George SAND, Indiana, Folio classique, 400 p. Edition et préface de Béatrice Didier, spécialiste de George Sand (voir ses innombrables publications ›ici)

Quatrième de couverture : Mariée, au sortir de l’adolescence, à un vieux colonel, antipathique et autoritaire, Indiana est contrainte à une routine d’outre-tombe. Tout la disposait pourtant à être sauvée par l’amour : Raymon, par qui elle se laisse séduire, possède la jeunesse et la fougue que n’a plus son mari. Indiana se trouve prise dans les turpitudes de la passion, car le désir du jeune homme se révèle bientôt un appétit plus redoutable que la brutalité de son mari repu. Oppressée dans son mariage, Indiana cherche une aventure : celle-ci achèvera de l’opprimer.

"J’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société." Paru en 1832, Indiana fut lu comme un pamphlet contre le mariage, et lança la carrière littéraire de l’auteure. Sand y expose les libérations illusoires qui enferrent les femmes dans une vie dont elles n’ont pas la clef. Son récit inverse le trajet habituel du roman : pour pouvoir être aimée, l’héroïne devra d’abord se libérer.

Edition Folio précédente :

George Sand (1804-1876)
Indiana (1832)

Nous avons lu ce livre pour le 7 novembre 2025.
Quelques infos autour du livre
en bas de page.

Les 24 cotes d'amour des deux groupes parisiens
en attente de celles du groupe breton et du groupe de Tenerife en janvier
ClaireKhadijaLahcen
MargotMonique MNathalie B
Audrey Brigitte ChristineFrançoise DJacqueline Jérémy Monique L SabineThomas
Entre etCatherine
Anne-Marie Annick L David
Fanny
Françoise H
Manuel
Renée
Richard


Serait-ce une caricature de Voix au chapitre ?...
Pour en savoir plus sur ce "Congrès masculino-fœmino-littéraire" caricaturant non pas Voix au chapitre...
mais George Sand entre autres, cliquez ›ici

Les cotes d'amour de l'ancien groupe
suivies des avis
Richard
Annick L
Fanny
Manuel
Renée
Entre et Catherine
BrigitteFrançoise DJacqueline
Jérémy
Monique L
Sabine
Thomas

Claire

Dostoïevski(avis transmis en 1876)
Je ne peux être avec vous ce soir et ma connexion zoom m'a lâché.
Ce n’est qu’après avoir lu la nouvelle de sa mort, que j’ai compris toute la place que ce nom avait tenu dans ma vie mentale, tout l’enthousiasme que l’écrivain-poète qu'était George Sand avait jadis excité en moi, toutes les jouissances d’art, tout le bonheur intellectuel dont je lui étais redevable. Quand je lus une de ses œuvres de début, je m’en souviens bien, j’en eus la fièvre toute la nuit qui suivit ma lecture. George Sand prit presque immédiatement la première place dans les rangs des écrivains nouveaux dont la jeune gloire retentit alors par toute l’Europe. Dickens lui-même, qui parut chez nous presque en même temps, passait après elle dans l’admiration.
Ah ! Comme mon avis est un peu long, je vous suggère de cliquer ›ici et vous verrez, si vous avez le temps de lire, ce que j'ai écrit sur l'écrivaine que vous avez vraiment bien fait de programmer.

Sabine(avis transmis)
Je suis très heureuse d'avoir lu ce roman de George Sand car je le trouve étonnant à plusieurs titres :
- étonnamment bien rédigé : c'est la valse des subjonctifs imparfait et plus-que-parfait (mais dans la bouche de Noun, "pauvre fille sans éducation", capable de dire "mais si vous m'eussiez aimée toujours, j'eusse tout sacrifié sans regret", ça passe mal) et des subordonnées conjonctives à rallonge ; j'ai eu d'ailleurs parfois du mal à suivre les argumentaires de Raymon et d'Indiana ;
- étonnamment théâtralisé : la position d'un narrateur-metteur en scène, ce qui rappelle l'écriture de Stendhal ("Vous n'exigez pas que je vous dise matériellement par quels services adroitement rendus") ; le personnage de Raymon, qui a sans doute inspiré Balzac pour Rastignac, est un sacré acteur (il fait aussi penser à Valmont) qui finit en pauvre histrion (bien fait pour lui !) ; enfin, les multiples rebondissements dans la dernière partie du roman sont dignes d'un James Bond ;
- étonnamment politique : j'ai apprécié que le récit s'ancre dans la réalité de la monarchie de Juillet et que les personnages soient porteurs d'une étiquette politique ; c'est dommage que l'ami Flaubert ne se soit pas inspiré de l'amie Sand... ;
- étonnamment chiant aussi : que de larmoiements, que de cucuteries propres à la littérature romantique : quand on a lu la correspondance érotique de Sand (notamment avec Musset), on a envie de lui dire : "Oh, George, laisse baiser tes personnages, que diable !". Mais non, ils finissent dans la mare... (pouf, plouf !) ;
- étonnamment psychologique : les assertions nombreuses du narrateur ou de l'autrice sont souvent fines, pertinentes (p. 166 "Moi, je crois que l'opinion politique, c'est l'homme tout entier. Dites-moi votre cœur et votre tête, et je vous dirai vos opinions politiques." et les pages suivantes jusqu'aux pages 170-171), les descriptions peuvent être très poétiques, picturales (p. 185), l'évocation de certains oiseaux p. 256 mérite un commentaire (clin d'œil), l'échange des lettres entre Indiana et Raymon (p. 199-202) donne un nouvel élan au récit.
Si la séance de la soirée s'attarde sur la question de la position féministe ou non de George Sand, je serai heureuse de vous lire. Pour ma part, cela me paraît secondaire par rapport à ce qui fait pour moi l'intérêt de ce livre : son écriture. Je suis réellement bluffée, malgré quelques longueurs, par la maîtrise de son style. J'ouvre aux ¾.
Manuel
(avis transmis)
Je me faisais une joie de lire Indiana ! En général je m'intéresse bien plus à l'aspect historique d'un récit qu'aux histoires individuelles.
Les personnages ici ne m'intéressent pas vraiment. Indiana, dépressive et mélancolique, ne tombe que sur des hommes au profil assez médiocre. Ralph, le bon mais pas méchant gars, n'est pas épargné, ni par Indiana ni par le narrateur d'ailleurs, pendant une grande partie du récit avant son aveu de plusieurs pages à la toute fin. Indiana s'entiche d'un type manipulateur qu'on appellerait aujourd'hui toxique (les échanges de lettres avec M. de Ramière : au secours !). Le narrateur n'épargne pas non plus Indiana et reconnaît qu'elle est tout de même naïve voire… imbécile. À mon goût, G. Sand a trop grossi le trait, les personnages sont trop caricaturaux, tout comme certaines scènes (l'ouverture, le fantôme de Noun, la chute dans la cascade). J'ai trouvé peu de subtilité dans la psychologie des personnages. J'ai ri quand la chienne qui s'appelle Ophélia (!) sauve de la noyade Indiana en alertant Ralph et j'ai été terrifié qu'elle ait été assommée par les marins. D'ailleurs l'eau est partout dans le roman !
J'aime les descriptions de l'île de la Réunion (G. Sand n'y est jamais allé : la faune, la flore, les restes volcaniques) et les scènes d'intimité qui font échoà celles du début.
Grâce à ce livre, je révise une page d'histoire de France : la révolution de Juillet 1830, l'émigration des aristocrates… J'ai lu l'édition Folio, les notes sont éclairantes. J'aime les prises de position sur la religion (lettre d'Indiana à M. de Ramière ou commentaire du narrateur : "C'est le fanatisme qui met le poignard aux mains du religieux").
J'ouvre à moitié, il y a trop de sujets abordés à mon goût, les rebondissements sont parfois peu crédibles et il y de grosses ficelles…
Richard
(avis transmis)
J
'ai hésité entre ouvrir ce livre à moitié ou un quart. Il est vrai que ce roman se lit facilement, en avançant d'étape en étape.
On devrait pouvoir s'intéresser aux personnages et à leurs mouvements d'humeur et de passions, mais il est difficile de s'identifier avec eux : est-ce parce qu'il s'agit d'un siècle trop éloigné de notre temps en termes de mœurs et de civilisation ?
Indiana a été salué pour son côté féministe et critique, à la fois de la position des femmes et d
es mœurs de la société du 19e siècle. Le roman contient même de nombreuses "piques" contre la société comme par exemple quand Noun pense, en voyant Raymon agenouillé, qu'il fait sa prière : "Elle ignorait que les gens du monde n'en font pas".
Mais de telles remarques ne justifient pas sa lecture ni son étude en tant que document traitant d'une société passée.
Une œuvre correcte dans le mouvement romantique mais "datée" aujourd'hui qui ne m'inspire pas : finalement je l'ouvre ¼.
Annick L
J'étais très curieuse de découvrir ce roman de George Sand, une auteure dont j'admire la liberté de pensée dans le contexte de son époque, ainsi que sa faculté à s'émanciper des contraintes qui pesaient sur elle, dans sa vie personnelle comme dans ce petit monde littéraire très fermé où elle a réussi à s'imposer. D'autant que je connais mal son œuvre… J'ai donc plongé avec intérêt dans son livre.
Mais je n'ai pas été totalement convaincue. En effet je n'ai pas pris plaisir à lire ce récit et je me suis souvent ennuyée. L'incipit, qui joue pourtant bien son rôle, m'a paru interminable. J'ai surtout trouvé le personnage d'Indiana trop stéréotypé pour incarner la figure de la victime : une toute jeune femme, sans ressources ni éducation, idéaliste et romantique, teintée de l'exotisme des îles ! Et même si elle tente de résister, de façon passive, à son vieux mari, ce militaire borné et brutal, sa naïveté va l'entraîner à se jeter dans les bras d'un jeune aristocrate séduisant et cynique qui a pourtant provoqué le suicide de sa maîtresse précédente, une servante proche d'Indiana. Il faudra une longue (trop longue !) série de rebondissements pour mettre fin à cette histoire toxique. Une centaine de pages en moins aurait été bienvenue.
Ajoutons pour finir que c'est l'intervention de son éternel amoureux éconduit, Ralph - le seul personnage masculin respectable - qui va sauver "l'héroïne" d'un destin tragique. Un dernier chapitre inspiré par une vision idéalisée, très rousseauiste, de la nature refuge, loin de la société corrompue, dans une solitude choisie. On pense aussi à Paul et Virginie, héros un peu plus jeunes que ceux de ce roman. Mais ce dénouement miraculeux (on croit qu'ils vont se suicider de concert !) est tout à fait invraisemblable.
Pourtant, ce qui a accroché très vite mon attention et stimulé mon intérêt, c'est le commentaire percutant tissé par ce narrateur omniprésent, plein d'ironie, qui contribue à la dénonciation de cette société conservatrice enfermant les femmes dans leur statut d'infériorité, jamais victimes, toujours coupables. Un narrateur qui brosse également un tableau éclairant des divisions politiques qui fracturent la France à ce moment de bascule historique, avec des personnages qui incarnent ces clivages : par exemple celui du vieux Delmare qui est resté bonapartiste, vs Raymon qui soutient la royauté et profite des privilèges de sa caste. Quant à Ralph, plus discret dans ses prises de parole, on pourrait dire qu'il est porteur d'une vision plutôt sociale et républicaine. Cette dimension du livre m'a paru vraiment intéressante et novatrice.
Une remarque pour finir : George Sand s'est beaucoup battue pour le droit à l'éducation des femmes. Mais sur le sujet de l'égalité des droits civiques, elle pensait que les femmes n'étaient pas prêtes : elle avait été sollicitée par des "militantes" féministes pour se présenter comme députée lors d'une élection, proposition refusée.
J'ouvre à moitié.
Fanny
Ma lecture est assez partagée.
J'avais calé pour le précédent et j'ai eu beaucoup de temps pour le lire ; j'ai terminé il y a deux semaines : mes souvenirs s'étiolent déjà.
Si je rejoins Sabine pour des côtés un peu chiants, je dois dire que j'avais hâte de revenir au livre.
Oui, il y a des clichés ; le suicide de Noun, on le voit venir… Il y a beaucoup d'allers-retours. On a compris les profils des personnages.
Mais il y a des tournures dans les descriptions que j'ai appréciées, par exemple : c'était "un portrait à faire pleurer une nourrice, aboyer des chiens et pâmer d'aise un tailleur. Il n'y avait qu'une chose au monde qui fût plus insignifiant que ce portrait, c'était l'original", c'est génial, sarcastique, ça percute ! Ou bien : "Elle n'était ambitieuse que d'amour, et Raymon sentait qu'il l'aimerait par reconnaissance, dès qu'elle lui serait utile."
Il y a une puissance dans sa critique. Ça amène de la force par rapport au profil d'Indiana qui pourrait passer pour une victime. Cette puissance de la critique par le narrateur ressort d'autant plus que cela contraste avec les portraits des personnages. Mais j'ai trouvé qu'il y avait vraiment trop de longueurs, et trop de vicissitudes à la fin du roman.
J'ai lu récemment La petite Fadette : c'est beaucoup plus condensé, je l'ai préféré pour tout ce qui est suggéré sans être explicitement nommé, notamment sur l'homosexualité. Dans Indiana à l'inverse tout est dit.
J'ouvre à moitié.
Jacqueline
Je l'ai lu d'une traite sans m'ennuyer. C'est plein de rebondissements, qui ne sont pas gratuits comme dans un bon feuilleton. D'ailleurs, depuis Balzac qui commence à publier dans les journaux à la même époque, jusqu'à Hugo, en passant par
Les mystères de Paris une dizaine d'années après ce premier roman de Sand plus Dumas..., il me semble que le roman-feuilleton est caractéristique du 19e siècle... J'aurais pu, alors, m'abonner à "la presse". J'aurais peut-être, par morceaux, réussi à lire Chateaubriand et en tout cas, je m'y serais certainement délectée de Histoire de ma vie dont les extraits m'ont alléchée…
Indiana est un témoignage extraordinaire sur cette période même si je préfère
Le Rouge et le Noir paru presque deux ans avant et plus explicite sur le cléricalisme de la Restauration.
J'ai aimé le côté très réaliste, au point que son mentor de Latouche lui reproche d'abord de faire du Balzac avant de le lire vraiment et d'être enthousiaste. Comme Balzac, c'est une femme qui a besoin de gagner sa vie. Elle va le faire en écrivant pour être libre. En cela, elle est remarquable et en cela, féministe.
Et j'ai aimé aussi les invraisemblances et les rebondissements. Ils rappellent qu'on est dans un roman, tout en jouant librement avec les codes de cette époque, ceux du roman comme ceux de la morale. J'ai aimé la conclusion, non pas comme une bonne fin mais comme une question : peut-on vivre en dehors de la société ?
J'ai aimé le personnage de la mère de Raymon. Noun m'a fait penser à
On ne badine pas avec l'amour ; j'ai d'ailleurs appris que Musset aurait écrit Lorenzaccio à partir d'un synopsis transmis par George Sand.
J'ai apprécié les jolies descriptions de l'île Bourbon que Sand ne connaît que par des informateurs et pour sa lecture de
Paul et Virginie. Cela m'a donné envie de le lire. Je croyais que c'était une bluette (en ligne ›ici) ; et pas du tout ! Il semble qu'il y ait des choses intéressantes sur l'esclavage.
J'ouvre aux ¾.
Brigitte(à l'écran)
J'ai lu, il y a longtemps, La petite Fadette, La mare au diable et François le Champi qui m'avaient moyennement intéressée. J'ai lu aussi il y a très longtemps la biographie de George Sand par André Maurois. J'ai aussi visité Nohant. Mais je n'avais pas lu Indiana.
Indiana m'a réconciliée avec cette auteure.
Le récit est celui d'un narrateur masculin. Le roman se déroule il y a deux cents ans, ce qui explique certainement son caractère parfois désuet, qui m'a un peu déroutée au début. Le personnage d'Indiana me semblait peu intéressant. Puis, peu à peu je m'y suis intéressée. J'ai découvert la dimension créole du personnage et l'existence de Noun. En revanche Raymon et M. Delmare sont souvent caricaturaux.
J'ai bien aimé les passages où le narrateur analyse les positions politiques de Raymon, ceux aussi où le narrateur parle de la condition féminine, et dans l'ensemble toute l'analyse de cette société, sortie de la Révolution, puis du Premier Empire.
Le personnage de Ralph me semble très intéressant, quoique peu réaliste. Peut-on être parfait pendant si longtemps ?
L'écriture est très belle. Les descriptions de la nature sont souvent magnifiques. C'est un style très romantique, qui devait faire de ce roman une œuvre tout à fait moderne au moment de sa parution.
J'ouvre aux ¾.
Jérémy
Avant la lecture :
Je ne crois pas avoir lu du George Sand ou je n'en ai aucun souvenir. Peut-être La Mare au diable quand j'étais plus jeune ? J'étais donc content de le lire, en plus c'est un classique, génial !
Après la lecture : J'ai adoré le premier chapitre que j'ai lu sur place dans la bibliothèque où j'ai emprunté le livre. J'ai failli pleurer ! Pour moi il est magistral : cet art de poser la scène, avec une atmosphère un peu gothique qui m'a plu, de brosser les personnages : l'effroi et l'abattement d'Indiana, la cruauté et la violence du colonel, mais aussi son chagrin quand il voit que sa femme est malheureuse. La cruauté et la perfidie d'Indiana également qui lui rappelle son âge par sa question "Et vos rhumatismes ?" et sa réponse passive-agressive "Ni bien ni mal". J'ai apprécié les jeux de lumière et les descriptions aussi, c'est une scène très visuelle. Et puis on se demande qui est Ralph et quel est son rôle entre ces deux personnages, donc tout de suite Sand nous donne envie de continuer.
Beaucoup d'entre vous l'ont dit, mais les réflexions du narrateur rendent vraiment ce livre très riche et très dense. J'ai également beaucoup apprécié la grande finesse psychologique dans la description des personnages. Le chapitre X est en une bonne illustration.
Quelques citations que je trouve marquantes :

"Rien n'est si facile et si commun que de se duper soi-même quand on ne manque pas d'esprit et quand on connaît bien toutes les finesses de la langue. C'est une reine prostituée qui descend et s'élève à tous les rôles, qui se déguise, se part, se dissimule et s'efface. C'est une plaideuse qui a réponse à tout, qui a toujours tout prévu et qui prend mille formes pour avoir raison. Le plus honnête des hommes est celui qui pense et qui agit le mieux, mais le plus puissant est celui qui sait le mieux écrire et parler." (p. 130)

"Savez-vous ce qu'en province on appelle un honnête homme ? C'est celui qui n'empiète pas sur le champ de son voisin, qui n'exige pas de ses débiteurs un sou de plus qu'ils ne lui doivent, qui ôte son chapeau à tout individu qui le salue. C'est celui qui ne viole pas les filles sur la voie publique, qui ne met le feu à la grange de personne, qui ne détrousse pas les passants au coin de son parc. Pourvu qu'il respecte religieusement la vie et la bourse de ses concitoyens, on ne lui demande pas compte d'autre chose. Il peut battre sa femme, maltraiter ses gens, ruiner ses enfants, cela ne regarde personne. La société ne condamne que les actes qui lui sont nuisibles. La vie privée n'est pas de son ressort."
(p. 132)

"L'esprit des petites villes est, vous le savez sans doute, le plus méchant qui soit au monde. Là, toujours les gens de bien sont méconnus, les esprits supérieurs sont éliminés du public. Faut-il prendre le parti d'un sot ou d'un manant, vous les verrez accourir. Avez-vous querelle avec quelqu'un, ils viennent s'y assister comme un spectacle, ils ouvrent les paris, ils se ruent jusque sur vos semelles, tant ils sont avides de voir et d'entendre. Celui qui tombera, ils le couvriront de boue et de malédiction. Celui qui a toujours tort, c'est le plus faible."
(p. 210) Ce passage dans lequel Sand décrit la mesquinerie et l'étroitesse d'esprit des gens des petites villes m'a fait penser à des descriptions similaires que l'on pouvait trouver dans Middlemarch de George Eliot.

"Je sais que je suis l'esclave et vous le seigneur. La loi de ce pays vous a fait mon maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions. Vous avez le droit du plus fort, et la société vous le confirme. Mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien. Dieu seul peut la courber et la réduire. Cherchez donc une loi, un cachot, un instrument de supplice qui vous donne prise sur moi ! c'est comme si vous vouliez manier l'air et saisir le vide."
(p. 232) Ce passage illustre bien la grande force morale d'Indiana, qui est tout sauf une victime. C'est un roseau qui plie mais ne rompt pas.

D'un point de vue formel, j'ai apprécié le découpage en chapitres comportant un nombre de pages à peu près égal. Cela n'a l'air de rien, mais cela facilite grandement la lecture !
Ce que j'ai moins aimé :
- Certains passages sont peut-être difficiles à comprendre aujourd'hui et un peu datés, car ils sont très ancrés dans le contexte politique de leur époque. Je pense notamment au début du chapitre 25.
- Je trouve qu'il y a un côté théâtre de boulevard/vaudeville. Je pense notamment à la scène où Raymon est caché par Noun dans la chambre d'Indiana et finit par être découvert, et celle où Indiana s'introduit dans la chambre de Raymon et finit par être découverte. C'est du théâtre de boulevard qui vire au tragique, mais il y a quand même un côté un peu grotesque. Comme à plusieurs reprises dans le livre, on se demande si c'est du lard ou du cochon, et si Sand est au premier degré ou si elle parodie les codes du genre et s'amuse de ses personnages !
- Il y a trop de rebondissements. Cela en devient lassant et un peu caricatural.
- La fin, que l'ai lue en diagonale. C'est "too much" ! Je n'y ai pas cru. Cette longue tirade de Ralph qui est resté muet ou presque pendant tout le livre... De manière générale ce personnage, toujours là quand il le faut, qui apparaît toujours tel un deus ex machina, m'a fait penser au bon samaritain dans
Loin de la foule déchaînée : Gabriel Oak.
- Certaines longueurs : c'est un peu comme dans les films français où il y a généralement une demi-heure de trop. Là il aurait fallu 100 pages de moins !
Je suis content de l'avoir lu, mais est-ce que je le recommanderais... ?
Françoise D
J'ai beaucoup aimé. Et j'ai été assez surprise. Car j'avais lu La Mare au diable, François le Champi, Nanon et Histoire de ma vie ; et par rapport à ces textes, c'est une nouveauté pour moi, je n'avais rien lu de tel.
La construction, les apartés du narrateur, les positions politiques, c'est vraiment intéressant.
Au début, je me suis cru chez Marivaux, mais après ça change.
Je ne prends pas Indiana pour une victime : elle répond vertement à son mari, elle a sa libre pensée.
Les apartés du narrateur, j'en ai noté : "C'est une grande imprudence d'introduire la politique comme passe-temps dans l'intérieur des familles. S'il en existe encore aujourd'hui de paisibles et d'heureuses, je leur conseille de ne s'abonner à aucun journal, de ne pas lire le plus petit article du budget, de se retrancher au fond de leurs terres comme dans une oasis, et de tracer une ligne infranchissable entre elles et le reste de la société" ou, qui m'a particulièrement touchée : "Montrez-moi un homme qui soutienne l'utilité de la peine de mort, et, quelque consciencieux et éclairé qu'il soit, je vous défie d'établir jamais aucune sympathie entre lui et moi." Et l'ironie de la charge antimilitariste : "Comme dans l'état militaire, tout pour lui consistait dans la forme." Ça émaille le récit, lui donnant une autre dimension. Et encore : "Utile à lui seul, il n'était nuisible à personne."
J'ai vraiment eu du plaisir. La fin... bon. Mais j'ai cru jusqu'au bout au suicide. Après, ils rachètent des esclaves. C'est le livre le plus engagé de George Sand.
Je n'ouvre "que" ¾ en raison des longueurs (surtout les lettres).

Monique L
Ce roman mêle romantisme et critique sociale. C'est un récit romanesque engagé qui interroge la place des femmes et leur droit au bonheur dans une société patriarcale conservatrice et hypocrite.
Il traite de thèmes toujours d'actualités, tels que la liberté, la société, la condition de la femme. Les idées libérales de George Sand pointent leur nez. Elle dénonce, entre autres, le manque d'accès à l'éducation pour les femmes.
L'amour y est décrit sous plusieurs de ses formes : l'amour par devoir, l'amour fraternel, l'amour passionnel, l'amour cruel, l'amour refoulé...
J'ai aimé le charme suranné de ce récit romantique à souhait, dans lequel l'héroïne doit son salut et sa liberté à son courage.
J'ai apprécié les commentaires du narrateur ici et là, sur des idéologies politiques, et des événements historiques.
Les personnages sont bien campés et étudiés.
On peut néanmoins regretter certains clichés, les femmes sont sentimentales et passionnées, les hommes sont violents et sans cœur (sauf Ralph).
L'émancipation d'Indiana est incroyablement rapide et son passage à l'action en s'embarquant pour la France ne m'a pas paru réaliste.
J'ai tout particulièrement apprécié les descriptions de la personnalité de Raymon, sa force de persuasion, ses faiblesses, ses ambiguïtés… et son évolution.
L'explication finale de la personnalité de Ralph, protecteur et mystérieux cousin dans une grande partie du récit, m'est apparue comme non nécessaire, ainsi que son retour à l'ile de la Réunion avec Indiana et tout ce qui en découle, même si ce retour est le moyen pour Indiana de retrouver ses racines pour se réconcilier avec elle-même. L'intérêt de cette partie se borne aux magnifiques descriptions de l'Ile et de son climat.
J'aurais arrêté le récit au moment des malheurs d'Indiana à Paris. C'est vrai que ce n'aurait pas été une fin très optimiste, mais je n'ai pas cru à cette fin.
J'ai vraiment apprécié l'écriture de George Sand, à la fois très simple et riche.
J'ouvre aux ¾.
Renée
(à l'écran)
L'écriture est magnifique, les descriptions surtout sont superbes.
Cependant j'ai trouvé quelques passages un peu longs. Le mariage d'Indiana est assez typique du 19e, comme l'amour pur et désincarné entre les protagonistes.
Indiana est une héroïne romantique, MAIS avec des envies de liberté modernes. Elle refuse le carcan marital dans lequel elle s'étiole. Les hommes sont assez caricaturaux de l'époque : le mari beaucoup plus âgé et ronchon, Raymon superficiel, versatile et aimant l'argent, et Ralph l'amoureux transi qui sauve de toutes les situations compromettantes.
Une lecture très agréable.
Je l'ouvre à moitié car je préfère la lecture de romans contemporains.
Thomas
Je l'ai lu il y a un ou deux ans, dans des circonstances un peu particulières, au boulot. J'avais un script un peu long à faire tourner, et je profitais des 15 minutes que mettaient les résultats à arriver pour lire Indiana à petites doses. Peut-être est-ce aussi ce qui m'a aidé à l'apprécier !
Je ne partais pas avec le meilleur des aprioris, ayant conservé peu de souvenirs de La Mare au diable, qui m'avait été imposé au collège. Mais dès les toutes premières lignes de cette extraordinaire
notice, où Sand désarme la critique avec une plume d'une ironie jouissive, j'étais conquis ! Et si, par la suite, l'intrigue ne m'a pas forcément marqué, devenant presque secondaire à mes yeux par instants, le style était toujours à la hauteur. Ah, cette lettre désabusée d'Indiana à son amant... Quel style !
À vous écouter, j'en viens même à me demander si les personnages ne sont pas caricaturaux à dessein, pour laisser plus de place au narrateur et à ses savoureuses remarques.
Bref, je ne me souviendrai pas longtemps des détails de l'histoire, mais question puissance de la plume, j'ai rarement lu quelque chose d'aussi bien écrit. Ça m'a fait penser aux
Confessions d'un enfant du siècle, avec certes moins de contenu que l'œuvre de Musset, mais ça reste un excellent souvenir. J'ouvre aux ¾.
Catherine entre et
Je n'avais lu que les romans champêtres de George Sand, La Petit Fadette, La Mare au diable, François le champi, quand j'étais gamine, dont je n'avais pas gardé un souvenir très net.
J'ai beaucoup aimé le premier chapitre, l'ambiance, la description des personnages, dont "Delamare, vieille bravoure en demi-solde, homme jadis beau, maintenant épais au front chauve, à la moustache grise, excellent maître, devant qui tout tremblait, femme, serviteurs, chevaux et chiens", avec "ce contentement perpétuel de soi-même qui caractérise l'homme de parade de l'officier modèle", la tension qui monte, on a l'impression de voir la scène.
J'ai adoré l'écriture magnifique et tous les commentaires et apartés du narrateur, l'ironie, l'humour, mise en avant de la cruauté et l'hypocrisie de la société, de la religion, le mariage dans lequel la femme appartient littéralement à son mari. J'en ai noté quelques-unes mais il y en a à chaque page :

- "La femme de qualité vous sacrifie 20 amants qu'elle avait, la femme de chambre ne vous sacrifie qu'un mari qu'elle aurait eu".
- "Moi je crois que l'opinion politique d'un homme c'est l'homme tout entier. Dites-moi votre cœur et votre tête, et je vous dirai vos opinions politiques".
- "C'est une grande imprudence d'introduire la politique comme passe-temps dans l'intérieur des familles. S'il en existe encore aujourd'hui de paisibles et d'heureuses, je leur conseille de ne s'abonner à aucun journal, de ne pas lire le plus petit article du budget, de se retrancher au fond de leurs terres comme dans une oasis et de tracer une ligne infranchissable entre elles et le reste de la société" (ce livre est totalement d'actualité et il a été choisi pour Rebecca en fait).

[Pour comprendre cette allusion, voir ›la fin de la séance]

Pour moi, tout l'intérêt du roman est là, le reste m'a moins emballée, l'histoire est assez invraisemblable et les héros romantiques à souhait, l'héroïne qui s'évanouit quand on lui baise la main, ça me laisse de glace.

Jérémy
Il y a une scène analogue dans Effi Briest.

Catherine
Il y a des tirades presque comiques tant elles sont grandiloquentes : "Ralph se tut ; puis, après quelques instants d'une méditation religieuse où nous restâmes absorbés tous les deux :
  - Je ne vous parle pas de mon bonheur, dit-il en me pressant la main ; s'il est des douleurs qui ne se trahissent jamais et qui enveloppent l'âme comme un linceul, il est aussi des joies qui restent ensevelies dans le cœur de l'homme parce qu'une voix de la terre ne saurait les dire.
"
On peut se demander si ça n'est pas du second degré, auquel cas ça me plairait davantage.
Les personnages sont assez caricaturaux, le mari brutal, le séducteur cynique, l'amoureux transi qui aime en secret et ne se dévoile qu'au dernier chapitre. Le personnage d'Indiana est plus complexe, victime de son mari et de la société mais qui reste assez inflexible au final.
Bon, on ne peut pas dire que ça manque de rebondissements, on ne s'ennuie pas, mais quand même ça m'a paru un peu long, tout ça pour ne même pas consommer cet amour passionné ! Franchement, tout ça pour ça.
Il y a tellement d'invraisemblances que c'en est drôle, le retour en bateau au milieu de la tempête, seule femme au milieu de l'équipage, qui se retrouve sans argent en France (elle l'a laissé dans le bateau et le retrouve intact), elle meurt de faim mais Ralph la retrouve juste à temps, le suicide qui rate car Ralph prend le sentier à l'envers.
J'ai beaucoup aimé aussi les descriptions de l'Île Bourbon, alias l'île de La Réunion, où George Sand n'est pourtant jamais allée.
Au final, je n'ai pas regretté d'avoir lu ce livre, l'écriture et le narrateur valent largement les excès romantiques, j'ouvre entre ¾ et ½.

Claire
Avant la lecture : J'avais été passionnée par la découverte de la femme George Sand, notamment pendant un petit voyage "littéraire" de 4 jours qui m'a emballée, sur ses lieux et en retraçant son parcours de vie et d'engagement ; j'avais alors feuilleté ses livres pour me décider à en lire un, n'ayant rien lu d'elle ou ayant tout oublié : rien ne m'a dit, je me suis plongée dans le roman Consuelo que j'ai immédiatement abandonné. J'ai vu assez récemment à la Comédie française une pièce d'elle, Gabriel, que j'ai oubliée. Quant à Indiana, je n'avais jamais vu ce titre exotique.
Après la lecture
: Le film Indiana que nous avons vu hier est intéressant, car il montre en creux la richesse du roman ; dans cette adaptation, ni discours critique sur la société, ni évocations politiques, ni humour, ni innovation, ni rocambolesques péripéties, fffttt.
Le livre, j'ai adoré sur toute la ligne. J'ai lu en Folio classique et n'ai pas manqué une seule note, y compris en les critiquant en raison de nombreux rapprochements autobiographiques dont je me fiche, parfois limite cucul. La préface de l'autrice des notes spoile le roman, heureusement je ne l'ai pas lue.
Ce que j'ai le plus aimé du roman, ce sont les commentaires du narrateur et là, j'ai apprécié les notes qui nous citent celles que George Sand a ôtées dans une édition ultérieure, retenue selon l'usage. J'ai aimé son humour et la distance qu'elle inculque, qui ajoute à son savoir-faire : car ma deuxième raison d'amour, c'est l'art de narrer, de tenir en attente de la suite, de ne pas hésiter dans les rebondissements, les péripéties, les coups de théâtre : j'ai frémi régulièrement. Elle recourt à des flashforwards cruels qui jouent sur la tension ; elle distille des flashbacks habiles.
Les personnages sont tous critiqués, ça c'est original, : dans la première préface, l'auteure dit du narrateur (distance au carré) : "S’il n’a pas donné le plus beau rôle possible à tel de ses personnages qui représente la loi, s’il a montré moins riant encore tel autre qui représente l’opinion, vous en verrez un troisième qui représente l’illusion, et qui déjoue cruellement les vaines espérances, les folles entreprises de la passion." Au cours du roman, pas un n'échappera à des jugements du narrateur, héroïne comprise.
Mais tout ça aurait-il suffi sur la distance ? Il y a à manger plus qu'il n'en faut : situation politique, critique sociale, féminisme indubitable (et affichée dans la 2e préface : "celle que je défendais est-elle donc si petite ? C'est celle du genre humain tout entier ; car le malheur de la femme entraîne celui de l'homme").
Je ne suis pas la réaction de Sabine quand elle conteste la vraisemblance du parler de Nour "mais si vous m'eussiez aimée toujours, j'eusse tout sacrifié sans regret" : une domestique telle que Nour vivait au contact quotidien du langage bourgeois, influencée dans son propre usage. Parmi les mots que j'ai appris dans le livre, il y a le mot "improbation" (l'action de désapprouver, très pratique...).
Je reviens à la distance jouissive qui a toutes sortes de ressorts auxquels j'ai applaudi :

- "En ce moment, un quatrième personnage entra" : le narrateur regarde avec nous la scène.
- Il nous apostrophe : "
sir Ralph, ou, si vous l'aimez mieux, M. Rodolphe Brown".
- Ou parle de nous à la 3e personne : "
Il est à peu près prouvé pour le lecteur et pour moi que cette infortunée s'est jetée dans la rivière par désespoir".
- L'humour apparaît au détour d'une description : "I
l arpentait avec gravité son vieux salon meublé dans le goût de Louis XV, s'arrêtant parfois devant une porte surmontée d'Amours nus, peints à fresque, qui enchaînaient de fleurs des biches fort bien élevées et des sangliers de bonne volonté, parfois devant un panneau surchargé de sculptures maigres et tourmentées, dont l'œil se fût vainement fatigué à suivre les caprices tortueux et les enlacements sans fin."
- Sand, avec habileté, nous fait complice de ses invraisemblances : "
Quinze jours après que cette idée fut conçue, Raymon était sur la route du Lagny, où on l'attendait à déjeuner. Vous n'exigez pas que je vous dise matériellement par quels services adroitement rendus il avait trouvé le moyen de se rendre agréable à M. Delmare : j'aime mieux, puisque je suis en train de vous révéler les traits des personnages de cette histoire, vous esquisser vite ceux du colonel."

L'écriture, en plus de la distance, s'épanouit dans des scènes dramatiques souvent coupdethéâtrales (la découverte du cadavre de Noun, Ralph qui surgit tel Zorro, le suicide...) et dans des formules : j'ai beaucoup aimé les phrases rythmées symétriques, pas seulement musicales ou visant l'effet, mais chargées de sens ; on pourrait les slamer :
- le portrait d'ailleurs cinglant de M. Delmare : "Toute sa conscience, c'était la loi ; toute sa morale, c'était son droit."
- les risques que prend Nour simple femme de chambre pour rejoindre Raymon, qui seraient appréciés autrement d'une aristocrate : "Ce qui est héroïsme chez l'une devient effronterie chez l'autre. Avec l'une, un monde de rivaux jaloux vous envie ; avec l'autre, un peuple de laquais scandalisés vous condamne. La femme de qualité vous sacrifie vingt amants qu'elle avait ; la femme de chambre ne vous sacrifie qu'un mari qu'elle aurait eu."
La finesse psychologique s'exprime à travers des commentaires du narrateur tout en circonvolutions subtiles. Quant à ce que certains ont casé dans les longueurs, les lettres, elles étaient pour moi des morceaux oratoires dont je me suis régalée : je les entendais déclamées.
Selon l'expression consacrée, je ne vais pas bouder mon plaisir et j'ouvre en grand !


Pourquoi Catherine dit-elle dans son avis "ce livre est totalement d'actualité et il a été choisi pour Rebecca" ?


Il était difficile de ne pas remarquer ces passages d'Indiana :

"Moi, je crois que l'opinion politique d'un homme, c'est l'homme tout entier. Dites-moi votre cœur et votre tête, et je vous dirai vos opinions politiques. Dans quelque rang ou quelque parti que le hasard nous ait fait naître, notre caractère l'emporte tôt ou tard sur les préjugés ou les croyances de l'éducation. Vous me trouverez peut-être absolu ; mais comment pourrais-je me décider à augurer bien d'un esprit qui s'attache à de certains systèmes que la générosité repousse ? Montrez-moi un homme qui soutienne l'utilité de la peine de mort, et, quelque consciencieux et éclairé qu'il soit, je vous défie d'établir jamais aucune sympathie entre lui et moi. Si cet homme veut m'enseigner des vérités que j'ignore, il n'y réussira point ; car il ne dépendra pas de moi de lui accorder ma confiance." (p. 166 en Folio classique)

"C'est une grande imprudence d'introduire la politique comme passe-temps dans l'intérieur des familles. S'il en existe encore aujourd'hui de paisibles et d'heureuses, je leur conseille de ne s'abonner à aucun journal, de ne pas lire le plus petit article du budget, de se retrancher au fond de leurs terres comme dans une oasis, et de tracer une ligne infranchissable entre elles et le reste de la société ; car, si elles laissent le bruit de nos contestations arriver jusqu'à elles, c'en est fait de leur union et de leur repos. On n'imagine pas ce que les divisions d'opinions apportent d'aigreur et de fiel entre les proches ; ce n'est la plupart du temps qu'une occasion de se reprocher les défauts du caractère, les travers de l'esprit et les vices du cœur. (...) Alors plus de tolérance pour les fautes mutuelles, plus d'esprit de charité, plus de réserve généreuse et délicate ; on ne se passe plus rien, on rapporte tout à un sentiment politique" (p. 171).

Or ce n'est que coïncidence...

Pendant l'année dernière, le groupe a été objet très consentant de la recherche de Rebecca pour son mémoire de master, qu'elle avait présenté ainsi quand elle nous a contactés : "un
mémoire de recherche sur la construction et la réalisation des valeurs individuelles (goûts, idées, perceptions). Face aux multiples pratiques et sources d'informations (tv, radio, presse écrite, réseaux sociaux), je m'interroge sur les manières dont les individus s'orientent et nourrissent leurs manières de voir le monde." Il lui était nécessaire de ne pas formuler à notre intention plus précisément sa recherche. Nous comprenons pourquoi, maintenant qu'elle nous livre son analyse.
Rebecca a étudié notre groupe en 2024-2025, assistant à des séances, effectuant 11 entretiens fouillées, disposant de la brochure présentant Voix au chapitre. Elle a soutenu brillamment son mémoire et sera avec nous la prochaine fois pour discuter du texte qu'elle nous transmet, adapté pour nous, d'après L’ordinaire du politique au sein d’un groupe de lecture parisien, par Rebecca Mühlhaus, mémoire de Master 1 “Sociologie d’enquête”, Université Paris Cité, soutenu le 12 juin 2025, dirigé par Olivier Beraud Martin, professeur des universités en sociologie, CERLIS et Choukri Hmed, professeur des universités en sociologie, PHILéPOL.


Nous ne nous rendons peut-être pas compte
de l'aspect littéraire innovant d'Indiana


Après notre tour de table, voici venue en digestif la présentation des éléments les plus instructifs de l'analyse de Brigitte Diaz (dans son introduction à Indiana dans l'édition Honoré Champion des Œuvres complètes). Elle montre comment Indiana peut être considéré comme "roman-manifeste", à la fois théorie et pratique pour un autre roman et, d'une certaine manière, elle complète nos avis avec un éclairage relevant de l'histoire littéraire. Les citations en rouge sont toutes de George Sand.

- En écrivant Indiana, George Sand entre délibérément en rupture avec un certain roman, qu'elle appellera la "littérature de fanfarons et de casseurs d'assiettes !" Elle critique l'emphase et la fausseté du roman contemporain, notamment le roman-feuilleton (Dumas, Méry, Sue, Soulié... des noms pas tous connus aujourd'hui...). D'emblée elle définit son roman en opposition : "Il n'est ni romantique, ni mosaïque, ni frénétique. C'est de la vie ordinaire". Elle s'oppose à "la littérature boursouflée" du siècle. Indiana rompt avec les romans qui s'écrivent alors : romans walter-scottés comme dit Balzac (voir préface à La peau de chagrin), romans moyenâgeux, romans gothiques et autres romans "frénétiques".

- Le premier à en faire les frais, c'est le héros : "Il est de mode pour le moment de vous peindre un héros de roman tellement idéal, tellement supérieur à l'espèce commune, qu'il ne fasse que bailler là où les autres s'amusent, que philosopher quand il est séant d'être enjoué". Le narrateur l'inscrit au contraire dans un contexte désidéalisé : "Je vous place le mien terre à terre et vivant de la même vie que vous".

- Quant au récit lui-même, le narrateur bouscule le schéma attendu de la narration et place, comme il se plaît à le souligner, "le dénouement du drame à la fin du premier acte".
- Le narrateur souhaite sevrer le lecteur du "luxe descriptif" qu'il aime à retrouver dans ses fictions : "Vous savez que la partie pittoresque est tout à fait en dehors de mon sujet" et renvoie le lecteur frustré à son propre fonds : "Imaginez ou rappelez-vous : vos rêveries vaudront mieux que mes descriptions."

- Avec sa préface que George Sand nomme ironiquement "préface philosophique", c'est un débat sur le roman qu'elle ouvre avec son lecteur et qu'elle va poursuivre tout au long du récit par de fréquentes intrusions, dans une sorte de dialogue ininterrompu.
- Le narrateur s'y présente sous l'appellation d'"historien d'Indiana" qui veut "passer brutalement au milieu des faits, coudoyant à droite et à gauche sans plus d'égard pour un camp que pour l'autre".
- Ce narrateur de mauvaise volonté brise avec application le contrat de fiction que le romancier des années 1830 conclut tacitement avec son public.

- Ce désir de réformer l'écriture romanesque ne se limite pas à la question formelle : ce "misérable conteur" entend bien imposer à son lecteur le "triste tableau des misères sociales" et le forcer à contempler les "passions humaines aux prises avec les nécessités de la vie légale".

Brigitte Diaz rapproche trois auteurs contemporains : George Sand, Balzac et Stendhal, qui visent à remplacer le genre du roman "trompe-l'œil" par celui du "genre-miroir" :
- Stendhal avec sa célèbre formule "Un roman est un miroir que l’on promène le long d’un chemin" (Le Rouge et le Noir, publié en 1830, deux ans avant Indiana)
- George Sand, à propos des inégalités de la société : "L’écrivain n’est qu’un miroir qui les reflète, une machine qui les décalque, et qui n’a rien à se faire pardonner si ses empreintes sont exactes, si son reflet est fidèle." (dans la préface de 1832 à Indiana).
- Balzac approuve son amie qui, dès ce premier roman, prend une voie qu'il reconnaît comme sienne : "Le roman est l’histoire privée des nations. Si, pour écrire l’histoire, les historiens ont dû étudier les faits, les mœurs, les caractères, le roman, qui en est le miroir, doit avoir les mêmes conditions." (Avant-propos de La Comédie humaine, 1842)

La réception d'Indiana en 1832 montre que ce roman tranchait vraiment parmi les romans d'alors. Deux siècles plus tard, n'avons-nous finalement pas lu un roman d'avant-garde ?...


Les cotes d'amour du nouveau groupe
KhadijaLahcen
MargotMonique MNathalie B

AudreyChristine

Anne-MarieDavid Françoise H

Audrey
J'avais proposé ce livre car je souhaitais découvrir George Sand que je n'avais jamais lu.

[Le choix des trois groupes Voix au chapitre d'Indiana vient donc de la propositions d'Audrey.]

L'entrée en matière m'a pas mal décontenancée : je l'ai trouvée trop théâtrale, trop en à-plat, séquencée à la manière de scènes et d'actes particulièrement mornes et pourtant, paradoxalement, quasi vaudevillesques par certains aspects, avec des personnages qui deviennent presque des prototypes et atteignant son paroxysme avec la scène de l'amant caché derrière le rideau.
Et puis, heureusement, le trait de Sand se fait plus acerbe, sa plume plus acérée et le propos et le récit se densifient. Émergent un regard et un discours mordants sur une société bourgeoise, une terrible critique du poids des conventions- qui pèse en particulier sur les femmes - mais pas que. Elle pointe, je trouve, une société centrée sur ses intérêts propres, soucieuse de tenir son rang, sauver sa richesse ses biens, les honneurs de la famille : une société hypocrite qui manipule le verbe, une société calculatrice et versatile. Raymon et la famille de Ralph, la tante d'Indiana et Monsieur Delmare incarnent chacun des pans de cette société qui s'est créé des codes, des institutions - et même un Dieu ! - à son image, pour la protection de l'ordre, des droits et les systèmes de domination qu'elle met en place elle-même, pour ses intérêts propres, et qui, par ailleurs, évite et calfeutre les émotions, cache ses sentiments profonds. Une société que Sand sait montrer sous un jour absurde en ce sens qu'elle étouffe épanouissement et bonheur.
Ralph et Indiana (mais aussi Noun) sont d'emblématiques personnages de ce que cette société impose, étouffe et tue chez des êtres présentés, en leur for intérieur, comme des êtres dont l'intelligence "est celle du cœur", pour citer Sand.
La révélation ultime du personnage de Ralph que l'on découvre à la fin du récit (au détriment d'une fin tragique qui m'aurait semblée plus logique et moins mièvre) intensifie néanmoins la tragédie que représente pour certains le poids des injonctions et, en particulier dans le cas de Ralph, le mariage contraint, un rang à tenir, une richesse et une lignée familiale à assurer, etc. : tous ces codes bourgeois qui brisent, éteignent et condamnent certains de ses membres.
Dans l'esprit de ces critiques, je note deux diatribes politique et féministe quand Indiana face à son mari pour la première fois s'oppose à lui et lui résiste avec une autorité redoutable (p. 234) ; ou encore la lettre d'Indiana à Raymon se fait quasiment plaidoirie en faveur des droits des femmes (p. 249). J'en cite un passage (nous sommes en 1832 !) : "Vous vous croyez les maîtres du monde (elle parle des hommes), je crois que vous n'en êtes que les tyrans vous pensez que Dieu vous protège et vous autorise à usurper l'empire de la terre ; moi, je pense qu'il le souffre pour un peu de temps, et qu'un jour viendra où, comme des grains de sable, son souffle vous dispersera". Et elle continue, surplombant le destinataire de sa lettre (comme les lecteurs masculins de Sand) : "La religion que vous avez inventée, je la repousse ; toute votre morale, tous vos principes, ce sont les intérêts de votre société que vous avez érigés en lois et que vous prétendez faire émaner de Dieu même, comme vos prêtres ont institué les rites du culte pour établir leurs puissances et leurs richesses sur les nations. Mais tout cela est mensonge et impiété".
Sand ne manque pas d'épingler aussi les femmes - cherche-t-elle à brouiller les pistes en tant qu'auteur "masculin" ? Un exemple "la femme est imbécile par nature (...) le ciel a mis en son cœur une vanité aveugle et une idiote crédulité" (p. 251).
Il y a dans la tournure des phrases de George Sand des formules très "resserrées de sens" en quelque sorte, c'est-à-dire brèves très bien tournées, cinglantes et analytiques : on y sent le talent d'une plume associée à un regard, une pensée. Un écrivain en puissance.
À cette époque-là, n'est-ce pas le début de la libération de Sand ? C'est le premier livre qu'elle écrit sous ce pseudo - sans être encore tout à fait la femme puissante, indépendante et engagée qu'elle est devenue par la suite. Je trouve très intéressantr la voix de la femme sous le nom d'auteur masculin : l'auteure se range sous un "nous" qui est celui de la masculinité. A-t-il permis à des lecteurs masculins de lire en 1832 ce livre autrement qu'on le lit aujourd'hui ?
Très intéressantes sont aussi, et cela apparaît essentiellement dans les notes, les modifications apportées au texte depuis les éditions originelles : le positionnement initial (et ensuite gommé) de l'auteur qui fait entendre sa voix dans de multiples adresses à son lecteur, ce qui fait beaucoup penser à Jacques le Fataliste de Diderot (et qui m'avait vraiment subjuguée. C'était très novateur !
George Sand interpelle, questionne, critique, devance des remarques éventuelles, interroge aussi le réalisme et le romantisme, s'excuse ou se justifie, et sollicite aussi son lecteur ainsi, leur dit-elle en quelque sorte : "À vous de tirer la morale que vous pourrez"…
Pour finir, et peut-être pour répondre à George Sand sur la question de la morale, ou en tout cas sur ce qui me reste de cette figure féminine, je dois dire une certaine gêne en ce que Indiana demeure tout au long une femme qui s'en remet aux hommes et qui, si elle se libère ou brise un joug ne le fait qu'aux dépens d'une soumission à un autre... Et ne manque pas de rappeler certaines figures de femmes de la littérature chevaleresque et autres princesses des contes enfantins, éternellement pures, bonnes, fragiles, polies, pâles, belles, douces, etc. Je trouve que George Sand avec la figure de Ralph maintient complètement ce schéma d'homme providentiel ! Cette fin est à double tranchant, elle donne donc sa profondeur à une critique sociétale de Sand mais fait basculer la tragédie dans une happy end et remet Indiana aux mains du sauveur providentiel.
J'ouvre aux ¾.
Nathalie
Je n'ai pas du tout la même analyse que toi. Ce n'est pas selon moi une critique d'une société "bourgeoise". Les trois hommes autour de Indiana sont l'un un ancien grognard bonapartiste, l'autre un aristocrate royaliste et le troisième un républicain. Ce sont trois visions différentes de la société. Mais ce qu'ont en commun ces hommes, c'est leur vision des femmes : des êtres fragiles qu'il faut dominer ou manipuler ou protéger. Le seul issu de la société "bourgeoise" est l'industriel qui va racheter la demeure du Colonel et c'est plutôt un personnage positif dont la fille adoptive a l'air d'être bien plus indépendante que Indiana.

Margot
Je pointe la critique exprimée par George Sand : "des femmes mièvres et soumises".

Nathalie
Je suis une inconditionnelle de George Sand dont j'ai lu La mare au diable, La petite Fadette et François le Champi. J'aime son écriture, son personnage, les convictions qu'elle défendait, et puis c'était aussi une amoureuse. Elle a eu une grande influence sur moi. C'est une femme de caractère qui se battait pour ses idées, se fichait du qu’en-dira-t-on et a fait réfléchir sur la condition féminine. Elle a fait partie de mes modèles.
Je trouve les personnages justes et épais. Sand exprime sa critique de la société à travers les discussions entre royalistes et républicains.
J'ai trouvé que George Eliot s'était inspirée d'Indiana pour écrire Middlemarch.
Sand critique les femmes auxquelles elle reprochait de l'isoler. Indiana a idéalisé l'amour à partir de ses lectures (p. 247). Dès le début, Indiana est très forte sous une apparence de douceur et laisse l'amour l'entraîner. Pour Sand, Ralph incarne le beau personnage masculin qui laisse Indiana libre.
J'ai aimé ce livre. Les préfaces sont éclairantes quant à la façon dont George Sand veut faire passer ses idées.
Je l'ouvre en grand. J'ai été contente de retrouver une amie.
Monique M
Pour répondre à Audrey, je pense qu'Indiana montre sa force de caractère dès le premier chapitre. En effet, alors que son mari qui a tiré au fusil sur Raymon, lui demande ce qu'elle fait auprès de lui, elle répond froidement : "J'y viens ici pour réparer, comme c'est mon devoir, le mal que vous faites, monsieur". Elle n'est en aucun cas une femme soumise ; c'est au contraire le combat féministe de George Sand qui s'exprime à travers elle.
Pour revenir au livre, je trouve qu'il commence comme un conte : "Par une soirée d'automne pluvieuse et fraîche, trois personnes rêveuses"... ; et tout de suite on sent la maîtrise du style, l'art du portrait et celui de créer des atmosphères étranges, subtiles, un peu fantomatiques, où tout peut advenir. Ainsi en est-il du portrait du "colonel Delmare, vieille bravoure en demi-solde, homme jadis beau, maintenant épais, au front chauve, à la moustache grise, à l'œil terrible ; excellent maître devant qui tout tremblait, femme, serviteurs, chevaux et chiens". En une phrase, nous savons tout du personnage et que par lui tout peut arriver. Et elle ajoute ce détail piquant : "Le colonel avait de l'humeur ce soir-là surtout, car le temps était humide et le colonel avait des rhumatismes". J'admire ce style riche et bref, cet art d'aller en deux mots à l'essentiel. Suit aussitôt cet admirable tableau à la Rembrandt du salon, à demi éclairé par la flamme des tisons de la cheminée, où Indiana et Ralph sont assis de part et d'autre, la chienne Ophélia la tête posée sur les genoux de Ralph, tandis que le colonel arpente le salon tantôt disparaissant dans les profondeurs, tantôt réapparaissant à la lueur du foyer. Ce passage est extraordinaire de subtilité dans la description des personnages, des rapports de force qui existent entre eux, et dans l'atmosphère poétique du lieu : "Des lueurs blanches et fugitives inondaient par intervalles (…) et d'autres aspérités brillantes se détachaient de l'obscurité" p. 52. Ce premier chapitre si brillant réunit en même temps tous les éléments psychologiques de la tragédie qui va suivre. Il y a là, tout le talent d'un grand écrivain.
Beaucoup d'autres scènes sont tout aussi prenantes et subtiles, notamment celle admirable du chapitre où Indiana attend Raymon dans sa chambre, revêtue de la pelisse que Noun lui avait empruntée, un foulard créole masquant ses cheveux et tenant en mains les cheveux noirs, froids et lourds de Noun décédée à la lueur d'une lampe vacillante et pâle ; l'atmosphère tragique de la scène, la méprise qu'elle conduit volontairement, l'art du questionnement, l'arrivée inattendue de Ralph et du mari, font de cette scène admirablement conduite, l'un des plus prenants passages du livre.
J'ai admiré l'art de conduire l'intrigue, passionnante en ce lieu magique, le château, le parc noyé de brume, le moulin, la rivière où Noun ira se noyer, les roseaux à peine visibles dans le brouillard, le pont suspendu où les ombres de Ralph et Raymon se croisent, la porte dérobée au fond du parc et la clé : tout cela crée une atmosphère poétique, ensorcelante, à la limite du fantastique, extrêmement prenante, que renforcent les très belles descriptions de la nature.
Il y a également une maîtrise de l'enchaînement des chapitres, un suspense, une grande justesse des portraits de tous les personnages au cours de l'évolution des situations auxquelles ils sont confrontés. Ainsi en est-il du colonel qui finit par accepter l'attitude souveraine d'Indiana ; de Ralph, l'ami solide, aimant, fidèle toujours là pour secourir ; de Noun, crédule au grand cœur qui se laisse séduire par Raymon, offrant ainsi un témoignage de l'abus des puissants sur les faibles ; de Raymon, enfant gâté, séducteur égoïste et manipulateur, totalement dominé par Indiana en dépit de la passion qu'elle éprouve, qui lui fait commettre les actes les plus fous comme sa fuite à Paris où il feint de l'appeler. Elle lui enverra une lettre admirable (p. 245-250) où elle exprime toute sa philosophie de vie.
J'ai aimé aussi sentir dans ce livre, l'atmosphère politique et la condition des femmes de l'époque, totalement inféodées à la domination d'un mari despotique souvent beaucoup plus âgé qu'elles ; le combat féministe de George Sand à travers la personnalité d'Indiana ; sa réactivité aux actions de son mari, ses propos fiers, distants, sa hauteur de vue, son absolu pouvoir de femme qui se veut et se sent l'égale de son mari et le lui prouve par son attitude, sa clairvoyance et le mépris de la domination qu'il tente d'exercer sur elle.
J'aurais préféré que le livre s'arrête à la fin de la quatrième partie. La conclusion qui permet une fin heureuse ne me semble pas en accord avec la tonalité du livre. Je ne vois pas l'intérêt de l'avoir ajoutée.
J'ouvre en grand ce très beau livre.

Nathalie
Indiana se meurt de l'absence de vie, de ne pas se sentir vivante. Personnellement je ne trouve pas du tout la fin ridicule. J'aime bien les fins heureuses. Ce doit être mon côté fleur bleue. Et en fait c'est beaucoup moins absurde que si après s'être avoués leur amour réciproque, ils s'étaient cependant suicidés !
Margot
Je rejoins Monique sur le début qui ressemble à un conte. C'est un roman étonnant d'une facture classique. Mais, d'un trait de plume, Sand renverse les situations.
C'est un auteur fabuleux. Je l'ouvre en grand. Sand a prétendu ne suivre aucun plan pour son roman, en revanche il est terriblement construit et n'a rien à voir avec le fil de la plume.
Tout d'abord, c'est une vraie pièce de théâtre, avec des entrées, des sorties, des intrigues qui dépassent l'invraisemblance, jusqu'à cette rocambolesque mise en scène de viol symbolique avec Raymon et Noun dans la chambre, puis dans le lit d'Indiana. Et les intrigues arrivent à la pelle, fort heureusement car il ne s'y passe rien. Rien entre les époux Delmar. Rien entre Indiana et Raymon. Rien entre Ralph et Indiana. Noun est la seule pour qui il se passe quelque chose (elle tombe et amoureuse et enceinte), elle en meurt. On frise l'invraisemblance tout le temps, ce qui amène le récit au bord du pacte narratif et du discrédit, on manque souvent ne plus y croire, et pourtant jusqu'aux trois quarts du récit ça marche, on continue !
Deuxième fait saillant : le récit fonctionne sur une valse incessante de trios. Indiana-Noun-le mari, Indiana-Noun- Raymon, Indiana-Noun- Ralph. Puis le Mari-l'amant-Indiana. Puis Ralph-l'amant-Indiana. Puis Raymon-sa mère-Indiana. Puis Indiana-son mari-Ralph. Enfin Indiana-Raymon-sa femme. Et ce, pratiquement jusqu'aux deux tiers. Car si rien ne se passe, tout se noue toujours plus serré, tout le temps.
Troisième aspect passionnant : le roman repose sur deux géographies que tout oppose. D'abord la géographie de la métropole, ses campagnes, sa capitale, les révolutions du pays, une géographie où chacun avance masqué (excepté Noun). Puis la géographie mythique de l'île. Cet espace vierge, naturel, sanctuaire de Dieu, du sacré, de l'ange, de la vierge, est l'espace découvert par Christophe Colomb qui découvre le paradis et le décrit dans son journal de bord. Depuis cette vision s'impose et nous tient toujours. C'est aussi le roman de Paul et Virginie. Et bien sûr, c'est là que le seul duo du Roman, Ralph et Indiana, se trouve et se retrouve.
Dès lors le roman est comme un retour sur une boucle du temps : le temps de l'enfance ("Les deux enfants" p. 257). On est dans la géographie du paradis et dès lors tout le roman peut se lire rétrospectivement comme la longue chute du paradis sur une terre hostile, violente, fourbe, avec enfin la rédemption finale sur cette terre vierge avec les duos des deux jumeaux (enfance difficile et rejetée de tous), ce qui va réparer toutes les avanies !
Ce récit renvoie également à des romans que lit Indiana à deux reprises (p. 187 et 247), des romans "à l'usage des femmes de chambre" où, dit Indiana "j'ai puisé dans l'exaltation de mes sentiments la force de me placer seule dans une situation d'invraisemblance et de roman", où l'un se proclame toujours l'esclave de l'autre. Un peu lassant et grandiloquent.
Mais c'est là que se joue l'intensité d'écriture de Sand et sa formidable poésie car l'histoire même du roman n'est pas que cela. En effet, qu'est-ce qui tient si bien le lecteur tout au long ? La plume de l'auteur, d'une intensité rare, qui renverse l'ordre des choses, qui galope d'une opposition à l'autre, qui tourne et retourne tout en son contraire, en un simple trait acéré. Une écriture mordante, rapide, d'une folle élégance. Comme pour Flaubert, la plume, son style font le roman.
Et puis il y a enfin une autre géographie, souterraine, très subtile qui traverse tout le roman et tous ses espaces : la nuit, la brume, l'eau. Ils sont là dans le parc de Lagny, lors de la double soirée dans la chambre d'Indiana, avec Noun puis avec les tresses de Noun, le long de la Seine lorsque Indiana est au bord de la noyade et tout du réel et du reflet dans l'eau se confond en un paysage qui bascule et, enfin, la nuit sur Bourbon. La nuit, et son royaume de brume, des ombres, des sons et alors les pulsions se déchaînent, la vie primitive fait surface, les fantômes surgissent, avec la terreur de l'effacement. Bref, jaillissent le désir fou et la mort qui se conjuguent ici, toujours, avec l'amour.
En revanche, je lâche tout dès le premier départ pour Bourbon. Sand devient presque sérieuse ! Patatras ! On quitte la densité du roman pour un magma sentimentalo-psychologique totalement grotesque, suranné, et moralisateur en diable, pour s'engluer dans une affreuse et ennuyeuse mélasse. On a envie de crier, comme au cinéma : coupez!
Une immense découverte que je n'aurais jamais lue sans Voix au chapitre, un grand merci pour cette écriture qui coupe le souffle.
Je l'ouvre en très grand.
Lahcen
J'ai retrouvé George Sand que j'avais découvert lors de mes années collège.
Indiana de George Sand est un roman vibrant, véritable hymne à la liberté féminine encore si étroitement entravée au mitan du 19e siècle. La langue de Sand est d'une beauté lyrique et poétique, et l'on a véritablement l'impression de sentir les odeurs, de voir les paysages, de partager les émotions des personnages.
Chaque page respire une sensibilité vive, une attention presque sensorielle au monde. Les échanges entre les protagonistes prennent souvent des accents théâtraux, comme s'ils jouaient leur destin sur une scène invisible.
Parfois, une certaine naïveté de jeune fille transparaît dans les dialogues et dans l'expression des sentiments, mais cela ne nuit en rien à la force du récit. Au contraire, cette candeur apporte une douceur qui contraste avec les violences sociales et morales subies par Indiana. Le personnage de Raymon est quant à lui odieux, incarnation glaçante de l'égoïsme masculin et des illusions romantiques destructrices.
La scène du gouffre constitue un sommet tragique : bouleversante, shakespearienne, elle marque le lecteur d'une empreinte durable. Le final, lumineux, offre une respiration après tant de tourments et célèbre l'émancipation intérieure.
Toutefois, un malaise persiste concernant les sentiments précoces de Ralph pour Indiana enfant : reflet d'une époque, certes, mais difficile à lire aujourd'hui sans gêne. Malgré cela, la puissance émotionnelle du roman emporte tout.
Indiana affirme brillamment George Sand comme une immense autrice, audacieuse et visionnaire dans sa défense de la dignité et de la liberté des femmes.
Christine
Avec Indiana, premier livre écrit par George Sand dont je ne connaissais que La mare au diable et La petite Fadette, j'ai eu un vrai plaisir de lecture, malgré le style suranné et parfois grandiloquent.
Indiana est une héroïne attachante qui bien que prisonnière des conventions sociales de son temps affirme sa force de caractère face à son mari : "elle obéissait toujours en silence ; mais c'était le silence et la soumission de l'esclave qui s'est fait une vertu de la haine et un mérite de l'infortune." Elle va peu à peu s'affirmer en tant que femme voulant assumer son amour aveugle pour Raymon et vouloir mettre son amour au-dessus des conventions sociales.
Raymon est un être superficiel et intéressé qui n'a pas la force psychologique d'Indiana : "Les hommes, et les amants surtout, ont la fatuité innocente de vouloir protéger la faiblesse plutôt que d'admirer le courage chez les femmes." Ralph est le protecteur dévoué et inconditionnel d'Indiana. L'aveuglement d'Indiana pour cet amour me la fait ressentir comme égoïste et égocentrée.
J'ai relevé un certain nombre de revendications d'émancipation féminine : "vous n'êtes pas moralement mon maître (…) je ne dépends que de moi sur la terre.", "Vous vous croyez les maîtres du monde ; je crois que vous n'en êtes que les tyrans"…
J'ai remarqué le positionnement du narrateur omniscient, n'hésitant pas à expliquer le caractère de ses personnages et affichant ses opinions : "L'avouerai-je ? Raymon se sentit épouvanté de tout ce qu'un esprit si intrépide promettait de hardiesse et de ténacité en amour."
La conclusion m'a fort déçue car en en rupture complète avec le récit. Pour moi, le roman aurait dû s'achever à la fin de la quatrième partie.
C'est un roman que je trouve mineur par rapport aux romans de Jane Austen et de George Eliot. En effet, George Sand n'a pas la finesse d'observation de ces romancières et ses héros n'en ont pas la profondeur psychologique.
Je l'ouvre aux ¾.
Khadija
Je découvre George Sand avec ce livre. J'ai tout de suite été captivée. Dès les premières pages, George Sand plante un décor limpide et vivant. La maison, le chien, la campagne, les figures principales : tout est mis en place avec une clarté rare. Cette entrée en matière m'a permis de me concentrer sur le récit, d'apprécier la richesse des descriptions et la fluidité du style, sans me perdre dans les identités des personnages.
Ce que j'ai particulièrement aimé, ce sont les passages où l'autrice s'adresse directement au lecteur : "Je vous ai déjà parlé de Sir Ralph", "Il est bon (…) de vous faire apprendre la situation des différentes personnes" (p. 124). Ces interventions créent une véritable intimité : George Sand semble guider son lecteur, comme une narratrice bienveillante qui commente sa propre histoire.
Indiana est entourée de trois hommes, trois visages d'un monde où la femme n'existe souvent qu'à travers le regard masculin. M. Delmare, son mari, incarne la virilité militaire, l'orgueil et la domination. Colérique, rigide, il représente la force patriarcale qui réduit Indiana au silence et à la soumission. Ralph, son cousin anglais, apparaît d'abord terne et effacé, presque sans relief. Mais peu à peu, il se révèle comme l'homme le plus juste et le plus tendre. Son amour silencieux, protecteur et désintéressé, fait de lui une figure profondément humaine, presque fraternelle. Raymon de Ramière, séducteur mondain, incarne la légèreté et l'égoïsme des hommes qui jouent avec les sentiments des femmes sans mesurer les conséquences de leurs actes. Il fascine autant qu'il irrite : son inconséquence le rend séduisant mais aussi dangereux. À travers ces trois hommes, George Sand dresse une cartographie des rapports de pouvoir : autorité brutale (Delmare), protection bienveillante (Ralph), séduction trompeuse (Raymon). Face à eux, Indiana cherche désespérément à exister, à aimer et à être aimée.
Raymon, au centre du roman, lie entre elles trois figures féminines que tout semble opposer, mais que la société relie par une hiérarchie implicite de classe et de couleur. Noun, la servante créole, est la première victime de son désir. Amoureuse sincère, elle croit à la promesse d'un amour impossible. Son suicide, tragique et bouleversant, symbolise l'injustice faite aux femmes colonisées, séduites puis abandonnées par les hommes blancs. Même disparue, Noun hante le récit, son ombre plane sur Indiana, comme le rappel d'une blessure sociale et raciale. Indiana, la créole bourgeoise, occupe une position intermédiaire. Ni totalement reconnue ni totalement rejetée, elle est perçue comme une étrangère dans la société française. À travers elle, George Sand explore la condition féminine et coloniale : Indiana est enfermée dans un mariage d'autorité et dans un système où la femme créole est tolérée, mais jamais pleinement acceptée. La phrase "Ce n'était pas de gloire, mais de bonheur qu'elle était avide" (p. 150) résume sa quête : Indiana veut simplement aimer librement, au-delà des conventions.
La scène de l'accident de chasse (p. 163) m'a profondément marquée. J'ai suivi avec émotion la métamorphose d'Indiana : d'abord douce, fragile, presque éthérée, elle devient cavalière intrépide, affrontant le danger avec un courage inattendu. Cette scène m'a bouleversée : je ressentais l'adrénaline, la beauté sauvage du moment, la liberté soudaine de cette femme que l'on croyait soumise. Et puis, brutalement, la peur de sa mort m'a glacée. Quelle cruauté ! Ce passage symbolise à mes yeux la lutte intérieure d'Indiana : le désir de vivre, de s'affranchir, de maîtriser sa propre destinée - un geste d'émancipation dans un monde d'hommes. Mais ce moment de liberté provoque aussi le rejet de Raymon. Au lieu d'admirer son courage, il la juge. Il ne supporte pas qu'une femme monte à cheval avec autant d'assurance. Sa virilité se sent menacée par cette indépendance. Ce rejet m'a frappée : il révèle l'hypocrisie du séducteur, prêt à admirer la beauté fragile d'Indiana, mais incapable de tolérer sa force. Ainsi, même lorsqu'elle ose vivre pleinement, Indiana reste prisonnière du regard masculin. Enfin, Laure de Nangy, française, blanche et riche, représente l'autre extrémité du spectre. Elle incarne la femme que la société valorise : froide, rationnelle, lucide, elle maîtrise ses émotions et agit toujours selon la raison. Raymon l'épouse pour son rang et sa fortune, elle devient pour lui un symbole social plus qu'un être aimé. Mais Laure n'est pas qu'un simple archétype. Elle est aussi la seule femme à comprendre les règles du jeu. Là où Indiana rêve, Laure calcule ; là où Noun aime, Laure se protège. Elle incarne la femme intégrée à l'ordre bourgeois, consciente de sa force et de sa place. C'est sans doute pour cela que George Sand la rend moins attachante : elle n'est pas victime, mais stratège. Elle domine le monde par la raison, là où les deux autres femmes le subissent par le cœur. À travers ces trois femmes, George Sand révèle une hiérarchie raciale, sociale et symbolique. La Française blanche domine par raison et par statut ; la créole bourgeoise est tolérée mais perçue comme "autre", à civiliser, la créole servante est effacée, niée, réduite à son désir. Raymon incarne cette logique coloniale et masculine : il désire Noun mais la méprise, séduit Indiana sans la comprendre, et épouse Laure pour sa fortune.
Lire Indiana m'a donné envie de relire, de décortiquer et d'écrire mes impressions. J'ai compris que je pouvais m'approprier le texte et le rendre mien. Pour moi, c'est là le génie de la littérature : elle permet de comprendre les hommes, les femmes, et la complexité des relations humaines. Je pense qu'il n'y a que la littérature pour que les hommes comprennent les femmes.

Nathalie
Trois hommes sont amoureux d'Indiana. La femme est une personne entière et non un fantasme masculin.
Françoise H
J'ai beaucoup pesté contre ce livre que je trouvais théâtral et suranné.
C'est un livre à cheval sur le 18e siècle, avec l'amour rêvé et l'idée du paradis perdu, et le 19e siècle par sa critique sociale (cf. la description de l'honnête homme p.132).
C'est un livre qui peut nous parler aujourd'hui car on est sur le chemin de l'émancipation féminine. Le regard du narrateur sur Indiana est contemporain.
Finalement, j'ai eu beaucoup de plaisir à le lire.
Je l'ouvre à moitié. Je l'ai trouvé trop répétitif avec des scènes montées sur ressort.
Anne-Marie(avis transmis)
J'ai été surprise par ce livre que je ne m'attendais pas à trouver intéressant. Pour moi George Sand était surtout appréciée pour ses romans champêtres (La mare au diable, etc.) qui sont d'ailleurs excellents.
Indiana sent quand même son époque, et le qualificatif de pamphlet anti-mariage me paraît bien excessif. Indiana, en effet, héroïne pure, chaste et craintive, ne semble pas se révolter beaucoup contre son sort, alors que son mari la frappe en plus de ne pas lui apporter la moindre étincelle de bienveillance. Elle ne sort de la tutelle de son mari que pour envisager d'être l'esclave amoureuse d'un gandin. Elle est certes courageuse et stoïque, mais se fait manipuler de façon consternante par le beau et habile Raymon, qui manie avec elle le chaud et froid à l'infini, pour finir par la jeter à la rue sans cérémonie. Chacun des personnages est outré, le mari vieux grognard ombrageux violent et misogyne, l'héroïne martyre qui s'évanouit tout le temps, et aussi Ralph qui se replie sur lui-même après une enfance malheureuse et n'ose avouer son amour. Bref, tout cela fait une démonstration un peu lourde.
Les moments intéressants sont ceux où George Sand développe le cheminement de la pensée d'Indiana et de Raymon, le jeu subtil de l'amour et du pouvoir entre eux, jeu dont Raymon sort bien entendu vainqueur, lui à qui rien n'a résisté dans sa vie choyée et qui s'exalte tout seul de son éloquence au point de se croire parfois réellement amoureux. 
La fin du livre avec la découverte du secret de Ralph est surréaliste. On nage en plein conte, et leur idée de mourir ensemble paraît absurdement dramatique et incompréhensible, puisque plus rien ne s'oppose à leur relation.
Le style du livre est aussi trop cérémonieux et lourd. Bref on est loin du talent des écrivaines britanniques de la même époque.
J'ouvre à moitié car la peinture sociale et psychologique est tout de même intéressante.
David(avis transmis)
La lecture d'Indiana a provoqué chez moi un plaisir de madeleine. Impression d'être replongé à l'adolescence où les histoires à rebondissements, mêlant tragique et passion, avaient le don d'enflammer mon cœur de midinet. Tout cela est-il bien raisonnable, se dit aussi le vieux barbon ? Qu'est-ce que cette littérature a d'intéressant aujourd'hui, sinon nous faire comprendre que l'univers des humains - et notoirement des femmes - était auparavant clos, replié dans un espace-temps dont on ne s'échappait pas ? Indiana se bat courageusement dans le carcan des us de l'époque, de la prison maritale, mais George Sand ne se permet pas - le pourrait-elle ? - la critique frontale. Son héroïne - et son autrice - restent assujetties à la condition féminine de l'époque et si la langue couve les ferments de révolte et de frustration, celle-ci n'explose pas comme Nora dans Une maison de poupée d'Ibsen par exemple.
Ma lecture est donc partagée, car si j'aime la révolte, je la sens ici étouffée dans l'œuf et cet œuf c'est G. Sand elle-même qui l'a pondu.
Je réalise que ceci est un peu lapidaire et injuste, tant le contexte de l'époque faisait qu'exprimer une vérité féministe était en soi un acte de bravoure.
J'ai quand même du mal à me passionner pour cette forme littéraire, circonvolution subtile sur les affects, les ressentis qui aboutissent à la conclusion que les hommes étaient - sont encore - parfois des séducteurs pervers des âmes innocentes.
J'ai besoin sur ces sujets comme d'autres à la frontière du politique et du littéraire, d'un style plus à l'os, moins romantique et plus radical. Disons pour faire court que Despentes me parle plus que Sand.
J'ouvre à moitié.


AUTOUR DU LIVRE

LE ROMAN EST TRIPLEMENT ADAPTÉ

•pour la radio : Indiana, Petit Théâtre de nuit de Géraldine Gérard, France Culture, avec Édith Loria dans le rôle d'Indiana, Toto Bisainthe dans celui de Noun, 20 octobre 1970, 43 min

•en BD : Indiana, Catel et Claire Bouilhac, Dargaud, 2023. L'adaptation du roman est précédée par un prologue en 4 pages et 15 vignettes concernant la publication du roman, où on voit George Sand et Jules Sandeau. Voir quelques images du récit d'Indiana ›ici

•pour la télévision en 1966 : Indiana, réalisé par Edmond Tyborowski, avec Clotilde Joano (Indiana), Paul Guers (Raymon), Marpessa Dawn (Noun), diffusé à l'ORTF 5 juillet 1966. Cette adaptation fait partie d'un ensemble de productions télévisées consacrées à George Sand (avec La Mare au diable, La Ville Noire, Mauprat, Les Beaux messieurs de bois doré : plus de 13 heures de contenu autour de George Sand sur le site de l'INA...). Pour voir Indiana : ina.fr, 83 min. Nous l'avons visionné la veille de notre séance...

ON TROUVE LE ROMAN en ligne et dans de nombreuses éditions

Indiana est accessible en ligne :
à lire sur ›wikisource, avec les illustrations de Tony Johannot - "le roi de l'illustration", disait de lui Théophile Gautier - et Maurice Sand, le fils de George (éd. Hetzel, 1861)
à écouter en plus de 9h sur ›youtube.

Indiana figure dans des éditions comportant d'autres romans, Pléiade, Les Éditions d'Aujourd'hui, Omnibus ou Honoré Champion :
      

Outre l'édition la plus récente en Folio classique, on trouve le livre en édition Hugo classique et Classiques Garnier, Hachette/BNF, Paléo :
       

La diversité des couvertures montre les nombreuses rééditions, avec certaines images fortes... :
   

George SAND

Chronologie de George Sand
- Le Folio classique dans lequel la plupart d'entre nous ont lu Indiana comporte une biographie fournie.
- Plus détaillée, tu meurs..., 18 pages de Pierre Salomon, extraites de Indiana, Classiques Garnier, 2018.

En images, son parcours
- L
'émission d'1h30 de Secrets d'histoire que Stéphane Bern a consacrée en 2016 à George Sand est vraiment passionnante : accessible sur apple tv ›ici.
- Autre format en 2 min 16 sur ›France tv culture.
- George Sand fait partie de L'armée des romantiques sur Arte : 4 épisodes remarquables, dont les héros sont des peintres et des écrivains ; voici ›sa première apparition.
- Une série télévisée franco-belge par Rodolphe Tissot La Rebelle : les Aventures de la jeune George Sand : quatre épisodes en avril 2025 sur France 2.

En images, sa maison
- P
our qui n'a jamais visité la maison à Nohant, une visite en 2024 par l'émission culturelle de France 3 Centre Val de Loire, comme entre copines, 8 min, sur youtube.
- L
'ancien groupe Voix au chapitre se retrouve quai Saint-Michel pour échanger sur Indiana. Or George Sand vécut quelques numéros plus loin. Voici ›ce qu'elle dit du quai Saint-Michel...


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


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