Les 17 livres lus par les lecteurs du groupe



Ces livres sont tous traduits de l'espagnol (Chili) par Robert Amutio

Roberto Bolaño (1953-2003)

Les trois groupes ont lu cet auteur pour septembre 2026 : livres plus ou moins "au choix". Voir en bas de page comment choisir...

L'éventail des 21 lecteurs de l'ancien groupe réuni le 4 septembre
EtienneRenée
BrigitteChristelleJean
entre  et CatherineJacqueline
ClaireKatell Thomas
entre  et Sabine
deà Fanny
Annick Danièle Françoise Jérémy Monique 
Richard
Manuel
Mégane
Rozenn

Thomas (avis transmis, faisant au passage le lien avec des livres lus dans le groupe et à lire...)
Je ne pourrai pas être des vô
tres, mais j'ai quand même fait mes devoirs de vacances ! J'avais même pris (un peu) d'avance en lisant 2666 en janvier. J'avais beaucoup aimé la première partie, tant en ce qui concernait le fameux mystérieux écrivain que ce drôle de "trouple" formé par ses spécialistes. J'avais peur de la très longue partie sur les meurtres, mais finalement j'ai beaucoup admiré sa capacité à en parler sans jamais se répéter - sacré exercice de style ! -, au point de regretter qu'il ne les énumère pas tous (j'espère que je ne ferai pas l'objet d'une dénonciation aux services psychiatriques après cet aveu...)
La fin m'a laissé sur ma faim, j'espérais de plus amples éclaircissements ! Après cette expérience un peu mitigée (de très bons passages mais j'en attendais plus de ce chef--d'œuvre annoncé !), je me suis remis à l'ouvrage avec Des putains meurtrières cet été... et je n'ai absolument rien compris. Je n'ai jamais réussi à saisir ni quel était le réel objet de chacune des nouvelles individuellement, ni ce qui les unissait... Oublions donc ce rendez-vous manqué, et ouvrons à moitié pour le seul 2666 !
Pour le reste, dans le désordre et à toutes fins utiles : Le Christ s'est arrêté à Eboli, terminé hier, aurait tout à fait sa place (je me rappelle qu'on l'avait évoqué ?)
J'ai lu avec beaucoup de retard Le cornet acoustique, très bonne surprise malgré une fin qui m'a paru un peu baclée
J'ai aussi énormément apprécié La vie mode d'emploi de Perec, trop gros pour nous, mais qui me donne envie de lire d'autres de ses ouvrages comme on l'avait aussi, je crois, évoqué :)

Katell (avis transmis)
J'ai choisi Un petit roman lumpen. D'abord parce que c'est un "roman", ensuite qu'il est "petit", et enfin parce que le mot lumpen m'intriguait.
Bolaño... Je dois dire que je trouve qu'il y a eu un peu trop de hype...
Quand 2666 est sorti, quelqu'un - persuadé que j'étais une grande lectrice - me l'avait offert. Oh là là... ça m'est tombé des mains, comme dirait Françoise. Je l'ai même bazardé quand j'ai dû me séparer d'une partie de ma bibliothèque...
Donc, j'ai choisi un "petit" et "roman"... Qu'en penser ? Pas grand-chose, honnêtement... Ça se lit facilement, l'histoire pourrait être intéressante : deux adolescents orphelins en Italie, la jeune fille se prostitue plus ou moins, le garçon passe le balai dans une salle de sport. Mais on sent que l'histoire n'est pas le propos. Alors quoi ? Le style ? Assez plat... La construction narrative ? Strictement chronologique... Voilà, je pourrais dire que "j'ai lu Bolaño", pour ma hype personnelle.
Je l'ouvre à moitié.
Sabine entre  et  (avis transmis)               
Comme d'autres parmi le groupe, je suis allée "à l'aveugle" chez mes libraires acheter des romans de Bolaño et j'ai pris ceux qu'ils avaient en rayon, en l'occurrence, Un petit roman lumpen, La piste de glace et Des putains meurtrières.
J'irai droit au but : ce furent des lectures peu accrocheuses, sans grand intérêt, malaisantes (l'histoire de la narratrice et de son frère avec leurs deux locataires de fortune, berk !) au niveau du fond.
Après quelques recherches sur l'auteur dont on nous vante sa "valeur littéraire", je suis restée très sceptique. Rien dans le style ne m'a plu. Comme d'habitude, je serai très heureuse de lire les avis positifs du groupe. En revanche... j'ai pu avec un bonheur immense me plonger dans un livre qui m'attendait depuis un an, et qui a , bien sûr, un lien avec Bolaño : il s'agit d'une étude faite par Philippe Sands, avocat international, sur Augusto Pinochet, 38, rue de Londres : de l'impunité, Pinochet et le nazi de Patagonie. Sands cite à plusieurs reprises Bolaño dont la lecture lui a permis de mener plus avant ses recherches sur Walther Rauff ("La fiction débouche sur la réalité", écrit P. Sands). Ainsi donc, j'invite le groupe-lecture à lire les ouvrages de P. Sands qui sont de véritables "thrillers" (Retour à Lemberg est absolument fascinant) et expliquent comment sont nés les concepts de "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité". De la même façon, après ce détour par la réalité, je veux bien revenir vers la fiction de Bolaño et lire ses romans Nocturne du Chili et Le troisième Reich.
J'ouvre mes lectures bolañesques à un tiers.
Jean(avis transmis)
J'ai choisi, prudemment, de commencer par les nouvelles, et plusieurs des treize textes qui composent Des putains meurtrières m'ont aspiré. Assez courtes, elles se lisent d'une traite. On entre facilement dans le récit dont le fil se dévide au gré de nombreuses hésitations entre parenthèses, qui donnent l'impression que l'auteur nous donne plusieurs choix ou clés de lecture pour comprendre son histoire.
Plusieurs nouvelles m'ont cependant laissé sur ma faim. Certaines m'ont semblé un peu trop éthérées, brumeuses (et pourtant j'aime bien les brumes, j'ai lu plein de Modiano). Je n'ai pas tellement accroché à la nouvelle éponyme du recueil. Par contre "Le retour" m'a tout de suite plu, avec cette accroche amusante sur la nécrophilie. J'ai aussi beaucoup aimé "Buba", ce qui était loin d'être acquis car je déteste l'univers du football. À part les histoires fantastiques, les autres m'ont paru plutôt hantées par un sentiment d'irréalité, mais avec souvent un petit goût d'inachevé.
Plusieurs nouvelles m'ont quand même permis d'ouvrir une porte étroite sur l'univers de Bolaño, avec des références à son père boxeur, au Chili et aux soubresauts révolutionnaires d'Amérique du Sud. Il est d'ailleurs le protagoniste de la dernière nouvelle.
Bref, j'ai lu ce recueil avec plaisir, je n'ai pas eu de révélation, mais j'ai aimé le découvrir et je veux en lire d'autres ! J'ouvre aux trois quarts.
Mégane(avis transmis)
Le Gaucho insupportable : Bon, je ne suis pas une grande fana de ce type de littérature, aussi bien écrite soit-elle comme dans ce cas précis.
Je l'admets : cette profonde mélancolie désabusée qui parcourt le roman, à peine tempérée par quelques piques d'humour sarcastique voilé, me file le bourdon.
Les histoires sont généralement intéressantes certes, mais me laissent systématiquement un arrière-goût amer. La dernière, en revanche, avec sa litanie d'auteurs hispanophones et leurs mérites respectifs, m'a paru totalement indigeste (sans doute ne suis-je pas assez cultivée dans ce domaine pour apprécier à sa juste valeur l'esprit critique de l'auteur ?).
Qualité littéraire indéniable, mais fort probable que je ne me souviendrai pas des histoires, davantage de ce sentiment de tristesse diffuse, bien malheureusement.

Les putains meurtrières : Décidément trop dark, oppressant, gore pour moi ; je n'ai pas réussi à finir ce recueil de nouvelles dans lequel Bolaño exprime tout le désespoir des déracinés chiliens à la suite du coup d'état chilien de 1973 qui a vu l'assassinat d'Allende.

Le premier récit est extrêmement dérangeant quoique malheureusement probablement réaliste, le second m'a achevée.
Richard(à l'écran puis avis transmis)
J'ai eu beaucoup de mal et de patience pour terminer ce livre, Étoile distante, car il y a trop de détails entre le récit principal et les sous-histoires, avec l'ajout de détails chaque fois qu'un personnage est nommé, et surtout le nombre de noms cités (les premiers chapitre se lisent comme un "Who's Who" du gratin de la scène intellectuelle et artiste chilienne !). Le résultat est que pour moi le caractère, les actes et la fin (douteuse) de Wieder sont occultés.
Je l'ouvre 1/4.
... Et je me demande comment on peut écrire des versets entiers de la Bible dans le ciel. Même les pilotes de la patrouille de France ne l'ont pas fait !

Claire (après vérification après la séance)
L'écriture dans le ciel, qui joue un rôle invraisemblable dans le roman Étoile distante, n'est pas une invention poétique de Bolaño, puisqu'elle existe depuis 1932... Robert Filliou, figure de l'art des années soixante et satellite Fluxus, a écrit des poèmes dans le ciel (cf. Emma Gazano, "Pirater l'avion, quelques cas de recyclages idiomatiques par l'écriture dans le ciel de Robert Filliou", Trans-, revue de littérature générale et comparée, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2023.
Etienne (à l'écran)
Je n'ai jamais poussé à le lire dans le groupe, non pas par ce que j'avais peur de ce qu'on pourrait dire de lui, mais parce que je craignais de ne pas arriver à expliquer combien il s'agit d'un des plus grands écrivains de la fin du XXe siècle avec Sebald et Krasznahorkai à mon sens.
J'ai finalement constaté que la plupart des critiques avaient le même sentiment : combien il se dérobe et à quel point la critique est compliquée (celle de Vila-Matas dans Le Monde est la plus juste que j'aie lue). L'univers Bolaño est complexe : par exemple il a beau se revendiquer d'extrême-gauche, son écriture est tout sauf militante ou morale et offre de multiples pistes d'interprétations. Le critique (dont Bolaño se moque allègrement) marche donc sur une corde raide.
J'ai donc lu il y a presque 10 ans
2666, puis il y a 3 ans Les détectives sauvages, ainsi qu'Un petit roman lumpen, et en ai lu 8 cet été ainsi qu'un peu de poésie (Nocturne du Chili, Tombes de cow-boys, Le gaucho insupportable, M. Pain, Conseils d'un disciple de Morrison à un fanatique de Joyce, L'esprit de la science-fiction, La littérature nazie en Amérique, Des putains meurtrières), j'ai presque tout aux éditions de L'Olivier.
Je vais procéder par strates, de la plus évidente pour moi à celle qui se dessine secondairement, pour ce qui me marque.
1) D'abord il y a cette écriture plaisante, dynamique, policière, sans fioritures, où l'on suit très bien le cheminement de sa pensée et donc de la narration. Je ne sais pas comment il y arrive, mais j'ai vraiment la sensation qu'il est en face de moi en train de me raconter son histoire, je sens sa présence. Et puis il y a aussi cette capacité incroyable à imbriquer l'histoire dans l'histoire dans l'histoire à la façon d'une poupée russe, cela participe probablement au sentiment d'étrangeté dont je parlerai ensuite.
2) Ensuite vient l'humour, un humour grotesque, bouffon, qui désamorce toute sensation de surplomb. Un humour détonnant, qui a quelque chose à voir avec le désespoir et surtout l'auto-dérision (je n'ai pas souvenir d'un grand écrivain qui l'ait à ce point).
3) Une ambiance onirique comme jamais je n'en ai lu. Cette impression de malaise qu'il arrive à construire et où chaque événement paraît irréel et est pourtant vrai, comme : un prêtre a bien donné des cours de marxisme à Pinochet, ou l'histoire de M. Pain a bien eu lieu. Cette capacité à brouiller les limites du réel, je trouve ça hypnotique et je ne l'ai jamais ressenti ailleurs, sauf dans le cinéma de David Lynch (à mon sens Twin Peaks aurait pu être scénarisé par Bolaño).
4) Enfin pour terminer, il y a le fond, ses obsessions :
- le mal au 20e siècle, ce trou noir, cette absurdité sans réponse
- la capacité de la littérature à y faire face
- et pour terminer, l'attente d'une révélation qui n'arrive pas, mais que l'on continuera toujours à espérer, à l'image de ce rat humanisé dans Le gaucho insupportable qui essaye de comprendre pourquoi des rats s'en prennent à d'autres rats et les tuent. Finalement nous sommes tous des détectives sauvages...
J'ai évidemment oublié d'autres thématiques comme la poésie et son importance, la satire féroce du milieu littéraire, l'érudition.
Je terminerai en soulignant la cohérence de son œuvre - comme beaucoup, je pense que tous ses écrits représentent une seule et même œuvre - et enfin sa capacité à échapper, à se dérober à une analyse intangible pour revenir à mon point de départ.
Annick

C'est un roman intense et très sombre qui dénonce, en arrière-plan, le silence et les compromissions d'une certaine partie des intellectuels chiliens pendant la dictature de Pinochet. Mais ce n'est pas un récit qui se place du côté des victimes. Au contraire, le lecteur est plongé sans interruption dans l'esprit de l'un d'entre eux, le père Icabache, membre éminent de l'Opus Dei, un érudit qui se targue d'être un grand critique littéraire et un poète. Il est à l'agonie et il repasse le film de sa vie dans un long monologue intérieur tourmenté.
Son récit est encombré par d'innombrables références littéraires très pointues dont la plupart échappent à la lectrice ordinaire que je suis, ce qui est vite ennuyeux.
Au milieu de ce flot, quelques scènes marquantes remontent, au fil de son parcours et dressent le portrait d'un personnage qui se considère comme un auteur imbu de lui-même et prêt à tout pour rester du côté des puissants. Il aime par-dessus tout fréquenter les cercles littéraires réputés, y compris pendant la dictature où une bonne partie des intellectuels ont fui ou ont été exécutés.
Ce qui est le plus insupportable c'est son absence totale d'empathie humaine, voire son cynisme terrifiant : une scène est particulièrement marquante dans un salon tenu par une certaine Maria Canales, dont le mari américain - inspirés par deux figures bien réelles de collaborateurs avec la junte - se révèlera être un agent chargé de former la police politique chilienne aux techniques d'interrogatoires sous la torture Et pendant que ces mondains pérorent, dans les sous-sols de la belle demeure des prisonniers agonisent. Une scène marquante.
Tout y est noir, sordide et violent, dans une sorte de fascination pour le mal..
La démonstration par cet écrivain d'origine chilienne est d'une efficacité redoutable mais cette lecture m'a fortement éprouvée et je ne la recommanderai à personne.
Je crois que ce n'était pas la bonne entrée dans l'œuvre de Bolaño et je suis curieuse d'entendre ceux qui sont férus de cet écrivain nous parler de celui-ci.
Je ne sais pas comment ouvrir… un quart peut-être.
Rozenn
ou/et ou/etou/et ou/et
J'aurais aimé qu'on tourne dans l'autre sens, afin de savoir quel est mon avis qui n'est pas encore très net…
J'ai commencé 2666 : la première partie ça allait et puis le meurtre des prostituées, ça je ne le lis pas. Des descriptions ? Il y en a beaucoup. Pourquoi ?! Pourquoi je vais continuer ça tout l'été ? ! Les viols, on commence par s'en lasser dans le village, et moi aussi !
Je mets des astérisques quand quelque chose me plaît, et il y en a plein, alors que c'est dans un truc glauque. Une pépite, une pépite et encore une pépite... Bon, j'ai continué jusqu'à 80 % et puis je me suis dit, je vais aller voir les nouvelles : on retrouve quelque chose du roman, un personnage dont on voit la jeunesse. Mais pour ce qui est de ces Putains meurtrières, je ne suis pas capable d'absorber toute l'œuvre comme ça.
Je n'ai toujours pas d'avis.
Il y a des phrases que j'aime, mais pas le tout.
C'est vrai qu'il aborde des problèmes, mais qu'on n'a pas besoin de revoir.
En tout cas, quelque chose dans l'écriture me plaît vraiment : des détails, l'humour, des phrases. Quant à l'impression globale, je ne sais pas.
Danièle

Je ne connaissais rien de Bolaño et j'ai donc choisi d'abord un titre qui m'intéressait : La littérature nazie en Amérique, puisque je ne connaissais jusqu'à présent que le monde nazi de l'époque de ses débuts et en Europe. J'ai eu du mal à m'intéresser à toute une nomenclature d'écrivains que je ne connaissais pas du tout, jusqu'à ce que je comprenne que c'était une liste fictive d'écrivains en partie fictifs. On navigue entre la réalité et la fiction, sans savoir ce que cela apporte, à mon avis. Ces descriptions aux détails inintéressants, des dates qu'on oublie vite, tellement il y en a. Des digressions, des passages à tiroirs qui ne m'ont pas séduite. Vraiment rebutée, j'ai quand même cherché ce qui pouvait m'intéresser. J'ai trouvé l'originalité de certaines images qui montrent comment le nazisme en Amérique du Sud prend ses racines, fluctue, se cache ou… au contraire s'affiche (par exemple, p. 64 et 74 dans les acrostiches qui doivent être découverts, mais pas trop facilement pour former le texte VIVA HITLER), qui a fait scandale, dans un climat très compliqué. Je remarque au passage que la plupart des philosophes et poètes finissent en établissement pour malades mentaux… je n'en tire aucune conclusion définitive… j'ai tendance à penser que l'auteur veut montrer comment ces intellectuels souffrent de n'être pas compris. Mais là s'est arrêtée ma recherche, la lecture de ce livre ne me procurant aucun plaisir, j'ai lâché le livre à 52 % (dixit Epub).
Ma deuxième tentative était maladroite, car trop tardive pour un si gros pavé : j'ai choisi 2666, qui rallie tant de suffrages parmi les fans… J'ai bien compris que je ne pourrais venir à bout de cette œuvre en si peu de temps. J'ai salué au passage pas mal d'images poétiques et originales. Mais surtout, j'ai apprécié l'humour et l'autodérision de l'auteur dans sa présentation des universitaires avec leur étalage de productions, les énumérations de congrès, symposiums, colloques, travaux critiques, essais, et leurs références jusque dans la vie quotidienne. "[ils se rencontrèrent à un symposium de littérature allemande à Mannheim], ce fut un désastre : mauvais hôtel, mauvais repas et organisation en dessous de tout."  ; p. 22 j'ai souri en lisant la métaphore filée des campagnes napoléoniennes pour décrire les conflits entre universitaires : "Prenant par surprise les spécialistes allemands d'Archimboldi, Pelletier, secondé par Morini et Espinoza, passa à l'attaque comme Napoléon à Iéna et c'est en désordre que bientôt les troupes défaites de Pohl, Schwarz et Borchmeyer se replièrent vers les cafétérias et tavernes de Brème." Une phrase longue p. 30 à 38, fruit d'une pensée en effervescence ? Ou plutôt un exercice de style au contenu artificiel sans consistance ? C'est une question qu'on peut se poser tout du long… Dans l'ensemble, je me suis plutôt ennuyée. Si bien que je n'ai pas pu (faute de temps) et pas eu envie de finir.
Dernière tentative : Étoile distante. J'y ai pris davantage d'intérêt. L'œuvre est centrée sur un personnage mystérieux et froid, Alberto Wider alias Alberto Ruiz Tagle. Elle est centrée, du moins pour ce que j'en ai lu, sur trois personnages masculins et quelques femmes appétissantes et intelligentes… Puis le roman se perd comme d'habitude sur des détails descriptifs de batailles, des énumérations de personnages qui me sont en partie inconnus… je commence à m'ennuyer sérieusement, avec une très mauvaise conscience puisque Bolaño jouit d'une réputation extraordinaire. Mais j'ai le sentiment que je devrais continuer ma lecture.
J'attends donc que vous me m'ouvriez quelques portes…
(Et à la fin de la séance : c'est chose faite grâce à Etienne et Renée entre autres. Il n'y a plus qu'à… Un jour peut-être je me replongerai dans Bolaño…)
Brigitte
(à l'écran)
Jusqu'ici, je n'avais rien lu de Bolaño.
Un petit roman lumpen est une très bonne surprise. J'admire la virtuosité et la simplicité de l'écriture. Sans jamais nous donner à lire quoi que ce soit d'horrible, l'auteur présente un récit vraiment horrible. L'héroïne principale, qui est aussi la narratrice, nous rapporte comment elle est exploitée sexuellement et financièrement par plusieurs hommes, comment elle préfère s'échapper dans ses rêves pour survivre à cet environnement délétère et comment elle y réussit. À l'exception de Bianca, la narratrice, les personnages, tous étranges, sont toujours désignés par des surnoms et sont eux aussi des victimes. Très belle découverte. J'ouvre aux 3/4.
Les détectives sauvages est un ouvrage foisonnant qui sollicite beaucoup la participation du lecteur. Pour moi, cette lecture évoque celle de Ulysse de Joyce. En effet, on se perd dans une foule de détails insignifiants ; il est difficile de se retrouver au milieu d'une foule de personnages, qui ont en commun d'avoir été en relation avec l'un des trois personnages principaux que sont Ulises Lima, Arturo Belano et Cesarea Tinajero, les trois poètes qui incarnent le réal-viscéralisme. Pour comprendre vraiment de quoi il s'agit, il faut que le lecteur atteigne la fin du roman ; c'est difficile car le roman est long et les détours nombreux. Nous avons affaire à une sociologie des poètes mexicains de la seconde moitié du XXe siècle : leur mode de vie, souvent très précaire, leurs préoccupations, leurs déplacements, leurs amours, leur goût pour l'alcool. Le rôle exercé par leurs parents auprès d'eux… C'est la découverte d'un écrivain qui cherche à innover, tant dans l'écriture que dans la structure du roman. J'ouvre aux 3/4.

Françoise

Ça va pas être long…

Claire
Tu dis à chaque fois ça…
Françoise
J'ai lu El Gaucho Insufrible et je me suis piégée toute seule parce que ce sont des nouvelles (5) et je n'aime pas les nouvelles !
Et je n'ai pas aimé ces nouvelles ; deux m'ont intéressée : "El gaucho", qui m'a rappelé le livre d'Isabelle Allende que nous avions lu : c'est un avocat qui part vivre dans la pampa avec les pauvres, mais ça tourne un peu court. Pour ce qui est de la première nouvelle, "Jim", l'histoire d'un Américain, je n'ai rien compris, je n'ai pas vu où il voulait en venir.
Et "Le policier des rats" dont Etienne a parlé : beurk de chez beurk. Ensuite, "Littérature+maladie=maladie" = ????...
Quant au "Voyage d'Alvaro Rousselot", c'est l'histoire d'un écrivain argentin et d'une certaine Angela Caputo "qui s'est suicidée d'une manière inimaginable"... : je suis donc allée voir sur internet comment s'était suicidée Angela et je me suis aperçue que nous étions beaucoup avoir fait la même démarche, et pour m'apercevoir que c'était un personnage fictif..., de même que le soi-disant Alvaro Rousselot ! Ça m'a dégoûtée. Je me suis sentie flouée. J'admire la façon dont MBougar Sarr
parle du style de Bolaño : j'aurais bien aimé ressentir la même chose. Mais non, ça se lit mais je n'ai pas été frappée par l'écriture, ni l'humour, peut-être parce que j'ai tout pris au premier degré. J'ouvre 1/4, parce que j'en ai lu trop peu pour fermer complétement, peut-être qu'en lisant un autre ouvrage, j'aurais ouvert plus.
Fannyetet
et
Pour cet été, j'avais fait le choix de lire plusieurs petits ouvrages, afin d'explorer plusieurs facettes, plutôt qu'un seul roman plus volumineux. J'ai souffert sur ce parcours...
J'ai commencé par Des putains meurtrières : j'ai plutôt bien accroché avec la première nouvelle et le portrait de cet homme, retrouvé des années plus tard. Mais je me suis vite lassée, notamment avec les nouvelles dans lesquelles les personnages sont désignés par des lettres. Le fait qu'ils n'aient pas de nom et le style, trop factuel à mon goût, bloquent l'empathie. Globalement j'ai trouvé qu'il y avait de bonnes accroches en début de récit, avec l'envie de connaître la suite, mais que l'ennui prenait vite le dessus face à des récits qui tournent en rond et à des thèmes souvent redondants : poètes torturés, le bien et le mal, l'exil, l'homosexualité, la violence, la maladie...
J'ai laissé tomber et pris Un petit roman Lumpen. L'intrigue m'a intéressée. J'ai trouvé le style concis, sans longueurs ni bavardages, avec des ellipses efficaces au niveau du style. Le récit est très visuel, les personnages intéressants et tous bien campés. J'ouvre ½.
Ensuite, je me suis plongée dans Étoile distante. J'ai aimé le thème et la réflexion sur le Bien/le Mal/ la poésie. Mais je n'ai pas du tout accroché au style, je me suis très rapidement perdue dans les différents protagonistes et j'ai décroché de l'évolution de l'intrigue. J'ai été jusqu'au bout, mais sans vraiment suivre le fil. Ouvert ¼.
J'ai ensuite lu la nouvelle "Ramirez Hoffman" qui a fait fonction pour moi de résumé d'étoiles distantes, ce qui m'a permis d'en avoir une vision plus claire et synthétique. Mais même sur le format court, je trouve le style peu plaisant, comme trop haché. Je l'ai lu d'une traite pour ne pas perdre le fil, mais j'ai trouvé parfois difficile de passer d'un personnage à l'autre. Sur le fond, je trouve le personnage et le propos intéressants, car cela échappe au manichéisme de la figure du bien contre le mal. Ouvert ¼.
J'ai ensuite entamé Nocturne du Chili, bien décidée à me concentrer dès les premières lignes pour ne pas perdre le fil du récit. J'ai essayé de m'accrocher, mais j'ai abandonné à la moitié. Je n'ai pas réussi à suivre le narrateur dans ses pérégrinations. Pour moi ça ne va pas plus loin qu'un galimatias. Je ferme sans états d'âmes.
J'ai repris Des putains meurtrières et en suis venue laborieusement au bout.
J'ai trouvé les textes souvent très violents, ce qui a rendu ma lecture difficile et parfois désagréable. Les sujets tournent en rond. J'ai eu l'impression que Bolaño se livrait parfois à des exercices de style et qu'à d'autres moments il écrivait surtout pour se faire plaisir. À quel moment faut-il penser aux lecteurs ? Ce serait un autre débat, mais pour ma part je ferme également ce recueil de nouvelles. Et mets fin avec soulagement à cet épisode bolañoiesque.
Jacqueline
et

J'étais curieuse de Bolaño depuis
la séance sur le Goncourt de Mbougar Sarr où Etienne nous en avait parlé.
Peu après, j'avais lu vite et facilement
Le Troisième Reich à cause du titre qui s'est avéré être celui d'un jeu de stratégie… J'ai un peu oublié mais, de mémoire, je n'ouvre qu'à moitié.
Ensuite, j'ai emprunté
Les détectives sauvages. Entre les aléas des emprunts en bibliothèques et les livres plus urgents, j'ai mis plus de deux ans à le lire ! Je l'ai résumé ainsi à ma petite fille : "une pseudo enquête autour d'exilés à Mexico dans les années 70 et sur un groupe fictif et obscur de poètes. Un livre aussi foisonnant que Proust"
.
Proust ? L'écriture n'a rien à voir... pourtant, c'est aussi une lecture qui se mérite.
Le style ? C'est le style factuel d'une enquête ; cela se lit facilement mais, à la file, cela peut vite s'avérer lassant ! Cependant, à partir du moment où je suis rentrée dans sa construction étonnante, je me suis vraiment intéressée à ce livre.
Pour l'instant, il me reste une citation : après 20 pages du récit d'un émigré chilien sur sa fuite en Europe caché dans la cale d'un bateau (récit poignant fait à Belano en 1988 dans un bar de Barcelone), j'ai beaucoup apprécié la conclusion que livre, dans un café parisien où se retrouvent des émigrés chiliens, l'un d'entre eux en 1989 à Belano qu'il vient de retrouver : "Belano, lui ai-je dit, le fond de la question est de savoir si le mal (ou le délit ou le crime) a une cause ou s'il est fortuit. S'il a une cause, nous pouvons lutter contre lui, il est difficile de le battre mais une possibilité existe plus ou moins comme deux boxeurs d'un même poids. Si le mal est fortuit, au contraire nous sommes foutus. Que Dieu, s'il existe, nous ait en sa sainte garde. Et c'est à ça que ça se résume" (p. 607)
Comment j'ouvre ? pas facile ! Je pensais n'ouvrir qu'à moitié à cause du temps qu'il m'a fallu pour en voir l'intérêt : J'avais eu un terrible sentiment de fatigue "à quoi bon?", une impression terrible de dérisoire, qui me renvoyait à celle que j'avais eue au premier tiers de D'un château l'autre , quand Céline décrit une balade onirique jusqu'à la Seine, une sensation d'accablement : d'une certaine manière le poids d'une défaite… Ici, est-ce que c'est la défaite de la révolution chilienne face au coup d'État de Pinochet ? Des révolutions en général ? Est-ce le destin final de l'avenir prometteur de Belano ? Est-ce le constat d'un monde peu réjouissant ?
Et puis, j'ai découvert la table des matières qui offre une possibilité de lecture différente. Je serais d'ailleurs curieuse de savoir par quelles étapes Bolaño est passé pour écrire ce roman. La lecture de 2066, œuvre posthume de l'auteur, m'en dirait-elle plus ?
Quand nous avions lu le roman d'Isabelle Allende, je l'avais ouvert à moitié et celui-ci est littérairement beaucoup plus créatif ! Je n'ai pas épuisé ce qu'il raconte de tous les personnages. Je pourrais y revenir et continuer à l'explorer. Je ne sais pas à qui je le recommanderais ; mais, si je devais en emporter un sur une île déserte c'est celui que je choisirais (à condition d'y avoir aussi internet pour m'aider à apprécier les nombreuses références !). Cela m'a aussi donné un peu envie de relire La plus secrète mémoire des hommes qu'à l'époque je n'avais guère apprécié.
J'ouvre donc finalement aux trois quarts !

Manuel
J'ai lu des Poèmes, Étoile distante et 2666.
Tout ce qu'aime Etienne, c'est ce que je déteste.
Je n'ai pas aimé les récits emboîtés, on perd le fil. On est tenu dans 2666 ; mais comme dans les Rougon Macquart, ça se recoupe, et d'autres on fait cela déjà. C'est fabriqué. On découvre ainsi qu'il a un fils en prison et qu'on accuse des meurtres.
Il y a des démonstrations où on ne comprend rien et il finit par te dire : pas rave si tu ne comprends rien. C'est imbitable. Quant aux viols, c'est pénible. Il a ses obsessions : les pédés, les bites de 30 cm, les putes, la corruption.
Les choses qu'on que j'ai aimées : très référencés, il y a un paquet de poésie.
Je ne comprends pas le but : où tu veux en venir ? Où ?
Quelque chose m'a plu : l'éditeur qui revient. Les entreprises au Mexique donnent un écho de l'actualité. Je l'ai lu jusqu'au bout, 2666, pour savoir qui est Archimboldi. Et c'est bien fichu. Il y a des trucs atroces. Par exemple l'armée nazie, la cargaison des 500 Juifs dont on ne sait comment se débarrasser. La lecture est malaisante. Dans Étoile distante, ce sont les photos d'horreur dans l'exposition… ! C'est du Sade (que je n'ai pas lu).

Quelqu'une
Sade, c'est plus drôle !
Manuel
Je ferme deux fois, il faut être en forme pour lire ça et je n'ai pas vu l'humour, je n'ai pas vu l'autodérision. Donc fermé.
Catherine
entre et

Je n'avais jamais lu de livres de Bolaño et j'étais très motivée par ce qu'en avait dit Étienne. J'ai commencé par
Étoile distante, puis enchaîné avec Des putains meurtrières, Nocturne du Chili, un peu de La littérature nazie en Amérique et la moitié de 2666 pour l'instant.
Ça n'a pas été une lecture très facile ; j'ai ressenti un mélange de malaise, de répulsion, mais aussi de fascination pour cet univers, le thème du mal, de la folie et aussi, entre autres, du pouvoir de rédemption de la littérature. On retrouve ces thèmes dans tous ses livres, et en lisant plusieurs, on a l'impression qu'il s'agit des différentes briques d'une même œuvre.
J'en suis à la quatrième partie de 2666, c'est foisonnant, on ne sait pas très bien où l'auteur veut nous mener, c'est bourré de digressions incessantes : je ne comprenais pas très bien comment tout ça allait s'imbriquer, mais je me suis laissé porter et je ne l'ai pas lâché. J'ai aimé le début, cette quête à la recherche d'un écrivain génial et mystérieux, Archimboldi. Il y a ensuite un côté enquête, on se demande si on n'est pas dans un polar. J'ai aimé ce côté disparate, que j'ai ressenti aussi dans les nouvelles des Putains meurtrières, l'écriture, plutôt simple, la dimension parfois onirique, en particulier dans Nocturne du Chili. Les références à de multiples poètes chiliens ou sud-américains (que pour la plupart je ne connais pas) m'ont parfois un peu rebutée, en particulier dans Étoile distante. La liste incessante des meurtres de femmes dans 2666, qui énumère les types de viols subis, donne un peu la nausée, le vertige, on se demande un peu le pourquoi de cette liste macabre. (Ça m'a fait un peu le même effet que les Bienveillantes, c'est une plongée dans la mal absolu). J'arrive à la dernière partie, celle d'Arcimboldi, cet écrivain mystérieux et fascinant. Je ne sais pas encore ce que j'y trouverai. Au final, ça n'est pas vraiment un livre de plage
, pas vraiment un plaisir de lecture, mais une découverte que je ne regrette pas. J'ouvre entre ½ et ¾.
Jérémy

Avant la lecture d'été : Je n'étais pas très enthousiasmé. J'aurais voulu que l'on programme au moins une lecture commune parmi l'œuvre de Bolaño, ce que Claire a refusé avec obstination.

Claire
Ah bon ?

Jérémy
Bon, finalement, c'était moins pire que ce à quoi je m'attendais ! Au-delà de ça, sans que je sache trop pourquoi, je n'étais pas attiré par les pavés de l'auteur, moi qui les aime habituellement tant ! Quelque chose résiste... Mais je dois dire que les avis de certain(e)s m'ont presque donné envie : du glauque, des meurtres, du sang, génial ! Mon peu d'enthousiasme pour cette lecture d'été venait peut-être aussi du fait que j'avais déjà un peu fréquenté Bolaño cette année.
J'ai en effet lu Nocturne du Chili cet hiver en revenant de Madrid, mais je l'ai en bonne partie oublié. Heureusement qu'Annick m'a rafraîchi la mémoire avec cette histoire de faucons qui chassent les pigeons. C'est aussi grâce à elle que je me suis souvenu que je n'étais pas allé jusqu'au bout. Je me souviens que pendant ma lecture je m'étais dit "mouais, pourquoi pas, mais pourquoi ?" Sans que la lecture soit désagréable, je n'accrochais pas tellement et le moins qu'on puisse dire est que je n'étais pas tenu en haleine.
Rebelote avec
Appels téléphoniques, lu en partie au printemps. Il s'agit de nouvelles et là pour le coup je n'en ai aucun souvenir, sans que la lecture ait été désagréable.
Après la lecture : Concernant Des putains meurtrières, au titre accrocheur, comme La littérature nazie en Amérique, j'avais plutôt bien envie. Je trouve le titre aguicheur, canaille, intrigant, pas commun ! Du sexe et du sang, génial ! J'ai essayé de lire la nouvelle éponyme, mais je me suis littéralement endormi dessus... Je ne les ai pas toutes lues, seulement quelques-unes : "Carnet de bal", "Buba", "Le Retour" et "Jours de 1978".
Ce n'est pas déplaisant, mais globalement cela ne m'intéresse pas plus que ça. J'ai du mal à saisir l'enjeu, je ne vois pas trop où il veut en venir. Enfin il faut tout de même saluer l'originalité. Cette nouvelle narrée par un homme qui vient de mourir en boîte de nuit, se dédouble et voit ce qui arrive à son corps qui finit chez un styliste nécrophile, c'est quand même quelque chose ! Il y a aussi l'histoire de ces trois footballeurs dont le succès tiendrait au rite vaudou organisé par celui d'entre eux qui est africain... Bon, bon. On est dans l'étrange, le glauque, le poisseux, le morbide. Quelqu'un, Catherine je crois, a parlé d'atmosphère irréelle. Il y a de ça aussi oui. Surtout dans "Jours de 1978" je trouve. J'ai eu l'impression de lire une nouvelle couleur sépia. Le côté irréel vient peut-être aussi du fait qu'il ne désigne ses personnages que par la première lettre de leur prénom. Tout cela reste assez distant et froid, bien que l'histoire en question soit tragique. Bon, ici, où est-ce qu'il veut en venir ? La détresse des exilés chiliens qui souffrent d'un syndrome post-traumatique ?
D'un point de vue stylistique, rien de bien flamboyant. "Ça se laisse lire" comme on dit par chez nous, mais enfin pas de quoi s'ébaudir.
D'autant moins qu'il y a beaucoup de fautes en plus dans Des putains meurtrières, mais bon ce n'est pas de la faute de l'auteur mais celle de l'éditeur et du traducteur, mais bon, ça m'a quand même agacé.
Ça + ça + ça + ça = j'ouvre au quart. Il paraît que pour découvrir et apprécier le vrai Bolaño, celui qui vaut vraiment le coup, il faut se coltiner ses pavés. Pour cette fois je passe mon tour. Mais j'y reviendrai peut-être, qui sait !
Claire
Je n'étais pas enthousiaste à l'idée de lire Bolaño, bien que j'aie poussé à le choisir. Je savais qu'il compte, que des auteurs et artistes importants le portent aux nues. Mon objectif était moins d'éprouver un avis personnel que de comprendre ce qui déclenche l'admiration. Et je remercie Etienne de m'avoir fait atteindre en partie cet objectif...
J'ai lu d'abord dans La littérature nazie en Amérique une des biographies fictives de Carlos Ramírez Hoffman, dont le roman Étoile distante annonce être le développement : cela m'a permis de voir comment les œuvres de Bolaño sont constituées de renvois les unes aux autres, avec des retrouvailles de personnages. Ceci crée des liens entre les lecteurs et l'auteur et entre les lecteurs happy few. J'ai également vu des éléments retrouvés dans les autres livres : les nombreux poètes, les ateliers de poésie, l'humour, la cruauté, les identités floues.
J'étais ravie que ce roman Étoile distante, court en plus, important semble-t-il, que je venais de lire, soit une composante forte du spectacle Maldoror que j'ai vu peu après dans la cour d'honneur lors du Festival d'Avignon, monté par Julien Gosselin qui avait déjà adapté 2666 (près de 12h de spectacle, Maldoror que la moitié : on peut voir la pièce sur Arte)...
Si je m'en tiens à la lecture du roman Étoile distante, si j'essaie de me centrer uniquement sur le roman, mon plaisir-intérêt est réduit :
- les références me barbent
- l'enquête, la reconstitution ne me passionnent pas
- le jeu fiction/réalité m'énerve.
Comme il y avait d'autres biographies fictives de La littérature nazie en Amérique dans le spectacle Maldoror, j'ai lu celles qui étaient mentionnées dans la pièce : "Ernesto Pérez Mason", "Daniela de Montecristo", "Willy Shürholz", "Amado Couto". J'y ai retrouvé les éléments découverts dans le roman et j'ai été lassée par le procédé répétitif des fictions imaginaires, un peu à la Borges
J'ai lu sans déplaisir les nouvelles des Putains meurtrières. Dans quelques-unes seulement, j'ai eu l'impression d'entrer dans cette subjugation : écriture, imagination, art de narrer au plus près du lecteur, et j'étais alors soufflée - bizarre ce mot, je pense aussi à celui de Jean, aspiré. À certains moments, j'étais vraiment emportée par le récit et une force dans l'écriture. Mais je rejoindrai et Manuel et Jérémy : pourquoi tout ça, quel est le sens, où ça va, et ça, ça m'échappe.
J'ai commencé les Détectives sauvages, comprenant que la composition à grande échelle ne pouvait s'apprécier que dans ce type de volume, mais j'ai lu d'autres livres alors, comme Le Guide du Routard de la Lorraine.
J'ouvrirai à moitié mon expérience de lecture de Bolaño.
Monique

Je suis passé à côté de cet auteur unanimement salué par la critique. J'ai mauvaise conscience de ne pas avoir assez persévéré. Peut-être n'étais-je pas dans un état d'esprit me permettant de me perdre dans cette lecture qui a été désordonnée et partielle. J'ai commencé par Les détectives sauvages dont j'ai lu la première partie, le journal de Juan Garcia Madero. Ça a été une lecture chaotique, j'ai eu du mal à comprendre les interactions entre les personnes. C'est rempli de détails dont j'ai du mal à faire un tout. Il y a des listes de poètes et auteurs ; au début j'ai voulu me renseigner sur la grande majorité d'entre eux dont je n'avais aucune idée ; j'ai fini par laisser tomber car trop chronophage et j'étais incapable de mémoriser tous ces auteurs. Dans le lot, j'ai remarqué Sophie Podolski, poétesse et graphiste belge qui n'a écrit qu'un seul livre Le pays où tout est permis qui est sur Gallica.
La lecture de Bolaño n'a pas été difficile, mais pénible. L'intrigue progresse, très lentement noyée dans des actions qui ne mènent nulle part. C'est touffu et désordonné. Le sexe est très présent mais jamais excitant. La peinture d'une jeunesse latino-américaine avec ses idéaux politiques et artistiques est intéressante mais trop noyée dans le reste du récit.
Vu le nombre de pages du livre, et craignant ne pas avoir l'endurance nécessaire pour en terminer la lecture pour septembre, je me suis lancée dans la lecture des nouvelles Des putains meurtrières. J'ai eu encore plus de mal à trouver un intérêt à ma lecture. Seule la nouvelle "Derniers crépuscules sur la terre" m'a intéressée.
Je suis revenue à la lecture des Détectives sauvages. Je me suis attaquée à la troisième partie qui est la suite du journal de la première partie, mais là encore beaucoup de détails à mes yeux inutiles :
- des listes de mots savants de figure de style ou de structures de poèmes
- la description des détours et erreurs de parcours dans le désert de Sonora avec des noms de villages (j'ai consulté la carte pour savoir s'il s'agissait d'une pure invention, eh bien non ! Bolaño devait avoir la carte sous les yeux en écrivant !)
- des dessins de Mexicains vus de haut comme nous les connaissions étant enfants.
J'ai eu l'impression de me faire balader à tous les sens du terme. C'est souvent très érudit, mais quel intérêt ?
J'attendais avec impatience les avis de ceux qui auront apprécié. J'ouvre au ¼.
Christelle
Tout d'abord, je dois dire que la "formule" de l'été me convient tout à fait : je préfère les formats courts et les nouvelles aux "pavés" qui s'étalent sur plusieurs semaines. Donc, j'ai apprécié d'avoir le choix.
J'ai commencé par Un petit roman lumpen, récit de la vie d'une fille et de son frère, qui perdent leurs parents à la fin de l'adolescence, et qui deviennent peu à peu la proie de personnages mystérieux. L'impression d'étrangeté tient à la fois aux personnages, dont on ignore l'identité et qui restent difficiles à cerner, mais aussi aux lieux - notamment l'immense maison dans laquelle l'héroïne se rend régulièrement - ainsi qu'à l'absence d'émotion de la fille. Je pense que le style de Bolaño, concis et sans fioritures, parfois elliptique, contribue à ce caractère énigmatique du roman, que je trouve particulièrement réussi.
On retrouve ce style fluide et sobre dans Les putains meurtrières, ainsi que l'atmosphère insaisissable dans plusieurs des nouvelles, ce qui m'a particulièrement plu. Quelques détails m'ont marquée. Dans "Derniers crépuscules sur la terre", les deux personnages, un fils et son père, sont désignés par leur initiale B et A, cela donne un caractère très factuel au texte ; ce ton, ainsi que la chute de cette nouvelle, où l'on quitte les deux "héros" en situation critique dans un bar malfamé, m'a donné l'impression de lire le rapport du policier chargé de l'enquête après le drame (que j'ai supposé). Dans plusieurs autres nouvelles, j'ai aimé la capacité de Bolaño à faire ressentir une impression de menace, une atmosphère lourde. Dans "L'œil Silva", qui se passe en Inde, dans une secte qui pratique des mutilations sexuelles sur des enfants, l'atmosphère est plus que lourde, mais sordide. La nouvelle "Les putains meurtrières" qui a donné son nom au recueil est à mes yeux la moins réussie, plus artificielle.
J'ai ensuite lu Étoile distante où j'ai retrouvé la violence présente dans les deux précédents livres, mais dans un milieu différent, celui des étudiants, une omniprésence de la poésie (un nombre de références peut-être un peu assommant), et un caractère plus historique. Un récit vif et stimulant où art et noirceur se côtoient chez un seul individu, mais est-ce contradictoire ?
J'ai à peine commencé Nocturne du Chili, mais l'avis d'Annick n'est franchement pas encourageant ...
J'ouvre aux ¾ pour le format des œuvres, le rythme, le style direct et l'"étrange inquiétude" bien exprimée. Après avoir écouté les avis, je suis toutefois tout à fait consciente que pour comprendre Bolaño, il faut avoir lu un pavé (ce qu'il faudrait que j'envisage...).
Renée
(à l'écran)
J'avais lu 2666 à sa parution et j'avais été absolument emballée. À la deuxième lecture, ce texte m'hypnotise à nouveau. Est-ce c'est le MAL qui me fascine ? Je ne sais pas car le vocabulaire et le style sont simples. Cependant, j'adore la construction à tiroirs de ce livre : dans chacun des 5 grands tiroirs, on ouvre de plus petits tiroirs, qui contiennent des boîtes qui contiennent d'autres petites boîtes, etc. Malgré toutes les digressions, ces fragments divers associés forment un tout. Le monde est chaotique, Bolaño le montre par sa description de la guerre et des enquêtes sur les assassinats : mépris des femmes, mépris de la justice, corruption des policiers et des tribunaux, des prisons, règne de la mafia et des trafics de drogue. La vie humaine n'a aucune valeur. Bolaño n'en parle pas, mais beaucoup d'hommes mouraient aussi. Deux scènes sont quasiment insoutenables : la scène de la castration dans la prison avec les gardiens qui prennent des photos, comme celle de l'assassinat des Juifs par des enfants polonais abrutis d'alcool. À chaque fois, j'ai dû arrêter ma lecture 24h, tant c'était perturbant. La répétition des crimes, comme une litanie, les enquêtes sans début ni fin, à certains moments le texte flotte, j'avais une impression de cauchemar, un vertige qui ne trouve jamais de conclusion, jamais de fin. Alors qu'on me décrit des horreurs, que la barbarie se répète, je reste dans une espèce de brume. Cela témoigne du grand art de Bolaño. Et la Grande question est posée : est-ce que la littérature peut nous sauver de ce chaos ? Bolaño le croit puisque tous ses personnages le croient : les critiques qui cherchent Archimboldi, Amalfitano, et surtout Hans Reiter qui a fait la guerre avec les nazis, mais qui se régénère en Beno von Arcimboldi, écrivain témoin de son temps. C'est censé être un écrivain exceptionnel, c'est lui que recherchent les universitaires.
Les détectives sauvages,
c'est un roman protéiforme, une suite de témoignages subjectifs présentant un portrait de Arturo Belano (bien entendu c'est Bolaño), Ulises Lima, Cesarea, ainsi que de la jeunesse du Mexique et du Chili dans ces années 1970 à 1990. Ils veulent TOUS être poètes, même les caissières de supermarché écrivent des poèmes. Intuitivement, pour eux, la force de la création résiste face à la violence de la guerre, face aux dictatures. L'art est plus fort que tout, il demeure. La puissance de la littérature fait oublier l'exil et les bouleversements de l'histoire. Un jeune dit : "Tous les livres du monde attendent que je les lise". Ils connaissent bien la littérature européenne et taxent Arturo Belano de "l'André Breton du tiers monde".
J'ai lu aussi Étoile distante qui explore également le mal enfoui dans l'homme. Il me semble que c'est un résumé des obsessions de Bolaño. C'est l'inspiration principale du spectacle de Gosselin, Maldoror, au festival d'Avignon. Il explore la double personnalité de Carlos Wierder, poète charismatique adulé par les jeunes poètes, mais criminel froid et calculateur. Il tue ses amies et expose dans une installation les photos de ses crimes c'est d'une cruauté glaçante.
J'ai lu également Nocturne du Chili, Des putains meurtrières, La littérature nazie en Amérique, et Le secret du mal qui tournent tous autour du même thème : la jeunesse, sa soif d'art, et la littérature et la poésie peuvent-ils sauver le monde habité par la violence et le mal en général ?

Le nouveau groupe parisien réuni le 11 septembre 2026
avait choisi de lire Les putains meurtrières, aïe aïe aïe
(avis meurtriers à venir)
Anne-Marie BéatriceChristine
Marie-Noël
Noémie

Véronique


Les lecteurs du groupe breton se réuniront
le 25 septembre 2026
autour de leurs lectures de Bolaño au choix


Annie BrigitteChantalCindy ÉdithMarie-Odile
Marie-Thé
Philippe SoazSylvie Suzanne


Lire au choix Bolaño, d'accord... mais QUE CHOISIR ?

Voici comment réduire le choix pour se rapprocher d'une lecture commune, chacun faisant finalement - évidemment... - comme il le souhaite au sein de cette œuvre hénaurme.

Bolaño est programmé et nous avons en effet l’embarras du choix :
- Christian Bourgois : 18 titres
- Points : 12 titres
- L'Olivier : 2 titres + les 4 tomes des œuvres complètes.

Certains attaqueront le pavé le plus célèbre : 2666 (2004, posthume), Points, 1176 p. (même pas peur !).
Voire enchaîneront avec Les détectives sauvages (1998), 864 p.

Nombre d'entre nous sont prudents. Voici une sélection :
=> recueils de nouvelles :
- Des putains meurtrières (2001), 288 p. : un recueil de nouvelles devenu culte, parfait pour découvrir son univers.
- La Littérature nazie en Amérique (1996), 264 p. : faux dictionnaire biographique d’écrivains imaginaires.

=> de romans :
- Étoile distante (1996), 168 p. : l'histoire d'un poète fasciste pendant la dictature chilienne.
- Nocturne du Chili (2000), 160 p. : la confession d'un prêtre critique littéraire sous Pinochet.
- Un petit roman lumpen (2002), 112 p. : un récit plus intime situé à Rome.

Finalement, que choisir ?
=> Pour découvrir Bolaño sans douleur :
- Des putains meurtrières, 288 p.
- Un petit roman lumpen, 112 p.

=> Pour comprendre son rapport à la dictature :
- Étoile distante, 168 p.
- Nocturne du Chili, 160 p.

=> Pour entrer dans son univers littéraire et ses obsessions :
- La Littérature nazie en Amérique, 264 p.

=> Pour les ambitieux :
- Les détectives sauvages, 864 p.
- 2666, 1176 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN ROMAN COURT, ALORS LISEZ : Étoile distante, 168 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN ROMAN LONG, ALORS LISEZ : Les détectives sauvages, 864 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN RECUEIL DE NOUVELLES permettant la diversité, ALORS LISEZ : Des putains meurtrières, 288 p.

(Si vous lisez Étoile distante, la première page mentionne une autre histoire racontée dans un autre livre : vous pouvez la lire ›ici)


DÉCOUVRIR ROBERTO BOLAÑO

En 4 minutes : "Roberto Bolaño, l'écrivain sauvage", une présentation en images par France Culture, 2020.

En 4 heures : une série datant de 10 ans, "Roberto Bolaño" par Matthieu Garrigou-Lagrange, La Compagnie des œuvres, France Culture, 4 épisodes d'une heure, 19 au 22 septembre 2016.


Voix au chapitre a DÉJÀ RENCONTRÉ ROBERTO BOLAÑO

Des rencontres furtives, dans trois livres...

2003
. Dans le roman de Javier Cercas, Les soldats de Salamine, qui se situe à la fin de la guerre civile espagnole, un personnage qui est l'auteur (ou réciproquement) et qui écrit Les soldats de Salamine (!), tient une rubrique d'entretiens avec des personnalités :

L'un de mes premiers interviewés fut Roberto Bolaño. Bolaño, écrivain et Chilien, vivait depuis longtemps à Blanes, un village côtier situé à mi-chemin entre Barcelone et Gérone ; il avait quarante-sept ans, bon nombre de livres à son actif et cet air caractéristique de camelot hippie dont souffrent tant de Latino-Américains de sa génération exilés en Europe. Quand je lui rendis visite, il venait d'obtenir un important prix littéraire et vivait avec sa femme et son fils rue Carrer Ample, au centre de Blanes, où il avait acheté un appartement moderniste avec l'argent qu'on lui avait donné. C'est là qu'il me reçut un matin et, avant même d'échanger les salutations de rigueur, il me demanda de but en blanc :
- Dis-moi, tu ne serais pas le Javier Cercas du
Motif et du Locataire ?
Le Motif et Le Locataire étaient les titres des deux seuls livres que j'avais publiés plus de dix ans auparavant, sans que personne, sinon quelques amis de l'époque, n'y prêtât attention. Étourdi ou incrédule, j'acquiesçai.
- Je les connais, dit-il. Je crois même les avoir achetés.
- Ah, c'était donc toi ?
Il ne fit pas cas de ma blague.
- Attends un instant.
Il s'enfonça dans un couloir et revint peu après.
- Les voilà, dit-il brandissant triomphalement mes livres.
Je feuilletai les deux exemplaires et m'aperçus qu'ils étaient usés. Presque attristé, je constatai :
- Tu les as lus.
- Bien sûr, dit Bolaño en ébauchant un sourire, lui qui ne souriait presque jamais sans pour autant donner l'air de parler tout à fait sérieusement. Je lis même les bouts de papier que je trouve dans la rue.
Ce fut à mon tour de sourire.
- Ça fait longtemps que je les ai écrits.
- Tu n'as pas à t'excuser, dit-il. Je les ai bien aimés, ou du moins je me souviens les avoir bien aimés.
Je pensai qu'il se moquait ; je détournai mon regard des livres pour le fixer dans les yeux : il ne se moquait pas. Je m'entendis demander :
- C'est vrai ?
Bolaño alluma une cigarette et sembla réfléchir un moment.
- Je ne me rappelle pas très bien le premier, finit-il par reconnaître. Mais je crois qu'il y avait une nouvelle très bien sur un fils de pute qui pousse un pauvre homme au crime pour pouvoir finir son roman, n'est-ce pas ? De nouveau sans me donner le temps d'acquiescer, il ajouta : Quant au
Locataire, ça m'a semblé être un petit roman délicieux.
Bolaño exprima cette opinion avec un tel mélange de naturel et de conviction que je sus immédiatement que les maigres éloges qu'avaient mérités mes livres étaient le fruit de la courtoisie ou de la pitié. J'en restai muet et sentis une énorme envie de donner l'accolade à ce Chilien à la voix faible, aux cheveux frisés, émacié et mal rasé, dont je venais tout juste de faire la connaissance.
- Bien, dis-je. On commence l'entretien ?

Dans la vraie vie, Cercas et Bolaño furent amis, puis s'éloignèrent si ce n'est plus... En 2003, Cercas reprit contact et ils passèrent une soirée ensemble : la dernière, car Bolaño décéda quelques jours plus tard.

2018. Dans le livre de Patti Smith, M Train, qui comporte des photos, elle écrit :

Pour la Saint-Sylvestre, ce fut en gros la même histoire, sans résolution particulière. Tandis que des milliers de fêtards se dispersaient à Times Square, ma petite abyssine tournait en rond avec moi, qui faisais les cent pas, aux prises avec un poème que j’avais l’intention de terminer pour inaugurer le Nouvel An, en hommage au grand écrivain chilien Roberto Bolaño. En lisant son Amuleto, j’ai noté une référence à l’hécatombe – le massacre rituel ancien de cent bœufs. J’ai décidé d’écrire une hécatombe en son honneur – un poème de cent lignes. Ce serait un moyen de le remercier d’avoir passé la dernière période de sa courte vie à faire la course contre la montre pour achever 2666, son chef-d’œuvre. Si seulement il avait pu obtenir une dispense spéciale, afin qu’il puisse continuer à vivre. Car 2666 semblait enclenché pour se poursuivre à l’infini, aussi longtemps qu’il souhaiterait écrire. Quelle triste injustice pour le sublime Bolaño, mourir dans la force de l’âge, à cinquante ans. Sa disparition et ce qu’il n’a pas écrit nous privant de secrets à jamais engloutis, a photographié la chaise de Bolaño à Blanes, en Espagne, où celui-ci a écrit ses œuvres majeures comme 2666 et Les Détectives sauvages.

Ce passage est précédé de la photo de la chaise de Bolaño (p. 36 en Folio).
Après la mort de Bolaño en 2003, sa famille a accordé à Patti Smith la permission de visiter son domicile catalan et de photographier un objet lui ayant appartenu. Touchée par la dignité et l'énergie stoïque de l'écrivain, Elle choisit d'immortaliser sa chaise, un Polaroïd qui deviendra par la suite l'une des images emblématiques de son livre de mémoires M Train.
Par ailleurs, elle commente cette chaise photographiée ›ici.

2022. Le roman de Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, s'ouvre avec en exergue une longue citation de Bolaño, extraite des Détectives sauvages :

Un temps la Critique accompagne l'Œuvre, ensuite la Critique s'évanouit et ce sont les Lecteurs qui l'accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l'Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d'autres Lecteurs peu à peu s'adaptent à l'allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d'ossements l'Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S'approcher d'elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d'autres Lecteurs s'en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement l'Œuvre voyage irrémédiablement seule dans l'Immensité. Et un jour l'Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s'éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie, et la plus secrète mémoire des hommes.

Mohamed Mbougar Sarr explique clairement sur France Culture dans Mon œuvre à moi (6 novembre 2021, 5 min) pourquoi il aime Roberto Bolaño.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


Nous écrire
Accueil | Membres | Calendrier | Nos avis | Rencontres | Sorties | Liens