Goliarda SAPIENZA
L’Université de Rebibbia
trad. de l'italien Nathalie Castagné
Le Tripode, 2013
rééd. Poche, 2019 200 p.

Quatrième de couverture :

L’Université de Rebibbia est le récit du séjour que fit Goliarda Sapienza dans une prison romaine en 1980. Moment critique dans la vie de l’auteur : après s’être consacrée de 1967 à 1976 à l’écriture du monumental roman L’Art de la joie et avoir fait face à un refus général des éditeurs italiens, c’est une femme moralement épuisée qui intègre l’univers carcéral de Rebibbia, la plus grande prison de femmes du pays. Pour un vol de bijoux qu’il est difficile d’interpréter : aveu de dénuement ? Acte de désespoir ? N’importe. Comme un pied de nez fait au destin, Goliarda va transformer cette expérience de l’enfermement en un moment de liberté, une leçon de vie. Elle, l’intellectuelle, la femme mûre, redécouvre en prison – auprès de prostituées, de voleuses, de junkies et de jeunes révolutionnaires – ce qui l’a guidée et sauvée toute sa vie durant : le désir éperdu du monde.

L’Université de Rebibbia est un nouveau tour de force dans l’œuvre d’une femme au parcours décidément hors norme. Il fut immédiatement perçu comme un texte important en Italie. Publié par la prestigieuse maison d’édition Rizzoli, le livre fut accueilli avec enthousiasme par la critique et le public. On découvrait avec étonnement une écrivaine déjà âgée, partageant avec drôlerie et férocité son expérience d’une prison qui, pour reprendre ses mots, "a toujours été et sera toujours la fièvre qui révèle la maladie du corps social".

Ironie de l’histoire, L’Université de Rebibbia deviendra ainsi le premier succès de Goliarda Sapienza. Et son dernier. Malgré les bonnes ventes du livre, Rizzoli maintint son refus de publier L’Art de la joie, condamnant encore pour plusieurs années ce texte à l’obscurité d'un tiroir.

Goliarda Sapienza (1924-1996)
L'Université de Rebibbia (1983, traduction en 2019)

Nous avons lu ce livre pour le 6 février 2026.

Des infos en bas de page autour du livre : Repères biographiques Publications de Goliarda Sapienza La traductrice
Presse sur L'Université de Rebibbia Travaux universitaires

Nos 16 cotes d'amour

Jacqueline Manuel Rozenn
Annick L Catherine
Christelle
Monique L RenéeThomas
Entre etClaire Jérémy
Brigitte Fanny Françoise

EtienneMégane

Monique
Ce récit m'a complètement immergée dans cette prison pour femmes. J'y ai découvert les rites et les règles de ce milieu bien particulier. L'auteure nous fait découvrir des lieux, des habitudes. On y respire les odeurs, on y perçoit les voix tant gouailleuses que mélodieuses. Il faut savoir comment se comporter, un geste, un regard peut vous perdre.
L'auteure nous permet de suivre l'évolution de sa perception des lieux. Au début, elle trouve incompréhensible ce monde dont elle ne comprend ni les règles tacites, ni le mode de fonctionnement, elle est initiée par d'autres détenues qui la prennent sous leurs ailes.
Pour ne pas se laisser aller, elle essaie de se blinder : "Il faut que je parvienne à arrêter mon imagination et que je m'en tienne seulement aux gestes et aux pensées qui peuvent m'aider à tout dépasser avec le minimum de souffrance.". La violence, la dureté des gardiennes ne l'atteignent plus, ne l'humilient plus : "Cette violence blesse mon visage comme une gifle mais ne m'humilie pas. Je m'en étonne, tandis que m'alarme le soupçon atroce que cette non-humiliation soit due au fait que je me sens 'condamnable', racaille désormais digne de n'importe quelle insulte de quiconque est en règle avec la loi."
Tout change quand elle est transférée dans l'espace des "camerotti" où les détenues vont et viennent comme dans une ruche.
Le regard de Goliarda est lucide et pénétrant ; elle se montre sagace, ironique, intelligente, et avec une grande attention aux autres. Elle prend du recul pour observer. Son regard sur ses codétenues se transforme petit à petit. Au début elle les dépeint comme des caricatures grotesques et terrifiantes, puis elle nous décrit une série de personnages parfois pittoresques, souvent attachants.
Cette expérience lui fait rencontrer des femmes de tous les horizons, de toutes les classes sociales. Vers les trois quarts du récit, Goliarda est conviée dans le cercle des femmes plus cultivées qui "lui ressemblent", des "politiques" principalement, ainsi que la sublime Suzie Wong, esthète trafiquante internationale de drogue, avec lesquelles elle peut dialoguer.
J'ai aimé ce mélange de réflexions, sociales et politiques et de dialogues avec les autres détenues… J'ai apprécié l'adaptation assez extraordinaire dont a fait preuve Goliarda, aidée par un sens aigu de l'observation et comment elle a mené cette expérience à fond.
C'est une description très fouillée de la vie communautaire, de ses inconvénients, comme de ses côtés constructifs (une certaine solidarité, complicité) où des femmes trop isolées, à l'extérieur, retrouvent des liens, des camaraderies qui les aident à se reconstruire, à tel point, que dans certains cas, la "sortie"… n'est pas aussi attendue que cela… C'est un récit réaliste, vibrant, engagé servi par un style soutenu, percutant, sensible et sans jugement ni émotion débordante.
La scène finale et dernier acte, est comme un grand feu d'artifice avec cette énorme empoignade à coups de pieds et de poings entre taulardes et gardiens mâles.
J'ai aimé l'incroyable vitalité qui règne dans cette prison, la solidarité, les histoires de femmes qui s'y déroulent… Goliarda nous décrit son expérience qu'elle juge enrichissante comme étant une école de la vie, d'où le titre qui peut paraître surprenant au début. J'ouvre aux ¾.

Manuel
Je ne connaissais pas Goliarda Sapienza que j'ai découverte grâce au documentaire d'Arte. Dans le film Senso, il y a un moment de de bascule dans le théâtre où une femme d'une loge lance une fleur et c'est Goliarda Sapienza qui joue à ce moment-là.
Dans le livre j'avais du mal à me représenter la prison et dans le documentaire d'Arte on voit la prison.
Le début du livre m'a d'abord donné envie de le lâcher, car j'étais viscéralement angoissé par l'entrée en prison.
Et puis j'ai marché, c'est truculent, drôle, très bien campé ; et engagé politiquement. C'est bien mené. C'est bien dit.
J'ai aimé ce truc, le rapport entre la prison et l'extérieur. Elle décrit tout l'extérieur, avec les règles. Elle compare l'enfermement et l'extérieur. Et cela est un enrichissement pour elle.
Je n'ai pas terminé, mais j'ouvre en grand.
Fanny
Évidemment, ça nous est possible parce que nous avons un passé de coercition et ici, au fond, nous retrouvons une situation qui n'est pas nouvelle pour nous : le collège, la famille, la maison… Nous savons ancestraleme
nt nous servir de nos mains, nous distraire par mille petits travaux, et j'admets aussi - comme il le dit - que nous savons être plus mesquinement rusées…
C'est un très beau récit. Je ne connaissais pas Goliarda Sapienza. C'est une belle découverte. Un récit plein d'humanité. Très féministe : "Évidemment, ça nous est possible parce que nous avons un passé de coercition et ici, au fond, nous retrouvons une situation qui n'est pas nouvelle pour nous" (p. 173).
Un bémol qui tient à moi et non au récit, je n'avais pas envie de me replonger dans cette lecture et dans ce milieu carcéral au moment de reprendre ma lecture. J'avais l'impression de manquer d'air, en même temps c'est cohérent, elle est en prison. L'absence de chapitre a peut-être eu un impact.
Mais c'est intéressant. Bien écrit. Les rencontres enrichissantes avec les femmes sont racontées de façon très juste.
Et il y a ce rapport au temps, dans cette plongée où elle vit une forme d'acculturation. On est plongé aussi, on est avec elle. J'ai l'impression que le récit se déroule sur quelques jours, et on a l'impression qu'elle est là depuis des semaines. "dans le sommeil, je dois m'être complètement adaptée aux façons de vivre en vigueur dans cette nation et au langage qu'on y parle, car je comprends tout ce qui est dit dans la cellule" (p. 115).
Il y a de beaux passages d'écriture avec de beaux moments d'humanité et de sororité. "l'esprit libre de jouir de ces moments incomparables qui n'adviennent que peu de fois dans la vie : être "seul" bien qu'en compagnie de personnes qui vous vont bien précisément comme un bon manteau chaud quand commence une mauvaise saison" (p. 168)
Il y a ce passage avec la
comparaison d'autres prisons, en Hollande, terribles, et en Iran où les femmes dans les nuits torrides dorment dans la cour et chantent. Je suis allée une fois en prison pour mon travail… le cadre semblait beaucoup moins libre que dans le récit de Sapienza.
Je me suis demandé si j'aurais envie de lire L'Art de la joie. Je suis en tout cas très contente d'avoir découvert ce livre et le portrait de cette femme.
Annick L

Je suis heureuse d'avoir découvert cette auteure et cette figure de la vie culturelle italienne dont j'ignorais tout.
Et il y a longtemps que je n'avais pas été surprise comme ça par une lecture. En effet je me suis vite immergée dans cette prison peu banale, après une sorte de descente aux enfers, fort bien décrite. J'ai été fascinée par cette communauté de femmes si disparates par leur comportement, leur parler, leur culture d'origine. J'ai été surprise aussi par la façon dont la narratrice réussit à apprivoiser cette micro-société, à nous la rendre vivante, pleine de bruit, de fureur, mais aussi de sororité. Une évocation d'où émergent quelques beaux portraits féminins.
J'ai été également intéressée par la façon dont elle opère un véritable retournement des valeurs entre ces deux mondes, celui de la prison et celui du dehors, en construisant même, avec ses camarades, ce concept d'université de Rebibbia. Un univers protecteur de la violence sociale extérieure au point que certaines prisonnières souhaitent y revenir. On peut s'interroger quand même sur ce lieu d'enfermement, un modèle expérimental (?), très éloigné de ce que l'on peut savoir de l'univers carcéral aujourd'hui en France, par exemple.
J'ouvre ¾.
Etienne
Pour ma part je suis globalement déçu ; je pense que j'avais trop d'attentes : on entend souvent parler de L'Art de la joie en des termes élogieux et de plus l'objet-livre est très alléchant (superbe photo de Sapienza clope à la main, regard intense ; belle mise en page, texte aéré, poids des pages agréable ; bref rien à voir avec l'impression de pavé-pâté d'Elias Canetti que je m'apprête à lire).
Je suis assez déçu car je n'ai pas été ému, je n'ai rien ressenti. La prose ne m'a pas du tout emballé, elle a quelque chose de distant, froid. On ne sait rien de Sapienza : aucune introspection. Comment alors ressentir de l'empathie ? J'ai ricané quand j'ai appris qu'elle n'avait finalement peut être passé que 10 jours en prison... Le terme a été évoqué plusieurs fois au cours de la séance, mais j'ai en effet eu l'impression de lire un entretien sociologique dans une langue universitaire. On était bien loin du regard pénétrant de Goliarda.
Il y a évidemment des coups d'éclats, des passages très bien sentis. Par exemple son analyse des prisonniers politiques : "Seul le prisonnier politique s'attarde à raconter la prison, mais la raison pour laquelle il y est allé est trop honorable pour pouvoir donner la mesure de la véritable prison : celle des voleurs, des assassins, pour parler clairement : des maudits. Le politique en sort renforcé dans son orgueil et son récit est faussé par ce qu'il a d'épique" (ça m'a fait penser à
Sarkozy évidemment). Il y a des dialogues avec ses codétenues qui sont savoureux, par exemple avec la fausse gauchiste. Mais cela reste trop épars et l'écriture en paragraphe rend également la lecture pénible.
Je pense également que ma lecture a pâti de l'ombre du
Zéro et de l'infini, lu il y a un mois, qui décrit l'expérience de la prison dans sa dimension la plus totale et perverse, mais est surtout magistralement écrit : tension, suspense, acuité sociologique savamment distillée. En bref, de la narration, tout ce qu'il manque à L'université de Rebibbia.
J'ouvre au ¼.

Jacqueline
J'ai été prise dès le début par cette écriture. J'ai partagé les émotions de la narratrice à son arrivée et j'ai aimé son regard sans jugement. J'ai été avec elle dans sa découverte de la prison. J'ai admiré sa dignité : elle cherche à apprendre le comportement adéquat dans un monde étranger. Le titre m'a alors renvoyé à Mes universités de Gorki dont il a été question de lire un livre…
Je n'avais encore lu que cette première partie, quand j'ai vu le film Fuori. J'ai appris qu'en italien fuori veut dire dehors. Cependant, je ne m'attendais pas à ce que, effectivement, il se passe dehors ! Rien de ce qui m'avait frappée dans le livre n'y était. Comme je n'en étais qu'au premier tiers, j'avais pensé découvrir la suite dans le film. Mais je ne m'y retrouvais pas. Le film parlait plus de l'écrivaine que de la prison…
J'ai repris le livre, j'étais très curieuse de la Roberta du film que j'attendais et un peu perdue dans tous les personnages, mais j'ai aimé la manière dont l'auteure les décrit et surtout les fait parler... C'était comme une espèce d'enquête sociologique.
Et puis, il y a ce trajet du livre qui passe de l'impression individuelle d'isolement à la description d'un mouvement collectif. Ça m'a beaucoup plu, même si la narratrice se positionne plus comme observatrice de ce mouvement que comme y prenant une part active… Dans la description de cet univers carcéral, j'ai été particulièrement sensible à ce qui est dit des gitanes…
J'ouvre en grand.
Rozenn
(à l'écran)
Je l'ai lu très vite comme d'habitude. J'ai été complètement saisie, attrapée, mais avec une petite réticence que je n'analysais pas.
Il y a cette galerie de personnages et l'analyse sociologique dans la façon de décrire les personnages qui m'a donné une impression d'observation participante.
Puis j'ai lu sa vie et j'ai compris qu'elle savait qu'elle ne serait pas là longtemps.
Mais en dépit de ma réticence, et pour ce saisissement que j'ai ressenti, j'ouvre en grand.
Elle écrit de façon nébuleuse. J'ai maintenant L'art de la joie depuis une heure et j'ai lu le premier chapitre, c'est trop ! Et ce qui est étonnant c'est que dans cette fiction elle est là alors qu'en prison elle est extérieure.
Bref je suis très contente d'avoir lu ce livre très différent de ce qu'on a pu lire.
Quand j'écrivais ma thèse, je rêvais d'avoir du temps et être en paix pour travailler, et j'avais pensé à la prison. Mais je vois que ce n'est pas une bonne idée…
Jérémy entre et(c'est trop long Jérémy !)
Avant la lecture : Je n'avais jamais rien lu de Sapienza avant et je n'en avais jamais vraiment entendu "parler" donc j'ai vraiment abordé ce livre "vierge" de tout préjugé et idée préconçue.
Après la lecture : Mon avis est mitigé et il est en deux temps, à l'image du livre. Pour moi il y a d'un côté la description de l'univers carcéral, et de l'autre le discours politique afférent à ce milieu et au contexte de l'époque.
J'ai beaucoup aimé la description du milieu carcéral. Je trouve la langue très belle, très poétique et la description riche et exhaustive. Tout y passe :
- la lumière et son manque, le(s) bruit(s), les odeurs : "Toutes les cellules entrouvertes laissent échapper des senteurs, parfois de loge de concierge, parfois de lupanar, parfois de maison bourgeoise."

- le rapport à l'argent : "Le sens de tout ça est que la détenue n'a plus le droit de manipuler l'argent qui, comme nous le savons, est symbole d'autonomie et d'identité, mesure de notre valeur et de notre place dans la société."
- les relations avec les gardiennes, qui ne semblent pas si dures que cela, mais avec une "bonne" distance difficile à trouver : on peut échanger avec certaines d'entre elles, mais attention à ne pas poser la question de trop
- les conditions d'hygiène : les cafards dans la cellule ; "La cote d'alerte de la saleté qui envahit mon corps a atteint mes yeux : maintenant mes orbites débordent de la sueur aigre de litres de limonade bourrée de sucre" ; l'eau froide qu'il faut braver si l'on veut se doucher, et l'heure matinale si l'on veut avoir de l'eau chaude qui plus est
- le rapport au temps : ne pas dormir pendant la journée sous peine de ne pas réussir à dormir la nuit, ce qui est horrible, et le risque d'être "déphasé"
- ce qu'il faut dire/ne pas dire, faire/ne pas faire : les conventions sociales à respecter si l'on veut survivre dans ce milieu : "Ici, à Rebibbia, ne pas savoir jouer aux cartes est une faute inadmissible. C'est aussi une faute grave de trop pleurer ou de confier ses craintes sur l'issue de son procès : la peine ne se fait pas attendre, on est isolé de tous comme une pestiférée. On peut le comprendre : toutes redoutent l'effondrement et le fuient."
- le parloir qui fait plus de mal que de bien : ceux du dehors ne peuvent pas comprendre
- le sexe, et le rapport aux hommes et à leur manque, et comment les détenues font pour le gérer, et notamment Annunciazione qui se satisfait par elle-même et qui fricoterait bien avec Goliarda en lui montrant ses revues porno lesbiennes ; sans compter la descente des gardiens qui éveille des sentiments ambivalents, entre dégoût et rejet de leur violence et excitation provoquée par la virilité qu'ils dégagent -entre Eros et Thanatos...
- les rapports de classes/ sociaux entre détenues : "Les différences de classes règnent ici comme dehors, insurmontables. La prison est le spectre ou l'ombre de la société qui l'a produite"
- la différence entre les détenues politiques et les détenues de droit commun : : "Je vois déjà avec quel respect sont traités les prisonniers politiques, ici aussi. Certes - dit-on - avec plus de cruauté que les autres, mais la cruauté, quelle qu'elle soit, n'égale jamais l'humiliation ou la honte dans laquelle plonge le délit de droit commun."
- la langue des détenues, notamment l'argot des détenues issues des milieux populaires, cette langue qui trahit Sapienza qui essaie elle aussi de parler l'argot pour s'intégrer, pour faire peuple, mais est tout de suite démasquée : ça ne lui va pas, ça n'est pas elle, et en prison, on ne peut plus faire semblant, il n'y a plus de masques, on est qui l'on est, un point c'est tout.
- la manière d'envisager l'après, la sortie : "'Quand je sortirai'! Autre chose à faire, ne jamais penser à l'avenir dans cet endroit. L'avenir est toujours rempli de portes imaginaires dont on croit avoir les clés. Ici, les clés, ce sont les autres qui les ont, sans équivoque."

Certaines expressions sont vraiment très belles et bien trouvées :
- "Elle a pris un morceau de prairie du monde de dehors et l'a emporté avec elle, mais elle en a trop arraché pour son petit corps".
- "Tu craques, tu t'en vas en morceaux de trouille et t'avoues tout. S'en aller en morceaux de trouille, c'est très célinien je trouve !"
- À propos du parloir : "un bouillon d'haleine d'organismes mal nourris, une fulguration électrique d'espérances presque toujours déçues".

Mais le versant négatif, c'est que j'ai parfois eu l'impression qu'elle faisait des phrases, que satisfaite d'elle-même, elle se regardait un peu écrire et se laissait aller à des envolées lyriques un brin poseuses : "'Chante, Ramona, chante !' Et la voix de la gitane s'était élevée, limpide, dessinant un motif plein de nostalgie aussi ancien que tous les peuples errants de la terre."
J'ai également moins apprécié le discours politique, de plus en plus présent au fur et à mesure que l'on avance dans le livre. Ce fond de sauce d'extrême gauche du début des années 70 semble bien daté et je ne l'ai trouvé pas trouvé convaincant. Le discours m'a semblé un peu "plaqué", et exagéré. Je veux bien que Rebibbia ait été une prison modèle mais il ne faut pas pousser quand même ! "Je me suis depuis si peu de temps échappée de l'immense colonie pénitentiaire qui sévit dehors, bagne social découpé en sections rigides de professions, de classes, d'âges, que cette façon de pouvoir brusquement être ensemble - citoyennes de tous milieux sociaux, cultures, nationalités - ne peut que m'apparaître comme une liberté folle, insoupçonnée." C'est peut-être aussi facile à dire en y étant restée une dizaine de jours ou quelques semaines tout au plus. Si elle avait dû y rester plusieurs années, elle aurait peut-être tenu un autre discours !

Et puis ce discours à la Chomsky/Debord dans La société du spectacle : "'On nous appelait Bonnie and Clyde !' Mais tu ne comprends pas que Bonnie and Clyde, on te l'a fait voir pour que tu l'imites, ou mieux que tu canalises ton mécontentement en petits ou grands vols à main armée qui servent le système ?
Merde, comment vivrait toute la masse de travailleurs engagés dans l'industrie carcérale, qui va des juges aux avocats, aux assistants sociaux, aux médecins, aux gardiens, sans oublier les receleurs, etc., et la presse ? Comment vivrait la presse dans ce système de profit, de spectacle ? Produits délicieux qui se vendent au plus haut prix. Pourvu qu'on vende encore et encore, et avec toujours plus de profit. Maintenant qu'on a épuisé toutes les émotions sentimentales ou pathétiques d'autrefois, il ne reste plus que l'assassinat pour secouer la carcasse émotionnelle d'individus blasés. Et ainsi, aujourd'hui, seule la vraie mort dévoilée à la télévision donne quelques émotions à la masse qui, après un travail inhumain juste pour survivre, va au cinéma ou s'assied devant la télé..."
Le discours sous-jacent, c'est que la société capitaliste nous divertit pour annihiler toute volonté de transformation sociale, pour nous abêtir, nous rendre dociles, et que si l'on montre des méfaits aux petites gens, aux opprimés, c'est pour qu'ils tombent dans le piège et les reproduisent au lieu de s'unir pour trouver une réponse politique et faire tomber le système. Bon, bon... La tirade "Seule la vraie mort dévoilée à la télévision" m'a fait penser au film La Mort en direct de Tavernier avec Romy Schneider.
En synthèse, j'ai vraiment apprécié la description de l'univers carcéral et la plume de Sapienza mais j'ai quelques réserves et j'ouvre donc entre ½ et ¾.
Renée(à l'écran)
Je n'avais pas lu L'Art de la joie, car le consensus autour de ce livre m'avait rendu méfiante.
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire L'université de Rebibbia, en premier lieu à cause de l'exotisme d'une prison de femmes, en Italie.
Le titre est parfaitement explicite : cette prison est une école de la vie, une expérience, une transformation définitive ; on réfléchit sur la liberté et le rapport à "l'autre". La discipline n'est pas excessivement sévère car ce sont soit des "politiques" soit de petites délinquantes. L'autrice explique parfaitement qu'à l'intérieur de la prison, c'est comme à l'extérieur, les catégories sociales sont différenciées : le peuple avec son langage argotique particulier, puis les intellectuelles et les "riches", avec plus ou moins de porosité entre les deux catégories. Inutile d'essayer de jouer un rôle :"ces expériences prolétaires, tu ne peux te les permettre que si tu réussis à te cacher (...) aux yeux du vrai prolétariat, autrement, tu risques le lynchage". Malgré cela, il existe une véritable sororité qui anime ces femmes, à tel point qu'elle manque aux plus précaires, aux plus fragiles, lorsqu'elles se retrouvent à l'extérieur seules, leur seul échappatoire étant la drogue. D'où "le syndrome carcéral, (...) l'amour de la prison".
Il n'y a aucun jugement de valeur, tout est suggéré, car l'autrice garde une certaine distance, comme si elle étudiait la situation.
Goliarda Sapienza a réussi son témoignage : c'est bien écrit, poétique par moments, bien construit. J'ouvre aux ¾.
Françoise

Je suis partagée. Et je rejoins Jérémy et Étienne.
Je n'ai pas été emballée par l'écriture, je n'ai pas trouvé que c'était remarquablement écrit. Bon ça se laisse lire, mais ce n'est pas exceptionnel.
Je rejoins Etienne sur le fait qu'elle ne parle pas assez d'elle. Est-ce que c'est autobiographique ? Cette prison est exceptionnelle, expérimentale. On ne peut pas confondre avec les prisons italiennes lambda. On le voit tout de suite quand elle arrive et qu'une gardienne lui dit : attends je vais te trouver quelque chose à manger… Elles se promènent, s'invitent à prendre le thé, les politiques et les droits communs sont mélangées, etc. Et du coup je n'ai pas compris la violence de la fin, inexpliquée, avec le surgissement d'hommes, ça m'a semblé artificiel, et pour prouver quoi ? Que même là il y a de la violence ? À cause des hommes ? J'aurais pensé plus vraisemblable que la violence soit distillée ou suggérée tout au long du récit.
Ce qui m'a plu, c'est la sororité quelles que soient les origines sociales, alors que chacune sait où les autres se situent. Mais ce n'est pas une source de conflits.
On comprend pourquoi certaines veulent revenir en prison, du fait de ce régime spécial, protecteur finalement par rapport à l'extérieur pour la majorité d'entre elles.
Oui, la narratrice reste à l'extérieure, elle est observatrice. Mais c'est intéressant.
J'ouvre à moitié.
Je n'avais rien lu de cette auteure et ce livre ne m'a pas donné envie de lire L'Art de la joie. Son parcours me semble plus intéressant.

Catherine
(à l'écran)
Je ne connaissais pas grand-chose de Goliarda Sapienza et n'avais jamais lu ses livres. C'est le film Fuori qui m'a donné envie de la connaître. Le film est centré non pas sur son séjour en prison, mais sur l'après sa sortie, même si des flashbacks reviennent sur le vol pour lequel elle a été condamnée et sur son arrivée en détention. On fait connaissance avec Roberta et Barbara, ça m'a donné envie d'en savoir plus sur son séjour en prison.
Ce livre est une vraie plongée dans l'univers carcéral et dans un univers entièrement féminin. On découvre un univers parallèle, une microsociété, avec ses règles, sa routine et sa sociologie propre, les droits communs, les politiques, les gitanes, les toxicos, les jeunes, les vieilles... On a l'impression d'y être, d'en sentir les odeurs, d'en entendre les bruits. Il y a une réflexion sur le temps qui se distord, le temps carcéral qui passe paradoxalement plus vite qu'à l'extérieur, sur le côté rassurant de cet univers clos ("le charme de la prison c'est qu'on est toujours sûrs de se revoir"), univers dans lequel on ne peut pas tricher ("Ici les échelles de valeur de chacun se manifestent avec une clarté absolue, et il n'y a pas moyen de cacher aux autres, encore moins à nous-même notre nature"), à tel point que certaines n'arrivent plus à se réhabituer à l'extérieur et font en sorte de retourner en prison à peine sorties. J'ai aimé l'écriture, l'humour et la tendresse que l'on sent pour les personnages, mamma Roma, Susie Wong, Annunciazone...
Il y a des moments marquants : l'arrivée, la fouille, la descente des couloirs, la porte qui claque et la première nuit (étant très claustro, j'étais assez tétanisée), le parloir avec cette phrase où elle parle des "quelques gouttes de mort" absorbées du dehors, la tentative de suicide de Barbara et l'arrivée punitive des gardiens, un mélange de violence, de désespoir parfois, mais aussi de vraie sororité, de brassage social.
J'ai été intéressée par les réflexions sociologiques, mais les discours politiques m'ont paru un peu, voire très, datés, l'Italie des années 70. Ça n'est pas une prison ordinaire, même si c'est une expérience vécue. Les cellules décorées, le déjeuner du dimanche avec la cuisine de Susie Wong pendant lequel on discute, l'Université Rebibbia, ça semble un peu utopique, Rebibbia est d'ailleurs une prison modèle. Goliarda n'y est restée que quelques mois et elle savait en arrivant que son expérience carcérale serait courte, ça a changé très probablement son vécu, elle reste une peu extérieure. Quoi qu'il en soit, je crains que les prisons françaises en 2026 soient moins sympas, si on en croit la rapporteuse des prisons...
Une belle expérience de lecture pour moi au total, j'ouvre aux ¾, ça m'a donné envie de lire L'art de la joie.

Christelle

Je ne connaissais pas Goliarda Sapienza, je me suis complètement laissé emporter par sa plongée en prison. La première partie, son arrivée et ses premières heures à l'isolement m'ont sidérée. J'ai trouvé son récit très réaliste et vivant, notamment grâce à la description des bruits, voix, silences... : p. 15, elle parle d'anormalité du silence de la prison, "le silence de la vie" (à l'extérieur) "est sonore"... Tout au long du livre (que j'achève), j'ai aussi aimé sa façon de décrire les lieux (passage des grilles, coursives, cours extérieures...) et le temps qu'il était difficile de suivre... : je me suis sentie en perte de repères, cela reflétant habilement la façon dont les notions du temps et de lieu sont probablement perturbées en prison.
J'ai été intéressée également de comprendre comment la prison se transforme en refuge, certaines femmes (dont les portraits sont très bien brossés) finissent par s'y sentir plus en sécurité et paix qu'à l'extérieur et y reviennent quasi volontairement. La scène après le parloir est aussi significative du fossé qui se creuse entre détenues et le monde extérieur.
J'ai relevé aussi plusieurs passages : sur la façon dont l'emprisonnement oblige à la confrontation avec les autres et soi-même (p. 115) ou sur la différence de ton utilisé par les anciens prisonniers pour raconter leur séjour selon qu'ils sont "de droit commun" ou politiques (p. 71).
Il m'a tout de même semblé que Sapienza enjolivait un peu l'univers carcéral ; mise à part la dureté des premières heures, finalement tout se passe pour le mieux pour elle : elle s'entend aussi bien avec les gardiennes, qu'avec ses compagnes de cellules, qu'avec ses codétenues d'une façon générale, avec lesquelles elle boit le thé chez Suzie Wong... ; elle relate curieusement assez peu de souffrance, désespoir, violence... ; mais peut-être est-ce tout simplement car je n'ai pas lu les dernières pages, ou à cause du caractère expérimental et "modèle" de Rebibbia qui rendrait l'incarcération plus douce ou parce que le séjour de Sapienza fut finalement assez court...
J'ouvre aux ¾.
Brigitte
(à l'écran)
Je ne connaissais pas Goliarda Sapienza.
L'université de Rebibbia est un beau projet : restituer à l'intention du lecteur la vie quotidienne dans la prison romaine de Rebibbia dans les années 80.
Malheureusement, le résultat n'est pas totalement à la hauteur de l'intention.
Certaines parties sont très réussies, mais d'autres sont très difficiles à lire.
Le but est de faire ressentir l'ambiance de violence et de chaos qui règne dans cet univers presque totalement féminin. Cet objectif est parfaitement atteint. Cependant la multiplicité des personnages, définis par leur apparence au premier contact, rend la compréhension difficile. Quand les diverses détenues reçoivent un nom, on s'y retrouve un peu mieux.
Au début, j'ai aimé la façon dont Goliarda décrit son incarcération, surtout la façon dont elle quitte peu à peu l'ambiance ensoleillée de la ville au mois d'octobre pour l'éclairage artificiel de la prison.
La façon dont elle identifie ses compagnes de détention comme "droit commun" ou "politiques", à leur seule manière de lui demander du feu, donne beaucoup à réfléchir sur la société italienne de ces années de plomb.
Dans l'ensemble, j'ai trouvé cette lecture laborieuse, j'ai lu ce livre avec peu de plaisir. J'ouvre à moitié.

Mégane
(participant pour la première fois en direct)
J'ai dû passer à côté.
C'est plutôt bien écrit (même si ça ne m'a pas fait tomber les chaussettes pour autant), le titre est très bien trouvé, le propos original, et l'autrice a eu une vie visiblement bien remplie et très rebelle. D'ailleurs, j'ai davantage l'impression que l'engouement pour ce roman tient davantage à la biographie de son auteure qu'au véritable contenu du texte.
La première partie commence plutôt bien : on a l'impression d'une journaliste d'investigation entrée dans la prison pour une raison assez vague et peu importante (un vol de bijoux), qui décrit son quotidien avec une neutralité réaliste (mais non moins glaçante).
Cependant, cela se dégrade au fur et à mesure que le récit progresse, pour culminer dans un gloubi-boulga politique bien-pensant sur la communauté en prison, tellement plus belle que "dehors", tellement presque plus libre (allons bon). Que certaines prisonnières récidivent pour pouvoir bénéficier de soins médicaux ou d'un lit, soit, mais notre héroïne en habits de soie, à d'autres !
Par ailleurs, je ne suis pas certaine d'avoir compris comment d'un coup - pouf - elle passe de bourge, à possible moucharde, à BFF de la Marraine (outre l'héritage sicilien) et de la tenancière du salon de thé local.
Enfin, le ton du discours m'a un peu dérangée : faire le choix de rendre le récit neutre (bien que largement autobiographique) au début, pourquoi pas, mais avec le discours le ton change. Décrire, dénoncer, enjoliver : il faut choisir. Mouillons-nous !
(Le lendemain de la séance, je tombe à la bibliothèque sur Les certitudes du doute - la suite de L'Université de Rebibbia : après lecture, je préfère ce second opus).

Claire entreet
Avant la lecture : alors qu'en général je n'ai jamais lu ce que tout le monde a lu - incroyable ! - je suis la seule pour l'instant à avoir lu
L'Art de la joie ! Grâce à ses 800 pages, j'avais inauguré ma méthode contre l'effroi du pavé. J'ai été captivée par la moitié du livre, l'écriture et le contenu, par la hardiesse et les surprises du récit. J'ai énormément aimé la façon dont la narratrice s'arrache à sa condition, par l'éducation volontaire et son extrême liberté intérieure hors normes en vigueur. La suite m'a cassé les pieds, j'ai eu du mal à me retrouver dans le récit et dans l'histoire politique italienne. Par ailleurs, j'ai trouvé passionnantes l'histoire de l'auteure, de sa famille, du livre et plus largement de l'œuvre de cette auteure. J'ai lu alors le livre de son mari Goliarda Sapienza, telle que je l'ai connue, que j'ai trouvé très touchant et intéressant : un joli petit livre. J'ai vu ensuite une adaptation théâtrale du livre par Ambre Kahan (5h30) qui m'a enthousiasmée.
Après la lecture : Tout comme dans L'Art de la joie, l'intérêt du contenu, la hardiesse, les surprises ont été au rendez-vous. Dans ma lecture, il y a eu plusieurs temps comme Jacqueline : d'abord le récit incisif du début que j'ai trouvé très réussi et en ai beaucoup aimé l'écriture ; puis j'ai vu le film Fuori et n'avais pas repéré qu'il y avait deux livres adaptés, celui que nous avons lu et Les certitudes du doute, c'est-à-dire la suite, une fois sortie, où elle retrouve ses codétenues et notamment Roberta avec qui elle a un trip ; donc j'étais déboussolée, mais contente de pouvoir me figurer la prison, que comme Manuel, j'avais du mal à imaginer. Retour au roman où, comme Brigitte, j'ai été un peu perdue, notamment entre les personnages - j'entendais Renée pour Ginsburg citer tous les prénoms en A dont elle n'avait rien à ficher - j'aurais aimé avoir une fiche d'identité par personnage. Mais bon, j'ai aimé être trimbalée dans la prison, ayant du mal à croire au réalisme des fêtes et repas, intéressée par la solidarité hors passé et hors classes sociales, mais finalement, quand même, les classes sociales persistent. J'ai par contre bien voulu croire au rôle extrêmement formateur de la prison pour la narratrice, je veux bien y aller, voyez, j'ai déjà mis mon haut rayé de détenue.
J'ouvre aux ¾ pour l'originalité tous azimuts et les raisons
de l'aimer que j'ai entendues que je partage et ½ pour le récit un peu mal foutu et les réserves convaincantes que j'ai ouïes...
Après la séance, j'ai pensé au livre - qui est d'ailleurs sur ma PAL - Les grandes vacances de Francis Ambrière, livre sorti en 1946 et qui a eu rétrospectivement le Goncourt année 1940 (qui n'avait alors pas pu être décerné) : les prisonniers dans les stalags connaissent la promiscuité, la faim,
le froid, les brimades, l'ennui, mais aussi la solidarité, l’ingéniosité et l’humour, la culture, qui permettent de tenir. Ils organisent des cours, des spectacles, des journaux clandestins, recréent une forme de société pour préserver leur dignité.
Thomas(qui avait proposé ce livre)
Comment suis-je arrivé à ce livre ? Il y a près de chez moi dans le 15e une librairie qui s'appelle L'Art de la joie. Ayant déjà entendu parler de l'œuvre du même nom de Sapienza, j'ai demandé à la libraire s'il y avait un lien entre les deux, et elle m'a répondu que oui : lorsqu'elle avait fondé cette librairie avec une amie, elles avaient toutes les deux eu la même idée pour la nommer, sans même se concerter ! Je me suis dit que c'était franchement bon signe...
Alors, quelques mois après, au cours de mes vacances italiennes, dans la belle ville de Bologne, je suis allé à la Librairie Feltrinelli, pour me procurer L'arte della gioia. La taille de l'ouvrage m'intimidait un peu (ce qui ne m'a pas empêché de le prendre), mais j'ai aussi été attiré par le livre plus petit, qui figurait à côté sur l'étagère. C'était L'università di Rebibbia, d'ailleurs édité aux éditions Einaudi, pour faire le lien avec notre lecture précédente... Et c'est finalement par son biais que j'ai lu mes premières lignes de Goliarda, et comme beaucoup ici, j'ai été séduit par l'ambiance si particulière dans cette prison (à laquelle j'ai cru volontiers, et j'y ai d'ailleurs un peu repensé en voyant récemment film Un Prophète d'Audiard). J'ai plutôt aimé L'Art de la joie, ensuite, malgré une première moitié un peu difficile... En revanche, le film Fuori m'a déçu : si on y retrouve bien l'impression de sororité créée en prison, je suis resté nettement su
r ma faim quant au reste, j'espérais en apprendre plus sur le reste de l'histoire incroyable de cette écrivaine maudite !


Le syndrome carcéral d'un livre à l'autre


Dans le livre lu pour cette séance :

Pauvre Annunciazione, elle fait tout ce qu’elle peut pour se convaincre elle-même qu’elle est heureuse de sortir, mais ce n’est pas vrai. Elle est bien ici, elle reviendra bientôt, elle a le syndrome carcéral… l’amour de la prison… C’est très répandu. On s’attache à ce mode de vie. (dit Roberta à la narratrice dans L’Université de Rebibbia, Le Tripode poche, p. 189)

Dans le livre de la séance précédente :

Lola évoquait toujours avec une infinie nostalgie l’époque où elle avait fait de la prison.
— Quand j’étais en taule, disait-elle souvent.
En prison elle s’était sentie parfaitement à l’aise, enfin à sa place, en paix avec elle-même, libérée de tout complexe et de toute inhibition. Elle s’était liée avec de jeunes Yougoslaves, emprisonnées pour des raisons politiques, ainsi qu’avec des prisonnières de droit commun. Elle avait trouvé les mots justes pour leur parler et avait gagné leur confiance. Quant aux autres prisonnières, elles se groupaient toutes autour d’elle pour lui demander aide et conseil. Chaque fois que Balbo et sa femme parlaient d’un travail éventuel pour Lola, ils finissaient toujours par évoquer "la prison" et tous deux concluaient qu’il fallait chercher un travail où elle se sentît comme en prison, parfaitement à son aise, libre, sans inhibitions et pleinement maîtresse de ses forces. Un tel travail ne semblait pas facile à dénicher.
(Natalia Ginzburg, Les mots de la tribu, Grasset Cahiers rouges, p. 234-235.)

Y a-t-il un lien entre les autrices de ces deux livres, Goliarda Sapienza et Natalia Ginzburg ?

Goliarda, un matin est soulevée d'enthousiasme : sortant de chez Natalia Ginzburg, elle marche dans Rome et tombe, piazza del Popolo, sur une manifestation d'étudiants, où un cheminot prend la parole, les assurant de la solidarité des ouvriers ; puis un étudiant de Palerme ; et "les femmes parlent aussi !" (raconte la biographe Nathalie Castagné, se fondant sur les Carnets de Goliarda Sapienza en 1990, dans Désir et rébellion : L’Art de la joie, éd. Points, p. 438).


Littérature et prison


Nous avons lu de :
- Manuel Puig : Le Baiser de la femme araignée
- Olivier Rolin : Le météorologue
- Alfred Koestler : Le zéro et l'infini

Et pas lu de :
- Nelson Mandela : Un long chemin vers la liberté
- Albertine Sarrazin : L'astragale
- Pauline Hillier : Les Contemplées
- René Frégni : Où se perdent les hommes
- Gwenaëlle Aubry L'isolée suivi de L'isolement
- José María Arguedas : El Sexto
- Oscar Wilde De profundis. La ballade de la geôle de Reading
(pour donner quelques exemples)


AUTOUR DU LIVRE

Repères biographiques
Publications de Goliarda Sapienza
La traductrice
Presse
sur L'Université de Rebibbia
Travaux universitaires

Le livre, ainsi que sa suite, Les certitudes du doute, ont été adaptés au cinéma tout récemment : Fuori de Mario Martone (2025) avec Valeria Golino dans le rôle de Goliarda Sapienza. La bande-annonce ›ici, interview du réalisateur ›là.

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

UNE BIOGRAPHIE RÉCENTE

LA traductrice de Goliarda Sapienza, Nathalie Castagné,
est aussi l'auteure de la première biographie : Vies, morts et renaissances de Goliarda Sapienza (Seuil 2024, rééd. Points 2025).

UN DOCUMENTAIRE SUR ARTE

Désir et rébellion : L’Art de la joie (disponible jusqu’en 2026) de Coralie Martin, 2023, 59 min : archives inédites, intervention de l’autrice, d’Angelo Pellegrino son dernier compagnon, Frédéric Martin éditeur et Nathalie Castagné traductrice et biographe.

DES ÉMISSIONS DE RADIO retracent sa vie 
L'Art de la joie étant son livre le plus célèbre, les émissions, quand son œuvre est évoquée, se centrent souvent sur ce livre.

- Belle présentation en images en 4 minutes sur France Culture ici de sa vie et son œuvre ›ici.

- Deux épisodes d'une heure de La Compagnie des œuvres, Matthieu Garrigou-Lagrange :
1/2 : "Vie de Goliarda Sapienza", originaire de Sicile, née en 1924 et morte en 1996. Avec Nathalie Castagné, traductrice de toute l'œuvre de Goliarda Sapienza.
2/2 : "Goliarda et L'Art de la joie", refusé par les maisons d'édition du vivant de son auteur, redécouvert en France, avec Frédéric Martin, fondateur et directeur des éditions Le Tripode, pour retracer l'histoire singulière de la publication de l'Art de la joie et parler avec passion de cette fresque.

- "Retour sur l'œuvre de Goliarda Sapienza", Caroline Broué, La Grande Table d'été, 9 juin 2015, 30 min, avec Nathalie Castagné, traductrice et Frédéric Martin éditeur.

- Et si vous préférez France Inter, écoutez Zoé Varier, L'heure des rêveurs, 5 juin 2015, avec Nathalie Castagné, 52 min.

- Encore et toujours France Culture : "Goliarda Sapienza (1924-1996), la Madone indocile", Julie Navarre, Toute une vie, 13 février 2021, avec Angelo Maria Pellegrino, écrivain, comédien, dernier compagnon de Goliarda Sapienza, auteur de Goliarda Sapienza, telle que je l'ai connue (Le Tripode, 2015), avec Nathalie Castagné, traductrice, Frédéric Martin, directeur des éditions Le Tripode, Florence Lorrain, libraire à L'Art de la joie - nom choisi en référence à l'ouvrage de Goliarda Sapienza, 58 min.

- "Ascension sociale : tout un roman 2/3 : L’Art de la joie de Goliarda Sapienza, itinéraire d'une stratège", Tiphaine de Rocquigny, Entendez-vous l'éco ?, 1er février, 2023, 59 min.

- "Livres cultes : travailler un chef-d'œuvre, L’Art de la joie de Goliarda Sapienza", Marie Richeux, Le Book Club, 26 février 2024, 59 min.

DES ARTICLES MONTRENT SON IMPORTANCE
- "Enquête : Goliarda Sapienza, un modèle d'émancipation pour les féministes", Lucas Minisini, M Le Magazine du Monde, 8 octobre 2022.

- "Sapienza, princesse hérétique", René de Ceccatty, Le Monde, 16 septembre 2005 : en souvenir de sa visite dans notre groupe.

BIOGRAPHIE DÉTAILLÉE
Goliarda Sapienza (1924-1996) est née en Sicile de parents militants socialistes antifascistes cultivés.
Très engagée elle-même, elle aimera des hommes et des femmes.
Une biographie détaillée termine son livre Moi, Jean Gabin (ainsi que le livre de son dernier compagnon qui lui est consacré : Goliarda Sapienza, telle que je l'ai connue), reproduite en grande partie ci-dessous.

Les origines
- 1880 : naissance de Maria Giudice, mère de Goliarda.
- 1884 : naissance de Giuseppe Sapienza, père de Goliarda.
- 1902-1905 : début de l'activité syndicale et journalistique de Maria Giudice. Inscription au Parti Socialiste. Première arrestation. Maria rencontre l'anarchiste Carlo Civardi puis se réfugie en Suisse pour échapper à la prison. Rencontre Angelica Balabanoff, Lénine et Mussolini.
- 1904-1913 : naissance des sept enfants de Maria Giudice et Carlo Civardi, en union libre. La famille, qui vit dans un grand dénuement, s'installe à Milan en 1910. Maria, institutrice, est licenciée pour conduite immorale.
- 1911 : Giuseppe Sapienza devient secrétaire de la Chambre du Travail de Catane.
- 1916 : Maria Giudice devient la première femme à occuper le poste de secrétaire de la Chambre du Travail de Turin. L'année suivante, elle est nommée secrétaire de la Fédération Socialiste de la province de Turin et devient rédactrice en chef de l'hebdomadaire socialiste Il grido del popolo (Le Cri du peuple), auquel collaborera Antonio Gramsci.
- 1918-1920 : Maria Giudice est condamnée à trois ans de prison pour avoir incité les ouvriers d'une manufacture d'armes à abandonner le travail. Libérée l'année suivante, elle rencontre le futur père de Goliarda, Giuseppe Sapienza, lors d'une manifestation et s'établit avec lui à Catane à partir de 1920. Avec eux vivent six enfants de Maria et trois enfants de Giuseppe.
- 1920-1922 : Maria milite en Sicile pour une gestion communautaire des terres et la création d'un minimum salarial. Elle et Giuseppe dirigent la Chambre du Travail de Catane et le journal Unione, dont les locaux sont incendiés à deux reprises par les fascistes. Ces derniers tentent aussi de les assassiner. En 1921, un des fils de Giuseppe est retrouvé noyé : on ignore si cet assassinat est l'œuvre de la mafia ou des fascistes. En 1921 naît la première fille de Maria et Giuseppe, Goliarda. L'enfant meurt au bout de quelques jours.

L'enfance
- 1924 : Goliarda Sapienza naît à Catane, dans une famille recomposée, comportant 10 enfants.
- 1925-1928 : rupture de l'équilibre familial. Trois enfants de la famille meurent dramatiquement : l'une d'une pleurite, après une nuit passée dans une rizière pour échapper aux milices, l'autre retrouvé pendu en prison, ainsi que le dernier né de la famille. En outre, Giuseppe Sapienza s'est épris de la fille de sa femme, Olga, qui a 15 ans ; sa sœur Licia décide de quitter Catane avec elle ; Maria accompagne ses deux filles à Stradella pour les aider à s'installer. Quelques années plus tôt, il y avait déjà eu un précédent incestueux entre Giuseppe et une autre fille de Maria, lorsqu'elle était encore adolescente.
- 1933 : la famille Sapienza-Giudice déménage dans la Civita ; ce quartier populaire de Catane rassemble artisans de toutes sortes et prostituées.
- 1938 : à 14 ans, Goliarda quitte définitivement l'école, tandis que sa mère montre les premiers signes d'un effondrement psychique.


Les premières années à Rome
-
1940 : à 16 ans, Goliarda commence à travailler pour une compagnie de théâtre sicilienne et prépare l'examen d'admission à l'Académie nationale d'art dramatique de Rome. L'année suivante, elle obtient une bourse d'études qui lui permet de suivre les cours de l'école. Sa mère s'établit à Rome avec elle.
- 1942 : arrestation de Giuseppe Sapienza, détenu pendant trois mois à la prison de Catane.
- 1942-44 : Goliarda monte sur scène, notamment dans des pièces de Pirandello, mais interrompt ses études quand l'Italie signe un armistice avec les alliés : c'est le début de l'occupation allemande de l'Italie et de la résistance antifasciste. Giuseppe Sapienza s'établit à Rome et crée les brigades Vespri. Goliarda en fait partie sous un faux nom. Recherchée par la police allemande, elle se réfugie dans un couvent. C'est un des moments les plus difficiles de la vie de Goliarda, éprouvée par la guerre, la persécution nazie, la faim et une violente crise de tuberculose. La santé mentale de sa mère s'est aussi aggravée, elle est hospitalisée dans un asile psychiatrique. La guerre finie, Goliarda retourne à l'Accademia. Mais elle prend part aux manifestations des étudiants et abandonne finalement ses études.
- 1945-52 : Goliarda se consacre au théâtre. Elle fonde en 1945, avec Silverio Blasi et Mario Landi, la compagnie de théâtre d'avant-garde T45 (le théâtre 1945), puis entre en 1946 dans la Compagnia del piccolo teatro d'arte. En 1948, elle rencontre le futur réalisateur Francesco (ou Citto) Maselli - début d'une liaison qui durera 18 ans. En 1950, elle fonde avec Silverio Blasi la Compagnia du teatrino Pirandello. En 1951, elle connaît le succès pour son rôle dans Vêtir ceux qui sont nus de Pirandello.
- 1949 : son père Giuseppe Sapienza meurt à Palerme.
- 1953 : sa mère Maria Giudice meurt à Rome des suites d'une bronchite. Umberto Terracini, ancien président de l'Assemblée Constituante, Sandro Pertini et Giuseppe Saragat, futurs présidents de la République Italienne, assistent à sa veillée funèbre - c'est dire la figure importante qu'elle fut.
- 1953-1955 : Goliarda et Citto reçoivent souvent des amis intellectuels et cinéastes. Goliarda se rapproche de Luchino Visconti, qui la fait jouer dans Medea au Théâtre Manzoni à Milan puis, en 1954, dans Senso. Goliarda rencontre l'actrice Haya Harareet : elles deviennent amies intimes.
- 1956 : ébranlement idéologique suite à la révélation des crimes staliniens. Ses crises d'angoisse se multiplient. Elle commence à écrire des poèmes (qui seront plus tard rassemblés dans le recueil Ancestrale).
- 1957 : Goliarda travaille, en tant qu'assistante, sur le film Nuits blanches de Luchino Visconti.


L'écriture

- 1958 : nouvelle crise de Goliarda, qui décide de s'éloigner du cinéma et du théâtre pour se consacrer à l'écriture.
- 1960 : retour exceptionnel au théâtre avec la pièce Liolà de Pirandello dans une mise en scène de Silverio Blasi.
- 1962 : première tentative de suicide. Goliarda est hospitalisée dans un asile psychiatrique où elle subit une série d'électrochocs. Un jeune analyste, Ignazio Majore, entreprend avec elle, à sa sortie de l'hôpital, une thérapie psychanalytique quotidienne à domicile.
- 1963 : Goliarda commence un cycle de textes autobiographiques qui, jusqu'en 1968, l'amène à interroger les faits marquants de son existence : Lettre ouverte, Le fil de midi, Les certitudes du doute.
- 1964 : suite à une crise professionnelle, sans doute liée à la relation amoureuse qu'il a nouée avec Goliarda et brusquement interrompue, Ignazio Majore abandonne son métier et ses patients. Goliarda fait une deuxième tentative de suicide et reste dans le coma durant plusieurs jours.
- 1965 : Goliarda se sépare de Citto Maselli. Durant deux ans, sur le conseil de Ignazio Majore, elle vit en compagnie d'une infirmière.
- 1967-1969 : publications successives de Lettre ouverte et de Le fil de midi aux éditions Garzanti. Goliarda se lance de façon intensive dans l'écriture de L'Art de la joie.
- 1975 : Goliarda rencontre Angelo Pellegrino, avec qui elle travaillera sur ses œuvres jusqu'à la fin de sa vie.

On a vécu ensemble pendant vingt et un ans, avec des hauts et des bas, comme dans tous les couples. C'est peut-être présomptueux de ma part, mais on s'est rencontrés sur tous les plans, bien que j'eusse vingt ans de moins qu'elle. Au début, l'Art de la joie nous a liés. Le roman était pratiquement fini, mais il nécessitait un grand travail d'editing ­ que j'ai fait. En réalité, j'étais comme à l'école. Goliarda m'a tout appris, à lire, à écrire, à voir le monde. Elle avait une énorme connaissance de la littérature anglaise, française, européenne. En 1978, on a commencé à proposer le roman aux éditeurs et les refus se sont accumulés. On l'a ressenti comme un avortement de notre collaboration, le refus d'un fils.

Comment travaillait-elle ?
Avec beaucoup de méthode. Elle concevait l'écriture comme une recherche scientifique et, pour une entreprise comme l'Art de la joie, il en fallait, de l'application. Elle écrivait tous les jours sauf le dimanche, le matin jusqu'à deux heures. À la main, avec un Bic à pointe noire, sur des feuilles de papier extra-strong, qu'elle pliait en deux. L'écriture était fine et la longueur des lignes très irrégulière, comme un électrocardiogramme. Trois demi-feuilles, c'était sa mesure quotidienne. L'après-midi venait une jeune amie, à qui elle lisait ce qu'elle avait écrit, puis elle sortait en ville.

Que représentait l'Art de la joie pour elle ?
C'est son seul roman non directement autobiographique. Évidemment, il contient une infinité de renvois à sa vie et sa famille légendaire (extrait de "Légataire universel", par Jean-Baptiste Marougiu, Libération, 6 octobre 2005).

- 1978 : le couple fait un voyage en Transsibérien, traverse la Russie et la Chine pendant deux mois, ayant confirmation que ce qui se racontait sur le bloc communiste, en particulier en Russie, ne correspond pas à la réalité.
- 1979 : Goliarda et Angelo se marient. Le manuscrit de L'Art de la joie, achevé, qu'ils ont transmis avant de partir en voyage est refusé par la plupart des maisons d'édition italiennes. Sandro Pertini, ancien ami de sa mère et désormais président de la République Italienne, intervient discrètement auprès des éditions Feltrinelli. En vain.
- 1980 : Goliarda connaît une nouvelle crise morale. Arrêtée suite à un vol de bijoux dans l'appartement d'une amie, elle est détenue à la prison de femmes de Rebibbia. Elle y rencontre Roberta avec qui à la sortie de prison elle aura une relation amoureuse.
- 1983 : L’Université de Rebibbia paraît aux éditions Rizzoli. Le livre est un succès. Mais Rizzoli se refuse toujours à publier L'Art de la joie.
- 1984 : Goliarda achève l'écriture du roman Rendez-vous à Positano, non publié de son vivant.
- 1987 : Les certitudes du doute paraît aux éditions Pellicano Libri.
- 1994 : une première partie de L'Art de la joie paraît aux éditions Stampa alternativa.
- 1996 : Goliarda Sapienza meurt dans sa maison après une chute dans l'escalier.
- 1998 : l'édition du texte intégral de L'Art de la joie est établie par Angelo Pellegrino et paraît de façon posthume. Le texte passe inaperçu.
- 2002 : toujours grâce aux efforts d'Angelo Pellegrino, le recueil Destino coatto ("Destin contraint", non traduit) est publié aux éditions Empiria.
- 2005 : parution en France de L'Art de la joie, aux éditions Viviane Hamy. L'importance de cette œuvre est subitement reconnue et donne lieu à un extraordinaire succès autant critique que public.
- 2006 : en Italie, la redécouverte de Goliarda Sapienza met à jour plusieurs textes inédits importants. Les prestigieuses éditions Einaudi (que nous avons fréquentée avec Natalia Ginzburg) annoncent officiellement qu'elles s'engagent dans la parution des œuvres complètes de l'auteur (équivalant à La Pléiade en France).
- 2007 : Gaeta, ville où Goliarda est enterrée, décide d'élever une stèle funéraire en son honneur où est gravée l'inscription : À LA MÉMOIRE D'UNE VOIX LIBRE. En 2020, une place Goliarda Sapienza y est consacrée à la poésie
- 2012 : plaque située Via Pistone 20, Catane, lieu de naissance de G. Sapienza, offerte par la Società italiana delle letterate.

DES IMAGES
Goliarda avec ses parents :

Des portraits divers :



Quelques images filmées de Goliarda
(en italien) :
- de 1970 : un extrait du film Lettera aperta a un giornale della sera de Francesco Maselli, un de ses compagnons pendant 17 ans, qui retrace les débats politiques d'un groupe d'intellectuels engagé contre la guerre du Vietnam, mais tiraillé entre l'envie de se rendre sur place et la peur de quitter leur vie. Goliarda Sapienza y apparaît dans le rôle d'un personnage qui porte aussi son prénom. La musique du film est de Giovanna Marini.
- de 1984 : interviewée à la télévision par Enzo Biagi à propos de son séjour à la prison de Rebibbia, suite à la publication en 1983 de son livre L’Université de Rebibbia. Elle parle de ses rencontres avec des personnes pleines de fantaisie, de chants et de désirs, dans un endroit qui est une sorte de monde en miniature, un village.

PUBLICATIONS de Goliarda Sapienza en français

Deux livres ont été publiés par Viviane Hamy en 2005 et 2008, tous les autres ont été publiés aux éditions Le Tripode, qui ont également réédités les deux premiers, soit 11 livres actuellement. Le directeur Frédéric Martin est souvent présent dans les émissions consacrées à Sapienza, exprimant sa passion pour l'autrice.

- 1967 (date de publication en Italie) : Lettre ouverte
- 1969 :
Le fil de midi, Viviane Hamy, 2008 : ce volume rassemble les deux ouvrages autobiographiques précédents de G. Sapienza Le fil de midi et Lettre ouverte, réédités séparément par Le Tripode : Lettre ouverte, 2021 ; rééd. Poche, 2025 ; et Le Fil de midi, 2022 ; rééd. Poche, 2023.
- 1983 : L’Université de Rebibbia, Le Tripode, 2013 ; rééd. Poche, 2019.
- 1987 : Les certitudes du doute, Le Tripode, 2015 ; rééd. Poche, 2020.
- 1998 : L'Art de la joie, Viviane Hamy, 2005 ; réédition Le Tripode, 2015 ; rééd. Poche, 2016.
- 2002 : Destins piégés, Le Tripode, 2023, récits.
- 2010 : Moi, Jean Gabin, Le Tripode, 2012 ; rééd. Poche, 2017.
- 2013 : Ancestrale, Le Tripode, 2021, poésie.
- 2015 : Rendez-vous à Positano, Le Tripode, 2017 ; rééd. Poche, 2018.

Trois ouvrages publiés d'abord en France, toujours par Le Tripode :
- Goliarda Sapienza, telle que je l'ai connue : témoignage, d'Angelo Maria Pellegrino, son dernier compagnon pendant 21 ans, 2015, 64 p. Et de Goliarda Sapienza :
- Carnets, 2019.

- Miroirs du temps, 2024, correspondances.

Cinq livres constituent un ensemble autobiographique : Lettre ouverte, Le Fil de midi, L'Université de Rebibbia, Les certitudes du doute et Moi, Jean Gabin.

LA TRADUCTRICE

Une traductrice de l'œuvre entière, devenue biographe
Nathalie Castagné a traduit la totalité de l'œuvre de Goliarda Sapienza. Elle est également l'autrice de Sebastian ou la perdition et de Perséphone (tous deux publiés à La Différence, sous le pseudonyme d’Eilahtan), et de L’harmonica de cristal (Seuil). Elle a traduit une quarantaine d’ouvrages en italien dont Pasolini, Lampedusa et Umberto Saba, Dario Bellezza, Elisabetta Rasy, Giorgio Vigolo. Voir ›ici une présentation sur un site professionnel.

Elle est aussi l'auteure de la première biographie : Vies, morts et renaissances de Goliarda Sapienza (Seuil 2024, rééd. Points 2025).

Dans une interview qui mérite d'être reproduite ci-dessous, elle raconte en 2015 l'histoire de la traduction de L'Art de la joie en France.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs en quelques lignes ?
Méditerranéenne, mais liée à l’Europe centrale (ma mère était polonaise), j’ai eu le sentiment de trouver pleinement ma terre en me mettant à chanter, vers dix ans. Ma première passion a ainsi été pour le chant lyrique, que l’écriture a fini par supplanter, après des années de division entre ces deux chemins, l’un et l’autre nécessaires et vitaux. J’avais fait entretemps un peu de philosophie et beaucoup de séjours en Italie, qui ont commencé à m’en apprendre la langue, déjà pratiquée, parmi d’autres, dans le chant.

Vous êtes à la fois écrivain et traductrice, par quoi avez-vous commencé ? Est-ce la traduction qui vous a poussée vers l’écriture ou l’inverse… ?
J’ai commencé par l’écriture, plus de quinze ans avant de faire la moindre traduction (autre que scolaire…). Traduire a été pour moi le fruit du hasard, puis a plus ou moins relevé du mariage de raison, à l’exception de quelques grandes aventures comme L’Art de la joie.

Les textes que vous traduisez sont-ils toujours une demande d’éditeurs ?
Oui, à l’exception d’un autre livre qui me semblait lui aussi m’être en quelque sorte destiné, La Virgilia, de Giorgio Vigolo. Pour celui-là, finalement publié aux éditions de La Différence en 2013, j’ai cherché un éditeur pendant bien deux ans. Mais dans des cas de moindre nécessité intérieure, j’ai le plus grand mal (et même une véritable incapacité) à me proposer.

En tant que traductrice êtes-vous avant tout rattachée à des maisons d’éditions ou à des écrivains ?
Ni aux uns ni aux autres ; mais la seule fois où il m’a fallu choisir – pour Goliarda Sapienza justement -, c’est l’écrivain qui l’a emporté.

Comment avez-vous découvert Goliarda Sapienza ? L’Art de la joie est-il le premier texte que vous avez lu d’elle ?
Oui, L’Art de la joie est le texte par lequel j’ai découvert Goliarda Sapienza. Voici comment les choses se sont passées : à la fin de 2003, on (c’est-à-dire Frédéric Martin, qui à l’époque y travaillait) m’a appelée des éditions Viviane Hamy, pour qui j’avais déjà fait quelques traductions, et quelques notes de lecture, pour me demander si je pouvais lire un livre déniché par Waltraud Schwarze, une célèbre agente allemande, livre qui avait à peu près tout contre lui (très long, passé inaperçu lors de sa publication dans son pays d’origine, œuvre d’une femme morte depuis plusieurs années), mais qui ne ressemblait à rien de connu et qui était susceptible d’intéresser Viviane. J’ai accepté et, au début janvier 2004, j’ai commencé à lire, et lu quasiment d’un trait, le roman, à la fois survoltée de découvrir quelque chose d’aussi prodigieux et inquiète à l’idée que le livre pourrait ne pas tenir la distance. Et j’ai été totalement convaincue de la nécessité de réparer l’injustice subie par ce roman en lui offrant la chance d’une nouvelle publication – fût-elle en langue et pays étrangers.

Comment décririez-vous Goliarda Sapienza à travers son œuvre et, par la suite, le témoignage d’Angelo Pellegrino ? Qu’est-ce qui vous a le plus touchée/marquée dans son œuvre/sa vie ?
Singulière, libre, irréductible… et parfois immensément fragile (mais jamais faible). Ce sont ces traits par lesquels je la décrirais qui m’attirent dans sa personne. Elle peut se fourvoyer, mais n’a pas de petitesse. Et son sens poétique – et cosmique – me frappe, alors qu’elle se réclame du matérialisme. De même, quelque chose de rare résulte du mélange, chez elle, de rationalité revendiquée et de passion.
Mais je ne peux oublier, dans son œuvre et sa vie, alors confondues, la façon dont elle s’est coupée de tout (tout le superflu et l’extérieur, bien sûr), dont elle a renoncé à tout, pour mener à bien l’entreprise de L’Art de la joie. Et il me faut bien dire que ce sont d’abord des pages de ce livre – sa première Partie en entier ; les retrouvailles avec Carmine, ensuite ; les toutes dernières pages du roman – qui me viennent à l’esprit si l’on me demande ce qui m’a le plus marquée de ce qu’elle a écrit. Mais peut-être aussi parce que c’est par là que je l’ai connue…
Quant à ce qui me touche le plus dans sa vie, c’est le fait qu’à cause des refus éditoriaux répétés, notamment de L’Art de la joie, elle ait quasiment cessé d’écrire, et vécu ce qui l’avait rendue justement triomphante – son accomplissement artistique le plus profond sans doute – comme la mise au monde d’un enfant mort-né.

Comment expliquez-vous l’enthousiasme que son œuvre est capable de déclencher ?
Par le fait que, loin de l’idée selon moi aberrante des “êtres de papier”, Goliarda Sapienza met sa chair et son sang dans les personnages qu’elle crée – je préfèrerais dire : qui lui viennent. Et dans ceux qu’elle ressuscite (ceux de la “vie réelle”), par l’engagement de son écriture, également. C’est du reste ce trait-là que j’aurais dû citer comme étant celui qui m’enthousiasme moi-même (mais… qui m’enthousiasme, plutôt que me marquer ou me toucher).

Comment expliquez-vous le refus des éditeurs italiens de publier L’Art de la joie pendant près de vingt ans ?
Par le scandale que la première partie quasi sadienne du roman (avec inceste, matricides, homosexualité, masturbation…) a dû inspirer, mais aussi par l’indifférence souveraine de Goliarda à ce qui se faisait, à ce qui “doit se faire”, en littérature également. Ajoutons à cela, peut-être, qu’elle était assurément ingérable, chose peu appréciable pour un éditeur… Et aussi qu’au bout d’un moment, elle-même n’y a plus cru ; ses tentatives, s’il y en avait encore, devaient être vidées d’énergie.

Comment s’est passée sa première publication en France aux éditions Viviane Hamy ?
A la suite de l’envoi de ma note de lecture, Viviane a immédiatement décidé de publier le livre. À peine la traduction terminée, la première page du roman, avec la photo de Goliarda jeune qui allait l’illustrer en couverture, a été envoyée à divers libraires, critiques, etc. Le livre entier, en épreuves, a dû aussi être envoyé à un certain nombre de gens, avec l’avance voulue pour leur donner la chance de lire quelque chose d’aussi long, avant la fournée écrasante de la rentrée littéraire, à laquelle L’Art de la joie allait participer. Bref, le feu a pris et a été entretenu sans relâche. Et au moment de la parution, le succès a été fulgurant. Il a très vite fallu faire des tirages en plus de ce qui était prévu…

Comment s’est faite la collaboration avec Le Tripode par la suite ?
Frédéric Martin, qui avait quitté les éditions Viviane Hamy, et créé sa propre maison d’édition, a pris, selon le souhait d’Angelo Pellegrino, la suite de la publication de l’œuvre de Goliarda Sapienza. Le désir d’Angelo et de Frédéric était que j’en continue la traduction, je me sentais moi-même attachée à cette œuvre et à celle qui l’avait sortie des profondeurs d’elle-même (sans parler des liens d’amitié qui s’étaient créés autour de l’aventure et de l’événement de L’Art de la joie) : et c’est ce qui l’a emporté, ainsi que je vous l’ai dit, dans une situation conflictuelle qui m’a profondément navrée, car j’étais attachée à Viviane aussi.

Lettre ouverte et Le fil de midi, deux textes rassemblés dans Le fil de midi pour l’édition française, sont beaucoup plus morcelés, chaotiques, que ses autres récits autobiographiques. La période à laquelle ils ont été écrits (crise existentielle, psychanalyse) peuvent l’expliquer ; peut-on dire qu’ils sont le terreau, désordonné, des textes qui ont suivi (plus fluides et construits, plus distanciés aussi) ?
Je pense – comme je l’ai écrit dans la préface au volume qui les rassemble – qu’ils sont pour une part le terreau de L’Art de la joie, ce que j’ai appelé son archéologie, en revanche ils ne me semblent pas être celui des textes autobiographiques qui ont suivi, ceux d’après le roman, qui ont plutôt sans doute bénéficié de la décantation inhérente à l’énorme travail de transmutation de l’œuvre de fiction.

Peut-on dire que L’Art de la joie, seul texte fictionnel de Goliarda Sapienza, est une forme d’aboutissement de ses récits autobiographiques ?
S’il faut s’en tenir à la chronologie, on ne peut pas le dire, puisque la plupart de ces récits autobiographiques sont postérieurs à L’Art de la joie. Cet unique “vrai” roman – chargé d’éléments de la vie de Goliarda, mais les débordant et les transmuant – serait plutôt l’autre versant du premier grand projet qu’elle avait conçu, celui qui devait réunir – et qui j’espère, un jour, réunira – ses divers récits autobiographiques sous le titre d’Autobiographie des contradictions.

(Nota bene : les textes mentionnés dans cette interview ci-dessous ont par la suite été publiés).

Existe-t-il beaucoup de textes encore inédits en Italie ? En France ? (Est-ce des textes autobiographiques ? Des poèmes ?)
Il reste, inédits en France, un recueil de poèmes, Ancestrale, un recueil de courtes nouvelles, Destino coatto, le Journal, ou les Carnets, de Goliarda, publié en deux volumes en Italie (Il vizio di parlare a me stessa et La mia parte di gioia) mais qui seront peut-être rassemblés en un seul en France – c’est à cette traduction que je travaille actuellement –, un dernier roman autobiographique, mais dont le personnage central n’est pas Goliarda, Appuntamento a Positano, la correspondance et enfin le théâtre, mais pour ce dernier, j’ignore si le Tripode a l’intention de le publier.
En Italie, la correspondance va bientôt paraître, je pense. Le théâtre, je ne sais pas. Il me semble que tout le reste de l’œuvre a paru ou reparu chez Einaudi, sauf – pour l’instant en tout cas – Lettera aperta et Il filo di mezzogiorno, sans doute encore disponibles dans d’autres éditions, et qu’on ne peut donc leur “reprendre”.

(Interview de Nathalie Castagné par Pauline, site Un dernier livre avant la fin du monde, 24 décembre 2015)

- "Goliarda Sapienza (Le Fil de Midi) : entretien avec sa traductrice, Nathalie Castagné", Zoé Théval, Diacritik, 18 octobre 2022. Un entretien très approfondi sur Sapienza. Au passage... :

Le seul livre de Goiliarda qui ait eu un peu d’écho en Italie est L’Université de Rebibbia (1983) : il y avait eu le scandale du vol qu’elle avait commis mais surtout la justesse de certaines de ses analyses sur la prison a frappé, au point qu’elle a été citée dans une revue spécialisée dans les questions pénitentiaires !

- "Une icône paradoxale » : entretien avec Nathalie Castagné", Gabrielle Napoli, En attendant Nadeau, 9 juillet 2024. Extrait :

Aujourd’hui, pour une très grande partie du lectorat français, Goliarda Sapienza est devenue une sorte d’icône féministe. Que vous inspire cette réception ?
C’est à mes yeux un phénomène paradoxal. Goliarda est en effet devenue un modèle, une icône, alors qu’elle était anarchiste, ce qui ne va pas vraiment avec les icônes. Je ne sais pas si elle aurait aimé l’image qu’elle est devenue en tant qu’autrice. Elle estimait en effet qu’on n’écrit que pour quelques-uns et que c’est mieux ainsi. Elle aurait été heureuse de ce succès, bien sûr, heureuse d’être entendue enfin, mais elle savait aussi combien les malentendus sont possibles lorsque le succès est au rendez-vous, et elle se méfiait des malentendus bien qu’ayant aussi déclaré qu’elle écrivait "pour qu’on la mésentende".

Les questions d'édition : le rôle déterminant de la traduction française
- (Très intéressant) "L’Art de la joie" de Goliarda Sapienza : la traduction comme moteur de reconnaissance mondiale", Valentina Tuveri, master professionnel Monde du Livre, Université Aix-Marseille, 2016, 20 p.
- Une trahison « reconstructrice » : la réhabilitation posthume de L’Art de la joie de Goliarda Sapienza en France, Mara Capraro, Actes du colloque D'outre-tombe : vie et destin des œuvres posthumes, Université de Rouen Normandie, juin 2018, dir. Aurélien d’Avout et Alex Pepino, CÉRÉdI, 14 p.
- Les éditions Attila et l’aventure Goliarda Sapienza, rencontre avec Frédéric Martin, interview vidéo réalisée par Libfly, réseau social de lecteurs, disponible sur YouTube, 10 décembre 2012, 16 min.

SUR L'UNIVERSITÉ DE REBIBBIA

• Sur L'Université de Rebibbia
- Frédéric Martin présente l'ouvrage L'Université de Rebibbia, ›Librairie Mollat, 26 septembre 2013, 2 min.
– "L'Université de Rebibbia, par Goliarda Sapienza : entre quatre murs", André Clavel, L'Express, 26 septembre 2013.
- "Goliarda Sapienza, romancière à l'école de la vie dans la prison pour femmes", Florence Valdès Andino, TV Monde info, 25 octobre 2013.
- "L'Université de Rebibbia", Marine Landrot, Télérama, 26 octobre 2013.
- "Une romancière entre quatre murs", Astrid Eliard, Le Figaro Littéraire, 21 novembre 2013.
- "Comment Goliarda Sapienza fit de la prison une université", Eléonore Sulser, Bruxelles, Le Temps, 28 novembre 2013.
- "Goliarda Sapienza ou l'école de la prison", Gilles Archambault, Le Devoir, Québec, 11 janvier 2014.
- "Goliarda Sapienza et L'Université de Rebibbia", Marie Schwartz, lundimatin#242, 12 mai 2020.

• Sur une adaptation théâtrale de L'Université de Rebibbia
- "En prison avec Goliarda Sapienza", Brigitte Hernandez, Le Point, 18 novembre 2018.

- "Rebibbia d'après L'Université de Rebibbia", mise en scène de Louise Vignaud, au Théâtre de la Tempête, Journal La Terrasse, 17 décembre 2021.

Réception de l'œuvre en prison
- "La prison, lieu de l’utopie", Anne Pittleloud, Bulletin des prisons, n° 14, Lausanne, novembre 2020.

La réalité
- "Légataire universel", par Jean-Baptiste Marougiu, Libération, 6 octobre 2005. Extrait de l'interview du mari de Goliarda Sapienza :

Il y a eu ce vol de bijoux, et Goliarda fit trois mois de prison. Que s'est-il passé ?
Pour écrire son roman, Goliarda avait vendu ses tableaux, une commode sicilienne de valeur, etc. Très pauvres, on n'y arrivait plus. Une riche copine à elle lui avait prêté une misère, 300 000 lires, 150 euros actuels. Cette noble napolitaine en demanda la restitution de manière très offensante. Goliarda fut profondément blessée. Pour se venger, elle s'appropria un coffret de bijoux de la dame, qu'elle vendit à un bijoutier. Quand les bijoux furent remis en vente, le plus innocemment du monde, le scandale éclata. Personne ne voulait l'envoyer en prison, mais elle voulait absolument y aller. Elsa Morante a écrit que c'était un geste dostoïevskien, que Goliarda entendait éprouver ce qu'avait enduré sa mère. La prison de Rebibbia à la périphérie de Rome la marqua énormément : la déréliction des détenues certes, mais aussi la solidarité, la chaleur amoureuse des cellules. À la sortie, elle continua à fréquenter ses compagnes d'infortune et écrira un livre très beau, L'Università di Rebibbia, où elle avance que la vraie prison c'est dehors.

Dans le documentaire sur Arte Désir et rébellion : L’Art de la joie, on voit et entend G. Sapienza dire qu'elle y est restée un mois et demi.

Son compagnon dit dans Goliarda Sapienza, telle que je l'ai connue que "des amis influents la firent sortir de prison au bout de quelques jours alors qu'elle avait tout fait pour y rester plus longtemps, y compris gifler une gardienne".

Quant à la biographe, Nathalie Castagné dans son livre ultérieur dit que la réponse n'est pas nette à la question combien de jours elle y est restée ? Le jugement aurait été de quatre mois, avec sursis, et elle serait restée en prison une dizaine de jours peut-être, écrit-elle. Elle est, en tout cas, rapidement libérée. Et sans inscription au casier judiciaire.


Sapienza avec ses amies, anciennes détenues de Rebibbia, au Circolo Mondoperaio de Rome pour la présentation du livre L’Università di Rebibbia (Source : La Repubblica, 26 février 1983, indiquée dans Diacritica, 25 août 2024)


Il Dubbio
, 24 avril 2025


En 1984, elle est interviewée à la télévision par Enzo Biagi à propos de son séjour à la prison de Rebibbia, suite à la publication en 1983 de son livre L’Université de Rebibbia. Une séquence archive figure dans le film Fuori.

TRAVAUX UNIVERSITAIRES

Mara Capraro est la spécialiste du livre que nous lisons.

Carrément une thèse
- "È stata una lezione di letteratura". Formes et significations de la prison dans l’œuvre narrative de Goliarda Sapienza, Mara Capraro, Études italiennes, Grenoble, décembre 2023.

• Des articles
- "Les corps déviants des détenues dans L’Université de Rebibbia et Les Certitudes du doute de Goliarda Sapienza", Mara Capraro, Nouveaux cahiers de Marge, n° 4, 2021.
-
"L’écriture comme arme pour endiguer l’oubli : le corpus carcéral de Goliarda Sapienza au prisme du 'pacte avec le témoin'", Mara Capraro, revue Postures, n° 37, 2023.

• Colloque-événement
- À l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivaine Goliarda Sapienza, colloque international organisé par l’Université Rennes 2 et l’Université Paris Nanterre "Les mots nourrissent » Pour les cent ans de Goliarda Sapienza. Réception et analyse de l’œuvre de Goliarda Sapienza", Université Rennes 2, 21-22 mars 2024. Mara Capraro (Université de Grenoble), intitule son intervention : "Il existe un côté délinquant à l’intérieur de moi" : l’expérience carcérale de Goliarda Sapienza et la construction de la posture auctoriale et médiatique.


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