia Madero de dépucelage : "Ensuite tout s'est transformé en une succession de faits concrets ou de noms propres ou de verbes et de chapitres d'un manuel d'anatomie effeuillé comme une fleur, chaotiquement reliés entre eux." À la fois sobre, descriptif, plein d'humour et finalement assez onirique. Et, plus loin : "Les romans, en général, étaient hétérosexuels, la poésie, par contre, était absolument homosexuelle, et les nouvelles, j'en déduis qu'elles étaient bisexuelles, même s'il n'en a rien dit. À l'intérieur de l'immense océan de la poésie, il distinguait plusieurs courants : des pédérastes, des pédales, des pédoques, des folles, des sodomites, des lopettes, des gonzesses et des efféminés..." Bien sûr, pas de femmes, sinon hétéros, dans ce panorama !
Dans la deuxième partie, j'ai été surprise je ne pas retrouver "notre héros" et très longtemps pas du tout les poètes partis à la recherche de la poétesse mythique ancêtre... J'ai lu plein de mini-biographies d'êtres obscurs et pas passionnants, j'ai quand même retrouvé un des fondateurs des réal-viscéralistes, Ulises Lima, mais quelle épave ! Par contre, j'ai aimé des histoires annexes comme celle de l'amoureux de Peau Divine, que je trouve très attachant et celle du père des deux filles, souvent interné en hôpital psychiatrique...
Il y a une forme d'écriture qui me séduit, mais par moments seulement. Donc, j'ai eu l'impression de m'intéresser plus aux histoires annexes qu'au thème principal annoncé, la recherche de la poésie... et, du coup, je n'ai pas d'avis ! Déjà, je devrais terminer...

Le nouveau groupe parisien réuni le 11 septembre 2026
avait choisi de lire Les putains meurtrières :
avis meurtriers suivent...
•Anne-Marie •Béatrice •Christine
•
Marie-Noël
•Noémie

•
Véronique

Marie-Noël
J'aime bien m'identifier aux personnages dans un roman, et là je n'y suis pas parvenue.
Seule la nouvelle "Le retour" m'a intéressée, et j'ai un peu accroché : au moins c'était original et je me suis un tout petit peu attachée au personnage (le couturier). À la fin, on sent qu'il est content d'avoir quelqu'un à qui parler, c'est une chute !
J'ai aussi bien aimé celle où il parle de sa mère qui tourne dans des films pornos.
La première nouvelle est très bizarre, le personnage est un peu travaillé, mais il a une relation ambiguë avec deux enfants, c'est glauque.
Coté style, on voit dans certains passages que l'auteur écrit avec de belles tournures ; je pense que c'est voulu de sa part d'utiliser ce ton morne, plat, sans émotion, mais je ne comprends pas pourquoi il fait cela et je ne prends pas plaisir à le lire, donc je ne le recommanderai pas en lecture à un ami, donc je ferme.
Béatrice

J'ai du mal à me souvenir des nouvelles de ce recueil et ça me revient en parlant avec vous.
D'une manière générale, je ne suis pas fan de nouvelles et ici encore moins.
Je n'ai pas accroché et je me suis forcée, sauf la nouvelle sur le père et le fils à Acapulco, qui m'a intéressée. Le fils lit des poètes français. On ne sait pas trop quelle relation il a avec son père, peut-être l'aime-t-il, mais ils semblent éloignés l'un de l'autre, très différents. Peut-être cet épisode est-il une tentative de rapprochement. Je ferme le livre.
Noémie

Je n'ai lu que la première nouvelle, mis je fais un rejet absolu, c'est épidermique ! À la limite j'ai préféré Leonora Carrington. Là je me suis arrêtée, je n'ai pas pu faire l'effort.
Ce qui m'a rebutée, c'est le style pesant. J'ai ressenti une immédiate antipathie pour le narrateur : je le sens arrogant, prétentieux. Pourtant la critique l'a encensé, je ne comprends pas. Donc évidemment je ferme.

(Le groupe cherche des infos sur Bolaño, constate qu'il aurait 73 ans ; il a créé un mouvement "infraréaliste".)
Christine

Je me suis demandé pourquoi je n'entrais pas dans ce livre. Le style est froid, avec des phrases courtes, descriptives, distanciées. De plus l'histoire des enfants castrés en Inde ("L'œil Silva", la première nouvelle), m'a choquée. J'ai fait une recherche et il s'avère que cette pratique est historiquement et sociologiquement liée à une communauté indienne qui perdure.
J'ai l'impression que l'auteur se base sur des faits culturels réels dans tout le livre. D'ailleurs tous les auteurs qu'il cite sont réels et font partie d'un certain milieu.
Je n'ai pas aimé les nouvelles avec B. Trop impersonnelles. Ce sont deux solitudes qui coexistent.
J'ai mieux apprécié la nouvelle "Le retour", la seule nouvelle où j'ai senti une communication. Quant à la nouvelle "les putains meurtrières", j'ai sursauté quand j'ai compris que c'était une femme qui parlait. Une femme qui venge les autres femmes ?
Que raconte Bolaño dans ces nouvelles à part la solitude et la violence ?
Je ferme le livre.
Anne-Marie

J'avais envie d'essayer. Mais chaque fois que je terminais une page, je me rendais compte que je l'avais lue mécaniquement, sans prêter attention au texte. Il fallait recommencer, et ça a été comme ça presque tout le temps : je me suis promenée dans ce texte, cette atmosphère glauque, en mourant d'ennui.
Ces nouvelles en plus étaient difficiles à comprendre, avec les personnages définis en cours de route et pas au début, il aurait fallu être très attentive, or là, impossible.
Le style est sec, les sentiments ne sont pas exprimés. Seule la nouvelle "Des putains meurtrières" tient la route, au moins, le monologue de la femme tient debout, elle raconte clairement ce qu'elle a à dire. C'est vrai ce que dit Christine, on peut penser qu'elle essaie de venger les femmes de tout ce qu'elles ont subi par les hommes. Et c'est dans ce monologue qu'elle dit : "si elles parlent (les femmes) même si ce n'est qu'un murmure, écoute les paroles et réfléchis-y, réfléchis à leur signification, pense à ce qu'elles disent et à ce qu'elles ne disent pas, essaie de comprendre ce qu'elles veulent dire en réalité. Les femmes sont des putains meurtrières, Max..."
Mais par ailleurs, je trouve ce livre fatigant, sans intérêt. Je le ferme complètement.
Véronique

Tout du long du recueil, j'ai eu l'impression de ne pas avoir toutes les cartes en mains pour comprendre les textes, ce dont ils parlent réellement : je ne connais pas assez l'histoire chilienne et moins encore celle de la diaspora des années 70, et c'est clair que dans ce cas, on passe à côté de la plupart des références, du sous-texte en quelque sorte.
Ne reste alors plus que le texte en lui-même et... eh bien, dans plus de la moitié des nouvelles, il ne se passe rien, littéralement, et ce n'est pas comme si le vide événementiel était compensé par l'intensité des sentiments : en gros, elles m'ont mortellement ennuyée, suscitant au mieux des questions auxquelles je ne peux pas avoir de réponse (par exemple : les nouvelles fades et vides ont en commun le personnage "B" : est-ce de lui-même que l'auteur parle ?). Et au milieu de tout cela, deux textes extrêmement violents, semblant tomber de nulle part et où aucun contexte n'est donné, ce qui m'a provoqué un certain malaise. Bref, le recueil de nouvelles ne m'a vraiment pas donné envie de lire autre chose de Bolañ
o.

Les cotes d'amour du groupe breton réuni le 24 septembre
autour de lectures de Bolaño au choix
•Cindy
•Édith
•Philippe •Soaz
et•Marie-Odile
•Brigitte
•Annie •Marie-Thé •Suzanne

Annie(avis transmis)
Lire Bolaño m'a replongée dans mes années lycée au cours desquelles, en cours d'espagnol, nous parlions beaucoup d'Allende, de Pinochet, de Pablo Neruda, d'Atahualpa Yupanqui, même si ce dernier était argentin et non chilien. Nous parlions beaucoup du coup d'état de 1973 et de ses conséquences.
J'ai acheté Les putains meurtrières et Étoile distante. J'ai commencé le premier et n'accrochant pas, j'ai commencé le deuxième. Puis j'ai alterné pour essayer de m'en sortir, sans succès. Trop sombres et surtout avec une étrange impression de lourdeur et d'étouffement, liée au style, davantage qu'au sujet traité. Je n'ai pas aimé les allers et retours entre fiction et réel et je ne voyais pas où Bolaño voulait emmener ses lecteurs.
J'ai trouvé que les descriptions de violences, dans un livre comme dans l'autre, tombaient souvent à plat, alors qu'elles auraient dû me faire réagir.
Je suis probablement passée à côté d'un grand auteur ; j'ai pourtant essayé en me forçant à aller au terme des deux livres choisis.
J'ouvre au quart pour quelques moments de poésie.

Marie Thé
Quelques a priori parasitaient mon désir de lecture, je suis passée outre, mais j'avais raison de me méfier, je n'ouvrirai donc ce livre, Nocturne du Chili, qu'au 1/4.
Je dirai d'abord que ce "jeune homme aux cheveux blancs", du début à la fin m'amène à "La conscience" de Victor Hugo.
Si j'ouvre ainsi ce livre pour moi cauchemardesque, c'est pour quelques passages poétiques, pour les portraits, et pour l'atmosphère. J'ai aimé l'apparition merveilleuse de Neruda, l'errance du jeune prêtre dans la campagne : "l'heureux équilibre dont... la contemplation de la nature m'avait gratifié." Belle aussi la cordillère vue de la ville.
Les portraits ont donc retenu mon attention, Farewell en particulier, inquiétant, trouble, fascinant aussi, dès les premières pages, "gigantesque oiseau de proie" face à l'"oisillon" qu'est le jeune père Ibacache. Beaucoup de volatiles d'ailleurs dans ce livre, une vraie volière... Ah, les curés fauconniers rencontrés en Europe ! (Mais qui sont les faucons du Chili ?). Autres portraits en quelques mots méprisants, les paysans : "ils étaient tous affreux." Dans le "bouge", "l'insignifiance et le désespoir infinis de mes compatriotes" : "les porcs souffrent aussi". Maria Canales : "son visage bovin", ou encore "l'horrible nurse".
Atmosphère oppressante, trouble, angoissante, la troisième raison qui me fait entrouvrir ce livre, je n'ai pas aimé mais que c'est réussi !
J'ai été agacée dès le début par tous ces "peut-être", ces "je ne me souviens plus exactement". Et que de répétitions, tout au long du livre ! Et cet étalage de culture !
Et finalement tant mieux lorsque hésitations et répétitions me permettent d'évoquer Huysmans et quelques titres évocateurs : À rebours, lu et aimé grâce à Voix au chapitre. En ces premières pages, j'ai l'impression qu'on ira dans ce sens... : L'oblat ; cet autre titre de Huysmans m'amène à penser que Farewell pourrait peut-être en être un, un oblat...
Les passages décrivant les rêves, les ombres chinoises, le peintre guatémaltèque face à Ernst Junger et don Salvador, l'artisan cordonnier et son œuvre aussi, m'ont barbée. Idem pour les cours de marxisme à Pinochet et la junte, passages étonnants cependant où Pinochet critique entre autres l'absence de culture d'Allende, qui ne lit pas, etc. etc.
Je retiendrai les passages décrivant la place des intellectuels au Chili, dans les soubresauts de l'histoire, dans la société chilienne, "Dans ce pays de propriétaires terriens...la littérature est une extravagance et savoir lire n'est pas un mérite." Les soirées chez Maria Canales m'apparaissent déplorables et... terrifiantes.
Importance de la culture, semblant cependant réservée à une élite dans ce Chili ici décrit, idées fausses (Français qui ne lisent que des Français, etc.). Je note encore : aucune illusion sur les politiques, habitude rendant imprudent, banalité du mal, peur qui empêche de parler.
Et ce refrain des dernières pages appliqué à tout et n'importe quoi : "Existe-t-il une solution ?" Je ne cherche même pas à comprendre.
Enfin, après tout cet étalage de culture, cette dernière phrase : "Et ensuite se déchaîne une tempête de merde." La classe ! Et c'est fini pour Ibacache et... pour le lecteur.
Je ne lirai plus cet auteur.
Marie-Odile
Bien qu'il ne contienne aucun personnage sympathique, j'ai aimé Nocturne du Chili, son allure d'Apocalypse, ses visions étranges sorties on ne sait d'où : les paysans et femmes à proximité de Là-bas (le nom du domaine de Farewell auquel le narrateur rend visite ; c'est aussi un roman de Huysmans, auteur cité dans le livre). J'ai aimé sa prose rythmée, son style poétique multipliant les reprises, les innombrables anaphores ou leitmotivs  qui donnent force au récit ("j'imaginai", "une patience", "un effort", "Existe-il une solution ?", "Vous voulez voir la cave ?" chez Maria Casales), scandant un texte parfois incantatoire, sans paragraphe, sans chapitre, avec des phrases qui n'en finissent pas (46 lignes parfois), mais qui m'ont entraînée comme si je dévalais un fleuve sans savoir ce qui m'attend.
J'ai noté des comparaisons étranges : le père vu comme une belette, un furet, une anguille, les yeux de Farewell "fendus comme des pièges à ours inutilisables", "la vie est comme un collier de grains de riz, un paysage illisible sur chaque grain", la soutane : "une sorte de cathédrale dans laquelle j'habitais nu". Je me suis demandé si Bolaño se droguait, mais apparemment non.
J'ai aimé l'imagination et la réalité du Chili emmêlées dans l'évocation des souvenirs parfois précis, parfois flous de ce prêtre mourant, poète, critique littéraire, membre de l'Opus Dei "appuyé sur un coude", voyant apparaître l'énigmatique jeune homme aux cheveux blancs = jeunesse et vieillesse rapprochées.
Habituellement, je n'aime pas la littérature qui parle de littérature, mais ici ça m'a intéressée, cette façon de mettre en avant la poésie, la critique littéraire, comme des éléments vitaux dans le contexte politique d'un pays. Le rapport entre les hommes politiques et la littérature est évoqué avec une légèreté apparente, mais ce n'est pas une question anodine. Lors des cours de marxisme donnés à Pinochet par le narrateur, le général s'inquiète des lectures d'Allende. (Apparemment, ces cours ont vraiment eu lieu et même la police s'informait sur le marxisme auprès de ceux qu'ils torturaient).
J'ai été horrifiée de la proximité, chez Maria Canales, des étages où on se réjouit entre artistes-écrivains et des caves où se pratique la torture à l'initiative de son mari. Cette scène racontée deux fois fait froid dans le dos, bien que présentée avec une certaine retenue. (Car le témoin de ce fait réel ne dit rien, métaphore des Chiliens restés au pays qui préfèrent ne pas voir, ne pas dire car c'est trop dangereux. Les autres ont fui.)
Les Chiliens sont souvent présentés avec dérision : " le sens du ridicule, le sens le plus aiguisé que nous Chiliens possédions".
Je me suis amusée de la tournée européenne concernant la préservation des églises, cette liste de prêtres avec faucons associés, dont le nom m'a souvent fait sourire (exemple : Ta Gueule). J'ai adoré la description du vol des étourneaux en Avignon. Ces pages fonctionnent comme une série, une succession, tout comme les pages où le narrateur fait une biographie rapides des papes.
J'ai été déroutée par nombre de récits dans le récit, rapportés de façon indirecte, comme celui où Salvador Reyes raconte sa rencontre à Paris avec E. Jünger et le peintre guatémaltèque mélancolique "machin ou truc ou quel que fut le nom du Centraméricain" = scène étrange, aux innombrables sujets de conversation.
Autre récit aux allures de conte ou de fable politique : celui que Farewell fait au narrateur : l'Histoire de la Colline des Héros = projet d'un éminent cordonnier, en Europe centrale, sa réalisation et sa déchéance jusqu'à l'arrivée des chars russes. J'ai bien aimé cette histoire, l'évocation incroyable de toutes les chaussures, l'idée d'un cimetière-musée en l'honneur des héros de tous les temps et de tous les pays. Le récit se termine par la question répétée de Farewell au narrateur : "tu comprends ?" ; eh bien, moi, lectrice, je ne suis pas sûre d'avoir compris...
Je me dis que le roman ressemble à un assemblage de nouvelles, que certaines pages comme l'histoire du cordonnier ou de Maria Casales pourraient se lire pour elles-mêmes.
Certaines phrases font figure d'aphorismes assénant des vérités avec lesquelles on est, ou pas, d'accord : "Il n'y a pas de consolation dans les livres", "la vie est une succession d'erreurs qui nous amènent à la vérité dernière", "on ne peut pas grand-chose tout seul contre l'Histoire", "Pourquoi il nous est arrivé ce qui finalement nous est arrivé ?" ; ou posant des questions philosophiques : "Chacun a l'obligation morale d'être responsable de ses actes et aussi de ses paroles et même de ses silences". Et pour moi la question fondamentale entre toutes : "Est-ce qu'un homme sait toujours ce qui est bien et ce qui est mal ?"
Pour conclure, un texte hétéroclite que peut justifier le récit rétrospectif d'un homme en fin de vie, mais dont j'ai un peu de mal à faire la synthèse. Le narrateur ne justifie pas lui-même le choix des souvenirs. Au lecteur d'y réfléchir, mais pour moi c'est pas évident.
J'ouvre ¾ pour le plaisir de lecture quand même, l'étonnement, la densité du texte, le style, la satisfaction d'avoir réussi à lire un Bolaño. Et sa façon de montrer que rien n'est simple, jamais.

Le Troisième Reich est un roman, écrit en 1989, publié de manière posthume : un livre qui aurait pu me plaire, mais qui m'a laissée sur ma faim.
Une écriture très simple, à la première personne, journal d'un jeune Allemand qui se retrouve sur la Costa Brava pour des vacances avec sa petite amie.
Un narrateur champion de wargames, passionné des mouvements militaires du Troisième Reich, qui écrit des articles sur des variantes stratégiques du jeu et dont le but est de faire gagner l'Allemagne.
Une atmosphère assez vite troublante, des rencontres énigmatiques, des rêves étranges, des avertissements répétés sur le danger et des événements inquiétants. Mention spéciale pour le Brûlé à l'origine mystérieuse (Amérique latine...), au physique marqué de brûlures non accidentelles et contre qui plusieurs personnes mettent en garde le narrateur. Mystère et inquiétude liés à la disparition en mer d'un "ami" de vacances. Fréquentation de deux gars étranges surnommés Le Loup et L'Agneau. Un personnage cité mais toujours absent : le mari de la gérante de l'hôtel. Départ de la petite amie. Maintien sur place du narrateur embarqué dans un face à face avec le Brûlé qui emporte la partie du jeu comme on emporte une guerre.
Mais tout cela se noie dans une évocation du quotidien quelque peu répétitive. Et surtout la fin n'est pas à la mesure de ce que laisse attendre le crescendo d'inquiétude.
Atmosphère trouble. Malaise permanent. J'ouvre ½.
Brigitte
J'ai lu Le gaucho insupportable. Bolaño gravement malade à cinquante ans et se sachant condamné a remis son ouvrage à son éditeur quelques jours avant sa mort. J'ouvre ½ après bien des hésitations.
Livre surprenant construit en deux parties. Livre qui ne me laisse pas indifférente, surtout après m'être intéressée à cet écrivain chilien que je ne connaissais pas… Mais une atmosphère "plombée". Lire ce livre un jour de pluie, un jour maussade, c'est quasi suicidaire. Vous me direz que le ciel a été bleu tout l'été…
Tout d'abord, je lis la première partie : cinq nouvelles très imagées qui sont pour moi inquiétantes. Mon interprétation : Bolaño soulève la complexité des rapports humains dans des contextes géopolitiques dramatiques. Le texte me laisse une impression presque désagréable de mélancolie et de tristesse. Puis l'auteur livre une deuxième partie composée d'extraits de conférences sur son rapport maladie/mort. Pour finir, Bolaño donne son avis sur la littérature internationale.
Une nouvelle fois, je pense que je n'apprécie pas à leur juste valeur la lecture de nouvelles. J'ai du mal à en trouver le sens et à faire des liens. Je vais finir par oser dire que je n'aime pas les nouvelles : ?? Pas de préambule. Pas de morale. Faut-il faire des liens? Oui je pense à la lecture de ces cinq nouvelles. Voici ce que je retiens.
La première, "Jim", m'a laissée de marbre. Ce texte court est l'histoire d'une rencontre comme chacun d'entre nous peut en faire !
Puis j'ai souri avec la deuxième. Mais que de mélancolie émane du texte, "Le gaucho insupportable". Cependant c'est celle que je préfère. Sur les traces de son passé lors de la crise économique argentine
début du XXIe siècle, le gaucho, ancien avocat, cherche un nouveau sens à sa vie dans la pampa au milieu de lapins sauvages parfois agressifs. Il ne reconnaît plus ce pays déserté, mais il s'adapte, s'y sent bien et décide d'y vivre. Qui est Gaucho ? Est-ce uniquement un gardien de troupeau ou/et une personne de gauche, une personne aux idées révolutionnaires comme l'auteur en côtoie dans sa famille dont son père ? Je pense que le Gaucho pourrait être son père. Il est insupportable pour qui ? Pour son fils Bebe ? Ce dernier serait-il alors Bolaño ?
Suit "Le policier des souris" : un flic souris part à la recherche du tueur des égouts. Les souris s'entretuent. Climat angoissant. Ne rien dire, ne rien voir des tortures, des meurtres, des incarcérations pour sauver sa peau. Lien avec les dictatures d'Amérique du sud dont le Chili sous Pinochet ?
Puis "Le voyage d'Alvaro Rousselot" (vérification faite il n'a jamais existé) conduit ce dernier à Paris à la recherche d'un cinéaste français (Bolaño connaît la France). Il soutient que ce cinéaste l'a plagié alors qu'il pourrait être victime du plus pur hasard découvre le lecteur. Encore du désespoir ! Le danger de croire à une trahison ?
Pour finir "Deux contes catholiques : la vocation et le hasard". Je n'ai pas vraiment apprécié. Écriture sombre pour se dire : à qui faire confiance ? La religion n'est pas gage de vérité. Ce n'est pas l'Histoire mondiale qui contredit l'écrivain au fil des décennies.
La deuxième partie du livre m'a intéressée. Bolaño dit qu'écrire peut-être un acte libérateur. Je retiens :" maladie+ littérature=maladie". Est-ce à dire que la maladie incurable balaie et anéantit le savoir, la vie, les rapports humains ? Bolaño se livre dans un texte fort sur son rapport à la maladie et à la fin de vie. Ce texte me parle. Mon passé professionnel resurgit mais pas uniquement…
Et enfin le livre se termine sur son rapport à la littérature. J'ai apprécié la lecture même si certaines références littéraires et cinématographiques sont restées obscures. À noter qu'il cite des auteurs lus avec VAC : Baudelaire, Canetti, Musset, Proust, Allende… Il fait aussi une critique sévère de la littérature commerciale "celle qui se vend". Notamment il est cinglant avec l'écrivain espagnol Arturo Pérez-Reverte. Oups ! J'ai lu deux romans de ce dernier cet été et j'ai passé un bon moment, même si l'évolution est souvent prévisible, le contexte historique m'a intéressée.
Même si j'ai écouté avec plaisir et intérêt les podcasts sur France Culture et lu des articles sur Bolaño, je n'ai pas envie de poursuivre dans l'immédiat la lecture de son œuvre. Mais je pense ne pas l'oublier. Je suis contente de ce choix de Voix au chapitre.

Suzanne
(avis transmis)
Il ne me reste pas grand chose de mes lectures de juillet. J'ai lu Les putains meurtrières, nouvelles que j'ai trouvées originales, mais pas d'un grand intérêt : ce qui explique sans doute l'oubli après deux mois. J'ouvre 1/4.
Soaz(avis transmis)
Je n'ai pas encore fini Un petit roman lumpen : pour l'instant, j'ouvre aux 3/4.
Cindy(avis transmis)
J'ouvre en grand Les détectives sauvages, pour l'écriture, l'histoire et parce que c'est quand même 800 pages ! Mais c'est profond, même si ça bouscule et c'est un écrivain qu'il faut lire au moins une fois.
Philippe

Dans chacune de treize nouvelles de ce recueil, Des putains meurtrières, publié en 2001 et en France en 2003, il est facile de retrouver la biographie de Roberto Bolaño, exilé politique chilien, d'abord au Mexique puis en Espagne. À la lecture des nouvelles, j'ai perçu l'auteur comme un écorché vif, à la trop courte vie, mort à cinquante ans. On peut lire cette phrase : "tu ne t'y connais pas en peinture, mais en revanche, tu t'y connais bien en solitude, ce qui est la même chose."
Chaque nouvelle fait une vingtaine de pages, parfois un peu trop longue, mais l'écriture est agréable et fluide. La première nouvelle, "L'œil Silva" est la plus intéressante. Elle est dédiée aux jeunes Chiliens, nés dans les années cinquante qui avaient vingt ans à la chute d'Allende, et donc au début de la dictature Pinochet (11/9/1973).
Roberto Bolaño était un érudit de la littérature et de la poésie sud-américaine, mais aussi française et européenne. Dans "Vagabond en France et en Belgique", le narrateur trouve chez un bouquiniste le numéro 2 de la revue Luna Park, publié en 1976, dont les contributeurs sont des auteurs belges et européens. Le narrateur, qui n'est autre que l'auteur, reprend régulièrement au cours de la nouvelle, la lecture de la revue pendant son voyage, comme un fil rouge et un refuge.
Dans "Carnet de bal", il parle de son illustre compatriote Pablo Neruda (1904-23/9/1973) décédé officiellement de maladie, douze jours après la chute d'Allende, dont il avait été le compagnon de lutte : "Je l'avoue : je n'ai pas pu lire le livre de mémoire de Neruda sans me sentir mal, à l'agonie. (...) Combien d'efforts pour cacher et embellir ce qui a le visage défiguré. (...) Quand nos noms ne signifieront plus rien, son nom continuera de briller, continuera à planer sur (...) la littérature chilienne."
Paradoxalement par rapport à mes goûts habituels, j'ai été intéressés par les deux nouvelles ésotériques : "Buba" et "Le retour".
Après avoir lu Des putains meurtrières, j'ai pensé que je prendrais plaisir à découvrir d'autres facettes du talent de Roberto Bolaño, que je perçois comme un auteur intéressant.
Pour VAC, je garde le recueil ouvert aux trois quarts.

J'ai choisi de lire Conseils d'un disciple de Morrison à un fanatique de Joyce suivi de Journal de bar pour l'originalité de son titre et le côté énigmatique que j'ai cru y trouver. Ces deux textes, parus en Espagne en 1984 et 2006, n'ont été publiés dans la traduction française qu'en 2009.
On peut noter qu'il s'agit d'une écriture à deux. Roberto Bolaño, exilé politique chilien en Espagne, semble être l'auteur principal, il est le premier cité et son nom écrit en plus gros sur la couverture, que celle de son ami Antoni Garcia Porta, du même âge, barcelonais de naissance. On ne sait pas la part réalisée par chacun.
Il s'agit d'un roman policier avec des ingrédients classiques : armes, coup de feu, morts violentes et sang frais. Le narrateur est Angel Ros, un jeune réfugié chilien, écrivain en devenir, amoureux de Joyce et des Doors, qui s'éprend de Ana, une très jeune femme latino-américaine à la personnalité très inquiétante, prostituée à temps partiel. Elle entraîne Angel dans des braquages, des hold-up sanglants, suivis de cavales. Ana trouve la mort lors d'une prise d'otage, d'une balle en plein front. On ne sait pas qui a tiré, et tous les doutes sont permis, en particulier quel est le rôle d'Angel. Par miracle, Angel passe à travers les mailles du filet tendues par la police. Sa cavale est longue, on le retrouve à Paris plusieurs années plus tard, il ne parvient pas à aboutir son roman, et il porte des fleurs sur la tombe de Jim Morrison au Père Lachaise.
Ce texte est suivi par Journal de bar. Pendant l'hiver 1979, Vila est traumatisé par le suicide d'un jeune Chilien, client de son bar, qui s'est défenestré du 7e étage. Il était étudiant, et il avait reçu avant son geste, une lettre d'une jeune femme : "il n'avait même pas de permis de séjour" et dans son appartement, on n'avait trouvé que le Guide de la ville de Barcelone. Suicide ou assassinat. Un client du bar, vieil amateur de roman noir se dit "qu'il devrait écrire quelque chose sur l'homme qui ne lisait que le Guide de la ville de Barcelone."
Pour VAC, je garde aussi ce livre ouvert aux trois quarts.
Edith
J'ai lu Étoile distante et Des putains meurtrières (pas toutes les nouvelles).
Je parlerai très brièvement de chacun de ces livres, mais je dois dire que les quatrièmes de couverture me mettaient déjà "en condition".
J'ai découvert et apprécié une forme d'écriture et des thèmes parfois complexes dans leur forme, des thèmes où la mort, le cynisme, la violence, l'inhumanité des situations évoquées traversent tous ce que j'ai lu. À vrai dire, cela ne m'a pas dérangée, il n'y a rien eu d'insupportable et j'ai poursuivi ma lecture. Je voulais vraiment découvrir cet auteur.
J'ai eu le bonheur de voyager au Chili il y a 5 ans et de visiter la maison de Pablo Neruda et de ce fait de me remémorer ce que je savais de la dictature militaire. J'ai eu aussi le plaisir de découvrir un peu, la façon de vivre des Chiliens et de constater, hélas, leur pauvreté et leur exploitation par les USA (rareté de l'eau pour la population), la révolte des étudiants contre le régime chilien (avec des couvre-feux décrétés par l'État) venait de se terminer (nous en avons vu les traces des violences policières) : une mise en condition pour me plonger dans Bolaño.
J'ai acheté Nocturne du Chili, mais ne l'ai pas encore terminé. Je le lirai après notre rencontre. J'ai emprunté aussi Le Gaucho Insupportable, son dernier ouvrage avant son décès. J'ai lu aussi Etoile Distante, ma première découverte.

J'ai dû les relire rapidement des nouvelles Des putains meurtrières pour me les remettre en mémoire : "L'Œil Silva", "Gómez Palacios", "Derniers Crépuscules sur la Terre", "Jours de 1978", "Vagabond en France et en Belgique", "Des putains meurtrières", "Le retour". Ce qui m'en reste, c'est le détachement apparent que Bolaño semble - par son style ressenti - apporter à son récit. S'agit-il, dans ses nouvelles, d'événements de sa vie. ? Je le pense.
Il est question de rencontres dont il préserve l'anonymat et des anecdotes s'y rattachant, souvenirs d'une époque difficile pour les opposants au régime dictatorial de Pinochet. Période aussi folle où des individus jouaient leur vie, je pense plus particulièrement au héros de Étoile filante, cynique meurtrier et qui joue dans le ciel sa vie pour "épater" ses confrères poètes, improbables prouesses en avion dignes de la folie humaine de ces années de dictature ?
Les nouvelles des Putains meurtrières demandaient un échange car certaines demeurent mystérieuses, notamment celle du titre.
J'ai beaucoup aimé celle des deux parents, "Derniers crépuscules sur la terre" où le père B et le fils A évoluent dans leur étrange relation, dans leur choix de vacances communes, leur lien "machiste", leur absence de rencontre par le langage, remplacé par l'observation visuelle (celle du fils) nous renseignant des états d'âme des deux protagonistes. C'est froid et monotone, sans écho ni réciprocité. Je pense à un script pour le cinéma découpant des scènes à tourner avec la rigidité du regard d'une caméra. La présence de la "femme" convoitée par le père est une putain, sans équivoque de leur part, ni tendresse ni désir : c'est au programme de leurs vacances. Je l'ai relue deux fois pour m'imprégner du grand froid !!!
Thème récurrent : peu de tendresse pour la femme. Toutefois, par la nouvelle "Des putains meurtrières", l'auteur nous livre autre chose. J'ai aimé la supériorité - décrite ardemment - de la femme à la moto, imaginaire princesse de la belle au bois dormant, et reçu le récit de la peur de Max le héros (l'homme énigmatique) ; elle le cloue à son désir, presque mortifère, car elle est armée d'un couteau pour que je lise les dernières lignes de la nouvelle : "Moi je suis calme et je ne sais de quelle nature est ton cri. Je sais seulement qu'enfin nous nous sommes trouvés, que tu es le prince véhément et que moi je suis la princesse inclémente."
Ma sensibilité a trouvé récompense avec la nouvelle de "L'Œil Silva".
J'ouvre aux trois quarts à cause, parfois, de la difficulté à saisir le sens lors d'une première lecture.


Lire au choix Bolaño, d'accord... mais QUE CHOISIR ?

Voici comment réduire le choix pour se rapprocher d'une lecture commune, chacun faisant finalement - évidemment... - comme il le souhaite au sein de cette œuvre hénaurme.

Bolaño est programmé et nous avons en effet l’embarras du choix :
- Christian Bourgois : 18 titres
- Points : 12 titres
- L'Olivier : 2 titres + les 4 tomes des œuvres complètes.

Certains attaqueront le pavé le plus célèbre : 2666 (2004, posthume), Points, 1176 p. (même pas peur !).
Voire enchaîneront avec Les détectives sauvages (1998), 864 p.

Nombre d'entre nous sont prudents. Voici une sélection :
=> recueils de nouvelles :
- Des putains meurtrières (2001), 288 p. : un recueil de nouvelles devenu culte, parfait pour découvrir son univers.
- La Littérature nazie en Amérique (1996), 264 p. : faux dictionnaire biographique d’écrivains imaginaires.

=> de romans :
- Étoile distante (1996), 168 p. : l'histoire d'un poète fasciste pendant la dictature chilienne.
- Nocturne du Chili (2000), 160 p. : la confession d'un prêtre critique littéraire sous Pinochet.
- Un petit roman lumpen (2002), 112 p. : un récit plus intime situé à Rome.

Finalement, que choisir ?
=> Pour découvrir Bolaño sans douleur :
- Des putains meurtrières, 288 p.
- Un petit roman lumpen, 112 p.

=> Pour comprendre son rapport à la dictature :
- Étoile distante, 168 p.
- Nocturne du Chili, 160 p.

=> Pour entrer dans son univers littéraire et ses obsessions :
- La Littérature nazie en Amérique, 264 p.

=> Pour les ambitieux :
- Les détectives sauvages, 864 p.
- 2666, 1176 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN ROMAN COURT, ALORS LISEZ : Étoile distante, 168 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN ROMAN LONG, ALORS LISEZ : Les détectives sauvages, 864 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN RECUEIL DE NOUVELLES permettant la diversité, ALORS LISEZ : Des putains meurtrières, 288 p.

(Si vous lisez Étoile distante, la première page mentionne une autre histoire racontée dans un autre livre : vous pouvez la lire ›ici)


DÉCOUVRIR ROBERTO BOLAÑO

En 4 minutes : "Roberto Bolaño, l'écrivain sauvage", une présentation en images par France Culture, 2020.

En 4 heures : une série datant de 10 ans, "Roberto Bolaño" par Matthieu Garrigou-Lagrange, La Compagnie des œuvres, France Culture, 4 épisodes d'une heure, 19 au 22 septembre 2016.


Voix au chapitre a DÉJÀ RENCONTRÉ ROBERTO BOLAÑO

Des rencontres furtives, dans trois livres...

2003
. Dans le roman de Javier Cercas, Les soldats de Salamine, qui se situe à la fin de la guerre civile espagnole, un personnage qui est l'auteur (ou réciproquement) et qui écrit Les soldats de Salamine (!), tient une rubrique d'entretiens avec des personnalités :

L'un de mes premiers interviewés fut Roberto Bolaño. Bolaño, écrivain et Chilien, vivait depuis longtemps à Blanes, un village côtier situé à mi-chemin entre Barcelone et Gérone ; il avait quarante-sept ans, bon nombre de livres à son actif et cet air caractéristique de camelot hippie dont souffrent tant de Latino-Américains de sa génération exilés en Europe. Quand je lui rendis visite, il venait d'obtenir un important prix littéraire et vivait avec sa femme et son fils rue Carrer Ample, au centre de Blanes, où il avait acheté un appartement moderniste avec l'argent qu'on lui avait donné. C'est là qu'il me reçut un matin et, avant même d'échanger les salutations de rigueur, il me demanda de but en blanc :
- Dis-moi, tu ne serais pas le Javier Cercas du
Motif et du Locataire ?
Le Motif et Le Locataire étaient les titres des deux seuls livres que j'avais publiés plus de dix ans auparavant, sans que personne, sinon quelques amis de l'époque, n'y prêtât attention. Étourdi ou incrédule, j'acquiesçai.
- Je les connais, dit-il. Je crois même les avoir achetés.
- Ah, c'était donc toi ?
Il ne fit pas cas de ma blague.
- Attends un instant.
Il s'enfonça dans un couloir et revint peu après.
- Les voilà, dit-il brandissant triomphalement mes livres.
Je feuilletai les deux exemplaires et m'aperçus qu'ils étaient usés. Presque attristé, je constatai :
- Tu les as lus.
- Bien sûr, dit Bolaño en ébauchant un sourire, lui qui ne souriait presque jamais sans pour autant donner l'air de parler tout à fait sérieusement. Je lis même les bouts de papier que je trouve dans la rue.
Ce fut à mon tour de sourire.
- Ça fait longtemps que je les ai écrits.
- Tu n'as pas à t'excuser, dit-il. Je les ai bien aimés, ou du moins je me souviens les avoir bien aimés.
Je pensai qu'il se moquait ; je détournai mon regard des livres pour le fixer dans les yeux : il ne se moquait pas. Je m'entendis demander :
- C'est vrai ?
Bolaño alluma une cigarette et sembla réfléchir un moment.
- Je ne me rappelle pas très bien le premier, finit-il par reconnaître. Mais je crois qu'il y avait une nouvelle très bien sur un fils de pute qui pousse un pauvre homme au crime pour pouvoir finir son roman, n'est-ce pas ? De nouveau sans me donner le temps d'acquiescer, il ajouta : Quant au
Locataire, ça m'a semblé être un petit roman délicieux.
Bolaño exprima cette opinion avec un tel mélange de naturel et de conviction que je sus immédiatement que les maigres éloges qu'avaient mérités mes livres étaient le fruit de la courtoisie ou de la pitié. J'en restai muet et sentis une énorme envie de donner l'accolade à ce Chilien à la voix faible, aux cheveux frisés, émacié et mal rasé, dont je venais tout juste de faire la connaissance.
- Bien, dis-je. On commence l'entretien ?

Dans la vraie vie, Cercas et Bolaño furent amis, puis s'éloignèrent si ce n'est plus... En 2003, Cercas reprit contact et ils passèrent une soirée ensemble : la dernière, car Bolaño décéda quelques jours plus tard.

2018. Dans le livre de Patti Smith, M Train, qui comporte des photos, elle écrit :

Pour la Saint-Sylvestre, ce fut en gros la même histoire, sans résolution particulière. Tandis que des milliers de fêtards se dispersaient à Times Square, ma petite abyssine tournait en rond avec moi, qui faisais les cent pas, aux prises avec un poème que j’avais l’intention de terminer pour inaugurer le Nouvel An, en hommage au grand écrivain chilien Roberto Bolaño. En lisant son Amuleto, j’ai noté une référence à l’hécatombe – le massacre rituel ancien de cent bœufs. J’ai décidé d’écrire une hécatombe en son honneur – un poème de cent lignes. Ce serait un moyen de le remercier d’avoir passé la dernière période de sa courte vie à faire la course contre la montre pour achever 2666, son chef-d’œuvre. Si seulement il avait pu obtenir une dispense spéciale, afin qu’il puisse continuer à vivre. Car 2666 semblait enclenché pour se poursuivre à l’infini, aussi longtemps qu’il souhaiterait écrire. Quelle triste injustice pour le sublime Bolaño, mourir dans la force de l’âge, à cinquante ans. Sa disparition et ce qu’il n’a pas écrit nous privant de secrets à jamais engloutis, a photographié la chaise de Bolaño à Blanes, en Espagne, où celui-ci a écrit ses œuvres majeures comme 2666 et Les Détectives sauvages.

Ce passage est précédé de la photo de la chaise de Bolaño (p. 36 en Folio).
Après la mort de Bolaño en 2003, sa famille a accordé à Patti Smith la permission de visiter son domicile catalan et de photographier un objet lui ayant appartenu. Touchée par la dignité et l'énergie stoïque de l'écrivain, Elle choisit d'immortaliser sa chaise, un Polaroïd qui deviendra par la suite l'une des images emblématiques de son livre de mémoires M Train.
Par ailleurs, elle commente cette chaise photographiée ›ici.

2022. Le roman de Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, s'ouvre avec en exergue une longue citation de Bolaño, extraite des Détectives sauvages :

Un temps la Critique accompagne l'Œuvre, ensuite la Critique s'évanouit et ce sont les Lecteurs qui l'accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l'Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d'autres Lecteurs peu à peu s'adaptent à l'allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d'ossements l'Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S'approcher d'elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d'autres Lecteurs s'en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement l'Œuvre voyage irrémédiablement seule dans l'Immensité. Et un jour l'Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s'éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie, et la plus secrète mémoire des hommes.

Mohamed Mbougar Sarr explique clairement sur France Culture dans Mon œuvre à moi (6 novembre 2021, 5 min) pourquoi il aime Roberto Bolaño.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
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