Libération 2013

Seuil/Paulsen
coll. "Fiction & Cie", 2014, 236 p.

Quatrième de couverture :

La vie et le destin d’Alexeï Vangengheim, directeur du service de météorologie de l’URSS, victime de la terreur stalinienne, parce qu’il fallait bien un responsable des intempéries.


Points, 2015, 192 p.

Quatrième de couverture :

Son domaine c’était les nuages. Sur toute l’étendue immense de l’URSS, les avions, les navires, les tracteurs avaient besoin de ses prévisions. Dans la conquête de l’espace commençante, ses instruments sondaient la stratosphère, il rêvait de domestiquer l’énergie des vents et du soleil, il croyait « construire le socialisme ». Jusqu’au jour de 1934 où il fut arrêté comme « saboteur »…

Olivier Rolin est né en 1947. Auteur de romans, notamment les très remarqués Port-Soudan (prix Femina) et Tigre en papier et de récits de voyage, il a aussi été journaliste. Le Grand Prix de littérature Paul-Morand lui a été décerné par l’Académie française en 2010.

« De son enquête sur “une victime parmi d’autres de la folie stalinienne”, Olivier Rolin tire un livre que sa sobriété même rend bouleversant. » Le Monde

ET AUSSI

 « Vue de ma table de travail » : un texte de 2002 d'Olivier Rolin sur son quotidien d’écriture sur le site remue.net

 Pour mieux se représenter..., GOULAGS, un film documentaire :

Réalisé en 2018 par Michaël Prazan, co-écrit par Michaël Prazan et Assia Kovrigina (dont le grand-père, Samuel Shnapir, journaliste à la Pravda, fut déporté au Goulag, sans pourtant jamais perdre ses idéaux communistes), 40 min, en ligne ici.

Présentation du film :
« En suivant l’enquête menée par Assia Kovrigina, dont le grand père a subi l’exil à perpétuité dans ces camps spéciaux, il s’agit de comprendre la place centrale qu’a occupée le Goulag dans l'histoire de l'URSS : tout autant instrument de terreur que de colonisation territoriale et d’expansion économique. »

Olivier Rolin (né en 1947)
Le météorologue (2014)

Nous avons lu ce livre en avril 2019. Le groupe breton le lit pour le 13 juin.
Nous avions lu Port-Soudan en 1996.
Documentation
en bas de page : repères biographiques, livres, film, entretiens, articles...

Pourquoi avoir choisi ce livre ? Le message de Christian, du groupe breton, accompagnant sa proposition, nous a décidés à lire ce livre :
Je crois avoir tout lu d'Olivier Rolin et de son frère Jean, écrivains forts différents mais ancrés tous deux, dans l'Histoire avec une grande hache. Le météorologue en est peut-être le meilleur exemple.
Folie de la terreur stalinienne et histoire dramatique d'un savant banni en 1934 qui ne cessera durant ses années de camp d'adresser à sa jeune fille des dessins, des herbiers, des devinettes, sans jamais connaître les raisons de sa déportation. Il ne cessera d'espérer sa libération du goulag... "Poussière de camp" selon l'expression russe à l'époque (rappelée par Nadejda Mandelstam dans son livre Sur Anna Akhmatova). C'est la découverte de cette correspondance qui a décidé Olivier Rolin à enquêter sur le destin d'Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, le météorologue.
Ainsi ce livre puissant mêle de façon formidablement documentée (Olivier Rolin connaît très bien la Russie) les pages terribles de l'histoire de l'URSS et la vie broyée et sensible du météorologue.
Coïncidant avec notre actualité :
- une exposition au Grand Palais "Rouge : art et utopie au pays des Soviets"
- un documentaire sur Arte ROUGE ! L'art au pays des soviets, Arte-Ina-Rmn-Grand Palais, 2018

Monique L
C'est le portrait d'un zek parmi tant d'autres, sacrifié lors des purges staliniennes. Ce qui est intéressant c'est qu'il ne s'agit pas d'un opposant mais au contraire d'un communiste, militant convaincu qui croit à une "erreur ". Ce n'était pas un politicien. Ce ne fut pas un héros, mais un fonctionnaire rigoureux sans grand charisme et sans remise en question d'un système qui le broie.
A partir de maigres archives, Olivier Rolin évoque les raisons de la condamnation de ce scientifique qui n'aspirait qu'à se consacrer à l'étude du climat. Ce témoignage nous fait ressentir concrètement comment la "Grande Terreur" des années 30 a mis à terre une utopie humaniste.
On comprend que l'auteur s'est beaucoup documenté, a enquêté. Il a sorti de l'oubli des scientifiques, poètes, artistes, ou replacé des plus connus dans le contexte de cette période.
J'ai appris et trouvé incroyable l'existence de la bibliothèque de trente mille volumes, formée directement ou indirectement par les livres des déportés. J'ai regardé le film de Rolin sur la bibliothèque et ai beaucoup aimé le passage où l’on voit quelques dessins du météorologue pour sa fille. Mon imagination ne les avait crus qu’en noir et blanc et pas aussi beaux (sur ma liseuse, il n'y a pas de dessins comme dans le livre que vous avez).
Ce que je reprocherai à ce livre c'est son côté désordonné, de nombreuses redites et les nombreuses réflexions personnelles qui m'ont gênée dans la progression du récit.
J'ai lu Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov dont il est question plusieurs fois dans ce livre. J'ai vraiment beaucoup aimé. Je vous le conseille. Ce sont de courtes nouvelles écrites dans une prose réduite à l'essentiel, âpre et dépouillée. Pas d'emphase, pas de larmoiement, seule la réalité. Pour moi, une très grande littérature.
J'ouvre aux ¾.
Denis
Je regrette sincèrement de ne pas pouvoir être avec vous ce soir, car ce livre m'a beaucoup intéressé et stimulé. Je suis très curieux de vos impressions.
Sans m'attarder aux questions d'authenticité des témoignages ou des sources, j'ai eu envie d'en savoir plus sur les goulags. Je ne savais même pas qu'il existât un véritable archipel, prenant le titre de Soljenitsyne – que je n'ai pas lu – pour une métaphore. J'ai regardé les deux documentaires présentés à la TV, de sorte que maintenant je ne sais plus distinguer entre les différentes sources.
En tout cas, j'ai acquis "comme un vécu" de détenu de goulag. Et ma question, c'est : comment qualifier le plaisir que j'ai éprouvé à lire ou visionner tout cela.
J'ouvre aux ¾.
Brigitte (avis transmis)
C'est un livre qui commence sur un mode assez classique, puis peu à peu la tension monte, jusqu'à devenir tragique. À travers l'évocation du destin dramatique (mais réel) d'un homme presque banal, l'auteur aborde le monde de peur, de terreur auquel a abouti le socialisme réel instauré en Russie, après avoir soulevé des vagues d'enthousiasme dans le monde entier. On reste sans voix devant ces souffrances démesurées… Quel sens, quelles explications donner à ces milliers de morts ? J'ouvre ce livre aux ¾. Sur ce même sujet si grave, j'avais préféré Vie et destin de Grossmann et L'échelle de Jacob de Ludmila Oulitskaïa, sans oublier le disque Le vol arrêté de Wladimir Wissotski.

Nota bene : J'ai lu en grande partie ce livre dans la salle d'attente du commissariat de police (on m'a volé des documents, et je venais porter plainte), c'était l'ambiance qu'il fallait pour cette lecture.
Nathalie(depuis Nantes)
Je suis bien déçue de ne pas être parmi vous ce soir, car je pense que les discussions vont être très intéressantes et les pistes de réflexion qu'ouvre le texte sont nombreuses. J'ai beaucoup aimé ce texte. Je l'ai lu quasiment d'une traite entre hier après-midi et cet après-midi. J'ai été très touchée par le récit circonstancié des faits. Je l'ai aimé pour la sobriété de l'écriture, pour l'émotion ressentie, par respect pour le projet très bien expliqué en fin d'œuvre et bien évidemment et surtout pour l'homme qui nous est raconté.
Et si l'auteur semble vouloir le présenter comme un être banal parmi tant d'autres dont le parcours dramatique aurait pu être raconté, je pense que cet homme avait quelque chose de très particulier. J'ai été subjuguée par le contenu de ses lettres et j'aurais aimé pouvoir les voir et les lire dans le texte. Touchée également par l'amour qu'il porte à cette femme et à cette enfant qu'il ne reverra pas, par les dessins et les devinettes qu'il glisse dans ses lettres, par cette forme de courage qui le fait continuer à s'inquiéter pour les siens avant de s'insurger contre son propre sort.
L'écriture permet de "voir" les menues tâches qu'il accomplit et rend passionnante en parallèle, cette vie pleine de conférences devant un public dont le plus jeune a neuf ans ! La narration permet des mises en regard très fortes comme par exemple celle de la vie du camp et celle entendue par le biais de la radio. La seule chose que je lui reprocherais, c'est à mi-parcours cette reprise systématique de la dernière phrase (celle du personnage). C'est un procédé agaçant et qui n'a pas d'intérêt selon moi.
En ce qui concerne les conséquences dramatiques de cette révolution, et la peur qu'elle laisse en chacun, je suis complètement d'accord et je ne suis pas sûre que les fous-furieux qui voudraient que nos sociétés changent radicalement aient une connaissance approfondie des dégâts causés par les idéologies radicales De la même façon que certains s'insurgent à grands cris qu'on puisse trouver ou utiliser de l'argent pour des ouvrages d'art inutiles.
J'ouvre aux ¾ parce que ce n'est pas un roman mais un essai.
Etienne
Quel choc que ce livre !
Avec son style chirurgical, Rolin dissèque méthodiquement les rouages de cette machine implacable qu'était le régime stalinien à travers l'histoire d'un (trop?) honnête homme. Les goulags restaient pour moi jusqu'à présent une idée assez floue et imprécise je vous le confesse. Même si l'on sait qu'énormément d'opposants ont été déportés et tués, il persistait toujours une aura mystérieuse autour de ce mot (on en parle finalement peut être peu). Je me disais, en fin de compte, que le fond avait été atteint avec les camps de concentration et que les goulags ne pouvaient qu'en être qu'une pâle copie. En réalité, c'est une autre type d'horreur qui est à l'œuvre, celle de l'absurdité. Et l'écriture journalistique de Rolin permet de mettre cette absurdité sous la lumière la plus crue. Cette absurdité, celle de la bureaucratie de l'horreur c'est évidemment celle de 1984 auquel je n'ai pas pu m'empêcher de faire des parallèles et dont la lecture a été ainsi enrichie. Encore plus intéressante est la conclusion de Rolin qui explique pourquoi ce drame l'a particulièrement touché, surtout au regard de son passé militant : c'est un idéal qu'il partageait que l'on a trahi.
Un dernier mot pour parler de la relation de cet homme avec sa fille qui m'a bouleversé. Vangengheim est un homme austère mais dès qu'il s'agit de sa famille toute son humanité s'exprime et rend le drame encore plus poignant ; les reproductions de ses lettres et surtout les dessins enfantins à sa fille m'ont ému aux larmes.
J'ouvre aux ¾.
Séverine
Je vais être rapide, car je n'ai pas accroché et j'ai arrêté à la moitié du livre. J'ai raté mon rendez-vous avec Olivier Rolin. J'ai trouvé que ça part dans tous les sens. Peut-être le groupe va me pousser à reprendre la lecture. Les dessins quant à eux révèlent quelque chose de très fort. J'ouvre un quart.
Fanny
Je suis très partagée. J'ai appris beaucoup de choses sur le Goulag ; j'apprécie le travail de recherche. Mais j'ai un problème avec l'écriture d'Olivier Rolin, dont le style est trop froid, didactique. J'ai même pu éprouver de l'ennui, en particulier avec des allers-retours entre le personnage principal et, autour, des explications de texte. Cela m'empêche d'éprouver de l'empathie. J'aurais préféré lire la correspondance ou le journal du météorologue. J'ouvre à moitié pour l'intérêt intellectuel.

Manuel
Je n'ai pas terminé. Le récit m'intéresse beaucoup, mais je n'aime pas l'humour de l'auteur, ni ses petites interventions. J'ai beaucoup pensé à La plaisanterie de Kundera. J'ai adoré ce livre… mais malgré l'auteur. Je le conseillerais malgré tout. J'aime beaucoup les dessins. J'ouvre à moitié.

Manuel (10 jours plus tard)
Je suis très long à lire... je viens de terminer Le Météorologue. Comme Etienne, je suis bouleversé. J’ai également visionné le doc qui est un bon complément au livre.
On n’a pas eu le même ressenti.
Catherine
Je ne connaissais pas Olivier Rolin. J'ai aimé le début (les nuages...). J'ai été touchée par le personnage, intéressée par son histoire, sa relation avec sa fille pendant sa détention. Je n'avais pas vu les dessins, ayant lu le livre sur une liseuse, mais je viens de les voir : ils sont beaux et émouvants. J'ai un peu décroché au milieu du livre.
Globalement, je suis restée un peu sur ma faim ; c'est un récit et non une fiction ; les personnages manquent d'épaisseur ; il y a des commentaires de l'auteur que j'ai trouvés parfois superflus ; il pose de façon répétée des questions auxquelles il n'a pas de réponse. Le livre est intéressant mais c'est tout.
J'avais lu d'autres livres sur le Goulag, tous les livres de Soljenitsyne qui m'ont beaucoup plus touchée, Une journée d'Ivan Denissovitch
, en particulier, même s'il ne s'agit pas de comparer ces œuvres. Plutôt une déception donc ; j'ouvre à moitié.
Jacqueline
Je l'ai lu très tard, après l'incendie de Notre-Dame. J'ai beaucoup aimé. J'ai aimé la construction, le point de vue du narrateur, j'ai été sensible à son ironie. Il a une manière de raconter qui fait vivre les choses. J'ai trouvé très touchant que le météorologue reste fidèle à Staline. J'aime son positionnement, il émet des hypothèses, mais ne sait pas vraiment. J'ai été très intéressée par la relation père/fille à distance. J'ouvre ¾.
Françoise D
Je suis partagée : l'histoire est émouvante, mais l'entêtement du météorologue en faveur du régime m'a agacée. J'ai été intéressée par cette histoire, mais il n'y a pas vraiment de dimension littéraire. Nous avons nous aurions pu nous passer de ses traits d'humour. J'ouvre à moitié même si j'admire le travail de recherche.
Richard
Je me sens un peu néophyte en l'histoire de l'URSS de Staline. J'ai été beaucoup plus exposé aux atrocités des nazis. Je ne veux pas juger de la valeur littéraire, étant très pris par les faits historiques. Je n'ai pas eu de gros problème avec la façon qu'a l'auteur de présenter les faits, mais parfois on ne sait pas qui parle et on doit être sauvé par les "écrit-il" très fréquents. Ce qui m'a surtout frappé, c'est la situation des prisonniers politiques, sans avenir, avec leurs seuls souvenirs du passé. (Au moins les Juifs savaient pourquoi ils se trouvaient dans les camps de la mort – même si ce n'était pas une consolation...)
J'ouvre, exceptionnellement, à trois quarts.

Cris de surprise...

Séverine
Rien que pour ça, il fallait le programmer !
Henri
Je ne suis pas objectif puisque j'ai un rapport particulier avec la Russie. J'avais lu de Rolin En Russie sur mon lit d'hôpital (voir ici les aventures d'Henri). Dans ce livre, j'ai aimé le récit ; les interventions de l'auteur nous font rentrer dans le réel. Ça m'a fait penser à Rosa Montero, où il y a une projection de l'auteure sur Marie Curie. Vers le milieu du livre, il y a tellement d'informations que l'aptitude journalistique apparaît. J'ai bien aimé la fin où il nous raconte son rapport raté comme le mien à la Russie. Il y a des détails que j'ai appréciés, comme la quête de la mort : comment ces milliers sont-ils morts ? J'aurais aimé qu'il détaille plus les personnages qui cherchent. Un de mes profs de philo disait : "La poésie s'occupe des choses fragiles et les choses fragiles sont celles qui traversent le temps". Le bouquin je l'ouvre en grand, mais dans la situation du groupe, je l'ouvrirais moins. Est-ce vraiment un livre pour le groupe lecture ? Je n'en suis pas si sûr. Donc je l'ouvre aux ¾ voire plus.
Annick L
La figure de ce météorologue – qui s'accroche à son idéal communiste et veut encore croire que Joseph, le "Bon Petit père des peuples", n'est pas responsable de ce qui lui arrive – m'a fait penser à cette œuvre remarquable que nous avons lue ensemble, La Fin de l'homme rouge de Svetlana Aleksievitch, où celle-ci fait entendre, entre autres, la voix de survivants du Goulag qui continuent à vénérer leur bourreau... c'est terrible ! Cependant il n'y a aucune comparaison possible entre ces deux livres. Le projet d'Olivier Rolin est plus modeste : il s'attache à un seul personnage dont il veut retracer le destin tragique. Et il le fait avec beaucoup de rigueur. Jusqu'à exhumer les lettres et dessins qu'il envoyait à sa petite fille (cette annexe est vraiment touchante). Il explique d'ailleurs clairement son projet au début. J'ai été très intéressée par ce récit et sensible à l'absurdité de ce destin : cet homme était un bon communiste, très engagé dans son travail scientifique au service de la cause nationale, c'était un bon mari, un bon père. Il n'avait commis aucune faute..., comme les milliers d'autres victimes d'un système totalitaire devenu fou. Ce livre n'a pas la force des témoignages directs des rescapés ou des romans de Soljenitsyne (que j'avais découverts, comme vous, dans les années 1980), mais c'est un bon travail de journaliste, dans lequel on sent l'implication personnelle d'Olivier Rolin, par rapport à son passé de militant d'extrême-gauche et à sa foi dans l'avènement d'un monde meilleur. Je pense que c'est ça qui m'a également touchée. Merci pour cette découverte.
Lisa
Je ne connaissais pas Olivier Rolin. J'ai été très déçue. Le style est très scolaire, tel un devoir d'expression écrite de quatrième. Il répète constamment "raconte-t-il", "dit-il", c'est lourd ; il aurait pu trouver des astuces pour bien différencier les paroles du météorologue des siennes. Il essaie de faire du Emmanuel Carrère sans y arriver. Ses réflexions ne m'intéressent pas, ça ne prend pas. J'ai aussi été déçue par la retranscription de la vie du météorologue. J'ai envie d'éléments concrets pour ce type de livre. Par exemple, je n'ai pas envie de savoir comment Olivier Rolin imagine la vocation de Feofor, je veux savoir concrètement ce qu'a été sa vie. Les dessins sont bien faits mais ne m'ont pas particulièrement émue. L'auteur n'a pas réussi à m'émouvoir avec cette histoire. J'ouvre à moitié.
Un sondage est sorti récemment en Russie où 75 % des gens considèrent Staline comme un héros et un modernisateur, les atrocités étant un mal nécessaire.
Manon (qui est venue nous dire au revoir avec son départ pour Singapour où elle va vivre)
Je pense que j'ai lu à la fac
Tigre en papier de Rolin, mais je n'en ai aucun souvenir. Le météorologue, j'en avais entendu parler lors de mon voyage en transsibérien. Il faisait partie des 70 livres que j'ai à lire sur ma tablette...
Je suis arrivée dans le groupe avec Oblomov et je repars avec celui-là, qui se passe en Russie... Une journée d'Ivan Denissovitch
de Soljenitsyne que j'ai lu et celui-là, ce sont deux livres différents, deux manières de voir.
J'ai aimé que Rolin annonce directement que le météorologue va finir au Goulag. Le personnage ne se définit pas comme une victime du système, mais comme une victime d'une machination : c'est intéressant d'avoir pris un personnage comme celui-là. L'humour et l'ironie ne m'ont pas dérangée. J'étais tellement absorbée que l'écriture ne m'a pas gênée. Je l'ouvre trois quarts. Il y a d'autres choses à lire sur les goulags, mais ça apporte quelque chose.
Danièle
J'ai commencé ce livre sans grande envie. Et de fait, je me suis plutôt ennuyée au début. J'en savais à la fois trop et trop peu. Trop, parce que les tensions politiques de l'époque soviétique avaient fait partie de ma vie et occupé une grande partie de nos discussions. J'étais aussi allée souvent en Allemagne de l'Est, et je connaissais la réalité du régime soviétique. Trop peu, parce que je ne connaissais pas tous les protagonistes dont il est question dans le livre, et que je n'avais pas envie de me replonger dans ce passé.
Puis je me suis intéressée au sort d'Alexis Féodossiévitch Vangengheim à partir de son incarcération dans les camps du goulag. J'ai trouvé son histoire tragique et racontée de manière très émouvante. Il représente les gens qui ont œuvré avec conviction et idéalisme pour un système plus juste et humain, et qui se retrouvent sans défense face à un système totalitaire et sanguinaire qui s'éloigne d'eux, les trompe et les exécute sans raison. On trouve des analogies avec la Révolution française, et sans doute avec toute révolution. Ses lettres à sa femme et à sa fille sont touchantes, son optimisme aussi. Bien sûr, on se demande jusqu'au bout, s'il est un "bon soviétique gavé d'idéologie" (question que se pose l'auteur p. 104), ou s'il feint de croire encore au régime pour sauver sa femme et sa fille d'éventuelles représailles. Mais l'auteur fait sa narration surtout en fonction de la première hypothèse.
L'auteur décrit l'horreur des goulags, qu'on ne peut s'empêcher de comparer aux atrocités nazies dans les camps de concentration, et dont on a cru qu'elles ne pourraient se répéter. J'ai été effarée quand même par le nombre des exécutions. Le rappel de ces chiffres est aussi, à mon avis, un grand mérite de ce livre.
La réhabilitation du météorologue paraît encore plus cruelle, ou dérisoire, sobrement et ironiquement présentée par l'auteur : "la mort est annulée. L'affaire est close".
J'abonde dans le sens de l'auteur et ses considérations sur le gouffre entre l'espoir suscité par la Révolution d'octobre 1917 et la suite des événements, sur la désillusion des intellectuels, "nombreux chez nous surtout, qui furent un moment contaminés par ce grand enthousiasme" (p. 196) et n'ont pas toujours voulu voir la réalité en face (Gide, Sartre...). À mon avis, c'est le sens à donner aux intrusions de l'auteur dans ce récit, et qui ont gêné nombre d'entre vous. En fait, il tient à se situer aujourd'hui, avec le recul du temps, pour montrer l'aveuglement de l'époque d'alors, mais aussi peut-être de la nôtre, en tout cas celle des générations d'intellectuels qui ont cautionné ce régime des années durant. Le message est aussi politique.
Reste la note d'espoir ou plutôt de désespoir d'être passés à côté de l'espérance (p. 197).
Claire
Par Christian, je savais qu'il s'agissait des camps soviétiques ; il en recommandait le livre sans évoquer des qualités littéraires : fallait-il s'attendre à un documentaire ? Certains de vos points de vue vont dans ce sens (livre "intéressant", que Denis ne distingue plus d'ailleurs des films documentaires). Par Lisa je savais que le livre avait eu le prix du style qu'a fondé Antoine Buéno que nous rencontrons la séance prochaine et la collection, "Fiction et Cie" laisse penser qu'il s'agit bien de littérature.
A la 7e ligne, je vois l'expression "ourlée de lumière"... je me dis aïe, et deux pages après "festonné" de lumière, mais bon. Contrairement à Manuel, cette sorte d'humour grinçant à certains moments me plaît beaucoup ("paysage horriblement soviétique", "une bourgade dans laquelle on n'a pas tellement envie de s'éterniser").
Vu que Rolin fait de la littérature avec un personnage ayant réellement existé, je l'ai spontanément rapproché de livres que nous avons lus : Emmanuel Carrère, Echenoz avec Ravel ; à côté d'Éric Vuillard avec L'ordre du jour, pour moi ça coince. Je trouve que ce que fait Rolin est estimable : il rend hommage à ces victimes à travers à ce personnage, il m'instruit sur le fonctionnement du régime et l'illustre par cet exemple qu'il sort de l'ombre. Au passage, j'ai apprécié le lien avec notre lecture précédente, La Saga de Youza, où des gens sont déportés et là, on voit ce qui leur arrive.
Le projet littéraire est lui aussi estimable : au lieu du simple récit d'une vie, il y a un deuxième récit, celui de son enquête pour la reconstituer ; et pour que la composition sorte un peu de l'ordinaire, il ajoute entre deux parties l'évocation de la vie au camp qui mêle deux je, celui de Rolin et celui du météorologue : pas mal ! Ah zut, on a une quatrième partie où l'auteur éprouve le besoin d'une conclusion qui s'ouvre de façon raplaplaplanante : "J'ai raconté aussi scrupuleusement que j'ai pu, sans romancer, en essayant de m'en tenir à ce que je savais, l'histoire d'Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, le météorologue." C'était donc que ça ! Si c'était le simple récit d'une enquête ou une biographie partielle, je pourrais l'apprécier en tant que telles. Mais j'attends plus qu'un reportage.
Or je ne suis pas enthousiaste. Alors qu'il lui donne la parole, il ne donne pas vraiment vie au personnage au sens où j'ai du mal à m'intéresser vraiment à lui, il reste sans relief. Rolin se met en scène en train de mener son investigation, ce qui donne un peu de peps. Mais dans le récit, je me suis lassée à un moment, ressentant l'ennui que plusieurs ont exprimé, et suis repartie quand la bibliothèque est évoquée : j'ai aimé le personnage de Tchirkov, la bibliothèque donc, qui est l'objet d'une enquête aussi d'Olivier Rolin dans son film, que j'ai trouvée également frustrante, alors que le sujet était passionnant. J'ai pensé à l'extraordinaire livre que nous avions lu, Proust contre la déchéance. J'ai retenu l'évocation des aurores boréales, le fait que le beau et l'horrible coexistent ; et le cahier de dessins est merveilleux : mais est-ce qu'il n'aurait pas pu en faire plus et mieux que simplement le placer – pof –
en annexe à la fin du livre ?! Et les lettres, s'il nous en avait mis une intégrale ?...
Rolin cherche à comprendre son personnage et le lecteur aussi ; comment peut-il tenir ? Il "se raccroche à ce qui ne sombre pas, l'amour des siens et la permanence de son esprit" – ça c'est très fort. Toujours "stalinien", Alexeï m'a rappelé comme à Annick, La Fin de l'homme rouge que nous avions lu : dans l'épisode a priori stupéfiant du portrait de Staline réalisé par le météorologue que tient Rolin p. 132, l'émotion ne passe pas, quel dommage. J'ouvre entre ½ (si je ne considère que le livre) et ¾ (si je m'incline devant le sujet). Mais pour le groupe lecture, j'ouvre ½.
Geneviève

Je connaissais Jean Rolin, que j'apprécie, mais pas Olivier Rolin, dont j'avais plutôt envie de lire Tigre en papier. Je connaissais déjà la période et les événements décrits, notamment à travers les livres de Soljenitsyne. Mais je connaissais beaucoup moins bien l'histoire de ce tout début du Goulag. Je n'avais pas non plus perçu l'importance que prenait pour la Russie soviétique le lancement de grandes expéditions exploratoires.
Mon intérêt pour ce récit est allé crescendo. J'ai parfois décroché dans la première partie consacrée au portrait du "météorologue" que je trouvais par moment un peu ennuyeux, même si ses rêves scientifiques étaient passionnants. J'ai vraiment accroché avec la description de cette communauté d'intellectuels déportés et la description de la bibliothèque. Mais j'ai été vraiment fascinée par le récit de l'exécution et l'enquête menée par l'auteur, lancé sur les traces du convoi, avec l'aide de témoins de l'époque. Je n'ai pas été gênée par les changements de voix fréquents, surtout dans la deuxième partie, qui alterne citations des lettres et point de vue de l'auteur.
Cependant, je trouve que les personnages ont du mal à prendre une véritable épaisseur psychologique. J'aurais notamment beaucoup aimé en savoir plus sur le destin de la fille du "météorologue" et son suicide. Peut-être les interventions récurrentes de l'auteur gênent-elles la construction des personnages. Néanmoins, j'étais très intéressée par le point de vue sur ces révolutionnaires trahis d'un ex-gauchiste qui a longtemps cru lui-même à la révolution. Dans ce contexte, le portrait de cet homme qui continue envers et contre toute évidence à croire à Staline et au communisme, est particulièrement intéressant. J'ouvre donc ce livre aux trois quarts.

 

Christian (du groupe breton dont les avis suivront)
Je suis d'autant plus déçu de ne pouvoir être parmi vous que j'avais moi-même suggéré la lecture du livre d'Olivier Rolin en séance, livre que j'ai beaucoup aimé  : je l'ouvre en grand !
Ce récit conjugue de façon prégnante et très émouvante le terrible destin de ce scientifique, Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, le météorologue, avec la folie de la terreur stalinienne. Ce savant ne cessant, malgré la réalité accablante du goulag, de croire à une funeste erreur des autorités soviétiques dans sa déportation d'espérer sortir de cet enfer pour retrouver sa famille...
La correspondance adressée par lui à sa toute jeune fille serre le cœur (à ce titre les illustrations qui sont représentées dans le livre ajoutent à ces émotions).
Ce livre dit bien à quel point le système concentrationnaire avait su contaminer et détruire tout libre arbitre chez certains "zec" au point de tuer en eux toute capacité de révolte et même de compréhension du phénomène stalinien.
Pour Rolin, le triomphe (relatif) du capitalisme mondialisé s'expliquerait par la fin de l'espérance révolutionnaire. C'est peut-être vrai, en partie, mais on peut sérieusement mettre en cause cette espérance si on considère sur la longue durée que toutes les utopies de cet ordre ont rapidement sombré dans des dictatures. Le XXe siècle, en effet, fut pris en étau par ces trois idéologies mortifères : fascisme, nazisme et maoïste. Elles enseignent, s'ils en était besoin, que les tentatives forcenées pour "changer l'Homme" sombrent toujours dans la même terreur.
J'ai eu l'occasion, dans une vie antérieure, de connaître un peu Olivier Rolin et surtout son frère Jean Rolin. Marqués tous deux par leur engagement politique militants, sincères et déterminés, dans les années qui ont suivi 68, ils sont devenus tous deux de bons écrivains (quoique très différents bien sûr par le style et les sujets). Ils demeurent à mes yeux des auteurs singuliers, ironiques et documentés sur l'Histoire et le monde d'aujourd'hui, sans jamais sacrifier leur amour de la littérature.




UN PEU DE DOCUMENTATION ?

REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Enfance et formation - Militantisme - Potins familiaux

PUBLICATIONS
- Romans, récits géographiques, pour la jeunesse, essais, œuvres complètes (romans, récits, articles), traduction, film documentaire
- Entretiens avec Olivier Rolin - Articles sur Le météorologue

REPÈRES BIOGRAPHIQUES
• Enfance et formation
- Né en 1947 à Boulogne-Billancourt. Père militaire. Enfance au Sénégal
- Lycée Louis-le-Grand, puis École normale supérieure en philosophie. Exclu, ne passe pas l'agrégation.

Militantisme
Maoïste, il préfère se mettre à "l’école des masses"... Membre dirigeant de l'organisation maoïste Gauche prolétarienne créée en 1968, il appartient à la "branche militaire" de la NRP (Nouvelle résistance populaire), créée comme bras armé possible d'une lutte révolutionnaire, mais qui reste pacifique jusqu'à l'auto-dissolution de la Gauche prolétarienne en 1973.

Potins familiaux
- Olivier est le frère de l'écrivain Jean Rolin, qui fut aussi membre de la Gauche prolétarienne ; également journaliste, également écrivain.
- Olivier Rolin a été le compagnon de Jane Birkin ; ils se rencontrent sous les bombes à Sarajevo.
- Jean Rolin, son frère, a eu pour compagne une des filles de Jane Birkin, la photographe Kate Barry.

PUBLICATIONS
Journaliste : pour Libération et Le Nouvel Observateur
Écrivain : ses livres sont inspirés par
Mai 68 et la Gauche prolétarienne, les aventures au Soudan et de nombreux voyages, en particulier en Russie. Ses livres ont été publiés au Seuil (puis en poche Points), sauf mention autre.

Romans (avec ou sans fiction)
- 1983 : Phénomène futur
- 1987 : Bar des flots noirs
- 1993 : L'Invention du monde
- 1994 : Port-Soudan (Prix Femina 1994)
- 1998 : Méroé
- 2000 : La Langue suivi de Mal placé, déplacé, Verdier
- 2002 : Tigre en papier (Prix France Culture 2003)
- 2004 : Suite à l'hôtel Crystal
- 2006 : Rooms
- 2008 : Un chasseur de lions
- 2010 : Bakou, derniers jours - En 2010 : Grand Prix de littérature Paul Morand de l'Académie française pour l'ensemble de son
œuvre
- 2014 : Le météorologue, Seuil/Paulsen (Prix du style 2014)
- 2015 : À y regarder de près, avec Érik Desmazières
- 2016 : Veracruz, Verdier
- 2017 : Baïkal-Amour, Paulsen.

Récits géographiques
- 1986 : Athènes : avec Olivier Rolin, Autrement
- 1987 : En Russie, Quai Voltaire ; Points 1997
- 1988 : Sept villes, Rivages
- 1989 : La Havane, avec Jean-François Fogel et Jean-Louis Vaudoyer, Quai Voltaire
- 1997 : Mon galurin gris : petites géographies, Seuil
- 1999 : Paysages originels : Hemingway, Nabokov, Borges, Kawabata, Michaux
- 2011 : Sibérie, Inculte ; Verdier poche, 2016

Pour la jeunesse
- 2012 : Le roi des taupes, École des loisirs

Essais
- 1985 : "Objections contre une prise d'armes" (sous le pseudonyme d'Antoine Liniers), Terrorisme et démocratie, avec François Furet, Philippe Raynaud, Fayard, en ligne dans Gallica
- 2006 : Une invitation au voyage, ill. Erik Desmazières, éd. BNF
- 2011 : Bric et broc, Verdier

Œuvres complètes (romans, récits, articles)
- 2011 : Circus 1 (1980 - 1998)
- 2012 : Circus 2 (1999 - 2011)

Traduction de l'espagnol
- 1998 : La ville des prodiges, Edouardo Mendoza

Film documentaire
-
2014 : Solovki, la bibliothèque disparue, un film de Élisabeth Kapnist et Olivier Rolin, 54 min.
Une enquête sur le destin de la bibliothèque du camp des îles Solovki dont parle Le météorologue, qui compta jusqu'à 30 000 volumes.
Par ailleurs, c'est à l’occasion du tournage de ce film que le photographe Jean-Luc Bertini a voyagé dans les îles Solovki, connues pour leur monastère du XVe siècle qui constitua un lieu de pèlerinage important, mais aussi pour avoir abrité le premier camp de ce qui allait devenir le Goulag : il en a tiré un livre, Solovki, la bibliothèque perdue, photographies de Jean-Luc Bertini, texte d'Olivier Rolin, Le bec en l'air, 2014 (Voir la présentation ICI du livre et du film et le film en ligne ici).

Entretiens avec Olivier Rolin
- Sur Le météorologue, avec Dominique Conil et Thomas Saint-Cricq, Mediapart, 21 septembre 2014, 40 min, en ligne ici
- Cinq entretiens d'une heure avec Mathias Enard,
A voix nue, France culture, du 24 au 28 août 2015 : 1/5 (début de sa vie) - 2/5 (le militantisme) - 3/5 (l'évolution de ses livres ; il refuse que certains de ses livres soient taxés de "romans historiques) - 4/5 (L'invention du monde, roman qui rassemble une journée dans le monde) - 5/5 (la Russie : cette dernière émission est sur Le météorologue)
- De la Gauche prolétarienne à la littérature, Discussion du soir avec Jean-Christophe Rufin, France Culture, 24 mars 2017, 45 min
- Masterclasse, avec Arnaud Laporte, France Culture, 16 mars 2018, 59 min

Sur Le météorologue
Notons que le livre est paru dans une double édition :
- éditions Paulsen : une maison d'édition spécialisée en littérature de voyage et d'exploration
- éditions du Seuil,
dans la collection "Fiction & Cie", créée en 1974 par Denis Roche pour accueillir "des œuvres éclectiques et exigeantes".
L'iconographie du cahier hors-texte est due à la collaboration des éditions Paulsen avec l'ONG Memorial.

Quelques articles
- "Le météorologue d'Olivier Rolin", Nathalie Crom, Télérama, 6 septembre 2014
- "Olivier Rolin, dissous dans le nuage rouge", Philippe Lançon, Libération, 24 septembre 2014
- "Une voix du goulag". Critique et extrait du Météorologue d'Olivier Rolin, Raphaëlle Leyris, Le Monde, 18 septembre 2014
Dans le même numéro, Olivier Rolin : "Je ne suis vraiment bien nulle part".
- "La fabrique du malentendu dans les procès du Goulag : lecture de Le Météorologue d’Olivier Rolin", Savoirs en prisme, n° 5, 2016 : une étude de Ngadi Laude, Université de Lorraine.

 

 

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :

à la folie - beaucoup- moyennement - un peu - pas du tout
grand ouvert -
¾ ouvert - à moitié - ouvert  ¼ - fermé !

 

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