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Quatrième de couverture :
"Je ne crois pas à la race. Je crois quil y a des gens
prêts à me descendre, me pendre, me rouler, me faire obstacle
[
] à cause de ma peau noire, de mes cheveux frisés,
de mon nez épaté et de mes ancêtres esclaves. Mais
cest ainsi." "Relire aujourdhui ce roman de Percival Everett paru en 2001 montre la force et le pouvoir visionnaire de son uvre." The New York Times
Quatrième de couverture :
Thelonious Monk Ellison, romancier noir américain
que la réussite n'a cessé de fuir, se voit un jour reprocher
de ne pas écrire dans un style "assez black". Révolté
par l'audience phénoménale d'un roman médiocre consacré
à la réalité des ghettos, il en rédige, sous
pseudonyme, une parodie incisive et vengeresse qu'il soumet par défi
à un éditeur. Le succès est aussi fracassant qu'immédiat.
Mais ce jeu schizophrène reste sans effet sur la vie du "vrai"
Monk au moment d'affronter les tragédies personnelles et les crises
familiales qui bouleversent son improbable existence d'artiste... Professeur de littérature à la Southern California University, Percival Everett est écrivain, poète et peintre. En France, tous ses romans sont publiés par Actes Sud. Effacement a été porté à l'écran sous le titre d'American Fiction (prix du public du Festival international du film de Toronto 2023) par Cord Jefferson. Première édition :
Commentaire de la couverture par une universitaire : "Celle de lédition originale dErasure montre la photographie en noir et blanc dun enfant noir pointant une arme à feu sur sa tempe. Un insert reprenant un fragment de la photographie avec un cadrage différent et en couleur sépia sinscrit à lintérieur à la fois comme emboîté et comme en surimpression. Cela crée une indécision : sagit-il dimages darchives ? Dun album de famille ? Sopère ainsi un détournement de limage du jeune noir, Black Boy, associée aux images démeutes, de violences urbaines, de ghetto, ou dun possible cliché pris dans lenfance de lauteur (fictif ?) en une mise en scène de leffacement de soi. Une croix rouge sinscrit sur le nom "percival everett" placé sous le titre "erasure" : si lon sait que Percival Everett partage avec les théoriciens du postcolonialisme, Homi K. Bhabha et Gayatri Chakravorty Spivak, des références communes à la French Theory, ce substantif peut évoquer la "différance" de Derrida, que lon ne peut dire "originaire" que "sous rature". La croix rature donc un nom dauteur, lui-même placé "sous" "erasure", "under erasure", "sous rature". (Yolaine Parisot, "Scénographies postcoloniales dauteurs : Percival Everett, Erasure, 2001 et Gary Victor, Banal oubli, 2008" in Postures postcoloniales : domaines africains et antillais, dir. Anthony Mangeon, 2012, p. 285-309) |
Percival Everett (né en 1956)
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|||||||||||||||||||
| Des
infos en bas de page autour du livre :
Repères
biographiques uvres traduites en France Radio, vidéo, articles, livres Le film La traductrice |
(ATMOSPHÈRE CANICULAIRE ET BRUYANTE)
Claire
Incroyable ce soir, on a une majorité de mecs !
Thomas
La majorité ? On voit que tu n'as pas fait Math Sup !
Rozenn
(avis
transmis)
J'aurais bien aimé pouvoir vous entendre et en discuter, mais la
canicule a bouleversé les emplois du temps. Je ferai mieux l'année
prochaine, vous me manquez !
J'ai un avis partagé.
J'ai beaucoup apprécié tout ce qui concerne le racisme :
le fait de se retrouver renvoyé à une race, qui correspondrait
à une place sociale, quand on se sent ailleurs, avec une identité
multiple.
J'ai apprécié au fil de la lecture les ruptures de ton et
de genres : la communication au colloque est savoureuse, le pastiche de
roman qu'il faut ensuite assumer.
Les rapports dans la famille, chacun des personnages. Les rebondissements.
Et surtout la distance tout au long.
Alors pourquoi est-ce que je ne marche pas complètement ? Il me
semble que le tout est un peu heurté : un exercice très
réussi, mais qui resterait un exercice, une suite de consignes.
J'ouvre quand même presque en grand, disons au trois-quart, mais
j'aurais pu changer d'avis.
Katell
(avis
transmis)
"On nous dit de ne pas
prendre le sujet d'une déclaration comme synonyme de l'auteur de
sa formulation, ni en termes de substance, ni de fonction."
Si Effacement n'est pas un livre pour le groupe lecture, alors
aucun autre livre ne l'est...
Un des meilleurs romans que j'aie lus cette année : intelligent,
fin, sarcastique, humain, humoristique. Un livre qui rappelle que la littérature
est un espace de jeu, de masque, de distance.
J'ai adoré tous les niveaux de langue : le récit, le pastiche,
la communication universitaire, les idées de romans avec Rothko,
Wittgenstein, Resnais, Klee, Kollwitz, Hitler..., la pêche à
la mouche, le travail du bois. Percival Everett est un virtuose : tout
s'imbrique et s'harmonise avec une évidence incroyable.
C'est un roman qui se suffit à lui-même. Je me demande ce
que ça donne en film ? Car il est essentiellement littéraire,
la quintessence de la littérature. Probablement le scénario
ne retient que le récit
Le seul point qui m'a troublée : le meurtre de Lisa, traité
comme un événement périphérique. Un trou,
un effacement...
J'ouvre en grand et j'ai hâte d'en lire d'autres de Percival Everett.
Etienne
(avis
transmis de Rennes)
Malheureusement encore une fois non présent avec vous mais voici
mon avis. J'essaierai d'être plus présent l'année
prochaine mais j'avoue être plus sélectif dans mes choix
de lectures et faire l'impasse sur un titre ne m'inspirant pas ayant moins
de temps pour lire depuis 2-3 ans.
Bonne soirée
Ai-je été le seul à avoir eu l'impression malaisante
d'être pris au piège par ce livre ? Que Percival Everett
a joué au troll avec moi ? M. Everett est manifestement
quelqu'un de très érudit qui sait très bien jouer
avec tous les codes du roman, mais quel était véritablement
le projet de ce roman ? Une méditation sur l'identité, l'essentialisation
? Peut-être, mais je n'ai pas cru une seule seconde qu'il croyait
lui-même à cette histoire, c'est surtout une énorme
farce. Je résume : c'est donc l'histoire d'un romancier afro-américain
spécialiste de littérature moderne occidentale dans le creux
de la vague qui, en prenant un pseudonyme, va pasticher un roman "authentique"
de l'expérience afro-américaine et rencontrer un succès
qui le débordera alors qu'il pensait avoir écrit un navet.
Dans un effet de poupée russe, le tout est écrit par un
romancier afro-américain dans un style caricatural post-moderne
avec des clins d'il et des références appuyées
(voire lourdingues) à une culture élitiste européenne
(franchement, c'était d'un risible les dialogues de Rothko, Wittgenstein
et Alain Resnais
). Bref une impression de bingo de roman houellebecquien
: l'anesthésie affective du narrateur, la tonalité quasi
nihiliste de la prose, la misère sexuelle, l'humour désabusé,
le vernis philosophico-culturel.
Si l'idée était de faire une construction à la Borges
du type tel-est-pris-qui-croyait-prendre ou regardez-comme-ils-sont-sots-ces-critiques-américain-hahaha-alors-que-nous-européens-nous-avons-la-Culture-oh-mais-attendez-il-est-peut-être-en-train-de-se-moquer-de-nous-également-olala-c'est-vertigineux
et bien on peut dire que c'est réussi, mais pour moi ça
reste juste un exercice de style.
Si par contre il écrit premier degré, je suis désolé,
mon QI d'huître m'a fait passer complètement à côté
de l'uvre, je n'ai pas compris ce qu'il a voulu dire. Je lis qu'Effacement
est un livre "diablement intelligent" sur l'identité
afro-américaine mais, navré, je n'en ressors avec aucun
début de commencement d'élément de réflexion,
c'est plat et froid. La lecture de Fuck m'a été aussi
pénible que celle du livre globalement. Des thèmes sont
posés là (le deuil du père, de la sur, l'homosexualité
du frère, la démence de la mère), mais sont-ils seulement
explorés ? Je lis aussi qu'Everett fait un travail remarquable
sur la langue. Ces espèces de petits paragraphes avec de temps
en temps des citations en latin ?
Je l'ouvre donc à 1/4 ; si le capital culturel de ce livre l'inscrit
d'emblée dans la catégorie "pour le groupe", il
m'a cependant profondément déçu par sa vacuité,
probablement que j'en attendais beaucoup plus.
Odile
(avis
transmis de Dijon)
Ce livre démarre au galop avec le portrait compact du narrateur,
physique, puis familial pour aboutir sur le sujet central du livre à
la page 2 : que doit écrire un Noir pour que ça soit apprécié
par le monde littéraire et les lecteurs qui semblent n'attendre
que des récits de rudes travaux dans des plantations ou de vies
de bagarres et d'obscénités ?
De la page 100 et jusqu'à la page 185, un quart du roman, il nous
démontre par la parodie ce qu'on attend de l'écrivain noir
- un récit censé être autobiographique, grossier,
mal poli, d'un être borné et frustre qui va de mal en pis.
Le succès de ce livre l'amène au désespoir.
Le livre est tout morcelé : les drames des relations familiales
coexistent avec les passages théoriques ou le plaisir de la pêche
ou les mésaventures du menuisier amateur. Et il y a beaucoup d'humour.
Comme dans James
il met en scène un Noir cultive et conscient de ce qu'attendent
de lui les Blancs, qui se prête au jeu. James, dans la plantation,
suivait (ou donnait, je ne me souviens plus) des cours de linguistique
aux jeunes Noirs pour parler aux Blancs de la manière que ceux-ci
attendent.
Pour moi, Percival Everett est un brillant polémiste, un écrivain
plein de finesse aussi et qui y va carrément. Le passage Fuck,
roman dans le roman, est affreux, mais il y va ! Ça n'a pas dû
être facile à écrire.
Il termine le livre par "Hypotheses
non fingo" (je n'avance pas d'hypothèses),
une expression employée par Newton et qui semble vouloir dire qu'il
ne veut pas déduire quelque chose de toute cette histoire qui aboutit
au couronnement de la parodie du "livre noir authentique"...
Phrase retenue : "Mon
suicide ne serait pas un geste de rage et de désespoir, mais seulement
de désespoir, et ma sensibilité artistique ne le supportait
pas."
Ouvert en grand.
Catherine
(avis
transmis)
Pas tout à fait fini Effacement, il me reste 40 pages. J'ai
déjà lu un roman de Percival Everett, James.
Il s'agit, en gros, de Huckleberry Finn revisité, raconté
selon le point de vue de l'esclave, Jim. J'avais assez aimé ce
livre, surtout le jeu sur le langage. Ça m'avait donné envie
d'en lire d'autres, en particulier celui-ci, Effacement, car j'ai
aimé le pitch du roman, un écrivain noir au succès
confidentiel, car on attend de lui qu'il écrive des romans "de
Noir", et qui finit par écrire une parodie, intitulée
Fuck, saluée immédiatement comme un chef-d'uvre.
J'ai aimé là aussi le jeu sur la langue, Fuck étant
écrit dans le dialecte des Blacks que l'auteur n'utilise évidemment
pas.
Ça met en lumière un racisme latent dont les Blancs ne sont
pas réellement conscients. Un auteur noir ne peut pas écrire
sur Eschyle, il est nécessairement réduit à des stéréotypes
raciaux, il doit parler du "peuple noir", du ghetto, les personnages
doivent être nécessairement révoltés, pauvres,
délinquants
J'ai trouvé cette démonstration
convaincante.
Sur ce fond, se greffe la description de la famille du narrateur, une
famille noire aisée, éduquée, appartenant à
la bourgeoisie. Les relations familiales sont compliquées, entre
les parents, les frères et sur, il y a des secrets, des non-dits,
le frère gay, la liaison du père. J'ai bien accroché.
Le personnage le moins attachant (pour moi) est d'ailleurs le narrateur,
très autocentré, assez condescendant.
J'ai aimé l'humour très présent, j'ai souvent souri,
avec le jeu télévisé, l'entrevue avec le producteur,
le dialogue entre Rauschenberg et Kooning ou Wilde et Joyce par exemple.
Il y a quand même des longueurs, j'ai trouvé ça long
à démarrer, la satire du milieu littéraire m'a modérément
intéressée, les digressions sur la pêche ou le travail
du bois bof, Ma Pataulogie ça m'a paru un peu long, surtout
qu'on a déjà eu droit à des passages de Not' vie
dans le ghetto. C'est vrai que c'est assez proche de Bois
Sauvage qu'on a lu récemment.
Donc mon intérêt a été inégal. J'ai
d'ailleurs trouvé que le film
qui a bien transmis l'idée et l'esprit du bouquin était
au final plus ramassé et plus percutant, et j'ai nettement préféré
la (les fins) du film à celle du livre.
Donc je suis un peu mitigée au final, j'ouvre à moitié.
Contente de l'avoir lu néanmoins.
J'allais oublier la phrase : "Ce
roman, finement travaillé, présente des passages très
élaborés, une langue riche et un jeu subtil sur l'intrigue,
mais on a peine à comprendre ce que cette réécriture
des Perses d'Eschyle a à voir avec l'expérience afro-américaine."
Danièle
(avis
transmis)
Livre déconcertant, éclaté, tant dans l'ordre chronologique
que dans les thèmes abordés. L'auteur pratique la dérision
et surtout l'autodérision, mais on ne sait pas toujours à
quel moment ! Manifestement, il critique l'enflure du discours dans les
élucubrations linguistiques, particulièrement de l'époque
structuraliste, ou de toute entreprise philosophique, mais en même
temps il pousse au plaisir jouissif d'un plaisir intellectuel, qui sera
sans doute plus ou moins partagé par les différents lecteurs.
Au lecteur d'accepter ce jeu, que j'ai plutôt aimé.
Les incipits des différents chapitres ont leur importance dans
la réflexion de l'auteur. Ils sont presque tous construits de la
même manière : deux personnages célèbres de
l'histoire, de l'histoire de l'art, de la philosophie, de la politique
,
entament un dialogue sur des sujets très différents. Mais
dans la réalité, ces personnages ne peuvent pas s'être
connus car ils ne sont pas tout à fait de la même époque.
Où l'on voit l'universalité de la pensée et des thèmes
qui traversent l'histoire ! De même, il a plusieurs hobbies, la
pêche, le travail du bois..., qui sont pour lui l'occasion de comparaison
avec les activités intellectuelles, et qui apparaissent en contrepoint
dans le roman, comme un élément essentiel de sa vie et de
sa réflexion sur l'art : "Je
me demandais pourquoi je travaillais le bois. Mon instinct d'écrivain
me poussait à remettre en question les formes et en même
temps à les affirmer, selon une ironie difficile à formuler,
encore plus à justifier."
"Selon certains
membres de la société dans laquelle je vis, que l'on dit
être noirs, je ne suis pas assez noir, d'autres que l'on dit blancs,
[
], me tiennent le même discours." Nous sommes
ce que les autres attendent de nous en fonction de nos origines ! Thème
souvent traité dans la littérature, aussi concernant les
Juifs. C'est l'idée principale du roman, et quand le narrateur
veut traiter ce thème avec humour, provocation et dérision,
en écrivant une parodie la plus stéréotypée
et la plus nulle qui soit, il n'est pas compris et ajoute au consensus
ambiant. On ne s'en sort pas !!! Cette question traverse le roman, souvent
discrètement, en creux "Je
me sentais si bête d'avoir catalogué cette femme aux ongles
bleus, de l'avoir cru bête et fade, ce qu'elle n'était nullement,
c'était moi l'imbécile". À transposer,
évidemment. Mais au moins il reconnaît son erreur !
Mais surtout, il a une vie si riche en occupations et réflexions
de toutes sortes qu'il ne peut être résumé par sa
race. Cela ressort dans tout le roman.
La question raciale est donc abordée de plusieurs manières,
et s'ajoute à son histoire familiale, traitée avec une grande
sensibilité : le conflit entre frères et surs, la
préférence des parents pour l'un d'entre eux, la maladie
Alzheimer de la mère, la fin de vie isolée ou en nouveau
couple.
Le titre "Effacement" prend tout son sens à la fin du
roman, et se fait l'écho des débats concernant l'art contemporain,
à partir de Magritte, en passant par Marcel Duchamp, pour savoir
ce qui constitue une uvre d'art, de même que l'uvre
parodique du narrateur peut constituer une uvre d'art également
: "Tu as vendu mon tableau
? - Non, j'ai effacé ton tableau, j'ai vendu mon effacement."
Comment, par ailleurs, ne pas penser à notre activité dans
le groupe lecture ? "J'ouvris
mon premier livre. En fait, je pris plaisir à le lire. Mais le
livre en lui-même était détestable".
J'ai souvent entendu cela dans notre groupe !!!
Le tout se dirige en une spirale infernale vers la fin du roman, très
impressionnante, prenant l'allure d'un cauchemar. L'uvre qui se
voulait une parodie, est prise au premier degré par le public et
les jurés. En lui décernant le premier prix, ils le ravalent
au stéréotype du Noir, auquel l'auteur veut justement échapper.
Il ne sait plus lequel des noms d'emprunt correspond le plus à
sa vraie personnalité.
J'ai aimé sur la fin cette montée en puissance douloureuse,
en opposition aux réflexions linguistiques et philosophiques très
théoriques qui jalonnent le texte, qui, elles, m'ont amusée.
J'ouvre aux 3/4 malgré les longueurs qui ont failli me faire abandonner
la lecture à la moitié du roman.
Richard
(avis
transmis)
J'ai lu ce livre en anglais - ou plutôt en argot noir américain
pour une grande partie ; j'avais souvent besoin d'un dictionnaire (exemples
: "pop a cap in my ass" et "get a nine"
= selon la version française du livre "se faire plomber
le cul" et "se dégoter un calibre 9").
Même sans l'argot, la langue des Noirs américains prend des
libertés avec la grammaire ("I be" et non "I
was", ajout d'un s en conjuguant un verbe au pluriel) - ce
qui doit rendre la traduction en français difficile...
L'idée d'inclure un roman à l'intérieur d'un autre
n'est sûrement pas nouvelle ; c'est vrai que c'est essentiel pour
la narration, mais présente un effet de répétition
que je trouve fatigant et je ne l'ai pas lu en entier.
Dans l'ensemble, le livre est un bon commentaire social, dépeignant
le lot des Noirs aux USA et illustrant bien le monde de l'édition
et son hypocrisie.
Au niveau des personnages, j'apprécie l'aspect du caractère
simple et authentique de Monk qui aime bien travailler le bois (par rapport
au monde des intellectuels).
Et la narration avance suffisamment pour maintenir l'intérêt
du lecteur.
C'est pour ces raisons que je l'ouvre à moitié et pas davantage.
Monique
(en
direct)
Cela n'a pas toujours été une lecture facile. C'est déroutant
mais brillant ! J'ai été séduite même si je
n'ai pas tout compris.
C'est une satire très américaine de ce qu'une majorité
du lectorat attend des écrits d'auteurs noirs.
La construction est surprenante avec par exemple des intermèdes
sur la menuiserie ou la pêche ou les curieux échanges entre
artistes ou écrivains connus dont l'intérêt m'a échappé
mais qui n'ont pas gêné ma lecture.
Au début, j'ai eu peur à la lecture de la conférence
carrément hermétique sur le nouveau roman que j'ai fini
par survoler en me disant que j'y reviendrai plus tard si nécessaire.
Une autre surprise a été la version in extenso de Ma
Pataulogie, parodie outrancière, saturée de clichés,
abusant du langage oral prêté au ghetto. Cette partie aurait
pu être abrégée, son intérêt est de nous
faire inconditionnellement partager l'incompréhension du narrateur
pour le triomphe que remporte cette uvre.
Au fur et à mesure du triomphe, Monk s'enfonce dans une forme de
dépossession de lui-même, un effacement de sa singularité.
En contrepoint, l'histoire du narrateur et de sa famille apporte un démenti
aux clichés sur la vie des noirs américains. Cette famille,
indépendamment de sa couleur de peau, traverse des difficultés
de la vie : le deuil, la maladie, les tensions familiales. Le narrateur
se montre subtil dans ses rapports aux autres. Il les accepte tels qu'ils
sont. C'est un homme cultivé, intelligent, qui sait prendre de
la distance par rapport aux événements, J'ai aimé
la finesse de ses réactions qui m'ont émue.
J'ai été sensible au cheminement de cet homme qui cherchait
à être intègre mais qui s'est laissé dériver
vers ce qu'il ne souhaitait pas.
J'ai apprécié la dérision sur les stéréotypes
racistes, la critique sur le milieu littéraire, sur les critiques
et les prix littéraires et la satire souvent drôle du milieu
de l'édition. J'ai aussi noté l'ambiguïté du
rôle de l'argent. C'est grinçant et souvent subtil. C'est
ce que j'aime !
Quelques passages à noter :
- le show d'Oprah Winfrey qui véhicule les mêmes stéréotypes
raciaux que les blancs
- le jeu télévisé très drôle car exagéré
à dessein.
L'étendue de la culture, l'intelligence et l'humour de l'auteur
m'ont charmée.
C'est un roman original et stimulant qui interpelle et pousse à
réfléchir aux questions d'identité, de couleur, de
littérature et à se méfier des stéréotypes
et idées préconçues.
J'ouvre en grand.
La phrase
marquante : "Ce roman,
finement travaillé, présente des personnages très
élaborés, une langue riche et un jeu subtil sur l'intrigue,
mais on a peine à comprendre ce que cette réécriture
des Perses a à voir avec l'expérience afro-américaine."
Jacqueline![]()
J'ai eu beaucoup de sympathie pour ce personnage d'écrivain décalé,
qui cherche sa place entre ses ambitions, sa maladresse à communiquer
et les différentes contraintes sociales avec lesquelles il compose
J'avais noté la manière recherchée dont il exprimait
ses tourments, à propos d'argent "Je
songeai aussi au relatif confort matériel qui m'étais soudain
échu, me libérant un moment de l'obligation d'enseigner.
C'était appréciable dans la mesure où je ne pouvais
vraiment pas me résoudre à accepter d'être exploité
par l'American University pour donner des cours d'histoire littéraire
à des gamins qui se fichaient pas mal de Melville, Twain ou Hurston".
Sûr qu'il est loin des gamins dont il parle ! Ni Pennac, ni Bégaudeau
! Et je ne saurais blâmer son point de vue
Par contre, au
programme deux écrivains très connus, et Hurston ? J'ai
cherché : c'est en fait une romancière noire, Zora
Neale Hurston (1891-1960) qui serait aussi importante. Peter Bagge
a fait sur elle une BD, Fire.
J'ai adoré les dialogues que notre écrivain imagine entre
personnalités célèbres. Et aussi les courtes parenthèses
sur le travail du bois ou la pêche à la truite
(clin
d'il à Hemingway ?)
J'ai aimé les évocations de souvenirs du narrateur : un
vrai roman et ça aide à comprendre qu'il ne trouve nulle
part sa place. À un moment, il cite son père : "Bien
sûr, il serait regrettable de vivre trop vieux. Cela n'amène
rien de bon. On ne devrait pas prendre l'habitude de vivre"
et j'ai apprécié
J'ai adoré les dialogues et l'ironie désabusée qui
s'en dégage
particulièrement ceux avec le frère,
mais aussi avec les autres
J'ai aimé toutes ces situations de couples bancales et le regard
sur la fin de vie de la mère
Moi qui ne connais les États-Unis que par la littérature,
j'ai dû chercher ce qu'était "la
Reconstruction" et retrouver sous ce mot une période historique
et la situation ambiguë des Noirs dans le sud, ce qui m'avait plu
dans le beau livre de Gaines Dites-leur
que je suis un homme que nous avions lu.
La question des différences de langage entre communautés
est au cur de ce livre. Elle s'était déjà posée
dans le groupe autour du roman de Jesmyn Ward Bois
sauvage (auquel, je continue de faire crédit de
son authenticité).
J'ai bien aimé la profession de foi du narrateur écrivain
: "Pour moi, écrire
ne relevait ni du témoignage, ni du geste de protestation sociale
(même si d'une certaine façon, écrire en relève
toujours) et je n'étais pas non plus porté par une prétendue
tradition orale."
J'ouvre au ¾ pour le plaisir que j'ai trouvé à le
lire (y compris la parodie de textes universitaires savants qui m'échappent
et que j'ai allègrement sautés). J'aurais pu l'ouvrir en
grand, mais d'apprendre que l'auteur avait cautionné le film me
pose question : cette sitcom classique m'a laissée de marbre avec
tous les clichés qu'elle véhicule. Rien de ce qui avait
pu me séduire dans le livre. À aucun moment, cela ne m'a
fait rire, contrairement au dernier film d'Almodovar Autofiction
qui traite un peu du même sujet (je l'ai vu dans une salle en voie
de disparition et, il est vrai, très bien climatisée, ce
qui a dû compter dans mon plaisir !). Bref, son titre American
fiction m'a paru tout à fait justifié
comme American
Darling et American
psycho lus dans le groupe, mais cela m'a laissée complètement
froide, je ferme
et me demande : Percival Everett ne céderait-il
pas, comme son héros, à la dure nécessité
pour l'écrivain de gagner sa vie ?
Brigitte
(à
l'écran)
Je ne connaissais pas cet auteur, comme je ne connais pas suffisamment
la littérature contemporaine américaine, à laquelle
il fait souvent allusion.
C'est un livre très intéressant, écrit par un auteur
très cultivé et talentueux.
Le narrateur nous fait profiter de sa compétence à écrire
des textes de styles extrêmement variés, depuis l'article
érudit destiné aux spécialistes les plus pointus,
jusqu'au roman le plus violent et vulgaire, en passant par la vie de sa
famille et la déchéance de sa mère, atteinte d'Alzheimer.
Son sujet est la manière dont le lectorat américain reçoit
la littérature afro-américaine. Comment son livre Pataulogie,
renommé Fuck, qu'il considère comme honteusement
mauvais et complaisant, rencontre un énorme succès, devient
un best-seller, et lui apporte un confort financier bienvenu.
J'ai bien aimé la rupture de son aventure avec Marylin, parce qu'elle
a aimé un livre sur "le ghetto" !
J'ai moins aimé la fin, qui est, tout compte fait, plutôt
banale.
Je n'ai pas vraiment compris comment le titre "Effacement" s'applique
à son best-seller ou à ses autres écrits (telle la
nouvelle sur Tom - très réussie), ou à la vie de
sa mère ou à tout ce qui a rapport avec lui (comme
le fait de gommer un écrit, jusqu'à ce qu'il ne reste que
des traces à peine visibles d'une quelconque écriture comme
il l'explique quelque part.)
On pourrait demander à Lahcen ce qu'il pense de la partie consacrée
au jury littéraire, dont le narrateur devient le lauréat.
Finalement, ce qui compte dans la vie, c'est de passer à la télé !!
J'ouvre aux 3/4.
Thomas![]()
Au début, j'étais réservé. Ces dernières
années j'avais lu un certain nombre de romans catégorisés
comme littérature afro-américaine : I
know why the caged bird sings de Maya Angelou, Beloved
de Toni Morrison, Underground
Railroad de Colson Whitehead... Et si certains m'avaient bien
plu, je n'avais pas forcément envie de me replonger, à ce
moment-là, dans une lecture de ce type. Alors quand l'auteur/narrateur
commence à expliquer qu'il en a marre que ses éditeurs ne
le trouvent pas "assez noir" et qu'il manifeste son droit à
parler d'autre chose que de sa condition d'homme noir, j'ai été
agréablement surpris, et j'étais prêt à ce
qu'il nous entraîne vers la Grèce antique ou d'autres horizons.
Puis, après un début que j'ai trouvé réussi,
j'ai cru qu'on arrivait enfin sur le thème principal du roman avec
l'assassinat de sa sur. Je m'attendais à une plongée
dans le monde des Américains anti-avortement, que j'imaginais grinçante
à souhait. Ça commençait un peu à me faire
penser à American
Pastoral de Philip Roth, avec la pêche et la menuiserie
à la place de la fabrique de gants. Hélas, si à la
fin du roman de Philip Roth j'étais à deux doigts (sans
mauvais jeux de mots) de me chercher une formation de gantier, à
aucun moment Everett ne m'a donné l'envie, ni de pêcher,
ni de fabriquer des tabourets !
De manière générale, tout est allé de mal
en pis. En particulier, j'ai assez peu aimé sa critique du livre
sur le ghetto, qu'il affirme détester alors qu'il n'en a lu que
quelques lignes à peine. Attitude qui me paraît déjà
assez peu constructive en soi, et qui m'a en plus donné l'impression
qu'il critiquait l'ensemble des uvres tentant de retranscrire ainsi
le langage de certains personnages. Or, si je peux tout à fait
comprendre qu'il soit horripilé par les préjugés
voulant que la population noire s'exprime ainsi, est-ce qu'on doit estimer
que Toni Morrison, pour ne citer qu'elle, écrirait mal, au motif
que certains de ses personnages s'expriment dans un vocabulaire de ce
type ? Bref, j'ai trouvé le narrateur très méprisant
et caricatural sur cet aspect-là, alors que pour le reste il m'était
plutôt sympathique.
Quant au reste de ce qui lui arrive... j'ai trouvé qu'il enchaînait
les archétypes modernes comme des perles : frère homosexuel,
mère perdant la mémoire, famille implosant, histoires d'amour
à 60 ans passés, sans même parler de cette demi-sur
qui arrive comme un cheveu sur la soupe et n'a rien d'original. S'il est
évidemment possible d'écrire de très belles choses
sur chacun de ces sujets (Giovanni's
Room de Baldwin sur l'homosexualité par exemple), j'ai
trouvé qu'il se contentait de les accumuler sans en tirer quelque
profondeur que ce soit. Au point que je me demande même s'il ne
voulait pas, là aussi, se faire la parodie d'une culture moderne
cherchant à "cocher le plus de cases possibles"... Dans
tous les cas, ce qui avait bien commencé se réduit à
une farce, plutôt agréable à lire, certes, mais dont
je ne retirerai pas grand-chose.
J'ouvre au quart, en retenant comme phrase "symbole" de ma déception
ce passage à la fin du livre où, se posant la question de
l'identité de son alter-ego Leigh : "What did it mean that
I could put those questions to myself? Of course, it meant nothing and
so, it meant everything" (Ne rien signifier et tout signifier
? En ce qui me concerne, j'en resterai à la première option
!)
Fanny![]()
Je me suis plongée avec un grand plaisir dans les premières
pages de ce livre.
J'ai particulièrement aimé la relation de Monk avec sa sur :
en quelques pages, l'auteur décrit cette relation complexe, faite
de respect, d'affection, mais aussi de rivalité et de jalousie.
Sur l'ensemble du roman, la construction est très originale :
l'auteur joue avec différents styles, différentes dimensions,
et plusieurs histoires qui s'entremêlent (Monk, sa famille, ses
écrits, les personnages de Fuck) ; mais j'ai eu l'impression
de lire un exercice de style : intéressant, parfois brillant, mais
parfois maladroit je trouve, dans sa construction.
Au début, Monk évoque sa thèse, c'est probablement
brillant et on ne doute pas de ses compétences intellectuelles.
Mais je dois dire que je n'ai rien compris, était-ce vraiment l'objet
de nous en présenter un passage aussi long ?
Suite, et là apothéose : il décide d'écrire
un très mauvais roman mal écrit avec un style plat, un vocabulaire
extrêmement limité et empli de clichés... à
mon sens l'objectif est atteint... : fallait-il vraiment nous l'imposer
pendant 80 pages ? Une petite dizaine aurait, je trouve, amplement suffi
à comprendre le concept et à le vivre en tant que lecteur.
Et vers la fin : rebelote, lecture à l'émission de télévision
; je trouve que nous intégrer à nouveau plusieurs pages
n'a aucun intérêt.
La relation avec sa mère, l'histoire du couple parental, le parcours
de son frère, sont intéressants, mais un peu noyés
dans l'ensemble du roman.
L'idée que Fuck soit sélectionné pour être
prix littéraire pour lequel Monk est juré donne un second
souffle au roman ; la réflexion éthique qui l'accompagne
sur la compromission de son art est intéressante et je trouve bien
amenée. La perte de repères, voire d'identité, par
Monk - peut-être en miroir avec la maladie de sa mère ? -
est aussi je trouve très intéressante. Mais sur les dernières
pages, je trouve que cela s'accélère trop vite, à
mon sens cela manque de cheminement, ce qui fait que je n'y ai pas totalement
cru.
J'ouvre 1/2.
Je retiens ce passage :
"DE KOONING : Tu y as mis ton nom.
RAUSCHENBERG : Et alors ? C'est mon uvre.
DE KOONING : Ton uvre ? T'as vu ce que tu as fait de mon tableau ?
RAUSCHENBERG : Beau boulot, hein ? Ça a été dur de
tout effacer. J'en ai encore mal au poignet. Je l'ai intitulé Dessin
effacé.
DE KOONING : Très fin.
RAUSCHENBERG : Je l'ai déjà vendu. Dix mille.
DE KOONING : Tu as vendu mon tableau ?
RAUSCHENBERG : Non, j'ai effacé ton tableau. J'ai vendu mon effacement."
Annick L
(à
l'écran depuis la Bretagne)
J'ai trouvé ce livre très original et passionnant.
Le sujet est ambitieux : dénoncer les représentations - pleines
de stéréotypes racistes et misérabilistes -
dans lesquelles tout écrivain issu de la communauté africaine-américaine
se retrouve enfermé quand il veut être publié et diffusé
aux USA. Mais cette dimension critique est mise en scène dans un
récit de fiction, autour de la figure de Thelonious "Monk"
Ellison, un auteur-universitaire qui cherche désespérément
à être reconnu pour son talent d'écrivain singulier.
Bien sûr, au début, le lecteur a du mal à suivre le
fil de la narration, tant la forme est hybride, pleine de collages en
tout genre : petits dialogues imaginaires et absurdes entre philosophes,
citations érudites, aller-retours dans l'histoire familiale entre
passé (marqué par la relation privilégiée
avec son père) et présent, trame étoffée par
des inserts de courriers échangés. C'est d'autant plus perturbant
que beaucoup de références culturelles nous échappent
Et le pire est atteint quand le narrateur nous livre un pastiche de "black
novel", une mise en abîme de 80 pages dont on se serait bien
passé !
Mais l'histoire se poursuit, on finit par s'attacher à cet anti-héros
incompris de tous, y compris de certains membres de sa famille et de ses
rares "ami.e.s". Car, dans sa quête de reconnaissance
identitaire, il est rejeté également par la communauté
noire qui le considère comme un intellectuel bourgeois arrogant.
J'ai été très touchée par ce qu'il nous livre,
par bribes, sur ses relations avec sa sur qu'il admirait - une femme
médecin assassinée par des fanatiques religieux -, sa mère,
atteinte d'une forme de dégénérescence sénile,
qu'il tente d'accompagner avec sensibilité, ou son frère
qui assume enfin son homosexualité avec agressivité. Cela
donne au personnage une profonde humanité.
Ce récit est, de plus, magistralement conduit jusqu'au retournement
final : c'est pourtant sa parodie de roman ethnique, conforme aux clichés
attendus, qui va lui permettre d'atteindre le succès public et
critique. Et on a droit à un grand numéro burlesque, avec
jury de pseudo-critiques, émissions de télé, etc.
Quelle plume ! Quant au véritable, à l'authentique Monk,
il se retrouve, cette fois, définitivement effacé au profit
de son double préfabriqué.
Mais ce qui m'a vraiment enchantée, malgré la surcharge
des références culturelles et le côté mélodramatique
de la situation, c'est le ton distancié, ironique du narrateur
qui n'est jamais dupe
je me suis laissé prendre à
ce jeu.
Peut-être que cette uvre lue dans le contexte de l'Amérique
de Trump a résonné de façon particulièrement
forte en moi, comme un contrepoint ?
J'ouvre en très grand.
Percutant : "La vérité,
la rude vérité, c'est que la race est un sujet auquel je
ne pense jamais (...) Je ne crois pas à la race. Je crois qu'il
y a des gens prêts à me descendre, me pendre, me rouler,
me faire obstacle, parce que eux croient à la race, à cause
de ma peau noire, de mes cheveux frisés, de mon nez épaté
et de mes ancêtres esclaves. Mais c'est ainsi."
Mégane
L'idée est très intéressante : le développement
du personnage principal en Noir pas assez noir, trop cultivé, pas
assez "du ghetto", s'exprimant correctement (voire avec recherche,
d'aucuns diraient pédanterie), écrivant sur des thématiques
"blanches", telles que les mythes grecs ou le nouveau roman.
L'envie du personnage de singer cette industrie du livre si prévisible,
fermée, commerciale et aux écrits médiocres ("qui
se laissent lire") est originale : malheureusement, peu de monde
a l'heur de comprendre sarcasme et second degré, d'autant moins
que ledit sarcasme se veut culturellement élitiste.
Cela étant, le personnage principal est tout bonnement insupportable,
pédant et détestable à souhait sous prétexte
qu'il a fait une licence à Harvard et que ses textes sont obscurs
au commun des mortels. Décidément, dans ce livre plutôt
profond, l'auteur singe l'élitisme qui singe la médiocrité.
Qu'est-ce que cela dit de l'auteur ? Il me faudrait lire d'autres romans
avant d'émettre un jugement définitif.
Le pathos familial du roman, bien que parfois pénible à
lire, ajoute une dimension humaine à ce pur esprit qu'est le personnage
principal et permet de le faire descendre de sa tour d'ivoire philosophico-pouetpouet
avant de devenir schizophrénie.
Claire
J'étais prête à m'enthousiasmer après les mimiques
pâmées de Françoise évoquant le livre, corroborées
par quelques commentaires passionnés de Renée.
J'ai beaucoup apprécié le livre objet : format mimi, joli
dans la main, rabats, numéros de chapitres originaux, paragraphes
aérés
Je n'ai compris bien après que les croix
innombrables renvoient à l'effacement.
J'ai trouvé le sujet du livre très intéressant, à
travers ce Noir qui veut déjouer les clichés et les assignations.
J'ai beaucoup apprécié le suspense relatif à sa famille
d'une part, et à l'histoire du roman fabriqué dans le monde
médiatique d'autre part. Tout ça m'a paru assez bien monté
et tressé.
J'ai trouvé certains moments rigolos, par exemple "Il
fut un temps où je cherchais toujours un sens profond à
tout, me prenant pour une sorte de détective herméneute,
mais à douze ans j'y mis un terme." ou dramatiques,
avec la scène au lit avec Marilyn où tout baigne jusqu'au
moment où est découvert le livre méprisable et donc
débandant.
J'ai bien aimé les sujets courts de nouvelles.
La situation avec l'éditeur est excellente et m'a rappelé,
aussi torve (ça se dit pas ?), celle de Boualem Sansal.
Malheureusement, j'ai parallèlement été EXASPÉRÉE
par les caricatures, le mépris et la prétention :
- par les comportements outranciers : par exemple l'échauffourée
au colloque, la caricature des jurés
- par le mépris du narrateur =>pour les auteurs des romans
qu'il exècre (et qu'il ne lit pas d'ailleurs) => pour les lecteurs
(la preuve, il quitte sa nana parce qu'elle lit UN roman méprisable)
=> et j'ajouterai le mépris pour le lecteur qui n'est pas à
même de comprendre l'analyse de S/Z
de Barthes en lien avec son sujet.
Je n'ai vu aucun second degré.
Je n'ai pas du tout aimé les passages en italiques, avec Rothko
ou entre Wilde et Joyce : j'ai trouvé ça prétentieux,
des jeux pour happy few et j'ai fini par les sauter. Les refrains sur
la menuiserie et la truite suscitaient mes bofs à répétition.
Et la fin m'a paru décevante.
Je n'ai pas aimé ces choix de composition (le tressage qui a plu
à certaines de toutes sortes d'écrits) et le comble pour
cet auteur supermodernepostmoderne, c'est le récit "traditionnel"
qui a fini par m'intéresser exclusivement. Et même dans cette
approche réduite, selon l'expression consacrée à
Voix au chapitre, "qu'a fait l'éditeur ?!" :
- pourquoi p. 272 y a-t-il un passage à la 3e personne sans
raison, complètement déplacé, quittant la 1ère
personne constante ?
- les va-et-vient avec l'enfance finissent par faire procédé,
p. 275 par exemple
- des détails paraissent inutiles : "Je
regardai le cheeseburger de Lisa avec insistance tandis qu'elle en retirait
les oignons pour les mettre de côté sur le bord de son assiette"
- une fois que j'ai vu de quoi il retournait pour le roman inclus,
j'ai entièrement sauté la suite : pourquoi conserver entièrement
cette daube aux yeux du narrateur de plus de 80 pages ? Je répète
: qu'a fait l'éditeur, le vrai ?
Mon exaspération redouble quand j'entends les avis béats
de cette gente assemblée ; je bouts en lisant, lors d'un flashback,
la discussion familiale sur Finnegans Wake de Joyce et les propos
du jeune Monk : "le
trait dominant du livre demeure son respect des normes narratives : son
principe d'accrétion, par le recours aux procédés
de la métaphore et du symbole." Accrétion !
Des claques !
Ensuite, j'ai lu "des choses" sur le roman et mon exaspération
a grandi en lisant les interprétations savantes qui rendaient clairs
l'analyse
de Barthes et les inserts. Cet auteur s'adresse en partie à
ses pairs, d'une élite.
J'ai ensuite écouté des interviews où l'auteur répète
la même chose (j'ai lu et entendu plusieurs fois que la "chose
la plus subversive que les gens puissent faire est de faire partie dun
club de lecture" : on se calme !). Exagèrerai-je
en disant que si Christine Angot a l'inceste comme fonds de commerce,
Everett a pour fonds de commerce le Noir inversant le cliché, savant
et se moquant des Blancs.
Everett a un master d'écriture créative et lui-même
a enseigné
la création littéraire : le montage du livre
finit par sentir un genre de fabrication à ficelles visibles (j'te
mets ça et puis ça et puis ça).
J'ouvre à moitié ce livre. Moitié ouvert pour le
récit et le sujet. Moitié fermé à cause de
l'irritation (la prétention, le mépris) et l'ennui (causé
par la prétention).
Une seule fois, j'ai lu une phrase de distance sur soi : "Ma
crise chez Mailyn relevait peut-être de la retraite stratégique
autant que d'un snobisme littéraire feignant la révolte"
(il faut attendre la p. 312, il n'en reste plus que 60...)
Et là-dessus arrive le film
! Le film est formidable, car il ôte tous les défauts. Et
la fin est brillantissime, à la John Fowles, trois fins différentes.
J'ouvre en grand le film !
Ah oui ! À propos du sujet central du livre, j'ai très vite
pensé à un livre lu il y a 20 ans que j'avais bien aimé,
Je suis noir et je n'aime pas
le manioc de Georges Kelman, écrivain de chez nous et d'origine
camerounaise, auteur d'une douzaine de livres et comme Everett titulaire
d'un master de littérature. Il cite dans ce livre cette
anecdote : "Alors, mon
brave, dit un ministre français à un émigré,
convalescent dans un hôpital de Bamako qu'il visite, toi content
repartir France regagner sous ! Toi faire quoi en France ?
- Je suis professeur de français à la Sorbonne, monsieur
le ministre."
Jérémy
(complètera
son avis un de ces jours)
Je n'avais jamais entendu parler de cet auteur. Moi aussi j'ai adoré
l'objet livre.
Tout de suite, j'ai été planté dans le livre comme
pour Indiana, en me disant ce livre est
pour moi.
J'ai aimé le ton. Distant. Sarcastique. Lucide sur lui-même.
Il ne se fait pas de cadeau.
Les affaires familiales ? De la jalousie mais beaucoup d'amour.
La phrase sur le cheeseburger montre la tension au quotidien.
Quant au roman de 80 pages, j'ai accroché, il était fait
pour moi, Blanc privilégié, montrant des Noirs stupides,
c'était pour moi. C'est bien rendu.
La menuiserie et la pêche, ça ne m'a pas gêné.
Il y a des passages drôles avec les prénoms : Fantaisie et
Mystère. Et le kiki à l'air.
J'ouvre aux ¾.
Jean![]()
Mettre un livre dans un livre, l'idée me semble géniale.
En feuilletant Effacement avant de le lire j'ai tout de suite vu
ce Fuck inséré au milieu du récit, mais je
ne pensais pas qu'il s'agissait d'une histoire entière. Je savais
en tout cas que ce roman dans le roman arriverait et j'ai dévoré
les premières pages pour y arriver.
La mort de la sur du héros m'a estomaqué, car je commençais
à m'attacher à cette médecin et à leur relation,
complexe mais touchante. La succession de petits paragraphes sur les activités
annexes de pêche ou de menuiserie de l'écrivain, ses souvenirs
d'enfance, les dialogues entre personnages célèbres, tout
cela m'a aussi plu au début, car j'avais le sentiment que ça
allait quelque part, que l'auteur tissait une histoire dont le motif final
serait harmonieux comme une toile d'araignée révélée
par la rosée. Je trouve malheureusement que le pari n'a pas été
tenu et, qu'après Fuck, le récit s'enlise.
Faire comprendre que le narrateur est quelqu'un de pédant
et imbu de sa science, cela pouvait se faire sans nous imposer une conférence
incompréhensible sur Barthes. Incapable de sauter des lignes quand
je lis - de peur de passer à côté d'un éclair
de génie - j'ai lu scrupuleusement ces pages horribles, mais personne
ne devrait avoir à lire ça avant de se coucher. En tout
cas c'est une méthode efficace pour montrer la pédanterie
de Monk. Qu'il refuse d'être ramené à sa prétendue
condition d'homme noir, cela me semble plus qu'entendable, et le personnage
est à cet égard bien construit, sans manichéisme.
On y croit. La critique d'une littérature noire qui devrait être
misérabiliste pour être bonne et authentique est intéressante.
J'ai pensé tout de suite à Bois sauvage
de Jesmyn Ward, qui ne m'avait pas particulièrement plu, en partie
à cause de ce pathos débordant, alors que j'ai adoré
des romans comme ceux de Toni Morrisson (Beloved
ou Home),
qui évitent cet écueil avec brio.
Fuck se lit facilement, même s'il est évident que
ce n'est qu'un exercice humoristico-littéraire et pas un vrai livre.
Aucune maison d'édition ne l'accepterait... N'en publier qu'un
extrait aurait pu maintenir l'illusion que Ma pataulogie puisse
en effet plaire à des éditeurs peu recommandables. En remettre
un extrait, plus loin dans le récit, était une punition
inutile. La fin du roman m'a d'ailleurs fortement déçu.
L'avalanche de citations latines ne sert strictement à rien. Les
histoires miniatures sont parfois intéressantes (comme celle du
jeu télévisée), mais l'absence de fil directeur entre
tous ces arcs narratifs se fait de plus en plus sentir. La découverte
de sa demi-sur ne m'a pas touché du tout, tout comme les
surgissements de son père décédé ou la plongée
de sa mère dans la folie. Trop d'histoires dans un livre qui est
déjà une histoire dans une histoire.
Malgré tout, j'ai lu Effacement d'une traite et il m'a étonné.
Manuel![]()
J'ai abordé ma lecture sans rien connaître de son auteur.
Je ne savais même pas qu'il était noir. À la page
10, j'ai été heurté que le narrateur, Monk, définisse
sa race à cause de sa couleur de peau : "je
suis noir ; c'est ma race". Est-ce que, finalement, le
narrateur ne serait pas complice du racisme qu'il souhaite dénoncer
?
Le narrateur constate (et c'est ce qui l'afflige) que les membres du milieu
intellectuel et littéraire auquel il croit appartenir l'assignent
à son origine, et qu'ils n'acceptent pas qu'il soit probablement
plus brillant. Il écrit une courte fiction qui se passe dans le
ghetto noir, avec tous les clichés possibles : une famille noire
misérable, avec un père devenu SDF, un gamin machiste qui
couche (et viole) avec tout ce qu'il peut et qui est poursuivi à
la fin pour être livré à la police, le tout assorti
de la transcription du langage parlé du ghetto
Au grand désespoir
du narrateur, le livre sera un succès critique et commercial. La
nouvelle occupe une centaine de pages : je ne l'ai pas trouvée
drôle, mais plutôt navrante.
Le narrateur fait étalage de sa culture à n'en plus finir.
Est-ce voulu pour faire du lecteur blanc une espèce de complice
de cette entreprise de dénigrement ?
Cet "arc narratif" m'a rappelé Americanah
de Chimamanda Ngozi Adichie, qui dénonce le racisme dissimulé
derrière sentiment de bienveillance nourri de clichés aux
États-Unis.
Le narrateur a une sur, Lisa, qui officie dans un hôpital
dont des intégristes occupent les abords. Dans un bar, Monk et
sa sur sont surveillés par un étrange individu
La sur est assassinée dès la page 72. Nous avions
deviné assez rapidement que cela se terminerait mal. J'aurais voulu
que ce récit soit plus développé : l'influence des
groupes intégristes chrétiens aux États-Unis, par
exemple. Est-ce voulu d'avoir placé les dialogues entre Hitler
et Eckart ? Ou entre Klee et Kollwitz : "Comment
se fait-il que les hommes sanguinaires soient si prudes ? Pourquoi tant
d'hostilité envers la sexualité et les images du corps ?"
C'est un mauvais coup du sort, car Lisa s'occupait de leur mère,
atteinte d'un début d'Alzheimer. La prise de conscience du fils
et la description de la maladie de sa mère m'ont perturbé.
Il n'y a aucun pathos : les faits sont livrés dans leur état
le plus brut, le plus clinique et c'est terrible.
Le narrateur a aussi un frère gay qui a fait son coming out. Soit,
mais là, je me suis dit que cela faisait beaucoup. Je pourrais
continuer avec une histoire d'amour du père, qui a eu une fille
et dont le narrateur va retrouver la trace, Lorraine la domestique qui
se marie, les réflexions sur la pêche, la menuiserie, la
critique du milieu littéraire, les dialogues imaginés, les
différentes typographies, un jeu télévisé
pas drôle et caricatural
n'en jetez plus.
Pour ma part, il y a bien trop "d'arcs narratif". Comme plusieurs
d'entre vous l'ont fait remarquer, les thèmes abordés ne
sont pas assez "développés". Les courts paragraphes
ne peuvent aider à appréhender les réflexions de
l'auteur et le thème du racisme est dilué. On a bien compris
dès la page 40 que le narrateur a le sentiment de se sentir exclu,
aussi bien avec sa famille : "Je
me sentis gêné, de trop, ce vieux sentiment familier de n'être
pas à ma place"
que lorsqu'il gagne son prix p. 371 : "Je
ne me sens pas à ma place en général".
Finalement, j'ai eu du mal à cerner le projet de l'auteur. J'ouvre
aux ¾.
Renée
(à
l'écran à Narbonne)
Je lavais lu en 2004. Javais gardé un souvenir vague,
mais jétais consciente que cétait un livre important
et un auteur à suivre. Récemment, à La
Grande Librairie, il présentait son dernier roman James.
Il a dit que "Lire est
lacte le plus subversif à notre époque, et le second
acte subversif est de faire partie dun club de lecture".
Nous nous devions donc de le programmer dans notre
club de lecture à Narbonne. Cependant, les critiques pensent
quEffacement est son meilleur roman. Allons donc pour Effacement.
Jai été emballée par ce roman. La construction
est fragmentaire et très originale : allers-retours entre le passé,
le présent, lécriture quil aime de par sa culture,
celle quon attend dun Noir, des idées de romans, des
notes sur la peinture ou la culture, la famille, etc. Jai beaucoup
aimé la conférence totalement absconse du début,
devant "la Société du nouveau roman", qui se réclame
dune écriture "postmoderne". Ce pastiche du S/Z
de Roland Barthes ma sérieusement donné envie de lire
loriginal.
Everett rappelle quaux USA la littérature française
est estimée, et que certains écrivains sont plus connus
en France quaux États-Unis, ce qui est pour eux un grand
honneur, un gage de qualité. Les dialogues entre Rothko et Motherwell
sont assez savoureux. Jai beaucoup aimé également
lhumour de toutes les anecdotes : celle du dessin de De Kooning
effacé par Rauschenberg, qui le signe et le vend Dessin effacé ;
celle du jeu télévisé où lon fonce le
visage du Noir (ça me semble vraisemblable). En revanche, il exagère
trop dans la différence de niveau entre les questions pour le Noir
et pour le Blanc.
La critique corrosive des milieux de lédition est formidable.
La dernière phrase également est épatante : "Hypotheses
non fingo". Quelle ouverture ! "Je
ne fais aucune hypothèse pour la suite" :
et donc nous pouvons imaginer n'importe quelle fin.
Certains lont trouvé pédant,
ça les a agacés. Je cherchais confusément une réponse,
mais cest Annick, à la fin de la séance, qui la
trouvée : Ellison est un raté, rien ne lui réussit,
et devant ses échecs il fait la seule chose quil sait faire
: briller intellectuellement auprès dun public restreint,
dans le genre de son père. Il écrit au début du roman
quil ne sest jamais senti "noir" ; en revanche,
il a été stigmatisé car il employait un langage plus
châtié que ses congénères. Merci Annick, et
merci aux clubs de lecture qui nous rendent plus clairvoyants, puisque
subversifs.
"Ces moines bien gras,
contemplateurs de fèves, nont nul besoin détablir
un modèle du récit puisque le modèle est déjà
dans la fève." La nomination crée lobjet,
même sil nexiste pas en vrai, par exemple la licorne.
Françoise![]()
Enfin un livre qui m'a captivée !
J'ouvre en grand. Sans conditions, sans restrictions.
Quand je suis arrivée à Fuck, j'ai lu quelques pages
creuses, je me suis dit si tout le livre est comme ça
, j'ai
tourné les pages pour voir que ça s'arrêtait, et j'ai
poussé un soupir de soulagement et finalement j'ai bien ri. Car
Everett sait manier à la fois l'humour, l'ironie et le tragique.
Il t'accroche (enfin moi) et ne te lâche pas.
Où l'on voit qu'il y a 25 ans déjà, il abordait les
thèmes qui traversent toujours la société américaine,
comme le droit à l'avortement, le wokisme...
Il se rattache bien à la littérature américaine en
général, comme au grandissime Philip Roth.
C'est foisonnant, un peu trop diront certains, mais moi je prends tout.
Je n'ai vu ni mépris ni condescendance, mais de la colère.
J'ai un ami américain qui lit beaucoup, je lui en ai parlé,
il ne connaissait pas. Il l'a lu et m'a dit "je n'ai jamais rien
lu de tel, par exemple la critique du business de l'édition est
parfaitement exacte".
C'est un livre très malin - non, malin signifierait un peu péjoratif
; c'est un livre très intelligent, par exemple la façon
dont il nous fait percevoir les personnages de sa famille et que lui n'est
jamais à sa place.
Dans le film que je vous invite à regarder, il y a une scène
vraiment excellente où, différemment du livre, ce n'est
pas le livre à succès qu'il découvre qu'elle est
en train de lire, mais son livre à lui, Fuck.
Et la fin est bidonnante, encore une façon de tourner en dérision
un certain cinéma américain. Jouissif.
Je vais lire James
en espérant ne pas être déçue.
Claire (après la séance)
En relisant tous les avis, je constate que deux lectrices parmi nous ont
mentionné la dernière phrase du livre. En lisant les propos
de Renée sur la fin merveilleusement ouverte, avec cette phrase
en latin, isolée sur la dernière ligne bouclant le livre
: "Hypotheses non fingo",
je fais un lien avec l'avis d'Odile qui me met la
puce à l'oreille avec son allusion à Newton.
Et voilà comment le livre, grâce à vous deux, me fournit
une nouvelle source d'exaspération, en raison de la prétention
jusqu'au dernier mot... Qu'apprends-je en effet ? Que cette phrase de
Newton, "Hypotheses
non fingo" qui signifie littéralement "Je
ne fabrique pas
d'hypothèses", n'est pas qu'une formule et est
célèbre. Pourquoi ?! Oyez, oyez !
Placée à la fin des Principia Mathematica de Newton
(dans la seconde édition de 1713 s'il vous plaît), elle exprime
sa position méthodologique : ne pas spéculer au-delà
de ce que les phénomènes observables permettent d'établir.
À lépoque, on reproche à Newton dintroduire
une action à distance (la gravitation) sans expliquer comment elle
agit. Les cartésiens, notamment, défendent lidée
que toute interaction doit passer par un contact mécanique (tourbillons,
particules, etc.). Newton (oui, c'est lui le mec avec la pomme !) refuse
d'inventer des explications métaphysiques ou spéculatives
et affirme qu'il se limite aux lois déductibles de l'expérience
et des mathématiques. En particulier,
il dit ne pas proposer d'hypothèse sur la nature de la gravitation
(est-ce une force matérielle ? immatérielle ? venant d'une
action à distance ?), tant qu'aucune preuve ne permet de trancher.
Doù la formule "Je
ne forge pas dhypothèses" sur ce qui dépasse
lobservation et la démonstration.
Importante dans l'histoire des sciences, la formule
est devenue un manifeste du positivisme scientifique. Elle marque
la séparation entre lois (décrites mathématiquement)
et causes ultimes (jugées spéculatives). Elle a nourri les
débats sur la méthode scientifique jusqu'au XIXe siècle
(Laplace, Comte, Ernst Mach).
Dans l'usage contemporain, on l'emploie pour dire : "Je
ne vais pas spéculer sans données", "Je
m'en tiens aux faits", "Pas
d'hypothèses gratuites."
Il va de soi que l'auteur, Percival Everett, n'ignorait pas l'arrière-plan
de cette formule, qui passe au-dessus de nombre de lecteurs et s'adresse
aux happy few. Je me demande si je ne vais
pas passer de ½ à ¼ rien qu'en apprenant ça
!... Bon, je me calme.
|
DES
INFOS AUTOUR DU LIVRE |
"J'ai un arrière-grand-père "blanc", un Juif qui vivait au Texas où il a épousé une ancienne esclave. Il a financé les études de médecine de mon grand-père dans le Tennessee, qu'il a quitté pour finalement exercer en Caroline du Sud" ("Aperçu de la vie et de la carrière d'Everett", Derek C. Maus, University of South Caroline, 2019).
Comme le narrateur du livre..., il a une sur médecin, Denise Everett.
1977 : licence. 1982 : master en fiction à l'Université Brown. Pendant ses études, il jouait de la guitare jazz et blues dans des clubs pour financer ses études et enseignait également les mathématiques au lycée. Que dit-il de ses études ?
"Los Angeles, où vous vivez et enseignez la littérature à l'université, est depuis longtemps votre ville d'adoption. Mais d'où venez-vous ?
De loin ! Sérieusement, je suis né en Géorgie, en 1956. Dans une famille normale, mais pas vraiment. Mon père était médecin, mes oncles étaient médecins, ma sur est médecin. Il me fallait échapper à cette prédétermination, cet enfermement. J'ai fait des études scientifiques et de la philosophie. Je me suis passionné pour la philosophie arithmétique. Cerner la logique, et donc déconstruire cette logique pour la faire sienne. Sinon, on fait du surplace. J'ai fait un doctorat en philosophie et puis j'ai perdu la foi. La philo me fatiguait, j'avais comme une grosse lassitude et je suis passé à la fiction. Finalement, le roman s'est avéré être pour moi la meilleure façon de transmettre mes intérêts, ou plutôt mes questionnements philosophiques." (Télérama, 2009).
Il
est professeur émérite à l'université
de Californie du Sud à Los Angeles depuis 2007. Il y a enseigné
la littérature et l'écriture créative à partir
de 1998 ; il dirigea le
programme de doctorat en littérature et création littéraire
en 2009-2012 ; il avait auparavant
enseigné à l'Université
du Kentucky (1985-1988), de Notre-Dame (1988-1991) et de Californie à
Riverside (1992-1998).
Il est aussi artiste visuel : peintures,
dessins, collages et techniques mixtes. On peut voir ses uvres exposées
à Los Angeles : show.gallery/percival.
Qu'en dit-il ?
"Vous êtes aussi musicien et peintre
Jai commencé par jouer de la musique pour me payer une école. Jai débuté par le violon, puis jai enchaîné sur la guitare. Et même si jadore jouer, et jétais compétent, je savais que je ne serais jamais un grand guitariste de jazz. Quant à la peinture, jai commencé à peindre vers 1970, et à écrire plus tard, en 1980. Je ne pense pas que je pourrais écrire sans peindre. Le travail avec labstraction me permet de revenir en arrière et dapprécier la nature figurative de lécriture. Je désire plus que tout écrire un roman abstrait. Mais je ne sais pas à quoi ça ressemblerait. Les éléments constitutifs de la fiction sont représentatifs et je dois donc contourner ce problème." (Libération, 2025)
Des potins ?
Il est réservé sur sa vie privée. Mais on peut quand
même dénombrer quatre épouses... L'une fut une collègue
de l'Université de Riverside, Francesca
Rochberg, une assyriologue et historienne des sciences de renom.
"En Californie, Everett et Rochberg achetèrent un ranch de 5,7 hectares (14 acres) à Moreno Valley, à environ 105 km (65 miles) à l'est de Los Angeles. Il s'occupait de leur troupeau de mules, de chevaux et d'ânes et consacrait une grande partie de son temps aux travaux agricoles. Dans des interviews, Everett a déclaré que les animaux lui avaient appris la patience et que le travail à la ferme l'aidait à relativiser" (Britannica).
Il vit actuellement à Los Angeles avec sa quatrième épouse, la romancière et enseignante Danzy Senna, et leurs deux fils, Henry et Miles. Danzy a évidemment obtenu un master en écriture créative à lUniversité de Californie. Elle a une mère blanche et un père noir : sa mère, Fanny Howe, était elle-même écrivaine ; son père, Carl Senna, travaillait à Beacon Press, une maison d'édition engagée.
Revenons aux mules fréquentées avec l'épouse précédente... : Eleanor Wachtel, écrivaine et animatrice de radio, interroge Everett dans son émission canadienne Writers & Company de CBC Radio One le 27 février 2022.
"J'ai lu que vous dressiez non seulement des chevaux, mais aussi des mules et des ânes, et cela m'a fait me demander : comment dresse-t-on une mule ? Ne sont-elles pas réputées pour leur entêtement ?
On peut faire avec une mule tout ce qu'on fait avec un cheval, sauf la course, car les mules trouvent l'idée apparemment très étrange. L'entêtement des ânes et des mules est une forme d'intelligence. Ils ne se blessent pas. On peut monter un cheval jusqu'à ce qu'il fasse une crise cardiaque et meure. Si une mule travaille et qu'elle se sent stressée, elle s'arrête. Et on peut, je suppose, la battre ou faire ce qu'on veut, mais la mule comprend que ce qu'on peut lui faire n'est pas aussi grave que ce qui lui arriverait autrement. C'est ce qu'elle perçoit comme de l'entêtement, qui est en réalité une forme d'intelligence. Les mules sont comme des chiens géants. C'est pourquoi j'aimais travailler avec elles encore plus qu'avec les chevaux. Et les ânes sont effrayants. Ils sont plus intelligents que les mules."
Dommage, pas de mules dans Effacement, mais de la menuiserie. Alors ?
"Nombre de vos activités en dehors de l'écriture semblent à la fois intuitives et exigeantes, qu'il s'agisse de travailler avec les chevaux ou de vos mains. Votre personnage, Monk, dans Effacement, apprécie la menuiserie car elle n'est pas de l'écriture. Comme il le dit : "le bois, son toucher, son odeur, son poids. C'était tellement plus réel que les mots. Le bois était si simple. Une table est une table est une table, bon sang." Un clin d'il, bien sûr, à l'une de vos écrivaines préférées, Gertrude Stein. Appréciez-vous cet équilibre dans votre vie entre le physique et l'intellectuel ? Se nourrissent-ils mutuellement ?
Absolument. Ces dernières années, j'ai réparé des instruments de musique. Jusqu'à récemment, je trouvais des guitares d'occasion, cassées, pour une bouchée de pain, et je les transformais en de beaux instruments. Le bois est merveilleux. Les cordes sont excellentes. Voir un instrument prendre forme, voir le bois épouser la forme qu'il avait à l'origine C'est fascinant. Encore une fois, ce ne sont pas seulement mes mains qui font appel à moi ; j'utilise aussi mes oreilles, mes yeux. Tout est lié. Le bois est particulièrement précieux car il a aussi ses propres odeurs. Et chaque essence a son odeur. J'aimerais être aussi calé que tant d'autres dans ce domaine. C'est une question de savoir, et comme j'apprends lentement, c'est parfait pour moi."
Voilà pour les mules et la menuiserie qui apparaît dans le roman. Et la pêche ?
"Et la pêche à la mouche est une passion pour certains de vos personnages, ainsi que pour leur créateur. Vous l'avez comparée à un travail de détective. En quoi ?
On arrive au bord de l'eau et on évalue les conditions. On observe l'eau, son courant, la végétation environnante, les insectes qui volent. On reste dans la rivière pour observer le développement des insectes aquatiques. Le travail d'enquête consiste à découvrir ce que mangent les truites. Et puis, il y a le travail artistique : créer quelque chose d'assez réaliste pour qu'une truite ait envie de mordre. Bien sûr, l'ironie est qu'une truite affamée, comme nous, mordra à tout ce qui tombe à l'eau. Néanmoins, même sans attraper de poisson ce qui est, à mon avis, surestimé , la simple idée d'avoir trompé un poisson en lui faisant croire que notre création est réelle est assez excitante, et c'est un peu comme écrire des histoires ou de la fiction." (Entretien avec Percival Everett par Eleanor Wachtel, émission Writers & Company de CBC Radio One, 27 février 2022, publiée sur Brick, revue littéraire, été 2023).
À l'occasion de la sortie en France de son dernier
livre, James, on peut entendre et voir Everett...
À la radio
- Le
point de vue de l'esclave : rencontre avec Percival Everett, Marie
Richeux, Le Book Club, France Culture, 58 min
- Percival Everett : "Lorsque
quelqu'un est dévalorisé et qu'il n'a pas d'échappatoire,
c'est de l'esclavage", Eva Bester, La 20e heure, France
Inter, 5 novembre 2025.
En vidéo
- "Augustin
Trapenard rencontre Percival Everett", La Grande Librairie,
1er octobre 2025, 9 min.
- "Conversations
chez Lapérouse", avec Fréderic Beigbeder, Le
Figaro TV, 11 octobre 2025, 37 min.
Deux articles sur Effacement de
la presse généraliste, à 20 ans de distance
- "Effacement
: Percival Everett, un burlesque américain", Fabienne
Dumontet, Le Monde, 8 juillet 2004.
- "Effacement
de Percival Everett : ce quêtre noir veut dire",
Julien Coquet, Cult.news, 22 août 2025.
Articles
prise de tête sur Effacement
:
- "Pourquoi
Effacement de Percival Everett est écrit comme ça
?", Laura Gaillard, Culturellement vôtre, 24 novembre
2025 :
Une écriture fragmentée qui reflète la pensée
du narrateur
Les flashbacks de sa jeunesse et le malaise de la différence
Les dialogues extra-diégétiques comme "parasites
culturels".
- "Ellison
avec Barthes : occultation et désoccultation du "canon ethnique"
dans Erasure de Percival Everett", Michel Feith, Revue française
d'études américaines, 2006.
- "'Pataulogie'
de la littérature : lécrivain afro-américain
à lépreuve de la fiction dans Erasure de Percival
Everett", Charline Pluvinet, in Imaginaires de la vie littéraire,
Presses universitaires de Rennes, 2012, p. 91-103.
- En anglais : "Les
pièges de la parodie : la satire mélancolique dans Effacement
de Percival Everett", Fritz Gysin,
in Reading Percival Everett : European Perspectives, Presses universitaires
François-Rabelais, 2007 :
"Le texte central dErasure de Percival Everett est une parodie de Native Son de Richard Wright et de Push de Sapphire. Cet essai analyse les processus parodiques à luvre dans la production de ce faux texte, retrace son parcours dans le contexte de la vie complexe de son auteur fictif et interprète la performance maladroite de ce dernier, dissimulé sous les traits dun héros populaire noir, comme une satire mélancolique ciblant le monde de lédition, lessentialisme afro-américain et le concept même de parodie. Les références intertextuelles à Invisible Man dEllison visent à déconcerter un public qui ne saisit plus la fonction de lironie et de la satire."
Les deux livres que vise Everett sont traduits en français,
Push
de Saphirre et Un
enfant du pays de Richard Wright :

- Pourquoi L'Homme invisible de Ralph
Ellison est-il mentionné plusieurs fois
dans Effacement ? Son livre L'Homme
invisible a eu le National Book Awards en 1953. Le
nom d'Ellison est mentionné maintes fois... (c'est le nom du narrateur...).
Un internaute calé surnommé "Electrical Mammoth90"
apporte des éclaircissements :
"Tout le livre fait constamment référence à un ouvrage intitulé Invisible Man de Ralph Ellison, qui a eu une énorme influence sur Everett. En fait, l'identité entière de Monk est basée sur la figure de Ralph Ellison (d'où il nest pas surprenant que le nom de famille de Monk soit Ellison, et le personnage principal d'un livre précédent d'Everett intitulé Glyph s'appelle Ralph). Vous devrez vraiment lire Invisible Man si vous voulez saisir la majorité des références, mais en gros, Ralph Ellison soutenait que d'être noir en Amérique pouvait signifier un nombre quelconque de choses, cela ne signifiait pas seulement ce que le stéréotype noir typique représentait. Cependant, l'Amérique en général (surtout quand Ellison écrivait) voulait le stéréotype "noir" comme une manière de penser qu'elle s'était remise de la blessure de l'esclavage. Donc, cela a conduit à l'idée générale que tous les Noirs souffraient en permanence et que c'était vraiment tout ce qu'ils étaient capables de faire. Les éditeurs voulaient donc des livres d'auteurs noirs qui véhiculent ce genre de message, car pour eux, c'est ce que cela signifiait d'être noir. Ironiquement, cependant, la plupart de ces éditeurs étaient blancs. " (voir la suite =>ici).
D'autres articles et interviews
à propos d'Everett
- En anglais : "Une
interview : 3 mai 2005", avec Alice Mills, Claude Julien et Anne-Laure
Tissut, in Reading Percival Everett, Presses universitaires François-Rabelais,
2007.
- "Il
n'y a pas de littérature noire", Nathalie Crom, Télérama,
25 octobre 2008.
- Percival Everett : Après
huit ans de Bush, n'importe qui aurait élevé le débat
politique, propos recueillis par Martine Laval, Télérama,
6 novembre 2009.
- "Canon
et poétique de lallusion chez Percival Everett",
Edina Zvrko, revue Littérature, Armand Colin, n° 4,
2019, p. 90-98.
- "Comment
Percival Everett peut-il être afro-américain ?",
Florence Noiville, 29 août 2025, article paru le lendemain
sous un autre titre : "Percival
Everett cisèle toutes les facettes de lidentité afro-américaine",
Le Monde, 30 août 2025.
Un livre, co-dirigé
par la traductrice
- Reading Percival
Everett : European Perspectives, dir. Claude Julien et Anne-Laure
Tissut, Presses universitaires François-Rabelais, coll. CRAFT (Cahiers
de recherches afro-américaines : Transversalités),
2007, 247 p.
Une thèse
- De
lénigme à laffect : territoires littéraires
et paradigmes mouvants dans les romans de Percival Everett, Christelle
Centi, Littératures, Université Rennes 2, 2021.
L'aspect politique des thèmes
du livre
Des précisions à ne pas manquer...
"Diriez-vous que vos livres sont politiques ?
Évidemment. Tout art est politique. Même l'absence de politique dans une uvre est une déclaration politique. Si je voulais vendre beaucoup de livres, je ferais de l'érotique, des histoires à l'eau de rose. Effacement, mon livre le plus autobiographique, raconte l'histoire d'un écrivain noir qui ne peut percer dans le milieu de l'édition qu'en écrivant des romans sur les Noirs, leurs ghettos, leurs malheurs. Les Etats-Unis n'ont pas réglé leur problème de racisme en élisant un président noir" (Télérama, 2009).
Everett sort en 2004 son roman American Desert qui sera traduit l'année suivante (Désert américain). Dans le New York Times, Sven Birkerts, essayiste et critique littéraire, publie une critique qui n'est pas qu'élogieuse et qui commence ainsi :
"Il doit bien exister un mot, une expression, pour désigner lusage par un écrivain dun effet volontairement disgracieux, léquivalent littéraire de linsistance et de lacharnement montypythonesque sur ce qui est manifestement absurde. 'Humour noir' ne rend pas tout à fait la nuance, mais sen approche, et puisque Percival Everett, notre auteur et coauteur, se trouve être Afro-Américain, je vais me permettre de filer le jeu de mots."
- Percival Everett écrit à la rédaction ce qui est publié un mois plus tard, "The Color of His Skin", The New York Times, 6 juin 2004 :
"La couleur de sa peau
À l'attention du rédacteur en chef :
Après 17 livres en 23 ans de publication de romans dans ce pays, les critiques, bonnes ou mauvaises, m'affectent peu. En fait, en règle générale, je ne les lis pas. Mais plusieurs personnes ont attiré mon attention sur la critique de mon roman American Desert écrite par Sven Birkerts (9 mai). L'une d'elles a souligné l'étonnante discrétion de Birkerts, qui a attendu la deuxième phrase de son article pour mentionner que je suis afro-américain. Je peux affirmer sans hésiter que la couleur de ma peau n'a que peu de rapport avec ce roman. Je peux également affirmer avec certitude que Birkerts, dans ses critiques précédentes, n'a pas jugé nécessaire de préciser que d'autres auteurs étaient euro-américains ou blancs.
Franchement, j'en ai assez de voir des gens du monde de l'édition et de l'art s'étonner qu'une personne non blanche puisse créer une uvre, au point de ne voir que la question raciale. Je ne perdrai pas mon temps à discuter de ce racisme insidieux, mais je dirai simplement que cette forme de racisme, souvent pratiquée par ceux qui, en tout point, se considèrent comme libéraux, progressistes et intellectuels, rend d'autant plus poignant le sectarisme flagrant de personnages comme feu Strom Thurmond.
Percival Everett
Los Angeles"
[Strom Thurmond (sénateur de Caroline du Sud, 19542003) est resté célèbre pour sa défense acharnée de la ségrégation raciale]
"Réponse de Sven Birkerts :
Le point de vue de Percival Everett sur l'identification raciale est, bien entendu, irréfutable. Cependant, j'avais pour mission de rendre compte de deux de ses ouvrages, et comme le second - Une histoire du peuple afro-américain [proposée] par Strom Thurmond" - non seulement traite presque exclusivement de la question raciale, mais met également en scène Everett lui-même (identifié de manière significative comme afro-américain), il m'incombait, en tant que critique, de faire cette identification également."
[A History of the African-American People [Proposed] by Strom Thurmond a été écrit par Percival Everett et James Kincaid - non traduit]
À la radio française, et dans d'autres médias, Everett répète l'équivalent ce que La Libre, site belge, a publié le 3 octobre 2025 :
"La lecture est la chose la plus subversive qui soit et elle fait peur, bien sûr. Si les fascistes brûlent les livres, cest uniquement parce quils ont peur que les gens lisent. La deuxième chose la plus subversive que les gens puissent faire est de faire partie dun club de lecture. Lorsque les gens se réunissent et parlent dart, cela stimule encore plus la réflexion."
Nous avons visionné l'adaptation au cinéma par Cord Jefferson : Fiction à l'américaine (2023), meilleur scénario adapté aux Oscars en 2024. La bande annonce ici.
Everett a-t-il participé au scénario ?
Non, le scénario est entièrement écrit par Cord Jefferson,
le réalisateur lui-même.
Dans un court métrage De la page à l'écran de
Amazon MGM Studios, évoqué sur le site
Indiewire (média américain spécialisé
dans l'audiovisuel) : "Quand j'ai lu le livre, j'ai été
profondément touché par son contenu", a déclaré
Jefferson. "J'ai donc su presque immédiatement que je voulais
l'adapter. Il y a de la légèreté, mais aussi de la
surprise. C'est ce qui, pour moi, reste vraiment fidèle à
l'esprit du livre."
Everett a ajouté : "Dès que j'ai rencontré
Cord, il était clair qu'il avait compris l'esprit du roman. Il
a pris mon matériau et en a fait un film.
Donc : il a rencontré Cord Jefferson, discuté du livre,
de l'esprit du roman et participé à la communication autour
du film.
Sorti d'abord à Toronto en 2023 où il remporte
le People's Choice Award du Festival, puis dans de nombreux pays (États-Unis,
Royaume-Uni, Irlande, Allemagne, Italie, Espagne, Mexique, Australie,
Nouvelle-Zélande, Turquie, Pologne, Singapour, Indonésie,
Roumanie...). La France fait exception : Amazon MGM Studios choisit une
sortie directe sur Prime Video en 2024, discrète, sans exploitation
en salles.
Voir l'article du Monde "American
Fiction
déconstruit les stéréotypes raciaux sur le petit
écran", Thomas Sotinel, 9 mars 2024.
Everett est-il plus impliqué dans d'autres adaptations ? Oui, pour son roman James, Everett est co-scénariste et producteur exécutif de l'adaptation en cours, réalisée par Taika Waititi (voir www.rnz.co.nz).
Anne-Laure Tissut est professeure de littérature
états-unienne contemporaine à luniversité de
Paris Nanterre, après avoir exercé à Rouen.

Sur la traduction de Percival Everett, elle a fait paraître un intéressant
article "Other
Languages is All We Have", Translittérature,
n° 38, hiver 2010.
En anglais, elle mène en 2005 une interview approfondie, avec Alice Mills et Claude Julien, in Reading Percival Everett, Presses universitaires François-Rabelais, 2007, p. 217-227.
Anne-Laure Tissut a été rédactrice en chef de la RFEA (Revue Française d'Études Américaines) pour la partie littéraire (2018-2022). Membre du CREA (Centre de Recherches Anglophones), elle mène une recherche en fiction dite ultra-contemporaine, souvent en rapport à sa pratique de traductrice.
"En plus de lenseignement et de la recherche, il y a une autre facette à votre travail puisque vous traduisez de la littérature américaine. Pouvez-vous nous parler de cet autre aspect de votre travail ?
La traduction est indissociable de mon travail denseignement et de recherche, en ce quelle me permet dobserver la langue au plus près, et même de léprouver. Dautre part, sa pratique me permet de faire découvrir aux étudiants des uvres moins connues et de leur faire rencontrer les écrivains avec qui jai pu tisser des liens à loccasion du travail de traduction. Jai eu la chance de ne traduire que des textes que japprécie, et de commencer par le superbe Erasure, de Percival Everett, dont je suis devenue la traductrice en France. Jai poursuivi avec Laird Hunt, Steve Tomasula, Paul Auster, et dautres encore, en fiction et en poésie. Jai traduit plusieurs volumes pour les PURH, dAmy Hollowell, Norman Fischer, Hank Lazer, Lily Robert-Foley et Jerome Rothenberg, décédé tout récemment. Je traduis dès que jai un peu de temps devant moi, surtout lors des congés. Une fois le texte entamé, cest dur de sinterrompre, de résister à la tentation de poursuivre, entraînée par le souffle des phrases et des paragraphes, à lenvie dachever quand on sent approcher la fin, pour passer à un nouveau texte.
Vous êtes la traductrice des derniers romans de célèbre écrivain américain Paul Auster, décédé le 30 avril 2024. Racontez-nous comment seffectuait ce travail. Comment sest créée la relation avec lauteur ? Comment arrive-t-on à coller au style si particulier dun écrivain ?
Je dois cette chance aux éditrices dActes Sud Marie-Catherine Vacher puis Jade Argueyrolles, qui mont confié la traduction de Burning Boy, un long essai consacré à la vie et luvre du romancier américain Stephen Crane. Jai ensuite traduit Bloodbath Nation, essai consacré aux fusillades aux États-Unis, dans lequel le texte dialogue avec les photographies de Spenser Ostrander ; enfin Baumgartner, lettre damour à lépouse défunte et plus largement à la vie, court roman plein démotion qui est venu clore cette uvre magistrale. Jétais très impressionnée de travailler le texte dun écrivain dont javais, toute jeune, découvert avec enthousiasme The New York Trilogy. Francophile et lui-même traducteur, Paul maîtrisait parfaitement la langue et relisait minutieusement toutes les traductions en français de ses textes. Nous avons passé dinnombrables heures au téléphone, à discuter du sens des mots et expressions, en anglais et en français, de leurs connotations, de leur rythme et de leurs sonorités. Paul aimait évoquer ses souvenirs de la vie new-yorkaise, revenir en détail sur des épisodes de lhistoire du pays, expliquer les subtilités du baseball ou de la constitution américaine. Jai énormément appris, sur le pays, sa langue et sa culture, au fil de ces conversations chaleureuses ; sur le style spécifique de son auteur aussi, sa désaffection des marqueurs dinsistance (nul besoin dun "très" si ladjectif est assez précis, pas plus que de ladverbe "vraiment"), son refus demployer le mot identité, notion trop fuyante et floue, lobjet dune quête durant toute une vie parfois. Au fil de nos échanges, et de mes lectures, ma vision du style de Paul Auster sest précisée, ainsi que les visées de lécrivain. Enfin, cest en traduisant surtout que lon approche au plus près dun style." (Extrait de "Rencontre avec une enseignante-chercheuse de l'Université")
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