Janis JONEVS, Tigre, trad. du letton par Nicolas Auzanneau,
Les Argonautes Éditeur, 240 p.

Quatrième de couverture : Des bureaux de Riga à la jungle brésilienne, en passant par le milieu de l'océan, les protagonistes de ce roman tout est possible, où rien n'est jamais acquis. Compositeurs, enquêteurs, voyageurs et rêveurs y suivent leur intuition, manquent toutes les opportunités et échappent - avec un peu de chance - à un désastre planétaire.
Imprégnées du comique absurdiste d'un Boulgakov et de quelques alcools forts, ces histoires aux mille rebondissements, venant d'une Lettonie prise par la fièvre de la liberté, évoquent les vacillations de l'âme balte. Surtout, elles nous parlent du désir très universel d'être tigre quand on n'est, en réalité, que chat domestique.
Deuxième livre tant attendu de Janis Jonevs, jeune auteur letton déjà culte, Tigre rend un hommage plein de charme à l'incertitude de la vie et à notre inébranlable capacité à faire avec.

"Le monde créé dans les histoires de Janis Jonevs est un théâtre de l'absurde aux couleurs vives et d'une ironie poignante."
Diena, Lettonie

"Une œuvre d'art raffinée, dans laquelle les rêves, les cauchemars, les visions, les cataclysmes de la pensée et les trébuchements des espoirs modernes sont glorieusement dévoilés."
Ilmars Slapins, poète et philosophe


Plusieurs d'entre nous liront ce roman :
Metal
, trad. Nicolas Auzanneau, éd. Actes sud, coll. Gaïa, 2016

Quatrième de couverture : Au début des années 90, Jelgava, qui fut la capitale des ducs de Courlande, est une bourgade grise et provinciale. Dans une
Lettonie en transition après l'effondrement de l'Union soviétique, une jeunesse aventureuse s'enflamme pour la culture alternative et le rock metal.
La mort de Kurt Cobain, le 5 avril 1994, allume la mèche. Le destin de Janis et de sa bande - Karlis, La Mort, Zombis, Le Nez et les
autres - sort de sa voie toute tracée. Que faire maintenant ? Envoyer tout valser, monter un groupe, tenter mille expériences pour découvrir les zones interdites de la vie. Une chose est sûre, l'avenir sera metal, ou ne sera pas : Stay heavy, stay brutal !
Autobiographie revendiquée alliant humour et mélancolie,
Metal explore les ressorts de la radicalité juvénile. Est-il possible d'accéder à l'âge adulte sans perdre son intégrité, sa rage de
vivre et sa liberté ?

Janis Jonevs est né en 1980 à Jelgava. Il est l'auteur de nouvelles, de critiques et de textes pour le théâtre. On lui doit aussi plusieurs traductions du français.
Véritable phénomène, son premier roman, Metal, a reçu
en 2014 le prix du premier roman en Lettonie ainsi que le prix de littérature de l'Union européenne.

 

Janis Jonevs (né en 1980)
Tigre (2020, traduit en 2024)

Nous avons lu ce livre pour le 12 juin 2026 et le groupe breton pour le 25 juin.

Des infos en bas de page autour du livre : La Lettonie Repères biographiquesLivres de Janis Jonevs Son traducteur Presse •Potins

Nos 13 expériences lettonnes de Français...
Rozenn

entreetMégane
entreetCatherine
etFanny
BrigitteClaireMoniqueRenée
entre etThomas
ManuelRichard
Françoise

Jacqueline n'avait pas encore lu le livre mais était là

L'éventail des cotes d'amour du groupe breton
est beaucoup plus resserré, voir=>ici

Françoise(avis transmis)
Déjà je n'aime pas les nouvelles, et plus elles sont courtes, pire c'est... Donc j'ai dû en lire trois qui ne m'ont pas intéressée, et j'ai laissé tomber...

Claire (avis transmis)
Tout d'abord, je trouve ça d'un chic de lire un livre letton... : le livre a déjà pris 1/8...
Ensuite, j'ai apprécié de lire des nouvelles et je déplore que nous n'en lisions que rarement : le dernier recueil remonte à 2023 il y a trois ans, avec
Les braves gens ne courent pas les rues de Flannery O'Connor. J'ai aimé me plonger à chaque chapitre dans un univers différent et également éprouver ce qui était semblable, lié à la singularité de l'écrivain : le genre a pris un autre 1/8...
La première nouvelle est vraiment risquée, car elle peut perdre son lecteur, disant je n'y comprends rien ; ou au contraire, celui-ci se dit tiens tiens et poursuit : pour ma part, je n'ai rien compris et me suis dit tiens tiens.
Par rapport à l'aspect ingrat de la première, la deuxième nouvelle m'a paru succulente et j'y pêche ma phrase pour notre nouvelle mode (choisir une phrase du livre lu) : "Pardon, pardon, mais dites-moi s'il vous plaît où se trouve exactement votre pays ? Peut-être que je ne prononce pas correctement." J'y ai d'ailleurs retrouvé un personnage secondaire de chez Canetti qui lèche les murs avec la langue... Il s'y trouve tout ce que j'ai aimé dans le livre : humour, culture (les fanas de Thomas Mann auront biché), absurde, rebondissements inattendus, réflexions sur la-vie-l'amour-la-mort. Courtes ou longues, ces histoires étonnantes pas cousues de fil blanc m'ont parfois déstabilisée. Je dois avouer qu'à deux reprises j'ai été contente de me retrouver en France, à Bordeaux pour "Méthode" et à Beaubourg dans "Le jeu" pour Matisse et pour Malévitch :

Porte-fenêtre à Collioure, Matisse, 1914, Centre Pompidou
et Carré noir, Kasimir Malévitch, [1923 - 1930], Centre Pompidou

Ce que j'ai également apprécié dans la prose, c'est la voix : le narrateur me parle, avec une musique de l'oralité.
J'ai bien aimé la virée bien dingue dans la jungle avec les ufologues (j'ai donc appris qu'ils étudient les objets volants non identifiés...). Mais, hélas, c'est parfois trop délirant à mon goût, avec un côté Boris Vian. La loufoquerie a des limites ! Et le sens finit par manquer. Le compositeur a beau louer les œuvres dont le sens reste inexpliqué : "Toutes les histoires sont intéressantes lorsqu'elles savent garder leurs secrets" : ah ? Le problème est qu'elles peuvent devenir barbantes.
J'ai bien vu qu'il y avait du chat voulant se faire appeler tigre comme sur la couverture, qu'il y a des tigres et encore plus de chats mentionnés et que la nouvelle en une page "Théorie (suite)" nous explique que les tigres, ce sont nos désirs, que si on les dompte, on sera puissant et on gagnera en liberté mentale : mais bon, mais bof.
J'ajouterai que je vois un petit air d'irréalité commun entre les deux Cees Nooteboom de la séance dernière et ce Tigre de Janis Jonevs, et j'ai une réaction semblable : il y a eu de bons moments dans ces livres, OÙ ÇA VA TOUT ÇA, HEIN ? That is the problem...

J'ai lu après le roman qui a fait connaître Jonevs, Metal, publié en 2013 sept ans avant Tigre, dont j'ai aimé le personnage et le ton, mais qui m'a nettement moins plu, car il m'a semblé répétitif et long (350 p.) ; je l'ai lâché au bout de 200 p. Par contre, j'ai trouvé son texte dans une revue en ligne sur l'Ukraine, "Deviens un tueur, reste humain", formidable.

Je suis très gênée pour choisir ma cote d'amour, car j'aime bien la choisir en fonction de ce que vous dites. Ainsi, si le livre est descendu, j'ouvrirai un peu plus... et réciproquement. Je suis obligée de me prononcer quitte à modifier après vous avoir lus : je dirai entre moitié et 3/4...
(Quelques jours après) Mais après vous avoir lus, je me rabats vers la moitié.
Rozenn
(avis transmis)
J'ai beaucoup aimé.
Chaque nouvelle est courte et différente.
En général j'aime les nouvelles. Au début, la succession m'a gênée, je restais sur une impression de "pas fini", souvent manque la classique "chute".
Par contre, j'ai regretté qu'on ait l'explication avant la fin
p. 51. J'ai aimé la chute p. 173. Je préfère quand tout reste un peu flou p. 59. Et puis, je me suis faite à ce rythme.

J'ai aimé :
›les thèmes récurrents qui parcourent l'ensemble comme : l'aube et le crépuscule lettons, les feuilles mortes, la gravitation et les fesses !

›des notations comme :
- sur la procrastination, les distracteurs
- la littérature ne serait pas quelque chose de beau
- on devient intellectuel dans un cimetière
- à quoi bon voyager

›des formules :
- formule très forte sur la vieillesse p. 179
- "la végétation était ici comme qui dirait psychopathe"
- "le fait de parler en langue étrangère lui donnait la solitude de la franchise"
- "Eduards sentait en lui la solitude d'un ours blanc errant sur la banquise"

›des notes d'humour :
- "il distingue sa petite culotte dont la forme rappelle l'empattement propre à une police de caractères romains"
- "dans la pose du gorille affranchi"

›une construction faite d'éparpillements efficaces.

Souvent l'incompréhension monte comme un dérapage, un décalage logique, pour le narrateur, comme pour le lecteur (p. 48, p. 51).
N'y a-t-il pas des problèmes de traduction (p. 62, 76, 117, 118) ? Le A letton correspond-il à notre E, p. 108 ? P. 199, c'est comme ça que je faisais les dictées musicales et aucun prof ne s'en est jamais étonné - ni ne s'est extasié !
J'ai eu souvent recours à Wikipédia.

J'ouvre en grand, oui !
Catherine entre
et(avis transmis)
J'étais très curieuse de découvrir un auteur letton, c'était une première fois. J'ai aussi aimé la couverture avec un dessin de chat pour un livre dont le
titre est Tigre. Ça met le lecteur directement dans le ton du livre. Il y est d'ailleurs souvent question de chats (et de tigres parfois).
La première nouvelle m'a laissée un peu perplexe, pas sûre de bien comprendre. Mais ça m'a donné envie de lire la suite. Et je n'ai pas regretté. Globalement, j'ai aimé le caractère absurde et parfois fantastique de certaines nouvelles ("Le jeu" par exemple - avec au passage la question, qui n'a rien à voir avec le sujet de la nouvelle, de Malévitch ou Matisse auteur du Carré noir), l'humour et l'autodérision (je me suis régalée dès la 2e nouvelle avec la disparition de la Lettonie dans un univers parallèle dans lequel on pénètre en se laissant enfermer dans un cimetière : "un monde où il n'y avait plus de Lettonie, plus de souvenir ni de passé, un monde sans obligations" ; de toute façon, personne ne sait où se situe la Lettonie "pardon, pardon mais dites-moi s'il vous plaît où se situe exactement votre pays ?").
L'intérêt est donc inégal, certaines m'ont fait sourire ("Méthode", "La fuite", "Les lettres"), d'autres ne m'ont pas convaincue (le délire amazonien de "Voyage", avec ses terroristes et ses OVNIS, "L'enquêteur"...). Le bon côté des nouvelles c'est que si l'une d'entre elles ne nous emballe pas, hop on passe à la suivante. Une de mes préférées a été "Le compositeur" : la composition de la musique sous l'angle de la calligraphie ; j'ai aimé les références à Thomas Mann ; les personnages du livre sont globalement plutôt érudits, un policier français évoque immédiatement les Misérables, l'évêque et Jean Valjean devant un refus de plainte pour utilisation frauduleuse de carte bancaire. Le livre fourmille de détails comme celui-là.
La question qu'on se pose après avoir fini est celle du fil conducteur entre tout ça : quel est le sens du titre ? Il y a une atmosphère commune, des thèmes récurrents, le courage, les rêves, les désirs, des personnages un peu à la ramasse. "Théorie (suite)" nous donne des explications : "Mes tigres, ce sont mes désirs" ; on comprend un peu mieux la première nouvelle au passage. Bon, je n'ai pas été tout à fait convaincue et je ne sais pas ce qui m'en restera. Mais j'ai pris du plaisir à cette lecture, je me suis posé des questions, j'ai apprécié l'écriture.
Je l'ouvre à moitié +, et donc entre ½ et ¾.

Jacqueline
Je suis fatiguée et un peu débordée. Je n'ai pas eu le temps de le lire et je ne sais donc pas comment l'ouvrir… Je suis venue pour entendre vos avis. Je le lirai peut-être ensuite…
Monique

C'est le premier livre letton que je lis.
J'ai apprécié l'imagination de l'auteur pour trouver des situations étranges et absurdes. Ce qui m'a gênée, c'est la lourdeur avec laquelle sont traitées certaines de ces situations qui auraient pu être intéressantes. Par exemple le corps qui n'obéit pas !
Le ton souvent facétieux ne rachète pas à mes yeux le style et la composition de ces nouvelles. En général c'est drôle, absurde, et avec une profondeur sous une apparente légèreté. La langue ne m'a pas plu (peut-être est-ce dû à la traduction ?).
C'est un ensemble d'occasions ratées, avec parfois des touches de fantastique comme dans "Le jeu". Les situations sont cocasses. L'auteur manie l'autodérision et rit avant tout du non-sens du monde, mais je trouve que l'humour est un peu poussif. La constante de ces nouvelles, outre un humour très particulier, est leur imprévisibilité et l'alcool toujours présent. Les narrateurs sont des individus sans rien de particulier qui se trouvent dans une situation extraordinaire où le hasard joue un grand rôle. Ils sont souvent désabusés, fatalistes, en quête d'identité et ne savent pas quoi faire de leur vie.
Ces nouvelles sont inégales. Quelques-unes m'ont plus marquée : "Les lettres" que j'ai trouvée plutôt jouissive bien que répétitive, "L'enquêteur" dont la fin inattendue m'a surprise, "Le jeu" m'a intéressée au début mais m'a lassée par la suite.
L'auteur porte un regard inhabituel sur le monde. Le ton caustique de ses récits, son goût pour l'insolite et l'absurde avaient tout pour me plaire mais je n'ai pas vraiment adhéré.
J'ouvre à ½.
La phrase marquante : "Problème de méthode - comment maîtriser ses rêves ? Comment penser, comment ne pas penser ? Si nous ne sommes pas même en mesure de contrôler notre activité mentale, si nous sommes infichus d'imaginer ce que nous voulons, comment pourrait-il être question de liberté ?"
Renée(à l'écran depuis Narbonne)
Livre très déconcertant. Déjà je n'aime pas trop les nouvelles, puis l'introduction ne m'a pas passionnée. L'auteur est amoureux de la culture française et d'autres pays, en général j'aime.
En plus, j'ai trouvé beaucoup d'humour. Par exemple lorsqu'un personnage a une illumination métaphysique "en découpant un morceau de thon, un autre en broyant du noir entre deux avions". La déclaration d'amour avec le nom des courses est amusante. Lauris, de même, veut absolument être un héros : il sauve un chaton mais son public l'oublie, il l'enferme sur le toit. L'histoire du compositeur : qui a composé ce morceau fabuleux que le public encense ? Le professeur ou le dessinateur qui est ignare en musique ? Dossier ouvert...
J'ai aussi aimé l'histoire de l'homme dont le corps n'obéit plus à sa volonté : lorsqu'il prend une auto-stoppeuse on s'attend à ce qu'il la viole... puisqu'il ne fait que des choses négatives. Donc ils s'arrêtent en campagne et... il mange des fraises sauvages. Y a-t-il une allusion au film de Bergman de 1957 Les fraises sauvages où il s'agit d'un viol ou bien il mange réellement des fraises comme un individu normal ? La question du "Carré noir" de Malévitch ou Matisse ? J 'ai cherché : Malévitch a une première œuvre en 1915 titrée "Carré noir sur fond blanc", une plus tardive nommée "Carré noir" et certains parlent du "Carré noir" de Matisse qui est le rectangle noir de sa "Porte-fenêtre ouverte à Collioure".
Bref des qualités, MAIS je suis restée un peu à I extérieur, j'ai trouvé quelques passages un peu vains.
J'ouvre à moitié.
Manuel

Après la séance, j'ai fini ma lecture de toutes les nouvelles en sautant "Le Jeu", que j'ai lu en dernier, et je remercie Renée qui m'a donné envie de la lire. C'est la nouvelle la plus longue du recueil. J'appelle cela un recueil, car je n'ai pas trouvé de point commun entre toutes les nouvelles.
Je ne suis pas très réceptif aux récits surréalistes, et encore moins lorsqu'il y a une part d'absurde, comme dans la nouvelle "Le Voyage". Avec cette histoire de posadistes et d'ovnis, j'ai eu l'impression d'un récit un peu vain, mais j'ai adoré l'histoire des tomates plantées dans l'asphalte p. 67 !
Certains débuts m'ont beaucoup plu, entre autres dans "Le Jeu" : qui a raison d'affirmer que Malévitch ou Matisse est l'auteur du carré noir ? Finalement, tout le monde a raison ! Les deux peintres ont peint un monochrome… enfin presque, car l'œuvre de Matisse est une fenêtre. Mais la suite de l'histoire, avec la disparition des pays, est délirante et ne m'a pas plu. Je n'ai pas trouvé le lien avec la fille de la première partie. Ça n'a pas de sens…
Ou "Le Compositeur", qui évoque les interprètes lettons de musique. J'ai relevé la citation : "À force d'orgueil, ils sont devenus plus exigeants et, au bout du compte, insatisfaits". C'est la nouvelle la plus intéressante. L'auteur cite Thomas Mann et le processus de création, mais je n'ai pas compris la fin…
Dans plusieurs nouvelles, y compris ces deux citées, il s'agit d'enquêtes, mais ce procédé m'a paru très artificiel et ça ne m'a pas tenu en haleine… j'avais hâte que cela se termine.
Pour la soirée, je m'étais arrêté à "La jambe" : le passage où le narrateur croque le lobe d'une patiente m'a dégoûté. C'est une nouvelle sombre. Je n'étais pas en état de cumuler des nouvelles déprimantes après la séance
Cees Nooteboom.
Dans certaines nouvelles, le vocabulaire très trivial m'a gêné, et je m'interroge sur la traduction. Parfois, l'auteur se risque à quelques métaphores hasardeuses… p. 61 : "Les pensées s'accrochaient à lui comme des lycopodes." Peut-être que l'auteur, qui était en résidence en France, a donné son avis sur la traduction française. J'ai vraiment eu du mal à entrer dans les différentes propositions du livre. Globalement, j'ai trouvé que les nouvelles manquaient d'humour. Je suis resté à la porte. J'ouvre 1/4.
En entendant parler de
Metal, j'ai été intéressé par la thématique.
Brigitte

Voilà encore une surprise réservée par le groupe.
J'ai trouvé ce livre d'une lecture difficile. On est confronté à des récits en tiroir, nécessitant une lecture attentive.
D'où vient le titre ? Réponse dans la nouvelle "Le compositeur". On apprend un peu par hasard que c'est le titre du morceau énigmatique de cette musique étrange à partition graphique ! Mais, dans une autre nouvelle, les tigres, ce sont nos démons intérieurs.
Tous les personnages témoignent d'un grave penchant pour l'alcool, peut-être dû à leur grande difficulté à savoir ce qu'ils veulent faire de leur existence.
Certaines nouvelles m'ont plu : "La fuite", "La jambe", "Le jeu", même si le récit se transforme en science-fiction, et là, je décroche. Je suis restée à l'extérieur des autres nouvelles.
On découvre que, la Lettonie étant un petit pays, les Lettons sont habitués à la méconnaissance manifestée par tous les étrangers à leur endroit. L'auteur fait preuve d'une culture assez proche de la nôtre et d'un intérêt certain pour la France, mais il est letton !
J'ouvre à moitié.
Richard
Je voulais avoir vos avis car j'ai eu de grands doutes en lisant ces nouvelles. Je n'ai lu que la moitié.
L'auteur manifeste une grande culture. Il est francophone, mais se sent étranger dans la plupart des nouvelles. Dans chacune, il y a eu des moments qui m'intéressaient et qui me faisaient rire, mais je finissais toujours par me dire "so what ?".
Les expériences sont étonnantes, notamment la grande lumière dans la jungle, probablement un OVNI.
Mais la lecture de ce livre m'a provoqué des réactions physiques : je m'endormais. J'avais besoin d'éléments à raccrocher pour me mener dans l'ensemble du livre. Je suis franchement déçu.
J'ouvre 1/4 pour la créativité, mais je ne suis pas sûr de reprendre le livre jusqu'au bout.
Je suis peut-être trop classique.

Thomas
entreet
Étant donné mes très minces connaissances en littérature des pays de l'Est - et encore plus pour cet intriguant triptyque Estonie - Lettonie - Lituanie pour lequel mes lectures se limitaient au joli roman estonien L'homme qui savait la langue des serpents d'Andrus Kivirähk - j'étais très content de partir à la découverte de la Lettonie. Évidemment, je commençais par m'inquiéter puisqu'on débute en France, avant d'apprendre, dès la première nouvelle, qu'en fait la Lettonie n'existe pas...
Et, quand, enfin, on arrivait enfin sur un territoire purement letton, c'était pour me laisser l'impression que les autochtones n'avaient que deux centres d'intérêts possibles : l'alcool et les filles... Le tout exprimé dans une langue qui ne m'a pas beaucoup plu, sans que je sache quelle est la part de responsabilité entre l'écriture originale et la traduction (avec notamment une vilaine confusion entre gravitation et gravité, qui a fait tressaillir d'indignation le physicien qui sommeille en moi).
Comme beaucoup, j'ai eu du mal à trouver le fil directeur à travers ces nouvelles. Il y a quelques bonnes idées sur la recherche d'identité et les mondes parallèles, mais, j'ai souvent eu l'impression que l'auteur n'en "faisait pas grand-chose", et que ces jolies ébauches restaient en l'état, sans chutes qui viendraient couronner le tout, ni liens qui viendraient tenir l'ensemble. Un peu comme du
Paul Auster, en moins bien écrit et moins bien fini, donc.
Il y a tout de même plusieurs nouvelles, dans la seconde moitié de ce roman (?)/recueil de nouvelles qui ont réussi à retenir un peu plus mon attention, notamment celle concernant la jeune femme qui fait disparaître - momentanément - les pays qu'elle apprend ("Le jeu"), avec une chute un peu meilleure que les autres. La nouvelle sur le musicien a également relevé l'ensemble.
Comme je ne me suis pas trop ennuyé malgré tout, j'ouvre entre 1/4 et 1/2, mais je ne crois pas que je relirai cet auteur... Ah... euh... quoique... On vient de m'apprendre qu'il écrivait aussi sur le metal... Hum...

(Thomas, connaisseur en metal, a envie de lire le roman Metal et nous promet une playlist découverte...)
Fannyet
Tigre : J'ai aimé ce côté un peu "décalé", non réaliste des nouvelles, avec des univers parallèles, cela m'a rappelé l'univers de certains romans de Paul Auster.
J'ai cherché à voir s'il y avait malgré tout une trame à travers ces nouvelles, car j'avais lu en introduction qu'il s'agissait aussi d'un roman. Je m'attendais peut-être à retrouver certains des personnages évoqués dans la première nouvelle au fil du livre. Sans être aussi explicite, il m'a semblé tout de même retrouver certains profils. Et il me semble que le fil conducteur est la quête d'identité de chacun des personnages, leurs questionnements sur qui ils sont et dans quelle mesure ils peuvent être maîtres de leurs destins. J'ai aimé l'image du tigre et du parallèle avec le chat. Pour moi le tigre, c'est ce que le chat aspire à devenir, dans sa pleine puissance, le plein épanouissement de son potentiel.
Ces nouvelles allient pour moi humour, réflexion, créativité et originalité. Malgré quelques longueurs.
J'ouvre 3/4.
Citation que je retiens de "Théorie (Suite)" : "Si nous ne sommes pas même en mesure de contrôler notre activité mentale, si nous sommes infichus d'imaginer ce que nous voulons, comment pourrait-il être question de liberté ?"
Mais j'ai eu du mal à n'en retenir qu'une, et Monique et moi sans nous concerter avons choisi la même.

Metal : J'ai été touchée par les portraits de ces jeunes, et j'ai retrouvé le style et l'humour que j'avais aimé dans Tigre.
J'ai bien aimé la dernière partie également, qui retrace une forme de nostalgie voire de désillusion des convictions adolescentes. J'ai d'ailleurs pensé qu'il pouvait y avoir une partie de récit autobiographique.
Mais l'univers de Metal est très éloigné du mien, même si je n'ai que quelques années de plus que les personnages du roman. L'auteur n'a pas réussi à m'embarquer complètement avec ses personnages, j'ai trouvé l'ensemble beaucoup trop long. Dans de nombreux passages, il raconte dans les moindres détails chacune des péripéties, comme si on vivait en même temps que les personnages ce qui leur arrive. C'est très probablement voulu et assez réussi, mais je me suis tout de même parfois ennuyée.
J'ouvre 1/4 par rapport à mon plaisir de lecture mais je reconnais ici aussi l'originalité et la dimension immersive du roman. C'est probablement une belle réussite, mais qui n'a pas eu l'effet escompté sur moi.
Citation chapitre 8 : "Il me semble bien, plus généralement, qu'une large part des situations déraisonnables dans lesquelles nous nous trouvâmes embarqués étaient le fruit de notre délicatesse ou de notre manque d'assurance".
Mégane (à l'origine du choix du livre) entreet(à l'écran)
J'ai découvert la littérature lettone à travers ce recueil de nouvelles et je ne le regrette pas un instant !
Avec cet humour plein d'auto-dérision typique des "petits pays" européens (et que personnellement j'adore), l'auteur égratigne gentiment ses compatriotes et sa nation, sur lesquels il jette un regard à la fois critique et tendre. Paradoxalement (je ne connaissais pas la biographie de l'auteur à la lecture du roman), il en profite aussi, par comparaison pas toujours flatteuse et c'est tant mieux, pour nous offrir son regard sur la France.
Les 12 nouvelles sont à la fois très différentes dans le récit et très semblables sur le fond, avec des personnages qui pataugent dans leur vie et des phénomènes fantastiques qui leur tombent dessus. Qu'est-ce que le courage ? Est-ce que ça vaut le coup ? Pourquoi chercher la difficulté plutôt que rester bien au chaud sous sa couette ?
Un excellent moment d'auto-dérision tout en fine ironie et tendresse !

Jacqueline
Finalement vous m'avez bien donné envie de lire Tigre, mais aussi Metal avec la perspective d'écouter une bande son… J'hésite juste : par lequel commencer ?

Thomas (après la séance, nous ayant promis des exemples metalleux)
Voilà déjà un premier morceau, cité au début de Metal : Hurt, dans une version légèrement revisitée par Johny Cash ; d'autres propositions suivront, évidemment ;))

Thomas (ayant encore un peu avancé dans Metal)
Je rajoute trois morceaux à cette ébauche de playlist "À la découverte du metal" :
1. Puisqu'il est souvent question de Nirvana (plus rock que metal d'ailleurs), je vous propose une reprise française assez récente de leur iconique Smells like teen spirit.
2. Ils mentionnent également à quelques reprises l'Unplugged de Nirvana, concert iconique guitares débranchées (i.e à l'acoustique et non pas à l'électrique), ce qui se faisait régulièrement à cette époque avec la complicité de MTV loin, donc, de l'idée de bourrins jouant juste "le plus fort possible" ;) Pour ne pas donner que dans Nirvana, je propose un morceau issu d'un autre iconique MTV Unplugged, celui d'Alice In Chains, qui a officié dans la même période que Nirvana, dans un genre assez proche - et les mêmes problèmes d'addiction pour le chanteur.
3. Je me méfie toujours un peu des groupes avec des noms peu ragoutants comme ceux cités par notre ami letton (Cannibal Corpse & Co), mais parfois on peut avoir de très bonnes surprises malgré des termes faisant assez peu envie. Iron Maiden en est un bon exemple, et il y a aussi cette petite pépite de Grave Digger, qui revient sur la vie de Mary Stuart.
Suite au prochain épisode ;)

Fanny
Thomas merci pour ta playlist. J'aime bien ta description d'une représentation de "bourrins qui jouent le plus fort possible", j'avoue que c'est bien la représentation très cliché que j'en ai.
J'ai écouté ce matin trois morceaux (j'y vais progressivement tout de même...) : Smells like teen spirit, Hurt, Down in a Hole. Et là, surprise... j'ai vérifié les liens... c'est du metal ? Mais il y a de la mélodie ! Pour un peu je trouverais presque certains passages trop lents.
Bref, merci Thomas, c'est une chose d'avoir conscience d'être dans le cliché, c'en est une autre d'en faire l'expérience sensorielle.

Thomas
J'étais très heureux de lire que j'ai modestement pu contribuer à changer ta vision, Fanny, du metal... pour laquelle je ne te jetterai pas la pierre, ayant moi-même nourri des préjugés très similaires à une époque ! :)
Entre temps, j'ai fini Metal qui m'a plutôt bien plu, même si la seconde moitié m'a un peu déçu, avec cette fixette sur ce qui m'intéresse le moins dans ce courant musical : le "faire le plus de bruit possible" (qui, comme tu l'as vu n'est pas toujours une caractéristique du genre :)) et le goût pour la provocation et une certaine forme de symbolique morbide, voire très morbide...
Toutefois, il existe certains groupes qui bien qu'exploitant ce filon avec plus ou moins de bon goût (sans aller, heureusement, jusqu'aux extrémités décrites par l'auteur...), savent en faire quelque chose d'intéressant musicalement parlant :
1. Le groupe Ghost, campant une sorte d'anti-pape, et dont les membres sont longtemps tous restés anonymes, jusqu'à ce qu'un procès intenté par les "Nameless Ghouls" (i.e instrumentalistes embauchés pour les performances live et n'ayant a priori pas contribué à la création artistique, mais qui ont voulu leur part du gâteau lorsque ça a commencé à très bien marcher) oblige leur leader à révéler son identité. C'est sans doute trop mainstream pour nos amis lettons, mais ça s'écoute :ici sur youtube
2. Le groupe Powerwolf, dont l'imaginaire s'articule autour d'un loup-garou repenti, devenu prêtre... Mais, là aussi, derrière cette histoire assez loufoque, prise avec plus ou moins de sérieux, des chansons intéressantes (en dépit de certains titres un poil trop provocateurs à mon goût, mais je te fais grâce des plus polémiques) : ici sur youtube
3. Le groupe Sabaton, hérauts du War Metal, et que j'ai emmené ma petite sœur, ravie, voir en concert pour l'un de ses anniversaires. Derrière une scénographie très guerrière, ils reviennent avec parfois beaucoup de finesse sur de grandes batailles historiques, sans oublier de parler des traumas engendrés, et n'hésitant pas à expliquer le contexte historique de chacune de leurs chansons sur leur site web. Un exemple parmi d'autres, sur Charles XII, l'un des rois suédois les plus importants : ici sur youtube
4. Iced Earth n'hésite jamais à faire référence à l'Enfer (y compris celui de Dante !), ce qui ne les a pas empêchés d'écrire, en l'honneur d'un ami décédé, l'une des plus belles chansons de deuil que je connaisse : ici sur youtube (il m'est arrivé de larmoyer dessus plus souvent que je n'oserais l'avouer !).
Et puisque tu trouvais certains des morceaux trop lents, je finis avec un groupe de speed metal allemand, Blind Guardian, qui n'hésite pas à s'inspirer de diverses œuvres littéraires, et notamment de Tolkien dans ce morceau culte : ici sur youtube... même s'il ne s'agit pas de l'une de leurs chansons les plus rapides en l'occurrence ;)
(À quand une séance Voix au chapitre sur le thème des romans ayant inspiré le metal ? :))
Voilà, j'en ai terminé avec mon cours d'introduction au metal, dommage qu'on n'ait pas programmé Metal plutôt que Tigre, j'aurais beaucoup aimé voir Claire se pencher sur les subtilités de Cannibal Corpse et autres groupes du même acabit pour l'habituel dossier autour du roman ! ;)

Les avis sur Tigre
du groupe breton réuni le 25 juin à Pontivy
Cindy
Annie
Suzanne
ÉdithMarie-OdileMarie-Thé Philippe

Cindy(avis transmis)
Un petit bijou de bonheur de lecture ! J'ai beaucoup aimé !
Dès l'introduction, le ton est donné :"Si vous pouvez le rêver, vous pouvez le faire".
Le livre merveilleusement bien traduit est un hymne à la vie dans tout : excès, simplicité, audace, tout en charme !
Les personnages de ce roman que l'on peut qualifier de culte, en douze nouvelles, font face à un monde où tout est possible, où rien n'est jamais acquis. Des bureaux de Riga à la jungle brésilienne, en passant par le milieu de l'océan, compositeurs, enquêteurs, voyageurs et rêveurs s'efforcent de rester crédibles, suivent leur intuition, manquent sans doute des occasions singulières qui auraient pu changer leurs vies, mais échappent forcément au pire dans ce monde en plein bouleversement planétaire.
J'ai aussi aimé ce livre pour ses pages remplies d'un comique absurdiste d'un Boulgakov, accompagnées par quelques alcools forts.
Enfin on y retrouve des histoires à rebondissements, surprises, mélancoliques qui rappellent l'âme de ces pays de l'est.
Et alors le titre "Tigre" dans tout ça ?! C'est un peu chacun d'entre nous. Dans la vie, parfois il faut se battre comme un tigre, alors qu'en réalité on reste docile, attentif avec application pour faire au mieux, à l'écoute de nos désirs… et on verra bien !
Annie (avis transmis)
Ce recueil de nouvelles décrites comme "imprégnées du comique absurdiste d'un Boulganov" a été une découverte pour moi. Je n'avais jamais lu Janis Jonevs et n'en avais jamais entendu parler.
Je n'ai pas apprécié toutes les nouvelles de façon égale. Certaines m'ont amusée, d'autres m'ont emmenée dans le délire de l'auteur et une ou deux m'ont laissée plus perplexe.

La première, "Intro", m'a fait penser à un atelier d'écriture. Les textes écrits partent dans tous les sens et mis bout à bout constituent un melting pot amusant. Ou comment donner du lien à ce qui n'en a pas, de Walt à Henry !! Pour donner le ton !
La "Méthode" est pour moi à l'image d'une conversation de sourds ! C'est son côté burlesque et simpliste (Fernand Raynaud et son croissant) qui en fait le charme. J'y ai lu un "soyez attentif et acceptez de perdre pied, je vous emmène..."
La "Théorie" est peut-être une tentative d'expliquer sa démarche à travers les exemples cocasses du dentiste qui illustrent ses propos plus profonds sur le hasard, l'intuition, l'inattendu.
Le "Voyage" au pays de l'absurdie et des ovnis m'a amusée sur le fond, même si j'ai trouvé la forme un peu longue et la fin attendue.
Je n'ai pas été conquise par "La fuite" ni par "L'autre agence".
J'ai adoré les "Lettres" qui m'ont fait penser aux très romantiques pubs d'Intermarché et leurs rencontres aux caisses du supermarché ! Ce qui est évident pour les uns ne l'est pas forcément pour les autres. Comment réussir à se comprendre...
"La jambe" m'a fait penser à un spectacle de théâtre appliqué vu récemment. Soit on entre dans le délire, soit on reste à la porte... je me suis laissé guider pour entrer !
"Le jeu" aurait pu me laisser croire quelques paragraphes à une nouvelle de science-fiction, si le titre n'avait pas été aussi évocateur. Un peu long à mon goût.
"Le compositeur" m'a beaucoup plu, même si, là aussi, on devine la chute. Mais les rebonds sont intéressants car ils réussissent à faire douter le lecteur. Et il nous appelle à réfléchir la notoriété et le processus qui mène à la gloire et à la reconnaissance. Un écho à sa propre vie d'auteur ?
J'ai moins aimé "L'enquêteur" même si je comprends qu'on puisse le trouver très drôle, mais je n'ai pas vraiment réussi à embarquer !
J'aurais aimé le déguster comme un bon verre mais je sentais un peu l'overdose ! J'aurais dû lire ce livre par petits bouts pour peut-être mieux l'apprécier !
"Outro" et son dernier hommage au tigre si souvent cité ou suggéré, fait office de dernière pirouette ! J'y ai vu un clin d'œil à "Compositeur".

Il m'est très difficile de juger ce livre étonnant, déconcertant qui m'a amusée après relecture de certains passages. Du burlesque contemporain, du 2e, 3e degrés !
Peut-être à l'image de la photo de l'auteur sur ce livre : un œil sérieux et un œil rieur ! L'humour de sa génération !
J'ouvre quand même aux 3/4, même si certains passages m'ont paru un peu longs.
Quelle belle année littéraire !!
Marie-Odile
Est-ce d'avoir lu la version numérique (à laquelle je ne revenais pas volontiers) qui m'a empêchée d'apprécier ces nouvelles ? J'en doute...
Si la première m'a paru légèrement drôle, j'ai pensé qu'elle aurait pu donner lieu à une interprétation théâtrale, comme certaines autres d'ailleurs (par exemple "Le jeu", qui est riche en dialogues). L'intention humoristique des suivantes n'a jamais pour moi atteint son but.
Ces nouvelles frôlent parfois le fantastique, la science-fiction ("Le jeu"), mais je n'ai pas réussi à y trouver un intérêt.
Le fil conducteur ne m'est pas apparu même après que j'ai essayé de repérer les récurrences.
Outre les détails comme les tasses de café et les boulettes de papier et les feuilles mortes, quelques traits d'humour noir et une fréquente autodérision, j'ai constaté qu'on est souvent dans une sorte de cauchemar : ce qui se passe échappe à la compréhension des personnages (et je dois avouer de moi lectrice), les relations humaines ne sont jamais satisfaisantes, les paroles ne sont pas bienveillantes, le narrateur, souvent en échec, se trompant et ratant son objectif, se retrouve confronté à l'absurde. Ce qui me semble le plus significatif c'est l'angoisse liée à l'inexistence d'un pays, la Lettonie ("Méthode"), ou à la disparition, l'effacement, de pays ("Le Jeu"). Je suis tentée de relier ça à l'histoire des pays baltes.
Je me suis interrogée en vain sur les titres de nouvelles et plus encore celui du recueil.
J'ai repéré plusieurs allusions éparses au "tigre" sans que cela m'éclaire.
Dans "Théorie", un passage a l'air fondamental pour la compréhension du titre donc de l'œuvre, mais je ne vois bien pas en quoi les autres nouvelles l'illustrent : "Il y a une histoire comme ça. L'empereur fait venir le sage auprès de lui et s'enquiert : 'Que dois-je faire pour être tout-puissant ?' Il était déjà empereur, mais si je comprends bien, cela ne lui suffisait pas. Donc, il précise : 'De quelle façon pourrai-je devenir tout-puissant ?' Et le sage répond : 'C'est très simple. Il n'y a qu'une condition. Tu ne dois jamais au grand jamais penser aux tigres. Jamais. En aucune façon. Et si tu es capable de te retenir, tu seras capable de tout.' Maintenant, je comprends la fable. C'est la vérité ! Mes tigres, ce sont mes désirs. Si je suis capable de les dompter, je serai le plus puissant de tous. Je n'aurai plus besoin de rien. Je pense à l'œil enflammé de la bête, en pleine nuit, dans la forêt ; je pense au ronronnement qui vous fait frémir les oreilles. Oups ! Je n'aurais pas dû y penser." Il est donc impossible d'échapper à ses désirs, mais apparemment c'est l'objet du désir qui s'échappe tout seul...
Quant au dernier paragraphe du recueil il évoque un tigre mais reste pour moi énigmatique.
Je viens de trouver, un peu tard, ce propos de l'auteur, dans la documentation du site :
"Sur la couverture, on voit un chat - c'était aussi dans la version lettonne : c'est un chat qui se croit être un tigre, c'est son rêve ; comme il le croit, il l'est. En effet si tu crois être un tigre, tu es un tigre parce que le monde n'existe que dans la tête : si tu crois que tu es heureux, tu l'es, si tu crois être malheureux, c'est vrai, tu as raison. C'est comme ça qu'on peut organiser le monde, mais à certains moments ce rêve devient plus fort et c'est ce tigre qui nous déchire et nos rêves, nos pensées sont plus fortes que nous. Alors on peut avoir cette illusion de gouverner le monde avec ce rêve, mais à des moments ça s'échappe, ça détruit tes rêves." J'aurais aimé que les nouvelles illustrent ceci de manière plus accessible et agréable.
J'ai trouvé intéressante l'idée du compositeur qui "dessine ses morceaux", le critère de création étant l'aspect visuel des partitions, mais bon...
Cela n'empêche pas les banalités telles que "Il vaudrait mieux ne rien dire dans la mesure où très souvent on veut dire une chose, mais c'est une autre qui sort".
Je n'ai pas du tout aimé l'écriture de Janis Jonevs.
Je me suis demandé pourquoi cette littérature lettonne, reconnue par certains, reste hermétique pour moi (pour nous). Ce texte est-il représentatif ? De quoi ?
J'ouvre 1/4.
Marie-Thé
Je n'ai pas aimé du tout : un livre pour moi sans grand intérêt ; j'ai bien voulu m'en infliger la lecture, avec cette impression de perdre vraiment mon temps.
De cette énumération de petits papiers ("Intro"), je retiens cependant quelques mots qui m'ont interpellée : "Les seules choses qu'on voit sont celles qui existent dans les mots.", "Autour de nous, il existe encore des myriades de choses fabuleuses qui attendent leur baptême."
Il y a aussi l'histoire de ce marginal qui ne veut pas suivre comme un mouton : "Et il me faut un job garanti, si soudain l'envie de travailler me prenait, mais sans obligation." Ou l'histoire du "sorcier amoureux" : "Elle finira en 'reine des feuilles mortes' - grand bien lui fasse !" Évocation du bien-être en prison encore. Humour noir et grinçant souvent.
La nouvelle intitulée "Méthode" est peut-être celle que je "préfère". Comment commencer à écrire ? Pour Kafka : s'asseoir et attendre ; Hemingway : fric et alcool.
"À l'étranger, le meilleur ami du Letton c'est un autre Letton." : je ne suis pas les divagations du personnage. Mais au bar Sherlock, la confusion des trois pays baltes est drôle, même si la Lettonie disparaît, et le rugby n'intéresse plus personne...
La nouvelle "Théorie", j'aime quand même : "Depuis tout petit, la rêverie est mon activité principale." Ou : "Seul survient l'inattendu."
"Voyage" : aller chercher au bout du monde ce qu'on a à sa porte. Ici on est en plein délire et ça se termine en queue de poisson (dauphin).
"La fuite" : Lauris à qui on vole peut-être la vedette...
"Les lettres" : on peut passer.
"L'autre agence" : nouvelle déroutante, aucune envie de m'y attarder.
"La jambe" : "Je ne suis capable de faire que ce que je veux vraiment." Et pourtant, je lis ce livre que je ne veux pas lire ! Pouvoir et vouloir...
"Le jeu" : s'infliger ça ! Ce n'est pas du jeu. Perte de temps pour moi.
"Le compositeur" : dessin et composition, déroutant. "Avancer sans comprendre. Aller vers le mystère" C'est on ne peut plus juste pour moi.
"L'enquêteur" : encore un à qui échappe ce vers quoi il tend.
"Outro" : "Mais alors, comment faut-il s'y prendre pour atteindre son but ?", "Seulement le soleil à travers le feuillage, et je fus submergé par un bonheur explosif. " Mais oui, tout simplement.
Et franchement, l'allusion au fauve (tigre) dans les dernières lignes, pour justifier encore le choix du titre, à mes yeux ça ne tient pas la route. Je n'ai d'ailleurs rencontré ni tigre, ni chat, dans toutes ces pages.
Philippe
La lecture de Tigre m'a donné quelques difficultés. J'apprécie habituellement la forme de la nouvelle.
Dans cet ouvrage, la première page de chaque nouvelle m'a intéressé, mais ensuite, pour chacune d'elles, je ne suis pas parvenu à être attentif, à prendre de l'intérêt pour le développement du propos : vraiment rien n'accrochait, trop flou, trop d'imprécision, beaucoup de dialogue sans intérêt, une écriture sans relief, très journalistique.
Je suis complètement passé à côté de l'allégorie du tigre qui surgit dans quelques textes.
J'ai dû attendre la onzième nouvelle, "Le compositeur", la plus longue de toutes, pour apprécier l'histoire d'un compositeur à succès, sans formation musicale, qui a découvert la musique par le dessin des partitions dans ces subtilités, après une formation aux Beaux-Arts. J'ai apprécié cette citation de Thomas Mann utilisée par l'auteur pour illustrer son propos : "en tout temps, les compositeurs avaient introduit dans leurs écrits maint secret plutôt destiné à l'œil qu'à l'oreille." Je rêverais d'avoir cette capacité pour dépasser mon incompétence musicale.
Janis Jonevs ne rentre pas avec cet ouvrage dans mon panthéon des nouvellistes. L'exotisme de l'auteur letton, francophile, ne fait pas tout.
Pour Voix au chapitre, et pour la nouvelle "Le compositeur", je garde le livre ouvert à un quart.
Edith
J'étais très partante pour ce choix.
J'ai eu le loisir de visiter les trois pays baltes, ce voyage a augmenté mon désir de lecture de cet auteur inconnu jusqu'à ce choix de VAC.
Je n'ai pas tout lu. Et n'ai pas le projet de poursuivre.
George Sand, encore trop présente par les romans que je voulais finir, m'a retenue me laissant peu de temps pour entrer totalement dans ces 11 nouvelles, 12 si j'ajoute "Intro".
Beau papier, belle couverture, texte aéré, traduction fluide, et curiosité comme je l'exprimais plus haut. MAIS difficile pour moi de me concentrer sur ces textes trop vite oubliés après leur lecture. Il m'a fallu les reparcourir pour en dire quelques mots.

"L'intro" : Walt et Hery buveurs de café… le bruit de la machine à café puis les petits papiers. J'ai lu, un de plus, et de plus..., décourageants par leur teneur. J'ai eu besoin d'aller à la fin pour retrouver les buveurs de café, Walt et Henry, très désorientée par le ton et la forme des petits papiers, d'emblée je rejette et décide de choisir "Voyage". En refusant de suivre l'ordre du livre, j'ai le sentiment de désobéir à l'auteur et ainsi de me mettre au diapason des textes à venir une. Plutôt classique dans mes choix, je n'ai rien contre la poésie surréaliste, mais après l'immersion dans George Sand, je doute de l'intérêt que je vais y trouver.
Je n'apprécie pas vraiment les nouvelles, il m'en reste en général très peu de traces.

"Voyage" : L'humour dès les premières lignes, et puis les ovnis qui s'invitent…. J'ai complètement adhéré à cette nouvelle, en me disant que c'était de l'ordre du rêve enfantin : "Que faut-il faire pour entrevoir ce qui pourrait exister dans un autre monde ?". L'auteur aurait pu choisir les diplodocus qui portent les imaginaires des mondes disparus. Un tel récit "épique" aurait pu être raconté.

"La jambe" : Un vrai cauchemar pour l'auteur ? Le "je" le fait croire. Une sensation corporelle déclenche un rêve. Sa jambe ne répond plus et le fait de ramper hors de chez lui et pour l'auteur l'amène à philosopher (que peut le corps, la pensée immatérielle qui devient action, son absence totale de maîtrise sur son corps est-ce un démon ?…) : il livre sans retenue ni logique apparente ses pensées vagabondes, me procurant du plaisir de lecture : comment cela va tourner ? Je souris à la description de la morsure de lobe de l'oreille de la fille toute retenue ayant disparu, pas de regret ni honte : "le monde ne me concernait pas". Pourquoi ne pas voler la superbe voiture, donner une claque à ce passant ? Puis arrive le récit de l'auto-stoppeuse et la chute du récit ; puisque je peux tout, la jeune fille dans l'auto ne l'intéresse plus "La seule issue consistait à faire exclusivement ce que je voulais"…, le sans limite ne procure que désintérêt.

"Théorie" : Les rêves tout éveillé, c'est l'activité préférée de l'auteur. Cela aidera à découvrir les nouvelles ?
"Théorie (suite)" : Les tigres ce sont mes désirs, dit l'auteur, et sur la couverture, j'ai déjà enregistré la tête entière du chat noir au regard tranquille ! À moi de rêver aussi.
La place qu'occupe ces deux parenthèses - "Théorie" et "Théorie (suite)" - illustrent les nouvelles. Pourquoi à cette place-là dans le livre ? "Seul survient l'inattendu (…) et si l'on veut que quelque chose se produise, faut-il donc l'oublier ?"

"Méthode" : Un vrai bonheur de texte, Edgars abandonne son idée de se situer comme letton : son pays n'existe pas pour les Français puisqu'il ne le situe pas. Et pourtant, en résidence d'écriture à Paris, il doit produire un texte sur la Lettonie. Cette histoire sent le vécu !

Lecture agréable, découverte d'un auteur y compris sa bibliographie : je me trouve dans le cas de la Française qui s'étonne d'un auteur d'un aussi petit pays à peine lisible puisque coincé entre la Lituanie et L'Estonie ! Autonome depuis 1990.
J'ouvre un quart. Je crois qu'à un autre moment, j'aurais été plus dispose à ces nouvelles.

DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
La Lettonie
Repères biographiques

Œuvres de Janis Jonevs
Son traducteur
Presse : radio, vidéo, articles
Potins



La Lettonie : quelques éléments

État d'Europe du Nord situé sur la côte orientale de la mer Baltique, la Lettonie est entourée par l'Estonie au nord, la Lituanie au sud, et la Russie et la Biélorussie à l'est :

- 1918 : première indépendance, après la chute des empires russe et allemand.
- Seconde Guerre mondiale : occupations successives par l'URSS (1940), l'Allemagne nazie (1941), l'URSS à nouveau (1944). 70 000 Lettons furent déportés par les Soviétiques, remplacés après la guerre par des colons russes...
- 1991 : restauration de l'indépendance, après l'effondrement soviétique.
- 2004 : la Lettonie devient membre de l'UE et de l'OTAN.
- Population : environ 1,86 million d'habitants (2024-2025).
- Capitale : Riga, grande ville cosmopolite et centre culturel majeur.
- Langue officielle : le letton qui appartient au groupe balte de la famille indo-européenne ; il partage des caractéristiques avec le lituanien, le russe, mais aussi avec les langues finno-ougriennes comme l’estonien et le finnois, et avec des langues germaniques, comme le suédois ou l’allemand. Le russe est encore largement parlé, héritage de l'époque soviétique.
- Une identité culturelle marquée par les chants choraux (importants dans la culture nationale), une forte tradition littéraire et poétique, un rapport intime à la nature (forêts, lacs, mer).


Janis Jonevs : repères biographiques

Janis Jonevs est né en 1980 à Jelgava, anciennement connue sous le nom allemand de Mitau, ville industrielle marquée par l'ère soviétique, deuxième ville étudiante du pays :

- Études : master d'études françaises à l'Académie de la culture de Lettonie (=université publique lettone spécialisée dans les arts, la culture.
- Rédacteur dans une agence publicitaire, publie ponctuellement des articles.
- Traducteur du français de trois œuvres, il ne se considère par conséquent pas comme un traducteur : Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, Douze douzains de dialogues ou Petites scènes amoureuses de Pierre Louÿs et Le Grand Cahier d'Agota Kristof (lu dans le groupe en 1991...).

Son parcours est particulier par rapport à d'autres auteurs baltes : il n’est ni universitaire, ni professeur, ni fonctionnaire, ni traducteur institutionnel. Il appartient à une génération d’auteurs post-soviétiques, plus proches de la culture pop, du journalisme, du cinéma, de la musique.

Notons que parlant très bien français, il a bénéficié de résidences littéraires en France, par exemple :
- à La Prévôté, à Bordeaux, en 2016 ; Janis Jonevs a présenté son livre à la Librairie Le Gang de la clé à molette à Marmande...
- à la Villa Marguerite Yourcenar en 2017
- à La Ferme des lettres, à L'Honor-de-Cos, dans le Quercy, en 2019.

On le voit au Festival des Boréales en 2018 et en 2025, en 2024 dans des librairies pour la sortie de Tigre.


Œuvres de Janis Jonevs

Livres
- 2013 : Metal (Jelgava 94), trad. Nicolas Auzanneau, éd. Actes sud, coll. Gaïa, 2016 : récit d'une passion de jeunesse pour la culture alternative et le heavy metal dans la ville de Jelgava dans les années 90 post-soviétiques : succès critique d'abord, puis succès en librairie, exceptionnel pour la Lettonie : succès international ; prix de littérature de l’Union européenne. Adapté au cinéma en 2019 par Janis Abele : bande annonce de Jelgava 94 ›ici.
- 2014 : Les Fêtes secrètes (non traduit), album pour enfants illustré.
- 2020 : Tigre, trad. du letton par Nicolas Auzanneau, éd. Les Argonautes 2024. Prix de littérature lettone 2021
- 2022 : Décembre (non traduit) : roman noir sur le milieu criminel letton des années 1990.

Nouvelles parues en France
- "Les Lettres de Janis Jonevs", podcast d'une nouvelle inédite, une création radiophonique de David Chazam, 2021
- "Le compositeur", revue Café n° 4, 2022, publiée dans Tigre.
- "Deviens un tueur, reste humain", revue Le Grand Continent, 2022 : sur la guerre en Ukraine.
- Le Grand Tour : autoportrait de l'Europe par ses écrivains, Olivier Guez, Grasset, 2022 : à l’occasion de la présidence française de l’Union Européenne, Olivier Guez a demandé à vingt-sept écrivains, un par État-membre, d’écrire sur d
es lieux évocateurs de la culture et de l’histoire européennes. Janis Jonevs représente la Lettonie avec un texte titré "Jelvada encore une fois" (10 p., en ligne ›ici) : il raconte le parc de son enfance, à Jelgava, entre coups de fourche, premières cuites et Tsiganes. Sous les pelouses, nous apprend-il, se trouve la tombe de l'abbé Edgeworth de Firmont, Irlandais exilé en France, dernier confesseur de Louis XVI et compagnon de route du futur Louis XVIII à travers l'Europe - et la Russie - jusqu'à ce coin de Courlande, aujourd'hui en Lettonie, où il mourut... Qui ne se souvient que nos destins n'ont jamais été parallèles ?...


Le traducteur

Janis Jonev et son traducteur Nicolas Auzanneau
(La République du Centre, 2025)

Nicolas Auzanneau a un parcours particulier.
- Né en 1972. Études d'histoire à Poitiers. Fac de lettres à Bordeaux, puis Capes de lettres modernes. École de traduction littéraire (ETL).
- Une année en tant que lecteur à Wroclaw en Pologne en 1993.
- Service national sous forme de deux années à l’étranger pour enseigner au titre de la coopération, à Riga en Lettonie : "En 1996, on ne savait rien de ce pays." Il découvre une ville marquée par l’art nouveau et l’industrialisation soviétique. Il assure sa mission d’enseignement du français tout en travaillant au service culturel de l’ambassade : "J’ai notamment accompagné la création des épreuves de français pour l’équivalent du bac en Lettonie." Il développe sa maîtrise de la langue lettonne et rencontre sa future femme. 1998 : retour en France pour enseigner : "j’ai très vite eu l’envie de travailler pour la défense du français à l’étranger."
- Retour en Lettonie comme attaché de coopération et directeur adjoint du nouveau centre culturel français à Riga (devenu ultérieurement Institut français) : des années marquées par l’adhésion de la Lettonie à l’Union européenne, administration pour laquelle il va travailler, à Luxembourg puis Bruxelles, en tant que traducteur de la fonction publique européenne (EPSO=European Personnel Selection Office) vers le français (anglais, letton, allemand, polonais).
- "J’ai commencé à rendre quelques services pour traduire quelques ouvrages lettons vers le français". Il se met sérieusement à cette pratique à partir de 2014, en parallèle de son travail à l’Union européenne : "Ce n’est pas suffisant pour en vivre, il n’y a pas de best-sellers lettons."
Outre Janis Jonevs, il a traduit d'autres livres lettons comme :
À l’ombre de la Butte-aux-Coqs d’Osvalds Zebris, éd. Agullo, 2020. Prix de littérature de l’Union européenne en 2017.
Nouvelles de Lettonie, éd. Magellan, 2023.
À l'ombre de la mort, Rudolfs Blaumanis, éd. Do, 2024.

- Il a par ailleurs publié Bibliuguiansie ou l'effacement de la lexicographe : Riga, 1941, Phb éditions, 2018. Le terme bibliuguiansie désigne l’art de restaurer les livres. Nicolas Auzanneau possède un dictionnaire franco-letton en piteux état qu’il souhaite restaurer. Remarquant sa date de publication, il est stupéfait : Riga 1941. Qui faut-il donc être pour s’acharner à publier un tel ouvrage en ces temps cruels ? Car la Lettonie est occupée par l’Union soviétique depuis juin 1940 et la menace hitlérienne pèse… Tiré à 3 100 exemplaires, riche de 45 000 mots, l’ouvrage reste, à ce jour, le meilleur dictionnaire bilingue. Auzanneau va mener une enquête obstinée pour en savoir plus sur les trois personnes qui ont composé ce dictionnaire, acte "à la fois absurde, splendide, gratuit et probablement désespéré".

- Du fait de son rôle dans la coopération culturelle franco-lettone, engagé et très respecté en Lettonie, reconnu comme la référence française pour la traduction du letton, il a reçu en 2025 le prix spécial Laligaba, la plus haute distinction littéraire lettone.


Presse : radio, vidéo, articles

Pas grand-chose à se mettre sous la dent, heureusement que Voix au chapitre s'y met concernant Janis Jonevs !
- En 2016 : Janis Jonevs présente à la Librairie Mollat son livre Metal lors de L'Escale du Livre à Bordeaux : vidéo sur ›youtube, 5 min.
- "Janis Jonevs et la contre-culture metal en Lettonie", Baptiste Liger, L'Express, 2 mai 2016.
- "Un auteur letton qui se chauffe de 'metal' en visite", Frédéric Berg, Pays de Cognac, 6 avril 2016. Extrait :

- Que raconte votre roman, Metal ?
- C'est un roman mémoire qui évoque une période particulière dans une ville de Lettonie, Jelgava. La musique metal est présente mais ce n'est le personnage principal. Comme ici, elle est marginale en Lettonie. Ce n'est pas non plus une analyse de l'histoire politique de mon pays mais plus une immersion dans une jeunesse qui cherchait sa personnalité, qui était en rébellion contre le monde entier... C'est un travail de mémoire.

- 2024 : "Rencontre avec Janis Jonevs", Katharina Loix van Hooff, fondatrice en 2021 des éditions Les Argonautes. Résumé :

Allemande (de l'Ouest), elle se souvient après 1991 d’une période joyeuse. Jonevs décrit au contraire : pauvreté, incertitude, peur des Russes restés sur place, tensions plus fortes qu’aujourd’hui. La liberté a moins été vécue comme une fête qu'un chaos. Elle note la gêne de Jonevs à citer des auteurs russes : il admire des écrivains russes, mais n’ose pas le dire ; il cite plutôt des Américains.

Au passage, signalons une très chouette carte sur laquelle cliquer ›ici pour découvrir des livres sur la carte européenne des Argonautes.

- 2024 : brève vidéo où Janis Jonevs parle de l'influence russe sur l'écriture.

- 2025 : un long entretien audio de 45 min lors du Marathon des mots à Toulouse sur la chaîne de la librairie Ombres blanches : Rencontre avec Janis Jonevs, Tigre. Extrait :

- C'est quelque chose qui qu'on retrouve dans chacune de vos nouvelles, l'idée qu'il y a quelque chose de plus fort que nous.
- D'une certaine manière en effet c'est ça : c'est le tigre qui est au titre, et il y a plusieurs allusions. Sur la couverture, on voit un chat - c'était aussi dans la version lettonne : c'est un chat qui se croit être un tigre, c'est son rêve ; comme il le croit, il l'est. En effet si tu crois être un tigre, tu es un tigre parce que le monde n'existe que dans la tête : si tu crois que tu es heureux, tu l'es, si tu crois être malheureux, c'est vrai, tu as raison. C'est comme ça qu'on peut organiser le monde, mais à certains moments ce rêve devient plus fort et c'est ce tigre qui nous déchire et nos rêves, nos pensées sont plus forts que nous. Alors on peut avoir cette illusion de gouverner le monde avec ce rêve, mais à des moments ça s'échappe, ça détruit tes rêves.

- 2025 : "Le réveil du patriotisme letton", Cyrille Louis, Le Figaro, 24 décembre 2025. Cet article montre que depuis l'invasion de l'Ukraine, la résurgence de la menace russe donne aujourd'hui un nouvel élan à l'ardeur nationaliste. Extrait :

Cet élan de ferveur ne se limite pas à tel ou tel camp politique. L'écrivain Janis Jonevs, dont le roman Jelgava 94 [Metal]fut salué par plusieurs prix littéraires, admet s'être longtemps défié des envolées patriotiques. "J'ai grandi au contact d'une culture alternative influencée par le heavy metal et rétive à toute forme d'autorité, sourit-il en plissant les yeux. Jusqu'à ce que l'invasion de l'Ukraine par la Russie me fasse changer de point de vue." En ce 18 novembre, le romancier n'ira pas jusqu'à se mêler à la foule venue admirer les blindés. Mais il envisage d'imiter ceux de ses amis qui ont rejoint la Garde nationale [une organisation paramilitaire forte de 10 000 volontaires]. "Par ces temps troublés, il est important de montrer à ceux qui nous menacent que nous sommes un peuple uni." Gints Apals, l'ancien diplomate qui dirige le département d'histoire du Musée de l'occupation, s'inquiète de constater que "l'identité lettone est de plus en plus structurée par la peur de la Russie".


Potins



Janis Jonevs et sa compagne depuis 10 ans, la dramaturge Anete Konste, se sont mariés le 24/04/24, date formant presque un palindrome visuel (les Lettons aiment les dates qui sonnent bien). Anete raconte que sa robe de mariée a perdu un bouton pendant la cérémonie, signe de sa grossesse avancée... ; ils ont un petit garçon, Anšlavs Jekabs (extrait de santa.lv).

Bref, les paparazzi de Voix au chapitre n'ont pas d'autre scoop...

Plus sérieusement, on les voit en 2018, dans une émission Conversations devant la bibliothèque, où dans chaque entretien, l'invité est invité à parler du rôle des livres dans sa vie et dans son travail. "Moi, ça ne me fait rien de me séparer de mes livres, mais pour Janis, la bibliothèque remplit déjà une sorte de fonction de temple."

"Merci à Anette pour la justesse de ce jugement" : vous savez maintenant à qui est dédié le livre Tigre.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


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