Imaginaire Gallimard 1993, préface de Colette Audry, 280 p.

Quatrième de couverture :

Esther Greenwood, dix-neuf ans, est à New York avec d'autres lauréates d'un concours de poésie organisé par un magazine de mode. De réceptions en soirées passées pour tuer le temps, ce sont quelques jours d'une existence agitée et futile que vit la narratrice. En même temps, elle se souvient de son enfance, de son adolescence d'étudiante américaine, des amours qu'elle a connues. Tout bascule lorsque Esther quitte New York. Tentatives de suicide, traitements de choc, guérison, rechutes, et, pour finir, l'espoir. Esther est à la fois "patiente"dans l'univers hospitalier et observatrice au regard aigu de ce monde, qui a pour toile de fond l'Amérique des années 1950.


Denoël
, 2014,
préface
de Rachida Brakni, 368 p.

Quatrième de couverture :

La comédienne Rachida Brakni évoque avec admiration la relation particulière qui unit Sylvia Plath à l'héroïne de son unique roman.

Sélectionnée pour un stage d’été dans un prestigieux magazine, Esther Greenwood s’étourdit dans le New York des années 50. Entre les cocktails, la rédaction d’articles et les robes à la mode, elle est censée s’amuser comme jamais. Pourtant, elle est assaillie par des pensées morbides.
Inspiré de la vie de son auteur, La Cloche de détresse est un classique de la littérature américaine, dans lequel on retrouve la poésie obsédante de Sylvia Plath. Des images magnifiques, acides, teintées d'humour noir, qui vous submergent inévitablement.

Je me rendais bien compte que, cet été, quelque chose ne collait pas en moi. Je ne faisais que me répéter tous ces petits succès que j’avais joyeusement accumulés à l’université se réduisaient à néant devant les façades en verre et en marbre lisse et brillant de Madison Avenue.

Sylvia PLATH
La cloche de détresse

Nous avons lu ce livre pour le 24 septembre 2021.
Nous l'avions déjà programmé en 1997, il y a 24 ans, mais il n'y a plus guère de survivants de cette séance-là...

DOC autour du livre en bas de page

Nos 15 cotes d'amour sur le livre
Annick LCatherineChristelleClaire
FannyLauraLisa •Monique L
NathalieRenéeRozenn
BrigitteFrançoise
EtienneJacqueline
En cours de lecture : •Danièle Denis
Pour la première fois, nous recourons
à une triple formule d'échanges :
- certains sont présents en chair et en os
- d'autres nous parlent et nous voient par zoom
- enfin, nous commençons par lire les avis écrits
de ceux qui ne sont ni connectés ni présents.

Denis
Je randonne en Corse et n'ai pas pu terminer le bouquin, encore moins écrire un commentaire. J'en suis à la moitié quand cela commence à se corser...

Danièle
Je ne suis pas libre ce soir. Donc ni sur place ni à distance ! Je lirai vos avis avec curiosité car le livre ne m’a pas vraiment plu, et je ne l’ai pas fini. La première partie me paraît futile. Peut-être aurais-je dû persévérer… Je le saurai en vous lisant. Bonne soirée à tous
.

Lisa(avis transmis)
J’ai appris l’existence de Sylvia Plath lorsque nous avons lu Sept femmes de Lydie Salvayre. Je me souviens d’avoir alors été curieuse mais comme impressionnée par cette autrice : je ne lis que très peu de poésie et de la savoir poétesse m’impressionnait. J’avais "peur" de tomber sur un roman très poétique. Je ne l’avais donc jamais lu.
J’ai commencé la lecture presque à reculons et pourtant au bout de deux pages j’étais subjuguée. J’aime son écriture, ses métaphores et même son humour : page 14 "je ne pouvais penser qu’aux Rosenberg ou comme j’avais été idiote d’acheter tous ces vêtements inconfortables et chers qui pendaient comme des poissons morts dans mon placard". Page 87 : "il possédait ce qu’aucun américain de ma connaissance n’a jamais possédé : de l’intuition".
Les descriptions sont criantes de réalisme : lors de ma lecture j’étais totalement immergée dans son univers. C’est assez dérangeant, presque perturbant mais en même temps je ne pouvais pas quitter ce livre.
Le vertige intérieur de la narratrice transpire dans chaque épisode raconté. La dépression est bien racontée.
Je ne l’ai pas tout à fait fini mais je peux d’ores et déjà dire que c’est un immense coup de cœur grâce à son style. Je l’ouvre en grand. Et je vais le relire.
Passez une bonne soirée.

Fanny (avis transmis)
J'ai oublié le livre sur mon bureau en partant hier soir, ce qui fait qu'il me reste une trentaine de pages. Heureusement je les aurai lues avant de lire vos avis.
J'ai bien aimé cette lecture et je suis curieuse de découvrir le dénouement. La quatrième de couverture parle d'espoir sur la fin, c'est troublant je trouve quand on sait que Sylvia Plath s'est suicidée après la parution.
J'ai éprouvé tout du long de l'empathie pour cette jeune fille, tellement en marge, en décalage, en regard de ce qu'elle perçoit des attentes des autres.
Tout en étant centrée sur la dimension psychologique de cette jeune fille, je trouve que l'ensemble de roman ne peut pas faire sens sans cette peinture de la société américaine. Et justement j'ai apprécié que le portrait qui en est fait ne soit pas manichéen.
Il aurait été facile de faire une présentation de la société qui soit uniquement à charge et de dresser des portraits de personnages antipathiques. Or j'ai trouvé que ces descriptions et les différents personnages (notamment la mère) étaient à la fois sans complaisance mais en même temps humains et attachants (exception faite du fiancé...)
Je trouve que justement la richesse du roman tient dans cette rencontre entre cette jeune fille et le monde dans lequel elle vit, dans l'entremêlement des dimensions psychologiques et sociologiques.
J'espère ne pas être déçue par les dernières pages. J'ouvre en grand. Passez une bonne soirée et à très bientôt.
Etienne
(avis transmis)
Je n'ai pas eu l'impression, avec La cloche de détresse, de lire un roman, mais plutôt une sorte de journal intime romancé. Je me justifie : une écriture assez fragmentaire, par petit blocs denses où Esther/Sylvia triture sa perception du réel et nous le retranscrit sans recul. Plutôt que de flux de pensée, on pourrait parler de flux de morceaux de réalité qui nous sont envoyés assez brutalement. La lecture m'a donc demandé une énorme concentration (à un moment où paradoxalement j'en avais moins : mes vacances) et je me suis parfois retrouvé dans une sensation presque anesthésiée, spectateur, où l'impression de ne me plus arriver à lire me guettait (je relisais 3 ou 4 fois les mêmes passages). J'ai donc un (tout petit) peu partagé l'expérience d'Esther, si tel était le souhait de l'auteure, c'est évidemment réussi.
Mes connaissances en psychiatrie sont maintenant lointaines, mais il me semble que le mal dont est atteint Esther dépasse le syndrome dépressif classique et je pense qu'un psychiatre en 2021 y verrait un tableau qui a au moins quelques symptômes du spectre de la schizophrénie (syndrome paranoïaque dans certains passages, distorsion de la réalité…).
C'est brillamment écrit et bourré d'un humour féroce (quoique un peu attendu parfois) et j'ai trouvé beaucoup d'équilibre dans l'ensemble et de finesse dans l'exposition. Sylvia Plath laisse suffisamment planer le doute sur qui sont véritablement les protagonistes (la mère, Buddy, Joan, les soignants et surtout Esther) pour que le roman soit enveloppé de cette espèce de brume poétique qui recouvre l'ensemble. Je n'y verrai donc pas un portrait au vitriol de la société américaine des années 50, ni un roman revendicateur, mais tout simplement une très belle retranscription poétique de l'expérience d'un esprit malade qui se débat.
Je suis très heureux de l'avoir lu et le recommanderai : je l'ouvre à moitié.
Annick L(avis transmis)
Une vraie découverte pour moi, que ce roman d'une écrivaine-poète dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai été très touchée par son récit qui met en scène le personnage d'Esther Greenwood - alter ego de son auteure, une jeune fille douée pour la littérature et sûre de son talent, qui tente de faire reconnaître la singularité de son œuvre, à une époque où la seule place reconnue était celle d'une épouse, forcément "parfaite", et d'une mère entièrement dévouée à sa progéniture. Un livre que je rangerai dans ma bibliothèque personnelle aux côtés de Virginia Woolf (Une chambre à soi), Doris Lessing (Le Carnet d'or) ou Anaïs Nin pour
La cloche de verre). Son destin tragique (elle s'est suicidée à 31 ans) fait écho à celui de Virginie Woolf, deux créatrices hyper-sensibles et fragiles qui ne savaient pas composer avec le réel, ni avec la société puritaine et conformiste de leur temps. Ce n'est pas étonnant qu'elle soit devenue une figure iconique des féministes.
Mais je trouve aussi que ce récit est remarquable par le style et la voix de son auteure, tout à fait singuliers : Sylvia Plath conserve, tout au long de cette évocation d'une détresse psychologique et morale profondes qui l'entraîne vers la dépression, une forme d'ironie et d'autodérision incroyable : par exemple dans les scènes de tentative de suicide, cherchant un crochet pour se pendre, tentant de se noyer dans la mer, etc. Ou lorsqu'elle se fait déflorer. Aucun apitoiement sur soi-même, aucune empathie. Un regard distancié et caustique que l'on retrouve dans son évocation de la société qui l'entoure : la mère de famille nombreuse qui passe sous ses fenêtres, le milieu de la mode à New-York, le défilé des hommes qui font son initiation amoureuse, tous si ridicules… — des scènes qui font sourire et qui permettent au lecteur-lectrice de reprendre sa respiration. Le monde qu'elle côtoie directement est d'ailleurs très féminin : la relation très conflictuelle avec sa mère, sa mécène, la rédactrice du magazine, la psychiatre qui va la sauver (momentanément !), et quelques "amies" (Doreen, Joan). Avec, tout au long, ce point de vue à la fois idéaliste (la jeunesse) et d'une lucidité hors d'âge. Quel talent !
Mais le fond est profondément tragique, malgré une fin de récit ouverte (on ne sait pas si le personnage va pouvoir sortir de cette spirale autodestructrice). Et j'ai rarement lu, sauf chez des poètes (Baudelaire, Verlaine qui souffraient aussi d'une forme de dépression chronique) des pages aussi imagées pour décrire l'état psychique mortifère du personnage : sentiment de solitude infinie, de coupure sociale radicale (les murs invisibles), bouffées d'angoisse asphyxiantes, avec cette lourde cloche qui se referme sur son esprit (la référence au titre d'Anaïs Nin est évidente). Des psychanalystes se sont d'ailleurs intéressés à ce livre pour des raisons cliniques et ont disserté sur son cas (mort du père dont elle ne s'est jamais remise, etc.). Peu importent les analyses qui en ont été faites, la part qui reste au lecteur-lectrice, c'est ce voyage fictionnel bouleversant au cœur d'un drame humain terrible.
Je retiendrai enfin la dénonciation des méthodes employées à l'époque par les psychiatres pour enfermer et "traiter" les "malades" qui leur étaient confiés, souvent par leurs familles. Même si l'une de ces thérapeutes va faire exception en la considérant comme une personne en souffrance, et en respectant sa dignité.
J'ouvre en très grand.
Laura(à l'écran)
À mes yeux, La cloche de détresse est un roman qui pourrait être découpé entre trois grandes parties. La première, se déroulant à New-York, remplie de ses péripéties aussi amusantes que dérangeantes par leur perversion. La deuxième, ou la déchéance d'Esther laissée seule, face à elle-même. Enfin la dernière, ou la tentative de récupérer une presque-suicidée dans la vie commune (ou plutôt, la détruire, pour mieux la rejeter de la société). Je ne m'étais absolument pas renseignée sur le sujet du roman avant la lecture. Je me souvenais uniquement de bribes de cours de littérature anglaise de l'an dernier, dans lesquels j'avais étudié un poème de Plath. Alors, je savais juste que l'autrice s'inspirait grandement de sa vie pour écrire. Honnêtement, je me demande encore pourquoi. Si moi, petite étudiante, je me mettais à écrire mes déboires personnels sous forme de poèmes, et même s'ils étaient de bonne qualité, j'imagine que tout le monde, ou presque, s'en ficherait totalement. Alors, je me rends compte que c'est une sorte de mouvement littéraire qui me dérange : en lisant le roman par exemple, j'aurais préféré croire que tout était inventé du début à la fin, ou presque, plutôt que de me dire que Plath a dû vivre tout cela. Je me sens voyeuriste.
Mis à part ce détail, j'ai sincèrement adoré le roman. Le style d'écriture est simple et épuré, sans être pauvre. Ce qui, je trouve, sert énormément le sujet. Esther n'a pas besoin d'une parole alambiquée, elle me paraît trop désabusée par la vie pour cela. Désabusée, et pourtant sans avoir vraiment vécu quoi que ce soit : je pense à la scène de la tentative de viol qui m'a énormément marquée. Esther n'est pas tétanisée, elle comprend ce qui se passe, presque comme si elle l'avait déjà vécu des centaines de fois, alors que manifestement, c'était la première. Elle possède une telle froideur face à la vie et ses événements, comme si elle s'en plaçait en dehors, spectatrice de ses propres actions, juge de celles des autres. J'ai la sensation qu'Esther possède un recul fou, et pourtant pas encore assez poussé pour prendre conscience du ridicule de sa vie et de celle des autres. Chaque scène semble toujours être justement mise en scène : Doreen qui est une caricature de la pin up vulgaire avec son Lenny cowboy ou encore (dans le tragique) le choix de tourner les escarpins vers la mer avant de tenter de se noyer. J'ai vraiment apprécié la première partie, pour l'humour surtout, les anecdotes (je pense au caviar, à l'intoxication alimentaire, au jugement qu'elle porte sur les hommes qu'elle a pu rencontrer). J'ai pensé à moi, mais c'est passé vite. Puis, à partir de la deuxième partie plus mélancolique et dépressive, plus éteinte et plus sourde, j'ai trouvé un certain confort à la lecture, dans le fait de vivre (ou revivre) ces émotions. C'était presque comme me glisser sous une couette bien chaude, et ne pas avoir à en ressortir (heureusement que ce n'est que métaphorique, je déteste cette sensation corporelle, mais en la transposant mentalement, c'est tout à fait réconfortant). Même s'il n'y a rien "d'objectivement" réconfortant dans ces deux dernières parties. J'ai même failli m'évanouir plusieurs fois dans le métro en lisant les tentatives de suicide. Pourtant, cela m'a enveloppée d'une douceur qui m'a plu, et je ne pourrais pas donner de meilleur argument pour cela que "je m'y suis retrouvée". Peut-être est-ce la fameuse image de la littéraire sombre et torturée, qui sait ?
En bref, j'ai adoré, c'est bien écrit, et rempli de nombreuses réflexions sur la place des femmes, la place des "fous", la dépression et l'identité (le changement de nom), etc.
J'ouvre en très grand.
Catherine(à l'écran)
J'ai beaucoup aimé ce livre. C'est une découverte, je ne connaissais pas l'auteure.
J'ai d'abord beaucoup aimé le titre, "la cloche de détresse". J'ai ensuite aimé le personnage d'Esther, son humour, sa lucidité, ses talents d'observatrice, notamment dans la première partie. Cette première partie est très réussie, très drôle (la scène de l'intoxication alimentaire; la scène où son copain lui propose de se déshabiller, ce qui lui évoque un gésier de dindon...). En même temps, alors que ce séjour à New York, les défilés, les réceptions, les cadeaux, devraient la combler, on sent déjà une fêlure ; elle se sent vide, à côté. À la description de sa vie à New York, se mêlent des souvenirs d'enfance et de jeunesse, ses études, ses flirts. J'ai aimé son côté féministe ; elle refuse de se cantonner dans le rôle d'épouse et de ménagère qu'on lui propose dans une société américaine encore très traditionnelle. C'est un personnage très attachant, brillant et décalé qui ne se sent jamais à sa place. Les personnages secondaires sont également subtils ; la mère est difficile à cerner, mais pas manichéenne.
La deuxième partie, c'est l'entrée dans la dépression. Elle veut écrire mais n'y parvient pas. Ses pulsions de mort deviennent permanentes et la conduisent vers l'asile et les électrochocs ; cette partie est poignante et glaçante à la fois ; on est frappé par la lucidité qu'elle garde jusqu'au bout.
C'est un roman magnifique. Extrêmement bien écrit. C'est une découverte. J'ouvre en grand.
Monique L
C'est un livre éprouvant. Il vaut mieux être en forme et dans une période positive pour le lire ! C'est le récit d'une dépression sévère et qui pose la question du sens de la vie.
Esther oscille entre exaltation et désespoir. Elle vit des moments excitants à New York qu'elle décrit avec beaucoup de justesse puis s'effondre quand elle rentre chez sa mère.
C'est une jeune fille talentueuse et intelligente qui se sent seule et cherche son projet de vie. Elle est décalée par rapport au monde dans lequel elle vit. Elle ne sait pas ce qu'elle veut faire. Elle se débat avec ses démons et fait preuve d'une lucidité effrayante.
J'apprécie son humour glacé.
On ressent très rapidement sa profonde angoisse existentielle. Elle se retrouve dans une prison mentale qui la tétanise. Peu à peu, l'obsession de la mort s'empare d'elle.
Le ton léger et cynique cache de moins en moins le vertige intérieur.
Ce récit est bien écrit et plein de retenue et de pudeur.
Ce livre m'a bouleversée d'autant plus que j'ai ressenti de l'empathie pour Esther et comprend ses questionnements et ses désillusions.
J'ai lu des poèmes d'Ariel traduits par Valérie Rouzeau et une nouvelle de jeunesse : Mary Ventura et le neuvième voyage que j'ai beaucoup aimée.
J'ouvre le livre en grand.
Renée(à l'écran)
Comme Laura, je n'aime pas les autobiographies, j'ai l'impression de regarder par un trou de souris.
Je l'ai lu avec une certaine angoisse pour des raisons personnelles et en sachant qu'elle s'est suicidée peu de temps après. Il vaut mieux avoir le moral avant de le lire.
J'ai trouvé l'écriture magnifique, le choix des mots était parfait.
J'ai revécu les pensées qui me poursuivaient jeune : "pas du tout envie de suivre le modèle classique d'épouse de Monsieur Untel, je veux être, moi, Madame Untel".
Et je suis très heureuse d'avoir découvert cette écrivaine. J'ouvre en entier.
Rozenn(à l'écran)
C'est pas drôle.
J'ai beaucoup aimé. J'ai commencé ce matin et ai fini ce soir.
J'ai aimé la distance, la lucidité. Je me suis projetée comme une bête. Le passage sur la sténo m'a beaucoup plu (j'ai un diplôme...) J'ai adoré la mère de l'étudiant en médecine qui tisse un plaid qui devient paillasson, serpillère. Et le passage où les Japonais se suicident, elle a l'air d'y croire.
J'ai été saisie par tout ce qui se passe à l'hôpital. La mère fait ce qu'elle peut (elles dorment dans la même chambre !). J'ai tout aimé. Tous les problèmes qu'elle se pose ce sont ceux que je me pose, sur le mariage, sur les enfants : ça fait se sentir moins seul. J'ouvre en grand !
Françoise
Je suis mitigée, disons que je suis moins dithyrambique. Je n'ai pas tout à fait terminé. Tout d'abord je pousserai un coup de gueule sur "la cloche de détresse" : le titre en anglais c'est "la cloche" et non pas "de détresse". Et comme à chaque fois, j'ai envie de dire à l'éditeur "de quoi je me mêle", car du coup je tendais le dos, et j'ai été agréablement surprise.
Pour ma part j'ai vu deux et non trois parties. À New York, j'ai adoré l'humour ; elle campe merveilleusement l'époque ; c'est drôle, c'est bien vu : la "sororité", l'influence, c'est une Philip Roth en plus rigolo. Avec la deuxième partie, quand elle rentre chez sa mère, c'est un changement de ton. Ses remarques sont très pertinentes. L'entourage voit qu'elle ne va pas bien. Elle est très lucide. Ce n'est pas marqué par la folie, mais par la lucidité. Quand Sylvia Plath écrit ce livre, elle n'est pas la jeune fille narratrice…

Claire
C'est un roman !

Françoise
C'est un roman. Je suis mitigée quant au style : c'est très chargé, avec énormément de détails. Au bout d'un moment, ça alourdit. Raccourci, avec des ellipses, ç'aurait été plus léger à lire, léger non quant au récit, mais à l'écriture.
J'ai aimé l'humour ET c'est très émouvant. Elle n'est pas née au bon moment, quel dommage.
Je ne regrette pas de l'avoir lu. J'ouvre aux ¾, en raison du style "appuyé".
Nathalie
Je trouve tout d'abord moi aussi que la traduction du titre est plutôt mal choisie. En effet, la narratrice évoque elle-même la cloche de verre dans son récit et surtout, le texte exprime plusieurs fois l'idée qu'elle pourrait être enfermée sous cette cloche, non seulement par sa dépression, mais par son incompatibilité au monde. Pour moi, elle est une étoile qui ne correspond pas à son époque : née au mauvais endroit au mauvais moment. L'entrée en matière est formidable : la chaise électrique en ouverture est le pendant des propres électrochocs qu'elle subira à la fin du récit. L'écriture est formidable, imagée, travaillée comme de la dentelle. Les images sont fortes : les vêtements qui pendent comme des poissons morts annoncent également les thèmes de l'inanité et de la vacuité de toute chose sur terre où nos vies n'ont pas de sens précis, où nous sommes ballottés et où nous cahotons comme "un trolleybus engourdi". Le titre initial en anglais me semble donc mieux correspondre. La narratrice est en permanence en train d'observer les autres, mais aussi elle-même, capable de se mettre à distance - "regardez cette fille" - et de s'assener les conseils inefficaces que l'on pourrait donner à une personne qui ne va pas bien et qui n'a plus cette alchimie qui nous pousse à nous lever tous les jours et à accomplir des tâches souvent vides de sens. De nombreuses métaphores jalonnent également le texte comme celle de la fenêtre qui ne s'ouvre pas ("je savais pertinemment que les voitures faisaient du bruit, que les gens [...] faisaient tous du bruit, que le fleuve aussi faisait du bruit, mais je ne pouvais rien entendre") : le monde de la nuit défile sous ses yeux, tout fait du "bruit" mais elle ne peut rien entendre, de même le silence la déprime son "propre silence", il y a aussi le couloir de la douleur sans portes ni fenêtres ("mais dans un recoin secret de son corps l'attendaient toujours ce couloir noir, sans portes ni fenêtres, le couloir de la douleur prêt à s'ouvrir de nouveau pour mieux se refermer sur elle"). La narratrice vit en observatrice permanente. Elle craint d'être démasquée, peur que l'on comprenne qu'elle n'est pas celle que tous croient qu'elle est.
Elle projette des rêves qui n'aboutissent pas, imagine que tout pourrait être différent "j'avais envie d'avoir une mère comme Jay Lee : alors j'aurais su quoi faire" ou la fille qu'elle pourrait être si elle visitait l'Europe "que de changements spectaculaires allaient se produire le jour où elle franchirait la barrière". Oui, elle a tout (réussite, succès aux examens), mais rien n'a de sens. J'aime tout dans ce livre bourré de détails comme celui de la robe de chambre qui m'a fait tout de suite penser à la série Aggie que je dévorais dans mon enfance. J'ai également pensé au roman de Carol Oates. Personnellement, j'ai adhéré longtemps à l'idée que les adolescents ont une prescience du monde qui nous entoure et des relations complexes qui le régissent ; ils ont une acuité qui se perd avec les compromis que nous acceptons de faire. On peut donc imaginer que sa perception du monde est restée à cette étape et qu'elle est incapable de céder aux exigences de la vie d'adulte. On peut penser aussi que si elle était née à notre époque, le personnage aurait eu sa place en tant que poétesse, aurait été soignée correctement. En même temps, ce roman n'est pas triste. J'ai beaucoup ri. Souvent. Et comme nous savons dès le début qu'elle va survivre - "la semaine dernière, j'ai découpé l'étoile de mer en plastique de l'étui à lunettes pour que mon bébé puisse jouer avec" -, on reste en confiance. Mais quand on apprend la vie de l'auteure, un frisson nous prend, car il est soudain impossible de séparer auteur et narrateur et cette sorte d'irruption dans le récit nous bouleverse a posteriori.
J'ouvre en grand.
Brigitte(à l'écran)
Je suis une rescapée d'il y a 24 ans puisque avec Claire nous sommes les deux seules à avoir lu La cloche de détresse qui avait été programmé alors. Justement ce matin j'ai eu un coup de fil avec Christine qui a longtemps participé au groupe et à qui j'ai parlé de notre lecture : eh bien, c'est elle qui l'avait proposé…
J'ai vraiment aimé. J'admire cette entrée dans la profonde dépression. Le mot dépression était alors utilisé fréquemment. Je suis étonnée qu'elle ne l'évoque jamais.
J'ai pensé comme Nathalie à Carol Oates, mais je préfère de beaucoup Sylvia Plath. Elle analyse avec finesse le monde de la publicité ; j'ai particulièrement apprécié ce passage où elle échange avec Hilda sur les Rosenberg : elles emploient les mêmes mots pour évoquer leur exécution, pour exprimer des points de vue fondamentalement contraires.
Rentrée chez sa mère, elle plonge dans la maladie. Elle exprime alors avec une grande subtilité ce qu'elle perçoit des événements qui se déroulent, en se situant en permanence à l'extérieur de ce qui lui arrive ; sans se poser de question sur ce qu'elle vit. Je n'ai pas tout à fait fini le livre, mais je l'ouvre aux ¾.

Jacqueline
Cet été, j'ai trouvé ce livre dans la belle bibliothèque d’une location de vacances : surprise, je l'ai lu donc assez vite. Comme j’avais beaucoup oublié, j'ai voulu le relire, je n’ai trouvé à la bibliothèque que les
Œuvres complètes. J’y ai vu une biographie merveilleuse avec des photos. Je m’y suis plongée : elle est très bien fichue, avec, en regard du texte et pour l’éclairer, des passages de son journal ou de lettres à sa mère, des extraits de La cloche de détresse... Dans cette édition, le titre est devenu La cloche de verre (titre déjà utilisé par Anaïs Nin) et non de détresse. Il me semble que “Sous cloche” aurait mieux convenu à ce que j'ai compris du livre. Je n’avais peut-être pas très envie de me replonger dans la partie sur la dépression. Avant de commencer à relire, j'ai lu deux nouvelles qui mettent aussi en scène des jeunes adolescentes anticonformistes avec, aussi, des petits détails observés de façon caustique. Le temps pressant, je suis enfin revenue à La cloche de verre, j’ai retrouvé mon plaisir à l’évocation des Rosenberg et j'ai beaucoup aimé la peinture de l'époque aux États-Unis : j'ai pensé à Salinger qui écrivait à peu près à la même époque, à cause du regard décalé et libre de l'adolescence. Même si, ici, c'est une fille.

Monique
Oui, mais chez Salinger que j'ai aimé, ce n'est pas du tout le même langage, la même distance, la même élégance.

Jacqueline
Le langage, je ne sais pas et c’est loin… mais j’en garde le souvenir de distance et il y a une nouvelle “Un jour rêvé pour le poisson banane” qui parle aussi remarquablement de dépression...
Ce que je trouve intéressant, c'est le travail de l'écrivain qui, à partir de l'expérience réelle, vécue, donne romans et nouvelles. Je l'ai lu comme un roman.

Claire
C'est d'ailleurs paru dans la collection "L'imaginaire"...

Jacqueline
Je ne sais comment l’ouvrir, parce que j’ai aimé, je pensais ouvrir au moins aux ¾. Mais j'avais tout oublié, c’est comme si j’avais eu une certaine réticence à y revenir et je n’ai pas réussi à finir avant de venir, donc j'ouvre à moitié.
Christelle
Je l'ai lu quasiment d'une traite et ne l'ai pas comme d'habitude fini la veille ou le midi…
J'ouvre en grand !
J'ai beaucoup aimé l'écriture et justement qu'elle fournisse beaucoup de détails donne envie d'avancer avec cette façon de décrire, son décalage permanent, par exemple par rapport à Doreen, on la sent glisser, c'est très bien fait.
Parmi les scènes, la visite au sanatorium, cette non compréhension avec le pseudo fiancé, m'a marquée. Il y a des passages sur la dépression moins bien faites, par exemple, concernant le suicide, je me suis souvenue des questionnements que l'on doit mener en médecine à propos des scénarios élaborés, là ce n'est pas très clair.
La construction est bien faite et ce que dit Nathalie de la précision donnée au début sur le bébé dont je ne me souvenais pas m'explique pourquoi je ne savais pas comment je savais qu'elle n'allait pas se suicider...

Claire
J'avais comme Brigitte lu ce livre il y a 24 ans dans le groupe, où je l'avais aimé. Des émissions de France cucul d'il y a quelques mois ont ressuscité ce livre que j'ai donc proposé. J'ai retrouvé dans mon exemplaire l'avis transmis sous forme d'une lettre de Françoise Delphy (qui, entre parenthèses - maintenant que nous nous sommes risqués à la poésie - est devenue vraiment spécialiste de la très à la mode et incompréhensible Emily Dickinson, publiant ses Poésies complètes (1789 poèmes), sa Correspondance (plus de 1000 lettres) et une biographie : Emily Dickinson poète : dans la poche du kangourou...). Voilà que j'imite Jacqueline en parlant d'autres livres...
Je ne dirai rien d'original après vous avoir écouté.es. Je ne me suis pas projetée dans le personnage, mais j'ai un sentiment d'adhésion : à son regard, sa distance, son humour ; je me délecte de son humour "glacé", de son style fait de "fausse naïveté". Elle n'est jamais dans les clichés ; son humour ravageur est empli de sa liberté. Sa voix me semble très singulière, son style puissant. Et je reprends à mon compte ce mot qui a été employé, décalé : il y a quelque chose de décalé qui me plaît beaucoup. Je me fiche de l'aspect autobiographique - la femme c'est autre chose, une autre "histoire" (voir ci-dessous).
J'aurais envie de citer bien des passages, je me contenterai d'une comparaison :

La présence de Jody, Mark et Cal commençait à me taper sur les nerfs, un peu comme un gros morceau de bois qu'on baladerait sur les cordes d'un piano.


 
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LE LIVRE

Le roman : première couverture en Angleterre, dernières couvertures en France


The Bell Jar, 1963, 1ère édition sous pseudonyme "Victoria Lucas", ed. Heinemann, Londres

Création et publication du roman
Le roman fut écrit à Londres au cours du printemps 1961 et achevé la même année, durant l'automne qui suivit l'installation de Sylvia Plath et Ted Hughes en août 1961 à Court Green, dans le Devon.
C'est le seul roman qui fut publié, mais elle en commença cependant plusieurs, notamment :
- la suite de La Cloche de verre, retraçant une histoire d'amour heureuse entre une jeune Américaine en Angleterre et son mari anglais, qu'elle prévoyait d'offrir à Ted Hughes pour son anniversaire au mois d'août 1962, et qu'elle détruisit à l'époque de la crise de leur mariage pendant cet été-là
- un autre roman, intitulé Double exposition, racontait l'histoire d'une femme qui découvre l'infidélité de son mari : commencé à la fin de l'automne 1962, il a été retrouvé à la mort de l'auteure, puis perdu ensuite.

Publication du roman
La Cloche de verre fut publié à Londres, où Sylvia Plath vit séparée de Ted Hughes, au cours du mois de janvier 1963, quelques semaines à peine avant la disparition tragique de son auteure, par l'éditeur anglais Heinemann, qui avait assuré la publication de son premier livre, Le Colosse et autres poèmes.
D'abord publié sous le pseudonyme de Victoria Lucas, La Cloche de verre paraîtra aux éditions Faber and Faber sous le vrai nom de Sylvia Plath en 1966, puis sera édité à nouveau en 1967, avant de connaître régulièrement plusieurs rééditions dont voici les couvertures de quelques-unes, dont celle pour le cinquantenaire de la publication et la dernière de 2019.
La maison d'édition Faber & Faber, abrégée en Faber, fondée en 1929 à Londres est connue pour publier un nombre important d'ouvrages de poésie et pour avoir compté parmi ses édités plusieurs poètes célèbres : Sylvia Plath en était. Ses différents livres (poésie, correspondance, journal...) sont ICI sur le site de l'éditeur.
Ce n'est qu'en 1971 qu'il paraîtra aux États-Unis, aux éditions Harper and Row : la publication fut freinée par Aurélia Plath, la mère de Sylvia, qui n'accepta l'édition américaine du livre qu'en contrepartie de l'autorisation du mari de Sylvia, Ted Hughes, détenteur des droits, de publier des extraits de la correspondance que sa fille avait entretenue avec elle entre 1950 et 1963. Le roman, dès sa parution aux États-Unis, deviendra un best-seller.
Le livre est accessible en ligne en anglais ici et en français là.

• SYLVIA PLATH EN QUELQUES DATES
1932 : née à Boston. Père immigré allemand, mère aux origines autrichiennes. Père professeur d'allemand à l'université de Boston et entomologiste spécialisé dans le domaine des abeilles, mère diplômée en sténographie qu'elle enseignera lorsqu'elle sera veuve.
1940 : son père meurt quand elle a 8 ans ; sa réaction : "Je ne parlerai plus jamais à Dieu". Un de ses célèbres - et terribles - poèmes s'intitule "Daddy".
1950 : elle entre au Smith College, près de Boston, l'une des plus prestigieuses universités réservées aux femmes aux États-Unis à l'époque. Brillante élève, très précoce en poésie, Sylvia veut très tôt devenir écrivain. Elle écrit des articles pour le magazine Mademoiselle dont elle est invitée, participe aux mondanités de la vie étudiante. Beauté, brio, humour, elle a tout pour elle....
1953 : dépression qui la mène, après une tentative de suicide, dans une institution psychiatrique.
1955 : diplôme de fin d'études.
1956 : bourse pour l'Angleterre pour étudier à l'université de Cambridge. Elle y fait la connaissance du jeune poète anglais, Ted Hughes, avec qui elle se marie quelques mois plus tard le jour de Bloomsday.
De 1957 à 1959 : le couple part vivre aux États-Unis. Elle enseigne dans son ancienne université.
Fin 1959, ils retournent à Londres, dans un tout petit appartement 3 Chalcot Square Primrose Hill, London NW1 :
   
Ils voyagent en France, en Espagne.
Avant de s'installer à la campagne, Ted et Sylvia cèdent la location de leur appartement à Primrose Hill au poète canadien David Wevill et à sa femme Assia, avec qui Ted a commencé une liaison secrète. Ils s'installent à
Court Green dans le Devon.
1960 : publication en Angleterre de son premier recueil de poèmes, The Colossus.
1960 : premier enfant Frieda (qui publiera le livre de dessins de sa mère).
1961 : fausse couche, des poèmes y feront allusion.
1962 : deuxième enfant, Nicholas (souffrant de dépression, il se suicidera par pendaison à son domicile en Alaska, en 2009, à 47 ans). Ted et Sylvia se séparent moins de deux ans après la naissance de leur premier enfant. Ted a une liaison avec l'épouse de l'ami poète David Wevill (Assia se suicidera en 1969, emportant dans la mort leur fille commune). Cette période de colère et de désespoir est très productive dans la vie d'écrivaine de Sylvia Plath.

Été 1962 :
Sylvia avec ses deux enfants
1962 : Elle retourne s'installer à Londres avec ses enfants. Elle loue un appartement 23 Fitzroy Road, à quelques minutes à pied de Chalcot Square, dans une maison autrefois occupée par le poète irlandais William Butler Yeats, ce qui est pour elle un bon présage.
        
L'hiver 1962-1963 est l'un des plus rudes du siècle à Londres.
1963 : se suicide à 31 ans dans son appartement à Londres : elle s'allonge dans la cuisine, ouvre le gaz, après avoir pris soin de protéger sa fille et son fils, qui dormaient à l'étage supérieur, en calfeutrant la cuisine. Elle est enterrée au cimetière Saint Thomas Becket dans le Yorkshire (voir sa tombe et la visite filmée émouvante du cimetière, 1 min 30). Ted Hughes devient l'exécuteur testamentaire de l'héritage personnel et littéraire de son épouse. Il supervise la publication de ses manuscrits.
1965 : Ariel est publié.
1982 : le prix Pulitzer de poésie lui est attribué à titre posthume pour Collected Poems, qui a été publié après sa mort ; c'est le cas d'une grande partie de ses textes, dont Ariel qui a eu un grand succès.
1998 : son mari publie Birthday Letters, 35 ans après la disparition de Sylvia Plath : un hommage à la poétesse qui a partagé sa vie pendant sept ans.

DES LIEUX QUE NOUS CONNAISSONS : Picardie, Paris, Nice...

20 décembre 1955 : Sylvia quitte Cambridge pour passer ses vacances de Noël en France, où elle rêve de se rendre depuis son escale à Cherbroug, et depuis qu'elle a repris contact avec Richard Sassoon, étudiant à la Sorbonne. En compagnie de son ancien petit ami, elle visite Paris.

Janvier 1956 : arrivée à Nice le 1er, pour un séjour avec Richard Sassoon sur la Côte d'Azur, Sylvia découvre émerveillée la Promenade des Anglais et l'arrière-pays niçois. Sur un scooter, à travers les routes sinueuses et les collines plantées d'oliviers, ils se rendent à Vence, à la chapelle du Rosaire décorée par Matisse.

L'été 1956, elle est seule à Paris dans un hôtel près de Notre-Dame. Samantha McEwen était son amie et sa colocataire.
My Second Home: Sylvia Plath in Paris, 1956, de Dave Haslam (Confingo Publishing, 2020), évoque son séjour parisien

En 1961, Sylvia Plath et Ted Hughes passent l'été à Berck, séjour dont elle tirera le long poème "Berck-Plage" dans son recueil Ariel. On peut voir un film ici consacré à Sylvia Plath à Berck, par Marie Bonnard, Arte, 2017,12 min.

En 1953 Sylvia Plath interviewe
Elizabeth Bowen
pour Mademoiselle
En 1956
Sylvia Plath à Paris
D'autres photos de Sylvia Plath : à voir sur le site du Guardian.

• LES LIVRES DE SYLVIA PLATH

Nombre des publications datent d'après 1963, et sont donc posthumes.

LES TITRES ANGLAIS

Poésie (voir ci-dessous des liens pour entendre la voix de Sylvia Plath lisant certains de ses poèmes)
1960 : The Colossus
1965 : Ariel 2004 : Ariel (The Restored Edition)
1968 : Three women
1971 : Crossing the Water
Winter Trees
1981 : Collected Poems
1985 : Selected Poems

Fiction
1963 : The Bell Jar
1977 : Johnny Panic and the Bible of Dreams (nouvelles)

Textes autobiographiques
1976 : Letters Home : correspondence 1950-1963
1982 : Journals

Littérature pour enfants
1976 : The Bed Book, illustrated by Quentin Blake
1996 : The It-Doesn’t-Matter Suit
2001 : Collected Children's Stories

LES TITRES TRADUITS

Aux éditions Gallimard
- Dimanche chez les Minton et autres nouvelles
- Œuvres
: poèmes, romans, nouvelles, contes, essais, journaux
- Ariel
- Arbres d'hiver précédé de La Traversée
- Journaux (1950-1962)
- La Cloche de détresse
Gallimard Jeunesse
- Le rêve de Max
- Ça-ne-fait-rien !
La Table ronde
- Mary Ventura et le neuvième royaume
- Carnets intimes
- Le jour où Mr Prescott est mort
- Dessins

• DES LIVRES SUR SYLVIA PLATH

Dont certains très personnels
- Sylvie Doizelet, auteure de La terre des morts est lointaine : Sylvia Plath (Gallimard/L'un et l'autre, 1996)
- Taïna Tuhkunen, Sylvia Plath : une écriture embryonnaire (L’Harmattan, 2002) : une étude de l'écriture de Sylvia Plath
- Patricia Godi, Sylvia Plath : mourir pour vivre, biographie (Aden, 2007)
- Gwenaëlle Aubry, Lazare mon amour (L'une et l'autre, 2015 ; rééd. de l’Iconoclaste, 2016)


Deux auteures incluent Sylvia Plath dans une étude sur quelques autres écrivaines :
- Shoshana Rappaport-Jaccotet, auteure de Léger mieux (Le bruit du temps, 2010) : Shoshana Rappaport fait le portrait de Virginia Woolf, Marina Tsvetaïeva et Sylvia Plath.
- Lydie Salvayre, Sept femmes (Perrin, 2013 ; rééd. Points, 2014) : Lydie Salvayre présente son rapport personnel à Emily Brontë, Djuna Barnes, Colette, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Ingeborg Bachmann et Sylvia Plath (un livre lu à Voix au chapitre en 2015).
                           

Des romans autour du couple de poètes Sylvia et Ted et du mystérieux destin de Sylvia, morte à 31 ans :
- Kate Moses, Froidure (Petit Quai Voltaire, 2004, puis Folio 2006) : l'Américaine recrée les derniers mois de Sylvia Plath, mêlant les souvenirs de sa vie avant sa rencontre avec le poète Ted Hughes. Cet hiver 1962 à Londres est décidément froid, trop froid...
-
Claude Pujade-Renaud, Les femmes du braconnier (éd. Actes-Sud, 2010) : une biographie romancée où Ted est un chasseur.
- Oriane Jeancourt Galignani, Mourir est un art, comme tout le reste (Albin Michel, 2013) : il s'agit d'une confession imaginaire de l’écrivain.
- Connie Palmen, Ton histoire Mon histoire (Actes Sud, 2018) : la romancière néerlandaise reprend le mythe de l’écrivaine en donnant une voix poignante à son époux et poète, Ted Hughes.
  

• LA TRADUCTION
Il y a une seule traduction de La cloche de détresse en français, de Michel Persitz, datant de 1972, mais révisée à deux reprises, d'abord par Audrey van de Sandt (Imaginaire Gallimard), puis par Caroline Bouet (Denoël).
Comparons les trois versions du début du livre, avec l'original : la dernière version l'emporte...
Notons qu'une des traductrices de Sylvia Plath, Valérie Rouzeau, notamment d'Ariel, a écrit un livre sur Sylvia Plath Sylvia Plath : un galop infatigable, éd. Nouvelles éditions Place, 2003

• LES PRÉFACIÈRES

Les préfacières des éditions actuelles sont très différentes, et les préfaces également :

 Denoël : Rachida Brakni, née en 1977, comédienne, actrice de cinéma et chanteuse, metteure en scène, pensionnaire à la Comédie Française (de 1997 à 2004). LA PRÉFACE =>ICI insiste sur l'aspect autobiographique du roman.
Imaginaire Gallimard : Colette Audry (1906-1990) auteure dramatique, femme de lettres, scénariste (en particulier du film Olivia en 1951, dont la réalisatrice est sa sœur Jacqueline Audry...) ; membre du bureau politique du Parti socialiste (1971-1979), co-fondatrice du Mouvement démocratique féminin au début des années 60. LA PRÉFACE =>ICI insiste sur l'écriture.
Quarto Gallimard : Patricia Godi, maîtresse de conférences en poésie américaine, études des poètes femmes, études féminines et de genre, à l'Université Clermont Auvergne ; voir sa considérable bibliographie sur Sylvia Plath. LA PRÉFACE=>ICI replace le livre dans l'œuvre et le parcours de l'écrivaine et de la femme.

DES FILMS

Adaptation du livre à l'écran : The Bell Jar, 1979, de Larry Peerce, avec Marilyn Hassett and Julie Harris, 1h52 : le film est en ligne sur youtube mais sans sous-titrages.

Le Dr Jane V. Anderson, psychiatre de Boston, dont Plath se serait inspirée pour ce personnage dans le roman, a manifesté son mécontentement par rapport au traitement dont elle faisait l'objet dans le film, a intenté une action en justice et a été dédommagée de 150 000 $...

De même, le personnage de Joan, qui fréquente l'asile en même temps qu'Esther et qui a elle aussi fréquenté Buddy Willard, se remarque dans le récit par son lesbianisme et son suicide, alors que la personne réelle dont s'est inspirée Plath n'était pas lesbienne et n'avait vraisemblablement pas commis l'irréparable puisqu'elle était en mesure de se manifester dix ans après l'écriture du roman et vingt après les événements qui y sont racontés...

Plath se serait inspirée d'un fait divers plutôt que de la réalité pour mettre en scène la mort du personnage de Joan. À partir du constat d'une telle déformation de la réalité, il est difficile de tenir pour acquise la fiabilité des faits et événements racontés par Plath dans La cloche de détresse.

Dans le même ordre d'idées, la scène presque cocasse dans laquelle Buddy Willard demande à Esther si elle a déjà vu un homme nu avant de se dévêtir se serait produite lors d'un rendez-vous avec un autre jeune homme que celui dont Plath s'est inspirée pour le personnage de Buddy (voir le mémoire universitaire L'expression de la révolte chez Sylvia Plath dans son journal et The Bell Jar de Jacinthe Boivin-Moffet, Université de Québec).

En 2016, on annonce que l'actrice et mannequin Kirsten Dunst ferait ses débuts derrière la caméra avec une adaptation de La Cloche de détresse avec Dakota Fanning (remarquée dans le blockbuster de science-fiction La Guerre des mondes de Steven Spielberg) dans le rôle de Esther Greenwood. Tout le casting est affiché ici.
Et finalement, trois ans plus tard, Kirsten Dunst renonce au projet...

Documentaire américain sur Sylvia PLATH, Portrait : Mourir est un art de Lawrence Pitkethly, 1988, 55 min : le film sous-titré est en ligne sur youtube

Biopic britannique : Sylvia par Christine Jeffs, 2003 : bande annonce ici.
Frieda Hughes, la fille de Sylvia et Ted, a accusé les réalisateurs du film de tirer profit de la mort de sa mère.

À LA RADIO

Interviews
- Interview de Sylvia Plath et Ted Hughes (en 1961, 20 min, non traduit)
- Interview de Sylvia Plath (en 1962, 14 min, non traduit)

Poèmes : dits par Sylvia Plath elle-même : "Daddy" (en 1962, avec sous-titres en français, 3 min 35), "Tulips" (4 min 35, le poème en anglais à lire ici), "A Birthday Present" (4 min, avec le texte écrit en anglais), "Mushrooms" (en 1959, avec sous-titres en français, 1 min 15, le dessin en illustration est de la main de Sylvia Plath, ce sont les toits devant la fenêtre de sa chambre d'hôtel, à Paris, où elle séjourne en 1956)
Quatre poèmes extraits d'Ariel (Gallimard), dits en français par Lilian Rochat (3 min 46) : "Moutons dans la brume", "La lune et le cyprès", "Extrémité", "Les mots"

Pages arrachées à Sylvia Plath, France Culture, du 22 au 26 mars 2013, 5 émissions de 25 min, textes de Sylvia Plath lus par des acteurs.rices :
- 1/5 : La vie en sonnets et sextines
- 2/5 : Lady Lazarus
- 3/5 : Lettre d’amour
- 4/5 : Ariel
- 5/5 : Ted Hughes

Témoignage des derniers jours
-
The Last Days of Sylvia Plath, Witness History, BBC (11 février 2013, 10 min, non traduit)

Série "Sylvia Plath et le paradis perdu", La Compagnie des œuvres, France Culture, par Matthieu Garrigou-Lagrange, du 8 au 11 mars 2021, 4 émissions d'une heure, très complètes.
- 1/4 : Une vie bousillée, avec Patricia Godi, maîtresse de conférences-HDR, autrice de Sylvia Plath : mourir pour vivre (Aden, 2007) et responsable de l’édition de ses Œuvres dans la collection Quarto de Gallimard (2011). "Dame Lazare" : c'est ainsi que la poétesse, romancière et essayiste américaine Sylvia Plath se baptise dans son recueil inachevé Ariel. L'émission retrace l’existence de cet esprit brillant, précocement consumé, fondu "en un seul cri".
- 2/4 : L'indomptable fureur d'écrire, avec Gwenaëlle Aubry auteure de Lazare mon amour, reparu en 2016 aux éditions de l’Iconoclaste, et Shoshana Rappaport-Jaccotet, auteure de Léger mieux (Le bruit du temps, 2010). Lorsque Sylvia Plath se donne la mort le 11 février 1963, La cloche de détresse, son premier roman, a paru un mois plus tôt. Elle le laisse dans son sillage, ainsi qu’un recueil de poésie publié en 1960, "Le Colosse". Son brillant destin littéraire l’attend par-delà la mort.
- 3/4 : Le livre à venir de Sylvia Plath, avec Taïna Tuhkunen, professeure de littérature et cinéma nord-américains à l’Université d’Angers et autrice de Sylvia Plath : une écriture embryonnaire (L’Harmattan, 2002). L'émission interroge la question du biographique chez Sylvia Plath, mais également sa conception de l’écriture féminine à la lumière de celle d’Hélène Cixous, ainsi que les liens entre sa littérature et le mouvement du Pop-Art.
- 4/4 : Sylvia et Ted, un cercle magique, avec Sylvie Doizelet, auteure de La terre des morts est lointaine : Sylvia Plath (Gallimard/L'un et l'autre, 1996). Quelle fut la nature de la relation amoureuse et littéraire des époux Sylvia Plath et Ted Hughes ? Que dire du rapport de Plath au divin, à la maternité ? L'émission explore ces questions dans un quatrième et dernier épisode dédié à l’autrice d’Ariel.

Retour sur l'œuvre de la poétesse et écrivain Sylvia Plath, La Grande Table, par Caroline Broué, France Culture, 27 octobre 2011, 30 min à partir de la 54e min
Autour de la publication de ses Œuvres dans la collection QUARTO, éditions Gallimard, avec Patricia Godi qui a dirigé l’ouvrage, Valérie Rouzeau traductrice de Sylvia Plath, Claude Pujade-Renaud nouvelliste et romancière, auteure d’une biographie romancée de Sylvia Plath Les femmes du braconnier (éd. Actes-Sud, 2010).

Sylvia Plath par Valérie Rouzeau, traductrice de Ariel (Gallimard, 2009), Ça rime à quoi, France Culture, par Sophie Nauleau, 31 octobre 2009, 35 min. Émission intéressante.

Du Jour au lendemain, par Alain Veinstein, France Culture, 15 janvier 2008, avec Patricia Godi, pour sa biographie Sylvia Plath : mourir pour vivre (Aden, 2007), 27 min. Émission lente...

• DES ARTICLES

La consultation des titres d'articles sur plus de 20 ans donne une idée de l'image de Sylvia Plath et de son œuvre.

- Les douloureuses lucidités de Sylvia Plath, Michael Peppiatt, Le Monde, 13 octobre 1972
-
Le destin de Sylvia Plath, Olivier Kaeppelin, Les Nouvelles littéraires, 1er janvier 1985
-
Place à Sylvia Plath, Eric Loret, Libération, 27 septembre 1990
-
Panique Plath, Claire Devarrieux, Libération, 30 septembre 1990
-
Plath perdue, Anne Diatkine, Libération, 7 novembre 1991
-
Sylvia Plath, la Bostonienne, Le Monde, 13 décembre 1991
-
L'écrit de détresse, Jean-Luc Douin, Télérama, 22 janvier 1992
-
Sylvia Plath, la création pour refuge, Geneviève Brisac, Le Monde, 10 mai 1996
-
Sylvia Plath délivrée du néant, Jean-Luc Douin, Le Monde, 7 février 1997
- Plath and love, Libération, 29 janvier 1998
-
Une "love story" très controversée : Ted Hughes et Sylvia Plath : le couple maudit, Le Figaro, 16 février 1998
-
Sylvia Plath : poète, féministe et victime, Manuel Carcassonne, Le Figaro, 28 octobre 1999
-
La force singulière de Sylvia Plath, Florence Noiville, Le Monde, 5 novembre 1999
-
Chère Sylvia, Tiphaine Samoyault, Les Inrocks, 12 juin 2002
-
Sylvia Plath : A Fragmentary Girl, Gérard de Cortanze, dossier du Magazine littéraire, 1er juillet 2002
-
Sylvia Plath, un galop infatigable, Frédérique Fanchette, Libération, 25 avril 2003
- La légende de Sylvia et Ted, Jean-Luc Douin, Le Monde, 23 juin 2006
- L'écrivaine Sylvia Plath le tour d'une œuvre, Nathalie Crom, Télérama, 28 septembre 2011
- Place à Sylvia Plath : la suicidée de la société américaine en romans, journaux et poèmes, Eric Loret, Libération, 8 décembre 2011
- L'icône : Sylvia Plath, poète disparue,
Béline Dolat, Le Monde, 22 juin 2012
- Par Françoise Neau (approche psy) : Sylvia Plath et l'urgence d'écrire, Libres cahiers pour la psychanalyse, n° 30, 2014 et "Vivre et écrire" dans les Journaux de Sylvia Plath, Le Coq-héron, n° 219, 2014
-
Sylvia Plath, un trou dans le père : longtemps, je me suis tué de bonne heure, Yann Diener, Charlie Hebdo, 5 août 2020.
- Sylvia Plath : chronique d’une stigmatisée, Gil Pressnitzer, un dossier du site Esprits nomades
- La cloche de détresse de Sylvia Plath, Gregory Mion, site Stalker de Juan Asensio, 20 février 2021.

LES DESSINS DE SYLVIA PLATH

La fille Frieda Hughes a publié un recueil des encres de sa mère dans un très bel ouvrage Dessins, éd. de la Table ronde, 2016 : ces dessins sont réalisés à la plume lors de voyages en France, en Espagne, aux États-Unis sur une période de deux ans (1955-1957).

Dans sa correspondance et son journal, Plath parle régulièrement de ses œuvres picturales.
Elle peint et dessine dès son enfance. Voici son autoportrait à 11 ans, en 1946 : "A War to End Wars" (Une guerre pour en finir avec les guerres)

À Washington, la National Portrait Gallery du Smithsonian a consacré une rétrospective à son œuvre picturale intitulée "One Life : Sylvia Plath". Voici un portrait qui y était exposé, elle avait 20 ans : "Triple-Face Portrait", 1950-1951

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

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