La série L’Arabe du futur est traduite dans 22 langues.

Dans le premier tome (1978-1984), le petit Riad est ballotté, de sa naissance à ses six ans, entre la Libye de Kadhafi, la Bretagne de ses grands-parents et la Syrie de Hafez Al-Assad (160 p.) :

Le deuxième tome (1984-1985) raconte sa première année d’école en Syrie (160 p.) :

Le troisième tome (1985-1987) est celui de sa circoncision (160 p.) :
Ce quatrième tome (1987-1992), exceptionnel par son format (288 p.) et par ce qu’il révèle, est le point d’orgue de la série :
Âgé de neuf ans au début de ce volume, le petit Riad devient adolescent. Une adolescence d’autant plus compliquée qu’il est tiraillé entre ses deux cultures – française et syrienne – et que ses parents ne s’entendent plus. Son père est parti seul travailler en Arabie saoudite et se tourne de plus en plus vers la religion… Sa mère est rentrée en Bretagne avec les enfants, elle ne supporte plus le virage religieux de son mari. C’est alors que la famille au complet doit retourner en Syrie…

Riad Sattouf
L'Arabe du futur

Nous avons lu ce livre pour le 22 février 2019.
Le groupe breton le lit pour le 13 juin.

•Nous avons dans le passé un livre sans texte, mais L'Arabe du futur constitue une première pour le groupe (depuis 32 ans qu'il existe), car il s'agit d'une BD...
Nous avons lu le tome 1 de L’Arabe du futur, voire les tome 2, tome 3, tome 4.
Voir en bas de page quelques repères sur Riad Sattouf et l'exposition qui nous a décidés.

En prévision de notre soirée, Manuel avait préparé l'auteur... 

Lisa
J'ai un empêchement pour ce soir et j'en suis navrée. J'attendais cette soirée depuis qu'elle a été programmée.
J'ai lu le 1er tome. Le lendemain je courais à la librairie acheter les tomes 2, 3 et 4. Cette BD est addictive : je veux savoir ce qui va se passer !
Mais... je le trouve profondément et absolument raciste. Si cette BD avait été faite par Zemmour, tout le monde aurait crié à la provocation à la haine raciale ! Son nom lui donne un passe-droit, mais ce n'est pas parce qu'on est à moitié arabe qu'on a le droit d'être raciste. Quel mépris transpire dans ces pages ! Aucun arabe n'a de qualité : tous antisémites sexistes racistes méchants, rien pour plaire. Cette BD est un tract pour le front national.

Manuel (qui lit à haute voix l'avis de Lisa)
Elle a rien compris !

Claire
Tu ne peux pas dire ça ! C'est sa réaction au livre !

Lisa (toujours lue par Manuel)
Donc il y a des qualités (j'ai acheté les 4 !). Mais aussi des défauts et il faut savoir prendre du recul.
Concernant le dessin j'ai bien aimé les jeux de couleurs (rouge/bleu selon le pays).
J'ai hâte de lire vos avis et je regrette profondément de ne pas être parmi vous. J'ouvre à moitié.
Catherine
Je ne pourrai pas être parmi vous ce soir. J’ai lu L’Arabe du futur, les trois premiers tomes, au fur et à mesure de leur sortie. Je les ai offerts autour de moi ainsi que Les Cahiers d’Esther mais je ne pas eu le temps de les relire et j’aurais donc du mal à envoyer mon avis.
Séverine(avis transmis)
J'ai lu les 3 premiers volumes de L'Arabe du futur. Je connaissais de nom, mais n'aurais probablement pas lu sans le groupe. Je reconnais un vrai plaisir de lecture, l'envie de dévorer les volumes. Il y a un côté addictif comme pour les séries (enfin, je n'en regarde pas, mais j'imagine que ça fait la même chose). J'ai appris des choses, notamment l'existence du livre vert, sorte de petit livre rouge version Moyen-Orient. C'est ça que je trouve réussi dans ces livres, c'est l'association de la Grande et de la petite Histoire. Et aussi la confrontation entre deux mondes. Je dois dire que j'ai été franchement agacée par les parents de Riad Sattouf : déjà je ne comprends pas leur union, mais l'amour est parfois incompréhensible () entre cette mère bretonne qui va suivre bêtement son mari pendant 3 volumes (peut-être que ça change au 4e car on sent qu'elle commence à s'affirmer) comme une femme soumise, acceptant une vie tout de même pas folichonne, et surtout ce père qui est un pleutre fini, pétri soi-disant de convictions libérales et démocratiques et qui va finir par reprendre les habitudes religieuses du monde musulman, happé par son pays (hâte de lire le 4e volume pour voir s'il se reconvertit). Je n'ai déjà pas d'attirance particulière pour les pays du Moyen-Orient, mais là, je dois dire que c'est assez flippant… surtout de s'imaginer que la situation n'a pas évolué en trente ans, voire est partie en marche arrière.
Sinon, je dois dire que c'est assez drôle. Mais en fait, j'ai du mal à juger l'œuvre : je juge plutôt l'histoire et les attitudes des personnages… ce qui n'est pas bien. Peut-être une remarque graphique sur l'utilisation des couleurs selon les ambiances. Un bémol : je pense que l'on aurait pu condenser le volume 2 et 3… il rallonge un peu, et ça aurait pu être plus ramassé. En tout cas, j'ai hâte de lire le dernier volume.
Brigitte
J'ai beaucoup aimé cette bande dessinée. Le passage d'un univers à l'autre, vu à la hauteur d'un très jeune enfant, sonne comme très véridique. Sans aucun préjugé, l'enfant assimile tous les usages conscients ou inconscients des diverses communautés auxquelles il participe, sans jamais les mettre en opposition. J'ouvre aux ¾.
J'ai eu la chance de pouvoir lire les autres Arabe du futur (sauf le n° 3). C'est vraiment intéressant et inquiétant de voir comment le père de Riad sombre dans l'islam conservateur et radical, par désespoir et manque de courage. J'ai été terrifiée par l'assassinat par sa famille de la cousine parce qu'elle est enceinte. Une autre remarque au sujet du Coran que l'on apprend par cœur, sans jamais se poser la question du sens des phrases toujours répétées ! Et les élections où l'on oublie complètement d'installer le moindre bureau de vote. Et ne parlons pas des insultes concernant les Juifs...
Je note aussi l'importance du soutien économique et affectif des grands-parents, qui me semblent très caractéristiques de notre époque.
Pour moi, c'est très bien depuis le début, jusqu'à la fin.
Après les débordements d'antisémitisme de l'actualité récente, je voudrais ajouter à mon avis que le jeune héros fréquente alternativement l'école maternelle, puis élémentaire en France et en Syrie. Partout, il est victime d'une sorte de harcèlement : traité de “juif” en Syrie, par de très jeunes enfants qui devant sa blondeur l'assimilent à un juif, sans même savoir de quoi il s'agit. C'est du même ordre en Bretagne, où on le traite de “pédé”, sans plus savoir de quoi il est question. Cela soulève une nouvelle fois le problème de la violence dans les cours de récréation, et celui de l'antisémitisme exacerbé. Nos sociétés sont tout à fait démunies pour les enrayer.
Richard
Je n'ai pas de culture de la BD. Ma première BD a été lue en France : Astérix puis Lucky Luke, et c'est tout. J'ai aimé la construction. Riad voit le monde de façon candide, y compris son père tellement con. J'ai lu seulement le tome 1 et je n'ai pas envie de lire les autres. Ce qu'il décrit semble être très typique de la Syrie. J'ouvre ¼.
Fanny
Je suis étonnée qu'on parle de BD, pour moi c'est un roman graphique, dans cette alliance du dessin et du texte. Pour moi son projet est de raconter ce qu'il a vécu enfant. J'ai appris beaucoup de choses. Je suis touchée par le regard de cet enfant sur son père. Sur la mère qui accepte ces allers-retours. J'ai lu seulement le tome 1 et je vais lire les autres. J'ai commencé Les Cahiers d’Esther, j'ai du mal à y entrer. Un bémol pour L'Arabe du futur, il m'a manqué des planches plus grandes, un autre format de déploiement de l'image. J'ouvre en grand.
Rozenn
Je n'ai pas lu de BD dans mon enfance. Puis j'ai lu celle avec la coccinelle. Il y avait surtout des images, ici il y a beaucoup de texte. J'ai vraiment beaucoup aimé. Tous les détails sont très parlants. La mère existe seulement par le dessin. Au départ de Libye, j'ai cru que la mère allait quitter le père. Il y a beaucoup de sous-entendus qui sont très bienvenus. J'ai beaucoup aimé, j'ouvre en grand.
Annick L
J'ai lu les quatre et ne le regrette pas car, au fil des volumes, les personnages s'étoffent, l'évocation de la société syrienne se complexifie.
J'aime beaucoup les récits d'enfance, qui sont aussi des récits d'initiation au monde. Et cet enfant est un fin observateur, d'autant qu'il se sent en permanence isolé, à cause de son statut d'étranger, en Syrie comme en Bretagne. On le lit comme un petit théâtre permanent, une succession de scénettes courtes et très vivantes. Le récit est bien mené, on s'attache au destin de cette famille disparate. Les dessins facilitent bien sûr la représentation, même si parfois on aimerait avoir des plans plus larges. Et puis le petit Riad ne juge jamais, il se contente de regarder et de chercher à assembler les pièces de ce puzzle compliqué. Par exemple le père qui est un personnage assez antipathique, enfermé dans ses aspirations sociales insatisfaites, coupé de ses proches : on sent qu'il aime son fils, sur lequel il a projeté tous ses espoirs déçus. En particulier lorsqu'ils se séparent. Mais quelle violence dans les rapports sociaux au sein de la société syrienne ! Entre les membres de la famille paternelle, entre les enfants, à l'égard des femmes, de la part des enseignants à l'égard de leurs élèves... Un tableau très sombre. Heureusement que le narrateur, en faisant revivre ses souvenirs, plutôt tristes, sait rester à distance, voire souligne avec humour le ridicule, l'aberration de certains comportements. Une forme de résilience ? Bienvenue pour le lecteur en tout cas !
J'aime bien les romans graphiques aussi, mais je n'aime pas le dessin de celui-ci, que je trouve trop simpliste, trop caricatural (par rapport au très beau Persepolis de Marjane Satrapi, tout en noir et blanc, par exemple), sans parler de la palette de couleurs très réduite. Et j'ai été très dérangée par le personnage de la mère, sans aucune épaisseur, comme un fantôme dans le tableau.
J'ouvre aux trois quarts.
Danièle
Je ne suis pas une habituée des BD. Je connais Riad Sattouf par Les Cahiers d’Esther qui paraissent en feuilleton dans le Nouvel Obs. Jamais je n'en manquerais une page. Je retrouve ici le même esprit, le même traitement graphique, le même rendu de la langue parlée de tous les jours, dans un milieu social bien ciblé. Avec Les cahiers d’Esther, nous sommes dans l’univers d’une petite fille issue d’une famille bobo. Ici, c’est essentiellement une caricature de la vie en Syrie à cette époque, mais aussi de la Bretagne profonde, le choc des cultures bretonnes et arabes, observées chacune par l’enfant Riad. Oui, J’ai trouvé L’Arabe du futur très drôle. Le graphisme souligne discrètement les intentions de l’auteur, qui montre toujours le père de bas en haut, en contreplongée, comme le voit son enfant, qui accepte tout ce qui vient de son père, sans jugement. Il porte son regard sur ce/ceux qui l’entourent, simplement. Et il est très observateur. La mère est toujours représentée dans les dessins, donc toujours présente dans la configuration familiale, mais toujours en arrière-plan, sauf exception significative, surtout dans les tomes suivants, lorsque quelquefois elle s’insurge. L’enfant retient aussi les explications de son père, qui font office de vérité absolue. Les lignes de commentaire de l’auteur adulte donnent une explication bienvenue à l’imbroglio politique de l’époque. On peut se demander comment l’enfant Riad est devenu ce qu’il est. Les tomes suivants donneront peut-être une explication. Dans le tome 1, en tout cas, le père paraît sûr de lui, et toujours de bonne humeur, si bien que certaines scènes de violence verbale et physique sont dédramatisées aux yeux de l’enfant. C’est comme ça ! Ce qui est naturel pour le père est naturel pour l'enfant, qui avoue même y trouver du plaisir quelques fois. Ça ne veut pas dire que l'auteur devenu adulte pense la même chose. Mais la critique est bienveillante. Il prend ses parents tels qu’ils sont, avec leurs travers et leurs défauts, et les décrit avec une certaine distance, sur le mode humoristique. D’ailleurs, le graphisme n’épargne personne, même le si bel enfant. Le père, malgré une certaine sensibilité, cumule les défauts et les maladresses, et peut nous paraître odieux, de même que le comportement violent de son maître à l’école, mais je ne trouve aucun racisme dans ce livre. C’est une histoire vécue, tout simplement, et retracée à travers le regard d’un enfant. On sent que le fils assiste impuissant à l’évolution de son père, tiraillé entre ses opinions antireligieuses du début et son retour à la tradition, comme dans la scène de la circoncision. J’ai donc bien aimé ce livre, même si j’ai trouvé qu’il manque un peu de consistance. C’est dû sans doute à mon inculture en matière de bande dessinée.
J'ouvre aux trois quarts.
Henri
Que vais-je bien pouvoir dire ? Je lis peu de BD. Le titre L'Arabe du futur annonçait quelque chose de décalé par rapport aux poncifs qu'on a sur les Arabes. Je n'ai pas trouvé ce décalage. Pourquoi ne lui coupe-t-on pas ses cheveux blonds ? La Lybie de Kadhafi est assez bien représentée. Le dessin sert le texte. J'aime les oiseaux sur les fils de barbelés. On attend de voir le point de vue de l'auteur dans une sorte de retournement. Mais on attend. J'ouvre à moitié. Peut-on l'ouvrir à n'importe quelle page et le relire avec plaisir, ce qui est mon critère ? Pour moi c'est non.
Jacqueline
J'ai été interpellée par le titre. Je n'ai jamais pu l'emprunter en bibliothèque, j'ai lu finalement le premier tome puis les autres qui appartenaient à mes petits-enfants. C'est complètement addictif. Le tome 1 m'a bien plu, j'ai trouvé beaucoup de choses intéressantes et notamment le parti pris du décalage des cultures. J'ai lu les autres avec plaisir, mais ça tourne un peu au système. C'est écrit pour le public. Il y a un décalage de civilisation, mais c'est écrit pour nous les Parisiens. Je ne suis pas choquée par un côté raciste par exemple, les enfants le traitent de juif, mais ce sont les enfants dans la guerre ! J'ai été très sensible à l'histoire du père. Il n'exprime pas de jugement négatif sur lui. Dans quoi est-il pris ce père, il a mis ses espoirs dans son fils qui est l'Arabe du futur. Ça se lit très bien. J'ouvre à moitié/à moitié+.
Françoise
Je veux connaître la différence entre BD et roman graphique, car je ne la vois pas. Riad Sattouf a un côté addictif. Le père c'est un connard fini. Certes on peut lui trouver des circonstances atténuantes, même s'il est coincé dans sa culture raciste antisémite. On attend de savoir quand la mère va le quitter. Il y a une violence permanente entre enfants, entre adultes : les instits, vis-à-vis des animaux et en même temps il y a l'humour. L'ambiance est très bien restituée avec le recul que Sattouf a acquis qui fait que c'est drôle. J'attends le cinquième avec impatience. C'est un talent qui accroche le lecteur. J'aime beaucoup les BD, mais je place Guy Delisle au-dessus ; je préfère à la fois son graphisme et le fond très informatif ; mais les deux projets sont totalement différents. J'ouvre aux trois quarts.

(Pour répondre à la question de Françoise, voici des différences entre roman graphique et bande dessinée ICI.)
Katell
Beaucoup de choses ont été dites. J'aime bien les BD et les romans graphiques. J'ai trouvé le tome 1 de L'Arabe du futur en bibliothèque. L'auteur a beaucoup de talent et vit dans une famille hors norme dont il fait des choses. J'aime les dessins de Pompidou, j'aimerais de grandes images. Le père est un vrai connard des années 70, la mère est une mère des années 70 qui ne disait rien. C'est très addictif. Pour moi Satrapi est au-dessus. J'ouvre trois quarts.

Claire
J'ai lu les 4. J'aimerais après qu'on reparle du message "provocateur" de Lisa. Pour moi c'est un livre pour le groupe lecture (un ou plusieurs tomes).
J'ai aimé qu'il y ait plusieurs points de vue, plusieurs voix : quand on est au ras de l'enfant, quand tout à coup on a petit exposé documentaire ; je trouve ça très fluide, bien mêlé. J'aime les petites phrases calligraphiées en commentaire avec une flèche…

Etienne
Ça c'est sa marque !

Claire
J'aime les passés simples en "âmes".
(suivent des citations de Nathalie sur l'impropriété de l'emploi du passé simple suivi immédiatement d'un passé composé)
Claire
Ça fait une rupture réussie. Très vite j'ai aussi pensé à Marjane Satrapi dont je trouve le dessin plus esthétique : là les personnages sont moches, le môme (le plus beau du monde) est moche de chez moche, la grand-mère a un bec, etc. Mais c'est extrêmement expressif : par exemple là (Claire montre sans qu'on puisse le voir un dessin), le môme allongé jouant aux petites voitures pendant que les adultes se disent des choses gravissimes et on comprend tout ce qu'il sent). Le projet ? Mais c'est comme Annie Ernaux - il s'extrait du monde de son enfance dont il sera à des années-lumière culturelles ; c'est fort comme La place qu'on a lu. Je trouve les personnages tous attachants, père compris. La mère, j'adore : oui elle est dépendante matériellement, mais elle a une forte personnalité, le père la craint à certains moments, elle est étonnante. Tu parlais Jacqueline de bienveillance : oui, il n'y a pas de jugement.
Je trouve les albums plus riches que ceux de Satrapi, disant plus de choses autour de sa propre histoire.
(Désapprobations grommelées assez nombreuses...)
Monique
J'ai lu 3 tomes sur les 4. J'aime bien cette analyse à hauteur d'enfant, il décrit ce qu'il voit sans porter de jugement, mais sans concession. Sur un ton anecdotique, c'est la confrontation entre une culture européenne et une culture arabo-musulmane. C'est très fort.
Le dessin lui-même est intéressant, expressif, efficace en ne mettant l'accent que sur l'essentiel ; mais j'ai moins aimé la composition des planches, monotone et austère, ainsi que la monochromie. C'est le seul bémol que je mettrai au plaisir que j'ai eu à lire ces albums.
(J'ai apprécié la mise en page d'un autre album de Sattouf, Ma circoncision.)
Dans le 1er tome, on découvre la Lybie de Kadhafi avec ses portraits partout, où l'approvisionnent dans les magasins est étonnante avec parfois que des bananes, où les logements n'ont pas de clés... Ces descriptions légères et comme anodines sont intéressantes. Lors de la découverte du village natal de son père en Syrie et la famille de celui-ci, il décrit avec force et densité les gens qui l'entourent. Il porte un regard critique mais plein de tendresse sur son père. Sa mère est en retrait, même si elle sait par moments dire ce qu'elle pense.
Dans le deuxième tome, qui couvre la première année d'école en Syrie (1984-1985), le ton est le même, c'est bourré d'anecdotes croustillantes, drôles ou émouvantes. L'auteur porte un regard à la fois critique et attendri sur la société et l'enfant qu'il était. Il raconte les faits sans porter de jugement (violence faite aux femmes, pauvreté, antisémitisme...) et sans mièvrerie, avec la candeur et la brutalité de son âge. Des anecdotes à la fois touchantes, drôles et intéressantes. Il fait preuve d'autodérision. Il note les contradictions du monde qui l'entoure. C'est plein d'un humour distancié. Riad a gagné en assurance, il a des copains ; il a appris à se préserver des insultes de ses camarades et à éviter les coups ; il a trouvé son équilibre entre ses cousins.
Dans le tome 3, on ressent l'écart qui se creuse entre les parents de Riad. Elle, moins effacée, n'aspire qu'à rentrer en France et offrir une vie plus décente à ses enfants ; elle oscille entre colère terrible et déprime profonde. Lui, a d'autres projets, il réinvesti même les aspects les plus visibles de l'islam, lui qui se proclamait athée dans les volumes précédents. Ouvrage moins léger que les précédents. C'est la fin de l'innocence enfantine ! Riad Sattouf démontre encore son talent pour rendre compte des observations et ressentis d'un enfant avec candeur mais sans mièvrerie. C'est instructif, parfois émouvant et souvent drôle. Toujours très juste, en tout cas. J'ouvre en grand.
Etienne
La BD c'est ma culture, comme la littérature. L'Arabe du futur, j'ai beaucoup aimé, c'est une très belle œuvre. J'aime le contexte historique, qui m'intéresse beaucoup, le panarabisme, l'utopie laïque des années 70-80 de l'Arabe du futur. C'est aussi la double culture avec donc un tiraillement pour l'enfant. Les personnages sont très bien construits, le père, la mère taiseuse et qui d'un coup explose. Avec le quatrième tome, c'est l'épanouissement du personnage de la mère. Le dessin n'est pas esthétique, mais très efficace. C'est plus dans le réel que Marjane Satrapi. Il a un talent de croquis, avec le détail un peu moche. Et la cruauté du monde des enfants. J'ai un bémol pour le numéro trois, il a trouvé la formule qui gagne ! Le quatrième c'est un renouvellement : Riad devenant adolescent, le père et la mère se transforment. J'ouvre aux trois quarts.
Manuel
Je suis un fan inconditionnel de Riad Sattouf depuis L'Arabe du futur. Le livre m'a beaucoup fait penser à Marjane Satrapi. C'est aussi une autobiographie avec en filigrane l'histoire des pays arabes : le Libye, la Syrie. En quelques vignettes, on comprend la situation complexe en Syrie (p. 70 vol. 1). Je suis du même avis que Claire, les personnages sont attachants. Riad est bienveillant, il raconte je pense fidèlement son enfance entre la Lybie, la Syrie et la Bretagne. Avec la figure du père, je me suis souvenu d'Annie Ernaux et La place. Le père est coincé dans son déterminisme social et culturel. Il est antisémite, raciste malgré son séjour en France. Il est un thésard médiocre, mais malgré tout il n'a pas changé. La violence des enfants en Syrie est physique alors qu'en France elle est morale. Chaque volume est riche de rebondissements. Contrairement à toi Henri, je peux l'ouvrir n'importe où et le relire avec plaisir. Je n'ai pas compris l'avis de Lisa. Est-ce qu'on ne peut plus raconter une certaine réalité ? J'ouvre trois fois en grand.
Nathalie
J'ai lu la BD avec beaucoup de plaisir, mais pour moi ce n'est pas un livre pour le groupe lecture. Je ne peux pas le voir comme une œuvre littéraire à part entière. D'autant plus que seul le premier tome était programmé et que je n'y vois pas l'intention de l'auteur. Je suis très étonnée (au sens propre) par la réception de cette œuvre par le grand public et j'essaie de comprendre ce que le lecteur peut y trouver. On pourrait établir une comparaison avec la réception de Persepolis qui inaugure un genre à part entière ; L'Arabe du futur en reprend certains codes et pour moi, ça perd de son intérêt. Je n'avais donc jamais eu envie d'acheter. Donc ma question est bien de comprendre pour quelles raisons on aime lire cette œuvre. Je retiens le portrait du père qui agit de façon très violente, c'est un sale con mais ce qui est intéressant c'est que la façon dont il est montré reste neutre et il me semble (en tous les cas dans le tome 1) que l'auteur-narrateur ne commente pas les actions du père ; mais pour moi, la mère est tellement silencieuse que c'en est gênant. Il ne lui donne presque aucune place dans ce tome. Quel est le projet de Sattouf ? Comment faire acte d'écriture autobiographique en réduisant ainsi la place de la mère ? S'il fait découvrir un monde qu'on ne connaît pas, vu à sa façon "réductrice", qu'est-ce qui emballe dans cette lecture ? Que découvre le lecteur dans ce texte ? Ce qui me gêne, c'est cet enthousiasme qui pourrait faire croire aux lecteurs qu'ils savent quelque chose de général sur ce monde, ce moment historique et qu'ils oublient de prendre en compte le filtre de la subjectivité. Ce que montre Sattouf c'est une vision en forme de "longue vue" propre à l'enfance, propre à l'adulte qu'il est devenu, on ne peut pas le prendre pour argent comptant. Ce n'est pas "LA Libye", ce n'est pas "LA Syrie", mais une Libye, une Syrie à une époque précise, un endroit précis, et dans une famille particulière. Et je crains moi que les lecteurs généralisent... Et je répète que ce n'est pas un livre pour le groupe lecture parce qu'en fin de compte on n'a pas grand chose à dire à part "raconter" ce qu'on y a trouvé !! Et donc, du narratif..... J'ouvre ¼.

Danièle
En tout cas, il y a débat. C’est donc bien un livre pour le groupe lecture.

Claire
Je pense comme Danièle, quel bon choix pour le groupe lecture ! Quant à LA Libye, LA Syrie..., Sattouf n'a pas réalisé un documentaire, mais une autobiographie. Pour ce qui est de ce que nous en disons, peut-être notre manque d'expérience concernant le partage de lectures graphiques joue-t-il ?

Manuel
Je conseille d'aller voir l'expo à Beaubourg.

Claire
J'ai vu l'expo et je pense qu'on peut s'en passer. Ce qui m'a le plus intéressée, ce sont les films (extraits de ses films, entretiens avec lui ou avec des spécialistes – tout ça on peut le trouver sur Internet). Si, ce qui est intéressant c'est de voir comment il conçoit ses histoires : ce n'est pas un scénario ensuite illustré ; il fait ensemble dessin et texte, la planche s'écrit au fur à mesure. Et par ailleurs, je trouve l'homme extrêmement sympathique et intéressant, nuancé. C'est pour ça que je trouve le point de vue de Lisa incompréhensible.

Discussion sur le racisme du livre selon Lisa. D'abord glose sur son avis : trouve-t-elle que c'est le livre ou l'auteur qui est raciste ? Nous relisons le passage et concluons c'est l'auteur.

"Cette BD est addictive : je veux savoir ce qui va se passer !
Mais... je le trouve profondément et absolument raciste. Si cette BD avait été faite par Zemmour, tout le monde aurait crié à la provocation à la haine raciale ! Son nom lui donne un passe-droit, mais ce n'est pas parce qu'on est à moitié arabe qu'on a le droit d'être raciste. Quel mépris transpire dans ces pages ! Aucun arabe n'a de qualité : tous antisémites sexistes racistes méchants, rien pour plaire. Cette BD est un tract pour le front national."

Nous tombons d'accord sur le fait que le livre peut apporter de l'eau à un moulin. Quel moulin ? Il peut renforcer des stéréotypes, mais en cela échappe à son auteur. L'auteur écrit une autobiographie et rend compte de ce qu'il a vécu, sans présenter une généralisation. Nous ne voyons pas de racisme de l'auteur dans le livre. Aucun mépris. Mais nous admettons que la vision du contexte (celui vécu par l'enfant) peut faire plaisir à certains, voire faire jouir ceux-ci. Nous concluons donc par deux questions :
- de quoi jouis-je ?
et
- qui jouis-je ?
...

Lisa (découvrant nos avis)
Effectivement, mon message n'était peut-être pas clair. Je ne juge pas l'auteur dans sa globalité, dans sa vie, etc. Mais dans cette œuvre je le trouve raciste. Si on me demande des phrases exemples de racisme, je ne trouve pas ça pertinent. Tintin au Congo est jugé raciste, pourtant on ne trouve pas de phrases disant "les noirs sont inférieurs". Il n'y a pas besoin de phrases, le dessin, et ce qui est montré suffit. Tout comme Black et Mortimer Le secret de l'espadon. Un exemple quand même : la saleté des personnes (les adultes ont des mouches qui leur tournent autour, de la morve, etc., entre autres).
Manu dit que j'ai rien compris... Bon, c'est pas parce que nos avis sont différents que j'ai rien compris.
Je suis tout à fait d'accord avec Nathalie : "Ce qui me gêne, c'est cet enthousiasme qui pourrait faire croire aux lecteurs qu'ils savent quelque chose de général sur ce monde, ce moment historique et qu'ils oublient de prendre en compte le filtre de la subjectivité." Elle a mis des mots sur ce que je ressens : les lecteurs français qui disent "c'est super de découvrir la Syrie, la Lybie", en faisant de ce bouquin une généralité. Et effectivement, là je suis d'accord avec vous, ça échappe à l'auteur.


QUELQUES REPÈRES SUR RIAD SATTOUF

Famille : Né en 1978 à Paris d'un père syrien et d'une mère française, il est, par sa grand-mère maternelle, issu d'une famille de Terre-neuvas et descendrait du corsaire et capitaine au long-cours Vincent François Tranchant (1769-1854).
Enfance : Il passe son enfance en Libye et en Syrie où il reçoit une éducation musulmane dans une école de village. À l'âge de 12 ans, il revient en France avec ses parents, d'abord au cap Fréhel chez sa grand-mère maternelle, puis à Rennes après le divorce de ses parents.
Études : Il poursuit ses études jusqu'au bac à Rennes, puis entre à Nantes dans une école d'arts appliqués, avant de réussir le concours d'entrée à l'École des beaux-arts de Rennes. Il entre à l'École Pivaut et par la suite à l'École des Gobelins, dans la section animation.
Œuvres : BD (albums et presse : de 2004 à 2014 il publie chaque semaine dans Charlie Hebdo "La Vie secrète des jeunes") et cinéma (scénariste, réalisateur, compositeur, acteur, producteur).
Parcours : pour parcourir avec lui sa vie/son œuvre à l'occasion de la sortie du tome 4, voir un entretien vidéo publié par la librairie Mollat ICI (39 min) ou un bel article de Elodie Drouard analysant le phénomène sur le site de France Info avec plein de photos et d'extraits des albums.

CE QUI NOUS A DÉCIDÉS...

Outre la sortie du tome 4, c'est L'EXPOSITION "Riad Sattouf, l'écriture dessinée" à la BPI du Centre Pompidou (du 11 novembre 2018 au 11 mars 2019).
Pour montrer les facettes et les évolutions d'un travail graphique et narratif complexe, l'exposition est organisée en trois parties :
1. L'observation du réel : le journal de Riad Sattouf sur plusieurs décennies a une valeur sociologique
2. L'art graphique de Riad Sattouf : ses maîtres et son style propre
3. L'autobiographie dessinée : L'Arabe du futur
On peut consulter UN DOSSIER du magazine de la BPI De ligne en ligne avec en particulier :
- un article d'Haude Rivoal, sociologue, sur le genre, les codes de la virilité chez Riad Sattouf : "Bolos et beaux gosses"
- le point de vue des éditeurs de Sattouf : "Riad Sattouf et les éditions Allary : passé, présent et futur"
- "Riad Sattouf en 5 bandes dessinées" : Les Pauvres Aventures de Jérémie, Retour au collège, La Vie secrète des jeunes, L'Arabe du futur, Les Cahiers d'Esther.

Et voici un entretien savoureux avec Riad Sattouf sur l'exposition : “Les bibliothèques sont parmi les lieux que j’aime le plus au monde”, par Éric Delhaye, Télérama, 11 décembre 2018.

 


 

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :

à la folie - beaucoup- moyennement - un peu - pas du tout
grand ouvert -
¾ ouvert - à moitié - ouvert  ¼ - fermé !

 

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