Les mots de la tribu, trad. de l’italien Michèle Causse, Grasset Cahiers rouges, 266 p.

Quatrième de couverture : Natalia Ginzburg raconte son enfance et son adolescence : un père fantasque et une mère plaintive, des amis promis à la gloire ; Turin, l'antifascisme, les arrestations, la guerre, la déportation, l'assassinat d'un mari aimé. Tandis que les parents parlent et résument le monde en quelques jugements lapidaires, les enfants découvrent la résistance de la vie qui leur oppose les énigmes meurtrissantes de l'amour, de la guerre, de la mort. Le comique des mots contraste avec le tragique des événements. On n'avait jamais raconté avec autant de finesse et de malice le malentendu qui sépare les générations. On n'avait jamais peint avec autant d'humour et de tendresse la difficulté des rapports humains.




Lessico famigliare
, Enaudi, 1963, prix Strega. En ligne ici.

Natalia GINZBURG (1916-1991)
Les mots de la tribu (publié en 1963, traduit en 1966)
Nous lisons ce livre pour le 23 janvier 2026.
DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Repères biographiques
Rôle dans l'é
dition
Traduction dont Proust !
Livres traduits en français

Presse : vidéo, radio, articles
REPÈRES BIOGRAPHIQUES ET LITTERAIRES

Enfance - Famille
- 1916 : Naissance à Palerme, sous le nom de Natalia Levi. Elle grandit dans un milieu laïque, scientifique, politiquement engagé. Elle est éduquée à la maison ("mon père disait qu’à l’école on attrape des microbes"). Père juif, mère d'origine catholique, tous deux athées.
- 1919 : La famille s'installe à Turin, centre intellectuel antifasciste, où son père, Giuseppe Levi, devient professeur à l'université. Son père Giuseppe Levi (Beppino), scientifique, sera professeur de trois prix Nobel : Rita Levi-Montalcini, Renato Dulbecco et Salvador Luria. Son frère est le critique de théâtre Cesare Levi, sa femme Lidia a pour sœur Drusilla Tanzi, épouse du poète prix Nobel Eugenio Montale.
Natalia a une sœur, Paola (qui épouse Adriano Olivetti et a trois enfants), et trois frères : Gino (qui épousera d'abord Piera Cheli puis Silvia Olivetti), Mario (qui épousera Jeanne Modigliani) et Alberto (qui décède à 26 ans, après avoir contracté une maladie en Erythrée).
- 1933 : À 17 ans, elle publie sa première nouvelle, I bambini, dans la revue Solaria.

Mariage - Guerre
- 1938 : Mariage avec Leone Ginzburg, intellectuel antifasciste et cofondateur d'Einaudi. Il est né à Odessa (en Ukraine, à l'époque en Russie impériale) dans une famille juive qui émigre à Turin) lorsqu'il est encore très jeune. Elle aura trois enfants avec lui : Carlo, Andrea et Alessandra.

Natalia et Leone Ginzburg le jour de leur mariage, en 1938

- 1941-1943 : Le couple est assigné à résidence à Pizzoli (Abruzzes) en raison des activités antifascistes de Leone.
- 1943 : Installation clandestine à Rome ; ils participent à l'édition d'un journal antifasciste.
- 1944 : Mort de Leone Ginzburg en prison, après torture par les fascistes.
- 1944-1945 : Natalia se cache dans un couvent ; elle est séparée de deux de ses enfants, qu'elle retrouve après la guerre.

Débuts littéraires
- 1942 : Publication de La strada che va in città sous pseudonyme (Alessandra Tornimparte).
- 1945 : Elle rejoint la maison d'édition Einaudi, où elle occupera un rôle central dans la vie littéraire italienne.
- 1947 : Publication de È stato così (C'est ainsi que cela) qui confirme sa voix littéraire

Vie personnelle
- 1950 : Remariage avec Gabriele Baldini, professeur de littérature anglaise. L'écrivaine se convertit au catholicisme, mais ne reniera jamaisses origines juives. Ils s’installent à Londres.
- 1954 : Naissance de leur fille Susanna Baldini, qui mourra à 8 ans.
- 1959 : Naissance puis mort précoce de leur fils Antonio Baldini.
- 1969 : Son deuxième mari meurt.

Œuvres majeures et reconnaissance

- 1952 : Tutti i nostri ieri (Tous nos hiers) : roman sur la jeunesse italienne sous le fascisme.
- 1963 : Lessico famigliare (Les mots de la tribu) : reçoit le prix Strega, la plus haute distinction littéraire italienne.
- 1970 : Publication de Mai devi domandarmi (Ne me demande jamais : recueil d'essais.
- 1973 : Caro Michele (Je t'écris pour te dire) : roman épistolaire.
Rome 1973
- 1983 : Publication de La famiglia Manzoni, non traduite en français, biographie romanesque d'Alessandro Manzoni, qui reçoit le prix Bagutta.

Engagement politique
- Années 1930 : Brève adhésion au Parti communiste italien.
- 1983 : élue députée au Parlement italien dans le Groupe des indépendants rattaché au parti communiste. Travaille sur les thèmes de la culture, de la famille, de la justice sociale.
Ci-dessous à Turin en 1990 :

1991 : Meurt à Rome à 75 ans.

A Turin :

RÔLE DANS L'ÉDITION
Natalia Ginzburg a un rôle important dans la construction du catalogue Einaudi (Calvino, Pavese, Vittorini…) et son nom restera en Italie lié à l’histoire des éditions Einaudi. Elle était connue pour l’intransigeance et la sûreté de son goût. On lui reprochera d’avoir contribué au refus du premier livre de Primo Levi.
Le désengagement de Pavese vis-à-vis de la fiction coïncide avec l'ascension de Natalia Ginzburg au poste de directrice principale de ce domaine. Italo Calvino, qui a rejoint l'équipe en 1950, après une période de collaborations ponctuelles, deviendra l'un des principaux interlocuteurs de Ginzburg, tant sur les œuvres d'autres auteurs que sur les siennes propres. Voir pour des détails : Laura Antonietti, "Una lettrice formidabile : Natalia Ginzburg e la casa editrice Einaudi", Cahiers d’études italiennes, n° 32, 2021.


L’éditeur Giulio Einaudi (au centre) refuse d’abord le manuscrit de Si c’est un homme. Ici en 1963 avec Italo Calvino et Natalia Ginzburg ("Si c’est un homme de Primo Levi, itinéraire d’un chef-d’œuvre", par Philippe Broussard, Le Monde, 24 mars 2017)


TRADUCTION (dont Proust !)

Du français
- Vercors, Le Silence de la mer, Einaudi, 1945.
- Marcel Proust, La strada di Swann, Einaudi, 1946.
- Gustave Flaubert, La signora Bovary, 1983, dans une collection d'Einaudi intitulée "Des écrivains traduits par des écrivains" ; Primo Levi a traduit Le Procès de Kafka, Calvino a traduit Les Fleurs bleues de Raymond Queneau.
- Guy de Maupassant, Una vita, Einaudi, 1994.
- Marguerite Duras, Suzanna Andler, Einaudi, 1987.

De l'anglais
- Molyda Szymusiak, Il racconto di Peuw bambina cambogiana (1975-1980), Einaudi, 1986.
- Sirkku Talja, Non mi dimenticare, Bollati Boringhieri, 1988.

Proust et les Ginzburg
Le fils de Natalia,
Carlo Ginzburg, grand historien (voir ses livres chez Gallimard), qui lui-même a appris le français en lisant Baudelaire… et Proust raconte. Extrait :

Ma mère n’avait pas lu la Recherche lorsque mon père lui a proposé de le traduire. Mais dans la famille de ma mère on lisait Proust et on parlait de Proust depuis le milieu des années 1920. La mère de ma mère s’isolait avec sa fille aînée, Paola, et un de ses fils, Mario, pour évoquer à n’en plus finir des passages de la Recherche. Mon grand-père Giuseppe Levi, qui n’avait pas lu Proust, le qualifiait avec dédain de "bel empoté". Ma mère raconte tout cela dans son livre Les Mots de la tribu. Et elle poursuit : "Paola était amoureuse d’un de ses camarades de faculté : un jeune homme petit, délicat, gentil, doté d’une voix persuasive. Ils faisaient ensemble de longues promenades sur les bords du Pô et dans les jardins du Valentino ; ils parlaient de Proust car ce jeune homme était un fervent de Proust, c’était lui qui, le premier, en avait parlé en Italie."
Ce jeune homme qui n’est pas nommé ici, c’est Giacomo Debenedetti, un critique qui devait devenir très célèbre par la suite.

En 1990, les éditions Einaudi rééditent La strada di Swann, accompagné d’une postface où Natalia Ginzburg revient sur les circonstances de sa traduction. Extrait :

En 1937, Leone Ginzburg et Giulio Einaudi m’ont proposé de traduire À la recherche du temps perdu*. J’ai accepté. C’était une folie de m’avoir proposé cela, et c’en était une autre pour moi. C’était aussi, de ma part, un acte d’orgueil extrême. J’avais vingt ans. Je n’avais jamais rien traduit. J’étais alors à la fois pleine d’audace et peu sûre de moi, d’avoir accepté. Étant peu sûre de moi, je recherchais des certitudes. Proust et la Recherche m’attiraient grandement (j’en avais entendu parler à la maison) mais j’en avais une idée confuse et n’en avais pas lu une seule ligne. Quant à Giulio Einaudi et Leone Ginzburg, je ne sais ce qui les a poussés à me confier cette tâche immense. C’était une époque où les gens se lançaient parfois dans des projets insensés. Certes, Leone avait l’intention de m’aider. Il l’a fait, aussi longtemps qu’il a pu. Les cinquante ou soixante premières pages du premier volume de Du côté de chez Swann, je les ai traduites sous son contrôle. Mais il était très occupé de son côté et il n’avait pas le temps de suivre mon travail. Puis il est mort. Aussi ai-je dû continuer toute seule. D’ailleurs je n’ai pas dépassé les deux volumes de Du côté de chez Swann. L’édition Gallimard comprenait en effet deux volumes. Après quoi, j’ai renoncé. Les volumes suivants furent confiés à d’autres.
En 1937, j’ai reçu un contrat : c’était le premier contrat de ma vie. Il était écrit que je m’engageais à livrer l’intégralité de la traduction de la Recherche au plus tard en 1947. Cette année 1947 me paraissait si lointaine. Je n’étais pas payée (la maison d’édition était, à l’époque, très pauvre) et le fait de ne pas être payée me rassurait, car ainsi j’étais libre d’abandonner quand je le voulais.
J’ai épousé Leone Ginzburg en 1938, et Santorre Debenedetti m’a offert, en cadeau de mariage, les seize volumes de la Recherche dans l’édition de 1929, revêtue d’une superbe reliure rouge et or. Je les ai toujours, et ils se tiennent encore devant moi aujourd’hui, alignés sur la cheminée de ma maison.
En 1937, après avoir traduit les deux premières pages, je les ai fait lire à Leone Ginzburg et il m’a dit qu’elles étaient très mauvaises. J’ai dû les reprendre plus d’une fois. J’ai alors appris, avec Du côté de chez Swann, ce que traduire signifie : ce travail de fourmi et de cheval qu’est une traduction. Ce travail qui doit allier la minutie de la fourmi à la fougue du cheval. Je suis tombée follement amoureuse de la Recherche, avec ces deux premières pages, et je n’ai plus rien lu d’autre avant longtemps.

Voir l'ensemble savoureux du texte de Carlo Ginzburg et celui de sa mère Natalia Ginzburg =>sur Pourstonomics, 10 juillet 2021.

Plus austère, un long article sur le rôle de Proust pour Natalia Ginszburg, et avec un lien détaillé avec Les mots de la tribu : "Un amour de Natalia Ginzburg", Fabio Vasarri, Francofonia (revue consacrée aux littératures européennes et d'ailleurs de langue française), n° 64, Du côté de chez Swann 1913-2013, printemps 2013, 18 pages (!)

LES ŒUVRES de Natalia Ginzburg TRADUITES EN FRANÇAIS

Romans
- Nos années d'hier, trad. Adrienne Verdière Le Peletier, 1956 ; rééd. Plon, 1992 ; rééd. avec nouvelle traduction : Tous nos hiers, trad. Nathalie Bauer, préface Fabio Gambaro, Liana Levi, 2019 ; rééd. 2025
- Les voix du soir (Le voci della sera), trad. Juliette Bertrand, Flammarion, 1962 ; rééd. trad. Nathalie Bauer, Liana Levi, 2019 ; rééd. Piccolo, 2025
- Les mots de la tribu (Lessico famigliare), trad. Michèle Causse, préface Dominique Hernandez, Grasset, 1966 ; rééd. 1992 ; Belin Education publie en 2025 un guide pédagogique, Lessico famigliare, car au programme de la spécialité LLCER niveau Terminale.
- Je t'écris pour te dire, trad. Angélique Lévi, Flammarion, 1974
- La route qui mène à la ville (La strada che va in città),
trad. Georges Piroué, Denoël, 1983 ; rééd. préface Marie Darrieussecq, 2014, quatre romans courts
- La ville et la maison, trad. Angélique Lévi, Denoël, 1988 ; rééd. Denoël 2002
, roman épistolaire
- La mère, trad. Chantal Moiroud, Maren Sell-Clamann-Lévy, 1993 ; Serpent à plumes, Motifs Poche, 1999
- C'est ainsi que cela s'est passé (È stato così), trad. Georges Piroué, Denoël, 2017
- Valentino suivi d'Au Sagittaire, trad. Georges Piroué, préface Geneviève Brisac, Denoël, 2021.


Essais & mémoires
- Les petites vertus (Le piccole virtù), trad. Adriana R. Salem,, Flammarion, 1964 ; rééd. Ypsilon, 2018 ; rééd. postface Adriano Sofri, préface Italo Calvino, 2021, essais autobiographiques
- Vie imaginaire (Vita immaginaria), trad. Muriel Morelli, postface Cesare Garboli, Ypsilon, 2025, essais littéraires
- Ne me demande jamais (Mai devi domandarmi), trad. Georges Piroué, Denoël, 1985 ; rééd. trad. Muriel Morelli, Ypsilon, 2024, essais
- Bourgeoisies, trad. Georges Piroué, Denoël, 1980 ; rééd. 2002, deux récits


Théâtre : voici quelques pièces jouées en France (liste non exhaustive)
- 1969 : Teresa, mise en scène de Gérard Vergez au Théâtre 347; avec Suzanne Flon, adaptation en français de Michel Arnaud, pièce publiée dans Avant-scène théâtre n° 444, 1970. La pièce a été portée à l'écran de l'ORTF en 1971
- 1982 : La Secrétaire, mise en scène de Pierre Ascaride, traduction de Michel Arnaud, Théâtre de Montreuil.
- 1986 : A
driana Monti, mise en scène de Maurice Benichou ; adaptation de Loleh Bellon ; avec Nathalie Baye, Patrick Chesnais remplacé en tournée par Richard Berry, Micheline Presle.
- 1989 : Teresa au Petit Montparnasse, Adriana Asti
- 2009 : Je t'ai épousée , par allégresse, mise en scène de Marie-Louise Bischofberger, Théâtre de la Madeleine ; adaptation de Nathalie Bauer, Marie-Louise Bischofberger ; avec Valeria Bruni-Tedeschi.
- 2023 :
Nanni Moretti met en scène Diari d'amore, deux comédies, Dialogo et Fragola e Panna, tournée en France.

PRESSE

Radio, vidéo
France Télévisions
- François Busnel, La p'tite librairie, Les mots de la tribu, septembre 2023.

France Culture
- "Natalia Ginzburg, passeuse de monde", Marie Richeux, Le Book Club, 9 avril 2024, 59 min.
- "Natalia Ginzburg (1916-1991), tous les autres sont des hommes",
Toute une vie, 3 juin 2023, 57 min
.

Articles
- L’écrivaine Natalia Ginzburg est morte : une figure de premier plan de la littérature italienne, René de Ceccatty, Le Monde, 9 octobre 1991.


- "Pourquoi faut-il lire Natalia Ginzburg ?", Nathalie Collard, La Presse, Montréal, 20 décembre 2020. Extrait :

"Il y a un regain d'intérêt pour elle depuis le succès d'Elena Ferrante, note Francesca Caiazzo, doctorante en études françaises et auxiliaire de recherche au département des arts, langues et littératures de l'Université de Sherbrooke. Elle est très connue en Italie où elle a gagné le prix Strega, l'équivalent du Goncourt, mais ses textes ne sont pas tant étudiés que ça. À l'école, j'ai lu Lessico famigliare (Les mots de la tribu), qui est son classique. Elsa Morante est plus connue qu'elle. Il faut dire qu'il n'y avait pas beaucoup de femmes écrivaines à cette époque, et Morante a pris toute la place."

- "Natalia Ginzburg parle pour chacun de nous", Geneviève Brisac, Le Monde des Livres, 12 avril 2024. Extraits :

Son ami Cesare Pavese ne cessait de la réprimander : tu ferais mieux d’écrire au lieu de t’occuper de tes enfants. Avec entêtement, avec détermination, Natalia Ginzburg (1916-1991) fronçait les sourcils, elle crispait sa tête de lionne, et elle faisait tout à fait le contraire. Les enfants d’abord, ses enfants lui ayant sans doute sauvé la vie. Mais elle écrivait quand même, pendant la sieste, ou bien la nuit. Ecrire est un ­métier assez difficile, disait-elle, rempli de pièges, un métier qui se nourrit même des choses horribles, qui dévore le meilleur et le pire, qui se nourrit de tout et croît en nous.

Elle a été vraiment célèbre et énormément lue. Elle a obtenu les plus beaux prix littéraires d’Italie. Et puis on l’a oubliée. On redécouvre depuis quelques années son style impitoyable, sa manière de mettre l’éthique à l’ordre du jour absolument partout : à propos de sauce tomate, d’engagement ou de livres pour les enfants. En France, nous restions un peu à la traîne. Certains se souvenaient des Mots de la tribu (Grasset, 1966), cette autobiographie subtile et comique qui file à toute vitesse, inventant une langue, et ne parlant que des autres : sa famille juive dans les années 1920, son Turin dans les années 1930, la Résistance au quotidien, les années mussoliniennes.

- "Leçon de littérature", Tiphaine Samoyault, Le Monde des Livres, 14 novembre 2025. Extraits :

Les Mots de la tribu, de Natalia Ginzburg (Grasset, 1966), est un des livres que j’aime le plus offrir à mes amis. On y voit revivre tout un monde en train de finir dans lequel les adultes crient et les enfants sont mélancoliques.

Si vous n’avez jamais lu Natalia Ginzburg, je vous conseille de commencer par Les Petites Vertus et Les Mots de la tribu. Ensuite, vous retrouverez dans Vie imaginaire sa voix si obstinée et si chantante lorsqu’elle parle cette fois des écrivains qui lui sont proches (Moravia, Biagio Marin, Morante…), de ses films préférés (de Bergman, Fellini…), de la ville de Rome, des mots qui changent de sens, de la liberté et de la démocratie qui ont besoin de soutien.

- "Vous aimez Natalia Ginzburg, vous aimerez Turin", Julien Thèves, Le Monde l'époque, 24 novembre 2025. Extrait :

Au numéro 11 de la via Oddino-Morgari (autrefois via Pallamaglio), une plaque rappelle qu’ici vécut Natalia Ginzburg. "[L’appartement] était au dernier étage, et il donnait sur une place où trônaient une vilaine église, une usine de vernis et un établissement de bains publics ; or, ma mère ne trouvait rien de plus triste que de voir, de ses fenêtres, les gens entrer aux bains publics avec une serviette sous le bras", écrit-elle.

Deux articles universitaires :

- "Une retenue infinie : le deuil et la douleur dans l’œuvre autobiographique de Natalia Ginzburg", Laura Antonietti, ILCEA (revue de l'Institut des langues et cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie), n° 54, 2024

- “'Je n’aime pas le féminisme' : Natalia Ginzburg et la réélaboration des dynamiques féministes", Maria-Grazia Scrimieri, Loxias, revue publiée par le CTELA (Centre Transdisciplinaire d'Epistémologie de la Littérature et des Arts vivants), 15 juin 2020. Extrait :

Bien que son travail d’écrivaine ait commencé avant les luttes du mouvement féministe de la deuxième vague, Natalia Ginzburg a su saisir les changements auxquels les femmes de différentes générations ont dû faire face, souvent en équilibre entre les conventions culturelles de l’époque, l’ordre patriarcal, la tradition catholique et la découverte de leur propre identité. Comme l’a fait Simone de Beauvoir dans les mêmes années, Ginzburg questionne le rôle des femmes à l’intérieur et à l’extérieur du foyer et entend affirmer l’égalité des rôles et des tâches tant dans la société que dans leurs maisons.

Une interview très approfondie :
- "An Interview with Natalia Ginzburg", par Peg Boyers (poétesse auteure d'une postface à Family Lexicon) and Natalia Ginzburg, Salmagundi Magazine, Skidmore College (université de l'état de New York), n° 185/186, Winter - Spring, 2015. Extraits :

PB : Lisez vous beaucoup en anglais ? Vous faites plus d'une fois référence à des auteurs anglais et américains dans vos essais - Ivy Compton Burnett, par exemple.
NG : Ah oui, La Grande Signorina ! Il fut un temps où j'avais un véritable appétit pour ses romans. Je les lisais tous dès leur parution et je les aimais beaucoup dans le texte original. Mais je dois avouer que je suis très mauvaise lectrice en anglais, donc je ne le fais plus beaucoup. La vérité, c'est que je suis paresseuse, et lire en anglais est un travail pour moi. Les écrivains anglais et américains que j'aime, je les lis surtout en traduction. Parfois je reçois par la poste des comptes rendus des éditions anglaises de mes livres, et je ne peux même pas dire avec certitude s'ils sont favorables ou non. Et j'ai trop honte pour demander de l'aide.
PB : Y a-t-il d'autres écrivains de langue anglaise qui comptent beaucoup pour vous ?
NG : Eh bien, bien sûr, Shakespeare. Et j'aime aussi George Eliot. J'ai lu les grands auteurs, mais en italien, pas en anglais. Peut être que mon romancier anglais préféré est Jane Austen. Je connais à peine la littérature américaine contemporaine. Les deux auteurs américains que j'aime le plus - et qui sont maintenant morts, hélas - sont Carson McCullers et Flannery O'Connor. Et puis j'aime Fitzgerald et Hemingway - surtout le Hemingway des nouvelles.
(...)
PB : L'idée qu'une voix ou un style ne s'improvise pas mais se construit m'intéresse. Avez vous délibérément "fabriqué" votre style, en le façonnant d'une manière plutôt qu'une autre ? Votre évitement caractéristique de la troisième personne, par exemple - est ce un élément délibéré de ce que vous considérez comme un style choisi ?
NG : Il est difficile de dire ce qui est choisi et ce qui relève du destin. Regardez la troisième personne ! Je n'arrive tout simplement pas à la faire fonctionner pour moi. Quand j'ai essayé, cela n'est jamais sorti comme il faut. Je l'ai tentée ici et là. Je l'utilise parfois, en parlant de "lui" ou "elle", mais seulement par un geste passager. Ce que je n'arrive pas à obtenir, c'est la vue panoramique des choses. J'ai essayé de contourner ce problème de différentes manières - par exemple en écrivant des pièces de théâtre, et en écrivant un long roman épistolaire dans lequel j'ai pu employer de nombreuses voix. De cette manière, grâce aux personnages des pièces et aux lettres du roman épistolaire La città e la casa, je peux entrer dans davantage de "je". Ainsi, j'arrive à une sorte de vue panoramique en utilisant une variété de premières personnes. Je suis sûre que c'était mon objectif principal en écrivant les pièces et aussi le roman épistolaire : le désir d'explorer davantage de "je" différents de moi.
(...) PB : Vous étiez proche de Pasolini, et je me souviens que vous êtes même apparue dans au moins un de ses films. Avez-vous appris quelque chose du côté pratique de la réalisation à ce moment-là ?
NG : Non, je n'ai jamais rien appris de tout cela. Oui, je connaissais bien Pasolini. Mais l'aspect technique du cinéma ne m'a jamais intéressée. Je vais pourtant au cinéma tout le temps. J'adore Fellini. Et Bergman est un grand maître. Je viens de lire son autobiographie, La Lanterne magique, et je l'ai énormément apprécié. C'est un livre d'une grande honnêteté, je trouve. Et dans ce cas-ci, on comprend tellement mieux l'art en lisant l'histoire de l'homme : son enfance, son père. Il a fait tant de grands films.
(...)
PB : Pourriez vous me parler de la fonction gouvernementale à laquelle vous avez été élue ?
NG : Eh bien, je suis membre de la Camera dei Deputati - l'équivalent italien, je crois, de votre Chambre des représentants. J'ai été élue par le Parti de la Gauche Indépendante et j'en suis maintenant à mon deuxième et dernier mandat.
PB : Comment êtes vous entrée en politique ?

NG : Eh bien, lorsque l'on m'a demandé de me présenter, j'ai immédiatement dit : "Non, je ne suis pas une personne politique. Je ne pourrais jamais faire une telle chose parce que je n'ai pas les qualités nécessaires pour bien exercer une fonction publique." Mais ils ont insisté, disant que je devais essayer malgré tout, alors j'ai accepté en pensant que je serais inutile. Mais il s'avère que, malgré le fait que je n'aie aucune tête pour la politique, je me suis passionnément engagée dans mon rôle de représentante. En étant membre de la Camera, j'apprends l'existence de domaines où beaucoup doit être fait pour que la justice prévale. Ce n'est pas que j'intervienne tout le temps. En fait, j'interviens rarement car je déteste parler en public. De plus, je connais mes limites et il y a certains sujets sur lesquels je ne sais rien et auxquels je suis incapable de répondre intelligemment. Mais j'ai beaucoup appris, et cette connaissance m'a permis d'écrire certains articles que je n'aurais pas pu écrire auparavant sans avoir acquis cette compréhension profonde de certaines questions. Bien sûr, je suis plus passionnée par certains sujets que par d'autres. La question de l'adoption dans ce pays, par exemple, a été au centre de mes préoccupations ces dernières années.
(…) Après ce mandat, j'arrête. J'ai déjà fait deux mandats, ce qui, pour quelqu'un comme moi, sans aucune aptitude pour la politique, est beaucoup.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

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