Laterna magica, Folio, 1991, trad. du suédois par Lucie Albertini et Carl Gustaf Bjurström, 384 p.

Quatrième de couverture :

Lorsque Bergman jette, comme ici, un regard sur sa vie, c'est un homme profondément marqué par une éducation rigide et par une imagination débordante qui parle. Mais c'est surtout un homme de spectacle : à la fois directeur de théâtre et réalisateur de films, il a vécu dans la fièvre, entre moments de grâce et échecs. Il s'exprime sans complaisance dans ses jugements, qu'il s'agisse d'inconnus, de vedettes - telles que Laurence Olivier, Greta Garbo ou Herbert von Karajan, avec qui il a travaillé -, ou de lui-même. Mémoires, ou plutôt antimémoires, "confessions" modernes, ce livre témoigne de blessures et de crises, mais aussi de rêves et de bonheurs, et il foisonne de souvenirs d'un étrange rayonnement.


Première édition

Gallimard, 1987, 336 p.

Ingmar Bergman (1918-2007)
Laterna magica (1987)

Nous lisons cette autobiographie de Bergman pour le 28 mai 2021.

Autour du livre
  Quelques repères chronologiques
Potins
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Radio  

Livres
Une pièce

Presse sur le livre

QUELQUES REPÈRES CHRONOLOGIQUES utiles pour lire le livre

Quelques dates :
- 1918 : naissance à Uppsala, au nord de Stockholm, dans une famille protestante
- 1946 : sortie de Crise, premier d'une quarantaine de longs métrages (et d'une trentaine de téléfilms)
- 1957 : Le Septième sceau, prix du jury à Cannes en ligne ICI
- 1958 : Les fraises sauvages, Ours d'or à Berlin
- 1961 : Oscar du meilleur film étranger pour La Source
- 1963-1966 : dirige le Théâtre royal dramatique de Stockholm ; il mettra en scène plus de 40 pièces dans sa carrière
- 1972 : Cris et chuchotements
- 1973 : Scènes de la vie conjugale
- 1976 : affecté par une affaire de fraude fiscale (il sera innocenté), il s'exile à Munich, où il réalise son film sur la genèse du nazisme, L'Œuf du serpent
- 1982 : 4 Oscars (dont celui du meilleur film étranger) pour Fanny et Alexandre. Abandonne le cinéma pour se consacrer à la télévision et au théâtre.
- 1997 : unique lauréat de la Palme des palmes du Festival de Cannes
- 2003 : retour à l'écran avec Sarabande, son dernier film
- 30 juillet 2007 : mort en solitaire sur l'île suédoise de Fårö.
Wikipédia présente de façon très détaillée son parcours et ses œuvres.
Le site officiel de la Fondation Bergman : www.ingmarbergman.se

LES POTINS utiles pour suivre les rencontres dans le livre

Et les femmes ?
En plus de ses 5 mariages, Bergman a eu des relations amoureuses avec les actrices Harriet Andersson, Bibi Andersson et
Liv Ullmann (9 films avec elle) avec qui il a eu une fille : Linn Ullmann, romancière (voir ses livres chez Actes sud).
Bergman a eu 9 enfants, dont la plupart ont fait carrière dans le cinéma. Il a épousé toutes les mères de ses enfants, à l'exception de Liv Ullmann.
Ainsi, s'est-il marié :
- en 1943 avec Else Fisher, danseuse, divorce en 1945 ; ils eurent une fille Lena Bergman, actrice (dans plusieurs films de Bergman)
- en 1945 avec Ellen Lundström, danseuse, divorce en 1950, ils eurent quatre enfants : Eva Bergman, réalisatrice, Jan Bergman, réalisateur et acteur, les jumeaux Mats Bergman et Anna Bergman, tous deux acteurs
- en 1951 avec Gun Grut, journaliste, danseuse, traductrice (notamment d'Andric que nous avons lu : Andric lui-même pensait que les traductions de Gun Bergman avaient contribué à la décision de lui décerner le prix Nobel... ), divorce en 1959, ils eurent un enfant : Ingmar Bergman Jr.
- en 1959, tandis que naissait sa fille de la femme qu'il épousera en dernier, avec Käbi Laretei, pianiste, et divorce en 1969 ; ils eurent un enfant Daniel Bergman, réalisateur
- enfin 1971 avec Ingrid Von Rosen, jusqu'à son décès en 1995 ; ils eurent une fille, Maria von Rosen qui découvre à 22 ans que Bergman est son père...

Et les enfants ?
- Bergman, qui a eu neuf enfants : J'ai eu un jour une dispute avec l'un de mes fils. Je lui avais dit "je sais, j'ai été un très mauvais père." Il m'a alors balancé : "Quoi! Un mauvais père ? Tu n'as pas été un père du tout." D'un autre côté, je suis très ami avec mes enfants. Pour mes 60 ans, ma femme avait décidé de tous les réunir à Fårö (petite île en mer Baltique, au sud-est de la Suède, où Bergman vit retiré, ndlr). Ils connaissaient à peine l'existence des uns et des autres. Depuis, ils ont découvert qu'ils s'appréciaient. Et maintenant, pour mon anniversaire, que je sois là ou pas, ils viennent à Fårö. Comme ce genre d'arrangement m'est pénible, ils font un bon repas tandis que je mange mes quenelles de poisson.
- Malou von Sivers, journaliste suédoise : Pourquoi tant d'enfants, si c'est pour ne pas s'en occuper ?
- Bergman: Il n'y a pas eu d'enfant planifié. Ils sont arrivés, c'est tout. Ce sont tous des enfants de l'amour au plus haut point. J'ai été élevé à une époque où insuffler la mauvaise conscience était une part de l'éducation. Et j'ai décidé de ne pas avoir mauvaise conscience, que c'était de la coquetterie. Mais cela n'empêche pas le sentiment de culpabilité. En même temps, j'avais décidé de devenir le meilleur au monde dans ma profession, qu'il ne devait y avoir aucune limite à mes conquêtes. Tout cela se tient : mon sentiment de fiasco total sur le plan humain et ma volonté de compenser en devenant aussi bon que possible professionnellement. Cela s'est traduit par une manière de vivre stricte, avec beaucoup de minutie, de ponctualité, de sobriété, etc., ce qui était infernal pour mes collaborateurs, car j'exigeais la même chose d'eux. (Libération, 12 avril 2000).

TÉLÉVISION

- Ingmar Bergman, scènes de la vie suédoise, Invitation au voyage, Arte, 2019, 16 min : les lieux où a vécu Bergman.
À l'occasion du centenaire de la naissance de Bergman en 2018 :
- Ingmar Bergman en 9 minutes, Blow Up, l'actualité du cinéma (ou presque), ARTE (très bien fait !)
- L'incontournable Ingmar Bergman, Vendredi 14h-Les coups de cœur d'Audrey Pulvar, e-cinéma, avec Jane Magnusson, réalisatrice de Ingmar Bergman, une année dans une vie, N. T. Binh, critique et auteur de
Ingmar Bergman ; le magicien du Nord, et Nicolas Saada, cinéaste et grand admirateur de Bergman.
- Pourquoi le réalisateur suédois fascine autant, Story classique, OCS Géants, en 5 min

RADIO

Deux émisssions très intéressantes :
- Ingmar Bergman : de l'exploration des gouffres à la mémoire européenne, Signe des temps, par Marc Weitzmann, France Culture, 9 septembre 2018, 45 min : avec Margarethe von Trotta, Antoine de Baecque... : retour sur un grand cinéaste qui a exploré les gouffres intimes et innové dans les formes.
- "Laterna magica", ou le "rêve de cinéma" d'Ingmar Bergman, Ça peut pas faire de mal, France Inter, par Guillaume Gallienne, 27 octobre 2018, 49 min.

LIVRES

Homme de théâtre, de cinéma, de télévision, Bergman a aussi publié des livres.

Scénarios
C
hez Robert Laffont :
- Œuvres, en 1962, regroupe les scénarios de Sommarlek, La Nuit des forains, Sourires d'une nuit d'été, Le Septième Sceau, Les Fraises sauvages et Le Visage
-
Trilogie, en 1964, rassemble les scénarios de À travers le miroir, Les Communiants et Le Silence.


Les autres scénarios (et tous les autres livres) sont publiés ensuite chez Gallimard, pour la plupart traduits par
Lucie Albertini et Carl Gustaf Bjurström :
- Scènes de la vie conjugale, 1975
- L'Œuf du serpent, 1975
- Face à face, 1976
- Sonate d'automne, 1978
- Cris et chuchotements suivi de Persona et de Le Lien, 1979
- De la vie des marionnettes, 1980
- Fanny et Alexandre, 1983

Mémoires et autobiographies
- Laterna magica, 1987
- Images, 1992

Romans et récits
- Les meilleures intentions, 1992
- Enfants du dimanche, 1995
- Entretiens privés, 1997

Théâtre
- Le cinquième acte, 1997

Quelques livres sur Bergman
Du plus récent au plus ancien :
- Abécédaire Ingmar Bergman A-Ö, collectif, Carlotta éditions, 2020
- Ingmar Bergman et le national-socialisme hitlérien, Anatoly Livry, Alba Leone, 2020
- Fårö, une nuit avec Ingmar Bergman, Joëlle Varenne, Balland, 2019
- Scènes de la vie familiale : Ingmar Bergman, Raphaël Yung Mariano, L'Harmattan, 2017
- Ingmar Bergman, Jacques Mandelbaum, Cahiers du cinéma et Le Monde, 2008
- En présence d'un clown de Ingmar Bergman, Jean Narboni, Bruxelles, Yellow Now, 2007
- Ingmar Bergman ; le magicien du Nord, N. T. Binh, Découvertes Gallimard, 1993
- Conversation avec Bergman, Olivier Assayas et Stig Björkman, Cahiers du cinéma, 2006 (1re éd. 1990)
- Ingmar Bergman, Denis Marion, Gallimard, 1979.

C'est après sa mort que sa fille, Linn Ullmann, a publié en 2015 Le Registre de l'inquiétude (Actes sud) : père et fille parlaient de ce projet depuis des années, écrire ensemble un livre sur la vieillesse...

UNE PIÈCE à partir de Laterna magica

Le livre a été adapté à la scène par Dorian Rossel, Compagnie STT de Genève a été joué à Avignon en 2019 ; voir présentation ICI.

PRESSE sur le livre Laterna magica

- "Bergman : mémoires de désespoir", Anne de Gasperi, Le Quotidien de Paris, 6 février 1988
- "Le chantre de la sensibilité occidentale", Olivier Barrot, Le Monde, 5 avril 1988
- "Bergman : écrits et chuchotements", Figaro littéraire, 29 février 1988
- "Bergman sans cinéma", Serge Daney, Libération, 9 mai 1991

Et voici l'avis de Woody Allen qui, dans un article de Libération du 1er octobre 1998 (traduit d'un article du New York Times Book Review), dit son amour pour les films de Bergman avant que de parler du livre...

O.K., et maintenant son livre. On y parle beaucoup de problèmes gastriques. Mais c'est intéressant quand même. C'est spontané et anecdotique. Ce n'est pas chronologique comme devrait l'être le récit d'une vie. Car il y a de tout dans la vie de Bergman : des contes étranges et des moments de tristesse. Exemple de conte étrange : quand il était jeune homme, Bergman s'est retrouvé enfermé dans une morgue où il a été fasciné par le corps d'une jeune femme nue. Cas de tristesse : "Ma femme et moi nous vivons à côté l'un de l'autre. L'un pense et l'autre répond. Je n'arrive pas à nous trouver d'affinités. C'est un problème insoluble. Un jour le couperet tombera et nous séparera pour de bon." Mais le livre laisse de côté un certain nombre de points, là où on aimerait qu'il nous en dise plus. Ses films, par exemple. Enfin, j'exagère, il n'est pas tout à fait exact de dire qu'il n'en parle pas du tout, mais si on considère qu'il en a réalisé plus de quarante, il en dit très peu. Il ne parle pas de ses femmes non plus. Pourtant il en a eu beaucoup (des enfants aussi mais il les mentionne à peine), en particulier Liv Ullmann, la mère d'un de ses enfants, qui a vécu avec lui de nombreuses années, et qui a longtemps été la star de ses films. Mais comme il ne parle pas beaucoup non plus de ses acteurs...
Alors qu'est-ce qu'il y a dans ce livre ? Beaucoup de révélations poignantes, en particulier à propos de son enfance et de son travail au théâtre. On y apprend qu'il dessine chaque scène avant de la réaliser. Il raconte aussi de manière très émouvante comment il a dirigé Anders Ek, un de ses acteurs atteint de leucémie et qui exploitait sa propre peur de la mort pour incarner un personnage de Strindberg. Bergman adore le théâtre, c'est sa vraie famille. En fait, la famille adorable et chaleureuse de Fanny et Alexandre symbolise le théâtre pour Bergman (ce n'est pas dans le livre mais je le sais). Il écrit par contre sur ses maladies ("J'ai souffert de diverses maladies et je n'ai pas encore décidé si j'avais vraiment envie de vivre") et sur ses faiblesses corporelles : "Dans tous les théâtres où j'ai travaillé, j'ai toujours exigé d'avoir mes propres toilettes." Il parle aussi de sa dépression qui a suivi le fameux scandale de ses impôts. En 1976, Bergman, fut arrêté comme un malfaiteur en plein milieu d'une répétition, et traîné au commissariat pour fraude fiscale. Le fait qu'il soit innocenté d'avoir délibérément fraudé le Trésor public n'a pas empêché les autorités suédoises de se comporter avec lui de manière brutale et grossière. Bergman, en pleine dépression, fut hospitalisé et s'exila plus tard en Allemagne, humilié et furieux.
L'image qu'on garde de Bergman à la lecture de ce livre est celle d'un être profondément émotif, et qui ne s'adapte pas facilement aux contraintes de ce monde cruel et froid, mais qui reste un très grand professionnel, et bien sûr un génie absolu dans le domaine des arts dramatiques. Dans la traduction de Joan Tate, il apparaît aussi que Bergman écrit bien. J'ai avalé chaque page, mais je suis assez mauvais juge étant donné ma fascination pour cet artiste. En tout cas, j'ai eu du mal à croire qu'il avait déjà soixante-dix ans. Dans son livre, il se rappelle qu'à l'âge de 10 ans, on lui avait offert une lanterne magique qui projetait des ombres sur les murs. Cette lanterne a été le point de départ de son amour du cinéma. Maintenant qu'il est mondialement connu et retiré du cinéma, il écrit ces quelques lignes : "Mon fauteuil est confortable, la pièce douillette, il fait sombre, déjà une première image apparaît, tremblante, sur l'écran. Tout est calme, le projecteur ronronne doucement. Les ombres bougent, et me regardent. Soixante ans ont passé, mais la passion est intacte."

Woody ALLEN, traduction Marie COLMANT
©The New York Times Book Review/Libération


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
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