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Quatrième de couverture : Depuis que son lieutenant français la abandonnée, Sarah est montrée du doigt par les villageois puritains de Lyme Regis qui la jugent irrémédiablement déshonorée et menacée de folie. Seul Charles Smithson ose lapprocher, fasciné par son impénétrable mystère. Pour la voir, il brave le scandale, met en péril ses fiançailles et la tranquillité de tout le village Première édition
:
En version originale :
|
John FOWLES (1926-2005)
|
Thomas
(avis transmis
depuis l'Italie)
Je ne pourrai être des vôtres ce soir, expédition à
Turin oblige, sur les traces de Ginzburg, si
on veut, sur celles de la dolce vita, plus franchement. Il ne me sera
donc pas plus donné d'entendre vos louanges justement dithyrambiques
que vos justifiées critiques acerbes, hélas ! Quel que soit
le camp que vous aurez choisi, j'espère en tout cas que ce roman
ne vous aura pas laissés indifférents, et que vos cotes
d'amour iront du tout fermé au grand ouvert, sans sombrer dans
une triste unanimité canettienne.
En ce qui me concerne, vous aurez bien saisi que si j'ai osé proposer
ce livre, c'est que Fowles fait partie de mes petits chouchous côté
producteurs de prose anglo-saxonne (très) moderne...
Je ne m'étendrai pas outre mesure sur le détail de ce que
j'ai trouvé dans cette lecture, la liste serait longue et il me
faudrait replonger dans le détail de l'intrigue pour ne pas me
mélanger les pinceaux avec le tout aussi extraordinaire The
Magus, qui avait été ma porte d'entrée dans
le monde de ce fabuleux joueur littéraire. Car c'est bien cela
qui m'a frappé - et plu - chez lui : cette façon
rare de s'amuser à déconstruire - autant qu'à
construire ! - l'art de raconter une histoire. Un peu comme
je m'amusais à faire et défaire mes Lego il y a 30 ans de
cela...
Enfin, j'ai déjà trop parlé, les absents ne devraient
pas avoir le droit de phagocyter autant le débat, alors place aux
présents !
Ah oui, j'ouvre en grand, évidemment !
Fanny
(avis
transmis)
J'ai trouvé ce roman beaucoup trop long, notamment sur toute la
première partie jusqu'à ce que Charles rencontre Sarah.
Certes, l'auteur plante le décor, la peinture sociale et le profil
des personnages, tous enkystés dans leurs codes sociaux. Les portraits
sont parfois assez savoureux, mais il ne se passe désespérément
rien ! Je me suis aussi demandé pourquoi ce titre ? De lieutenant
français il n'y a plus, c'est de Sarah et Charles dont il est question
tout du long.
Dans la suite du roman, je me lui laissé prendre au jeu, il y a
peu de surprise au niveau de l'intrigue, toujours des passages à
mon sens trop longs, mais j'ai pris plaisir à me replonger chaque
jour dans la lecture.
Je n'ai éprouvé aucune sympathie pour les personnages principaux
: Charles est prétentieux égocentrique et faible, - Ernestina
est bêbête - même en resituant son personnage dans le
contexte de l'époque, par exemple : "Une
bonne part de son ressentiment provenait peut-être du fait qu'elle
avait pris ce matin un soin particulier à sa toilette, et qu'il
ne lui avait pas fait le moindre compliment à ce propos"
(p. 356, éd. Points).
Sarah, manipulatrice, ne fait que manigancer, elle pourrait passer pour
une figure émancipée, mais il me semble qu'elle se joue
des autres en permanence. Seuls Mary et Sam ont pu me toucher.
Outre l'intrigue et le profil des personnages, il y a le style. Mon ressenti
sur ce point est contrasté. J'ai trouvé l'écriture
parfois, trop souvent, ampoulée ; même si cela reflète
bien la nature du personnage de Charles, j'ai trouvé que cela alourdissait
la lecture, par exemple : "comme
un navire sur un ancrage, battu par des courants contraires, et se préparant
à sa sinueuse et loxodromique traversée jusqu'au riche et
limoneux rivage de Rye" (p. 588)
ou encore, à la dernière page : "le
fleuve de la vie avec ses lois mystérieuses, s'écoule laissant
derrière lui un quai déserté, et le long de ce quai
désert, Charles commence à marcher avec lenteur"...
À d'autres moments en revanche, j'ai pris plaisir à lire
un portrait truculent de la société victorienne et je me
suis régalée de l'ironie avec laquelle il fait évoluer
ses personnages. Par exemple :
"Il décida bientôt
qu'Ernestina, du faits des défauts de son sexe et de son manque
d'expérience, serait incapable de comprendre le caractère
altruiste de ses motivations" (p. 226).
"Pour être précis,
quatre-vingt-dix secondes s'étaient écoulées depuis
l'instant où il s'était écarté d'elle pour
regarder la chambre à coucher" (p. 479)
"Il paraissait également
clair, quel que soit le soin apporté à la tenue vestimentaire,
qu'elle devait, comme tous les bons jardiniers, avoir une préférence
pour les plantations suivies" (p.
569)
Il y a aussi les inserts réguliers des propos du narrateur
(ou de l'écrivain - au risque de me faire huer j'ai l'impression
que c'est le même ?), j'aime le procédé qui à
certains moments donne du rythme et apporte un autre regard à la
narration. Par exemple, dans le train, lorsqu'il s'adresse à son
personnage : "que
diable pourrais-je encore bien faire avec toi ?" (p. 551)
ou encore : "Son
point faible - un défaut dont ne souffrent plus guère ses
descendants modernes dans la branche publicitaire - était
d'être doté d'une conscience..." (p.
575)
Mais à d'autres moments, je trouve que cela donne un côté
explication de texte inutile qui ne fait qu'alourdir le propos.
Dimension intéressante également le choix de plusieurs scénarios
racontés à la fin du roman, mais c'est parfois amené
de manière trop abrupte qui fait que l'on s'y perd un peu, comme
si l'auteur avait terminé un peu dans la hâte.
Au global, j'ouvre 1/2. Hâte de lire vos avis.
Jérémy
(avis
transmis depuis l'Aubrac)
Avant la lecture : Je n'avais jamais entendu parler de ce livre
et encore moins de son auteur. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être
à cause de l'histoire, mais j'étais persuadé que
Fowles était du XIXe siècle. Je suis donc tombé de
ma chaise lorsqu'il a commencé à disserter sur Barthes !
Quoi qu'il en soit un pavé, une histoire d'amour impossible, en
Angleterre, au XIXe..., sur le papier le livre avait tout pour me plaire.
Je crois que j'étais à peu près aussi excité
que quand on a lu Middlemarch !
Après la lecture : Globalement ça a fonctionné
et je l'ai lu avec beaucoup de plaisir et assez vite. Il a quand même
fallu que je m'agite un peu pour le finir à temps car j'ai eu le
mauvais goût de lire Effacement
avant de m'y mettre...
Ce que j'ai aimé :
- Les personnages sont subtils et complexes, loin d'être univoques.
Cela vaut bien évidemment particulièrement pour Sarah et
Charles, mais aussi pour Ernestina et Grogan. Bon en revanche pour Mrs.
Poulteney, c'est autre chose... ; c'est une vieille bigote, un point
c'est tout.
- Les réflexions/développements anthropologiques sur la
société à l'époque victorienne : je pense
notamment au chapitre 35 que l'auteur aurait pu intituler "Murs
sexuelles des paysans du Dorset à l'ère victorienne".
- Les clins d'il, voulus ou non, à d'autres livres. Je ne
sais plus si c'est dans Raison et sentiments ou dans Orgueil
et préjugés que l'un des personnages féminins
chute, enfin "fait un faux pas" et se voit secourue par un Adonis.
De la même manière très souvent Sarah se retrouve
physiquement sous Charles pour symboliser sa vulnérabilité,
son infériorité, sa faiblesse : quand il la découvre
assoupie ou quand elle se jette à ses pieds par exemple. Je serais
curieux de voir comment cela a été retranscrit dans le film.
- L'aspect historique et sociologique : c'est un livre sur deux êtres
qui essaient de trouver leur voie, d'échapper à leur destin,
à la voie toute tracée qui leur a été assignée
par la société dans une époque qui n'est plus (Charles)
ou pas encore (Sarah) tout-à-fait la leur. Charles est tiraillé
entre son attachement à sa condition de gentleman et sa volonté
de faire quelque chose d'un tant soit peu utile, d'où ses recherches
scientifiques, tout en ayant conscience qu'il ne serait jamais "un
Darwin ou un Dickens, un savant ou un grand artiste ; au pire, il serait
un dilettante, un inutile, un être incapable d'apporter sa contribution
à la tâche commune" (p.
404). Et Sarah alors ? Il faudrait y consacrer une thèse.
Est-elle hystérique ? Est-elle une perverse narcissique manipulatrice ?
A-t-elle voulu se venger de sa condition de femme sur Charles ? Est-elle
une féministe en avance sur son temps ? Aurait-elle fini, si elle
avait vécu 70 ans plus tard, dans le même état que
la Betsy d'Adèle Yon ? Certainement.
Je n'ai pas fini de "digérer" le personnage. Elle est
d'une certaine manière une "transfuge de classe", trop
éduquée pour rester dans son milieu, pas suffisamment et
surtout pas suffisamment "dotée" pour en sortir non plus :
"Non, vous ne pouvez
pas comprendre, parce que vous n'êtes pas une femme. Vous n'êtes
pas une femme née pour devenir la femme d'un paysan et que l'on
a éduquée pour être quelque chose d'un peu plus relevé"
(p. 232).
J'ai moins aimé le côté "métaroman"
ou "métatextuel" ou "Nouveau roman" ou que
sais-je encore : cf. le
développement (p. 132).
Oui, je sais que l'histoire qu'on me raconte est pure imagination. Je
ne suis peut-être qu'un "hypocrite lecteur" mais je n'ai
pas envie que l'auteur vienne "rompre le cercle de l'illusion"
(p. 135).
Cela me fait à peu près le même effet que quand Godard
ou Truffaut parlent en voix off dans leurs films ou quand je regarde une
comédie musicale : cela me sort de la fiction, et cela me gonfle.
Quelques réflexions pêle-mêle :
- Ernestina m'a un peu fait penser au personnage de Rosamond Vincy dans
Middlemarch,
en moins insupportable quand même, mais tour aussi superficielle :
"De son côté,
Ernestina monta jusqu'à sa chambre pour se plonger dans une abondante
collection de catalogues" (p. 264).
Sauf que contrairement à Rosamond, Ernestina est consciente de
ses défauts et a la volonté de les corriger avec l'aide
de Charles, cf. le
très beau passage (fin
p. 516 début p. 517).
- L'émergence de la question de l'amour/des sentiments réciproques
dans le mariage : les positions sociales respectives occupent certes une
place centrale dans le choix du partenaire, mais il n'est plus question
de faire un mariage de pure raison : "le
mariage était désormais considéré comme une
union solennelle en consécration de l'amour, et non pas dans le
simple souci des convenances" (p. 402).
- L'auteur nous propose deux fins. Moi j'ai cru en voir venir une troisième
: je pensais que Sarah allait faire son coming-out à Charles et
lui dire qu'en fait elle était lesbienne !
- Le personnage de Freeman et l'essor des grands magasins m'a fait penser
à Au
Bonheur des Dames de Zola.
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais... j'ouvre aux ¾
!
Mégane
(avis
transmis)
Un roman intéressant où, avec une ironie et une
finesse toutes britanniques, l'auteur nous entraîne dans l'histoire
de Charles, gentleman anglais, dans les années 1870. Empêtré
dans les conventions victoriennes et dans sa conscience agitée,
il va devoir faire un choix entre cur et cerveau, passion et éducation,
Sarah et Tina.
Cela n'aurait rien de très original si l'auteur ne distillait pas
ça et là de subtiles références à la
naissance du marxisme, aux débuts du féminisme et d'autres
rapprochements plus originaux aux événements du XXe siècle.
Et tel Woody Allen dans Lily
la tigresse, notre auteur brise le 4e mur pour parler directement
avec son lecteur et lui secouer les puces. Enfin, les fins alternatives
parachèvent l'originalité du roman. J'ai adoré ce
dialogue et les piques de l'auteur, qui ne plairont pas à tous
!
Un ovni intéressant et divertissant !
Renée
(avis
transmis de Narbonne)
J'ai trouvé beaucoup de qualités à ce roman : il
se présente comme étant écrit au 19e siècle
avec le regard de l'écrivain fin 20e.
Nous avons le regard omniscient de l'auteur qui dirige l'intrigue, mais
avec les incertitudes suggérées par les personnages eux-mêmes,
ou par lui. C'est très intéressant et il le fait avec humour.
Les caractères sont finement étudiés avec leurs contradictions,
leur évolution. Je ne me suis pas un instant ennuyée dans
ce dédale de sentiments et d'actions. Pour moi, Sarah est une garce
qui ne pense qu'à son but : séduire Charles, puis mener
une vie indépendante avec son bébé, sans homme à
qui obéir. Elle est moderne pour l'époque, mais a détruit
la vie de Charles qui, lui, n'a pas senti le monde changer. Le commerce
et l'argent allaient dominer et les snobs comme lui resteraient en arrière.
Il vit à contre-courant de l'histoire. Il perd tous ses repères.
Cette répulsion pour l'argent existe aussi à notre époque
dans quelques milieux, chez certains artistes par exemple, des écrivains
ou des peintres (comme le héros de Effacement
de Percival Everett qui refuse de se plier aux demandes de son éditeur).
Je trouve quand même l'auteur un peu méprisant pour les domestiques
: "les serviteurs victoriens (...) n'avaient pas un sens gastronomique
très développé." J'ai appris que ceux qui
n'étaient pas mariés avaient un demi-salaire ! Incroyable
!
J'ai beaucoup aimé la façon dont il propose plusieurs fins
au roman. Donc lecture excessivement agréable jusqu'aux deux derniers
paragraphes que j'ai trouvé amphigouriques... je les ai lus deux
fois avant de comprendre à peu près, sans être convaincue
par l'auteur. D'abord, je pense qu'il n'a pas eu d'enfant car il reste
d'une froideur étonnante devant sa petite fille. Puis à
la fin du chapitre 60, Charles a "les
lèvres pressées contre la chevelure auburn",
puis accuse Sarah de lui vouloir du mal sans que ce soit dans une "fin"
différente. Et qui est réellement le personnage qui fait
le pied de grue devant la maison ? On pense à Sam, mais cette personne
a un certain âge alors que Sam est jeune.
Sans cette fin un peu obscure, j'aurais ouvert le livre en entier, car
les thèmes sont intéressants et multiples. Mais j'ouvre
aux ¾.
Richard
(avis transmis)
Je n'ai pu lire que la moitié du livre - jusqu'au chapitre 28 (je
l'ai lu en anglais).
L'histoire racontée est assez typique des romans anglais du 19e
siècle (ceux des surs Brontë, Thomas Hardy, Jane Austen...)
et donc pas très originale. Celle-ci réside dans la narration
par une personne réelle qui vit au 20e siècle et qui s'identifie
par le pronom "Je". Cela permet des réflexions
sur la différence des sociétés de nos deux siècles,
et même sur la création d'un roman. Il y a donc beaucoup
de références au temps présent, par exemple l'adjectif
"Brechtian".
Mais ces aspects n'élèvent pas la valeur du livre et je
ne l'ouvre qu'à moitié, même s'il est amusant et facile
à lire.
Annick
L![]()
Je n'ai vraiment pas aimé ce livre de John Fowles, même s'il
a fait l'objet d'un grand succès critique et public.
En effet j'ai été constamment gênée par ce
mélange des genres qui fait alterner des éléments
du récit avec des chapitres de commentaires historiques, géographiques,
sociologiques, lourdement annotés. D'une part je trouve l'ensemble
pompeux et fastidieux et d'autre part cela entrave l'intérêt
que l'on pourrait prendre à l'histoire racontée.
C'est dommage car l'auteur a une belle plume de romancier, non-dénuée
d'humour, et le personnage de Sarah est suffisamment opaque et complexe
pour intriguer le lecteur et lui donner envie de le percer à jour.
Celui de Charles, en revanche, est moins intéressant, car marqué
par les conventions de son époque, auxquelles il tente, malgré
tout d'échapper. La peinture sociale, pleine d'ironie et de clichés
- règles de bienséance, bigoterie et hypocrisie, mépris
de classe, etc. - est assez réjouissante, en particulier dans le
jeu qui s'instaure entre les maîtres et les serviteurs, Sam et Mary,
qui tirent habilement leur épingle du jeu.
Mais, en tant que lectrice, je suis restée complètement
à distance (ce qui est l'effet recherché) et j'ai trouvé
que le récit traînait terriblement en longueur, sans oublier
les trois scènes finales en option. Quel ennui !
Enfin ce parti-pris de mélange des genres me semble mal fonctionner,
soumis au bon vouloir du narrateur, constamment en surplomb, qui ne lâche
jamais la rampe. Trop, c'est trop ! J'aime quand on me laisse une part
de liberté de ressenti, d'interprétation. Et je trouve amusant
que John Fowles, dans son projet de pasticher le roman victorien en y
introduisant son point de vue "moderne" et ses connaissances
sur cette époque, retombe en fait dans les travers de cette littérature
très boursouflée : longues descriptions et digressions,
point de vue omniscient
J'ouvre un quart pour la peinture sociale bien menée.
Catherine entre
et
Je ne l'ai pas fini. Il me reste un quart du livre à lire.
Je rejoins Annick. J'ai cru comme Jérémy qu'il s'agissait
d'un livre de l'époque de Thomas Hardy. Puis le téléphone
apparaît
Le pastiche est réussi, avec talent.
Le narrateur omniscient, les clins d'il au lecteur et les digressions
incessantes, ça m'a un peu saoulée, même si certaines
sont intéressantes, ça vire à l'explication de texte,
ça rend la lecture peu fluide. Il y a un jeu avec le lecteur, OK,
mais on a compris.
Je me suis néanmoins laissé prendre par l'histoire. Les
personnages sont intéressants et certains complexes, notamment
Sarah, fille de paysan mais éduquée et donc ne trouvant
pas sa place dans la société. Elle est manipulatrice mais
reste assez impénétrable. J'ai beaucoup aimé aussi
le personnage du docteur Grogan, les considérations sur Darwin,
sur la médecine (la confiance dans le praticien c'est la moitié
de la médecine, et l'autre moitié la confiance dans le malade).
Le personnage de Mrs. Poulteney est caricatural mais drôle. Il y
a pas mal d'humour dans le livre.
J'ai quand même eu un peu de mal à y croire. Cela relève
un peu de l'exercice.
L'étude sociologique (les chapitres 35
et 37 par exemple) et le contexte historique,
sont intéressants. J'ai été un peu gênée
par le chapitre sur le procès La Roncière
et les considérations sur l'hystérie.
J'ai trouvé qu'il y avait des longueurs. Le style est parfois un
peu pompeux. Au total, je suis un peu mitigée bien que mon intérêt
se soit plutôt renforcé au fil du livre. Je l'ouvre aux 2\3.
Jacqueline
J'ai beaucoup aimé lire ce roman de formation, très ancré
dans l'époque victorienne quoique paru en 1969. C'est pour moi
le roman d'apprentissage de Charles, pris dans les contradictions de son
époque : il va se découvrir amoureux de Sarah, et ne
peut pas la voir comme la voient les autres, même si, parfois, découragé,
il doute
J'ai apprécié que Sarah lui reste énigmatique
et puis j'ai adoré être plongée dans un roman pour
moi "victorien", par ce qui se
passe à cette époque (les informations sont multiples :
dates et événements et même noms de premiers ministres
avec mention de leurs nouvelles adresses !).
Mais "victorien" aussi parce qu'il est écrit avec des
codes et des procédés d'écriture de cette époque
: en effet, j'ai apprécié les commentaires de l'auteur (même
si à ma première lecture, un peu rapide, il m'est arrivé
d'en sauter pour avancer dans l'intrigue). Ils rétablissent, non
sans humour, une distance temporelle. Ce procédé m'a rappelé
les conférences documentaires de Hugo qui entrecoupent le récit
haletant des Misérables ou, pour se référer
à une lecture du groupe, les interventions de George Sand dans
Indiana.
Claire
C'est justement lors de cette séance-là que Thomas nous
a parlé de John Fowles !
Jacqueline
Ici, ils m'ont souvent appris des choses que j'ignorais et donné
envie d'en savoir plus. Par exemple au ch. 57, parmi d'autres évènements
d'époque, il est question de Girton Collège (premier "collège"
- au sens anglais - de Cambridge pour les femmes, fondé en 1869
; les hommes n'y ont été admis qu'en 1976 !). Cela m'a évoqué
l'École
Polytechnique Féminine qui n'a que peu à voir avec Polytechnique.
J'ai eu envie aussi d'en savoir plus sur les luttes
féministes pour l'accès de femmes à l'université.
Les épigraphes de tête de chapitre (procédé
systématisé Walter Scott dans le roman) sont très
employées au 19e siècle. Pressée de lire l'histoire,
je les saute souvent. J'ai remarqué d'abord au ch. 7 la
citation du Capital de Marx : un livre que j'ai toujours voulu
lire ! Je ne voudrais pas en rester à l'échec de ma première
tentative quand j'avais une douzaine d'années ! (Avec un exemplaire
familial qui n'était pas encore celui de mon grand-père
que maintenant, je conserve précieusement). Mais je suis tentée
de commencer par La
Sainte famille dont un extrait figure
en exergue du ch. 42 !
Une fois mon attention attirée, j'ai constaté que pratiquement
toutes les épigraphes étaient extraites de livres de l'époque
(sur les 27 citations en exergue des 20 premiers chapitres, deux seulement
font exception, l'une d'une
étude de G. M. Young spécialiste de l'ère victorienne,
l'autre se référant à la mort de Kennedy). Sur l'ensemble
des chapitres, toutes offrent un riche panorama des publications de l'époque.
Parmi les auteurs cités si certains m'étaient connus : Jane
Austen, Lewis Carroll, Hardy, Tennyson
(que je ne connais que de nom), Darwin
je découvrais l'existence
du poète Matthew
Arnold. J'ai apprécié la variété de ces
uvres : romans, poèmes, études diverses, extraits
d'enquêtes
et je me suis amusée à vouloir trouver
leur rapport au contenu du chapitre qu'elles annoncent.
Après ma première lecture, j'appréhendais
de voir le
film
il m'a bien plu, mais aucune adaptation cinématographique
ne me paraît pouvoir rendre compte de tout ce qui est dit dans le
livre sur la société de l'ère victorienne !
Tout au long de mes lectures successives, je faisais des parallèles,
essentiellement avec le 19e siècle littéraire français :
- ce qui est dit de Sarah au début et "le lieutenant français"
du titre m'ont fait penser au film de Truffaut Adèle
H. sur la fille de Victor Hugo
- Au
Bonheur des Dames, quand Charles vient annoncer à Freeman
qu'il a perdu "ses grandes espérances"
- j'ai comparé le destin de Sarah avec celui de Madame Bovary qui
a reçu aussi une "excellente éducation" au-dessus
de sa condition de fille de fermier. Mais les codes sociaux ne lui permettent
que d'être gouvernante, préceptrice ou fille entretenue alors
qu'Emma épouse un médecin de village
- j'ai pensé à Indiana de
Georges Sand à cause des interventions de l'auteur, du jeu entre
codes sociaux, codes amoureux et codes littéraires et puis, parce
qu'avec trois fins (qui m'avaient un peu échappé à
ma première lecture trop rapide), Fowles surpasse les deux de Sand
J'ai d'ailleurs, beaucoup apprécié ces trois fins : la première
fidèle à la fois au portrait de Charles jusqu'alors montré
autant qu'aux conventions sociales de son époque, la deuxième
conforme aux espérances des amateurs de romans qui "finissent
bien" et enfin celle qui conclut et, en montrant l'évolution
du héros, prouve qu'il s'agit bien d'un roman d'apprentissage.
J'ai noté p. 623 une citation que j'aimerais garder : "Le
langage est comme un lé de soie vive : tout peut dépendre
de l'angle sous lequel il est présenté."
Ça a été pour moi un moment de lecture assez extraordinaire
et j'ouvre en grand ! De crainte de ne pas y trouver le même plaisir,
je ne me précipiterai cependant pas pour lire un autre roman de
Fowles.
Brigitte![]()
Voilà un roman dont la lecture n'est pas aisée. Il demande
au lecteur un effort de chaque instant. En fait, il s'agit plutôt
d'un essai sur l'Angleterre victorienne, écrit au XXe siècle
(1969).
Au début, ça m'a beaucoup plu. L'auteur ne tombait pas dans
les clichés des romans du XIXe ; ensuite, vers la moitié,
j'étais exaspérée par les commentaires et digressions
sophistiqués, surchargés de citations et difficiles à
comprendre, qui encombraient le déroulement de l'histoire. J'ai
quand même poursuivi ma lecture. En fin de compte, j'ai compris
qu'il s'agissait de l'analyse des murs du XIXe victorien à
l'éclairage de la pensée occidentale du XXe (exception faite
de Freud et de la psychanalyse). L'auteur s'intéresse essentiellement
à la sexualité, à l'image de la femme, au développement
du commerce, ainsi qu'à la fabrication du roman. En définitive,
c'est un livre tout à fait intéressant, mais fatigant à
lire.
Ernestina et Sarah sont toutes les deux victimes des préjugés
de leur époque. Sarah, beaucoup plus autonome et beaucoup plus
libre de ses pensées et de ses actes, est considérée
comme hystérique.
Charles, jeune homme instruit, issu de la noblesse, vit de ses rentes
; s'engager dans une profession liée au commerce serait pour lui
un signe de déchéance.
Cette Angleterre puritaine ne voit pas qu'elle héberge un bien
plus grand nombre de "lupanars" qu'à aucune autre époque
de l'histoire.
Le développement du commerce, qui va faire la richesse du pays,
est récusé par Charles, alors que Sam son valet saura y
faire fortune.
J'ai également apprécié le regard porté sur
l'Amérique, qui, moins coincée par le passé, accepte
d'évoluer avec son époque.
Il se trouve que j'avais lu en 1996 L'Honneur
perdu de Marie de Morell : l'affaire La Roncière, 1834-1835.
Fowles fait plusieurs allusions à cette affaire, pour en conclure,
que Marie de Morell était, comme tant d'autres femmes, hystérique.
Cet ouvrage, paru après celui que nous lisons, soutient une thèse
différente : Marie de Morell a été victime d'une
lamentable blague de jeunes officiers, digne des bizutages modernes.
Quant au lieutenant français évoqué dans le titre,
il n'apparaît pratiquement pas dans le roman.
J'ouvre aux ¾.
Monique entre
et![]()
Ce roman complexe, original et ambitieux m'a captivée pendant environ
trois quarts de sa longueur, mais a fini par me lasser (en gros au moment
du départ en Amérique). Il est trop long.
L'intrigue est assez banale, le rythme lent. L'intérêt tient
principalement à l'exploration des conflits internes et des désirs
inavoués des personnages qui sont tous décrits dans leur
complexité face aux contraintes de la société. Tous
les personnages sont intéressants, même les plus excessifs
comme Mrs. Poulteney. Les interventions du docteur sont très pertinentes.
Sarah reste énigmatique, elle est décrite comme possédant
une intelligence et une indépendance non conformes aux critères
classiques de l'époque. Elle se complaît dans sa réputation
d'exclue et méprise les conventions sociales, mais est-elle une
victime ou une manipulatrice ? Ou un mélange des deux ? Charles
est déchiré entre son désir de se conformer aux conventions
et son aspiration à la liberté et à la passion. Sarah
remet en question ses préjugés sur les femmes, le poussant
à remettre en question sa place dans la société et
la nature de son amour. Tout est analysé avec intelligence, finesse,
subtilité et ironie.
On est amené à se questionner : sommes-nous vraiment libres
de nous affranchir des conventions ? Comment rester conscient de l'influence
de nos émotions sur notre perception de la réalité
? Dans un monde en mutation, comment arbitrer la lutte entre tradition
et progrès ?
Une particularité séduisante de ce récit est
la place que prend l'auteur face à ses personnages, mais aussi
face à nous lecteurs qu'il interpelle. Il se décrit comme
un marionnettiste qui manipule le destin de ses personnages. Il disserte
sur les difficultés à contrôler les personnages que
l'on a créés. Il met en question le rôle du romancier,
comme lorsqu'il indique que Charles "désobéit"
à ses ordres, suggérant par-là que les personnages
ont leur vie propre et leur autonomie dans le roman. Il brouille les règles
du récit, il interpelle le lecteur, il maltraite la frontière
entre auteur et narrateur.
J'ai aimé le ton souvent sarcastique et la prose envoûtante
de ce récit.
J'ai beaucoup apprécié l'érudition de l'auteur, ses
réflexions et ses références, comme les citations
en début de chaque chapitre qui éclairent le sort des personnages.
Ce narrateur omniscient commente la société victorienne
et introduit des digressions sur la littérature, la science et
la philosophie, ce qui pousse à la réflexion. J'ai spécialement
trouvé intéressant ses analyses sur les usages victoriens
(en faisant notamment référence à Thomas Hardy) et
sur les théories de Darwin. À la longue, j'ai eu du mal
avec les digressions longues et parfois déroutantes, bien que souvent
elles enrichissent la compréhension des personnages et du contexte
historique.
Les trois scénarios alternatifs de la fin (1. Charles épouse
Ernestina, laissant Sarah dans l'ombre - 2. Charles devient l'amant de
Sarah, ce qui entraîne des conséquences désastreuses
pour lui - 3. Charles est dupé par Sarah, ce qui le pousse à
repartir en Amérique) démontrent clairement que les personnages
et leur destinée sont entièrement entre les mains de l'auteur.
Dans la troisième fin, j'ai été
à la fois surprise et séduite par le procédé
plein d'humour qui fait réapparaître le narrateur, debout
devant la maison où la deuxième fin a eu lieu, et lui fait
retarder sa montre.
Malgré des longueurs, Sarah et le lieutenant français
est un livre atypique qui mérite d'être lu. J'ouvre un grand
3/4.
Manuel![]()
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Pas de suspense : j'ouvre trois fois en grand !
Le livre a été publié en 1969, John Fowles a écrit
ce livre pendant la révolution sexuelle et féministe. Après
la séance je me suis demandé s'il pourrait être publié
aujourd'hui ? Je pense qu'il a été publié à
sa bonne époque.
C'est un livre très européen où le Nouveau roman,
Barthes, Robbe-Grillet, Madame Bovary
sont évoqués.
Le narrateur porte un regard sarcastique sur tous les personnages et l'époque
victorienne est dépeinte avec ses révolutions scientifiques,
artistiques, sociales, politiques ou industriels : ça m'a passionné
! Merci Claire pour le contenu sur le site !
L'ironie du narrateur n'épargne aucun des personnages et cela m'a
parfois beaucoup fait rire ! Ernestina est la victime de l'époque.
Ignorante de l'acte sexuel, ses seuls repères sont les rapports
entre les animaux : "une
sorte d'étreinte obscure des serpents de Laocoon soudain noué
à ses membres nus. Ce n'était pas seulement sa profonde
ignorance de la réalité de l'acte sexuel qui l'effrayait,
mais toute une aura de brutalité et de souffrance dont il lui semblait
qu'il devait s'accompagner, et qui paraissait si contraire à cette
aimable douceur des gestes et aux très discrètes caresses
que se permettait Charles à son égard. Une ou deux fois
il lui était arrivé de voir des accouplements d'animaux
; elle était hantée par cette violence"
(p. 45).
Charles est paresseux : "Sans
doute aura-t-on compris que Charles avait d'assez hautes visées.
Mais n'est-ce pas presque toujours le cas chez ces oisifs intelligents
qui, afin de justifier leur oisiveté aux regards de leur intelligence,
se parent d'un ennui byronien, sans en avoir les deux portes de sortie
: le génie et l'adultère" (p. 28).)
; il refusera un emploi de son futur beau-père. Dès les
premiers chapitres le narrateur le décrit comme un pseudo chercheur
dans son costume d'explorateur : "Charles
prétendait être un darwiniste, et cependant il n'avait pas
vraiment compris Darwin. Pas plus que Darwin ne pouvait lui-même
tout à fait se comprendre"
(p. 71). Plus loin le narrateur se moque du peu de sincérité
de sa foi ; "Il se retourna
alors pour regagner son banc et accomplir un acte fort irrationnel, puisqu'il
s'agenouilla et pria, assez brièvement il est vrai"
(p. 500). J'ai ri !
Sarah cherche à sortir de sa condition, elle restera mystérieuse
et insaisissable. A-t-elle été la
maîtresse du lieutenant français ? Est-elle lesbienne ? Quelles
sont ses motivations ? Mystérieuse ! Sam et Mary parviendront à
changer de classe sociale mais Sam se révèle être
un personnage peu fiable voir calculateur et sournois.
J'ai adoré le passage sur le peintre Pisanello parce qu'il m'a
rappelé la façon dont Proust aborde la réalité,
non pas directement, mais à travers les impressions sensibles et
subjectives qu'une uvre d'art (ici le tableau
de Pisanello) laisse en nous
: "Le
saint paraît effaré, comme s'il était victime de quelque
plaisanterie, et toute son orgueilleuse assurance cède devant
la révélation d'un des plus confondants secrets de la nature ;
l'égale dignité de tous les êtres vivants"
(p. 328). GÉNIAL
!
Les dialogues sont drôles : "Rien
de ce qui s'est dit ou qui se dira à l'intérieur de ces
quatre murs ne sera répété à quiconque."
Puis il déposa le livre.
"Mon cher docteur, ce n'était pas nécessaire.
- La confiance dans le praticien, c'est la moitié de la médecine
- Et l 'autre moitié ?
- La confiance dans le malade."
Les réflexions (littéraires, de l'époque, etc.) de
l'auteur font pleinement partie du livre : il manipule ses personnages
aussi habilement qu'il nous manipule, nous, lecteurs. Cela m'a fait penser
à La Tante Julia et le scribouillard de Vargas Llosa que
nous avons lu, où l'auteur joue avec la narration et sa déconstruction.
La richesse des thèmes abordés, Linné, Darwin, Marx,
etc., m'ont donné envie de relire le livre.
L'attention est maintenue par les rebondissements, les changements de
rythme et de points de vue. Le livre est brillamment construit. J'ai ri
tout au long de ma lecture. J'ai beaucoup aimé la traduction. C'est
un page-turner ! Mais le roman aurait gagné peut-être à
être allégé de 150 pages. Je m'arrête, là
j'ai tellement de choses en tête !
Rozenn![]()
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Je ne lis plus de romans en ce moment, alors j'ai commencé avec
beaucoup de mal.
Je l'ai lu comme si c'était un roman anglais que je lisais à
18 ans en marchant sac à dos : je voyais les paysages que j'ai
connus. J'ai fait une première tentative de 50 pages et je ne pensais
pas continuer. C'est un effort pour avoir à nouveau 18 ans, mais
ça vaut le coup. C'est comme si j'étais dans ma vie de 18
ans avec l'épaisseur d'aujourd'hui.
Je m'accrochais. Je rerencontrais dans mes 18 ans des éléments
croisés depuis : Marx, par exemple. Les exergues, les digressions
donnent des éclairages, c'est fabuleux. J'adore cette distance,
l'ironie, l'humour.
Ça change la trame, les personnages.
Ce fut une lecture fabuleuse. Je suis allée jusqu'au bout, sans
cesse avec du plaisir, avec de la nouveauté, avec de l'étonnement,
avec des interrogations car les personnages sont tous complexes. Sarah,
elle est fabuleuse ; dans le film elle est aplatie ; elle reste mystérieuse
mais pas aussi fine.
J'ouvre quatre fois en grand. C'est comme si j'avais retrouvé toute
ma vie de lecture de romans et d'essais.
Françoise![]()
Comment dire ? Les inserts, ça m'a
gavée. La seule chose que je lui reconnais, c'est qu'il m'a donné
envie de lire Persuasion
de Jane Austen, que j'avais sur ma pile depuis
longtemps. Au bout d'un moment, trop c'est trop. Les poèmes, les
longues, description, aux États-Unis, ça n'en finit pas.
Un manque de concision !
Et ce n'est pas drôle.
Et pas féministe du tout. Sans parler du mépris des serviteurs,
les bonnes ont toutes les mains rouges. Oui c'est misogyne !
Le récit, il est vrai que je l'ai lu jusqu'au bout. Mais j'ai sauté
quand ça m'emmerdait, car je voulais savoir la suite.
Des personnages sont intéressants : le docteur, le père,
Charles aussi et évidemment Sarah. Tous archétypes de l'époque
victorienne - ce que ne manque pas de nous rappeler le narrateur, et que
t'as envie de lui dire ça va, on a compris, il nous prend pour
une nouille - mais pour certains mâtinés de "modernisme"
comme le darwinisme, l'hystérie, le Reform Act, etc. Pour Sarah
et sa pseudo indépendance, on ne sait jamais si sa conduite est
dictée par une volonté, une manipulation, une névrose...
J'ai préféré de loin, Middlemarch.
Et avec les trois fins on ne sait pas sur quel pied danser : pour moi
la première fin est la plus logique, il aurait mieux fait de s'arrêter
là.
J'ai quand même apprécié ce que j'ai lu, la façon
de mener le récit. Mais sans les inserts ! C'est bien foutu, trop
long. Est-ce que c'est innovant ? Écrire ça en 69, ça
m'interroge. Par exemple sur l'hystérie. J'ouvre ¼.
Claire![]()
Contrairement à ce que j'ai entendu, je n'ai pas trouvé
le livre épuisant, l'intrigue ne m'a pas paru banale, je n'ai pas
vu de pastiche, je n'ai pas senti l'auteur misogyne ni le lecteur considéré
comme nouille...
Je n'avais rien lu de cet auteur et n'en savais rien, à part le
jeu annoncé pour laquelle j'étais partante.
Je
n'ai guère apprécié les innombrables phrases en exergue
dont les auteurs m'étaient inconnus et qui à coup sûr
faisaient partie du jeu
; or j'ai rarement pu comprendre leur raison d'être : par exemple
une citation de Thomas Hardy vient ensuite un éloge de l'auteur
comme "un des plus grands
écrivains de notre temps", inscrit dans la région
de l'Angleterre où se situe l'histoire et qui fut "le
premier à s'efforcer de briser ce sceau que la bourgeoisie victorienne
avait apposé sur la prétendue boîte à Pandore
de la sexualité". J'étais trop contente
que le groupe m'ait permis d'avoir lu deux
de ses romans. Mais bon...
J'ai aimé le jeu dont parle Thomas, et contrairement à d'autres,
cela n'a pas du tout rompu la tension narrative pour moi ; à certains
moments, le suspense est formidable (cette fin
de chapitre 31 par exemple où les héros se touchent...).
Quand j'ai lu la première fin, sans savoir que ce n'était
donc pas la fin, je me suis dit bof et plof, ça tient pas debout.
Et justement, il l'a refaite : bonne idée, John !
J'ai
apprécié la composition avec
plusieurs types de décalages distanciant de l'intrigue :
- les commentaires sur la société
- le jeu avec la fiction, dans le texte, voire en note, dont j'ai apprécié
l'humour : "Plus tard,
en cette même nuit, on aurait pu voir Sarah - bien que je ne
sache guère qui aurait pu être ce
on, à part quelque hibou solitaire - devant la fenêtre
de sa chambre sans lumière."
- et au-delà du récit en train de se dérouler, commenté,
une réflexion à propos du roman développée
sur plusieurs
pages au chapitre 13 (avec Robbe-Grillet et Roland Barthes).
Le
rôle des éléments symboliques de la nature m'a plu
: falaise, forêt...
J'ai bien compris qu'apparaissaient de loin en loin des éléments
historiques (politiques, sociaux, scientifiques, médicaux, économiques,
littéraires, artistiques...) qui devaient avoir leur importance,
mais ils ne sont restés que décor, car là aussi mal
connus de ma part. Ce n'est qu'après la lecture que je suis allée
me documenter (voir
ici) et il est vrai qu'ils donnent une richesse (presque encyclopédique !)
au livre, mais qui, dans une première lecture m'ont échappé,
et c'est décevant.
Je
ne trouve pas du tout misogyne le livre, avec de grandes figures de femmes.
Il me semble qu'il faut parfois bien repérer qui pense, et ne pas
confondre l'auteur et le narrateur..., comme dans le cas suivant c'est
Charles qui est sous ces mots : "de
ridicules questions de femme", les "défauts
de son sexe" ou à propos de ces femmes superficielles
qui exercent une attraction "car
on pense en obtenir ce que l'on veut"... (Françoise
ne serait-elle pas de mauvaise foi avec sa lecture rapide, affirmant que
toutes les mains des bonnes sont rouges - quel misogyne ! -
car après la séance, j'ai fait une recherche numérique
d'occurrences dans la version anglaise et il y a une occurence
de main rouge, quand Charles donne une pièce à Mary pour
obtenir son silence...).
J'irai dans le même sens en réagissant à ce qu'a dit
Renée en renouvelant la distinction auteur/narrateur quand elle
dit qu'est méprisant : "les
serviteurs victoriens
(...) n'avaient pas un sens gastronomique très développé."
; c'est Charles qui pense cela et non l'auteur. Et toujours pour répondre
à Renée, le dernier
personnage mystérieux au début
du dernier chapitre, pour moi c'est l'auteur, comme les caméos
d'Hitchcock.
Pour
finir les apostrophes à l'un ou l'autre, Manuel apprécie
la traduction : elle m'a paru particulièrement suspecte (voir ici
je me suis déchaînée) ; mais ce n'est que la
traduction et l'uvre de Fowles emporte le morceau : j'ouvre 3/4
ce livre qui m'a donné beaucoup de plaisir pageturnesque et ludique.
Quant au film, j'ai aimé découvrir son
histoire, le fait que Fowles ait attendu qu'un scénariste trouve
une transposition de l'aspect "méta" (pas mal la mise
en abyme, mais aurait pu être plus exploitée) ; j'ai trouvé
les coupes justifiées ; et j'ai aimé la reconstitution historique
: j'adore les films et les livres en costumes, et notre livre en fait
partie...
| REPÈRES BIOGRAPHIQUES |
Quelques
dates
- 1926 : Naissance à Leigh-on-Sea,
Essex. Famille de classe moyenne qu'il décrit comme conformiste
et étouffante.
- 1939-1944 : Élève à la Bedford
School. Voir ci-dessous dans une interview
le récit épique d'un aspect de la formation.
-1945-1950 : Études de français à l'Université
d'Oxford.
- 1950-1951 : Enseigne à l'Université de Poitiers. Voir
ci-dessous le récit du désastre...
- 1951-1953 : Enseigne l'anglais à l'école Angsyrios &
Korgialenios sur l'île de Spetses (Grèce). Il y rencontre
Elizabeth Christy, alors mariée à un autre professeur ;
leur relation commence à Spetses et se poursuit en Angleterre.
- 1954 : Elizabeth divorce - 1957 : Ils se marient. Il devint le beau-père
d'Anna, la fille d'Elizabeth issue d'un premier mariage.
- 1954-1963 : Fowles enseigne l'anglais au St.
Godric's College à Hampstead à Londres.
- 1963 : Premier roman The Collector (L'Amateur ou titre
plus répandu l'Obsédé). Succès international
; adaptation cinématographique en 1965.
- 1968 : Le couple s'installe à Lyme
Regis, Dorset, dans une grande maison appelée Belmont.
- 1990 : Mort d'Elizabeth.
- 1998 : Fowles épouse Sarah Smith, qui avait été
son assistante et amie proche.
- 2005 : Mort à Lyme Regis, à l'âge de 79 ans. Sarah
autorisa le Landmark Trust à acquérir et restaurer la maison
dans toute sa splendeur de l'époque de la Régence ; elle
se visite : https://www.bbc.com/news/uk-england-dorset-34338419
John
Fowles, présenté par Florence Noiville
(venue
à Voix au chapitre)
Homme discret, curieux de tout, volontiers ironique et
capable de s'enflammer s'il le fallait, John Fowles était considéré
à juste titre comme l'un des grands romanciers anglais contemporains.
Pour le public français, il restera surtout l'inspirateur, à
travers son roman Sarah et le lieutenant français (Seuil,
1972, et "Points Romans", 1982), du célèbre film
de Karel Reisz, sur un scénario de Harold Pinter, La Maîtresse
du lieutenant français (1981), avec Meryl Streep et Jeremy
Irons.
C'était un de ces romans dont les Anglais ont le secret : près
de 500 pages prenant le temps de camper une intrigue avec des personnages
d'une vraie densité en particulier cette Sarah, romantique
et solitaire, que l'on croirait sortie tout droit d'un roman de Thomas
Hardy , le tout sur fond de collines du Dorset, où vivait
John Fowles, à Lyme Regis précisément.
Né le 31 mars 1926 à Leigh-on-Sea (Essex), diplômé
d'Oxford en français et en allemand, John Robert Fowles avait enseigné
pendant douze ans, puis s'est consacré à l'écriture
après la parution de L'Obsédé, en 1963.
Malgré une carrière littéraire longue de quarante
ans, Fowles n'aura pas été un écrivain très
prolifique. Souffrant de problèmes cardiaques, extrêmement
réservé, il vivait en ermite dans sa maison du Dorset qui
dominait la Manche et où un observatoire lui permettait de guetter
les étoiles.
On lui doit un recueil de nouvelles et une demi-douzaine de romans parmi
lesquels Le Mage (Albin Michel, 1977), La Tour d'ébène
(Albin Michel, 1978), Daniel Martin (Albin Michel, 1980), La
Créature (Albin Michel, 1987) ou Mantissa (Albin Michel,
1984), une intéressante réflexion sur le travail de l'écrivain
dans la tradition du conte philosophique du XVIIIe siècle.
Éminemment cultivé, John Fowles connaissait très
bien la France, où il avait enseigné l'anglais, à
l'université de Poitiers, en 1950. "C'est à ce moment
que j'ai lu Giraudoux et traversé mon époque Gide",
racontait-il avec nostalgie. Grand lecteur de Joyce, James, Tolstoï
et Flaubert, il avait appris le latin à l'âge adulte pour
lire les Anciens dans le texte. Il était aussi un admirable connaisseur
du théâtre français, ayant traduit notamment, pour
le Théâtre national de Londres, le Dom Juan de Molière,
Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux et Lorenzaccio
de Musset.
Embarrassé par la notoriété, John Fowles parlait
du "traumatisme" d'être un écrivain célèbre.
"C'est un grand problème pour les auteurs anglais et américains",
confiait-il au Monde en 1984 : "Au lieu de faire des livres
sur le monde extérieur, on écrit de plus en plus sur le
problème d'être un écrivain. L'écrivain est
devenu beaucoup trop un objet d'étude. (...) Avec ces professeurs
qui connaissent tous vos tours, vous vous sentez sans cesse analysé
et vous finissez par n'écrire que pour les professeurs, c'est très
mauvais. Et puis, on vous traite comme si vous étiez mort. C'est
très désagréable, cela vous enlève toute envie
d'écrire simplement une histoire." (Florence Noiville,
Le
Monde, 9 novembre 2005, suite à la mort à 79 ans
de J. Fowles).
Potins
Des lettres de John Fowles révèlent qu'il a rejoué
son histoire épique de passion interdite avec une étudiante
d'Oxford, de 43 ans sa cadette. Bien qu'Elena ne se soit jamais tenue
au milieu du vent et des vagues au bout d'une jetée de pierre comme
Meryl Streep dans la célèbre image du film de 1981, elle
et Fowles ont visité l'endroit sur la falaise au-dessus de Lyme
Regis où, dans le livre, Woodruff raconte à son admirateur
sa liaison désastreuse avec un officier de l'armée française.
Les lettres révèlent que, malgré son âge avancé,
l'auteure et l'étudiante ont partagé le même lit.
Leur relation n'a jamais été pleinement consommée,
car Fowles, alors âgé de 64 ans, avait été
victime d'un AVC, mais il s'agissait bien, ouf, d'une relation sexuelle
(Olivia Cole, Le
Sunday Times, 29 juin 2008).
| LIVRES TRADUITS EN FRANCE |
Cinq
sur huit sont traduits par Annie
Saumont, elle-même auteure d'une uvre considérable.


- LObsédé
ou L'amateur (The Collector, 1963), trad. Solange Lecomte
- Le Mage
(The Magus, 1965), trad. Annie Saumont
- Sarah
et le lieutenant français (The French Lieutenants
Woman, 1969), trad. Guy Durand
- La
Tour d'ébène (The Ebony Tower, 1974), trad. Annie
Saumont, quatre nouvelles
- Daniel
Martin (1977), trad. Annie Saumont
- L'arbre (The Tree, 1979), trad. François Rosso
- Mantissa
(1982), trad. Annie Saumont
- La
Créature (A Maggot, 1985), trad. Annie Saumont.
| JOHN FOWLES INFLUENCÉ PAR OURIKA ? |
En 2022, nous avons lu Ourika, publié en
1824 par (la Duchesse) Claire de Duras (1777-1828). Nos avis ici.
Un livre surprenant où la narratrice en plein 18e siècle
est noire : incroyable mais vrai ! Infaisable pour certains aujourd'hui...
Nous avons retrouvé en 2024 Ourika évoquée
par Laure Murat, à propos de son Proust, roman familial
: voir ce qu'elle en dit ici.
Quel rapport avec Sarah et le Lieutenant français ? Patience
!
Fowles affirme que le roman de Claire de Duras a influencé son
livre, d'abord de manière inconsciente, puis consciemment, au point
qu'il a fini par traduire Ourika...
Voici la préface de John Fowles à sa traduction d'Ourika
en anglais et la voilà
traduite en français
(sa traduction : Ourika,
The Modern Language Association of America, New York, 1994).
L'on verra plus loin dans les articles sur John Fowles les analyses des
féministes, concernant les liens avec Ourika, aïe
aïe aïe...
| UN JEU ENTRE ROMANCIERS ? |
John
Fowles, dans ce roman situé dans l'Angleterre victorienne,
joue avec les conventions du roman historique et les attentes du lecteur,
avec notamment un narrateur omniscient qui commente l'histoire et propose
des fins différentes...
L'autrice Antonia
Susan Byatt (1936-2023) écrit un livre qui s'oppose à
cette conception du narrateur : Possession
(Le Livre de poche, 928 p.) : il obtient le Booker Prize en 1990.
Pour les amateurs de pavé, of course...
On remarquera que la couverture reprend Proserpine
de Rossetti...
![]() |
Quatrième de couverture :
La destinée du jeune chercheur Roland Michell paraît
étrangement liée à celle du poète victorien
Randolph Henry Ash, dont il est un des plus grands spécialistes.
Le jour où, dun livre poussiéreux, il exhume deux
lettres damour de lillustre écrivain adressées
à une inconnue, cette découverte bouleverse le cours
de ses travaux... et de sa vie. Sur les traces dAsh, le jeu
de piste est ouvert : documents volés, amours clandestines,
suicide romantique peuplent laventure qui dépasse bientôt
le simple cadre dune recherche universitaire. Le livre est adapté au cinéma : Possession de Neil LaBute (2002), avec Gwyneth Paltrow et Aaron Eckhart |
Possession a été
"partly provoked" par le livre de John Fowles...
| A.S. Byatt,
dans Possession : A Romance (1990), dont le titre complet
en français est Possession : un roman romanesque
(tiens tiens) s'inscrit dans une tradition du roman néo-victorien,
comme le roman de John Fowles que nous lisons, The French Lieutenant's
Woman (1969). Mais... Dans le roman de Fowles, la narration est typiquement "postmoderne" : elle met en évidence ses propres artifices, propose plusieurs fins possibles et remet en cause l'illusion réaliste. Ce dispositif vise à souligner la liberté du lecteur, mais il peut avoir pour effet de fragmenter le récit et d'empêcher une immersion complète. Le roman de A.S. Byatt peut être lu en partie comme une réaction critique à celui de John Fowles. Elle utilise des procédés postmodernes (intertextualité, faux documents, multiplicité des voix), mais pour construire un univers fictionnel riche et crédible. Elle refuse les fins ouvertes et défend l'idée que le roman doit offrir une forme de clôture et de sens. Ainsi, Possession apparaît comme une réponse au modèle de Fowles : là où celui-ci déconstruit le récit, Byatt propose un réalisme réflexif, qui assume les jeux du postmodernisme tout en réaffirmant la puissance du récit traditionnel. |
Voici ce que A.S. Byatt dit :
| "Fowles a affirmé que le narrateur du XIXe siècle s'arrogeait l'omniscience d'un dieu. Je pense, quant à moi, que c'est plutôt l'inverse : ce type de narrateur fictif peut se glisser plus profondément dans les sentiments et la vie intérieure des personnages - tout en faisant office de chur antique - que n'importe quelle imitation à la première personne. Dans Possession, j'ai délibérément utilisé ce type de narrateur à trois reprises dans le récit historique, toujours pour révéler ce que les historiens et biographes de mon uvre n'avaient jamais découvert, toujours pour enrichir l'immersion du lecteur dans l'univers du texte." (A.S. Byatt On Histories and Stories, Vintage, 2001, p. 56). |
| CONTEXTE HISTORIQUE DU ROMAN |
Contexte
social et politique du roman de John Fowles
Le roman se déroule dans les années 1860, au cur de
l'Angleterre victorienne, dont la société est encore profondément
hiérarchisée et rigide, mais déjà travaillée
par des forces de transformation. Pour saisir cette période charnière,
il peut être utile de détailler quelques étapes majeures
de l'évolution politique et sociale du XIXe siècle.
|
Les débuts du mouvement réformateur
(1830-1832) Contexte
féministe du roman "La lady dont le
poème porte le nom fonde un hôpital (...) il s'agit
très clairement dun panégyrique de Florence
Nightingale." Le livre se déroule en 1867 : y est évoquée
une date importante que Fowles présente comme le début
du mouvement d'émancipation de la femme :
"en ce temps les femmes étaient bien enchaînées,
réduites au rôle que la société leur
assignait. Mais rappelons-nous la date de cette soirée :
6 avril 1867. Une semaine seulement auparavant, au parlement de
Westminster, John
Stuart Mill avait saisi l'occasion d'une des premières
discussions sur le Projet de Réformes pour affirmer que le
temps était venu d'accorder aux femmes légalité
des droits politiques. Cette intrépide tentative (la motion
fut repoussée par 196 voix contre 73, Disraeli,
le vieux renard, s'étant abstenu) fut accueillie par les
sourires de l'homme de la rue, par les bruyants éclats de
rire de Punch (une caricature montrait une troupe de beaux
messieurs, assiégeant une femme ministre : Ah ! Ah ! Ah !)
et par des froncements de sourcils désapprobateurs d'une
grande majorité de femmes de bonne éducation qui estimaient
pouvoir exercer avec beaucoup plus grand profit leur influence à
partir de leur foyer. Il nen reste pas moins que l'on peut
dater de ce 30 mars 1867, le début du mouvement d'émancipation
de la femme." Girton College, fondé en 1869, est l'un
des 31 collèges de l'université de Cambridge et le
premier collège pour femmes britannique, créée
par les féministes Emily
Davies et Barbara
Bodichon. Leur objectif est radical pour lépoque
: offrir aux femmes une formation universitaire identique à
celle des hommes, dans un pays où les universités
leur sont fermées. Il sera de plus gouvernée par des
femmes, incarnant une tradition de leadership féminin rare
dans l'histoire universitaire britannique. Voir l'histoire illustrée
de Girton college sur
son site. Le passage
illustre la mutation socio-économique des années 1850-1870
: le magasin de vente prend lascendant sur lusine et
le consommateur sur le producteur. Cette retail revolution
renverse la logique productive : ce nest plus le fabricant
qui décide, mais le commerce. Contexte scientifique
du roman Dans le roman, Charles, passionné de paléontologie, incarne cette nouvelle sensibilité scientifique. Son intérêt pour l'évolution ne se limite pas à un domaine intellectuel : il va de pair avec sa propre transformation intérieure. La science favorise une liberté intellectuelle, et également le doute et la remise en question. Contexte
médical du roman Les comportements
de Sarah, incompréhensibles, déclenchent diverses
interprétations dont la folie. Est évoquée aussi le cas de Marie de Morell qui accuse faussement Émile de La Roncière de tentative de viol. Un procès eut lieu en 1935 "auquel, précise John Fowles, étaient venus assister, entre autres célébrités, Hugo, Balzac et George Sand". Le procès sera révisé, grâce à des Observations médico-psychologiques du docteur Karl Matthaei, spécialiste allemand fort connu à cette époque, qui mentionne l'hystérie. Des maisons de santé sont évoquées
par le Docteur Grogan, notamment "une maison de santé
privée, à Exeter" où les malades "sont
traités avec intelligence et beaucoup de soin. À ce
stade, je ne saurais conseiller un asile public.", précise-t-il,
laissant imaginer les mauvais traitements. (On pense, parmi nos
lectures récentes, à Adèle Yon et à
Leonora Carrington). Contexte
littéraire du roman Robbe-Grillet
et Roland Barthes |