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Quatrième de couverture :
Des bureaux de Riga à la jungle brésilienne, en passant
par le milieu de l'océan, les protagonistes de ce roman tout est
possible, où rien n'est jamais acquis. Compositeurs, enquêteurs,
voyageurs et rêveurs y suivent leur intuition, manquent toutes les
opportunités et échappent - avec un peu de chance - à
un désastre planétaire. "Le monde créé
dans les histoires de Janis Jonevs est un théâtre de l'absurde
aux couleurs vives et d'une ironie poignante." "Une uvre d'art
raffinée, dans laquelle les rêves, les cauchemars, les visions,
les cataclysmes de la pensée et les trébuchements des espoirs
modernes sont glorieusement dévoilés." Plusieurs d'entre
nous liront ce roman : Quatrième de
couverture : Au début des années 90, Jelgava, qui
fut la capitale des ducs de Courlande, est une bourgade grise et provinciale.
Dans une
|
Janis Jonevs (né en 1980)
|
|||||||||||||||||||||
| Des infos en bas de page autour du livre : La Lettonie Repères biographiques Livres de Janis Jonevs Son traducteur Presse Potins |
|
Nos 13
expériences lettonnes de Français... entre |
|
L'éventail
des cotes d'amour du groupe breton |
Françoise
(avis
transmis)
Déjà je n'aime pas les nouvelles, et plus elles sont courtes,
pire c'est... Donc j'ai dû en lire trois qui ne m'ont pas intéressée,
et j'ai laissé tomber...
Claire
(avis transmis)
Tout d'abord,
je trouve ça d'un chic de lire un livre letton... : le livre a
déjà pris 1/8...
Ensuite, j'ai apprécié de lire des nouvelles et je déplore
que nous n'en lisions que rarement : le dernier recueil remonte à
2023 il y a trois ans, avec Les
braves gens ne courent pas les rues
de Flannery O'Connor. J'ai aimé me plonger à chaque chapitre
dans un univers différent et également éprouver ce
qui était semblable, lié à la singularité
de l'écrivain : le genre a pris un autre 1/8...
La première nouvelle est vraiment risquée, car elle peut
perdre son lecteur, disant je n'y comprends rien ; ou au contraire,
celui-ci se dit tiens tiens et poursuit : pour ma part, je n'ai
rien compris et me suis dit tiens tiens.
Par rapport à l'aspect ingrat de la première,
la deuxième nouvelle m'a paru succulente et j'y pêche ma
phrase pour notre nouvelle mode (choisir une phrase du livre lu) :
"Pardon, pardon, mais
dites-moi s'il vous plaît où se trouve exactement votre pays
? Peut-être que je ne prononce pas correctement."
J'y ai d'ailleurs retrouvé un personnage secondaire de chez Canetti
qui lèche les murs avec la langue... Il s'y trouve tout ce que
j'ai aimé dans le livre : humour, culture (les fanas de Thomas
Mann auront biché), absurde, rebondissements inattendus, réflexions
sur la-vie-l'amour-la-mort. Courtes ou longues, ces histoires étonnantes
pas cousues de fil blanc m'ont parfois déstabilisée. Je
dois avouer qu'à deux reprises j'ai été contente
de me retrouver en France, à Bordeaux pour "Méthode"
et à Beaubourg dans "Le jeu" pour Matisse et pour Malévitch
:

Porte-fenêtre
à Collioure, Matisse, 1914, Centre
Pompidou
et Carré noir, Kasimir Malévitch, [1923 - 1930],
Centre
Pompidou
Ce que j'ai également apprécié dans la prose, c'est
la voix : le narrateur me parle, avec une musique de l'oralité.
J'ai bien aimé la virée bien dingue dans la jungle avec
les ufologues (j'ai donc appris qu'ils étudient les objets
volants non identifiés...). Mais, hélas, c'est parfois trop
délirant à mon goût, avec un côté Boris
Vian. La loufoquerie a des limites ! Et le sens finit par manquer. Le
compositeur a beau louer les uvres dont le sens reste inexpliqué
: "Toutes les histoires
sont intéressantes lorsqu'elles savent garder leurs secrets"
: ah ? Le problème est qu'elles peuvent devenir barbantes.
J'ai bien vu qu'il y avait du chat voulant se faire appeler tigre comme
sur la couverture, qu'il y a des tigres et encore plus de chats mentionnés
et que la nouvelle en une page "Théorie (suite)" nous
explique que les tigres, ce sont nos désirs, que si on les dompte,
on sera puissant et on gagnera en liberté mentale : mais bon, mais
bof.
J'ajouterai que je vois un petit air d'irréalité commun
entre les deux Cees
Nooteboom de la séance dernière et ce Tigre de
Janis Jonevs, et j'ai une réaction semblable : il y a eu de bons
moments dans ces livres, OÙ ÇA VA TOUT ÇA, HEIN ?
That is the problem...
J'ai lu après le roman qui a fait
connaître Jonevs, Metal,
publié en 2013 sept ans avant Tigre, dont
j'ai aimé le personnage et le ton, mais qui m'a nettement moins
plu, car il m'a semblé répétitif et long (350 p.)
; je l'ai lâché au bout de 200 p.
Par contre, j'ai trouvé son texte dans une revue en ligne sur l'Ukraine,
"Deviens
un tueur, reste humain", formidable.
Je suis très gênée pour choisir ma cote
d'amour, car j'aime bien la choisir en fonction
de ce que vous dites. Ainsi, si le livre est descendu, j'ouvrirai un peu
plus... et réciproquement. Je suis obligée de me prononcer
quitte à modifier après vous avoir lus : je dirai entre
moitié et 3/4...
(Quelques jours après) Mais après vous avoir lus, je me
rabats vers la moitié.
Rozenn
(avis
transmis)
J'ai beaucoup aimé.
Chaque nouvelle est courte et différente.
En général j'aime les nouvelles. Au début, la succession
m'a gênée, je restais sur une impression de "pas fini",
souvent manque la classique "chute".
Par contre, j'ai regretté qu'on ait l'explication avant la fin
p. 51. J'ai
aimé la chute
p. 173.
Je préfère quand tout reste un peu flou p. 59. Et puis,
je me suis faite à ce rythme.
J'ai aimé :
les thèmes récurrents qui parcourent l'ensemble comme
: l'aube et le crépuscule lettons, les feuilles mortes, la gravitation
et les fesses !
des notations comme :
- sur la procrastination, les distracteurs
- la littérature ne serait pas quelque chose de beau
- on devient intellectuel dans un cimetière
- à quoi bon voyager
des formules :
- formule très forte sur la vieillesse p. 179
- "la végétation
était ici comme qui dirait psychopathe"
- "le fait de parler
en langue étrangère lui donnait la solitude de la franchise"
- "Eduards sentait en
lui la solitude d'un ours blanc errant sur la banquise"
des notes d'humour :
- "il distingue sa petite
culotte dont la forme rappelle l'empattement propre à une police
de caractères romains"
- "dans la pose du gorille
affranchi"
une construction faite d'éparpillements efficaces.
Souvent l'incompréhension monte comme un dérapage, un décalage
logique, pour le narrateur, comme pour le lecteur (p. 48, p. 51).
N'y a-t-il pas des problèmes de traduction (p. 62, 76, 117, 118) ?
Le A letton correspond-il à notre
E, p. 108 ? P. 199, c'est comme ça
que je faisais les dictées musicales et aucun
prof ne s'en est jamais étonné - ni ne s'est extasié !
J'ai eu souvent recours à Wikipédia.
J'ouvre en grand, oui !
Catherine entre
et
(avis
transmis)
J'étais très curieuse de découvrir un auteur letton,
c'était une première fois. J'ai aussi aimé la couverture
avec un dessin de chat pour un livre dont le titre est Tigre.
Ça met le lecteur directement dans le ton du livre. Il y est d'ailleurs
souvent question de chats (et de tigres parfois).
La première nouvelle m'a laissée un peu perplexe, pas sûre
de bien comprendre. Mais ça m'a donné envie de lire la suite.
Et je n'ai pas regretté. Globalement, j'ai aimé le caractère
absurde et parfois fantastique de certaines nouvelles ("Le jeu"
par exemple - avec au passage la question, qui n'a rien à voir
avec le sujet de la nouvelle, de Malévitch ou Matisse auteur du
Carré noir), l'humour et l'autodérision (je me suis
régalée dès la 2e nouvelle avec la disparition de
la Lettonie dans un univers parallèle dans lequel on pénètre
en se laissant enfermer dans un cimetière : "un
monde où il n'y avait plus de Lettonie, plus de souvenir ni de
passé, un monde sans obligations" ; de toute
façon, personne ne sait où se situe la Lettonie "pardon,
pardon mais dites-moi s'il vous plaît où se situe exactement
votre pays ?").
L'intérêt est donc inégal, certaines m'ont fait sourire
("Méthode", "La fuite", "Les lettres"),
d'autres ne m'ont pas convaincue (le délire amazonien de "Voyage",
avec ses terroristes et ses OVNIS, "L'enquêteur"...).
Le bon côté des nouvelles c'est que si l'une d'entre elles
ne nous emballe pas, hop on passe à la suivante. Une de mes préférées
a été "Le compositeur" : la composition de la
musique sous l'angle de la calligraphie ; j'ai aimé les références
à Thomas Mann ; les personnages du livre sont globalement
plutôt érudits, un policier français évoque
immédiatement les Misérables, l'évêque
et Jean Valjean devant un refus de plainte pour utilisation frauduleuse
de carte bancaire. Le livre fourmille de détails comme celui-là.
La question qu'on se pose après avoir fini est celle du fil conducteur
entre tout ça : quel est le sens du titre ? Il y a une atmosphère
commune, des thèmes récurrents, le courage, les rêves,
les désirs, des personnages un peu à la ramasse. "Théorie
(suite)" nous donne des explications : "Mes
tigres, ce sont mes désirs" ; on comprend un peu
mieux la première nouvelle au passage. Bon, je n'ai pas été
tout à fait convaincue et je ne sais pas ce qui m'en restera. Mais
j'ai pris du plaisir à cette lecture, je me suis posé des
questions, j'ai apprécié l'écriture.
Je l'ouvre à moitié +, et donc entre ½ et ¾.
Jacqueline
Je suis fatiguée et un peu débordée. Je n'ai pas
eu le temps de le lire et je ne sais donc pas comment l'ouvrir
Je
suis venue pour entendre vos avis. Je le lirai peut-être ensuite
Monique![]()
C'est le premier livre letton que je lis.
J'ai apprécié l'imagination de l'auteur pour trouver des
situations étranges et absurdes. Ce qui m'a gênée,
c'est la lourdeur avec laquelle sont traitées certaines de ces
situations qui auraient pu être intéressantes. Par exemple
le corps qui n'obéit pas !
Le ton souvent facétieux ne rachète pas à mes yeux
le style et la composition de ces nouvelles. En général
c'est drôle, absurde, et avec une profondeur sous une apparente
légèreté. La langue ne m'a pas plu (peut-être
est-ce dû à la traduction ?).
C'est un ensemble d'occasions ratées, avec parfois des touches
de fantastique comme dans "Le jeu". Les situations sont cocasses.
L'auteur manie l'autodérision et rit avant tout du non-sens du
monde, mais je trouve que l'humour est un peu poussif. La constante de
ces nouvelles, outre un humour très particulier, est leur imprévisibilité
et l'alcool toujours présent. Les narrateurs sont des individus
sans rien de particulier qui se trouvent dans une situation extraordinaire
où le hasard joue un grand rôle. Ils sont souvent désabusés,
fatalistes, en quête d'identité et ne savent pas quoi faire
de leur vie.
Ces nouvelles sont inégales. Quelques-unes m'ont plus marquée
: "Les lettres" que j'ai trouvée plutôt jouissive
bien que répétitive, "L'enquêteur" dont
la fin inattendue m'a surprise, "Le jeu" m'a intéressée
au début mais m'a lassée par la suite.
L'auteur porte un regard inhabituel sur le monde. Le ton caustique de
ses récits, son goût pour l'insolite et l'absurde avaient
tout pour me plaire mais je n'ai pas vraiment adhéré.
J'ouvre à ½.
La phrase marquante : "Problème
de méthode - comment maîtriser ses rêves ? Comment
penser, comment ne pas penser ? Si nous ne sommes pas même en mesure
de contrôler notre activité mentale, si nous sommes infichus
d'imaginer ce que nous voulons, comment pourrait-il être question
de liberté ?"
Renée
(à
l'écran depuis Narbonne)
Livre très déconcertant. Déjà je n'aime pas
trop les nouvelles, puis l'introduction ne m'a pas passionnée.
L'auteur est amoureux de la culture française et d'autres pays,
en général j'aime.
En plus, j'ai trouvé beaucoup d'humour. Par exemple lorsqu'un personnage
a une illumination métaphysique "en
découpant un morceau de thon, un autre en broyant du noir entre
deux avions". La déclaration d'amour avec le nom
des courses est amusante. Lauris, de même, veut absolument être
un héros : il sauve un chaton mais son public l'oublie, il l'enferme
sur le toit. L'histoire du compositeur : qui a composé ce morceau
fabuleux que le public encense ? Le professeur ou le dessinateur qui est
ignare en musique ? Dossier ouvert...
J'ai aussi aimé l'histoire de l'homme dont le corps n'obéit
plus à sa volonté : lorsqu'il prend une auto-stoppeuse on
s'attend à ce qu'il la viole... puisqu'il ne fait que des choses
négatives. Donc ils s'arrêtent en campagne et... il mange
des fraises sauvages. Y a-t-il une allusion au film de Bergman de 1957
Les fraises sauvages où il s'agit d'un viol ou bien il mange
réellement des fraises comme un individu normal ? La question du
"Carré noir" de Malévitch ou Matisse ? J 'ai cherché
: Malévitch a une première uvre en 1915 titrée
"Carré noir sur fond blanc", une plus tardive nommée
"Carré noir" et certains parlent du "Carré
noir" de Matisse qui est le rectangle noir de sa "Porte-fenêtre
ouverte à Collioure".
Bref des qualités, MAIS je suis restée un peu à I
extérieur, j'ai trouvé quelques passages un peu vains.
J'ouvre à moitié.
Manuel![]()
Après la séance, j'ai fini ma lecture
de toutes les nouvelles en sautant "Le Jeu", que j'ai lu en
dernier, et je remercie Renée qui m'a donné envie de la
lire. C'est la nouvelle la plus longue du recueil. J'appelle cela un recueil,
car je n'ai pas trouvé de point commun entre toutes les nouvelles.
Je ne suis pas très réceptif aux récits surréalistes,
et encore moins lorsqu'il y a une part d'absurde, comme dans la nouvelle
"Le Voyage". Avec cette histoire de posadistes et d'ovnis, j'ai
eu l'impression d'un récit un peu vain, mais j'ai adoré
l'histoire des tomates plantées dans l'asphalte p. 67 !
Certains débuts m'ont beaucoup plu, entre autres dans "Le
Jeu" : qui a raison d'affirmer que Malévitch ou Matisse
est l'auteur du carré noir ? Finalement, tout le monde a raison !
Les deux peintres ont peint un monochrome
enfin presque, car l'uvre
de Matisse est une fenêtre. Mais la suite de l'histoire, avec la
disparition des pays, est délirante et ne m'a pas plu. Je n'ai
pas trouvé le lien avec la fille de la première partie.
Ça n'a pas de sens
Ou "Le Compositeur", qui évoque les interprètes
lettons de musique. J'ai relevé la citation : "À
force d'orgueil, ils sont devenus plus exigeants et, au bout du compte,
insatisfaits". C'est la nouvelle la plus intéressante.
L'auteur cite Thomas Mann et le processus de création, mais je
n'ai pas compris la fin
Dans plusieurs nouvelles, y compris ces deux citées, il s'agit
d'enquêtes, mais ce procédé m'a paru très artificiel
et ça ne m'a pas tenu en haleine
j'avais hâte que cela
se termine.
Pour la soirée, je m'étais arrêté à
"La jambe" : le passage où le narrateur croque le lobe
d'une patiente m'a dégoûté. C'est une nouvelle sombre.
Je n'étais pas en état de cumuler des nouvelles déprimantes
après la séance Cees
Nooteboom.
Dans certaines nouvelles, le vocabulaire très trivial m'a gêné,
et je m'interroge sur la traduction. Parfois, l'auteur se risque à
quelques métaphores hasardeuses
p. 61 : "Les
pensées s'accrochaient à lui comme des lycopodes."
Peut-être que l'auteur, qui était en résidence en
France, a donné son avis sur la traduction française. J'ai
vraiment eu du mal à entrer dans les différentes propositions
du livre. Globalement, j'ai trouvé que les nouvelles manquaient
d'humour. Je suis resté à la porte. J'ouvre 1/4.
En entendant parler de Metal,
j'ai été intéressé par la thématique.
Brigitte![]()
Voilà encore une surprise réservée par le groupe.
J'ai trouvé ce livre d'une lecture difficile. On est confronté
à des récits en tiroir, nécessitant une lecture attentive.
D'où vient le titre ? Réponse dans la nouvelle "Le
compositeur". On apprend un peu par hasard que c'est le titre du
morceau énigmatique de cette musique étrange à partition
graphique ! Mais, dans une autre nouvelle, les tigres, ce sont nos démons
intérieurs.
Tous les personnages témoignent d'un grave penchant pour l'alcool,
peut-être dû à leur grande difficulté à
savoir ce qu'ils veulent faire de leur existence.
Certaines nouvelles m'ont plu : "La fuite", "La jambe",
"Le jeu", même si le récit se transforme en science-fiction,
et là, je décroche. Je suis restée à l'extérieur
des autres nouvelles.
On découvre que, la Lettonie étant un petit pays, les Lettons
sont habitués à la méconnaissance manifestée
par tous les étrangers à leur endroit. L'auteur fait preuve
d'une culture assez proche de la nôtre et d'un intérêt
certain pour la France, mais il est letton !
J'ouvre à moitié.
Richard![]()
Je voulais avoir vos avis car j'ai eu de grands doutes en lisant ces nouvelles.
Je n'ai lu que la moitié.
L'auteur manifeste une grande culture. Il est francophone, mais se sent
étranger dans la plupart des nouvelles. Dans chacune, il y a eu
des moments qui m'intéressaient et qui me faisaient rire, mais
je finissais toujours par me dire "so what ?".
Les expériences sont étonnantes, notamment la grande lumière
dans la jungle, probablement un OVNI.
Mais la lecture de ce livre m'a provoqué des réactions physiques
: je m'endormais. J'avais besoin d'éléments à raccrocher
pour me mener dans l'ensemble du livre. Je suis franchement déçu.
J'ouvre 1/4 pour la créativité, mais je ne suis pas sûr
de reprendre le livre jusqu'au bout.
Je suis peut-être trop classique.
Thomas
entre
et![]()
Étant
donné mes très minces connaissances en littérature
des pays de l'Est - et encore plus pour cet intriguant triptyque Estonie
- Lettonie - Lituanie pour lequel mes lectures se limitaient au joli roman
estonien L'homme
qui savait la langue des serpents d'Andrus
Kivirähk - j'étais très content de partir à
la découverte de la Lettonie. Évidemment, je commençais
par m'inquiéter puisqu'on débute en France, avant d'apprendre,
dès la première nouvelle, qu'en fait la Lettonie n'existe
pas...
Et, quand, enfin, on arrivait enfin sur un territoire purement letton,
c'était pour me laisser l'impression que les autochtones n'avaient
que deux centres d'intérêts possibles : l'alcool et
les filles... Le tout exprimé dans une langue qui ne m'a pas beaucoup
plu, sans que je sache quelle est la part de responsabilité entre
l'écriture originale et la traduction (avec notamment une vilaine
confusion entre gravitation et gravité, qui a fait
tressaillir d'indignation le physicien qui sommeille en moi).
Comme beaucoup, j'ai eu du mal à trouver le fil directeur à
travers ces nouvelles. Il y a quelques bonnes idées sur la recherche
d'identité et les mondes parallèles, mais, j'ai souvent
eu l'impression que l'auteur n'en "faisait pas grand-chose",
et que ces jolies ébauches restaient en l'état, sans chutes
qui viendraient couronner le tout, ni liens qui viendraient tenir l'ensemble.
Un peu comme du
Paul Auster,
en moins bien écrit et moins bien fini, donc.
Il y a tout de même plusieurs nouvelles, dans la seconde moitié
de ce roman (?)/recueil de nouvelles qui ont réussi à retenir
un peu plus mon attention, notamment celle concernant la jeune femme qui
fait disparaître - momentanément - les pays qu'elle
apprend ("Le jeu"), avec une chute un peu meilleure que les
autres. La nouvelle sur le musicien a également relevé l'ensemble.
Comme je ne me suis pas trop ennuyé malgré tout, j'ouvre
entre 1/4 et 1/2, mais je ne crois pas que je relirai cet auteur... Ah...
euh... quoique... On vient de m'apprendre qu'il écrivait aussi
sur le metal... Hum...
(Thomas, connaisseur en metal, a envie de lire le roman Metal
et nous promet une playlist découverte...)
Fanny
et
![]()
Tigre : J'ai aimé ce côté un peu "décalé",
non réaliste des nouvelles, avec des univers parallèles,
cela m'a rappelé l'univers de certains romans de Paul
Auster.
J'ai cherché à voir s'il y avait malgré tout une
trame à travers ces nouvelles, car j'avais lu en introduction qu'il
s'agissait aussi d'un roman. Je m'attendais peut-être à retrouver
certains des personnages évoqués dans la première
nouvelle au fil du livre. Sans être aussi explicite, il m'a semblé
tout de même retrouver certains profils. Et il me semble que le
fil conducteur est la quête d'identité de chacun des personnages,
leurs questionnements sur qui ils sont et dans quelle mesure ils peuvent
être maîtres de leurs destins. J'ai aimé l'image du
tigre et du parallèle avec le chat. Pour moi le tigre, c'est ce
que le chat aspire à devenir, dans sa pleine puissance, le plein
épanouissement de son potentiel.
Ces nouvelles allient pour moi humour, réflexion, créativité
et originalité. Malgré quelques longueurs.
J'ouvre 3/4.
Citation que je retiens de "Théorie (Suite)" : "Si
nous ne sommes pas même en mesure de contrôler notre activité
mentale, si nous sommes infichus d'imaginer ce que nous voulons, comment
pourrait-il être question de liberté ?"
Mais j'ai eu du mal à n'en retenir qu'une, et Monique et moi sans
nous concerter avons choisi la même.
Metal : J'ai été touchée par les portraits
de ces jeunes, et j'ai retrouvé le style et l'humour que j'avais
aimé dans Tigre.
J'ai bien aimé la dernière partie également, qui
retrace une forme de nostalgie voire de désillusion des convictions
adolescentes. J'ai d'ailleurs pensé qu'il pouvait y avoir une partie
de récit autobiographique.
Mais l'univers de Metal est très éloigné du
mien, même si je n'ai que quelques années de plus que les
personnages du roman. L'auteur n'a pas réussi à m'embarquer
complètement avec ses personnages, j'ai trouvé l'ensemble
beaucoup trop long. Dans de nombreux passages, il raconte dans les moindres
détails chacune des péripéties, comme si on vivait
en même temps que les personnages ce qui leur arrive. C'est très
probablement voulu et assez réussi, mais je me suis tout de même
parfois ennuyée.
J'ouvre 1/4 par rapport à mon plaisir de lecture mais je reconnais
ici aussi l'originalité et la dimension immersive du roman. C'est
probablement une belle réussite, mais qui n'a pas eu l'effet escompté
sur moi.
Citation chapitre 8 : "Il
me semble bien, plus généralement, qu'une large part des
situations déraisonnables dans lesquelles nous nous trouvâmes
embarqués étaient le fruit de notre délicatesse ou
de notre manque d'assurance".
Mégane (à l'origine
du choix du livre) entre
et
(à
l'écran)
J'ai découvert
la littérature lettone à travers ce recueil de nouvelles
et je ne le regrette pas un instant !
Avec cet humour plein d'auto-dérision typique des "petits
pays" européens (et que personnellement j'adore), l'auteur
égratigne gentiment ses compatriotes et sa nation, sur lesquels
il jette un regard à la fois critique et tendre. Paradoxalement
(je ne connaissais pas la biographie de l'auteur à la lecture du
roman), il en profite aussi, par comparaison pas toujours flatteuse et
c'est tant mieux, pour nous offrir son regard sur la France.
Les 12 nouvelles sont à la fois très différentes
dans le récit et très semblables sur le fond, avec des personnages
qui pataugent dans leur vie et des phénomènes fantastiques
qui leur tombent dessus. Qu'est-ce que le courage ? Est-ce que ça
vaut le coup ? Pourquoi chercher la difficulté plutôt que
rester bien au chaud sous sa couette ?
Un excellent moment d'auto-dérision tout en fine ironie et tendresse
!
Jacqueline
Finalement vous m'avez bien donné envie de lire Tigre,
mais aussi Metal
avec la perspective d'écouter une bande son
J'hésite
juste : par lequel commencer ?
Thomas (après la séance, nous ayant promis des exemples
metalleux)
Voilà déjà un premier morceau, cité au début
de Metal
: Hurt,
dans une version légèrement revisitée par Johny Cash ;
d'autres propositions suivront, évidemment ;))
Thomas (ayant encore un peu avancé dans Metal)
Je rajoute trois morceaux à cette ébauche de playlist "À
la découverte du metal" :
1. Puisqu'il est souvent question de Nirvana (plus rock que metal d'ailleurs),
je vous propose une reprise française assez récente de leur
iconique Smells
like teen spirit.
2. Ils mentionnent également à quelques reprises l'Unplugged
de Nirvana, concert iconique guitares débranchées (i.e
à l'acoustique et non pas à l'électrique), ce qui
se faisait régulièrement à cette époque avec
la complicité de MTV loin, donc, de l'idée de bourrins jouant
juste "le plus fort possible" ;) Pour ne pas donner que
dans Nirvana, je propose un morceau issu d'un autre iconique MTV
Unplugged, celui d'Alice In Chains, qui a officié dans
la même période que Nirvana, dans un genre assez proche -
et les mêmes problèmes d'addiction pour le chanteur.
3. Je me méfie toujours un peu des groupes avec des noms peu ragoutants
comme ceux cités par notre ami letton (Cannibal Corpse & Co),
mais parfois on peut avoir de très bonnes surprises malgré
des termes faisant assez peu envie. Iron Maiden en est un bon exemple,
et il y a aussi cette petite pépite de Grave
Digger, qui revient sur la vie de Mary Stuart.
Suite au prochain épisode ;)
Fanny
Thomas merci pour ta playlist. J'aime bien ta description d'une représentation
de "bourrins qui jouent
le plus fort possible", j'avoue que c'est bien la représentation
très cliché que j'en ai.
J'ai écouté ce matin trois morceaux (j'y vais progressivement
tout de même...) : Smells
like teen spirit, Hurt,
Down in a Hole. Et là, surprise... j'ai vérifié
les liens... c'est du metal ? Mais il y a de la mélodie ! Pour
un peu je trouverais presque certains passages trop lents.
Bref, merci Thomas, c'est une chose d'avoir conscience d'être dans
le cliché, c'en est une autre d'en faire l'expérience sensorielle.
Thomas
J'étais très heureux de lire que j'ai modestement pu contribuer
à changer ta vision, Fanny, du metal... pour laquelle je ne te
jetterai pas la pierre, ayant moi-même nourri des préjugés
très similaires à une époque ! :)
Entre temps, j'ai fini Metal
qui m'a plutôt bien plu, même si la seconde moitié
m'a un peu déçu, avec cette fixette sur ce qui m'intéresse
le moins dans ce courant musical : le "faire le plus de bruit
possible" (qui, comme tu l'as vu n'est pas toujours une caractéristique
du genre :)) et le goût pour la provocation et une certaine forme
de symbolique morbide, voire très morbide...
Toutefois, il existe certains groupes qui bien qu'exploitant ce filon
avec plus ou moins de bon goût (sans aller, heureusement, jusqu'aux
extrémités décrites par l'auteur...), savent en faire
quelque chose d'intéressant musicalement parlant :
1. Le groupe Ghost, campant une sorte d'anti-pape, et dont les
membres sont longtemps tous restés anonymes, jusqu'à ce
qu'un procès intenté par les "Nameless Ghouls"
(i.e instrumentalistes embauchés pour les performances live et
n'ayant a priori pas contribué à la création artistique,
mais qui ont voulu leur part du gâteau lorsque ça a commencé
à très bien marcher) oblige leur leader à révéler
son identité. C'est sans doute trop mainstream pour nos amis lettons,
mais ça s'écoute :ici
sur youtube
2. Le groupe Powerwolf, dont l'imaginaire s'articule autour d'un
loup-garou repenti, devenu prêtre... Mais, là aussi, derrière
cette histoire assez loufoque, prise avec plus ou moins de sérieux,
des chansons intéressantes (en dépit de certains titres
un poil trop provocateurs à mon goût, mais je te fais grâce
des plus polémiques) : ici
sur youtube
3. Le groupe Sabaton, hérauts du War Metal, et que
j'ai emmené ma petite sur, ravie, voir en concert pour l'un
de ses anniversaires. Derrière une scénographie très
guerrière, ils reviennent avec parfois beaucoup de finesse sur
de grandes batailles historiques, sans oublier de parler des traumas engendrés,
et n'hésitant pas à expliquer le contexte historique de
chacune de leurs chansons sur leur site web. Un exemple parmi d'autres,
sur Charles XII, l'un des rois suédois les plus importants : ici
sur youtube
4. Iced Earth n'hésite jamais à faire référence
à l'Enfer (y compris celui de Dante !), ce qui ne les a pas empêchés
d'écrire, en l'honneur d'un ami décédé, l'une
des plus belles chansons de deuil que je connaisse : ici
sur youtube (il m'est arrivé de larmoyer dessus plus souvent
que je n'oserais l'avouer !).
Et puisque tu trouvais certains des morceaux trop lents, je finis avec
un groupe de speed metal allemand, Blind Guardian, qui n'hésite
pas à s'inspirer de diverses uvres littéraires, et
notamment de Tolkien dans ce morceau culte : ici
sur youtube... même s'il ne s'agit pas de l'une de leurs chansons
les plus rapides en l'occurrence ;)
(À quand une séance Voix au chapitre sur le thème
des romans ayant inspiré le metal ? :))
Voilà, j'en ai terminé avec mon cours d'introduction au
metal, dommage qu'on n'ait pas programmé Metal
plutôt que Tigre,
j'aurais beaucoup aimé voir Claire se pencher sur les subtilités
de Cannibal Corpse et autres groupes du même acabit pour
l'habituel dossier autour du roman ! ;)
|
Les
avis sur Tigre |
Cindy
(avis
transmis)
Un petit bijou de bonheur de lecture ! J'ai beaucoup aimé !
Dès l'introduction, le ton est donné :"Si
vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire".
Le livre merveilleusement bien traduit est un hymne à la vie dans
tout : excès, simplicité, audace, tout en charme !
Les personnages de ce roman que l'on peut qualifier de culte, en douze
nouvelles, font face à un monde où tout est possible, où
rien n'est jamais acquis. Des bureaux de Riga à la jungle brésilienne,
en passant par le milieu de l'océan, compositeurs, enquêteurs,
voyageurs et rêveurs s'efforcent de rester crédibles, suivent
leur intuition, manquent sans doute des occasions singulières qui
auraient pu changer leurs vies, mais échappent forcément
au pire dans ce monde en plein bouleversement planétaire.
J'ai aussi aimé ce livre pour ses pages remplies d'un comique absurdiste
d'un Boulgakov, accompagnées par quelques alcools forts.
Enfin on y retrouve des histoires à rebondissements, surprises,
mélancoliques qui rappellent l'âme de ces pays de l'est.
Et alors le titre "Tigre" dans tout ça ?! C'est un peu
chacun d'entre nous. Dans la vie, parfois il faut se battre comme un tigre,
alors qu'en réalité on reste docile, attentif avec application
pour faire au mieux, à l'écoute de nos désirs
et on verra bien !
Annie
(avis transmis)
Ce recueil de nouvelles décrites comme "imprégnées
du comique absurdiste d'un Boulganov" a été une découverte
pour moi. Je n'avais jamais lu Janis Jonevs et n'en avais jamais entendu
parler.
Je n'ai pas apprécié toutes les nouvelles de façon
égale. Certaines m'ont amusée, d'autres m'ont emmenée
dans le délire de l'auteur et une ou deux m'ont laissée
plus perplexe.
La première, "Intro", m'a fait penser à un atelier
d'écriture. Les textes écrits partent dans tous les sens
et mis bout à bout constituent un melting pot amusant. Ou comment
donner du lien à ce qui n'en a pas, de Walt à Henry !! Pour
donner le ton !
La "Méthode" est pour moi à l'image d'une conversation
de sourds ! C'est son côté burlesque et simpliste (Fernand
Raynaud et son croissant) qui en fait le charme. J'y ai lu un "soyez
attentif et acceptez de perdre pied, je vous emmène..."
La "Théorie" est peut-être une tentative d'expliquer
sa démarche à travers les exemples cocasses du dentiste
qui illustrent ses propos plus profonds sur le hasard, l'intuition, l'inattendu.
Le "Voyage" au pays de l'absurdie et des ovnis m'a amusée
sur le fond, même si j'ai trouvé la forme un peu longue et
la fin attendue.
Je n'ai pas été conquise par "La fuite" ni par
"L'autre agence".
J'ai adoré les "Lettres" qui m'ont fait penser aux très
romantiques pubs d'Intermarché et leurs rencontres aux caisses
du supermarché ! Ce qui est évident pour les uns ne l'est
pas forcément pour les autres. Comment réussir à
se comprendre...
"La jambe" m'a fait penser à un spectacle de théâtre
appliqué vu récemment. Soit on entre dans le délire,
soit on reste à la porte... je me suis laissé guider pour
entrer !
"Le jeu" aurait pu me laisser croire quelques paragraphes à
une nouvelle de science-fiction, si le titre n'avait pas été
aussi évocateur. Un peu long à mon goût.
"Le compositeur" m'a beaucoup plu, même si, là
aussi, on devine la chute. Mais les rebonds sont intéressants car
ils réussissent à faire douter le lecteur. Et il nous appelle
à réfléchir la notoriété et le processus
qui mène à la gloire et à la reconnaissance. Un écho
à sa propre vie d'auteur ?
J'ai moins aimé "L'enquêteur" même si je
comprends qu'on puisse le trouver très drôle, mais je n'ai
pas vraiment réussi à embarquer !
J'aurais aimé le déguster comme un bon verre mais je sentais
un peu l'overdose ! J'aurais dû lire ce livre par petits bouts pour
peut-être mieux l'apprécier !
"Outro" et son dernier hommage au tigre si souvent cité
ou suggéré, fait office de dernière pirouette ! J'y
ai vu un clin d'il à "Compositeur".
Il m'est très difficile de juger ce livre étonnant, déconcertant
qui m'a amusée après relecture de certains passages. Du
burlesque contemporain, du 2e, 3e degrés !
Peut-être à l'image de la photo de l'auteur sur ce livre
: un il sérieux et un il rieur ! L'humour de sa génération
!
J'ouvre quand même aux 3/4, même si certains passages m'ont
paru un peu longs.
Quelle belle année littéraire !!
Marie-Odile![]()
Est-ce d'avoir lu la version numérique (à laquelle je ne
revenais pas volontiers) qui m'a empêchée d'apprécier
ces nouvelles ? J'en doute...
Si la première m'a paru légèrement drôle, j'ai
pensé qu'elle aurait pu donner lieu à une interprétation
théâtrale, comme certaines autres d'ailleurs (par exemple
"Le jeu", qui est riche en dialogues). L'intention humoristique
des suivantes n'a jamais pour moi atteint son but.
Ces nouvelles frôlent parfois le fantastique, la science-fiction
("Le jeu"), mais je n'ai pas réussi à y trouver
un intérêt.
Le fil conducteur ne m'est pas apparu même après que j'ai
essayé de repérer les récurrences.
Outre les détails comme les tasses de café et les boulettes
de papier et les feuilles mortes, quelques traits d'humour noir et une
fréquente autodérision, j'ai constaté qu'on est souvent
dans une sorte de cauchemar : ce qui se passe échappe à
la compréhension des personnages (et je dois avouer de moi lectrice),
les relations humaines ne sont jamais satisfaisantes, les paroles ne sont
pas bienveillantes, le narrateur, souvent en échec, se trompant
et ratant son objectif, se retrouve confronté à l'absurde.
Ce qui me semble le plus significatif c'est l'angoisse liée à
l'inexistence d'un pays, la Lettonie ("Méthode"), ou
à la disparition, l'effacement, de pays ("Le Jeu"). Je
suis tentée de relier ça à l'histoire des pays baltes.
Je me suis interrogée en vain sur les titres de nouvelles et plus
encore celui du recueil.
J'ai repéré plusieurs allusions éparses au "tigre"
sans que cela m'éclaire.
Dans "Théorie", un passage a l'air fondamental pour la
compréhension du titre donc de l'uvre, mais je ne vois bien
pas en quoi les autres nouvelles l'illustrent : "Il
y a une histoire comme ça. L'empereur fait venir le sage auprès
de lui et s'enquiert : 'Que
dois-je faire pour être tout-puissant ?'
Il était déjà empereur, mais si je comprends bien,
cela ne lui suffisait pas. Donc, il précise : 'De
quelle façon pourrai-je devenir tout-puissant ?'
Et le sage répond : 'C'est
très simple. Il n'y a qu'une condition. Tu ne dois jamais au grand
jamais penser aux tigres. Jamais. En aucune façon. Et si tu es
capable de te retenir, tu seras capable de tout.'
Maintenant, je comprends la fable. C'est la vérité ! Mes
tigres, ce sont mes désirs. Si je suis capable de les dompter,
je serai le plus puissant de tous. Je n'aurai plus besoin de rien. Je
pense à l'il enflammé de la bête, en pleine
nuit, dans la forêt ; je pense au ronronnement qui vous fait frémir
les oreilles. Oups ! Je n'aurais pas dû y penser."
Il est donc impossible d'échapper à ses désirs, mais
apparemment c'est l'objet du désir qui s'échappe tout seul...
Quant au dernier paragraphe du recueil il évoque un tigre mais
reste pour moi énigmatique.
Je viens de trouver, un peu tard, ce propos de l'auteur, dans la documentation
du site :
"Sur la couverture,
on voit un chat - c'était aussi dans la version lettonne : c'est
un chat qui se croit être un tigre, c'est son rêve ; comme
il le croit, il l'est. En effet si tu crois être un tigre, tu es
un tigre parce que le monde n'existe que dans la tête : si tu crois
que tu es heureux, tu l'es, si tu crois être malheureux, c'est vrai,
tu as raison. C'est comme ça qu'on peut organiser le monde, mais
à certains moments ce rêve devient plus fort et c'est ce
tigre qui nous déchire et nos rêves, nos pensées sont
plus fortes que nous. Alors on peut avoir cette illusion de gouverner
le monde avec ce rêve, mais à des moments ça s'échappe,
ça détruit tes rêves." J'aurais aimé
que les nouvelles illustrent ceci de manière plus accessible et
agréable.
J'ai trouvé intéressante l'idée du compositeur qui
"dessine ses morceaux", le critère de création
étant l'aspect visuel des partitions, mais bon...
Cela n'empêche pas les banalités telles que "Il
vaudrait mieux ne rien dire dans la mesure où très souvent
on veut dire une chose, mais c'est une autre qui sort".
Je n'ai pas du tout aimé l'écriture de Janis Jonevs.
Je me suis demandé pourquoi cette littérature lettonne,
reconnue par certains, reste hermétique pour moi (pour nous). Ce
texte est-il représentatif ? De quoi ?
J'ouvre 1/4.
Marie-Thé![]()
Je n'ai pas aimé du tout : un livre pour moi sans grand intérêt
; j'ai bien voulu m'en infliger la lecture, avec cette impression de perdre
vraiment mon temps.
De cette énumération de petits papiers ("Intro"),
je retiens cependant quelques mots qui m'ont interpellée : "Les
seules choses qu'on voit sont celles qui existent dans les mots.",
"Autour de nous, il
existe encore des myriades de choses fabuleuses qui attendent leur baptême."
Il y a aussi l'histoire de ce marginal qui ne veut pas suivre comme un
mouton : "Et il me faut
un job garanti, si soudain l'envie de travailler me prenait, mais sans
obligation." Ou l'histoire du "sorcier
amoureux" : "Elle
finira en 'reine des feuilles mortes' - grand bien lui fasse !"
Évocation du bien-être en prison encore. Humour noir et grinçant
souvent.
La nouvelle intitulée "Méthode" est peut-être
celle que je "préfère". Comment commencer à
écrire ? Pour Kafka : s'asseoir et attendre ; Hemingway : fric
et alcool.
"À l'étranger,
le meilleur ami du Letton c'est un autre Letton." : je
ne suis pas les divagations du personnage. Mais au bar Sherlock, la confusion
des trois pays baltes est drôle, même si la Lettonie disparaît,
et le rugby n'intéresse plus personne...
La nouvelle "Théorie", j'aime quand même : "Depuis
tout petit, la rêverie est mon activité principale."
Ou : "Seul survient
l'inattendu."
"Voyage" : aller chercher au bout du monde ce qu'on a à
sa porte. Ici on est en plein délire et ça se termine en
queue de poisson (dauphin).
"La fuite" : Lauris à qui on vole peut-être la
vedette...
"Les lettres" : on peut passer.
"L'autre agence" : nouvelle déroutante, aucune envie
de m'y attarder.
"La jambe" : "Je
ne suis capable de faire que ce que je veux vraiment."
Et pourtant, je lis ce livre que je ne veux pas lire ! Pouvoir et vouloir...
"Le jeu" : s'infliger ça ! Ce n'est pas du jeu. Perte
de temps pour moi.
"Le compositeur" : dessin et composition, déroutant.
"Avancer sans comprendre.
Aller vers le mystère" C'est on ne peut plus juste
pour moi.
"L'enquêteur" : encore un à qui échappe
ce vers quoi il tend.
"Outro" : "Mais
alors, comment faut-il s'y prendre pour atteindre son but ?",
"Seulement le soleil
à travers le feuillage, et je fus submergé par un bonheur
explosif. " Mais oui, tout simplement.
Et franchement, l'allusion au fauve (tigre) dans les dernières
lignes, pour justifier encore le choix du titre, à mes yeux ça
ne tient pas la route. Je n'ai d'ailleurs rencontré ni tigre, ni
chat, dans toutes ces pages.
Philippe![]()
La lecture de Tigre m'a donné quelques difficultés.
J'apprécie habituellement la forme de la nouvelle.
Dans cet ouvrage, la première page de chaque nouvelle m'a intéressé,
mais ensuite, pour chacune d'elles, je ne suis pas parvenu à être
attentif, à prendre de l'intérêt pour le développement
du propos : vraiment rien n'accrochait, trop flou, trop d'imprécision,
beaucoup de dialogue sans intérêt, une écriture sans
relief, très journalistique.
Je suis complètement passé à côté de
l'allégorie du tigre qui surgit dans quelques textes.
J'ai dû attendre la onzième nouvelle, "Le compositeur",
la plus longue de toutes, pour apprécier l'histoire d'un compositeur
à succès, sans formation musicale, qui a découvert
la musique par le dessin des partitions dans ces subtilités, après
une formation aux Beaux-Arts. J'ai apprécié cette citation
de Thomas Mann utilisée par l'auteur pour illustrer son propos
: "en tout temps, les
compositeurs avaient introduit dans leurs écrits maint secret plutôt
destiné à l'il qu'à l'oreille."
Je rêverais d'avoir cette capacité pour dépasser mon
incompétence musicale.
Janis Jonevs ne rentre pas avec cet ouvrage dans mon panthéon des
nouvellistes. L'exotisme de l'auteur letton, francophile, ne fait pas
tout.
Pour Voix au chapitre, et pour la nouvelle "Le compositeur",
je garde le livre ouvert à un quart.
Edith![]()
J'étais très partante pour ce choix.
J'ai eu le loisir de visiter les trois pays baltes, ce voyage a augmenté
mon désir de lecture de cet auteur inconnu jusqu'à ce choix
de VAC.
Je n'ai pas tout lu. Et n'ai pas le projet de poursuivre.
George Sand, encore trop présente par les
romans que je voulais finir, m'a retenue me laissant peu de temps pour
entrer totalement dans ces 11 nouvelles, 12 si j'ajoute "Intro".
Beau papier, belle couverture, texte aéré, traduction fluide,
et curiosité comme je l'exprimais plus haut. MAIS difficile pour
moi de me concentrer sur ces textes trop vite oubliés après
leur lecture. Il m'a fallu les reparcourir pour en dire quelques mots.
"L'intro" : Walt et Hery buveurs de café
le bruit
de la machine à café puis les petits papiers. J'ai lu, un
de plus, et de plus..., décourageants par leur teneur. J'ai eu
besoin d'aller à la fin pour retrouver les buveurs de café,
Walt et Henry, très désorientée par le ton et la
forme des petits papiers, d'emblée je rejette et décide
de choisir "Voyage". En refusant de suivre l'ordre du livre,
j'ai le sentiment de désobéir à l'auteur et ainsi
de me mettre au diapason des textes à venir une. Plutôt classique
dans mes choix, je n'ai rien contre la poésie surréaliste,
mais après l'immersion dans George Sand, je doute de l'intérêt
que je vais y trouver.
Je n'apprécie pas vraiment les nouvelles, il m'en reste en général
très peu de traces.
"Voyage" : L'humour dès les premières lignes,
et puis les ovnis qui s'invitent
. J'ai complètement adhéré
à cette nouvelle, en me disant que c'était de l'ordre du
rêve enfantin : "Que
faut-il faire pour entrevoir ce qui pourrait exister dans un autre monde
?". L'auteur aurait pu choisir les diplodocus qui portent
les imaginaires des mondes disparus. Un tel récit "épique"
aurait pu être raconté.
"La jambe" : Un vrai cauchemar pour l'auteur ? Le "je"
le fait croire. Une sensation corporelle déclenche un rêve.
Sa jambe ne répond plus et le fait de ramper hors de chez lui et
pour l'auteur l'amène à philosopher (que peut le corps,
la pensée immatérielle qui devient action, son absence totale
de maîtrise sur son corps est-ce un démon ?
) : il livre
sans retenue ni logique apparente ses pensées vagabondes, me procurant
du plaisir de lecture : comment cela va tourner ? Je souris à la
description de la morsure de lobe de l'oreille de la fille toute retenue
ayant disparu, pas de regret ni honte : "le
monde ne me concernait pas". Pourquoi ne pas voler la
superbe voiture, donner une claque à ce passant ? Puis arrive le
récit de l'auto-stoppeuse et la chute du récit ; puisque
je peux tout, la jeune fille dans l'auto ne l'intéresse plus "La
seule issue consistait à faire exclusivement ce que je voulais"
,
le sans limite ne procure que désintérêt.
"Théorie" : Les rêves tout éveillé,
c'est l'activité préférée de l'auteur. Cela
aidera à découvrir les nouvelles ?
"Théorie (suite)" : Les tigres ce sont mes désirs,
dit l'auteur, et sur la couverture, j'ai déjà enregistré
la tête entière du chat noir au regard tranquille ! À
moi de rêver aussi.
La place qu'occupe ces deux parenthèses - "Théorie"
et "Théorie (suite)" - illustrent les nouvelles. Pourquoi
à cette place-là dans le livre ? "Seul
survient l'inattendu (
) et si l'on veut que quelque chose se produise,
faut-il donc l'oublier ?"
"Méthode" : Un vrai bonheur de texte, Edgars abandonne
son idée de se situer comme letton : son pays n'existe pas pour
les Français puisqu'il ne le situe pas. Et pourtant, en résidence
d'écriture à Paris, il doit produire un texte sur la Lettonie.
Cette histoire sent le vécu !
Lecture agréable, découverte d'un auteur y compris sa bibliographie
: je me trouve dans le cas de la Française qui s'étonne
d'un auteur d'un aussi petit pays à peine lisible puisque coincé
entre la Lituanie et L'Estonie ! Autonome depuis 1990.
J'ouvre un quart. Je crois qu'à un autre moment, j'aurais été
plus dispose à ces nouvelles.
|
DES
INFOS AUTOUR DU LIVRE |
État d'Europe du Nord situé sur la côte
orientale de la mer Baltique, la Lettonie est entourée par l'Estonie
au nord, la Lituanie au sud, et la Russie et la Biélorussie à
l'est :
- 1918 : première indépendance, après la chute des
empires russe et allemand.
- Seconde Guerre mondiale : occupations successives par l'URSS (1940),
l'Allemagne nazie (1941), l'URSS à nouveau (1944). 70 000 Lettons
furent déportés par les Soviétiques, remplacés
après la guerre par des colons russes...
- 1991 : restauration de l'indépendance, après l'effondrement
soviétique.
- 2004 : la Lettonie devient membre de l'UE et de l'OTAN.
- Population : environ 1,86 million d'habitants (2024-2025).
- Capitale : Riga, grande ville cosmopolite et centre culturel majeur.
- Langue officielle : le letton qui appartient au groupe balte de la famille
indo-européenne ; il partage des caractéristiques avec le
lituanien, le russe, mais aussi avec les langues finno-ougriennes comme
lestonien et le finnois, et avec des langues germaniques, comme
le suédois ou lallemand. Le russe est encore largement parlé,
héritage de l'époque soviétique.
- Une identité culturelle marquée par les chants choraux
(importants dans la culture nationale), une forte tradition littéraire
et poétique, un rapport intime à la nature (forêts,
lacs, mer).
Janis Jonevs est né en 1980 à Jelgava,
anciennement connue sous le nom allemand de Mitau, ville industrielle
marquée par l'ère soviétique, deuxième ville
étudiante du pays :

- Études : master d'études françaises à l'Académie
de la culture de Lettonie (=université publique lettone spécialisée
dans les arts, la culture.
- Rédacteur dans une agence publicitaire, publie ponctuellement
des articles.
- Traducteur du français de trois uvres, il ne se considère
par conséquent pas comme un traducteur : Dans
la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès,
Douze douzains de dialogues ou Petites scènes amoureuses
de Pierre Louÿs et Le
Grand Cahier d'Agota Kristof (lu dans le groupe en 1991...).
Son parcours est particulier par rapport à d'autres auteurs baltes : il nest ni universitaire, ni professeur, ni fonctionnaire, ni traducteur institutionnel. Il appartient à une génération dauteurs post-soviétiques, plus proches de la culture pop, du journalisme, du cinéma, de la musique.
Notons que parlant très bien français,
il a bénéficié de résidences littéraires
en France, par exemple :
- à La Prévôté, à Bordeaux, en 2016
; Janis Jonevs a présenté son livre à la Librairie
Le Gang de la clé à molette à
Marmande...
- à la Villa
Marguerite Yourcenar en 2017
- à La Ferme des lettres,
à L'Honor-de-Cos, dans le Quercy, en 2019.
On le voit au Festival des Boréales en 2018 et en 2025, en 2024 dans des librairies pour la sortie de Tigre.
Livres
- 2013 : Metal
(Jelgava 94), trad. Nicolas Auzanneau, éd. Actes sud, coll. Gaïa,
2016 : récit d'une passion de jeunesse pour la culture alternative
et le heavy metal dans la ville de Jelgava dans les années 90 post-soviétiques
: succès critique d'abord, puis succès en librairie, exceptionnel
pour la Lettonie : succès international ; prix de littérature
de lUnion européenne. Adapté au cinéma en 2019
par Janis Abele : bande annonce de Jelgava 94 ici.
- 2014 : Les Fêtes secrètes (non traduit), album pour
enfants illustré.
- 2020 : Tigre,
trad. du letton par Nicolas Auzanneau, éd. Les Argonautes 2024.
Prix de littérature lettone 2021
- 2022 : Décembre (non traduit) : roman noir sur le milieu
criminel letton des années 1990.
Nouvelles parues
en France
- "Les
Lettres de Janis Jonevs", podcast d'une nouvelle inédite,
une création radiophonique de David Chazam, 2021
- "Le compositeur", revue
Café n° 4, 2022, publiée dans Tigre.
- "Deviens
un tueur, reste humain", revue Le Grand Continent, 2022 :
sur la guerre en Ukraine.
- Le
Grand Tour : autoportrait de l'Europe par ses écrivains,
Olivier Guez, Grasset, 2022 : à loccasion de la présidence
française de lUnion Européenne, Olivier Guez a demandé
à vingt-sept écrivains, un par État-membre, décrire
sur des lieux évocateurs de la culture et
de lhistoire européennes. Janis Jonevs représente
la Lettonie avec un texte titré "Jelvada encore une fois"
(10 p., en ligne ici) : il
raconte le parc de son enfance, à Jelgava,
entre coups de fourche, premières cuites et Tsiganes. Sous les
pelouses, nous apprend-il, se trouve la tombe de l'abbé Edgeworth
de Firmont, Irlandais exilé en France, dernier confesseur de Louis
XVI et compagnon de route du futur Louis XVIII à travers l'Europe
- et la Russie - jusqu'à ce coin de Courlande, aujourd'hui en Lettonie,
où il mourut... Qui ne se souvient que nos destins n'ont jamais
été parallèles ?...
Janis Jonev et son traducteur Nicolas
Auzanneau 
(La
République du Centre, 2025)
Nicolas Auzanneau a un
parcours particulier.
- Né en 1972. Études d'histoire à Poitiers. Fac de
lettres à Bordeaux, puis Capes de lettres modernes. École
de traduction littéraire (ETL).
- Une année en tant que lecteur à Wroclaw en Pologne en
1993.
- Service national sous forme de deux années à létranger
pour enseigner au titre de la coopération, à Riga en Lettonie
: "En 1996, on ne savait rien de ce pays." Il découvre
une ville marquée par lart nouveau et lindustrialisation
soviétique. Il assure sa mission denseignement du français
tout en travaillant au service culturel de lambassade : "Jai
notamment accompagné la création des épreuves de
français pour léquivalent du bac en Lettonie."
Il développe sa maîtrise de la langue lettonne et rencontre
sa future femme. 1998 : retour en France pour enseigner : "jai
très vite eu lenvie de travailler pour la défense
du français à létranger."
- Retour en Lettonie comme attaché de coopération et directeur
adjoint du nouveau centre culturel français à Riga (devenu
ultérieurement Institut
français) : des années marquées par ladhésion
de la Lettonie à lUnion européenne, administration
pour laquelle il va travailler, à Luxembourg puis Bruxelles, en
tant que traducteur de la fonction publique européenne (EPSO=European
Personnel Selection Office) vers le français (anglais, letton,
allemand, polonais).
- "Jai commencé à rendre quelques services
pour traduire quelques ouvrages lettons vers le français".
Il se met sérieusement à cette pratique à partir
de 2014, en parallèle de son travail à lUnion européenne
: "Ce nest pas suffisant pour en vivre, il ny a pas
de best-sellers lettons." Outre Janis
Jonevs, il a traduit d'autres livres lettons comme :
À
lombre de la Butte-aux-Coqs dOsvalds Zebris, éd.
Agullo, 2020. Prix de littérature de lUnion européenne
en 2017.
Nouvelles
de Lettonie, éd. Magellan, 2023.
À
l'ombre de la mort, Rudolfs Blaumanis, éd. Do, 2024.
- Il a par ailleurs publié Bibliuguiansie ou l'effacement de la lexicographe : Riga, 1941, Phb éditions, 2018. Le terme bibliuguiansie désigne lart de restaurer les livres. Nicolas Auzanneau possède un dictionnaire franco-letton en piteux état quil souhaite restaurer. Remarquant sa date de publication, il est stupéfait : Riga 1941. Qui faut-il donc être pour sacharner à publier un tel ouvrage en ces temps cruels ? Car la Lettonie est occupée par lUnion soviétique depuis juin 1940 et la menace hitlérienne pèse Tiré à 3 100 exemplaires, riche de 45 000 mots, louvrage reste, à ce jour, le meilleur dictionnaire bilingue. Auzanneau va mener une enquête obstinée pour en savoir plus sur les trois personnes qui ont composé ce dictionnaire, acte "à la fois absurde, splendide, gratuit et probablement désespéré".
- Du fait de son rôle dans la coopération
culturelle franco-lettone, engagé et très respecté
en Lettonie, reconnu comme la référence française
pour la traduction du letton, il a reçu en 2025 le prix spécial
Laligaba, la plus haute distinction littéraire lettone.
Pas grand-chose à se mettre sous la dent, heureusement
que Voix au chapitre s'y met concernant Janis Jonevs !
- En 2016 : Janis Jonevs présente à la Librairie Mollat
son livre Metal lors de L'Escale du Livre à Bordeaux :
vidéo sur youtube,
5 min.
- "Janis
Jonevs et la contre-culture metal en Lettonie", Baptiste Liger,
L'Express, 2 mai 2016.
- "Un auteur letton qui se chauffe de 'metal'
en visite", Frédéric Berg, Pays de Cognac,
6 avril 2016. Extrait :
- Que raconte votre roman, Metal ?
- C'est un roman mémoire qui évoque une période particulière dans une ville de Lettonie, Jelgava. La musique metal est présente mais ce n'est le personnage principal. Comme ici, elle est marginale en Lettonie. Ce n'est pas non plus une analyse de l'histoire politique de mon pays mais plus une immersion dans une jeunesse qui cherchait sa personnalité, qui était en rébellion contre le monde entier... C'est un travail de mémoire.
- 2024 : "Rencontre avec Janis Jonevs", Katharina Loix van Hooff, fondatrice en 2021 des éditions Les Argonautes. Résumé :
Allemande (de l'Ouest), elle se souvient après 1991 dune période joyeuse. Jonevs décrit au contraire : pauvreté, incertitude, peur des Russes restés sur place, tensions plus fortes quaujourdhui. La liberté a moins été vécue comme une fête qu'un chaos. Elle note la gêne de Jonevs à citer des auteurs russes : il admire des écrivains russes, mais nose pas le dire ; il cite plutôt des Américains.
Au passage, signalons une très chouette carte sur laquelle cliquer ici pour découvrir des livres sur la carte européenne des Argonautes.
- 2024 : brève vidéo où Janis Jonevs parle de l'influence russe sur l'écriture.
- 2025 : un long entretien audio de 45 min lors du Marathon des mots à Toulouse sur la chaîne de la librairie Ombres blanches : Rencontre avec Janis Jonevs, Tigre. Extrait :
- C'est quelque chose qui qu'on retrouve dans chacune de vos nouvelles, l'idée qu'il y a quelque chose de plus fort que nous.
- D'une certaine manière en effet c'est ça : c'est le tigre qui est au titre, et il y a plusieurs allusions. Sur la couverture, on voit un chat - c'était aussi dans la version lettonne : c'est un chat qui se croit être un tigre, c'est son rêve ; comme il le croit, il l'est. En effet si tu crois être un tigre, tu es un tigre parce que le monde n'existe que dans la tête : si tu crois que tu es heureux, tu l'es, si tu crois être malheureux, c'est vrai, tu as raison. C'est comme ça qu'on peut organiser le monde, mais à certains moments ce rêve devient plus fort et c'est ce tigre qui nous déchire et nos rêves, nos pensées sont plus forts que nous. Alors on peut avoir cette illusion de gouverner le monde avec ce rêve, mais à des moments ça s'échappe, ça détruit tes rêves.
- 2025 : "Le réveil du patriotisme letton", Cyrille Louis, Le Figaro, 24 décembre 2025. Cet article montre que depuis l'invasion de l'Ukraine, la résurgence de la menace russe donne aujourd'hui un nouvel élan à l'ardeur nationaliste. Extrait :
Cet élan de ferveur ne se limite pas à tel ou tel camp politique. L'écrivain Janis Jonevs, dont le roman Jelgava 94 [Metal]fut salué par plusieurs prix littéraires, admet s'être longtemps défié des envolées patriotiques. "J'ai grandi au contact d'une culture alternative influencée par le heavy metal et rétive à toute forme d'autorité, sourit-il en plissant les yeux. Jusqu'à ce que l'invasion de l'Ukraine par la Russie me fasse changer de point de vue." En ce 18 novembre, le romancier n'ira pas jusqu'à se mêler à la foule venue admirer les blindés. Mais il envisage d'imiter ceux de ses amis qui ont rejoint la Garde nationale [une organisation paramilitaire forte de 10 000 volontaires]. "Par ces temps troublés, il est important de montrer à ceux qui nous menacent que nous sommes un peuple uni." Gints Apals, l'ancien diplomate qui dirige le département d'histoire du Musée de l'occupation, s'inquiète de constater que "l'identité lettone est de plus en plus structurée par la peur de la Russie".

Janis Jonevs et sa compagne depuis 10 ans, la dramaturge Anete Konste,
se sont mariés le 24/04/24, date formant presque un palindrome
visuel (les Lettons aiment les dates qui sonnent bien). Anete raconte
que sa robe de mariée a perdu un bouton pendant la cérémonie,
signe de sa grossesse avancée... ; ils ont un petit garçon,
Anlavs Jekabs (extrait de santa.lv).
Bref, les paparazzi de Voix au chapitre n'ont pas d'autre scoop...
Plus sérieusement, on les voit en 2018, dans une émission
Conversations devant la bibliothèque, où dans
chaque entretien, l'invité est invité à parler du
rôle des livres dans sa vie et dans son travail. "Moi, ça
ne me fait rien de me séparer de mes livres, mais pour Janis, la
bibliothèque remplit déjà une sorte de fonction de
temple."
"Merci à Anette pour la justesse de ce jugement" : vous savez maintenant à qui est dédié le livre Tigre.
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