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Quatrième de couverture : LUniversité de Rebibbia est le récit du séjour que fit Goliarda Sapienza dans une prison romaine en 1980. Moment critique dans la vie de lauteur : après sêtre consacrée de 1967 à 1976 à lécriture du monumental roman LArt de la joie et avoir fait face à un refus général des éditeurs italiens, cest une femme moralement épuisée qui intègre lunivers carcéral de Rebibbia, la plus grande prison de femmes du pays. Pour un vol de bijoux quil est difficile dinterpréter : aveu de dénuement ? Acte de désespoir ? Nimporte. Comme un pied de nez fait au destin, Goliarda va transformer cette expérience de lenfermement en un moment de liberté, une leçon de vie. Elle, lintellectuelle, la femme mûre, redécouvre en prison auprès de prostituées, de voleuses, de junkies et de jeunes révolutionnaires ce qui la guidée et sauvée toute sa vie durant : le désir éperdu du monde. LUniversité de Rebibbia est un nouveau tour de force dans luvre dune femme au parcours décidément hors norme. Il fut immédiatement perçu comme un texte important en Italie. Publié par la prestigieuse maison dédition Rizzoli, le livre fut accueilli avec enthousiasme par la critique et le public. On découvrait avec étonnement une écrivaine déjà âgée, partageant avec drôlerie et férocité son expérience dune prison qui, pour reprendre ses mots, "a toujours été et sera toujours la fièvre qui révèle la maladie du corps social". Ironie de lhistoire, LUniversité de Rebibbia deviendra ainsi le premier succès de Goliarda Sapienza. Et son dernier. Malgré les bonnes ventes du livre, Rizzoli maintint son refus de publier LArt de la joie, condamnant encore pour plusieurs années ce texte à lobscurité d'un tiroir. |
Goliarda Sapienza (1924-1996)
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Des
infos en bas de page autour du livre :
Repères
biographiques Publications
de Goliarda Sapienza La
traductrice |
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Nos 16
cotes d'amour
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Monique![]()
Ce récit m'a complètement immergée dans cette prison
pour femmes. J'y ai découvert les rites et les règles de
ce milieu bien particulier. L'auteure nous fait découvrir des lieux,
des habitudes. On y respire les odeurs, on y perçoit les voix tant
gouailleuses que mélodieuses. Il faut savoir comment se comporter,
un geste, un regard peut vous perdre.
L'auteure nous permet de suivre l'évolution de sa perception des
lieux. Au début, elle trouve incompréhensible ce monde dont
elle ne comprend ni les règles tacites, ni le mode de fonctionnement,
elle est initiée par d'autres détenues qui la prennent sous
leurs ailes.
Pour ne pas se laisser aller, elle essaie de se blinder : "Il
faut que je parvienne à arrêter mon imagination et que je
m'en tienne seulement aux gestes et aux pensées qui peuvent m'aider
à tout dépasser avec le minimum de souffrance.".
La violence, la dureté des gardiennes ne l'atteignent plus, ne
l'humilient plus : "Cette
violence blesse mon visage comme une gifle mais ne m'humilie pas. Je m'en
étonne, tandis que m'alarme le soupçon atroce que cette
non-humiliation soit due au fait que je me sens 'condamnable', racaille
désormais digne de n'importe quelle insulte de quiconque est en
règle avec la loi."
Tout change quand elle est transférée dans l'espace des
"camerotti" où les détenues vont et viennent comme
dans une ruche.
Le regard de Goliarda est lucide et pénétrant ; elle se
montre sagace, ironique, intelligente, et avec une grande attention aux
autres. Elle prend du recul pour observer. Son regard sur ses codétenues
se transforme petit à petit. Au début elle les dépeint
comme des caricatures grotesques et terrifiantes, puis elle nous décrit
une série de personnages parfois pittoresques, souvent attachants.
Cette expérience lui fait rencontrer des femmes de tous les horizons,
de toutes les classes sociales. Vers les trois quarts du récit,
Goliarda est conviée dans le cercle des femmes plus cultivées
qui "lui ressemblent", des "politiques" principalement,
ainsi que la sublime Suzie Wong, esthète trafiquante internationale
de drogue, avec lesquelles elle peut dialoguer.
J'ai aimé ce mélange de réflexions, sociales et politiques
et de dialogues avec les autres détenues
J'ai apprécié
l'adaptation assez extraordinaire dont a fait preuve Goliarda, aidée
par un sens aigu de l'observation et comment elle a mené cette
expérience à fond.
C'est une description très fouillée de la vie communautaire,
de ses inconvénients, comme de ses côtés constructifs
(une certaine solidarité, complicité) où des femmes
trop isolées, à l'extérieur, retrouvent des liens,
des camaraderies qui les aident à se reconstruire, à tel
point, que dans certains cas, la "sortie"
n'est pas aussi
attendue que cela
C'est un récit réaliste, vibrant,
engagé servi par un style soutenu, percutant, sensible et sans
jugement ni émotion débordante.
La scène finale et dernier acte, est comme un grand feu d'artifice
avec cette énorme empoignade à coups de pieds et de poings
entre taulardes et gardiens mâles.
J'ai aimé l'incroyable vitalité qui règne dans cette
prison, la solidarité, les histoires de femmes qui s'y déroulent
Goliarda nous décrit son expérience qu'elle juge enrichissante
comme étant une école de la vie, d'où le titre qui
peut paraître surprenant au début. J'ouvre aux ¾.
Manuel![]()
Je ne connaissais pas Goliarda Sapienza que j'ai découverte grâce
au documentaire
d'Arte. Dans le film Senso, il y a un moment de de bascule
dans le théâtre où une femme d'une loge lance une
fleur et c'est Goliarda Sapienza qui joue
à ce moment-là.
Dans le livre j'avais du mal à me représenter la prison
et dans le documentaire d'Arte on voit la prison.
Le début du livre m'a d'abord donné envie de le lâcher,
car j'étais viscéralement angoissé par l'entrée
en prison.
Et puis j'ai marché, c'est truculent, drôle, très
bien campé ; et engagé politiquement. C'est bien mené.
C'est bien dit.
J'ai aimé ce truc, le rapport entre la prison et l'extérieur.
Elle décrit tout l'extérieur, avec les règles. Elle
compare l'enfermement et l'extérieur. Et cela est un enrichissement
pour elle.
Je n'ai pas terminé, mais j'ouvre en grand.
Fanny![]()
Évidemment, ça nous est possible parce que nous avons un
passé de coercition et ici, au fond, nous retrouvons une situation
qui n'est pas nouvelle pour nous : le collège, la famille, la maison
Nous savons ancestralement
nous servir de nos mains, nous distraire par mille petits travaux, et
j'admets aussi - comme il le dit - que nous savons être plus mesquinement
rusées
C'est un très beau récit. Je ne connaissais pas Goliarda
Sapienza. C'est une belle découverte. Un récit plein d'humanité.
Très féministe : "Évidemment,
ça nous est possible parce que nous avons un passé de coercition
et ici, au fond, nous retrouvons une situation qui n'est pas nouvelle
pour nous" (p.
173).
Un bémol qui tient à moi et non au récit, je n'avais
pas envie de me replonger dans cette lecture et dans ce milieu carcéral
au moment de reprendre ma lecture. J'avais l'impression de manquer d'air,
en même temps c'est cohérent, elle est en prison. L'absence
de chapitre a peut-être eu un impact.
Mais c'est intéressant. Bien écrit. Les rencontres enrichissantes
avec les femmes sont racontées de façon très juste.
Et il y a ce rapport au temps, dans cette plongée où elle
vit une forme d'acculturation. On est plongé aussi, on est avec
elle. J'ai l'impression que le récit se déroule sur quelques
jours, et on a l'impression qu'elle est là depuis des semaines.
"dans le sommeil, je
dois m'être complètement adaptée aux façons
de vivre en vigueur dans cette nation et au langage qu'on y parle, car
je comprends tout ce qui est dit dans la cellule" (p.
115).
Il y a de beaux passages d'écriture avec de beaux moments d'humanité
et de sororité. "l'esprit
libre de jouir de ces moments incomparables qui n'adviennent que peu de
fois dans la vie : être "seul" bien qu'en compagnie de
personnes qui vous vont bien précisément comme un bon manteau
chaud quand commence une mauvaise saison"
(p. 168)
Il y a ce passage avec la comparaison
d'autres prisons,
en Hollande, terribles, et en Iran où les femmes dans les nuits
torrides dorment dans la cour et chantent. Je suis allée une fois
en prison pour mon travail
le cadre semblait beaucoup moins libre
que dans le récit de Sapienza.
Je me suis demandé si j'aurais envie de lire L'Art de la joie.
Je suis en tout cas très contente d'avoir découvert ce livre
et le portrait de cette femme.
Annick
L![]()
Je suis heureuse d'avoir découvert cette auteure et cette figure
de la vie culturelle italienne dont j'ignorais tout.
Et il y a longtemps que je n'avais pas été surprise comme
ça par une lecture. En effet je me suis vite immergée dans
cette prison peu banale, après une sorte de descente aux enfers,
fort bien décrite. J'ai été fascinée par cette
communauté de femmes si disparates par leur comportement, leur
parler, leur culture d'origine. J'ai été surprise aussi
par la façon dont la narratrice réussit à apprivoiser
cette micro-société, à nous la rendre vivante, pleine
de bruit, de fureur, mais aussi de sororité. Une évocation
d'où émergent quelques beaux portraits féminins.
J'ai été également intéressée par la
façon dont elle opère un véritable retournement des
valeurs entre ces deux mondes, celui de la prison et celui du dehors,
en construisant même, avec ses camarades, ce concept d'université
de Rebibbia. Un univers protecteur de la violence sociale extérieure
au point que certaines prisonnières souhaitent y revenir. On peut
s'interroger quand même sur ce lieu d'enfermement, un modèle
expérimental (?), très éloigné de ce que l'on
peut savoir de l'univers carcéral aujourd'hui en France, par exemple.
J'ouvre ¾.
Etienne![]()
Pour ma part je suis globalement déçu ; je pense que j'avais
trop d'attentes : on entend souvent parler de L'Art de la joie en
des termes élogieux et de plus l'objet-livre est très alléchant
(superbe photo de Sapienza clope à la main, regard intense ; belle
mise en page, texte aéré, poids des pages agréable
; bref rien à voir avec l'impression de pavé-pâté
d'Elias
Canetti que je m'apprête à lire).
Je suis assez déçu car je n'ai pas été ému,
je n'ai rien ressenti. La prose ne m'a pas du tout emballé, elle
a quelque chose de distant, froid. On ne sait rien de Sapienza : aucune
introspection. Comment alors ressentir de l'empathie ? J'ai ricané
quand j'ai appris qu'elle n'avait finalement peut être passé
que 10 jours en prison... Le terme a été évoqué
plusieurs fois au cours de la séance, mais j'ai en effet eu l'impression
de lire un entretien sociologique dans une langue universitaire. On était
bien loin du regard pénétrant de Goliarda.
Il y a évidemment des coups d'éclats, des passages très
bien sentis. Par exemple son analyse des prisonniers politiques : "Seul
le prisonnier politique s'attarde à raconter la prison, mais la
raison pour laquelle il y est allé est trop honorable pour pouvoir
donner la mesure de la véritable prison : celle des voleurs, des
assassins, pour parler clairement : des maudits. Le politique en sort
renforcé dans son orgueil et son récit est faussé
par ce qu'il a d'épique" (ça m'a fait penser
à Sarkozy
évidemment). Il y a des dialogues avec ses codétenues qui
sont savoureux, par exemple avec
la fausse gauchiste. Mais cela
reste trop épars et l'écriture en paragraphe rend également
la lecture pénible.
Je pense également que ma lecture a pâti de l'ombre du Zéro
et de l'infini, lu il y a
un mois, qui décrit l'expérience de la prison dans sa dimension
la plus totale et perverse, mais est surtout magistralement écrit
: tension, suspense, acuité sociologique savamment distillée.
En bref, de la narration, tout ce qu'il manque à L'université
de Rebibbia.
J'ouvre au ¼.
Jacqueline![]()
J'ai été prise dès le début par cette écriture.
J'ai partagé les émotions de la narratrice à son
arrivée et j'ai aimé son regard sans jugement. J'ai été
avec elle dans sa découverte de la prison. J'ai admiré sa
dignité : elle cherche à apprendre le comportement
adéquat dans un monde étranger. Le titre m'a alors renvoyé
à Mes
universités de Gorki dont il a été question
de lire un livre
Je n'avais encore lu que cette première partie, quand j'ai vu le
film Fuori. J'ai
appris qu'en italien fuori veut dire dehors. Cependant,
je ne m'attendais pas à ce que, effectivement, il se passe dehors !
Rien de ce qui m'avait frappée dans le livre n'y était.
Comme je n'en étais qu'au premier tiers, j'avais pensé découvrir
la suite dans le film. Mais je ne m'y retrouvais pas. Le film parlait
plus de l'écrivaine que de la prison
J'ai repris le livre, j'étais très curieuse de la Roberta
du film que j'attendais et un peu perdue dans tous les personnages, mais
j'ai aimé la manière dont l'auteure les décrit et
surtout les fait parler... C'était comme une espèce d'enquête
sociologique.
Et puis, il y a ce trajet du livre qui passe de l'impression individuelle
d'isolement à la description d'un mouvement collectif. Ça
m'a beaucoup plu, même si la narratrice se positionne plus comme
observatrice de ce mouvement que comme y prenant une part active
Dans la description de cet univers carcéral, j'ai été
particulièrement sensible à ce qui est dit des gitanes
J'ouvre en grand.
Rozenn
(à l'écran)
Je l'ai lu très vite comme d'habitude. J'ai été complètement
saisie, attrapée, mais avec une petite réticence que je
n'analysais pas.
Il y a cette galerie de personnages et l'analyse sociologique dans la
façon de décrire les personnages qui m'a donné une
impression d'observation
participante.
Puis j'ai lu sa vie et j'ai compris qu'elle savait qu'elle ne serait pas
là longtemps.
Mais en dépit de ma réticence, et pour ce saisissement que
j'ai ressenti, j'ouvre en grand.
Elle écrit de façon nébuleuse. J'ai maintenant L'art
de la joie depuis une heure et j'ai lu le premier chapitre, c'est
trop ! Et ce qui est étonnant c'est que dans cette fiction elle
est là alors qu'en prison elle est extérieure.
Bref je suis très contente d'avoir lu ce livre très différent
de ce qu'on a pu lire.
Quand j'écrivais ma thèse, je rêvais d'avoir du temps
et être en paix pour travailler, et j'avais pensé à
la prison. Mais je vois que ce n'est pas une bonne idée
Jérémy entre
et
(c'est
trop long Jérémy !)
Avant la lecture : Je n'avais jamais rien lu de Sapienza avant
et je n'en avais jamais vraiment entendu "parler" donc j'ai
vraiment abordé ce livre "vierge" de tout préjugé
et idée préconçue.
Après la lecture : Mon avis est mitigé et il est
en deux temps, à l'image du livre. Pour moi il y a d'un côté
la description de l'univers carcéral, et de l'autre le discours
politique afférent à ce milieu et au contexte de l'époque.
J'ai beaucoup aimé la description du milieu carcéral. Je
trouve la langue très belle, très poétique et la
description riche et exhaustive. Tout y passe :
- la lumière et son manque, le(s) bruit(s), les odeurs : "Toutes
les cellules entrouvertes laissent échapper des senteurs, parfois
de loge de concierge, parfois de lupanar, parfois de maison bourgeoise."
- le rapport à l'argent : "Le sens de tout ça est
que la détenue n'a plus le droit de manipuler l'argent qui, comme
nous le savons, est symbole d'autonomie et d'identité, mesure de
notre valeur et de notre place dans la société."
- les relations avec les gardiennes, qui ne semblent pas si dures que
cela, mais avec une "bonne" distance difficile à trouver
: on peut échanger avec certaines d'entre elles, mais attention
à ne pas poser la question de trop
- les conditions d'hygiène : les cafards dans la cellule ; "La
cote d'alerte de la saleté qui envahit mon corps a atteint mes
yeux : maintenant mes orbites débordent de la sueur aigre de litres
de limonade bourrée de sucre" ; l'eau froide qu'il faut
braver si l'on veut se doucher, et l'heure matinale si l'on veut avoir
de l'eau chaude qui plus est
- le rapport au temps : ne pas dormir pendant la journée sous peine
de ne pas réussir à dormir la nuit, ce qui est horrible,
et le risque d'être "déphasé"
- ce qu'il faut dire/ne pas dire, faire/ne pas faire : les conventions
sociales à respecter si l'on veut survivre dans ce milieu : "Ici,
à Rebibbia, ne pas savoir jouer aux cartes est une faute inadmissible.
C'est aussi une faute grave de trop pleurer ou de confier ses craintes
sur l'issue de son procès : la peine ne se fait pas attendre,
on est isolé de tous comme une pestiférée. On peut
le comprendre : toutes redoutent l'effondrement et le fuient."
- le parloir qui fait plus de mal que de bien : ceux du dehors ne peuvent
pas comprendre
- le sexe, et le rapport aux hommes et à leur manque, et comment
les détenues font pour le gérer, et notamment Annunciazione
qui se satisfait par elle-même et qui fricoterait bien avec Goliarda
en lui montrant ses revues porno lesbiennes ; sans compter la descente
des gardiens qui éveille des sentiments ambivalents, entre dégoût
et rejet de leur violence et excitation provoquée par la virilité
qu'ils dégagent -entre Eros et Thanatos...
- les rapports de classes/ sociaux entre détenues : "Les
différences de classes règnent ici comme dehors, insurmontables.
La prison est le spectre ou l'ombre de la société qui l'a
produite"
- la différence entre les détenues politiques et les détenues
de droit commun : : "Je vois déjà avec quel respect
sont traités les prisonniers politiques, ici aussi. Certes - dit-on
- avec plus de cruauté que les autres, mais la cruauté,
quelle qu'elle soit, n'égale jamais l'humiliation ou la honte dans
laquelle plonge le délit de droit commun."
- la langue des détenues, notamment l'argot des détenues
issues des milieux populaires, cette langue qui trahit Sapienza qui essaie
elle aussi de parler l'argot pour s'intégrer, pour faire peuple,
mais est tout de suite démasquée : ça ne lui va pas,
ça n'est pas elle, et en prison, on ne peut plus faire semblant,
il n'y a plus de masques, on est qui l'on est, un point c'est tout.
- la manière d'envisager l'après, la sortie : "'Quand
je sortirai'! Autre chose à faire, ne jamais penser à l'avenir
dans cet endroit. L'avenir est toujours rempli de portes imaginaires dont
on croit avoir les clés. Ici, les clés, ce sont les autres
qui les ont, sans équivoque."
Certaines expressions sont vraiment très belles et bien trouvées
:
- "Elle a pris un morceau de prairie du monde
de dehors et l'a emporté avec elle, mais elle en a trop arraché
pour son petit corps".
- "Tu craques, tu t'en vas en morceaux de trouille et t'avoues
tout. S'en aller en morceaux de trouille, c'est très célinien
je trouve !"
- À propos du parloir : "un bouillon d'haleine d'organismes
mal nourris, une fulguration électrique d'espérances presque
toujours déçues".
Mais le versant négatif, c'est que j'ai parfois eu l'impression
qu'elle faisait des phrases, que satisfaite d'elle-même, elle se
regardait un peu écrire et se laissait aller à des envolées
lyriques un brin poseuses : "'Chante, Ramona,
chante !' Et la voix de la gitane s'était élevée,
limpide, dessinant un motif plein de nostalgie aussi ancien que tous les
peuples errants de la terre."
J'ai également moins apprécié le discours politique,
de plus en plus présent au fur et à mesure que l'on avance
dans le livre. Ce fond de sauce d'extrême gauche du début
des années 70 semble bien daté et je ne l'ai trouvé
pas trouvé convaincant. Le discours m'a semblé un peu "plaqué",
et exagéré. Je veux bien que Rebibbia ait été
une prison modèle mais il ne faut pas pousser quand même
! "Je me suis depuis si peu de temps échappée
de l'immense colonie pénitentiaire qui sévit dehors, bagne
social découpé en sections rigides de professions, de classes,
d'âges, que cette façon de pouvoir brusquement être
ensemble - citoyennes de tous milieux sociaux, cultures, nationalités
- ne peut que m'apparaître comme une liberté folle, insoupçonnée."
C'est peut-être aussi facile à dire en y étant
restée une dizaine de jours ou quelques semaines tout au plus.
Si elle avait dû y rester plusieurs années, elle aurait peut-être
tenu un autre discours !
Et puis ce discours à la Chomsky/Debord dans La société
du spectacle : "'On nous appelait Bonnie and
Clyde !' Mais tu ne comprends pas que Bonnie and Clyde, on te l'a
fait voir pour que tu l'imites, ou mieux que tu canalises ton mécontentement
en petits ou grands vols à main armée qui servent le système
?
Merde, comment vivrait toute la masse de travailleurs engagés dans
l'industrie carcérale, qui va des juges aux avocats, aux assistants
sociaux, aux médecins, aux gardiens, sans oublier les receleurs,
etc., et la presse ? Comment vivrait la presse dans ce système
de profit, de spectacle ? Produits délicieux qui se vendent au
plus haut prix. Pourvu qu'on vende encore et encore, et avec toujours
plus de profit. Maintenant qu'on a épuisé toutes les émotions
sentimentales ou pathétiques d'autrefois, il ne reste plus que
l'assassinat pour secouer la carcasse émotionnelle d'individus
blasés. Et ainsi, aujourd'hui, seule la vraie mort dévoilée
à la télévision donne quelques émotions à
la masse qui, après un travail inhumain juste pour survivre, va
au cinéma ou s'assied devant la télé..."
Le discours sous-jacent, c'est que la société
capitaliste nous divertit pour annihiler toute volonté de transformation
sociale, pour nous abêtir, nous rendre dociles, et que si l'on montre
des méfaits aux petites gens, aux opprimés, c'est pour qu'ils
tombent dans le piège et les reproduisent au lieu de s'unir pour
trouver une réponse politique et faire tomber le système.
Bon, bon... La tirade "Seule la vraie mort dévoilée
à la télévision" m'a fait penser au film
La Mort
en direct de Tavernier avec Romy Schneider.
En synthèse, j'ai vraiment apprécié la description
de l'univers carcéral et la plume de Sapienza mais j'ai quelques
réserves et j'ouvre donc entre ½ et ¾.
Renée
(à
l'écran)
Je n'avais pas lu L'Art de la joie, car le
consensus autour de ce livre m'avait rendu méfiante.
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire L'université de
Rebibbia, en premier lieu à cause de l'exotisme d'une prison
de femmes, en Italie.
Le titre est parfaitement explicite : cette prison est une école
de la vie, une expérience, une transformation définitive ;
on réfléchit sur la liberté et le rapport à
"l'autre". La discipline n'est pas excessivement sévère
car ce sont soit des "politiques" soit de petites délinquantes.
L'autrice explique parfaitement qu'à l'intérieur de la prison,
c'est comme à l'extérieur, les catégories sociales
sont différenciées : le peuple avec son langage argotique
particulier, puis les intellectuelles et les "riches", avec
plus ou moins de porosité entre les deux catégories. Inutile
d'essayer de jouer un rôle :"ces
expériences prolétaires, tu ne peux te les permettre que
si tu réussis à te cacher (...) aux yeux du vrai prolétariat,
autrement, tu risques le lynchage". Malgré cela,
il existe une véritable sororité qui anime ces femmes, à
tel point qu'elle manque aux plus précaires, aux plus fragiles,
lorsqu'elles se retrouvent à l'extérieur seules, leur seul
échappatoire étant la drogue. D'où "le
syndrome carcéral, (...) l'amour de la prison".
Il n'y a aucun jugement de valeur, tout est suggéré, car
l'autrice garde une certaine distance, comme si elle étudiait la
situation.
Goliarda Sapienza a réussi son témoignage : c'est bien écrit,
poétique par moments, bien construit. J'ouvre aux ¾.
Françoise![]()
Je suis partagée. Et je rejoins Jérémy et Étienne.
Je n'ai pas été emballée par l'écriture, je
n'ai pas trouvé que c'était remarquablement écrit.
Bon ça se laisse lire, mais ce n'est pas exceptionnel.
Je rejoins Etienne sur le fait qu'elle ne parle pas assez d'elle. Est-ce
que c'est autobiographique ? Cette prison est exceptionnelle, expérimentale.
On ne peut pas confondre avec les prisons italiennes lambda. On le voit
tout de suite quand elle arrive et qu'une gardienne lui dit : attends
je vais te trouver quelque chose à manger
Elles se promènent,
s'invitent à prendre le thé, les politiques et les droits
communs sont mélangées, etc. Et du coup je n'ai pas compris
la violence de la fin, inexpliquée, avec le surgissement d'hommes,
ça m'a semblé artificiel, et pour prouver quoi ? Que même
là il y a de la violence ? À cause des hommes ? J'aurais
pensé plus vraisemblable que la violence soit distillée
ou suggérée tout au long du récit.
Ce qui m'a plu, c'est la sororité quelles que soient les origines
sociales, alors que chacune sait où les autres se situent. Mais
ce n'est pas une source de conflits.
On comprend pourquoi certaines veulent revenir en prison, du fait de ce
régime spécial, protecteur finalement par rapport à
l'extérieur pour la majorité d'entre elles.
Oui, la narratrice reste à l'extérieure, elle est observatrice.
Mais c'est intéressant.
J'ouvre à moitié.
Je n'avais rien lu de cette auteure et ce livre ne m'a pas donné
envie de lire L'Art de la joie. Son parcours me semble plus intéressant.
Catherine
(à
l'écran)
Je ne connaissais pas
grand-chose de Goliarda Sapienza et n'avais jamais lu ses livres. C'est
le film
Fuori
qui m'a donné envie de la connaître. Le film est centré
non pas sur son séjour en prison, mais sur l'après sa sortie,
même si des flashbacks reviennent sur le vol pour lequel elle a
été condamnée et sur son arrivée en détention.
On fait connaissance avec Roberta et Barbara, ça m'a donné
envie d'en savoir plus sur son séjour en prison.
Ce livre est une vraie plongée dans l'univers carcéral et
dans un univers entièrement féminin. On découvre
un univers parallèle, une microsociété, avec ses
règles, sa routine et sa sociologie propre, les droits communs,
les politiques, les gitanes, les toxicos, les jeunes, les vieilles...
On a l'impression d'y être, d'en sentir les odeurs, d'en entendre
les bruits. Il y a une réflexion sur le temps qui se distord, le
temps carcéral qui passe paradoxalement plus vite qu'à l'extérieur,
sur le côté rassurant de cet univers clos ("le
charme de la prison c'est qu'on est toujours sûrs de se revoir"),
univers dans lequel on ne peut pas tricher ("Ici
les échelles de valeur de chacun se manifestent avec une clarté
absolue, et il n'y a pas moyen de cacher aux autres, encore moins à
nous-même notre nature"), à tel point que
certaines n'arrivent plus à se réhabituer à l'extérieur
et font en sorte de retourner en prison à peine sorties. J'ai aimé
l'écriture, l'humour et la tendresse que l'on sent pour les personnages,
mamma Roma, Susie Wong, Annunciazone...
Il y a des moments marquants : l'arrivée, la fouille, la descente
des couloirs, la porte qui claque et la première nuit (étant
très claustro, j'étais assez tétanisée), le
parloir avec cette phrase où elle parle des "quelques gouttes
de mort" absorbées du dehors, la tentative de suicide de Barbara
et l'arrivée punitive des gardiens, un mélange de violence,
de désespoir parfois, mais aussi de vraie sororité, de brassage
social.
J'ai été intéressée par les réflexions
sociologiques, mais les discours politiques m'ont paru un peu, voire très,
datés, l'Italie des années 70. Ça n'est pas une prison
ordinaire, même si c'est une expérience vécue. Les
cellules décorées, le déjeuner du dimanche avec la
cuisine de Susie Wong pendant lequel on discute, l'Université Rebibbia,
ça semble un peu utopique, Rebibbia est d'ailleurs une prison modèle.
Goliarda n'y est restée que quelques mois et elle savait en arrivant
que son expérience carcérale serait courte, ça a
changé très probablement son vécu, elle reste une
peu extérieure. Quoi qu'il en soit, je crains que les prisons françaises
en 2026 soient moins sympas, si on en croit la rapporteuse des prisons...
Une belle expérience de lecture pour moi au total, j'ouvre aux ¾,
ça m'a donné envie de lire L'art de la joie.
Christelle![]()
Je ne connaissais pas Goliarda Sapienza, je me suis complètement
laissé emporter par sa plongée en prison. La première
partie, son arrivée et ses premières heures à l'isolement
m'ont sidérée. J'ai trouvé son récit très
réaliste et vivant, notamment grâce à la description
des bruits, voix, silences... : p. 15, elle parle d'anormalité
du silence de la prison, "le silence de la vie" (à
l'extérieur) "est sonore"... Tout au long du livre
(que j'achève), j'ai aussi aimé sa façon de décrire
les lieux (passage des grilles, coursives, cours extérieures...)
et le temps qu'il était difficile de suivre... : je me suis
sentie en perte de repères, cela reflétant habilement la
façon dont les notions du temps et de lieu sont probablement perturbées
en prison.
J'ai été intéressée également de comprendre
comment la prison se transforme en refuge, certaines femmes (dont les
portraits sont très bien brossés) finissent par s'y sentir
plus en sécurité et paix qu'à l'extérieur
et y reviennent quasi volontairement. La scène après le
parloir est aussi significative du fossé qui se creuse entre détenues
et le monde extérieur.
J'ai relevé aussi plusieurs passages : sur la façon dont
l'emprisonnement oblige à la confrontation avec les autres et soi-même
(p. 115) ou sur la différence de ton utilisé par les anciens
prisonniers pour raconter leur séjour selon qu'ils sont "de
droit commun" ou politiques (p. 71).
Il m'a tout de même semblé que Sapienza enjolivait un peu
l'univers carcéral ; mise à part la dureté des premières
heures, finalement tout se passe pour le mieux pour elle : elle s'entend
aussi bien avec les gardiennes, qu'avec ses compagnes de cellules, qu'avec
ses codétenues d'une façon générale, avec
lesquelles elle boit le thé chez Suzie Wong... ; elle relate
curieusement assez peu de souffrance, désespoir, violence... ;
mais peut-être est-ce tout simplement car je n'ai pas lu les dernières
pages, ou à cause du caractère expérimental et "modèle"
de Rebibbia qui rendrait l'incarcération plus douce ou parce que
le séjour de Sapienza fut finalement assez court...
J'ouvre aux ¾.
Brigitte
(à
l'écran)
Je ne connaissais pas Goliarda Sapienza.
L'université de Rebibbia est un beau projet : restituer
à l'intention du lecteur la vie quotidienne dans la prison romaine
de Rebibbia dans les années 80.
Malheureusement, le résultat n'est pas totalement à la hauteur
de l'intention.
Certaines parties sont très réussies, mais d'autres sont
très difficiles à lire.
Le but est de faire ressentir l'ambiance de violence et de chaos qui règne
dans cet univers presque totalement féminin. Cet objectif est parfaitement
atteint. Cependant la multiplicité des personnages, définis
par leur apparence au premier contact, rend la compréhension difficile.
Quand les diverses détenues reçoivent un nom, on s'y retrouve
un peu mieux.
Au début, j'ai aimé la façon dont Goliarda décrit
son incarcération, surtout la façon dont elle quitte peu
à peu l'ambiance ensoleillée de la ville au mois d'octobre
pour l'éclairage artificiel de la prison.
La façon dont elle identifie ses compagnes de détention
comme "droit commun" ou "politiques", à leur
seule manière de lui
demander du feu, donne beaucoup à réfléchir sur
la société italienne de ces années de plomb.
Dans l'ensemble, j'ai trouvé cette lecture laborieuse, j'ai lu
ce livre avec peu de plaisir. J'ouvre à moitié.
Mégane
(participant
pour la première fois en direct)
J'ai dû passer à côté.
C'est plutôt bien écrit (même si ça ne m'a pas
fait tomber les chaussettes pour autant), le titre est très bien
trouvé, le propos original, et l'autrice a eu une vie visiblement
bien remplie et très rebelle. D'ailleurs, j'ai davantage l'impression
que l'engouement pour ce roman tient davantage à la biographie
de son auteure qu'au véritable contenu du texte.
La première partie commence plutôt bien : on a l'impression
d'une journaliste d'investigation entrée dans la prison pour une
raison assez vague et peu importante (un vol de bijoux), qui décrit
son quotidien avec une neutralité réaliste (mais non moins
glaçante).
Cependant, cela se dégrade au fur et à mesure que le récit
progresse, pour culminer dans un gloubi-boulga politique bien-pensant
sur la communauté en prison, tellement plus belle que "dehors",
tellement presque plus libre (allons bon). Que certaines prisonnières
récidivent pour pouvoir bénéficier de soins médicaux
ou d'un lit, soit, mais notre héroïne en habits de soie, à
d'autres !
Par ailleurs, je ne suis pas certaine d'avoir compris comment d'un coup
- pouf - elle passe de bourge, à possible moucharde, à BFF
de la Marraine (outre l'héritage sicilien) et de la tenancière
du salon de thé local.
Enfin, le ton du discours m'a un peu dérangée : faire le
choix de rendre le récit neutre (bien que largement autobiographique)
au début, pourquoi pas, mais avec le discours le ton change. Décrire,
dénoncer, enjoliver : il faut choisir. Mouillons-nous !
(Le lendemain de la séance, je tombe à la bibliothèque
sur Les
certitudes du doute - la suite de L'Université de Rebibbia :
après lecture, je préfère ce second opus).
Claire entre
et![]()
Avant la lecture : alors qu'en général je n'ai jamais
lu ce que tout le monde a lu - incroyable ! - je suis la seule pour l'instant
à avoir lu L'Art de la joie
! Grâce à ses 800 pages, j'avais inauguré ma
méthode contre l'effroi du pavé. J'ai été
captivée par la moitié du livre, l'écriture et le
contenu, par la hardiesse et les surprises du récit. J'ai énormément
aimé la façon dont la narratrice s'arrache à sa condition,
par l'éducation volontaire et son extrême liberté
intérieure hors normes en vigueur. La suite m'a cassé les
pieds, j'ai eu du mal à me retrouver dans le récit et dans
l'histoire politique italienne. Par ailleurs, j'ai trouvé passionnantes
l'histoire de l'auteure, de sa famille, du livre et plus largement de
l'uvre de cette auteure. J'ai lu alors le livre de son mari Goliarda
Sapienza, telle que je l'ai connue, que j'ai trouvé très
touchant et intéressant : un joli petit livre. J'ai vu ensuite
une adaptation théâtrale du livre par Ambre
Kahan (5h30) qui m'a enthousiasmée.
Après la lecture : Tout comme dans L'Art de la joie,
l'intérêt du contenu, la hardiesse, les surprises ont été
au rendez-vous. Dans ma lecture, il y a eu plusieurs temps comme Jacqueline
: d'abord le récit incisif du début que j'ai trouvé
très réussi et en ai beaucoup aimé l'écriture
; puis j'ai vu le film Fuori
et n'avais pas repéré qu'il y avait deux livres adaptés,
celui que nous avons lu et Les
certitudes du doute, c'est-à-dire la suite, une fois sortie,
où elle retrouve ses codétenues et notamment Roberta avec
qui elle a un trip ; donc j'étais déboussolée,
mais contente de pouvoir me figurer la prison, que comme Manuel, j'avais
du mal à imaginer. Retour au roman où, comme Brigitte, j'ai
été un peu perdue, notamment entre les personnages - j'entendais
Renée pour Ginsburg citer tous les prénoms en A dont elle
n'avait rien à ficher - j'aurais aimé avoir une fiche d'identité
par personnage. Mais bon, j'ai aimé être trimbalée
dans la prison, ayant du mal à croire au réalisme des fêtes
et repas, intéressée par la solidarité hors passé
et hors classes sociales, mais finalement, quand même, les classes
sociales persistent. J'ai par contre bien voulu croire au rôle extrêmement
formateur de la prison pour la narratrice, je veux bien y aller, voyez,
j'ai déjà mis mon haut rayé de détenue.
J'ouvre aux ¾ pour l'originalité tous azimuts et les raisons
de
l'aimer que j'ai entendues
que je partage et ½ pour le récit un peu mal foutu et les
réserves convaincantes que j'ai ouïes...
Après la séance, j'ai pensé au livre - qui est d'ailleurs
sur ma PAL - Les
grandes vacances de Francis Ambrière, livre sorti en 1946
et qui a eu rétrospectivement le Goncourt année 1940 (qui
n'avait alors pas pu être décerné) : les prisonniers
dans les stalags connaissent la promiscuité, la faim,
le froid, les brimades,
l'ennui, mais aussi la solidarité, lingéniosité
et lhumour, la culture, qui permettent de tenir. Ils organisent
des cours, des spectacles, des journaux clandestins, recréent une
forme de société pour préserver leur dignité.
Thomas
(qui
avait proposé ce livre)
Comment
suis-je arrivé à ce livre ? Il y a près de chez moi
dans le 15e une librairie qui s'appelle L'Art
de la joie. Ayant déjà entendu parler de l'uvre
du même nom de Sapienza, j'ai demandé à la libraire
s'il y avait un lien entre les deux, et elle m'a répondu que oui
: lorsqu'elle avait fondé cette librairie avec une amie, elles
avaient toutes les deux eu la même idée pour la nommer, sans
même se concerter ! Je me suis dit que c'était franchement
bon signe...
Alors, quelques mois après, au cours de mes vacances italiennes,
dans la belle ville de Bologne, je suis allé à la Librairie
Feltrinelli, pour me procurer L'arte
della gioia. La taille de l'ouvrage m'intimidait un peu (ce qui
ne m'a pas empêché de le prendre), mais j'ai aussi été
attiré par le livre plus petit, qui figurait à côté
sur l'étagère. C'était L'università
di Rebibbia, d'ailleurs édité aux éditions
Einaudi, pour faire le lien avec notre lecture précédente...
Et c'est finalement par son biais que j'ai lu mes premières lignes
de Goliarda, et comme beaucoup ici, j'ai été séduit
par l'ambiance si particulière dans cette prison (à laquelle
j'ai cru volontiers, et j'y ai d'ailleurs un peu repensé en voyant
récemment film Un
Prophète d'Audiard). J'ai plutôt aimé L'Art
de la joie, ensuite, malgré une première moitié
un peu difficile... En revanche, le film Fuori
m'a déçu : si on y retrouve bien l'impression de sororité
créée en prison, je suis resté nettement sur
ma faim quant au reste, j'espérais en apprendre plus sur le reste
de l'histoire incroyable de cette écrivaine maudite !
Le syndrome carcéral d'un livre à l'autre
Dans le livre lu pour cette séance :
Pauvre Annunciazione, elle fait tout ce quelle peut pour se convaincre elle-même quelle est heureuse de sortir, mais ce nest pas vrai. Elle est bien ici, elle reviendra bientôt, elle a le syndrome carcéral lamour de la prison Cest très répandu. On sattache à ce mode de vie. (dit Roberta à la narratrice dans LUniversité de Rebibbia, Le Tripode poche, p. 189)
Dans le livre de la séance précédente :
Lola évoquait toujours avec une infinie nostalgie lépoque où elle avait fait de la prison.
Quand jétais en taule, disait-elle souvent.
En prison elle sétait sentie parfaitement à laise, enfin à sa place, en paix avec elle-même, libérée de tout complexe et de toute inhibition. Elle sétait liée avec de jeunes Yougoslaves, emprisonnées pour des raisons politiques, ainsi quavec des prisonnières de droit commun. Elle avait trouvé les mots justes pour leur parler et avait gagné leur confiance. Quant aux autres prisonnières, elles se groupaient toutes autour delle pour lui demander aide et conseil. Chaque fois que Balbo et sa femme parlaient dun travail éventuel pour Lola, ils finissaient toujours par évoquer "la prison" et tous deux concluaient quil fallait chercher un travail où elle se sentît comme en prison, parfaitement à son aise, libre, sans inhibitions et pleinement maîtresse de ses forces. Un tel travail ne semblait pas facile à dénicher. (Natalia Ginzburg, Les mots de la tribu, Grasset Cahiers rouges, p. 234-235.)
Y a-t-il un lien entre les autrices de ces deux livres, Goliarda Sapienza et Natalia Ginzburg ?
Goliarda, un matin est soulevée d'enthousiasme : sortant de chez Natalia Ginzburg, elle marche dans Rome et tombe, piazza del Popolo, sur une manifestation d'étudiants, où un cheminot prend la parole, les assurant de la solidarité des ouvriers ; puis un étudiant de Palerme ; et "les femmes parlent aussi !" (raconte la biographe Nathalie Castagné, se fondant sur les Carnets de Goliarda Sapienza en 1990, dans Désir et rébellion : LArt de la joie, éd. Points, p. 438).
Littérature et prison
Nous avons lu de :
- Manuel Puig : Le Baiser de la femme araignée
- Olivier Rolin : Le
météorologue
- Alfred Koestler :
Le zéro et l'infini
Et pas lu de :
- Nelson Mandela : Un
long chemin vers la liberté
- Albertine Sarrazin : L'astragale
- Pauline Hillier : Les
Contemplées
- René Frégni : Où
se perdent les hommes
- Gwenaëlle Aubry L'isolée
suivi de L'isolement
- José María Arguedas : El
Sexto
- Oscar Wilde De
profundis. La ballade de la geôle de Reading
(pour donner quelques exemples)
|
Repères
biographiques |
Le livre, ainsi que sa suite, Les certitudes du doute, ont été adaptés au cinéma tout récemment : Fuori de Mario Martone (2025) avec Valeria Golino dans le rôle de Goliarda Sapienza. La bande-annonce ici, interview du réalisateur là.
UNE BIOGRAPHIE RÉCENTE
LA traductrice de Goliarda Sapienza, Nathalie Castagné, est
aussi l'auteure de la première biographie : Vies,
morts et renaissances de Goliarda Sapienza (Seuil 2024, rééd.
Points 2025).
UN DOCUMENTAIRE SUR ARTE
Désir et rébellion : LArt de la joie (disponible jusquen 2026) de Coralie Martin, 2023, 59 min : archives inédites, intervention de lautrice, dAngelo Pellegrino son dernier compagnon, Frédéric Martin éditeur et Nathalie Castagné traductrice et biographe.
DES ÉMISSIONS
DE RADIO retracent sa vie
L'Art de la joie étant son livre le plus célèbre,
les émissions, quand son uvre est évoquée,
se centrent souvent sur ce livre.
- Belle présentation en images en 4 minutes sur France Culture
ici de sa vie et son uvre ici.
- Deux épisodes d'une heure de La Compagnie des uvres,
Matthieu Garrigou-Lagrange :
1/2
: "Vie de Goliarda Sapienza", originaire de Sicile, née
en 1924 et morte en 1996. Avec Nathalie Castagné, traductrice de
toute l'uvre de Goliarda Sapienza.
2/2 : "Goliarda et L'Art de la joie", refusé
par les maisons d'édition du vivant de son auteur, redécouvert
en France, avec Frédéric Martin, fondateur et directeur
des éditions Le Tripode, pour retracer l'histoire singulière
de la publication de l'Art de la joie et parler avec passion de
cette fresque.
- "Retour
sur l'uvre de Goliarda Sapienza", Caroline Broué,
La Grande Table d'été, 9 juin 2015, 30 min, avec Nathalie
Castagné, traductrice et Frédéric Martin éditeur.
- Et si vous préférez France Inter, écoutez
Zoé Varier, L'heure
des rêveurs, 5 juin 2015, avec Nathalie Castagné,
52 min.
- Encore et toujours France Culture : "Goliarda
Sapienza (1924-1996), la Madone indocile", Julie Navarre, Toute
une vie, 13 février 2021, avec Angelo Maria Pellegrino, écrivain,
comédien, dernier compagnon de Goliarda Sapienza, auteur de Goliarda
Sapienza, telle que je l'ai connue (Le Tripode, 2015), avec Nathalie
Castagné, traductrice, Frédéric Martin, directeur
des éditions Le Tripode, Florence Lorrain, libraire à L'Art
de la joie - nom choisi en référence à l'ouvrage
de Goliarda Sapienza, 58 min.
- "Ascension
sociale : tout un roman 2/3 : LArt de la joie de Goliarda
Sapienza, itinéraire d'une stratège", Tiphaine
de Rocquigny, Entendez-vous l'éco ?, 1er février,
2023, 59 min.
- "Livres
cultes : travailler un chef-d'uvre, LArt de la joie
de Goliarda Sapienza", Marie Richeux, Le Book Club, 26
février 2024, 59 min.
DES ARTICLES MONTRENT SON IMPORTANCE
- "Enquête : Goliarda Sapienza,
un modèle d'émancipation pour les féministes",
Lucas Minisini, M Le Magazine du Monde, 8 octobre 2022.
- "Sapienza,
princesse hérétique", René de Ceccatty,
Le Monde, 16 septembre 2005 : en souvenir de sa
visite dans notre groupe.
BIOGRAPHIE DÉTAILLÉE
Goliarda Sapienza (1924-1996) est née en Sicile de parents militants
socialistes antifascistes cultivés.
Très engagée elle-même, elle aimera des hommes et
des femmes.
Une biographie détaillée termine son livre Moi,
Jean Gabin (ainsi que le livre de son dernier compagnon qui lui
est consacré : Goliarda
Sapienza, telle que je l'ai connue), reproduite en grande partie
ci-dessous.
Les origines
- 1880 : naissance de Maria Giudice, mère
de Goliarda.
- 1884 : naissance de Giuseppe Sapienza, père de Goliarda.
- 1902-1905 : début de l'activité syndicale et journalistique
de Maria Giudice. Inscription au Parti Socialiste. Première arrestation.
Maria rencontre l'anarchiste Carlo Civardi puis se réfugie en Suisse
pour échapper à la prison. Rencontre Angelica
Balabanoff, Lénine et Mussolini.
- 1904-1913 : naissance des sept enfants de Maria Giudice et Carlo Civardi,
en union libre. La famille, qui vit dans un grand dénuement, s'installe
à Milan en 1910. Maria, institutrice, est licenciée pour
conduite immorale.
- 1911 : Giuseppe Sapienza devient secrétaire de la Chambre du
Travail de Catane.
- 1916 : Maria Giudice devient la première femme à occuper
le poste de secrétaire de la Chambre du Travail de Turin. L'année
suivante, elle est nommée secrétaire de la Fédération
Socialiste de la province de Turin et devient rédactrice en chef
de l'hebdomadaire socialiste Il grido del popolo (Le Cri du peuple),
auquel collaborera Antonio
Gramsci.
- 1918-1920 : Maria Giudice est condamnée à trois ans de
prison pour avoir incité les ouvriers d'une manufacture d'armes
à abandonner le travail. Libérée l'année suivante,
elle rencontre le futur père de Goliarda, Giuseppe Sapienza, lors
d'une manifestation et s'établit avec lui à Catane à
partir de 1920. Avec eux vivent six enfants de Maria et trois enfants
de Giuseppe.
- 1920-1922 : Maria milite en Sicile pour une gestion communautaire des
terres et la création d'un minimum salarial. Elle et Giuseppe dirigent
la Chambre du Travail de Catane et le journal Unione, dont les
locaux sont incendiés à deux reprises par les fascistes.
Ces derniers tentent aussi de les assassiner. En 1921, un des fils de
Giuseppe est retrouvé noyé : on ignore si cet assassinat
est l'uvre de la mafia ou des fascistes. En 1921 naît la première
fille de Maria et Giuseppe, Goliarda. L'enfant meurt au bout de quelques
jours.
L'enfance
- 1924 : Goliarda Sapienza naît à Catane, dans une
famille recomposée, comportant 10 enfants.
- 1925-1928 : rupture de l'équilibre familial. Trois enfants de
la famille meurent dramatiquement : l'une d'une pleurite, après
une nuit passée dans une rizière pour échapper aux
milices, l'autre retrouvé pendu en prison, ainsi que le dernier
né de la famille. En outre, Giuseppe Sapienza s'est épris
de la fille de sa femme, Olga, qui a 15 ans ; sa sur Licia décide
de quitter Catane avec elle ; Maria accompagne ses deux filles à
Stradella pour les aider à s'installer. Quelques années
plus tôt, il y avait déjà eu un précédent
incestueux entre Giuseppe et une autre fille de Maria, lorsqu'elle était
encore adolescente.
- 1933 : la famille Sapienza-Giudice déménage dans la Civita
; ce quartier populaire de Catane rassemble artisans de toutes sortes
et prostituées.
- 1938 : à 14 ans, Goliarda quitte définitivement l'école,
tandis que sa mère montre les premiers signes d'un effondrement
psychique.
Les premières années à Rome
-
1940 : à 16 ans, Goliarda commence à travailler pour une
compagnie de théâtre sicilienne et
prépare l'examen d'admission à l'Académie
nationale d'art dramatique de Rome. L'année suivante, elle
obtient une bourse d'études qui lui permet de suivre les cours
de l'école. Sa mère s'établit à Rome avec
elle.
- 1942 : arrestation de Giuseppe Sapienza, détenu pendant trois
mois à la prison de Catane.
- 1942-44 : Goliarda monte sur scène, notamment dans des pièces
de Pirandello, mais interrompt ses études quand l'Italie signe
un armistice avec les alliés : c'est le début de l'occupation
allemande de l'Italie et de la résistance antifasciste. Giuseppe
Sapienza s'établit à Rome et crée les brigades Vespri.
Goliarda en fait partie sous un faux nom. Recherchée par la police
allemande, elle se réfugie dans un couvent. C'est un des moments
les plus difficiles de la vie de Goliarda, éprouvée par
la guerre, la persécution nazie, la faim et une violente crise
de tuberculose. La santé mentale de sa mère s'est aussi
aggravée, elle est hospitalisée dans un asile psychiatrique.
La guerre finie, Goliarda retourne à l'Accademia. Mais elle
prend part aux manifestations des étudiants et abandonne finalement
ses études.
- 1945-52 : Goliarda se consacre au théâtre. Elle fonde en
1945, avec Silverio Blasi et Mario Landi, la compagnie de théâtre
d'avant-garde T45 (le théâtre 1945), puis entre en
1946 dans la Compagnia del piccolo teatro d'arte. En 1948, elle
rencontre le futur réalisateur Francesco
(ou Citto) Maselli - début d'une liaison qui durera 18 ans.
En 1950, elle fonde avec Silverio Blasi la Compagnia du teatrino Pirandello.
En 1951, elle connaît le succès pour son rôle dans
Vêtir
ceux qui sont nus de Pirandello.
- 1949 : son père Giuseppe Sapienza meurt à Palerme.
- 1953 : sa mère Maria Giudice meurt à Rome des suites d'une
bronchite. Umberto Terracini, ancien président de l'Assemblée
Constituante, Sandro Pertini et Giuseppe Saragat, futurs présidents
de la République Italienne, assistent à sa veillée
funèbre - c'est dire la figure importante qu'elle fut.
- 1953-1955 : Goliarda et Citto reçoivent souvent des amis intellectuels
et cinéastes. Goliarda se rapproche de Luchino Visconti, qui la
fait jouer dans Medea au Théâtre Manzoni à
Milan puis, en 1954, dans Senso.
Goliarda rencontre l'actrice Haya
Harareet : elles deviennent amies intimes.
- 1956 : ébranlement idéologique suite à la révélation
des crimes staliniens. Ses crises d'angoisse se multiplient. Elle commence
à écrire des poèmes (qui seront plus tard rassemblés
dans le recueil Ancestrale).
- 1957 : Goliarda travaille, en tant qu'assistante, sur le film Nuits
blanches de Luchino Visconti.
L'écriture
- 1958 : nouvelle crise de Goliarda, qui décide de s'éloigner
du cinéma et du théâtre pour se consacrer à
l'écriture.
- 1960 : retour exceptionnel au théâtre avec la pièce
Liolà de Pirandello dans une mise en scène de
Silverio
Blasi.
- 1962 : première tentative de suicide. Goliarda est hospitalisée
dans un asile psychiatrique où elle subit une série d'électrochocs.
Un jeune analyste, Ignazio
Majore, entreprend avec elle, à sa sortie de l'hôpital,
une thérapie psychanalytique quotidienne à domicile.
- 1963 : Goliarda commence un cycle de textes autobiographiques qui, jusqu'en
1968, l'amène à interroger les faits marquants de son existence
: Lettre
ouverte, Le
fil de midi, Les
certitudes du doute.
- 1964 : suite à une crise professionnelle, sans doute liée
à la relation amoureuse qu'il a nouée avec Goliarda et brusquement
interrompue, Ignazio Majore abandonne son métier et ses patients.
Goliarda fait une deuxième tentative de suicide et reste dans le
coma durant plusieurs jours.
- 1965 : Goliarda se sépare de Citto
Maselli. Durant deux ans, sur le conseil de Ignazio Majore, elle vit
en compagnie d'une infirmière.
- 1967-1969 : publications successives de Lettre
ouverte et de Le
fil de midi aux éditions Garzanti. Goliarda se lance de
façon intensive dans l'écriture de L'Art de la joie.
- 1975 : Goliarda rencontre Angelo Pellegrino, avec qui elle travaillera
sur ses uvres jusqu'à la fin de sa vie.
|
On a vécu ensemble pendant vingt et un ans,
avec des hauts et des bas, comme dans tous les couples. C'est peut-être
présomptueux de ma part, mais on s'est rencontrés
sur tous les plans, bien que j'eusse vingt ans de moins qu'elle.
Au début, l'Art de la joie nous a liés. Le
roman était pratiquement fini, mais il nécessitait
un grand travail d'editing que j'ai fait. En réalité,
j'étais comme à l'école. Goliarda m'a tout
appris, à lire, à écrire, à voir le
monde. Elle avait une énorme connaissance de la littérature
anglaise, française, européenne. En 1978, on a commencé
à proposer le roman aux éditeurs et les refus se sont
accumulés. On l'a ressenti comme un avortement de notre collaboration,
le refus d'un fils. |
- 1978 : le couple fait un voyage en Transsibérien,
traverse la Russie et la Chine pendant deux mois, ayant confirmation que
ce qui se racontait sur le bloc communiste, en particulier en Russie,
ne correspond pas à la réalité.
- 1979 : Goliarda et Angelo se marient. Le manuscrit de L'Art de la
joie, achevé, qu'ils ont transmis avant de partir en voyage
est refusé par la plupart des maisons d'édition italiennes.
Sandro
Pertini, ancien ami de sa mère et désormais président
de la République Italienne, intervient discrètement auprès
des éditions Feltrinelli. En vain.
- 1980 : Goliarda connaît une nouvelle crise
morale. Arrêtée suite à un vol de bijoux dans l'appartement
d'une amie, elle est détenue à la prison de femmes de Rebibbia.
Elle y rencontre Roberta avec qui à la sortie de prison elle aura
une relation amoureuse.
- 1983 : LUniversité
de Rebibbia paraît aux éditions
Rizzoli. Le livre est un succès. Mais Rizzoli se refuse toujours
à publier L'Art de la joie.
- 1984 : Goliarda achève l'écriture du roman Rendez-vous
à Positano, non publié de son vivant.
- 1987 : Les
certitudes du doute paraît aux éditions Pellicano
Libri.
- 1994 : une première partie de L'Art de la joie paraît
aux éditions Stampa alternativa.
- 1996 : Goliarda Sapienza meurt dans sa maison après une chute
dans l'escalier.
- 1998 : l'édition du texte intégral de L'Art de la joie
est établie par Angelo Pellegrino et paraît de façon
posthume. Le texte passe inaperçu.
- 2002 : toujours grâce aux efforts d'Angelo
Pellegrino, le recueil Destino coatto ("Destin contraint",
non traduit) est publié aux éditions Empiria.
- 2005 : parution en France de L'Art de la joie, aux éditions
Viviane Hamy. L'importance de cette uvre est subitement reconnue
et donne lieu à un extraordinaire succès autant critique
que public.
- 2006 : en Italie, la redécouverte de Goliarda
Sapienza met à jour plusieurs textes inédits importants.
Les prestigieuses éditions Einaudi (que nous avons fréquentée
avec Natalia Ginzburg) annoncent officiellement
qu'elles s'engagent dans la parution des uvres complètes
de l'auteur (équivalant à La Pléiade en France).
- 2007 : Gaeta, ville où Goliarda est enterrée, décide
d'élever une stèle funéraire en son honneur où
est gravée l'inscription : À LA MÉMOIRE D'UNE VOIX
LIBRE. En 2020, une place
Goliarda Sapienza y est consacrée à la poésie
- 2012 : plaque située Via Pistone 20, Catane, lieu de naissance
de G. Sapienza, offerte par la Società italiana delle letterate.
DES
IMAGES
Goliarda avec ses parents :
Des portraits divers :




Quelques images filmées de Goliarda
(en italien) :
- de 1970 : un extrait du
film Lettera aperta a un giornale della sera de Francesco Maselli,
un de ses compagnons pendant 17 ans, qui retrace les débats politiques
d'un groupe d'intellectuels engagé contre la guerre du Vietnam,
mais tiraillé entre l'envie de se rendre sur place et la peur de
quitter leur vie. Goliarda Sapienza y apparaît dans le rôle
d'un personnage qui porte aussi son prénom. La musique du film
est de Giovanna
Marini.
- de 1984 : interviewée
à la télévision par Enzo Biagi à propos
de son séjour à la prison de Rebibbia, suite à la
publication en 1983 de son livre LUniversité
de Rebibbia. Elle parle de ses rencontres avec des
personnes pleines de fantaisie, de chants et de désirs, dans un
endroit qui est une sorte de monde en miniature, un village.
Deux livres
ont été publiés par Viviane
Hamy en 2005 et 2008, tous les autres ont été publiés
aux éditions Le Tripode, qui ont également réédités
les deux premiers, soit 11 livres actuellement. Le directeur Frédéric
Martin est souvent présent dans les émissions consacrées
à Sapienza, exprimant sa passion pour l'autrice.
- 1967 (date de publication en Italie) : Lettre ouverte
- 1969 : Le
fil de midi, Viviane Hamy, 2008 : ce volume rassemble
les deux ouvrages autobiographiques précédents de G. Sapienza
Le fil de midi et Lettre ouverte, réédités
séparément par Le Tripode : Lettre
ouverte, 2021 ; rééd.
Poche, 2025 ; et Le
Fil de midi, 2022 ; rééd.
Poche, 2023.
- 1983 : LUniversité
de Rebibbia, Le Tripode, 2013 ; rééd.
Poche, 2019.
- 1987 : Les
certitudes du doute, Le Tripode, 2015 ; rééd.
Poche, 2020.
- 1998 : L'Art
de la joie, Viviane Hamy, 2005 ;
réédition Le Tripode, 2015 ; rééd.
Poche, 2016.
- 2002 : Destins
piégés, Le Tripode, 2023, récits.
- 2010 : Moi,
Jean Gabin, Le Tripode, 2012 ; rééd.
Poche, 2017.
- 2013 : Ancestrale,
Le Tripode, 2021, poésie.
- 2015 : Rendez-vous
à Positano, Le Tripode, 2017 ; rééd.
Poche, 2018.
Trois ouvrages publiés d'abord en
France, toujours par Le Tripode :
- Goliarda
Sapienza, telle que je l'ai connue : témoignage, d'Angelo
Maria Pellegrino, son dernier compagnon pendant 21 ans, 2015, 64 p.
Et de Goliarda Sapienza :
- Carnets,
2019.
- Miroirs
du temps, 2024, correspondances.
Cinq livres constituent un ensemble autobiographique : Lettre ouverte, Le Fil de midi, L'Université de Rebibbia, Les certitudes du doute et Moi, Jean Gabin.
Une traductrice
de l'uvre entière, devenue biographe
Nathalie Castagné a traduit la totalité
de l'uvre de Goliarda Sapienza. Elle est également l'autrice
de Sebastian ou la perdition et de Perséphone (tous
deux publiés à La Différence, sous le pseudonyme
dEilahtan), et de Lharmonica
de cristal (Seuil). Elle a traduit une quarantaine douvrages
en italien dont Pasolini, Lampedusa et Umberto Saba, Dario Bellezza, Elisabetta
Rasy, Giorgio Vigolo. Voir ici
une présentation sur un site professionnel.
Elle est aussi l'auteure de la première biographie : Vies, morts et renaissances de Goliarda Sapienza (Seuil 2024, rééd. Points 2025).
Dans une interview qui mérite d'être reproduite ci-dessous, elle raconte en 2015 l'histoire de la traduction de L'Art de la joie en France.
| Pouvez-vous vous présenter
à nos lecteurs en quelques lignes ? Méditerranéenne, mais liée à lEurope centrale (ma mère était polonaise), jai eu le sentiment de trouver pleinement ma terre en me mettant à chanter, vers dix ans. Ma première passion a ainsi été pour le chant lyrique, que lécriture a fini par supplanter, après des années de division entre ces deux chemins, lun et lautre nécessaires et vitaux. Javais fait entretemps un peu de philosophie et beaucoup de séjours en Italie, qui ont commencé à men apprendre la langue, déjà pratiquée, parmi dautres, dans le chant. Vous êtes à la fois écrivain
et traductrice, par quoi avez-vous commencé ? Est-ce
la traduction qui vous a poussée vers lécriture
ou linverse
? Les textes que vous traduisez sont-ils toujours
une demande déditeurs ? En tant que traductrice êtes-vous avant
tout rattachée à des maisons déditions
ou à des écrivains ? Comment avez-vous découvert Goliarda
Sapienza ? LArt de la joie est-il le premier texte
que vous avez lu delle ? Comment décririez-vous Goliarda Sapienza
à travers son uvre et, par la suite, le témoignage
dAngelo Pellegrino ? Quest-ce qui vous a le plus
touchée/marquée dans son uvre/sa vie ? Comment expliquez-vous lenthousiasme que
son uvre est capable de déclencher ? Comment expliquez-vous le refus des éditeurs
italiens de publier LArt de la joie pendant près
de vingt ans ? Comment sest passée sa première
publication en France aux éditions Viviane Hamy ? Comment sest faite la collaboration avec
Le Tripode par la suite ? Lettre ouverte et Le fil de midi,
deux textes rassemblés dans Le
fil de midi pour lédition
française, sont beaucoup plus morcelés, chaotiques,
que ses autres récits autobiographiques. La période
à laquelle ils ont été écrits (crise
existentielle, psychanalyse) peuvent lexpliquer ; peut-on
dire quils sont le terreau, désordonné, des
textes qui ont suivi (plus fluides et construits, plus distanciés
aussi) ? Peut-on dire que LArt
de la joie, seul texte fictionnel de Goliarda Sapienza, est
une forme daboutissement de ses récits autobiographiques
? (Nota bene : les textes mentionnés dans cette interview ci-dessous ont par la suite été publiés). Existe-t-il beaucoup de textes encore inédits
en Italie ? En France ? (Est-ce des textes autobiographiques ? Des
poèmes ?) |
- "Goliarda Sapienza (Le Fil de Midi) : entretien avec sa traductrice, Nathalie Castagné", Zoé Théval, Diacritik, 18 octobre 2022. Un entretien très approfondi sur Sapienza. Au passage... :
| Le seul livre de Goiliarda qui ait eu un peu décho en Italie est LUniversité de Rebibbia (1983) : il y avait eu le scandale du vol quelle avait commis mais surtout la justesse de certaines de ses analyses sur la prison a frappé, au point quelle a été citée dans une revue spécialisée dans les questions pénitentiaires ! |
- "Une icône paradoxale » : entretien avec Nathalie Castagné", Gabrielle Napoli, En attendant Nadeau, 9 juillet 2024. Extrait :
| Aujourdhui, pour une très grande
partie du lectorat français, Goliarda Sapienza est devenue
une sorte dicône féministe. Que vous inspire cette
réception ? Cest à mes yeux un phénomène paradoxal. Goliarda est en effet devenue un modèle, une icône, alors quelle était anarchiste, ce qui ne va pas vraiment avec les icônes. Je ne sais pas si elle aurait aimé limage quelle est devenue en tant quautrice. Elle estimait en effet quon nécrit que pour quelques-uns et que cest mieux ainsi. Elle aurait été heureuse de ce succès, bien sûr, heureuse dêtre entendue enfin, mais elle savait aussi combien les malentendus sont possibles lorsque le succès est au rendez-vous, et elle se méfiait des malentendus bien quayant aussi déclaré quelle écrivait "pour quon la mésentende". |
Les questions
d'édition : le rôle déterminant de la traduction française
- (Très intéressant)
"LArt
de la joie" de Goliarda Sapienza : la traduction comme moteur
de reconnaissance mondiale", Valentina Tuveri, master professionnel
Monde du Livre, Université Aix-Marseille, 2016, 20 p.
- Une
trahison « reconstructrice » : la réhabilitation posthume
de LArt de la joie de Goliarda Sapienza en France, Mara
Capraro, Actes du colloque D'outre-tombe : vie et destin des uvres
posthumes, Université de Rouen Normandie, juin 2018, dir. Aurélien
dAvout et Alex Pepino, CÉRÉdI, 14 p.
- Les éditions
Attila et laventure Goliarda Sapienza, rencontre avec Frédéric
Martin, interview vidéo réalisée par Libfly,
réseau social de lecteurs, disponible sur YouTube, 10 décembre
2012, 16 min.
Sur
L'Université de Rebibbia
- Frédéric Martin présente
l'ouvrage L'Université de Rebibbia, Librairie
Mollat, 26 septembre 2013, 2 min.
"L'Université de
Rebibbia, par Goliarda Sapienza : entre quatre murs", André
Clavel, L'Express, 26 septembre 2013.
- "Goliarda
Sapienza, romancière à l'école de la vie dans la
prison pour femmes", Florence Valdès Andino, TV Monde
info, 25 octobre 2013.
- "L'Université de Rebibbia",
Marine Landrot, Télérama, 26 octobre 2013.
- "Une romancière
entre quatre murs", Astrid Eliard, Le Figaro Littéraire,
21 novembre 2013.
- "Comment
Goliarda Sapienza fit de la prison une université", Eléonore
Sulser, Bruxelles, Le Temps, 28 novembre 2013.
- "Goliarda Sapienza ou l'école
de la prison", Gilles Archambault, Le Devoir, Québec,
11 janvier 2014.
- "Goliarda
Sapienza et L'Université de Rebibbia", Marie Schwartz,
lundimatin#242, 12 mai 2020.
Sur
une adaptation théâtrale de L'Université de Rebibbia
- "En
prison avec Goliarda Sapienza", Brigitte Hernandez, Le Point,
18 novembre 2018.
- "Rebibbia
d'après L'Université de Rebibbia", mise
en scène de Louise Vignaud, au Théâtre de la Tempête,
Journal La Terrasse, 17 décembre 2021.
Réception
de l'uvre en prison
- "La
prison, lieu de lutopie", Anne Pittleloud, Bulletin
des prisons, n° 14, Lausanne, novembre 2020.
La
réalité
- "Légataire
universel", par Jean-Baptiste Marougiu, Libération,
6 octobre 2005. Extrait de l'interview du mari de Goliarda Sapienza :
| Il y a eu ce vol de bijoux, et Goliarda fit trois
mois de prison. Que s'est-il passé ? Pour écrire son roman, Goliarda avait vendu ses tableaux, une commode sicilienne de valeur, etc. Très pauvres, on n'y arrivait plus. Une riche copine à elle lui avait prêté une misère, 300 000 lires, 150 euros actuels. Cette noble napolitaine en demanda la restitution de manière très offensante. Goliarda fut profondément blessée. Pour se venger, elle s'appropria un coffret de bijoux de la dame, qu'elle vendit à un bijoutier. Quand les bijoux furent remis en vente, le plus innocemment du monde, le scandale éclata. Personne ne voulait l'envoyer en prison, mais elle voulait absolument y aller. Elsa Morante a écrit que c'était un geste dostoïevskien, que Goliarda entendait éprouver ce qu'avait enduré sa mère. La prison de Rebibbia à la périphérie de Rome la marqua énormément : la déréliction des détenues certes, mais aussi la solidarité, la chaleur amoureuse des cellules. À la sortie, elle continua à fréquenter ses compagnes d'infortune et écrira un livre très beau, L'Università di Rebibbia, où elle avance que la vraie prison c'est dehors. |
Dans le documentaire sur Arte Désir et rébellion : LArt de la joie, on voit et entend G. Sapienza dire qu'elle y est restée un mois et demi.
Son compagnon dit dans Goliarda Sapienza, telle que je l'ai connue que "des amis influents la firent sortir de prison au bout de quelques jours alors qu'elle avait tout fait pour y rester plus longtemps, y compris gifler une gardienne".
Quant à la biographe, Nathalie
Castagné dans son livre ultérieur dit que la réponse
n'est pas nette à la question combien de jours elle y est restée
? Le jugement aurait été de quatre mois, avec sursis,
et elle serait restée en prison une dizaine de jours peut-être,
écrit-elle. Elle est, en tout cas, rapidement libérée.
Et sans inscription au casier judiciaire.

Sapienza avec ses amies, anciennes détenues de Rebibbia, au Circolo
Mondoperaio de Rome pour la présentation du livre LUniversità
di Rebibbia (Source : La Repubblica, 26 février 1983,
indiquée dans Diacritica,
25 août 2024)

Il Dubbio, 24 avril 2025
En 1984, elle est interviewée
à la télévision par Enzo Biagi à propos
de son séjour à la prison de Rebibbia, suite à la
publication en 1983 de son livre LUniversité
de Rebibbia. Une séquence
archive figure dans le film Fuori.
Mara Capraro est la spécialiste du livre que nous lisons.
Carrément une thèse
- "È stata una
lezione di letteratura". Formes et significations de la prison dans
luvre narrative de Goliarda Sapienza, Mara Capraro,
Études italiennes, Grenoble, décembre 2023.
Des articles
- "Les
corps déviants des détenues dans LUniversité
de Rebibbia et Les Certitudes du doute de Goliarda Sapienza",
Mara Capraro, Nouveaux cahiers de Marge, n° 4, 2021.
- "Lécriture
comme arme pour endiguer loubli : le corpus carcéral de Goliarda
Sapienza au prisme du 'pacte avec le témoin'", Mara Capraro,
revue Postures, n° 37, 2023.
Colloque-événement
- À loccasion du centenaire de la naissance de lécrivaine
Goliarda Sapienza, colloque international organisé par lUniversité
Rennes 2 et lUniversité Paris Nanterre "Les
mots nourrissent » Pour les cent ans de Goliarda Sapienza. Réception
et analyse de luvre de Goliarda Sapienza", Université
Rennes 2, 21-22 mars 2024. Mara Capraro (Université de Grenoble),
intitule son intervention : "Il existe un côté délinquant
à lintérieur de moi" : lexpérience
carcérale de Goliarda Sapienza et la construction de la posture
auctoriale et médiatique.
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