Cees NOOTEBOOM, L'histoire suivante, trad. du néerlandais Philippe Noble, Folio, 2000, 144 p.

Quatrième de couverture : Misanthrope de pure race, myope légendaire, roué compilateur de guides touristiques, mais apôtre intransigeant d’Ovide et de l’hexamètre latin, l’ex-professeur Herman Mussert s’éveille un beau jour avec la sensation… de n’être plus. Et comme s’il lui était permis de retourner une dernière fois le sablier du temps, le voilà qui s’interroge sur son aventure, et nous confesse à quelles amours défuntes l’a conduit son goût immodéré pour les langues mortes. Sous nos yeux débute alors son ultime voyage… C’est avec une gaieté irrésistible que Cees Nooteboom appareille pour l’au-delà, en compagnie de ce nouveau Socrate qui, enfin, se voit mourir de sa belle mort. Sur l’éternelle sagesse des Métamorphoses, sur les mystères cosmiques ou les éblouissements métaphysiques, le romancier improvise une méditation au ton inimitable.
Actes Sud, 1991

Couvertures néerlandaises de Het Volgende Verhaal :

En option :
Rituels
, trad. du néerlandais Philippe Noble, Folio, 2006, 272 p.

Quatrième de couverture : Peu de chose, sans doute, rapproche le rituel de la messe et celui de la cérémonie du thé. Pourtant, l’un comme l’autre vont marquer de leur empreinte Inni Wintrop. Ce dilettante sceptique coulerait à Amsterdam des jours heureux, s’il n’était maladivement sensible à la fuite du temps et à l’omniprésence de la mort. Inni, cependant, aime trop la vie pour ne pas conclure avec elle les compromis que requiert la société.
Ce n’est pas le cas des deux êtres dont la rencontre bouleversera son existence. Le premier, Arnold Taads, est un misanthrope qui impose à ses jours le carcan d’une discipline de fer. Le second, Philip Taads, fils d’Arnold, qu’Inni rencontre vingt ans plus tard, en 1973, a en commun avec lui le goût de la solitude et de la méditation.
Les deux Taads refusent le monde tel qu’il est, et le monde les éliminera tragiquement. Mais Inni, sous son masque ironique, n’est-il pas leur frère jumeau ?
L’art, l’amour, les religions, le suicide – peu de livres ont l’art d’aborder des sujets aussi graves avec autant de légèreté, d’élégance et d’humour. Poète de la décadence souriante, Nooteboom nous offre ici, avec la délicatesse de trait d’un maître japonais, une chatoyante "peinture du monde flottant".


Calmann-Lévy, 1985
rééd. Seuil, 1994

Cees Nooteboom (1933-2026)
L'histoire suivante (publié et traduit en 1991)
En option :
Rituels (publié en 1980, traduit en 1985)
Nous avons lu ce(s) livre(s) pour le 29 mai 2026.
Nous avions lu
Le chant de l’être et du paraître en 1999. Depuis bientôt 40 ans que le groupe existe, nous avons lu seulement deux écrivains néerlandais : Anna Enquist et, donc, Cees Nooteboom. C'est la mort de celui-ci qui nous a donné l'idée de le lire...
Des infos en bas de page autour du livre : Livres : romans, poésie, récits de voyage, essais... Un traducteur exceptionnel Repères biographiques Radio, vidéo, articles L'histoire suivante : conception et destin du livre

Nos 15 réactions
Ont lu uniquement L'histoire suivante :
Christelle, Fanny, Françoise, Jacqueline
, Mégane, Renée, Rozenn
N'a lu que Rituels : Jérémy
Ont lu L'histoire suivante et Rituels :
Catherine, Monique
Ont lu aussi Le chant de l'être et du paraître :
Thomas
et jadis, sans s'en souvenir, Brigitte, Claire, Manuel, Sabine

BrigitteManuel Renée
Christelle •Monique
Entre et Catherine Thomas
JacquelineMégane
Entreet Jérémy
Claire

Fanny

Ont lâché le livre plus ou moins vite : •Françoise Rozenn
Sabine

Sabine (ronchonnerie transmise de Nîmes)
J'ai laissé tomber la lecture de Cees machin chose.

Claire
Pourquoi l'as-tu laissé tomber ?

Sabine
Ça m'a gonflée.

Françoise (ronchonnerie professionnelle parisienne)
Encore un livre qui m'est tombé des mains...

Claire
Tu as abandonné tout de suite ? En cours ?

Françoise
À la page 40.

Rozenn (pas ronchonne, mais)
Je n'ai pas fini le livre.

J'avais adoré le début.
Je pense que les voisins ont la même vue sur moi que les siens sur le narrateur.
Et j'ai aimé le flou de son réveil.
Et puis son histoire d'amour m'a ennuyée.
Et je n'ai pas continué.
Mégane
"Je n'ai jamais éprouvé un intérêt exagéré pour ma personne, ce qui ne veut pas dire pour autant que j'aie jamais pu cesser sur commande et au moment voulu de réfléchir à moi-même, malheureusement" : sur cet incipit, le ton est donné. Le style (et la traduction) sont magnifiques, à la fois souples et ciselés.
Misanthrope et érudit, Herman m'a fait penser à un savant mélange entre le Peter Kien d'Auto-da-fé de Canetti et le professeur R. de D. de La confusion des sentiments de Zweig.
Quant à son voyage, il m'a évoqué l'allégorie de la mort en bateau dans Scoop de Woody Allen - elle-même allégorie impertinente de la traversée du Styx.
Un roman court mais percutant, l'histoire d'un homme qui se rejette physiquement au point de se retrancher du monde pour ne devenir que pur esprit et pure érudition, mais qui au seuil de la mort se rappelle la seule histoire d'amour (monodirectionnelle) qu'il ait vécue.
Quelques petites citations pour terminer :
"Mon appartement est bourré de livres qui tolèrent ma présence parmi eux."
"Il paraît que je me comporte comme un érudit anglais du siècle dernier, j'ai élu domicile dans un vieux Chesterfield dont les entrailles en débandade sont masquées aux regards par un tapis persan encore plus vieux, étendu sur le siège : c'est là que je lis, sous un grand lampadaire à abat-jour posé près de la fenêtre."
"Une manière ou une autre de voir le temps, dis-je. Einstein en a fait de la mélasse et Dali l'a ramolli avec ses montres."
Renée(avis transmis de Narbonne)
J'ai beaucoup aimé ce livre car il rejoint un peu mes obsessions : la conscience que la vie est absurde et que les seuls moyens de la supporter sont l'amour (en général) et l'art.
Dans ce livre, l'amour est absent, sauf un peu au début, mais il finit mal. L'art en revanche est omniprésent et ces passionnés de gravures anciennes me parlent sur tous les plans.
Mais mon intellect proche du zéro absolu (-273 quand même !) ne me permet pas d'ajouter grand-chose, si ce n'est que pour moi c'est un livre important que je relirai. Ouvert en grand.
"On ne peut trouver de vrai beauté qu'à ce que l'on connaît bien" : comme c'est juste !
Christelle(avis transmis)
J'ai découvert avec plaisir Cees Nooteboom dans L'histoire suivante.
Ce récit est court, mais l'enchaînement fluide et rapide des scènes dans la seconde partie, donne de l'épaisseur au livre.
J'ai beaucoup aimé les premières pages où Nooteboom introduit rapidement l'étrangeté de l'état du narrateur.
La partie suivante qui retrace ses souvenirs de sa vie de professeur de lycée et de ses amours est drôle et tourne parfois à la farce, façon David Lodge, avec toutefois un humour plus fin. L'autodérision permanente du narrateur rend sa personne ridicule, mais sa passion pour les lettres classiques et les métamorphoses en particulier contrebalance cette image, en faisant un portrait cocasse. J'ai eu l'impression que Nooteboom nous met en position de voyeur et de juge à la fin de sa vie.
Mais finalement, c'est le ton et l'écriture de la seconde partie que j'ai le plus appréciés. J'ai trouvé l'écriture vraiment jolie, l'atmosphère poétique et l'enchaînement des histoires font ressentir le mouvement de ce bateau. On peut penser que l'imagination de Mussert est inspirée à la fois par les récits de mythologie antique et par les croyances des cultures décrites dans ses guides de voyage. La forme de dialogue, avec un interlocuteur non défini mais qui semble proche, finit par créer à Mussert une vie relationnelle et donne un but à son existence auparavant solitaire. J'ai aimé la profondeur que Nooteboom apporte au cours de son livre.
J'ouvre aux ¾.
Manuel(avis transmis de Madère)
L'histoire suivante : J'aurais pu trouver ce texte, bourré de références, prétentieux, mais ça n'a pas été le cas bien au contraire. Cees Noteboom m'a donné envie de découvrir les classiques grecs et latins. Les scènes où Herman Mussert imite le lever et le coucher du soleil sont très drôles ! Elles sont un prétexte à faire vivre les œuvres de Horace, Ovide ou Platon. Lisbonne et son atmosphère est décrite avec justesse tout comme les rares passages de Washington DC ou l'accostage au Brésil et la remontée de l'Amazone (j'ai pensé aux films de Herzog : Aguirre ou la colère de Dieu et Fitzcarraldo). Est-ce que le Dr Strabon serait le double de Cees Nooteboom ? Faut-il voir dans le passage du prêtre "serpillière" qui est épuisé de donner la confession à Milan p. 88 une charge contre la religion catholique ? Ça ne manque pas de piquant pour un prêtre en route pour l'au-delà. J'ai été totalement convaincu par le projet littéraire. C'est un très beau texte !
Rituels : Comme pour L'histoire suivante, le récit est bien construit et m'a tenu en haleine ! Il y a beaucoup de passages qui sont des fulgurances, des merveilles qui décrivent soit des rites (p. 74), soit des lieux. Tout comme Lisbonne, j'ai adoré les descriptions d'Amsterdam. À chaque page, je me suis régalé des descriptions et des anecdotes. Ici encore le narrateur est assez critique sur la religion et ça me plaît : "jusqu'à sa douzième année, il n'avait guère reçu d'éducation religieuse et cette mortifiante graine, dont la prolifération anarchique pouvait étouffer d'autres gens leur vie durant avait été, chez lui, semée trop tard pour prendre vraiment racine." (p. 73)
Cees Noteboom décrit chaque œuvre : la gravure de Baldini, l'estampe japonaise et la céramique Raku, avec beauté et plein de pertinence… J'aurais aimé le suivre comme guide. J'aime sa critique sur les amateurs d'art d'aujourd'hui (p. 189). Les pièces authentiques sont achetées pas des gens en toc. Ahahaha !
Ces deux livres me laissent dans un état étrange : difficile de mettre des mots sur ce qu'ils provoquent, tant ils foisonnent de références, de couches, d'échos. Il faut tout de même être "en forme" tant la mort est présente. Mais c'est peut-être ça, leur force. D'autre part, Cees Noteboom, a nourri mes réflexions sur l'art et comment appréhender une œuvre d'art dont on ne connaît pas forcément les codes (p. 192.) Philippe Noble a, je pense, bien traduit la prose de Noteboom : j'ai adoré sa traduction ! Enfin Lisbonne et Amsterdam cessent d'être des villes, elles deviennent des protagonistes, aussi complexes que les personnages eux-mêmes.
J'ouvre ces deux livres en grand car j'aurai plaisir à les partager.
Claire(en direct dans une ambiance ce soir-là caniculaire => fenêtres ouvertes sur le rugissement urbain, on hurle pour se faire entendre...)
Je souhaite commencer, ce que je ne fais jamais d'habitude, par incertitude de mon avis - incertitude justement encore pire que d'habitude...
J'ai lu les deux livres et ai eu une impression commune : d'abord, deux semaines après les avoir lus, j'ai entièrement oublié le contenu (j'ai dû refeuilleter pour ce soir) ; ensuite, dans les deux, il y a des aspects qui m'ont énormément plu et d'autres qui m'ont mortellement ennuyée, notamment par manque de compréhension de l'ensemble du livre : grosso modo, je ne vois pas de quoi il s'agit dans ces deux livres, quel est le fameux "projet de l'auteur"...
Ainsi, L'histoire suivante m'a d'abord captivée, parce que le livre m'obligeait à une lecture très lente, du fait de phrases chargées de sens, surprenantes, drôles aussi, avec des formules ("Les dieux peuvent décider de leurs métamorphoses, les hommes ne font que les subir"), une syntaxe de la restriction (pas mal ma formule, non ?) : ne fût-ce que, si du moins, à tout le moins..., un sens de la dérision délectable (la scène érotique des lunettes désérotisantes m'a beaucoup plu p. 32) ; j'ai beaucoup aimé la relation du narrateur avec Maria, la façon dont elle le traite, même si hélas ça se termine mal. Le personnage érudit et auteur de guides grand public avait aussi tout pour me plaire ; la scène de la mort de Socrate racontée aux élèves vaut la peine et je vibre aussi pour sa chouchoute surdouée, Lisa d'India. Mais j'avais l'impression de m'intéresser à ce qui n'était pas le cœur du livre. Au fur et à mesure que le livre avance, je ne suis plus, sur le bateau je suis larguée, bref, si j'ai lu ce livre court jusqu'au bout, c'est sans plus de conviction : je me fiche qu'il se réveille au Portugal et de ce qu'il fait sur le bateau avec ce groupe mystérieux. Je ne sais même pas comment ça finit, est-ce que ça finit d'ailleurs.

Quant à Rituels, j'ai trouvé le personnage plus flou, moins vivant, que dans L'histoire suivante. Il est vrai qu'il est à dessein flou, il rencontre une fille, il rencontre un mec, il se passe quelques trucs, comme l'enterrement d'un pigeon, il retrouve un oncle, les histoires de famille me barbent un peu. On fait du tourisme humain avec divers personnages, et le personnage le plus important est sans doute celui qui fricote avec le bouddhisme et les pots sacrés, d'où le titre, mais bon.
Il y a eu de bons moments dans ces livres, mais où ça va tout ça, hein ? Heureusement, la finesse des avis qui vont venir vont m'éclairer. Je ne sais pas encore comment j'ouvre, je vais me laisser influencer.
(Après la séance) L'Esprit du Groupe, soufflant à des altitudes inaccessibles pour moi, a permis, comme prévu, au vermisseau que je suis de saisir tout ce qui m'avait échappé : merci ! Je reste cependant au ras du bitume et j'ouvre ¼, tout en étant contente bien sûr d'avoir voyagé avec Cees...
Monique

Je ne sais comment classer ce texte qui mélange philosophie, mythes anciens, citations littéraires, voyages. Malgré l'érudition de l'auteur qui transparaît tout au long du récit, sa lecture est très facile, toutes les citations ou évocations n'étant jamais appuyées. C'est un récit contemplatif, une méditation sur l'histoire personnelle de l'auteur tout en y intégrant le présent. L'auteur y fait preuve de cynisme et d'un sens de la dérision réjouissant.
J'ai beaucoup aimé le passage sur Lisbonne que j'ai trouvé très évocateur de cette ville que j'apprécie beaucoup. C'est une suggestion plus qu'une réflexion sur le passage du temps, sur la mémoire, sur la nature éphémère de la vie, sur les complexités de l'amour… C'est ce qui m'a le plus intéressée dans cette lecture et c'est ce qui m'en restera.
La construction du récit est souvent curieuse. Par exemple dans la deuxième partie, nous apprenons par étapes discontinues qui sont les compagnons de voyage du narrateur : le nombre de personnes par sexe et âge, puis le nom de ces personnes et plus loin des caractéristiques individuelles.
La langue est riche, recherchée, pleine d'érudition, mais dépourvu de sensations et d'émotions.
Je dois reconnaître avoir dû arrêter plusieurs fois ma lecture car ressentant une sorte de morosité, de somnolence ou d'ennui.
Cette lecture a été une expérience très particulière et déconcertante que j'ai appréciée. Mes impressions sont difficiles à décrire, car du domaine de la sensibilité et non de la raison. C'est un livre d'atmosphère. J'ouvre aux ¾.
J'ai commencé et presque achevé la lecture de Rituels. J'y trouve le même style, la même érudition, des fulgurances, mais encore plus de longueurs qui ont entraîné un état de somnolence, donc des arrêts de lecture que j'ai toujours repris sans effort. Les personnages sont toujours aussi désabusés… J'y ai apprécié des réflexions intéressantes autour de l'art, des piques au sujet de la religion.
J'ouvre aussi aux ¾.
Jacqueline

Je suis un peu fatiguée par cette fin d'année et je passerais volontiers tout mon temps allongée avec un bon bouquin… Celui-ci a été une expérience curieuse de lecture : je lisais un morceau, c'était accrocheur, je me trouvais des points communs avec ce narrateur enseignant sans illusions (ni sur lui ni sur sa place dans le monde actuel). Son récit ne manquait pas d'humour, mais mon attention restait flottante. J'étais plongée dans un monde pas très rationnel, qui s'apparente un peu au rêve avec des détails très précis, bien vus et des personnages à l'identité un peu floue, bref, une atmosphère onirique. Très rapidement, je m'endormais, non pas parce que cela m'ennuyait, mais pour me livrer à mes propres rêves. Je me réveillais pour reprendre ma lecture, à peu près là où je l'avais abandonnée et me rendormais un peu plus loin. Cela ne m'aidait pas à trouver une cohérence au récit. Mais, j'ai aimé me promener à Lisbonne et sur l'Amazone. J'ai continué comme ça jusqu'à la fin, décidée à l'ouvrir à moitié pour faire la part entre mon réel intérêt et les absences répétées que mon corps avait manifestées.
Puis je l'ai relu : je me suis rendu compte que j'avais loupé plein de trucs. L'ensemble a, alors, pris une cohérence. Déjà, l'histoire entre les quatre principaux protagonistes est devenue une histoire romanesque, y compris avec l'énigme que laisse pour le lecteur, comme pour le narrateur, la lettre déchirée de Lisa. On n'en saura pas plus, non plus, sur les raisons réelles pour lesquelles Arendt Herst a agressé le narrateur avant de prendre la fuite en entraînant Lisa. Et Lisa reste la seule de tous ces morts dont on n'aura jamais le récit…
Alors, roman métaphysique comme semble l'indiquer la citation d'Adorno en incipit ? En tout cas, roman bien construit ! Jolie mise en scène des côtés dérisoires et aléatoires de la vie. J'ai quand même eu un peu de mal à reconstituer le récit…
Je n'ai pas eu l'impression d'apprendre grand-chose sur l'évolution, la vie au sens biologique ou sur notre place dans l'univers. C'était pourtant bien amené par les différents personnages et leurs échanges ! Est-ce que ça rend philosophique par rapport à la mort ?
J'avais envie de lire autre chose de cet auteur ; j'avais zappé qu'il y avait cet autre livre, Rituels, au programme en option !
Après ma relecture, je continue à n'ouvrir qu'à moitié même si le côté romanesque qui m'avait échappé m'a finalement bien plu...

Fanny
Je suis très proche de Claire car je n'ai rien compris. J'ai vu que ça parle de la mort. Qu'il se réveille ailleurs ? Je n'ai pas de problème, je suis séduite par l'idée. Mais j'ai à peu près tout oublié.
Le style érudit d'accord, mais il y a des limites, c'est abscons, par exemple p. 66 : "Nous sommes des épigones, nos vies nt abandonné l'ordre du mythe pour celui de la psychologie. Et nous savons toujours tout, nous formons notre propre chœur monophonique." Et c'est pas le pire !... Le style est pédant avec des termes techniques juxtaposés, pas très accessible. Et p. 55 où il faut voir de l'érotisme… : "Et toi, tu voudrais une crémation ? demandai-je. La question fait son effet dans n'importe quelle société. Le corps de l'interpellé se trouve alors ravalé au rang de matière à éliminer à un moment donné, ce qui ne manque pas de piquant, notamment dans les situations érotiques." Ah bon c'est érotique ?
Mais je suis allée jusqu'au bout. Je retiens, de manière terre à terre, la relation avec la collègue, l'humour, le combat de coqs, et quand il est myope dans le noir...
Comment ça finit ? La phrase de fin : "Et c'est alors que je lui racontai, que je racontai L'HISTOIRE SUIVANTE". Bon il y a une boucle. Mais je me suis perdue.
Et Rituels…, je n'ai pas eu envie.
Car il ne m'en reste rien, je suis passée à côté, je ferme.
J'ai lu l'histoire du livre, suivie de quelques critiques où je me retrouve : le roman demeure "un jeu arbitraire et artificiel avec les mystères les plus profonds de l'existence" ; "le niveau visé est affiché avec une telle ostentation que l'auteur, au final, n'y parvient pas".
Peut-être je n'ai pas lu au bon moment, mais je n'ai pas envie de faire l'effort de comprendre plus et je suis déjà passé à... l'histoire suivante…
Thomas
et
Ayant appris par l'intermédiaire de mon partenaire de crime habituel (https://www.parislibrairies.fr/) que le livre du programme n'était disponible que dans 4 librairies parisiennes, j'étais bien décidé à faire l'impasse. Quand un ouvrage ne se trouve plus que dans de poussiéreuses malles d'antiquaire, c'est rarement bon signe ! En plus, si la littérature néerlandaise est à l'image de leur gastronomie, je préférais ne pas trop m'en approcher... Mais pour ne pas trop encourir non plus le déplaisir du groupe, en guise de bonne volonté, j'ai quand même lu Le chant de l'être et du paraître que Claire avait envoyé sous format électronique. Vu sa taille, le coût de l'effort à consentir me paraissait tout à fait raisonnable... Et, finalement, j'ai regretté que ce soit si court ! Cette mise en abyme de l'écriture, légère, drôle, peuplée de références - que je comprenais, cette fois-là ! - avec en plus un passage en Italie... Que demander de plus ?
Alors, je me suis emballé, et je me suis attaqué à Rituels, qui m'a un peu déçu, puis à L'histoire suivante, espérant retrouver le plaisir de ma première lecture... Las, la pente était clairement devenue descendante ! Alors, certes, ces deux-là ont encore leur lot de bonnes trouvailles (la "boucle" de L'histoire suivante, notamment), de phrases lumineuses et de traits d'humour bien décochés. Mais ça devenait très décousu, avec, entre ces bons moments, trop de passages qui m'ont paru beaucoup plus communs ou ennuyeux. Les réflexions métaphysiques stériles et un peu pédantes - il faut dire que je sortais de 600 pages d'overdose du Livre de l'intranquillité de Pessoa, et que je n'avais surtout pas envie de le retrouver de sitôt... - ces histoires d'amour ou de "dragouille" - le terme est de Claire, mais je le garde - entre prof et élève, toutes ces jeunes femmes qui se jettent sur le narrateur de Rituels de manière totalement désordonnée et sans la moindre trace de logique, les passages pas toujours franchement accessibles sur la philosophie antique...
Cela reste assez agréable quand même, au moins par moments, donc j'ouvre à moitié, mais c'est assez loin du Chant de l'être et du paraître, qui mérite bien, lui, un ¾ !

Brigitte(à l'écran)
Je croyais ne pas connaître cet écrivain. Les archives de Voix au chapitre m'ont démentie. Nous avions lu il y a fort longtemps
Le chant de l’être et du paraître, que j'avais beaucoup aimé, mais que j'avais totalement oublié.
J'ai commencé L'histoire suivante en admirant le style, l'intelligence, l'érudition de l'auteur, mais sans réellement comprendre de quoi il s'agissait. Cette lecture était pour moi, comme une poignée d'eau !!
Au fur et à mesure, j'ai commencé à me repérer un peu parmi les personnages, un prof de latin, très apprécié de ses élèves, d'autres profs qui assistent aux co
urs les uns des autres. Une histoire d'amour esquissée, une bagarre, un voyage.
Quelques phrases qui donnent à penser :
"On sait bien que la conversation consiste essentiellement en choses qu'on ne dit pas" (p. 66)
Ou encore le passage où le personnage est réfléchi par une forêt de miroirs (p. 71).
C'est seulement en terminant ma lecture que j'ai compris que le sujet est la Mort : en effet, les cours où le professeur racontait le suicide forcé de Socrate, dont les élèves sortaient bouleversés ; ou encore le long voyage en bateau de Belem au Portugal à Belem en Amazonie, où s'ouvre devant le navire l'entrée du fleuve alors qu'il laisse derrière lui les deux traces blanches de son sillage ; ou encore le récit par chacun des voyageurs du drame qui l'a emporté ; pour se terminer dans l'attente de l'histoire suivante...
Comment aborder un sujet si grave et si difficile ? L'auteur l'aborde de face sans faux-fuyant ; ce sujet terrifiant, à la fois banal et unique dans la vie de chacun de nous, mérite d'être traité de cette façon. Cees Nooteboom a relevé le défi avec brio. L'écriture est de grande qualité. J'ouvre en grand.

Jérémy entre
et
Avant la lecture : Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur avant de lire cette année sa nécro.
J'ai galéré pour trouver le livre dans les librairies et même dans les bibliothèques on ne le trouvait guère, mais bon ce n'est pas pour moi un point négatif l'idée de niche… Mais en général quand un auteur meurt, il est réédité, pas là ! Ou en tout cas par pour l'instant... Est-ce un signe ?
J'ai fini par trouver Rituels et L'histoire suivante : je n'avais pas d'a priori, mais j'avais quand même plutôt envie de m'y atteler. Je ne me souviens plus du tout de ce qu'elle racontait mais la nécro du Monde m'avait plutôt donné envie. Et puis je n'avais jamais lu d'auteur néerlandais. J'ai lu Rituels mais pas encore L'histoire suivante.
Après la lecture : J'ai eu du mal à rentrer dedans. Je me suis beaucoup assoupi. Est-ce l'effet du livre ou de la chaleur accablante ? Certainement les deux. Je l'ai lu en pointillés et en grande partie aujourd'hui.
C'est un livre d'atmosphère, nébuleux, inclassable, comme dit Brigitte. Un livre déconcertant, un peu comme le Suzanne Jacob que Fanny nous avait fait lire.
Au début, j'ai pensé à L'insoutenable, légèreté de l'être de Kundera : l'histoire d'amour et le fait qu'elle soit très libre, comme chez lui, la manière dont l'intériorité des personnages est décrite, le fait que les personnages ne semblent parfois pas avoir réellement de substance mais servent plutôt de réceptacles à des idées, des concepts, des "thèses", le fait que leur relation et ce qui s'y joue soient décrits de manière psychanalytique par le narrateur sans que les personnages n'échangent ou presque. Inni m'a fait penser au personnage de Tomas : "la vie entière d'Inni tournerait autour des femmes : il rechercherait la même extase auprès des passantes, des amies, des prostituées, des inconnues" (p. 143).
Mais la dissolution de ce mariage est une fausse piste. Pour moi le "thème" du livre est : comment être au monde quand on n'est pas de ce monde ? Quand on en rejette les (fausses) valeurs, la marche, le "projet" ? Comment l'habiter quand on ne sait pas ce qu'on y fait et qu'on aurait préféré ne pas y être ? Nooteboom nous propose trois archétypes de ces inadaptés pathologiques : Arnold Taads le misanthrope, Philip le bouddhiste/mystique/fou (?) et enfin Inni le dilettante/paumé/nihiliste. Le problème, c'est que c'est un livre à thèse, et qu'on voit un peu trop les coutures. Kundera aussi a des "thèses", des idées à faire passer, mais il ne donne plus de chair à ses personnages, on s'attache à eux, ils nous agacent, il y a une véritable intrigue, des péripéties. Là, rien de tout ça. Ces personnages et ce qui leur arrive m'est complètement égal. Ils sont théoriques.
Par ailleurs, c'est lourd et pesant. C'est à peu près aussi réjouissant que du Cioran. Je ne suis pas un thuriféraire de la littérature "good vibes", mais là le livre n'est pas à mettre entre toutes les mains, et notamment entre celles de ceux qui pourraient se reconnaître dans ses principaux personnages... ! Sans compter que certains passages, comme la controverse théologique entre le camérier et Arnold sur l'existence de Dieu, le cours d'Arnold sur l'existentialisme sartrien ou ceux des antiquaires sur Baldini ou les Raku, sont particulièrement fastidieux, pour ne pas dire indigestes.
Malgré tout, il faut bien reconnaître qu'il y a des fulgurances, de belles trouvailles d'écrivains, et des passages qui donnent à penser. Quelques exemples :
- "à chaque nouveau cliché qu'il prenait d'elle, c'était un peu de cendre d'Inni qui se dissolvait dans l'air d'Amsterdam, le nouvel amour était le crématorium de l'ancien"
- "La montagne, c'est la majesté de Dieu sur terre."
- "Il mangeait comme il marchait, hâtivement, avec des gestes mécaniques : il engrangeait du fourrage."
- "cet après-midi-là il avait découvert […] qu'il peut exister entre les êtres une distance traduisant une altérité si radicale que le témoin de leurs rapports pense périr de mélancolie."
- "Qui refuse de choisir périra dans les marécages. Négligence, attention défaillante, manque de connaissances solides, c'est le côté fangeux du dilettantisme. La seconde moitié du XXème siècle. Des chances accrues pour tous. De plus en plus de gens en savent de moins en moins long sur de plus en plus de sujets. Étalement du savoir sur la plus grande surface possible." Ce passage m'a fait penser à un échange entre Charles et le médecin dans Sarah et le lieutenant français, dans lequel le médecin tient le discours inverse et regrette au contraire que nous soyons rentrés dans une période de spécialistes.
Plusieurs passages qui décrivent bien l'état d'errance dans lequel se trouve Inni :
-"sa vie se composait d'évènements qui ne répondaient à aucune conception d'ensemble, à aucune idée directrice. Il y manquait le fil conducteur d'une carrière, d'une ambition. Il se contentait d'exister, fils sans père et père sans fils, et il lui arrivait des choses."
- "toutes ses rencontres se déroulaient comme en un film ; lui-même était dans la salle et suivait attentivement l'action […] mais il était incapable d'y prendre part et en dépit de sa sympathie pour le comédien il demeurait spectateur."
- "à la différence du plus grand nombre, il ne s'était pas laissé convertir par les journaux, la télévision […] à l'idée que ce monde était "malgré tout" acceptable, du seul fait de son existence. Il ne l'était pas et ne le serait jamais."
Et puis cette scène très drôle, la seule du livre il me semble, de la circoncision sous anesthésie locale : "Une aiguille, du fil : on s'apprêtait à repriser une chaussette, on la recousait, on refermait la souris pour toujours, on ficelait une paupiette de souris !".

Bref, je suis content d'avoir découvert cette voix singulière, mais ce que j'ai lu et ce que vous en avez dit ne m'a pas donné de poursuivre mon histoire avec Nooteboom en lisant son Histoire suivante. Je l'ouvre entre ¼ et ½. Je pense qu'il ne m'en restera assez vite qu'une impression et que je ne le recommanderai à personne.
Enfin, la phrase (ou plutôt le passage) que je retiendrai du livre : "il considérait la vie comme un club un peu bizarre dont il était devenu membre par hasard et dont on pouvait être radié sans explications. Il avait déjà résolu de quitter ce club dès que la réunion deviendrait trop ennuyeuse." (p. 16)
Catherine entre et         
Je ne connaissais pas cet auteur, j'ai commencé par Rituels.
J'étais mitigée à la fin. Je rejoins assez Jérémy, c'est une ambiance plus qu'une histoire. J'ai bien aimé l'écriture. Il y a des réflexions qui m'ont intéressée sur la perte, la mort, la religion, on retrouve certains des thèmes dans l'autre livre, et ces trois personnages qui n'ont pas trouvé leur place : le dilettante, Philip qui vit dans sa chambre et est obsédé par un bol raku et se tue quand il l'a obtenu, Arnold, encore plus misanthrope, qui skie et passe sa vie cloîtré, lui aussi, avec une obsession du temps. C'est très particulier, il n'y a pas vraiment de fil et j'ai trouvé les personnages assez artificiels, je n'ai pas vraiment n'accroché, on n'y croit pas je trouve. Ce qui concerne le Japon n'est pas inintéressant, il y a des réflexions sur l'art et le marché de l'art qui m'ont plu et beaucoup de phrases (que je n'ai pas notées), de moments qui m'ont interpellée. Quelqu'un a parlé de fulgurances et c'est tout à fait ça.
J'ai aimé le début de L'histoire suivante, les premières pages : je me suis laissé embarquer par l'histoire, cet homme qui se réveille dans une autre ville, un autre pays. Je n'ai pas ressenti de problème de cohérence. Le narrateur se demande s'il est mort et on se le demande aussi, on n'est pas sûr, ce qui donne du charme à l'histoire pour moi ; le mot mort est quand même répété 5 fois en 3 pages... On ne le saura vraiment qu'avec la deuxième partie. Parce qu'ensuite on est à Lisbonne, plongé dans ses souvenirs et surtout celui de son unique histoire d'amour avec une prof de bio, sa collègue. Cette histoire m'a plutôt laissée indifférente, à part la scène d'amour pendant laquelle, privé de ses lunettes, il ne voit qu'"une masse rosâtre, agrémentée, çà et là, d'une excroissance farfelue ou d'une tache plus sombre".
J'aime, en revanche, ce qu'il décrit de Lisbonne. J'ai trouvé le personnage du narrateur attachant, Socrate, ce prof de lettres anciennes un peu fou, et passionné par l'antiquité, les métamorphoses d'Ovide et les vers latins, qui mime devant ses élèves la mort de Socrate, la course folle et la chute de Phaéton, la mer déchaînée entourant la terre plate. J'ai plutôt aimé tout ce qu'il raconte sur Antiquité, les citations, je n'ai pas trouvé ça si pédant que ça (bien que n'ayant jamais entendu parler de Théophraste évidemment), il y en a un peu trop mais ça ne m'a pas gênée.
J'ai moins accroché avec la deuxième partie : le voyage en bateau, très allégorique, et la traversée vers le Brésil (sauf la description de l'arrivée en Amazonie), avec un groupe hétéroclite de voyageurs dont on comprend petit à petit qu'ils sont tous morts aussi ; par moments on ne voit plus certaines parties de leur corps puis ils redeviennent normaux... C'est un peu appuyé pour être sûr que le lecteur comprenne bien, ça m'a même fait penser à du Marc Lévy (Et si c'était vrai), en mieux quand même. Chaque personnage raconte sa mort, lui le dernier, ses compagnons de voyage ont disparu, et on comprend alors à qui il s'adresse. La boucle est assez sympa, c'est bien fait. Ça m'a paru au final être un exercice de style assez brillant. Je suis restée un peu sur ma faim.
J'ai aimé l'écriture, la traduction m'a paru très bonne, et j'ai aimé l'humour, beaucoup moins présent dans Rituels.
J'ouvre l'ensemble moitié plus, entre ½ et ¾, plus proche de la moitié.


Nous parcourons les références jugées prétentieuses ou pas


•D'abord, quelques antiquailleries
L'Antiquité, d'accord, mais c'est vaste l'Antiquité... : si on se réfère aux limites habituelles, cela va du IVe millénaire av. J.-C. (invention de l'écriture, vers 3300 av. J.-C.) jusqu'en 476 ap. J.-C.
Voici dans l'ordre croissant, les œuvres et auteurs cités :
- Phédon de Platon, vers 360 av. J.-C. : ce dialogue se tient le dernier jour de Socrate.
- Dans Rituels, le narrateur a un pseudo d'auteur de guides, Dr Strabon, qui renvoie au géographe et historien Strabon (68 av. J.-C. - 23 ap. J.-C.).
- Caractères de Théophraste, philosophe péripatéticien (=de l'école philosophique fondée par Aristote en 335 av. J.-C. au Lycée d'Athènes) : écrits vers 319 av. J.-C.
- Métamorphoses d'Ovide : publiées entre 2 et 8 apr. J.-C., qu'on pourrait lire si ce n'était pas si gros, si long, si..
- Les Histoires de Tacite : publiées entre 106 et 109.
- Dionysiaques de Nonnos : écrits entre 450 et 470 ; Nonnos de Panopolis est un poète grec né en Égypte.

• De la période de la Renaissance
- Est évoqué un madrigal de Sigismondo D'India, compositeur italien (1582-1628), contemporain de Monteverdi. Catherine trouve ça très beau.
- Est mentionné Giorgio Vasari : "Inni avait lu Vasari", phrase qu'on ne comprend pas si on ne connaît pas la célébrité de
Vies des peintres, sculpteurs et architectes : Giorgio Vasari (1511-1574) est un peintre, architecte et écrivain toscan dont le recueil biographique est considéré comme une des publications fondatrices de l'histoire de l'art. Dix tomes en ligne ›ici ; publiés en Grasset, coll. Cahiers rouges, en deux tomes.

Du XXe siècle
- Philip Taads, dans Rituels, évoque l'importance d'une nouvelle de Kawabata, Thousand Crabes (Mille grues, traduit Nuée d'oiseaux blancs) ; Nuée d'oiseaux blancs est l'un des trois romans cités par le comité Nobel pour décerner à Yasunari Kawabata le prix Nobel de littérature, avec Kyôto et Pays de neige (lu dans le groupe, ainsi que Les Belles endormies), roman sélectionné dans la Collection Unesco d'œuvres représentatives.

- Proust figure bien évidemment, à propos de l'antiquaire érudit :
"'Bonjour, monsieur, lui lança Bernard Roozenboom. Je ne te serre pas la main, on est en train de me manucurer. Voici Mme Theunissen. Elle commande à mes ongles depuis mon plus jeune âge.
- Bonjour madame', dit Inni.
La dame fit un petit salut de la tête. La dextre de Bernard reposait comme un patient anesthésié dans la main gauche de la manucure, sous un petit spot qui dispensait une lumière crue de salle d'opération. Lentement, elle limait un à un les ongles roses au-dessus d'une cuvette d'eau. Jusqu'au jour où il avait vu le portrait de Lodewijk van Deyssel par Keses Verwey, Inni avait toujours pensé que Bernard Roozenboom correspondait à l'idée qu'il se faisait du baron de Charlus, encore que cet aristocrate eût probablement peu apprécié de ressembler à ce qu'il appelait '
un israélite'. Il est vrai que plus personne ne savait à quoi ceux-ci ressemblaient depuis que les journaux publiaient des photos de femmes-soldats israéliennes à la blondeur éclatante. La prestance ducale du nez de Bernard semblait sortie tout droit de ses dessins Renaissance, ses cheveux clairsemés possédaient cette rousseur nordique qui s'harmonise si bien au tweed et ses yeux bleu clair n'avaient rien des étincelantes cerises noires de l'auteur de la Recherche du temps perdu ou plutôt, selon une prononciation qu'il affectionnait, 'perda'. Et puis, hormis Proust lui-même et ses lecteurs, personne n'avait jamais vu le baron, si tant est qu'il fût possible de voir une créature de papier. Quoi qu'il en soit, si quelqu'un travaillait assidûment son futur personnage de vieillard venimeux - Charlus et Van Deyssel, chacun à sa manière, en avaient offert de beaux exemples - c'était bien Bernard. Scepticisme, arrogance, distance hautaine,
tout conspirait dans ce visage à rendre plus blessants encore les aphorismes mordants dont il gratifiait amis et ennemis, et cette qualité d'insolence se trouvait encore accrue par l'indépendance financière, une intelligence aiguë, une vaste culture et un célibat endurci. Les costumes qu'il faisait tailler à Londres masquaient non sans peine une silhouette massive et quelque peu rustique ; toute sa personne répandait - selon sa propre expression - une odeur provocante de passé." (p. 169)

- Petit couplet féministe
dans Rituels, qu'il faut replacer à l'époque de la publication (1980 aux Pays-Bas) : "Les femmes dominaient le monde, parce qu'elles en avaient la gestion quotidienne. Jamais Inni n'aurait le sentiment de 'prendre', de 'conquérir' une femme, autant d'éléments d'une terminologie stupide inventée pour masquer la vérité : l'on se livrait - lui se livrait, en tout cas - aux femmes avec un abandon total, source de perpétuels malentendus. Si le monde était une énigme, les femmes incarnaient la force qui maintenait en mouvement ce mystère palpitant, elles seules en détenaient les arcanes. Si peu qu'il y eut à comprendre au monde, on n'y accédait que par les femmes. Les amitiés masculines pouvaient aller très loin, elles s'arrêtaient toujours à la face rationnelle des choses ; certaines femmes possédaient aussi cette rationalité, mais elle leur était donnée en sus. Les femmes étaient plus vraies, plus directes que le langage, elles étaient des médiatrices. Il lui semblait que les femmes lui permettaient d'avoir part lui-même à la féminité - autant qu'il était en son pouvoir - et qu'il n'eût pu survivre sans cette possibilité. Non qu'il eût jamais désiré changer physiquement de sexe : au contraire, l'idée de cette femme invisible présente dans son corps viril lui procurait une énigmatique sensation de duplicité. S'il méritait la qualification d''homme à femmes', c'était au même titre qu'un personnage mythologique peut être dit 'homme-oiseau'. Il détestait l'attitude de la plupart des mâles à l'égard des femmes car, même s'il agissait comme eux, sa motivation était autre. Il savait, lui, ce qu'il cherchait. Le sexe n'était pas la fin, mais seulement un moyen, un délicieux moyen de transports. Les femmes, toutes les femmes, étaient le véhicule qui vous conduisait au voisinage, sous le rayonnement direct, du secret dont elles seules, et non les hommes, détenaient la clé. Les hommes (mais il lui faudrait attendre bien longtemps avant de pouvoir formuler cette vérité) vous apprenaient de quoi était fait le monde, les femmes ce qu'il était." (Rituels, p. 143-144)

              DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Livres : romans, poésie, récits de voyage, essais...
Un traducteur exceptionnel
Repères biographiques
Radio, vidéo, articles
L'histoire suivante : conception et destin du livre


De très nombreuses ŒUVRES TRADUITES de genres très variés

Romans et nouvelles
- Le chevalier est mort, trad. Louis Fessard, Denoël, 1967 ; rééd. Le chevalier est mort, nouvelle trad. Christian Marcipont, M. Sell-Calmann-Lévy, 1996.
- Mokusei ! Une histoire d'amour, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 1987 ; rééd. Folio, 2000.
- Le Chant de l'être et du paraître, roman, trad. Philippe Noble et Anne Wyvekens, Actes Sud, 1988 ; rééd. Folio, 2000.
- L'histoire suivante, roman, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 1991 ; rééd. Folio, 2000.
- Philippe et les autres, trad. Philippe Noble, Calmann-Lévy, 1992 ; rééd. Points, 1995 ; rééd. Folio, 2006.
- Rituels, trad. Philippe Noble, Calmann-Lévy, 1985 ; rééd. Points, 1994 ; rééd. Folio, 2006.
- Autoportrait d'un autre - Rêves de l'île et de la ville d'antan, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 1994.
- Dans les montagnes des Pays-Bas, roman, trad. Philippe Noble, Calmann-Levy, 1988 ; rééd. Dans les montagnes des Pays-Bas, Actes Sud, 1994.
- Le jour des morts, roman, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 2001 ; rééd. Folio, 2006.
- Le matelot sans lèvres : histoires tropicales, nouvelles, trad. Daniel Cunin, préface Philippe Noble, postface de l'auteur, Nantes, le Passeur-Cecofop, 2002 ; rééd. Folio, 2005.
- Perdu le paradis, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 2006.
- La nuit viennent les renards, nouvelles, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 2011.


Poésie

- Le visage de l'œil, trad. Philippe Noble, avec des contributions de Bernard de Coen, Pierre Gallissaires, Jan H. Mysjkin et al., Actes Sud, 2016.
- L'œil du moine, suivi de Adieu, trad. Philippe Noble ; dessins de Max Neumann. Actes Sud, 2021.

Récits et voyages
- Le Bouddha derrière la palissade : un voyage à Bangkok, récit, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 1989.
- Une année allemande : chroniques berlinoises 1989-1990, trad. sous la direction de Philippe Noble, Actes Sud, 1990.
- Désir d'Espagne : mes détours vers Santiago, trad. Anne-Marie de Both-Diez, Actes Sud, 1993.
Le labyrinthe du pèlerin : mes chemins de Compostelle, trad. Anne-Marie de Both-Diez et Philippe Noble, Actes Sud, 2004. Nouvelle édition augmentée de Désir d'Espagne, 1993, avec des photographies et trois récits supplémentaires.
- L'enlèvement d'Europe, trad. Philippe Noble et Isabelle Rosselin, Calmann-Lévy, 1994.
- Du printemps, la rosée, souvenirs de voyages en Extrême-Orient, trad. Anne-Marie de Both-Diez, Actes Sud, 1995.
- Hôtel Nomade, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 2003.
- Un art du voyage, Cees Nooteboom et Eddy Posthuma de Boer, trad. Philippe Noble et Anne-Marie de Both, Actes Sud, 2006.
- Pluie rouge, récits, trad. Philippe Noble, dessins Jan Vanriet, Actes Sud, 2008.
- Tumbas : tombes de poètes et de penseurs, avec des photographies de Simone Sassen, trad. Annie Kroon, Actes Sud, 2009.
- 533 : le livre des jours, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 2019.
- Venise : le lion, la ville et l'eau, photographies de Simone Sassen, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 2020.


Essais et écrits sur l'art
- Zurbarân & Cees Nooteboom : XVIIe siècle, trad. Anne Champonnois, Charenton, Flohic, 1992.
- Zurbaran : œuvres choisies, 1625-1664, trad. Philippe Noble, Hazan, 2011.
- Lettres à Poséidon, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 2013.
- Un sombre pressentiment : à la rencontre de Hieronymus Bosch, trad. Philippe Noble, Phébus, 2016.
- Dans les arbres fleurissent des pierres : le monde imaginaire de Giuseppe Penone, trad. Philippe Noble, Actes Sud, 2025p.

Anthologies
- J'avais bien mille vies et je n'en ai pris qu'une, textes choisis et présentés par Rüdiger Safranski, trad. de l'allemand et du néerlandais Philippe Noble, Actes Sud, 2016.


UN TRADUCTEUR EXCEPTIONNEL

Traducteur d'une vingtaine de livres de Cees Nooteboom, Philippe Noble est l'un des traducteurs et médiateurs culturels les plus importants entre les Pays Bas et la France, jouant un rôle décisif dans la diffusion de la littérature néerlandaise contemporaine auprès du public francophone.

Enseignant à l'Université Paris IV (1979-1992), il a formé plusieurs générations d'étudiants en langue et littérature néerlandaises.

Il a été directeur de l'Institut français d'Amsterdam, acteur clé de la diplomatie culturelle, et directeur de la collection "Lettres néerlandaises" chez Actes Sud (1987-2026), collection de référence qui a permis l'introduction en France de nombreux auteurs néerlandais majeurs. Il se présente ainsi :

"Je suis né en France en 1949, sans aucun lien familial ou culturel avec le monde néerlandophone ; c’est un amour de vacances qui m’a fait découvrir les Pays-Bas en 1970. J’ai fait des études de lettres classiques (langues et littératures grecque, latine et française), puis à partir de 1971-1972, de néerlandais à Paris et à Amsterdam. J’ai enseigné le néerlandais à la Sorbonne de 1979 à 1992, puis travaillé pour le ministère français des Affaires étrangères, comme directeur de centre culturel (à Amsterdam puis à Vienne), conseiller culturel, ou responsable d’un réseau de coopération universitaire entre la France et les Pays-Bas.
À côté de ces métiers variés, j’ai traduit 63 titres du néerlandais en français (et deux en sens inverse) depuis 1980. Dans les années 1980, j’ai commencé à traduire des auteurs néerlandais pour les éditions du Seuil (Etty Hillesum) ou Calmann-Lévy (Cees Nooteboom, Harry Mulisch, J. Bernlef, Anne Frank). Au total, je n’ai guère traduit qu’une vingtaine d’auteurs – Nooteboom qui se taille la part du lion, Stefan Hertmans, Multatuli, David Van Reybrouck, Arnon Grunberg… – mais j’ai touché à tous les genres, roman, essai, poésie ou même théâtre, à l’exception de la littérature de jeunesse.
"

Deux entretiens très intéressants :
-"Le traducteur est un "chercheur" d’un genre particulier", entretien avec Philippe Noble, par Olivier Sécardin, Relief (revue de littérature française scientifique internationale consacrée aux études littéraires et culturelles), juillet 2021.
- Sur le site Les Plats Pays : "Passage de flambeau pour Lettres néerlandaises : Philippe Noble et Guillaume Deneufbourg en conversation", 25 mars 2026.


REPÈRES BIOGRAPHIQUES de Cees Nooteboom

Enfance et jeunesse
- Naissance en 1933 de Cornelis Johannes Jacobus Maria (dit Cees) Nooteboom à La Haye, aux Pays-Bas.
- Enfance difficile : ses parents divorcent quand il est très jeune et il perd son père à la suite d'un bombardement, en mars 1945. Envoyé d'un établissement catholique à un autre, il finit par être renvoyé, sans diplôme, mais ayant appris le grec et le latin.
- En 1954, il met un carnet dans sa poche et part en auto-stop pour découvrir l'Europe, puis le monde qu'il n'a eu de cesse d'arpenter depuis, tout en écrivant, romans, poésie, récits, articles et essais.

Écrire
- 1955 : premier roman publié, Philippe et les autres. Ce texte romantique, apprécié par la critique, est le récit du périple d'un jeune homme parti en stop à travers l'Europe.
- 1963 : deuxième roman Le chevalier est mort, plus "expérimental".
- Dans les années 1960 et 1970, il se tourne vers les reportages et les récits de voyage, en publiant dans la presse, notamment dans la revue Avenue. Comme reporter, il est présent à des moments marquants de l'histoire, à Budapest lors de l'invasion russe en 1956, à Paris en mai 1968 ou à Berlin lors de la chute du mur en 1989, comme on peut lire dans Une année allemande (1990).
- 1980 : il revient au roman en publiant Rituels qui le fait connaître auprès du grand public et à l'étranger. Le Chant de l'être et du paraître (1981), L'histoire suivante (1991) et Le jour des morts (1998) consolident cette renommée internationale, alors que les relations avec la critique néerlandaise sont plus difficiles.
- Récompensé par de grands prix littéraires, dont le Prix P.C. Hooft (2005), le Prix des Lettres néerlandaises (2009), le Prix de l'État autrichien pour la littérature européenne (2003) et le Prix Formentor (2020), il lui a manqué le Prix Nobel de littérature, pour lequel il a été pressenti à plusieurs reprises.

Facettes de l'auteur et de l'œuvre
Le voyage est pour Nooteboom une "forme concentrée de l'écriture". Tant dans le voyage que dans son écriture, le regard a une place importante : il n'est pas étonnant qu'il publie des récits avec des photographes, principalement Eddy Posthuma de Boer et son épouse Simone Sassen ; avec elle, il compose Tumbas (2007) et Saigoku (2013, non traduit en français), témoignage de leur pèlerinage aux temples de Kyoto.

Son regard curieux et précis inspire ses écrits sur l'art (notamment sur Jérôme Bosch ou Giuseppe Penone), ses récits de voyage, par exemple son portrait de la ville dans Venise : le lion, la ville et l'eau (2020), dans ses romans et nouvelles, ainsi que dans ce livre hybride 533 : le livre des jours (2016).

Le thème du regard résonne aussi dans les titres des recueils de poèmes L'œil du moine (2016) et Le visage de l'œil. Nooteboom est plus connu comme écrivain-voyageur, mais il a publié de nombreux recueils de poésie dès les années 1950. Sa poésie, à la langue lapidaire, s'inscrit dans les mêmes thématiques qui parcourent toute son œuvre : le temps qui passe, la mort, les tensions entre différentes manières d'être au monde.
(Ces repères biographiques viennent d'un hommage de la BNF en 2026 juste après sa mort.)

Les potins
Trois relations importantes connues :
- Fanny Lichtveld, première épouse (mariage en 1957, séparation en 1964) : elle est la fille du propriétaire du bateau sur lequel il s’était embarqué comme matelot — épisode qui appartient à sa légende personnelle de voyageur.
- Liesbeth List, chanteuse et actrice néerlandaise, sa compagne après son divorce. Ils voyagent ensemble en Asie (Indonésie, Japon, Malaisie, Birmanie), voyages qui nourrissent plusieurs de ses récits.
- Simone Sassen, photographe, sa dernière compagne puis épouse : ils s’installent à Minorque, où ils vivront plus de cinquante ans de 1971 jusqu’à sa mort en 2026. Ils collaborent aussi artistiquement : Tumbas (2007), Saigoku (2013). Dans ses dernières années, alors qu’il souffrait de Parkinson, les articles soulignent la présence très attentive et protectrice de Simone Sassen.


RADIO, VIDÉO, ARTICLES

Radio
- "Cees Nooteboom", Isabelle Isidori, Affinités électives, France Culture, 9 avril 2009, 60 min.
- "Cees Nooteboom, bientôt Nobel ?", Caroline Broué, La Grande table, France Culture, 6 juin 2016, 29 min.
- "Cees Nooteboom : "J'ai toujours eu l'impression qu'avec la guerre, ma jeunesse a disparu", Laure Adler, Hors-champs, France Culture, 17 juin 2016, 44 min.
-
"Le témoin du vendredi : Cees Nooteboom en Europe", Jean Lebrun, La Marche de l'histoire, France Inter, 2 mai 2019, 28 min.
- "Éloge du temps végétal", Manou Farine, La Compagnie des poètes, France Culture, avec Cees Nooteboom, Marc Jeanson et Philippe Noble, 10 mai 2019, 58 min.
- "Enfant du monde, Cees Nooteboom", Laure Adler, L'Heure bleue, France Inter, 23 mai 2019, 42 min.

Vidéo
- Un livre, un jour, Olivier Barrot, France 3, sur le roman Perdu le paradis, 19 octobre 2006, 2 min 28, sur le site de l'INA.
- Conférence et entretien avec Cees Nooteboom, Philippe Noble son traducteur et Margot Dijkgraaf, 6 avril 2016, BNF-Fondation Del Duca-Institut de France, en ligne sur le site de la BNF, 1 h 14 min.
- Lecture de poèmes par lui-même dans sa maison d'Amsterdam, sur le site d'Actes Sud, novembre 2021, 4 min.

Articles
Florence Noiville a fait de nombreux articles dans Le Monde sur cet auteur. Dans son livre Écrire c'est comme l'amour, rassemblant des entretiens avec de grands écrivains, pour lequel elle était venue dans le groupe en 2019, elle lui consacrait ce premier article, une rencontre : "Le magnétisme des pierres", Florence Noiville, 8 septembre 2006.

Elle signe aussi les deux premières pages d'un dossier du Monde sur la littérature néerlandophone (que nous fréquentons si peu...), 25 mai 2018
.

C'est Nils Ahl
l'auteur de l'article du Monde à l'occasion de sa mort récapitulant son parcours : "Cees Nooteboom, grand écrivain néerlandais mû par un goût insatiable pour l'ailleurs, est mort", 11 février 2026.
Le Figaro commence son article nécrologique "Mort de Cees Nooteboom, cet écrivain majeur oublié des jurés Nobel" par cette phrase : "En France, l’auteur était presque un inconnu"...

Nous constatons d'ailleurs la difficulté à trouver des échos détaillés du livre que nous lisons dans la presse française. Heureusement, voilà des infos internationales :


L'HISTOIRE SUIVANTE : conception et destin du livre

Une origine très hollandaise
Chaque année, depuis 1932, les Pays-Bas organisent la Boekenweek (la Semaine du Livre), un événement national très important : pendant une semaine, toute personne qui achète un ou des livres pour un montant déterminé reçoit gratuitement un petit livre spécialement écrit pour l’occasion par un auteur sollicité à cette fin : le Boekenweekgeschenk (“cadeau de la semaine du livre”). Le tirage est considérable, de plus de 500 000 exemplaires : le livre est publié par la Fondation pour la promotion collective du livre néerlandais (CPNB).
En 1991, l’auteur choisi fut Cees Nooteboom et le texte qu’il a écrit pour l’occasion est précisément L'Histoire suivante.
Pour info rigolote, en 2024, ce n'est pas un auteur mais six auteurs, tous de la même famille, les Chabot qui sont choisis : voici le film de 1h30 les présentant, trop drôle, le livre a de plus une couverture signée s'il vous plaît Marlene Dumas...
Bref, Cees Nooteboom est donc choisi...

La conception du livre
Il a évoqué sa création laborieuse lors de diverses interviews (dont les émissions de radio citées) : "Je n'avais toujours pas d'idée précise, même si quelque chose commençait à se dessiner. Je cherchais un lieu. Mon intuition – et je l'écoute toujours – me disait : Lisbonne. J'ai acheté quelques guides de voyage et je m'y suis rendu. J'ai arpenté la ville pendant une semaine. Je prenais des notes, je décrivais les rues, les places, les restaurants, sans vraiment savoir à quoi je m'apprêtais à répondre. C'était en juin. Le manuscrit devait être rendu en octobre. C'est là que j'ai commencé à paniquer."
Concernant le sujet du récit, l'auteur a déclaré dans une autre interview : "Pour moi, c'est simplement une histoire de mort. Un homme meurt à Amsterdam et voit sa vie défiler devant ses yeux en quelques secondes."

La publication
L'histoire suivante a été publié pour la première fois à 540 000 par la Fondation (par le CPNB). Un an plus tard, une deuxième édition a été publiée par De Arbeiderspers à Amsterdam, suivie d’une troisième en 2000. Le roman a également connu une large diffusion à l'étranger.

Les réactions
Het volgende verhaal (L'histoire suivante) a d'abord bénéficié d'une attention considérable dans la presse néerlandophone, offert à l'occasion de la Semaine du livre, et - étonnant ! - le jugement de plusieurs critiques de renom s'est révélé résolument négatif. Ensuite, l'ouvrage en traduction a fait l'objet de nombreux débats dans la presse internationale, témoignant d'une admiration quasi unanime. Voyons de plus près.
À en juger par les premières critiques dans la presse néerlandaise, on peinerait à comprendre un tel engouement. Dans les articles franchement négatifs (de grands critiques, parus dans les équivalents de Le Monde, Libération, Les Échos, Le Figaro, L'Obs, Le Point, Marianne), le caractère prétendument prétentieux de l'ouvrage est la principale cible : Reinjan Mulder dans pour le NRC Handelsblad, par exemple, reconnaît que le livre gagne en profondeur à la seconde lecture. Carel Peeters dans Vrij Nederland : "Tout ce qu'écrit Nooteboom est d'une élégance, d'une érudition, d'une originalité et d'un mystère remarquables, mais je ne parviens pas à m'intéresser véritablement au protagoniste de L'histoire suivante. Il agit et pense, c'est tout ; cela me laisse de marbre. De ce fait, je ne souhaite pas non plus me pencher sur les subtilités de son histoire." Pour Arnold Heumakers de De Volkskrant, le roman demeure "un jeu arbitraire et artificiel avec les mystères les plus profonds de l'existence". Selon lui, l'histoire prend un tournant "kitsch chic" en raison de l'abondance de symboles et d'allusions antiques ; il estime que "le niveau visé est affiché avec une telle ostentation que l'auteur, au final, n'y parvient pas". Le critique du NRC-Handelsblad doit "réprimer l'envie de refermer le livre définitivement" pendant sa lecture. À l'inverse, plusieurs critiques élogieuses paraissent dans Trouw, Utrechts Nieuwsblad et Nederlands Dagblad (équivalents de La Croix, Ouest France, Le Parisien, Réforme, Le Monde Idées) Inge van den Blink, par exemple, qualifie le récit de "merveilleusement beau", "subtil" et "ingénieux". Selon Hans Werkman, le livre recèle d'innombrables passages sublimes, même s'il le juge trop difficile à offrir pour la Semaine du livre. T. van Deel, quant à lui, parle d'"un des meilleurs cadeaux imaginables pour la Semaine du livre" (tout ceci figure dans un article sur la réception du livre par Ton Brouwers, septembre 2007, sur le site DNBL).

En Allemagne, il devient un best-seller, notamment grâce à la critique très positive dans l'émission télévisée Das literarische Quartett (octobre 1991 : le lendemain, le livre est épuisé dans toute l'Allemagne). D'innombrables éditions ont été publiées dans ce pays, et le livre a suscité un intérêt plus général pour l'œuvre de Nooteboom.
L'histoire suivante
est l'ouvrage le plus traduit de l'auteur et figure parmi les œuvres littéraires néerlandaises les plus traduites.
Ce roman a été récompensé à plusieurs reprises par des prix littéraire : prix Aristeion de littérature européenne en 1993 (entre nos fréquentations : Echenoz, Herta Müller, Ruschdie, Tabucchi...), puis, un an plus tard, le plus petit prix Dick Martens de la ville belge Alost, puis en 1994 le prix littéraire Grinzane-Cavour de la province de Turin (entre nos amis Thomas Bernhard, Nadine Gordimer, Nathalie Sarraute, Vargas Lhosa, Jorge Amado, Kadaré, Lioudmila Oulitskaïa...)

Voici quand même un article universitaire assez récent et prise de tête : "L'impuissance à jamais bouger de nouveau" : Mort, (im)mobilité et voyage cognitif dans L'histoire suivante (1991) de Cees Nooteboom", Thomas Pierrart, Astrolabe, n° 51, décembre 2020.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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