Zéro K
, Scribner, New York, 2016 ; Actes Sud 2017, trad. Francis Kerline, poche Babel 2019, 304 p.


Américana


L'ange Esmeralda


Bodyart


Bruit de fond


Chien galeux


L'étoile de Ratner


Great Jones Street


L'homme qui tombe


Joueurs


Les noms


Mao II


Cosmopolis


Outremonde


Point Oméga


Le silence

Don DELILLO

Nous avons lu cet auteur pour le 10 septembre 2021, le nouveau groupe parisien pour le 3 et le groupe breton pour le 16.
Chacun a lu au choix parmi ses nombreux romans chez Actes Sud, dont un livre commun à
tous : Zéro K (publié en 2016 aux USA, en 2017 en France).

 

RÉACTIONS et COTES D'AMOUR
des 37 LECTEURS des 3 GROUPES
ManuelRenée
Annick A CindyJacqueline
Monique L
Sylvie Yolaine  
EntreetChantal
ChristelleChristine •Danièle Édith Etienne
FannyMonique LNathalie R
Entre et Catherine
Ana-CristinaAnnick LClaire
FannyGenevièveLauraManuelRozenn
Françoise DFrançoise HInès
Jean
LauraMargotMonique MNathalie BSéverine

N'ont pas ouvert, ou vite refermé... :
Brigit
teDenis Lisa Marie-Thé Olivier Valérie



En début d'année dernière, nous avons eu 4 semaines en présence, jusqu'à la mi-octobre. Ensuite, ce furent 15 séances en visio, avant des retrouvailles pour une journée Flaubert à Rouen. Cela faisait donc 11 mois que nous n'avions pas eu une séance "habituelle", voici donc...

NOS 20 réactions dondelilliennes
(la cote d'amour peut différer pour une même personne selon le livre lu)
ManuelRenée
Annick AJacquelineMonique L 
Christelle  •Danièle EtienneFannyMonique LNathalie R
Entre et Catherine
Annick LClaireFannyGenevièveLauraManuelRozenn
Françoise D
LauraSéverine

N'ont pas ouvert, ou vite refermé... : •BrigitteDenis Lisa

Séverine, à Dinard
Bonnes retrouvailles ! Si mes lectures croisent les vôtres, je ne manquerai pas d’envoyer mon avis. Pour DeLillo, pas la peine de le faire, j’ai stoppé ma lecture il y a longtemps et n’ai pas eu envie de la reprendre. Je n’ai pas compris l’intérêt de cette histoire qui s’avérait pourtant fort engageante. Je ferme.

Jacqueline
Radical ton avis ! Tu n'as pas été tentée d'en essayer un autre d'un auteur si prolifique ? Pour moi Bruit de fond a été une très bonne porte d'entrée.

Denis, en Bourgogne
Ça fait plaisir de voir le groupe redémarrer dans ses aises traditionnelles... Je n'ai pas lu DeLillo. J'ai essayé... impossible.

Lisa, en cours d'installation en Suisse
Zéro K ne m’inspirait pas du tout… mais j’ai acheté Joueurs et je ne l’ai pas encore lu… c’est entre autres pour ça que je ne suis pas venue. Je pensais avoir le temps de le lire et finalement je suis bien occupée par le déménagement…
Rozenn, hélas au lit
Lu laborieusement à moitié. Pas envie de finir. Impression d'un puzzle dont il manque des pièces. D'un labyrinthe énervant. A priori ce que je croyais être le thème m'intéressait. Bon… loupé pour moi.
J'aurais bien aimé vous écouter.
Avant, lu Le silence. Déçue par rapport à la critique que j'avais lue. Et il ne m'en reste guère de souvenirs.
Passez une bonne soirée. Restez prudents.
Geneviève, normande ce jour
Je viens de finir Zéro K dans le train. Soyons clair : je me suis vraiment accrochée. Il m'a fallu une bonne centaine de pages pour commencer à comprendre qui était qui et où. A partir de là j'ai commencé à trouver un intérêt à la lecture mais sans jamais pouvoir me projeter dans un personnage. Je dois reconnaître que l'écriture crée des images frappantes, de plus en plus d'ailleurs notamment dans les représentations de la guerre. Mais c'est pour moi un univers trop désincarné et j'avoue être soulagée d'avoir fini et de pouvoir me plonger dans des lectures plus substantielles... Bonne soirée à tous.
Monique L
(Zéro K)
Cette lecture a été une expérience déroutante mais captivante.
J'ai bien apprécié la première partie. Je n'ai pas compris l'intérêt de la seconde partie et la place d'Emma et de Stak dans ce récit.
C'est un roman philosophique sur la déshumanisation. Ce n'est ni de la science fiction, ni de l'anticipation. On est vraiment dans le présent. L'auteur admet la cryogénisation comme une évidence et fait évoluer ses protagonistes dans ce nouveau monde sans jamais apporter de jugement. La recherche de l'immortalité en est le thème central ce qui renvoie aux questions essentielles du sens de la vie, du pouvoir de l'argent, de l'inéluctabilité de la mort.
Ce qui m'a frappée, c'est surtout l'atmosphère qui règne dans ce centre de recherche et le mystère qui s'en dégage. Ce qui est troublant c'est que l'univers y est réaliste. C'est un univers glacé, déshumanisé, effrayant. On y croise des scientifiques, des simili-religieux, des "accompagnants", tous dénués d'empathie, comme robotisés. Le récit est très visuel : l'architecture complexe du centre, les vidéos effrayantes du monde extérieur, la vision des corps "encapsulés" et flottants.
Le monologue de la conscience d'Artis m'a vraiment intéressée. Le narrateur Jeffrey cherche depuis toujours à échapper au modèle de son père qui l'a élevé dans un grand dénuement affectif et spirituel. Il mène une vie solidement ancrée dans le présent et nous accompagne dans notre découverte de cette utopie de la cryogénisation de personnes pour qu'elles reviennent plus tard en humains augmentés. Il réfléchit à ce qu'est la vie, la mort, notre société d'aujourd'hui, les guerres, le désastre écologique, bref tous les maux de notre société qui, éradiqués, pourraient permettre une société plus juste. Ce roman interroge sur la place de la mort et sur ce que pourrait être l'humain augmenté, sur le triomphe de la technologie sur le sentiment, sur les aléas de la vie surveillée. J'ouvre le livre à ½.
Monique L (Le silence)
C'est un livre qui traite de la peur du silence lorsque l'on est face à quelqu'un. Cela amène parfois à dire n'importe quoi pour le combler, comme ce mari qui, alors que sa femme écrit dans l'avion à côté de lui, répète à voix haute les indications relatives au vol. Chacun parle mais nul n'écoute, comme si on n'avait rien d'intéressant à se dire ou qu'on ne savait plus s'écouter.
Face à l'arrêt de toutes communications électroniques, DeLillo nous décrit l'hébétude des personnages que l'inhabituel de la situation plonge dans une sorte de vide qui fait peur. Chacun parle mais personne n'écoute. Les conversations ne sont que des monologues qui n'attendent aucune réponse. Le comportement de l'un des personnages, qui commente un match imaginaire devant son poste de télé en panne, est d'une incroyable éloquence. Les cinq personnages de ce roman ont pris l'habitude de ne plus écouter les autres et cela donne des dialogues décalés. Cela amène à une réflexion sur le monde d'aujourd'hui. Cela nous incite à nous déconnecter un peu, à revenir à soi, à écouter les autres et réapprendre la valeur du silence, à prendre de la distance avec le flot d'informations en continue… Le risque de l'hyper-connexion est de se déconnecter de ses semblables et de ne plus partager nos émotions. Savoir faire taire les écrans pour retrouver le silence permettant de réfléchir calmement et de nous retrouver face à nous-mêmes.
Ce petit livre court se lit très facilement et m'a fait comprendre le cheminement compliqué de DeLillo pour traiter un sujet. J'ouvre le livre aux ¾.
Nathalie, de Nantes
Tout d'abord, bonsoir à toutes et à tous. Je suis bien contente que les rencontres reprennent en présentiel et qu'on puisse de nouveau boire un verre tout en bavardant littérature ! Alors, pour la première fois depuis que je participe, il m'est arrivé un truc incroyable : j'ai perdu le livre ! Cela fait quinze jours que je cherche à remettre la main dessus sans succès. J'en ai lu les ¾ ! C'est-à-dire que je me suis arrêtée après le renoncement du père à passer de l'autre côté et au tout début de l'ellipse temporelle qui démarre deux ans plus tard. De toute façon, je peinais à le finir car il m'a plongée dans une profonde période de réflexion et une tristesse infinie qui ont pourri la partie de l'été où je l'ai lu. C'est donc peut-être tout simplement un acte manqué ? Heureusement pour moi, j'avais décidé de m'y consacrer après avoir lu tout un tas d'autres romans faciles et jouissifs.
Pour en revenir au roman de DeLillo, je suppose que je vais avoir du mal à le mettre en perspective puisqu'il m'en manque un bout et que je n'ai pas eu accès à la conclusion. Ma pause dans la lecture n'était cependant qu'une pause pour prendre une respiration et j'espère bien pouvoir remettre la main sur ce foutu bouquin.
C'est une lecture ardue ! J'ai rencontré une pratiquante de DeLillo qui ne semblait pas déstabilisée par cette écriture complexe et surtout cette difficulté que j'ai eue à essayer de me créer des images mentales (lieux et personnages). Les descriptions sont souvent fastidieuses et ne correspondent pas à des lieux que nous pouvons facilement nous représenter. J'ai donc pris le parti de ne pas chercher à comprendre la géographie du roman : il me reste cependant une succession de portes, d'écrans et de capsules transparentes et une idée d'immensité qui semblait être une steppe ou un désert. Je me suis donc plutôt concentrée sur le propos. Il est d'actualité. On sait dans quel état la prolongation de l'espérance de vie peut dramatiquement nous plonger. Manger de la compote tout en regardant d'un œil torve "cataracteux" l'écran grésillant de la salle de convivialité n'a rien d'engageant. Et j'espère de tout cœur que d'ici vingt ans, il nous sera permis de mettre une fin à nos vies de façon décente et autonome. Ce roman est intéressant également car il pose de nombreuses questions : Que faire de sa vie et quand l'arrêter ? Que faire de sa vie à la perte de l'être aimé ? Ces questions me semblent relier une réflexion sur plusieurs temps : celui qui n'existe pas encore, le temps révolu et le temps présent et éternel.
La projection futuriste de DeLillo fait suite à un temps au cours duquel on a pu demander à certaines femmes de suivre leur époux dans la mort (en Inde). Il s'inscrit également dans un temps présent et éternel celui du temps romanesque où l'on se suicide pour le suivre dans la mort.
Éros et Thanatos : les deux fils conducteurs auxquels on peut ajouter le pouvoir de l'argent et la folie de la manipulation scientifique. Bref, une lecture qui interroge ! Et à chacun de répondre en son for intérieur. Il procure également une réflexion sur le deuil, qui, dans notre société, est complètement nié et rayé de la carte sociale, (ce qui m'afflige profondément !) et totalement différent des rites de deuils en Afrique subsaharienne (je renvoie à un article qui peut intéresser sur les rites de veuvage: "Nullement proportionnés à l'intensité de l'affection pour le défunt et exécutés indépendamment d'autres rites funéraires, les rites évhé du veuvage semblent destinés à prévenir des réactions d'auto-accusation dépressive liée au sentiment de ne pas avoir rempli ses devoirs envers le disparu").
J'ai été bouleversée par le passage de cette sorte de d'esprit Sisyphe sans douleur qui pense sans réussir à savoir ce qu'il est, où il est, et qui semble plongé dans une répétition infinie. Un passage de torture et de frayeur absolue pour moi. Car nous sommes nés plus ou moins avec l'idée que la mort nous apaisera de tous nos doutes existentiels et là, dans cette manipulation atroce plus ou moins volontaire et consciente, voici que la prolongation d'une sorte de conscience de vie devient un cauchemar perpétuel. Ça a été le pic vertigineux de ma lecture. L'effet en est donc réussi : il ne m'a pas laissée indifférente.
En conclusion, j'ai eu une lecture très lente pour deux raisons : la difficulté à me représenter les actions, les lieux, et le besoin de réfléchir très souvent à ce qui était proposé. Je ne suis pas sûre de vouloir lire un autre roman de cet auteur.
J'ouvre à moitié. Bonne soirée !
Catherine, entre et
Je regrette évidemment de ne pa
s être parmi vous ce soir ; je reviens dès que je gambade à nouveau...
Globalement, j'ai un problème avec cet auteur que j'avais pourtant très envie de découvrir et qui me laisse finalement perplexe et plutôt déçue. Je dois être imperméable à son génie ou alors c'est trop touffu et chaotique pour moi.
J'en ai lu trois :
- Je commence par Zéro K puisque c'est le livre commun. J'aurais assez envie de dire qu'il m'a laissée de glace, mais ça ne serait pas drôle du tout.
Le désir de survie à tout prix, l'homme augmenté, les milliardaires qui investissent leur fortune dans l'espoir de l'immortalité, c'est tout à fait d'actualité mais c'est aussi assez rebattu. C'est l'occasion dans le livre de discussions et digressions philosophiques niveau lycée assez lassantes, le comble étant les phrases d'Artis rassemblées de la page 171 à la page 177 (je pense que je suis quelqu'un. Qu'est-ce que ça signifie d'être qui je suis, etc. etc. etc.)
En revanche, j'ai aimé tous les passages et descriptions consacrés à la Convergence, les écrans, les nacelles... C'est très cinématographique, j'ai aimé l'écriture de cette partie. Je n'ai pas été touchée ni convaincue par les personnages qui me paraissent très artificiels (Jeffrey qui cherche des définitions à tous les mots et attribue des noms aux personnages qu'il croise, le fils ukrainien adopté qui finit kamikaze..), de même que la fin du livre d'ailleurs. Je l'ouvre entre ¼ et ½.
- J'ai lu aussi L'homme qui tombe, qui a pour toile de fond les attentats de 2001 (c'est plutôt d'actualité aussi). Celui-là m'a beaucoup intéressée, au moins au début. Je l'ai lu au début de l'été et il ne m'en reste finalement pas grand chose à part là aussi des images très marquantes, du personnage qui erre dans les décombres et la fumée, de la descente infernale des marches, des personnes qui tombent des fenêtres, du comédien qui se jette de divers bâtiments dans les semaines suivantes... Mais pour le reste, idem, impossible de m'intéresser aux personnages et à leur histoire. Il y a une atmosphère, mais ça part un peu dans tous les sens. Je suppose que c'est voulu mais ça ne me touche pas et au bout d'un moment ça m'ennuie.
- Je finis par Le silence : un des plus récents et des plus courts (une centaine de pages). L'idée initiale est aussi assez sympa, un grand bug réduit tous les écrans au silence aux USA. Mais à part cette idée, pas réellement originale non plus, le livre est vide. Il ne se passe à peu près rien; les personnages sont à peine ébauchés. Pour donner une idée à ceux qui ne l'ont pas lu, ça démarre avec un couple dans un avion, l'un des deux répète en boucle toutes les informations données par l'écran de vol. Et c'est vrai qu'on a très envie de le réduire au silence. L'avion atterrit en catastrophe; le couple retrouve tant bien que mal des amis réunis dans un appartement pour regarder le superbowl. Ils sont hébétés devant leur télévision toute noire et se mettent eux aussi à bugger complètement. C'est la troisième guerre mondiale, les extraterrestres, on ne sait pas, ça n'est pas l'objet du livre. J'imagine que c'est censé illustrer notre société abreuvée en permanence d'informations, notre dépendance aux écrans et l'absence de communication des individus et patati et patata, mais au fond c'est très réchauffé et sans grand intérêt ni sur le fond ni sur la forme assez décousue.
J'avais acheté Outremonde, mais j'ai craqué au vu du nombre de pages et je ne l'ai pas lu pour l'instant.
Je suis malgré tout contente d'avoir lu cet auteur ; peut-être que la plage ne m'a pas aidée à l'apprécier à sa juste valeur. J'attends donc vos avis pour m'éclairer. Bonne soirée.
Jacqueline(en chair et en os comme ceux qui suivent...)
J'avais lu Zéro K dès qu'on en a parlé dans le groupe. Je pensais, alors, fortement à Ubik de Philip K. Dick que je venais de relire, un autre roman de cryogénisation qui m'avait laissé autrefois une forte impression. Zero K avait une atmosphère différente, beaucoup plus ancrée dans une observation sociologique. Son univers, tout aussi inquiétant, était moins paranoïaque, en tout cas la paranoïa s'y situait ailleurs... Comme je ne connaissais pas du tout l'œuvre de DeLillo et que je découvrais son importance, j'ai proposé qu'on élargisse en en faisant un auteur de l'été… En pleine découverte, j'ai emprunté et un peu lu L'homme qui tombe qu'une amie de mon fils lui avait recommandé et qui se passe le 11 septembre,
Cosmopolis
, une histoire de golden boy survolté qui m'évoquait un peu American Psycho, mais, là aussi, plus ancrée dans le réel... Body Art que je n'ai pas eu le temps de finir mais où assez rapidement il est question de mort et de deuil…
Je suis partie en vacances pour des projets très familiaux. J'emportais Bruit de fond (le premier de ses romans à avoir eu du succès) qu'un voisin avait providentiellement mis à disposition dans l'entrée de mon immeuble... C'était une histoire de prof, milieu qui m'est moins étranger que celui des traders ou des galeristes... J'emportais aussi Zéro K puisque c'était une lecture commune dont il me restait beaucoup d'images. Mais en dehors de la cryogénisation, j'avais quasi tout oublié de l'intrigue…
En fait, je suis sensible à cette capacité d'imagination de DeLillo, imagination au sens littéral de créer puis décrire des images à partir de situations tirées du réel. Je peux être prise dans ce défilé d'images qui va me donner un plaisir de lecture et l'envie de poursuivre. J'y reconnais des choses familières. Même s'il ne m'en reste ensuite que des vagues impressions…
Le narrateur de Bruit de fond qui venait de la publicité (comme DeLillo, je crois) a obtenu de créer une chaire universitaire sur Hitler. Après quelques mariages, il mène une vie heureuse et équilibrée avec leurs nombreux enfants… Je l'ai lu d'autant plus facilement que j'y retrouvais un milieu plus familier avec cette capacité de DeLillo à évoquer avec précision des choses vues, ici la vie quotidienne américaine, les supermarchés, une petite université.... j'y vois peut-être une parenté avec le Perec des Choses.
Ensuite, j'ai pris encore plus de plaisir à ma relecture de Zéro K qui s'éclairait des correspondances que j'y trouvais :
- l'irruption de l'imprévu : dans Zéro K, c'est la demande de rapprochement du père et la cryogénisation, dans Bruit de fond ("bruit blanc" en anglais), c'est un nuage toxique… ; dans les deux romans, le récit appartient à un narrateur "naïf" qui fait un pont entre cet imprévu et le lecteur : le spectateur attentif dans Zéro K, un américain moyen dont le monde lisse va être fissuré dans Bruit de fond ;
- un questionnement sur la "recherche" ou l'avancée scientifique : le nuage polluant accidentel et un médicament qui supprimerait la crainte de la mort dans Bruit de fond, l'éventuelle possibilité de supprimer la mort elle-même alors que les écrans rendent la violence partout omniprésente dans Zéro K ;
- le couple uni ou chacun exprime sincèrement que survivre à l'autre lui paraît impossible (en lisant cette déclaration, je pensais à André Gorz dont nous avions lu Lettre à D.). Dans Bruit de fond, il semble y avoir symétrie de cette déclaration mais elle va être brisée au cours du récit. Dans Zéro K, le narrateur n'est pas directement impliqué. Il n'y a pas symétrie puisque Artis est condamnée. Le père retarde une réalisation dont il a tout fait pour la rendre possible... ;
- des personnages d'enfants que je trouve particulièrement significatifs dans le récit :
›dans Bruit de fond, ils sont nombreux. Chacun occupe harmonieusement une place très différente dans cette heureuse famille recomposée. Le plus jeune, par sa seule présence comble le narrateur. Deux s'avèrent particulièrement révélateurs : un jeune ado raisonneur qui questionne les présupposés de ce monde lisse et une petite fille attentive, inquiète que sa mère puisse être dépendante à des médicaments...
›dans Zéro K, cet enfant "étranger" adopté, qui, comme le narrateur, refuse le monde qui lui est proposé. Jusqu'à la fin, il restera une énigme mais viendra donner un poids de terrible réel au défilé incessant d'images sur les écrans…

Ces deux romans m'ont permis d'apprécier l'écriture de Don DeLillo et sa capacité à me montrer des aspects de notre civilisation. J'ai envie de lire Le silence. J'irai certainement voir les films qui ont été tirés de ses romans : Cosmopolis de Cronenberg et À jamais de Benoît Jacquot tiré de Body Art... J'ouvre aux ¾.
Laura et
J'ai lu au début de l'été
Zéro K et Cosmopolis. J'ai commencé par Zéro K, l'histoire me paraissait engageante, intéressante, bien qu'un peu dans le style Ubik. L'idée de lire de la science fiction me plaisait. J'ai donc commencé la lecture très enjouée, refusant de m'arrêter sur ce qui me déplaisait, le style d'écriture notamment, que j'ai trouvé un peu direct. Mais finalement je m'y suis faite. Donc j'étais enjouée : qui plus est, je suis tombée sur quelques réflexions philosophiques venant d'Artis ou d'autres : réflexion sur l'art p. 58 ; sur le moi et le masque p. 75 ; et je crois bien qu'il y en a une sur la perception autre part. C'étaient de petites réflexions, mais si justes et sans prétention que j'ai été charmée ; au point de me dire que je pourrais peut-être rendre un mini-mémoire à la fac : "Don DeLillo et la philosophie" ou "La philosophie de Don DeLillo", bien différents comme sujets mais brefs. Sauf que. Tout s'est effondré. Déjà, parce qu'en cherchant sur internet j'entends une émission France Culture m'expliquant pourquoi Don DeLillo fait de la philo pour lycéens. Donc mon ego en a pris un coup. Ensuite, parce qu'une fois qu'Artis a disparu, je me suis ennuyée. Mais alors… pfff. J'ai même des difficultés à me rappeler la suite de l'histoire. Tout m'a paru stagner d'un coup, et je suis sortie de mon illusion. Le personnage a beau retourner aux USA, j'ai l'impression qu'il ne bouge pas, qu'il ne se passe rien. Il y a bien des dialogues, mais j'ai eu une impression de vide. J'ai vraiment eu le sentiment que l'auteur s'était lui-même essoufflé de son histoire en cours de route. J'ai terminé le livre en espérant du mouvement, mais je me suis vraiment forcée. Donc pour Zéro K j'ouvre ¼ pour le début et son effet un peu surprenant.
Ensuite, je me suis lancée dans
Cosmopolis dont j'avais déjà visionné l'adaptation de Cronenberg. Je me souviens un peu du film, ce qui a pollué mon imaginaire au cours de la lecture. Tout comme Zéro K, je partais avec un espoir, des attentes, qui ont été déçues. Encore une fois je me suis ennuyée. Je me suis demandé quel était l'intérêt d'écrire une histoire sur un type riche qui se rapproche du monde d'en bas sans le vouloir et pourtant reste aveugle. J'ai été choquée par ses deux ascenseurs (quelqu'un sur Terre possède vraiment ça chez soi ??), je me suis amusée de la monnaie en rat ; amusée à imaginer l'acteur Robert Pattinson se faire examiner par le médecin en voiture. Mais c'est tout, encore une fois. Et pire, je n'ai plié aucune page, ce qui est mauvais signe. Après réflexion j'ai vraiment l'impression que Don DeLillo aime écrire des histoires qui ne voyagent pas, ni physiquement, ni psychologiquement. Les personnages ont l'air de ne jamais évoluer. Et de fait, c'est très ennuyeux et lassant bien que ça puisse s'éloigner de la littérature commune (c'est une supposition, car en pensant à Oblomov, Don DeLillo a tout raté). Je ferme Cosmopolis.
Après, j'ai tenté L'ange Esmeralda, mais me suis arrêtée au premier chapitre. Je ne suis pas rentrée dans l'histoire. Déçue dès les premières pages.
Annick A

C'est un livre difficile à lire, assez hermétique. Avec beaucoup de répétitions et pas mal de phrases que j'ai trouvées parfois incompréhensibles et la deuxième partie du livre "Au temps de Kostiantynivka" avec Jeffrey et sa compagne est superflue. On est plongé dans un no man's land spatial et temporel sans repère. Mais malgré cette difficulté, j'aime assez ces romans qui me déstabilisent et me désorientent et je trouve ce livre très original par son écriture.
J'ai été intéressée par beaucoup d'aspects.

La réflexion philosophique sur le transhumanisme et l'immortalité, mais surtout par la place de la science.
Sa toute-puissance, très d'actualité. Ces milliardaires qui s'achètent un monde nouveau sont pris dans une croyance quasi religieuse où Dieu est remplacé par la science. Ce n'est pas les 72 vierges qu'ils recherchent quand ils mettent fin à leurs jours, mais un monde tout aussi illusoire d'un paradis où les hommes deviendront des surhommes et vivront heureux et en paix.

Le rapport entre l'art et le corps
"C'était du spectacle à l'état pur, une entité unique, des corps majestueux dans leur être chrionique. C'était une forme d'art visionnaire, du body art à longue portée." (p. 278). Cette réflexion sur l'utilisation du corps humain renvoie aux polémiques autour des expos d'art qui l'utilisent. Notamment l'expo "Our Body" de Pascal Bernardin sur le cycle de la vie et les mystères de l'organisme qui utilise des cadavres humains par plastination, technique de préservation du corps dépecé, fournis par des labos scientifiques chinois. Et en 2005 une œuvre d'un artiste chinois Xiao Yu exposée au musée des Beaux-Arts de Berne intitulée "Tête de fœtus corps de mouette" utilisant une tête de fœtus humain greffée sur un corps de mouette, conservé dans du formol qui a été interdite.

Le rapport à la langue et au langage
L'importance de la nomination chez Jeffrey qui a besoin de nommer les personnes pour leur donner une identité et les rendre vivants. Il leur invente une vie, nomination d'autant plus importante pour lui que son père a changé de nom.
Et chez les scientifiques qui visent la suppression totale des langues existantes, leur effacement, pour créer une nouvelle langue, créer des hommes nouveaux.

La relation père fils
Son père est milliardaire et avec son argent il peut tout se permettre et tout acheter. Il tient une place dans la société très importante. Il décide de renoncer à son histoire générationnelle en changeant de nom et est dans la toute-puissance en s'achetant la vie éternelle. Il est attaché à son fils et lui demande de l'accompagner dans sa démarche et veut lui léguer ses richesses. Jeffrey découvre tardivement ses origines. Il rejette ce père qui a abandonné sa mère et son mode de vie. Écrasé par cette puissance paternelle, il n'arrive pas à habiter sa propre vie. Cependant il est attaché à son père et accepte de l'accompagner dans sa démarche malgré son désaccord. L'analyse qu'il fait de la démarche de son père est intéressante.
"Mais était-ce seulement l'amour qui l'avait incité à la rejoindre ? Peut-être préférais je penser qu'il était mû par quelque sombre désir, un besoin d'être débarrassé de ce qu'il était et de ce qu'il possédait, dépouillé de tout, évidé de ses organes stockés , le corps calé avec les autres dans une colonie de nacelles. C'était cette même lame de fond d'auto - répudiation qui l'avait poussé à changer de nom, mais seulement plus profonde, plus puissante." (p. 157)

La dimension écologique
Les écrans qui montrent à répétition les actualités sur la destruction des hommes et de la planète m'ont fait penser à l'exposition sur Artavaz Pelichian à la Fondation Cartier ou était projeté son film Nature en noir et blanc. Durant une heure, des images glanées sur internet et retravaillées : film sans parole, d'un esthétisme magnifique, et où l'on voit le déchaînement de la nature et la destruction de l'homme et de son habitat.

J'ouvre aux ¾.

Brigitte
Je n'ai pas lu le livre en raison du titre, mais je suis venue retrouver le groupe.

Danièle
Comme Séverine, j'ai plusieurs fois failli lâcher le livre. L'étrangeté de l'ambiance, dans la première partie, curieusement, ne me séduisait pas. J'avais plutôt l'impression d'être dans un mauvais livre de science fiction, sans profondeur littéraire.
Puis tout a changé à partir du moment, vers la fin de la première moitié, où le père, Ross, revient sur sa décision de suivre sa femme dans la cryogénisation. D'abord c'était un soulagement pour moi qui aime les histoires qui finissent bien… Mais surtout, dans cette deuxième partie, j'ai été très intéressée par les passages visionnaires sur l'état de nos sociétés et de la planète. Parmi les catastrophes annoncées : disparition des forêts, raréfaction de l'eau, et tant d'autres qui commencent à être bien connues, mon attention a été attirée par la dernière de la liste, p. 138 : "propagation des virus sur de vastes étendues géographiques". Je me suis obligée à vérifier la date de parution du livre. Pas de doute, Don DeLillo fait preuve ici (encore une fois, me disent ceux qui ont lu les autres romans) d'un talent visionnaire et précède l'actualité ! D'ailleurs, plus loin dans le livre, il parlera des Talibans : "Comment se fait-il qu'ils soient si nombreux à échouer ici, ceux qui fuient la terreur et ceux qui l'appliquent ?"
J'ai aimé aussi, dans cette seconde partie, les réflexions sur le sens de la vie, de la mort, la cryogénisation comme suicide ou comme attente d'une nouvelle vie. L'attitude du narrateur m'a plu : discrètement sceptique sur les expériences de cryogénisation, et tenté de voir dans les organisateurs une bande de gourous assoiffés d'argent ou la réactualisation "des anciennes dévotions et superstitions". Mais il se montre aussi sensible à l'argument "de tenter de contrer un futur décimé". C'est sans doute d'ailleurs l'un des objectifs du roman.
Contrairement à la plupart d'entre vous, j'ai aimé le magnifique soliloque d'Artis Martineau, où, à mon avis, se rejoignent philosophie et poésie. "Suis-je quelqu'un ou sont-ce seulement les mots eux-mêmes qui me font penser que je suis quelqu'un." Ce raisonnement a quelque chose de cartésien, mais met en avant les mots, ce qui paraît être typique de l'auteur pour cerner une réalité.
Mon intérêt s'est de nouveau émoussé à partir du chapitre "Au temps de Kostyantynovka", avec son changement total de tonalité et de point de vue. On passe à la vie ordinaire, avec l'introduction de nouveaux personnages, tout en se demandant quel lien il y a avec le début.
Les passages suivants se passent de nouveau dans les couloirs de la Convergence, ce lieu isolé du monde où se pratique la cryogénisation. Et de nouveau surgissent des murs et du plafond des scènes vidéo et ses visions apocalyptiques de guerre évoquant la nécessité de quitter ce monde, marqué par la guerre et la violence. Comment ne pas penser au vidéaste américain Bill Viola dont les installations vidéo fascinantes provoquent à la fois effroi et admiration (vidéo ici et ). La question est peut-être de savoir lequel des deux a inspiré l'autre, ou si cette façon d'exposer les problèmes vient naturellement avec les nouvelles techniques.
À l'issue de ma lecture, je me suis demandé si le thème de l'art qui traverse tout le livre à travers les images proposées (beauté des corps sans vie promis à une vie future, visions apocalyptiques comme thèmes de réflexion…) n'était pas finalement un objectif en soi : faire de sa vie ou de sa fin de vie une œuvre d'art, comme le ferait un démiurge. Sans atteindre ce rêve (ou ce cauchemar ?), De Lillo nous donne du moins à voir de l'art et de la beauté dans tous les phénomènes.

Claire
Tout compte fait, “tu ouvres comment” ?
Danièle
J’en reste à moitié ouvert, à cause de l’ennui provoqué une trop grande partie du temps.
Etienne   
Je l'ai lu il y a trois mois et j'ai beaucoup oublié. C'est un espoir déçu pour moi, à partir d'un projet ambitieux qui me plaisait. Je garde une impression mitigée. Il y a beaucoup de sujets, mais cela manque de consistance. L'auteur ne se mouille pas beaucoup. Les personnages désincarnés sont préoccupés par la mort, ne vivent pas leur vie et le fils trouve sa part d'éternité dans la création de mots. La réflexion est intéressante, mais décevante. C'est un auteur un peu poussif quoique brillant. Il n'empoigne pas le lecteur. J'ouvre à moitié. Je reste sur ma faim.                        
Manuelet                               
J'ai lu et ouvert plusieurs livres. Zéro K m'a donné une impression d'ennui, avec une lecture laborieuse, il y a trop de thèmes, c'est du gloubi-boulga, avec trop d'épisodes qu'on ne relie pas à l'ensemble du livre. La science y devient une religion. J'ai traîné à le finir. Je n'ai pas compris le projet du livre.
J'ai lu aussi Point Oméga qui s'inspire d'une installation vidéo. J'ai adoré ce livre, passionnant, qui part d'une œuvre d'art en mouvement, le film Psychose étiré sur 24 heures, c'est magistral. Il y a une réflexion remarquable sur le temps.
J'ai délaissé Great Jones Street et quant à Cosmopolis c'est toujours noir et pessimiste j'ai arrêté la lecture. J'ouvre Point Oméga en grand et Zéro K ¼.

Fanny
 et        
J'ai lu Zéro K et Bruit de fond. Zéro K, je l'ai trouvé trop long, ennuyeux ; à quelques moments j'ai cependant apprécié l'écriture et mon sentiment est contrasté. Le monologue d'Artis est ridicule, pas crédible. Mais c'est un livre très visuel, il me reste des images. J'ai été frappée par cette vision de la mort aseptisée… Hasard : j'ai lu ce livre au cours d'un voyage en Pologne durant lequel j'ai été à Auschwitz, ce contraste dans la vision de la mort en a été d'autant plus saisissant…
Quant à la seconde partie du livre, j'ai trouvé très intéressante l'idée de poursuivre en racontant la vie de ceux qui restent tandis qu'Artis est morte ou à tout le moins en suspens. mais j'ai trouvé cela trop long, il y a à mon sens trop de digressions, en particulier lorsqu'il parle de l'adolescent fasciné par l'islam. Ce serait un autre sujet, j'ai trouvé que cela n'apportait rien au roman. l'auteur surfe, je trouve, sur trop de thématiques et reste trop superficiel dans sa manière de les traiter.
Zéro K, je l'ouvre à moitié.
Et quant à Bruit de fond, ce fut l'ennui, j'ouvre ¼. L'ennui reste dominant. J'ai essayé de trouver du sens, de comprendre l'intention de l'auteur, notamment lorsqu'il relate des échanges banals du quotidien, qui font justement que les personnages sont en vie, des êtres de chair. Mais il y a à mon goût trop de ces passages au fil des 460 pages. au moment où ils sont rattrapés par ce nuage toxique, mon envie qu'il se passe enfin quelque chose a provoqué chez moi une forme de plaisir sadique à la lecture (ils vont être intoxiqués, il va enfin y avoir de l'action)...
Françoise D
 
Je serai brève : j’ai commencé Zéro K qui m’est tombé des mains : c’est long, artificiel. Je n'ai pas accroché, n'étant pas du tout attirée par la science-fiction. je suis venue pour le plaisir de vous revoir.
Christelle
 
Je me suis forcée au départ, car j'ai un a priori négatif sur ce qui m'est apparu de la science-fiction. Les thèmes m'ont paru peu approfondis, mais ça ne m'a pas gâché les vacances.
(Rires)
J'ai aimé les descriptions de l'endroit, de l'atmosphère, c'est très visuel. J'ai eu du mal à comprendre cette ambiance sectaire : c'est du flan, ils soutirent de l'argent. Heureusement, il n'y a pas d'emprise sur le fils. C'est très inhumain : les personnages ne sont pas des humains. J'ai aimé la recherche de la place du fils par rapport à son père, mais je suis restée sur ma faim. J'ouvre à moitié Zéro K. J'ai commencé Le silence.
Claire
        
Un mot sur la science fiction, c'en est pas puisque ça existe déjà : ainsi en Arizona, grâce à une fondation "pour l’extension de la vie", 145 "patients" congelés attendent depuis des années déjà une hypothétique résurrection, voir ici).
J'ai lu pour ma part cet auteur progressivement... : un mince, un un peu plus gros... et puis celui que nous avions choisi... :
Après ça, j'ai découvert l'auteur, son parcours, ce qu'on dit de lui, etc. et voyant qu'il avait aussi une carrière au théâtre, j'ai lu deux pièces, Le mot pour dire neige suivi de La salle de jour. Oui, les thèmes sont intéressants, oui les premières pages sont formidables, toujours in medias res - pour faire ma pédante. Mais quel ennui ! De quoi ça vient donc ? Je n'y crois pas ; les personnages me semblent des marionnettes et les situations me semblent vite invraisemblables. En découvrant des pièces, je me suis dit que là, les personnages ne pouvaient rester sans chair : c'est pire !
N'est-ce pas l'équivalent de certaines installations ? Ne serait-ce pas du roman conceptuel ? Un carré blanc là, un roman blanc ici ! Et quand on lit ou entend les critiques, l'impression que j'ai est qu'il convient de l'admirer, le terme de difficile étant utilisé à la place d'ennuyeux.
On attendrait un auteur super intello avec un parcours à l'avenant, eh bien non, il sort d'un milieu d'immigrés italiens pauvre, un
parcours d'écrivain à l'américaine ; ça, ça calme.
En dépit du plaisir réduit, je suis contente d'avoir découvert cet auteur (toujours un plaisir) et ne regrette nullement l'expérience, surtout après vous avoir entendus (encore plus de plaisir).
Annick L
    
Je suis d'accord avec Claire. J'ai bien aimé l'évocation de ce lieu étrange et mystérieux au début du roman. Mais je me suis vite lassée car j'ai trouvé cette première partie bien trop longue... J'ai détesté le passage sur les cogitations supposées d'Artis, si artificiel. Et j'attendais un peu mieux du retour à la vraie vie du fils, mais non. Le roman ne fonctionne pas pour moi, les personnages sont désincarnés. C'est trop démonstratif cette réflexion sur les vertiges de notre société, les problèmes d'identité, le désir d'immortalité... qui plombe le récit. Ce fut un vrai pensum. J'ouvre ¼ (pour le début).
Renée

Zéro K, ce n'est pas une uchronie, ce n'est pas de la science fiction, le futur de Don DeLillo, c'est demain.
Ce livre est un questionnement sur notre époque qui idéalise la science et la technologie.
Je suis d'accord avec tout ce qui a été dit de positif sur ce livre dans lequel je me suis plongée avec délectation.
Je suis en empathie totale avec cet auteur ; il met en question les angoisses de tout être humain devant la finitude de la vie et les solutions absurdes proposées à des riches :
- fantasme de vaincre la mort
- critique des mirages de la science
- interaction homme-technologie (la cryogénisation + écrans qui rappellent les horreurs de la réalité : guerres, immolations)
- interaction homme-art : la Convergence est présentée comme une catacombe high tech, mais aussi comme une installation artistique
- petitesse de l'être humain par rapport à l'univers (eau qui ruisselle…)
- relations père-fils : nous étions "mange et dors", nous étions "apporte le costume de papa au pressing", "J'aimais lire des livres qui m'écrasaient, qui m'aidaient à m'affirmer, moi, le fils qui, en lisant de tels livres méprisait son père" : cette phrase est terrible et révélatrice !
- problèmes d'identité : changement de nom par le père ; d'où "est ce que je suis moi ?". Artis : "suis-je qui j'étais ?" Moi je pose la question : "serai-je qui j'étais ?" "Et serai-je encore un humain au réveil ?". Transhumanisme ?
Pour moi, Don DeLillo est un observateur attentif de notre société et il va à contre-courant des discours de l'idéologie dominante.

Claire
Quelle est cette idéologie dominante et en quoi va-t-il à contre-courant ?

Renée
Pour moi, il est un observateur attentif de notre société uniformisée, où l'argent et la bourse dominent le monde, où les armes sont en vente libre et accessibles à des enfants, et où les médias exploitent la naïveté des gens et leur tendance à privilégier "l'entre-soi" et l'égocentrisme... Don DeLillo dénonce tous ces phénomènes et appelle à résister contre eux.
Il est très concerné par l'art surtout celui qui est en rapport avec la violence. Dans Outremonde (le plus difficile à lire), Klara, performeuse, peint en plein désert un escadron de B52 lanceurs de missiles.
J'ai beaucoup aimé Cosmopolis qui est une tragédie classique. Unité de lieu : une voiture bureau-cabinet médical. Unité de temps : une journée de manifestation à New-York. Unité d'action : la mort annoncée du jeune golden boy.
Dans L'homme qui tombe, c'est la confrontation d'un peuple que se croyait invulnérable avec le MAL absolu. Le jeu de poker joue ici le symbole des enjeux mondiaux.

Annick L
Cette séance était vraiment particulièrement représentative de ce qu'est le groupe, avec cette diversité de points de vue qui éclairent notre propre lecture.

Claire
Après nous avoir tous entendus, Brigitte, as-tu envie de lire Don DeLillo ?

Brigitte
Pas du tout...


COTES D'AMOUR du nouveau groupe parisien
réuni le 3 septembre
Françoise H InèsMargot Monique MNathalie B
  Ana-Cristina

Christine   

N'ont pas ouvert, ou vite refermé... : Olivier Valérie

Françoise H
L'auteur met en place un dispositif très lourd pour nous mettre en face d'une réalité de cryogénisation pour une autre vie. Le narrateur attend, et nous avec, dans une atmosphère déshumanisée, techno, débarrassée de tout affect. L'auteur met en œuvre cette situation narrative pour nous faire comprendre ce que veut dire exister, c'est-à-dire être avec des personnes, faire l'amour... Il a l'outrecuidance de penser qu'il peut nous expliquer ce que veut dire exister. C'est une montagne qui accouche d'une souris. Il ne dénonce que des platitudes. Ça m'a fait un peu penser à 1984 de George Orwell avec des individus atomisés dans un univers déshumanisé. Ma lecture fut laborieuse. Je ferme.
Inès
Le thème abordé dans ce livre ne me plaît pas, voire me met très mal à l'aise. Je l'ai relié au transhumanisme. Je savais donc de prime abord que je n'allais pas apprécier ce livre. C'est ennuyeux, ennuyant. Le style et la lenteur de la plume ont achevé de me convaincre de le fermer. Il m'a fait penser à un roman que j'avais beaucoup aimé en revanche, La nuit des temps de Barjavel.
Monique M
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans cette histoire à l'atmosphère glacée, artificielle, morbide. Le livre m'est plusieurs fois tombé des mains. Impossible d'adhérer à cette supercherie que propose la "gouvernance" à ses patients : être placés dans des flacons éprouvette, réfrigérés à zéro kelvin, le cœur et les organes dans des vases séparés (on pense aux vases canopes des rites funéraires de l'Égypte antique), afin de renaître un jour avec "une vie d'une intensité lyrique sans commune mesure avec l'existence normale !" Comment croire à ça ? J'avais l'impression d'être dans une secte, un lieu étrange, perdu, désincarné, aux cellules obscures, aux couloirs interminables où circule un personnel mutique, des mannequins en tchador, où des écrans géants déroulent des scènes d'exactions plus horribles les unes que les autres, allant jusqu'au cannibalisme… Ce sont deux mondes parallèles, le monde d'aujourd'hui celui de l'argent (le père est gestionnaire de richesses, propriétaire de collections d'art, expert en finance, homme respecté, conférencier reconnu) et des désordres planétaire (climat, pollution, attentats, guerres…) et un monde à venir, créé de toutes pièces de façon artificielle dont rien ne dit qu'il sera meilleur. Tout le chapitre sur Artis qui s'interroge dans sa capsule sur son existence, m'a semblé insupportable, artificiel, convenu : "Suis-je quelqu'un ou seulement les mots qui désignent que je suis quelqu'un ?" Cette interrogation stérile revient en boucle ! Même chose avec Emma et son fils Stak faisant semblant de parler pachtoune avec le chauffeur de taxi. Et l'histoire du chat devant lequel il fallait parler à voix basse pour "ne pas le trahir !". Tout cela est inintéressant au possible et sent le remplissage inutile. Les pages 282 à 288 décrivent bien les exactions qui sévissent dans le monde en faisant alterner scènes d'émeutes, de combats, de kamikazes, avec des scènes d'exode de personnages hagards, estropiés, errant dans des paysages de ruines ; peut-être l'auteur en ressent-il une telle angoisse qu'il échafaude ce plan pour trouver un échappatoire, mais l'ensemble du livre est écrit dans un style journalistique basique sans chair, sans souffle susceptible d'accrocher le lecteur. Je n'ai eu aucun plaisir de lecture, juste la curiosité de savoir où il voulait en venir. Curieusement il y a ce revirement à la fin avec l'enfant qui pointe le doigt sur les rayons du soleil couchant qui, à Manhattan, entre deux gratte-ciel, inondent les rues. À part ça, c'est froid et peu convaincant. Je voulais ouvrir au quart, mais finalement je le ferme.
Margot
À fermer tout à fait et pour toujours. Très ennuyeux, très mal écrit, je ne comprends pas le succès de cet auteur qui n'a pas grand chose d'un écrivain. Ce lieu du nulle part où se tient le récit contribue à désincarner l'histoire. Volontaire sans doute. La sensation d'être en permanence derrière un écran et de ne jamais être en direct d'une vie réelle, est-elle aussi volontaire également ? Ce livre m'évoque l'obsession des GAFA (Microsoft et Google en tête) d'investir des milliards dans les recherches de cryogénisation et de vie éternelle. L'ouvrage m'évoque aussi le roman de Robert Antelme, L'espèce humaine, qui énonce que le plus grand crime des nazis n'a pas été de supprimer la vie des millions de déportés, mais de les priver de leur mort. Ici les personnages sont bien privés de leur mort. En échangeant vendredi soir, j'ai également réalisé que c'est la présence des jumeaux qui m'avait fait penser aux camps de la mort. (Deux petites jumelles, Eva et Miriam, roumaines, avaient été objet des horribles expériences du docteur Joseph Mengele au block 11 du camp d'extermination d' d'extermination d'Auschwitz.)
Nathalie B
Je n'ai pas commencé par Zéro K, ce qui explique peut-être que j'ai pu en lire plusieurs. J'ai commencé par Le silence, son dernier roman. Court roman. Qui ne m'a pas particulièrement emballée. Cela se passe dans un futur proche : 2022. Il arrive quelque chose, on ne saura pas quoi, qui a pour conséquence qu'un avion tombe, qu'il n'y a plus d'électricité, plus de téléphone, plus d'internet... Cinq personnes sont censées se réunir ce soir-là pour regarder un match de foot américain. Ce sont donc obligatoirement des amis mais on sait fort peu de choses sur leurs relations. Il y a un couple qui était dans l'avion, qui a quand même réussi à se poser. Ils ne sont pas blessés, mais en état de choc. Ils font au moins deux fois l'amour pour vérifier qu'ils sont bien vivants, une fois à l'hôpital où ils ont été amenés après l'atterrissage en catastrophe et une fois chez leurs amis qu'ils ont quand même réussi à rejoindre, semble-t-il avec beaucoup de difficultés. Les trois autres les attendent dans l'appartement d'un couple. Elle est professeur de philo. Son mari est féru de foot américain et le troisième est un des anciens élèves de la prof de philo devenu prof de philo à son tour. Le mari est catastrophé devant son écran noir qu'il ne quittera pas de tout le roman. Il fait même la retransmission du match qu'il ne voit pas (je reconnais, c'est un peu drôle). Sinon pratiquement aucun dialogue entre ces personnages qui n'ont rien à se dire à part des banalités ! Même les deux profs de philo ! Ce roman m'a aussi fait penser à Barjavel, Ravage. Mais j'ai vraiment aimé Ravage.
J'ai poursuivi par Point Oméga, que j'ai un peu plus apprécié. Ce sont deux histoires parallèles qui ne semblent avoir aucun lien entre elles : un homme à New York qui passe ses journées devant la projection au ralenti du film Psychose de Hitchcock (étiré au maximum sur 24 heures) sur écran géant. Aucun siège. Véritable exposition du plasticien Douglas Gordon. Ailleurs dans une région désertique, un type qui veut faire un documentaire sur un universitaire à la retraite, tente de le convaincre d'accepter sa proposition de film sur lui qui parlerait de ce qu'il veut, autant de temps qu'il veut, avec en arrière-plan un simple mur de briques. Il reste des semaines, sans succès. Il rencontrera la fille de l'universitaire qui disparaîtra sans qu'on sache s'il s'agit d'une fugue, d'un enlèvement..., ce qui désespère l'universitaire qui perd donc de son aura dans son désespoir. Les questions du temps, de l'espace et du peu de relations entre les uns et les autres sont posées. Le rythme est quand même intéressant. Mais bon, pas plus que ça.
J'ai quand même poursuivi avec Great Jones Street, que j'ai abandonné à mi-parcours tellement il m'ennuyait et ne m'intéressait vraiment pas. C'est un roman écrit dans les années 70 dont le héros est une rock star qui s'est retiré de la scène, épuisé par sa musique qu'il a amené au bout du bout de la déconstruction, du rien dire, du désespoir. Tout le monde s'attend à ce qu'il se suicide d'ailleurs. Lui sans doute aussi. Finalement non. Du moins à la moitié du récit. J'ai abandonné : le monde psychédélique du narrateur ne me parlait vraiment pas.
J'ai donc abordé très tardivement Zéro K. Dont je n'ai finalement pas eu le courage de lire plus de 30 pages. Je n'aime pas l'écriture de Don DeLillo qui m'avait été conseillé par une libraire. Il est reconnu comme un grand écrivain américain, il est d'ailleurs étudié à l'université. On le compare parfois avec Philip Roth, auteur que j'aime beaucoup. Mais moi, Don DeLillo me laisse froide et m'ennuie. Je n'aime pas son écriture sèche, le monde qu'il décrit sans chaleur avec des interactions humaines vides de sens. Je ferme.
Christine(avis transmis ainsi que les avis suivants)
J'avais écouté plusieurs podcasts sur DeLillo, j'attendais donc beaucoup de ce livre. Lecture facile et rapide mais décevante. Des poncifs sur les risques d'une vie éternelle, des litanies sur la fin de notre monde. Un homme qui doit nommer êtres et choses pour qu'elles existent. Mais Artis n'est plus que mots et doute de son existence. Une secte qui cryogénise des morts mais aussi des vivants. J'ouvre le livre à moitié.

Ana-Cristina
LA Super question : "À quoi sert de vivre si nous ne mourons pas tous à la fin ?" (p. 47). Amusant : "La mort est une habitude difficile à vaincre." (p. 82) Beaucoup d'humour. Belle idée : c'est le narrateur (Jeffrey) qui nomme les scientifiques de Convergence. Réflexion sur l'identité. Peut-être aussi sur le pouvoir de l'écriture ? Le romancier nomme. Les auteurs du nouveau roman supprimant les noms des personnages opéraient une révolution dans le genre romanesque. Ce site est une mascarade. (Définition sur Wikipédia : "une mascarade est, dans la culture occidentale, une manifestation festive au caractère satirique rassemblant des personnes masquées et déguisées.") J'en suis venue à ce terme car je ne pouvais pas prendre au sérieux tout ce qui s'y dit et s'y fait. C'est je pense l'effet recherché par l'auteur. Et c'est réussi. Ce lieu où l'on nie la mort est un cauchemar (cauchemar pas incompatible avec la mascarade). Son jardin est artificiel, "immuable". Je pense : pour ne pas mourir, une des solutions est de ne pas vieillir, voilà la solution ! Donc à l'image de ce jardin, il faut être "immuable" donc être en plastique. Toutefois, et voilà qui me rassure, "il y a des nuances" dans ce jardin (p. 144), provoquées par une partie de la nature que l'on ne peut pas répliquer, remplacer par un ersatz. Ouf ! Arrivée p. 100, mon attention devient flottante… Les réflexions finissent par être noyées comme un grain de riz dans un grand bol de soupe. P 121 : "Les moments ordinaires font la vie.", "J'inhale les détails bruineux du passé et je sais qui je suis." (p. 121) : oui, bon, d'accord…
Résumé de mes impressions : 20-30 premières pages : bof bof, puis humour : pas mal foutu. Sympathie pour l'auteur (petit détour par Internet pour l'entendre et le voir : sympathie augmentée). Puis le livre ne tient pas ses promesses. Je perds de vue l'humour. Je m'ennuie de plus en plus souvent. J'atteins le sommet de l'ennui avec "Artis Martineau" (p. 169) : ah la la stop ! Pitié ! Deuxième partie : ma lecture redevient supportable. De nouveau plongée dans "Convergence". Je suis hermétique, définitivement, à cet imaginaire que je trouve laid. Est-ce le but recherché ? Très très belles deux dernières pages. Elles sont ma récompense pour avoir lu le livre jusqu'au bout. Conclusion : Jonathan Coe était au programme de VAC en 2018, avec Testament à l'anglaise. J'avais détesté au point de n'avoir pas pu aller au-delà je crois des 30 premières pages, me promettant de ne plus jamais approcher cet auteur. Eh bien, je viens de lire Billy Wilder et moi et j'ai eu du plaisir à le lire (je vous le conseille). Je n'ai pas aimé Zéro K, mais je l'ai lu en entier, alors peut-être, dans l'avenir, cryogénisation ou pas, j'aimerais certains de ces livres… à la folie. J'ouvre ¼.

Valérie
Zéro K m'a laissée de marbre. Je n'ai pas accroché et n'ai lu que 80 pages. Je n'ai pas d'avis.

Olivier
Ayant déjà lu l'auteur qui ne me plaisait pas, j'ai préféré ne pas lire le roman c
hoisi.


COTES D'AMOUR du groupe breton réuni le 16 septembre
CindySylvie Yolaine  
Entre
etChantal 
Édith Suzanne
Claire (immigrée d'un jour)
Jean

A vite
refermé... Marie-Thé

Marie-Thé
Je ne serai pas des vôtres : l'univers morbide de Don DeLillo ne m'intéresse pas.
L'homme qui tombe, sur le 11 septembre, m'a un peu tentée, mais m'est vite tombé des mains. Je vous souhaite une bonne séance.
Chantal, entre et        
Je l'ai "expédié" la première semaine de juillet pour avoir des vacances tranquilles. Certaine que j'oublierais tout très vite. Je n'aime pas l'histoire, l'univers, l'atmosphère, je n'aime pas grand chose et je ne comprends pas tout des personnages que je juge tarés ou malades... Oui; mais en septembre je me dis : tout de même ce Don DeLillo, quel talent ! Pour que ces personnages soient toujours là dans ma tête, pour que je "vois" Jeffrey errer dans ces couloirs sans fin, avec des portes qui ouvrent sur nulle part. Ce bâtiment au fin fond du Kazakhstan je le vois, je vois ces films catastrophe qui défilent sur des écrans géants... cette Artis en attente de cryogénisation...
Et surtout je sens le froid dans les lieux, dans les gens... et dans le fond de l'histoire que je ne peux prendre pour de la fiction puisque des expériences de ce type existent ou sont envisagées par les transhumanistes, avec d'autres tout aussi terribles...
Où se cache ce talent ? Les mots qu'il adore, la puissance des descriptions, l'architecture des bâtiments est vraiment présentée en professionnel.
Les personnages, ils ont des sentiments... oui, mais ils restent pour moi de glace comme les statues dans le jardin... même quand ils vivent à New York...
Voilà. Je l'ouvre donc entre ½ et ¾ et j'attends vos avis !
Cindy
(avis transmis en navigation pleine mer !)
Après L’homme qui tombe, j'ai retrouvé Don DeLillo et Zéro K avec curiosité et plus de difficultés à le lire dans les toutes premières pages à cause de cette histoire de mort programmée…
Don DeLillo n'est peut-être pas un auteur à lire en été, saison propice aux lectures plus légères et douces, et encore moins en navigation hauturière. Mais je me suis accrochée au livre, bercée par la houle.
Je me suis attachée à l'auteur, ex-publicitaire qui a choisi de ne plus travailler à 35 ans pour se consacrer à l'écriture, à décrire comme ici tous les travers d'une société, avec une histoire digne d'un roman de science fiction. Je me suis posé la question : qu'aurait-il écrit à d'autres époques beaucoup plus troublées ?
Les 50 pages ont été éprouvantes, mais je me suis dit : allez, va au bout ! Don DeLillo aime les mots, mais ici les mots égratignent, l'écriture est dure, corrosive et si belle, et plaquée avec le cadre et l'histoire de cette famille. Le père milliardaire avec une deuxième femme plus jeune (un peu cliché) qui choisit de la "cryogéniser" par amour. Et là Don DeLillo nous plonge dans un univers étrange entre la mort et la vie éternelle. Dans ce temple de non retour, on a pour guide le fils de passage, en visiteur, pour dire au revoir à Artis. Quel bel échange avec elle :
Vous pensez au genre de monde dans lequel vous allez retourner ?
Je pense à des gouttes d'eau.
(p. 25)
À travers ces couloirs gris aux portes en couleur, il est en quête d'amour et de reconnaissance auprès de ce père si éloigné de lui. Il y rencontre des personnages fantasmagoriques avec lesquels il échange :
Vous rencontrez le froid, l'humidité de l'air, le manque d'espace ?
Je regarde à travers vous
.
Et à propos du père : "Accordez-lui la dignité du choix. Oubliez son argent. Il a une vie qui dépasse les limites de votre expérience. Reconnaissez-lui le droit au chagrin" (p. 136).
Au fil des pages, Jeffrey nous apporte (ouf) un peu d'humanité et de réalité dans ce monde de fou ! Ça fait du bien de le suivre plus loin dans la seconde partie dans un quotidien et une vie normale avec Emma et son fils : "Si je n'avais pas Emma, que verrais-je en me promenant au hasard dans les rues" (p. 213) Cette deuxième partie du livre a apporté à ma lecture du plaisir et des réflexions philosophiques. Il y a aussi de beaux passages "amoureux" dans le quotidien avec Emma.
Mais aussi au tout début : "À quoi sert de vivre si nous ne mourons pas à la fin ?" (p. 47)
J'ai beaucoup aimé l'échange avec Stak p. 232 : "seul l'homme existe. Les pierres sont, mais elles n'existent pas (…) Dieu est, mais il n'existe pas."
L'auteur veut finalement nous dire que le progrès technologique ne constitue pas une solution à la vie éternelle en étant congelé et là on peut sourire (tout comme la religion dans son esprit). Don DeLillo pose aussi des questions que nous nous posons tous : Qui sommes-nous ? Qui y-a-t-il après la mort ?…
Je ferme le livre avec des envies de relire certains passages, car on y puise un vocabulaire et une écriture d'une grande beauté littéraire.
Pour moi Don DeLillo est à lire dans un parcours littéraire ! Moi deux fois avec L'Homme qui tombe !

Sylvie
en direct (comme pour les suivants)
Au début, je n'ai pas aimé du tout.
Mais j'ai ensuite compris qu'il s'agit de parler de la mort pour mieux parler de la vie.
J'aime bien le fils, ce fils qui apporte de la couleur. Il s'agit d'un livre sur le temps.
Je n'ai pas trouvé cela froid, glacial, comme l'a ressenti Chantal. Et c'est bien écrit.
Je ne l'ai pas terminé, mais pour l'instant j'ouvre aux ¾.
Jean

Je ne conseillerai pas de lire ce livre. Pourquoi d’ailleurs parler d’un livre qui ne m’intéresse pas ! Un livre qui a des prétentions philosophiques sur la mort. Et des prétentions scientifiques sur la cryogénie. Ce livre n’élargit aucunement ma façon de penser. Il est dérisoire.
Suzanne
Avec L’homme qui tombe, dès les premières pages, on voit qu’il a saisi quelque chose de ce que les personnes ont vécu dans leur parcours d’épouvante, sans plus aucun repère.
Avec Zéro K, j’ai pensé au Meilleur des mondes par rapport auquel je suis déçue, car Aldous Huxley propose une construction et une cohérence que je ne trouve pas là, superficiel, pas assez approfondi.
On connaît les spermatozoïdes congelés, mais des corps entiers congelés c’est autre chose ! À travers les films que le fils, Jeffrey, voit avec fascination, c’est du présent, notre présent, dont il s’agit, et non pas de science fiction. La technologie souffle sur la planète et on ne peut, par rapport à cela, se réfugier nulle part : je le ressens dans le livre. Et si dans la réalité, moi, je peux me réfugier quelque part, j’ai l’impression cependant que nos champs se restreignent.
Il s’agit du couloir de notre vie vers la mort. Avec cette déshumanisation, qu’est-ce qu’il en advient, de l’être ? Le moi, on ne sait pas ce qu’il devient, une fois le corps cryogénisé. On leur enlève la tête... je n’ai pas rêvé ? C’est de la haute imagination... Et pour ce qui est des hommes "augmentés", peut-on parler d’hommes ?
Dans la façon d’écrire, Don DeLillo nous fait partager une émotion esthétique. J’ai pensé à cet Allemand, Gunther von Hagens, et ses corps plastinés. Ça vous touche, ça renvoie à des questions essentielles qui sont bien mises en valeur dans le livre.
Les histoires d’amour dans le livre, elles, m'ont semblé des pis-aller.
Quant à ce lieu, la Convergence, il m’a rappelé une secte — avec un rejet du monde, un langage propre et le grand prêtre Stenmark. Le moine, je n’y ai pas trop cru...
Il y a des formulations que j’aime bien :
- la mort est une habitude difficile à vaincre
- nous naissons sans choisir d’être, devons nous mourir ainsi ?
- un jour où la mort sera acceptable...
Moi je réponds : surtout pas l’éternité !
Il y a une belle écriture. Mais L’homme qui tombe que je vais finir m’a davantage satisfaite.
Yolaine
(qui a lu Libra et prévoit de lire les 1000 pages qui lui restent du tome 1 des Œuvres romanesques comportant cinq romans de Don DeLillo : Americana, Joueurs, Les Noms, Bruit de fond, Libra)
Désolée de ne pas avoir trouvé le temps, lors de ces grandes vacances, de me plier à la discipline collective en commençant par Zéro K. La fiction autour de l'assassinat de Kennedy m'a paru plus alléchante pour aborder la découverte de cet écrivain, mais j'avais surestimé ma capacité de lecture rapide, et je viens tout juste de la terminer.
J'ai en effet éprouvé des difficultés et mis du temps à apprivoiser les nombreux personnages qui gravitent autour de cet événement historique. Le titre "Libra" désigne le signe de la balance sous lequel est né Lee Harvey Oswald, et c'est à l'éclairage du vécu du meurtrier présumé de JFK que sont évoqués les faits, depuis son enfance dans le Bronx jusqu'au drame final. Bien que les différents chapitres semblent organisés par ordre chronologique, ce récit n'a rien de linéaire, et fait intervenir en parallèle dans des espaces et des périodes distincts de multiples acteurs, depuis les agents du FBI et de la CIA jusqu'à l'enquêteur archiviste enfermé depuis 15 ans dans une pièce bourrée de dossiers qui ne cessent de s'empiler et de rendre cette affaire plus embrouillée. Cette architecture sophistiquée nous fait prendre conscience de l'incroyable complexité des circonstances de cet attentat et de l'impossibilité de mettre fin au doute et au mystère. Tout en s'appuyant sur un matériau historique très documenté, l'auteur a "emmené des êtres réels dans un espace et un temps imaginaires" afin que les lecteurs puissent "peut-être y trouver un refuge". La littérature lui semble plus à même de s'approcher de la vérité historique que les éléments factuels, dont l'abondance finit par annihiler la pertinence. À l'heure du Big Data, le retour à l'imaginaire et à l'humain a une portée philosophique.
C'est aussi une immersion dans une Amérique très peu glamour, plutôt violente et glauque, mais d'une humanité bouleversante. On s'attache aux différents protagonistes et l'on se prend à tourner les dernières pages avec frénésie, alors même que la fin ne réserve aucune surprise, puisqu'elle est connue dès le début. La description des dernières heures de Lee est éblouissante. La rencontre explosive des destinées de cet être désespéré devant sa vie ratée et ses idéaux déçus et d'un des personnages apparemment les plus puissants du monde est racontée de façon magistrale. Encore une belle découverte de la littérature américaine.
Édith

J'ai découvert cet auteur avec VAC et j'ai tout de suite acheté Le silence et Zéro K…Puis, chez un bouquiniste, L'homme qui tombe. Autant dire que les quatrièmes de couverture m'attiraient...
J'ai commencé par Le silence et... rideau blanc... comme l'écran de télé dont il est question dans le texte ! Intriguée par l'effet produit sur moi avec si peu d'histoire…
Actes Sud c'est du bon en général… alors j'ai lu, début juillet, Zéro K, attirée aussi par la couverture très intrigante et le texte au dos.
Je remarque plusieurs temps dans le récit : Tcheliabinsk, Artis Martineau, et ensuite les chapitres, Emma, Stark son fils adoptif (un génie)… !
L'histoire pour moi : un homme encore jeune qui rencontre un père méconnu, ou plutôt inconnu, du fait de l'histoire du couple de ses parents, un homme convié à vivre, sur invitation de son père, la fin programmée de sa belle-mère Artis qui précédera celle de son père Ross Lockard ! Voilà de quoi m'attirer : j'en ai eu pour ma curiosité en lisant p. 126 "Mourir un moment. Vivre pour toujours", et la suite dans le même esprit.
D'abord les lieux décrits : je ne pouvais m'empêcher de les visualiser presque comme dans un rêve cauchemardé…, des portes sans relief qui s'ouvrent sur un vide, rien, des images troublantes violentes et sans sons.
Les personnages énigmatiques : aucun moyen de communiquer, des personnages rencontrés mais muets ou discourant sans lien avec la réalité du héros ou avec un discours décalé, équivoque ou "demeuré"… Le personnage du moine et sa description tant physique que psychologique m'intriguent. Que doit penser ce personnage, le moine, qui accompagne les futurs "voyageurs cryogénisés" sans émotions à ses dires. Fonction qui se résume à rappeler leur vie… l'au-delà c'est plus tard, au moment du retour à la vie.
J'ai réfléchi en relisant : "Artis avait dit qu'elle se sentait artificiellement elle-même (…) Qu'advient-il de l'idée de continuum -  passé présent futur - dans la chambre cryogénique ? Comprendrez-vous les jours, les années les minutes ? Cette faculté diminuera-t-elle jusqu'à mourir ? Êtes-vous encore humain sans la notion du temps ? Plus humains que jamais ? Redevenez-vous fœtus, chose non née ?" (p. 75-76).
Mais je n'ai pas tout saisi. Par exemple les questions autour de la dénomination : nom propre, prénom ou tout simplement des mots usuels... ; intriguée je suis et le reste. Nommer est-ce faire exister ?
Jeffrey évoque son désir de lire Gombrowicz en polonais. Cela me renvoie à notre lecture dans ce groupe et à la stupéfaction engendrée par les situations des héros et notamment j'ai en mémoire l'homme qui parlait en déformant les mots (invention parfois)… et le délitement des événements. Déstabilisant !
Oui, ce livre distille une impression étrange. J'aime et n'aime pas en même temps. Je suis agacée car j'imagine qu'il y a un message que je ne saisis pas mais qu'en même temps je pressens.
La volonté de ne pas mourir me questionne ; alors, quoi du temps, de la création sous toutes ses formes pour ne pas mourir ? (p. 77) Et c'est quoi que d'accepter de mourir refroidi dans un espoir (vain ?) de revivre… mais alors qu'est devenue la personne à l'heure, la seconde, du fait de cryogénisation ? Le continuum… Sa mère Madeline serait la réalité et son père le virtuel, le dénommé et renommé Ross Lockard… un autre homme par la force du dire ? L'évocation de sa mère par des détails fixés (détacher une étiquette en la roulant avec l'ongle), la précision du moment de sa mort, la vieille avec sa canne p. 269. Pour en dire plus à propos de la deuxième partie "ARTIS MARTINEAU" (nom et prénom). Femme du second mariage de son père, l'énigmatique malade, amoureuse… il faudrait que je la relise. Trop loin dans ma mémoire.


DOCUMENTATION AUTOUR DU LIVRE
 
ZÉRO K, Scribner, New York, 2016
Actes Sud 2017, trad. Francis Kerline,
Poche Babel 2019
 
   

PARCOURS DE L'AUTEUR : enfance, lectures, études, politique, travail, potins

En quelques lignes : né en 1936 à New York. Études de communication. Début de carrière : rédacteur publicitaire. Marié en 1975, sans enfants. Écrit des romans, des pièces de théâtre, des essais et reçoit de nombreuses récompenses.
Mais son parcours mérite des détails, surtout s'ils viennent de lui...

Enfance
- Il naît en 1936 de parents italiens émigrés et passe son enfance dans le Bronx : "Mes parents sont nés en Italie. Mon père est arrivé dans ce pays en 1916, je crois, alors qu'il n'avait que neuf ans. Il y avait ma grand-mère, mon père et ses frères et sœurs ; il y avait au total environ sept personnes, dont un nain, ainsi qu'un enfant que ma grand-mère avait ramassé à Naples en cours de route".
Son père travaille comme
commis à la paie dans une compagnie d'assurance : "un col bleu, qui a fini par porter une cravate au travail". Il n'y avait pas d'argent.
- C'était une enfance de sports, de famille et de jeux (de cartes, de billard, de ballon) : "Personne autour de nous n'avait de ballon de foot. Nous avions coutume d'envelopper un tas de journaux avec du ruban adhésif et de l'utiliser ainsi. C'était notre ballon de foot". Son goût du baseball a perduré : "Je dois dire qu'aller voir un match de baseball avec Don est un grand événement", dit Salman Rushdie après avoir assisté à un match des Yankees avec DeLillo, "parce qu'il y va avec son gant, et il est prêt à attraper chaque balle de volée".
- La famille était catholique : - "Être élevé en tant que catholique était intéressant parce que le rituel comportait des éléments d'art et cela a suscité des sentiments que l'art nous inspire parfois. Je pense que j'y ai réagi comme je réagis aujourd'hui au théâtre. Parfois c'était génial ; parfois c'était drôle. Les grandes messes funéraires étaient un peu des deux, et elles font partie de mes souvenirs d'enfance les plus chaleureux."

Lectures
"Pas grand-chose au début. Dracula à quatorze ans. ... Et oui, la trilogie Studs Lonigan, qui m'a montré que ma propre vie, ou quelque chose comme ça, pouvait faire l'objet d'un examen minutieux par un écrivain. C'était une chose incroyable à découvrir. Puis, quand j'avais dix-huit ans, j'ai obtenu un job d'été en tant que gardien de terrain de jeu. Et on m'a dit de porter un tee-shirt blanc et un pantalon marron et des chaussures marron et un sifflet autour du cou - qu'ils m'ont fourni - le sifflet. Mais je n'ai jamais acquis le reste de la tenue. Je portais un jean bleu et des chemises à carreaux et j'ai gardé le sifflet dans ma poche et je suis juste resté assis sur un banc de parc déguisé en citoyen ordinaire. Et c'est là que J'ai lu Faulkner, Tandis que j'agonise et Lumière d'août. Et j'ai été payé pour ça. Et puis James Joyce : et c'est à travers Joyce que j'ai appris à voir quelque chose dans le langage qui portait un rayonnement, quelque chose qui me faisait ressentir la beauté et la ferveur des mots, au sens où un mot a une vie et une histoire. Et il m'arrivait de regarder une phrase dans Ulysse ou dans Moby Dick ou dans Hemingway - peut-être que je n'étais pas arrivé à Ulysse à ce moment-là, que c'était Portrait de l'artiste - mais c'était certainement Hemingway et l'eau qui était claire et coulait rapidement et la manière dont les troupes marchaient le long de la route en soulevant de la poussière qui poudraient les feuilles des arbres. Tout cela dans une aire de jeux dans le Bronx."

Études
Il a fréquenté l'école secondaire Cardinal Hayes ("J'y ai dormi quatre ans") et plus tard l'Université Fordham, où, dit-il : "Je n'ai pas étudié grand-chose. Je me suis spécialisé dans ce qu'on appelle les arts de la communication" (y furent élèves : la romancière Mary Higgins Clark qui a obtenu un diplôme de philosophie et Donald Trump... qui y a étudié sans obtenir de diplôme).

Il n'aimait pas l'école, mais repère ses premières influences. "Je pense que New York lui-même a eu une énorme influence. Les peintures du Museum of Modern Art, la musique de la Jazz Gallery et du Village Vanguard, les films de Fellini et Godard et Howard Hawks. Et il y avait une anarchie comique dans l'écriture de Gertrude Stein, Ezra Pound et d'autres. Bien que je ne veuille pas nécessairement écrire comme eux, pour quelqu'un qui a 20 ans, ce genre de travail suggère la liberté et la possibilité. Il peut vous faire voir non seulement l'écriture mais le monde d'une manière complètement autre."
Par conséquent, déduit-il : "Je pense que plus que les écrivains, les influences majeures sur moi ont été les films européens, le jazz et l'expressionnisme abstrait."

Politique
DeLillo est resté à l'écart de la politique. "J'ai participé à un certain nombre de manifestations contre la guerre, mais uniquement comme une sorte de marcheur dans les rangs arrière", a-t-il déclaré. "J'étais très intéressé par la musique rock. En même temps, je dois dire que je n'ai pas acheté un seul disque. Je l'ai écoutée à la radio. Je laisse la culture me submerger. J'ai consommé de la marijuana, pas fréquemment mais plus ou moins régulièrement. J'ai trouvé les années 60 extrêmement intéressantes, et, en même temps que tout cela se produisait - énorme bouleversement social - je sentais aussi qu'il y avait un ennui curieux, un ennui, qui fait peut-être partie de mon premier roman. Je pense que c'est quelque chose que j'ai ressenti autour de moi, qui semblerait complètement en contradiction avec ce que vous voyiez et entendiez dans les rues. Je suppose que ce que j'ai ressenti pendant une grande partie de cette période était un sentiment de non-appartenance, de ne faire partie d'aucune sorte de système officiel. Pas comme une forme de protestation mais comme une sorte de séparation. C'était une aliénation, mais pas une aliénation politique, principalement. C'était plus spirituel."

En 1994, Don DeLillo et Paul Auster ont rédigé la brochure ci-dessous, dans le but de sensibiliser le public au sort de Salman Rushdie :

ZEIT en 2007 - Quelle est votre orientation politique ?
Don DeLillo - Je suis indépendant. Et je préfère ne rien en dire de plus.
ZEIT - Pourquoi pas ?
Don DeLillo - Eh bien, dans le Bronx où j'ai grandi, nous l'aurions dit à sa manière : parce que ce ne sont pas tes putains d'affaire.
ZEIT - Pour les lecteurs de cette conversation, nous devons ici ajouter que vous êtes en train de rire.

Travail
En 1959, après l'université, DeLillo a déménagé dans un petit appartement à Murray Hill, le genre où le réfrigérateur se trouve dans la salle de bain. Au début, il avait un emploi à temps plein en tant que rédacteur publicitaire chez Ogilvy, Benson & Mather. Ses amis étaient d'autres rédacteurs, drôles et sophistiqués "comme une combinaison de Jerry Lewis, Lenny Bruce et Noël Coward". Ils sont allés ensemble au Musée d'Art Moderne et au Village Vanguard, et voir les films de l'époque qui venaient d'Italie et de France.
Il avait publié quelques nouvelles ; en 1960 sa première histoire "The River Jordan," paraît dans Epoch, le magazine littéraire de Cornell University. Pendant qu'il travaille dans la publicité, DeLillo commence à travailler sur "Americana" sur lequel il travaillera quatre ans - travail qui le convainc qu'il est écrivain
- En 1964 : il quitte Ogilvy, Benson & Mather et habite dans un modeste appartement près du Queens-Midtown Tunnel. Pour gagner un peu d'argent, il rédige des textes pour des catalogues de meubles, des dialogues pour un dessin animé, un scénario pour une publicité télévisée.
- En 1971, Americana est publié (il a 35 ans). De 1971 à 1978, il publie six romans.
- En 1978, DeLillo reçoit une bourse Guggenheim qui lui permet de financer un voyage au Moyen-Orient avant de s'installer en Grèce, où il écrit deux romans. "Mon séjour en Grèce s'est avéré crucial pour mon écriture. La langue, les gens, l'histoire, les murs et les monuments avec leurs lettres et mots inscrits - tout cela m'a donné une idée de l'implication plus profonde que je devais trouver dans la formation d'une phrase, et de la composante visuelle, le « architectural » élément présent dans les lettres et les mots. Dans un sens, ce que je faisais était de redécouvrir l'alphabet."
- En 1985, c'est avec la publication de Bruit de fond qu'il rencontre le succès et devient un romancier important ; il reçoit le National Book Award.

- Jusqu'à son décès en 2014, il avait pour agente littéraire la célèbre Lois Wallace.

- En 2021, il u
tilise toujours une vieille machine à écrire, en très gros caractères d'imprimerie...

Potins
Aucun potin à se mettre sous la dent.
2004=>        
<=2012
En 1975, à 39 ans, il épouse Barbara Bennett. Ils n'ont pas d'enfants.
Ils vivent à
une demi-heure de train de New York dans le comté de Westchester, un endroit calme et verdoyant habité par des avocats, des médecins, des éditeurs et des banquiers...
Ils travaillent tous les deux à la maison : DeLillo en tant que romancier dans son bureau à l'étage, Bennett en tant que paysagiste (elle était auparavant cadre dans une banque).
Zéro K lui est dédicacé... Une confidence quand même... : "Quand je vivais seul dans les années 60 et au début des années 70, je ne cuisinais que du bacon et des œufs. On m'a finalement fait remarquer que c'était assez malsain. Je suis un mauvais cuisinier. Je n'aime pas cuisiner. C'est contre ma religion. J'aime manger, mais je ne sais pas cuisiner. Voilà, c'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles je suis marié depuis 40 ans."
DeLillo n'enseigne pas, il donne rarement des lectures et réduit au minimum les entretiens.
(Sources nombreuses :
New Yorker, Guardian, site américain consacré à l'écrivain...)

LES ŒUVRES TRADUITES EN FRANCE

16 romans, un recueil de nouvelles, 4 pièces de théâtre : à l'exception de deux romans chez Stock, tous les autres ont été publiés chez Actes Sud, y compris les pièces dans la collection Papiers, et le premier tome des œuvres complètes dans la collection Thesaurus.

En ordre chronologique avec les dates de première publication aux USA, suivie de la date de publication en France :
- 1971 : AMERICANA, 1992 ; Poche/Babel, 2000
- 1973 : GREAT JONES STREET, 2011 ; Babel 2014
- 1976 : L'ÉTOILE DE RATNER, 1996 ; Babel, 2011
- 1977 : JOUEURS, 1993 ; Babel, 2002
- 1978 : CHIEN GALEUX, 1991 ; Babel, 1993
- 1982 : LES NOMS, 1990 ; Babel, 2008
- 1985 : BRUIT DE FOND, Stock, 1986 ; Babel, 2001 (National Book Award 1985 - ses autres prix ici)
- 1986 (première représentation) : LA SALLE DE JOUR, 2018
- 1988 : LIBRA, Stock, 1989 ; Babel, 2001
- 1991 : MAO II, 1992 ; Babel, 2001
- 1997 : OUTREMONDE, 1999 ; Babel, 2003
- 1999 (première représentation) : VALPARAISO, 2001
- 2001 : BODYART, 2001 ; Babel, 2003 ; 2010 : au programme de français en Terminale...
- 2003 : COSMOPOLIS, 2003 ; Babel, 2005
- 2005 (première représentation) : CŒUR-SAIGNANT-D'AMOUR, 2006
- 2007 (première représentation) : LE MOT POUR DIRE NEIGE, 2018
- 2007 : L'HOMME QUI TOMBE, 2008 ; Babel, 2010
- 2010 : POINT OMÉGA, 2010 ; Babel, 2013
- 2011 (nouvelles) : L'ANGE ESMERALDA, 2013 ; Babel, 2017 (voir la liste et présentation de ses nouvelles non traduites)
- 2016 : ZÉRO K, 2017 ; Babel, 2019
- 2020 : LE SILENCE, 2021.

- ŒUVRES ROMANESQUES, tome 1, 2008 (cinq romans de Don DeLillo : Americana, Joueurs, Les Noms, Bruit de fond, Libra qui couvrent la période 1971 – 1989).

TRADUCTEURS
Le premier chapitre de Zéro K traduit par Francis Kerline
Everybody wants to own the end of the world.
This is what my father said, standing by the contoured windows in his New York office - private wealth management, dynasty trusts, emerging markets. We were sharing a rare point in time, contemplative, and the moment was made complete by his vintage sunglasses, bringing the night indoors.
Tout le monde veut posséder la fin du monde.
C'est ce que déclara mon père, debout près des fenêtres à petits carreaux de son bureau de New York - gestion de fortune, transmission de patrimoine, marchés émergents. Nous partagions un moment rare, contemplatif, impression parachevée par ses lunettes de soleil à l'ancienne, qui faisaient entrer la nuit.
(voir la suite du chapitre)

Marianne Véron a traduit la plupart de ses livres (13) :
- Americana
- Great Jones Street
- L'Étoile de Ratner
- Joueurs
- Chien galeux
- Les Noms
- Mao II
- Outremonde
- Body Art
- Cosmopolis
- L'Homme qui tombe
- Point Oméga
- L'Ange Esmeralda

Interview de Marianne Véron (qui a arrêté ses traductions pour des raisons familiales, après avoir traduit près de 300 livres, dont Doris Lessing) sur France Culture à propos du dernier roman Le silence, 14 juin 2021, 27 min.

Michel Courtois-Fourcy a traduit deux romans publiés chez Stock : Bruit de fond et Libra : Marianne Veron raconte que ça n'a pas marché et que Stock en est resté là. Plus tard, c'est Paul Auster qui a parlé à son éditeur français Actes Sud de Don DeLillo qui, depuis, y a publié toute son œuvre...
- Francis Kerline a traduit seulement Zéro K
- Sabrina Duncan a traduit le dernier roman : Le Silence.

Quatre pièces de théâtre ont été traduites par deux autres traducteurs :
- Adélaïde Pralon : La Salle de jour et Le Mot pour dire neige
- Dominique Hollier : Valparaiso et Cœur-saignant-d'amour.

DES LIVRES SUR DON DELILLO

- Un essai de Florian Treguer, Don DeLillo : une écriture paranoïaque de l'Amérique, Presses Universitaires de Rennes, 2021, 671 p. (!) : voir le chapitre d'introduction (auteur d'une thèse en 1999 L'espace critique de la représentation dans l'œuvre romanesque de Don DeLillo).
-
Un livre répondant à la question : Pourquoi je lis BRUIT DE FOND de Don DeLillo, par le romancier Juan Francisco Ferré, éd. Feu sacré, 2016, 72 p.
-
François Happe, Don DeLillo : la fiction contre les systèmes, Belin, 2000, 128 p., extrait ici
.

ARTICLES ET INTERVIEWS

Sur Zéro K (quelques-uns des nombreux articles) :
- "Don DeLillo trompe la mort", Florence Noiville, et "
Don DeLillo : Je suis prêt à disparaître", propos recueillis par Florence Noiville, Le Monde, le 30 août 2017.
- "Don DeLillo donne des sciences à la vie", Mathieu Lindon, Libération, 1er septembre 2017
.
- "Le degré zéro de Don DeLillo", Didier Jacob, L'Obs, 12 septembre 2017.

- "Don DeLillo pose la question: peut-on encore être humain si l'on vainc la mort?", Le Temps, André Clavel, 15 septembre 2017.
- Entretien avec Don DeLillo, Steven Sampson, En attendant Nadeau, 26 septembre 2017.
- "Zéro K : l’immortalité selon Don DeLillo", Christine Bini, La Règle du jeu, 27 septembre 2017.
- "Tromper la mort", Yann Fastier, Le Matricule des Anges, octobre 2017.

Entretiens (quelques-uns) :
- Don DeLillo et le 11 Septembre: un entretien exclusif avec Sylvain Bourmeau, Mediapart, 5 avril 2008.
- "L'écriture est une chute métaphysique. On tombe à l'intérieur de soi", propos recueillis par Marine Landrot, Télérama, 4 avril 2008.
- Entretien avec Don DeLillo, l'écrivain le plus secret d'Amérique, par Philippe Azoury, Nouvel Obs, 30 mai 2014.
- Entretien avec Don DeLillo, par Steven Sampson, En attendant Nadeau, 26 septembre 2017.
- Interview récente à la sortie de Silence : "L'Amérique vue par DeLillo", L'Obs, 8 avril 2021.

Et aussi :
- L'art contemporain pour écrivains d'aujourd'hui, Christophe Domino, Journal des arts, 8 octobre 2010 : une mise en relation entre La carte et le territoire de Houellebecq que nous avons lu et Point Oméga.

RADIO

À la sortie de Zéro K :
- France Inter, L'Heure bleue par Laure Adler : Qui êtes-vous Don DeLillo ?, 21 septembre 2017, 53 min
(sur le site de l'émission, on peut visionner un document de l'INA datant de 1985 sur un médecin qui a "cryonégisé" son épouse).
- France Culture, Le Temps des écrivains par Christophe Ono-dit-Biot, "Un petit gars qui a grandi dans le Bronx, voilà qui je suis", Don DeLillo
, 23 septembre 2017, 58 min.
- France Inter, Le Masque et la Plume, 1er octobre 2017, à partir de 35 min 19.

- France Culture, La Dispute, par Arnaud Laporte : "Don DeLillo fait de la philosophie pour lycéens", 5 octobre 2017, les 19 premières minutes de l'émission.
- France Culture, Le Réveil culturel, par Tewfik Hakem : "J'observe les mots sur la page comme un peintre les coups de pinceau sur la toile", 20 novembre 2017.


Et aussi :
- France Culture, Hors-Champs par Laure Adler, Don DeLillo : "Plus j’avance en âge et plus je me pense comme un gamin du Bronx", 3 mai 2016, 44 min.
- Entretien (audio) à l'Odéon, Don DeLillo : un parcours, avec Florence Noiville et la traductrice Marianne Véron, 11 décembre 2018, 23 septembre 2017, 1h 10.
- France Inter, L'Heure bleue, 4 émissions de 52 min de Laure Adler du 1er au 4 juin 2020 : 1. "Le vieux maître" : Don DeLillo - 2. Don DeLillo et son
œuvre - 3. Les mots avec Don DeLillo - 4. Cinéma et "Zéro" avec Don DeLillo (avec un comédien lisant Outremonde la première partie des 4 émissions, la deuxième partie étant soit un entretien avec DeLillo, soit avec Julien Gosselin qui l'a adapté au théâtre)
.

CINÉMA

- 2005 : Don DeLillo écrit le scénario de Game 6 de Michael Hoffman.

- 2016 : À jamais de
Benoît Jacquot avec Mathieu Amalric, Julia Roy, Jeanne Balibar, est une adaptation du roman Body Art (2001) - bande annonce ici.
- 2012 : Cosmopolis de Cronenberg avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, Sarah Gadon, est une adaptation du roman Cosmopolis (2003) - bande annonce ici.
- Un entretien avec Don DeLillo par Jean-Michel Frodon, Slate, 25 mai 2012 (à la suite de l'adaptation de son 13e roman) : "Avec Cosmopolis, "mes mots ont pris une autre vie".

THÉÂTRE

Don DeLillo a écrit pour le théâtre. Voici 4 pièces traduites en français :
      

Certains de ses romans ont été adaptés au théâtre :
- 2018, Julien Gosselin présente au Festival d'Avignon, en dix heures trente de spectacle — visibles en trois soirées — l’adaptation de trois romans de Don DeLillo : Joueurs, Mao II et Les Noms. Puis l'Odéon redonne la pièce.
- 2021 : Simon Mauclair adapte L'homme qui tombe ainsi que L'ange Esmeralda

 

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

Nous écrire
Accueil | Membres | Calendrier | Nos avis | Rencontres | Sorties | Liens