Les quatrièmes
de couverture :
en disent-elles trop comme d'hab ?
Le pont sur la Drina, postface de Predrag Matvejevitch, trad. du serbo-croate par Pascale Delpech, éd. Le Livre de poche, 1997, 1999 et 2008, 384 p.

À Visegrad, c’est sur le pont reliant les deux rives de la Drina – mais aussi la Serbie et la Bosnie, l’Orient et l’Occident – que se concentre depuis le xvie siècle la vie des habitants, chrétiens, juifs, musulmans de Turquie ou "islamisés". C’est là que l’on palabre, s’affronte, joue aux cartes, écoute les proclamations des maîtres successifs du pays, Ottomans puis Austro-Hongrois.
C’est la chronique de ces quatre siècles que le grand romancier yougoslave Ivo Andric, prix Nobel de littérature en 1961, nous rapporte ici, mêlant la légende à l’histoire, la drôlerie à l’horreur, faisant revivre mille et un personnages : de Radisav le Serbe empalé par le gouverneur turc, à Fata qui se jette du pont pour éviter un mariage forcé, et au vieil Ali Hodja, le Turc traditionaliste, qui voit avec consternation surgir les troupes de l’empereur François-Joseph.
En 1914, le pont endommagé dans une explosion demeure debout. Sinistre présage, cependant, grâce auquel ce roman paru en 1945, œuvre d’un écrivain bosniaque par sa naissance, croate par son origine et serbe par ses engagements d’alors, nous paraît aujourd’hui mystérieusement prophétique.





Le pont sur la Drina
, postface de Predrag Matvejevitch,
nouvelle traduction de Pascale Delpech, Belfond, 1994, 406 p.

Višegrad – petit bourg de Bosnie où Ivo Andric passa une partie de son enfance  possède depuis le XVIe siècle un très beau pont de pierre blanche C'est sur la kapia, la petite place publique ménagée en son milieu, que se concentre la vie des habitants et que se déroulent les événements les plus importants : on y empale et on y pend, on y cause entre amis, on y joue son âme aux cartes, on y lit les proclamations des maîtres successifs de la Bosnie. On y regarde défiler les années turques puis austro-hongroises et, les drames individuels se mêlant aux tragédies collectives, on y voit aussi parfois des jeunes filles se suicider pour échapper à un mariage forcé.
Car c'est toute l'histoire du pont que retrace ici Ivo Andric, depuis sa construction par le vizir Mehmed-pacha Sokolo Vic
 enfant de Višegrad islamisé de force et qui fit en Turquie une brillante carrière , jusqu'au bombardement qui, en 1914, détruisit pour la première fois une partie de l'édifice Pendant plus de trois siècles en effet, résistant aux agressions de la nature et des hommes, le pont était demeuré pour tous le symbole de la continuité, symbole de "ce prodige incompréhensible" qu'est la vie, qui "s'use sans cesse et s'effrite, et pourtant dure et subsiste, inébranlable, comme le pont sur la Drina".
Chef-d'œuvre incontestable d'Ivo Andric, ce livre avait fait l'objet d'une première traduction française en 1956, sous le titre Il est un pont sur la Drina.

Ivo Andric est né à Travnik en Bosnie, en 1892. Il prit une part active au mouvement national yougoslave, connut la prison et l'exil. Après une carrière de diplomate, il se consacra à son œuvre. En 1945 parurent trois de ses livres les plus fameux La Demoiselle, La Chronique de Travnik et Le Pont sur la Drina. Prix Nobel de littérature en 1961. Député à l'Assemblée nationale de la république populaire de Bosnie-Herzégovine, Andric fut l'un des personnages clés de son époque et de son pays. II est mort à Belgrade en 1975.

Première traduction

Il est un pont sur la Drina : chronique de Vichégrad
trad. Georges Luciani, Plon, 1956, 337 p.

Ivo Andric (1892-1975)
Le pont sur la Drina (1945)

Nous avons lu ce livre pour le 19 juin 2020.

DES INFOS en bas de page sur l'auteur, son œuvre, les traductions et... le pont

Nos cotes d'amour pour Le Pont sur la Drina
 •ClaireFrançoiseNathalieSéverine Anne-Sophie
      BrigitteGeneviève JacquelineMonique L 
  
DanièleEtienneLaura

restés en plein gué : •DenisRozenn
en cours de lecture : •Annick A •Annick L •Catherine •Fanny •Manuel



Les avis transmis

Séverine
J'ai commencé la lecture avec beaucoup d'enthousiasme car je ne crois pas avoir lu de roman serbe. Je me suis arrêtée à presque la moitié car mon intérêt a faibli et je n'étais peut-être pas dans les bonnes conditions pour apprécier ce livre tout de même exigeant. Peut-être gênée aussi par le fait que c'est l'histoire d'un pont, d'une ville et que l'on ne peut pas s'intéresser aux personnages qui se succèdent car finalement ils ne sont pas le cœur du sujet. En tout cas, je reste marquée par la description de l'empalement au début du livre… terrifiant ! Je pense reprendre la lecture car ce roman m'intrigue tout de même. Donc peut-être mon avis viendra-t-il plus tard... Pour l'instant, j'ouvre ¼, ça peut s'améliorer.
PS : je suis tout de même un peu en Serbie grâce à Fred Vargas car je lis Un lieu incertain… envie d'un polar, seule lecture possible en ce moment.

Rozenn
J'ai lu une centaine de pages.
Ce livre me déroute complètement. Est-il un peu flou – hors sol – où est-ce que cette impression vient de moi ?
Il me déroute et me séduit en même temps.
Tout tourne autour du pont.
Des gens, des événements qui restent comme esquissés.
Des horreurs absolues et du quotidien.
J'ai envie de continuer la lecture et j'aurais eu bien envie d'échanger avec vous, mais je ne pourrais encore pas être des vôtres. Vous me manquez.

Denis (à Névache avec un groupe de randonneurs...)
La vie en groupe de ce genre n'est pas propice à la lecture, surtout de ce livre-là, qui demande pas mal de concentration. À vrai dire, je ne suis pas arrivé à dépasse les 75 premières pages. J'ai même failli craquer lors du supplice du pal...
Je ne peux vraiment rien dire d'autre sur ce livre. Il ne m'attire absolument pas.
Monique L
J'avais lu ce livre il y a plusieurs années. J'en avais gardé un bon souvenir mais trop lointain. Je l'ai relu pour pouvoir en parler et cela a été avec plaisir.
J'avais été en Bosnie à la fin des années 80. Je n'ai pas vu le pont sur la Drina, mais le Stari Most de Mostar avant qu'il ne soit détruit puis reconstruit (entre Croates et Serbes). Je n'ai pu m'empêcher d'y penser pendant ma lecture.
Pour en revenir au livre, c'est une chronique empreinte de sagesse populaire et de nostalgie. C'est une sorte de conte oriental qui donne voix à toute une population dans sa diversité. C'est dépaysant. On voyage dans le temps et dans l'esprit des différentes époques abordées et des diverses communautés (et sans manichéisme dans le traitement de ces diverses communautés).
Le récit se situe à mi-chemin entre le récit historique et la fiction. Le fait historique se mêle à la légende et il est difficile de faire la part des choses entre les deux.
Ce qui m'a intéressée dans ce récit, c'est que Andric ait privilégié les destins individuels à la grande histoire. Cela permet d'approcher l'âme des Balkans, sa complexité, sa fierté. On suit ces hommes ancrés dans leurs attachements, dans leur religion de naissance. Ils coexistent, construisent, détruisent, s'affrontent et sont soumis à des États qui les asservissent.
J'ai apprécié le découpage en chapitres s'échelonnant chronologiquement, depuis l'édification du pont jusqu'à sa destruction, mais j'ai trouvé déroutant qu'ils soient séparés par de longs intervalles de temps. Parfois, j'ai eu du mal à suivre.
Les générations défilent. Fort heureusement, au fil du récit, on arrive à suivre les destinées de certains personnages et de leurs descendants (les noms ne m'ont pas aidée). Sans trop de difficulté, on peut suivre la lente évolution des mentalités de générations en générations. Les nombreuses anecdotes rendent le livre vivant. On perçoit la montée progressive des conflits et des divergences de vue et d'aspiration.
Il faut quand même parler du pont qui est le décor immuable des bonheurs et tragédies de la population et le fil conducteur de ce roman. Il peut être par moment un lieu de communication, de rencontre, de circulation, d'échange et à d'autres une frontière, un lieu de torture, un lieu de passage pour conquérir de nouveaux territoires.
C'est un livre long, c'est vrai, mais un roman foisonnant. L'écriture est très belle. J'ouvre aux ¾.
Anne-Sophie
Quel démarrage éprouvant ! Une fois le cadre posé, le pont présenté dans son environnement géographique et ses détails architecturaux, avec son intrigante kapia, les mythes qui l'entourent ; puis la caravane des petits chevaux emportant dans des paniers vers Istanbul les enfants chrétiens enlevés et l'évocation du destin extraordinaire de l'un d'entre eux devenu grand vizir… Au moment où la curiosité est éveillée, où l'on est pleinement immergé dans le roman, cette scène d'empalement insoutenable et minutieusement détaillée ! Non !! Pourquoi ces pages ? Sont-elles absolument nécessaires ? Doit-on y voir une préfiguration de l'histoire impitoyable de cette région toujours déchirée ? Je continue pourtant. Pour le mystère qui se dégage de ces premiers chapitres, pour l'intérêt pour cette région incontournable de nos livres d'histoire mais qu'on connaît pourtant si mal. Parce que ce début était si beau, ce pont à la pierre claire, son eau verte, la magie des légendes. Parce que j'ai mordu à l'hameçon, et parce qu'il y a le groupe sûrement aussi.
Les horreurs aussi insoutenables que celle de l'empalement, il n'y en aura plus, enfin presque plus. Du malheur, du désespoir, de la tragédie, toujours en revanche. Avec de rares épisodes lumineux, dans ces moments simples de "doux silence", de convivialité populaire les étés sur la kapia, de cohabitation heureuse des communautés serbes, musulmanes, juives. L'auteur réussit la prouesse de couvrir quatre siècles en nous rendant vivante, humaine, palpitante, l'histoire de ces communautés meurtries, alternativement du côté des bourreaux ou des victimes. Sans véritablement de personnages principaux (même si certaines figures marquantes resteront, Ali le Hodja, le pope Nikola, Lotika, la belle Fata…). Juste ce pont, majestueux, immuable, qui voit passer le flot des destinées humaines comme le flux de la Drina sous ses arches. Il y a un vrai souffle dans ce roman, un équilibre subtil entre la grande Histoire et les petites histoires, réelles ou imaginaires, transformées au fil des siècles. Sans aucun doute un chef d'œuvre. Un récit dont je me souviendrai. Mais il reste que cette lecture m'a pesé. Trop lourd. Besoin de davantage de légèreté en ce moment. C'est pourquoi, si je dois évaluer l'expérience de lecture, je n'ouvre le livre qu'à moitié. Pour de mauvaises raisons certes, conjoncturelles, émotionnelles. Il en vaut beaucoup plus mais moi je n'en peux plus de cette ambiance mortifère.
Laura
Je n'ai en réalité pas grand-chose à dire sur ce livre. Non parce qu'il ne m'a pas plu, il a provoqué en moi plutôt l'effet inverse. Je l'ai trouvé quasiment parfait – quasiment parce qu'il faut bien toujours chipoter un peu. Il a été plus long à lire que le dernier, et même si j'ai été un peu gênée au départ (écrit tout petit, ça paraissait vraiment interminable), j'ai fini par le trouver presque trop court ! Je voulais en lire davantage, notamment à propos de la période post-1GM, et de la reconstruction du pont… (que j'ai trouvé en très bon état aujourd'hui grâce à Google maps…).
Ce livre fait voyager, j'ai adoré découvrir l'histoire de chaque siècle, toujours en lien avec le pont. Il est le souffle de vie de Višegrad. Rares en réalité sont les romans qui décrivent la ville, j'ai bien pensé au Berlin Alexanderplatz de Döblin, mais Le pont sur la Drina m'a paru tellement plus doux. Il laisse une impression de soleil campagnard, presque de vacances, en tout cas surtout de paix et de simplicité (malgré toutes les tortures, les crues et les guerres décrites). De même pour l'écriture, fluide et simple. Bref, je suis charmée par tant de délicatesse, et j'ai aujourd'hui envie de découvrir Višegrad en vrai.
Grand ouvert !
Geneviève
Cela fait longtemps que j'avais envie de lire ce livre. L'histoire du pont sur la Drina évoquait pour moi toute l'histoire des Balkans, si complexe et si violente. Je ne suis pas déçue par ce que j'ai lu, même si je comprends qu'on puisse trouver le roman touffu et difficile à lire. Raconter l'histoire des Balkans, des affrontements entre chrétiens et musulmans, de la chute de l'Empire ottoman et celle de l'Autriche-Hongrie à travers la micro histoire des habitants d'une petite ville est un pari ambitieux. Plus qu'un roman, c'est une mosaïque de vignettes, de portraits, de contes et de légendes, autour de personnages rusés ou naïfs, pleins de bonté et de colère. Et au travers de ces portraits, c'est toute l'évolution des mentalités qui se dessine, marquée par des résistances farouches et des mouvements irrésistibles.
La symbolique du pont, point de passage entre les cultures et enjeu de pouvoir, est passionnante. À travers l'histoire de chaque personnage, souvent traitée comme un conte, c'est toute l'histoire de la fin de l'Empire ottoman, de l'avènement puis du démembrement de la Mitteleuropa qui défile, celle aussi de la chute d'un monde et de ses certitudes, incarné par le pont apparemment indestructible et pourtant miné. L'exploit est de ne jamais prendre parti, de peindre chaque portrait avec tendresse, tout en montrant les naïvetés, les obstinations, les mensonges.
La postface est très utile parce qu'elle permet de mieux situer le contexte et d'ouvrir les perspectives sur d'autres œuvres, notamment La Chronique de Travnik qui met en scène les Français du consulat en Bosnie, et que j'ai bien envie de lire.
Bref, ça prend du temps mais la lecture en vaut la peine !
Je l'ouvre aux ¾ et je suis heureuse de l'avoir lu.

Les avis des présents
Claire
Mon avis est proche de celui de Séverine et Anne-Sophie.
Ça a pour moi commencé de façon enlevée, embarrassée sur les bords de ne pas savoir si le pont existait pour de bon, si on était dans la fiction ou pas, mais l'histoire de la construction, la coexistence harmonieuse de populations qui se déchireront, tout cela était bel et bon. Too much l'histoire du pal — oui, comment l'auteur peut-il insister autant et pourquoi ?!
Une fois le pont construit, ayant compris qu'on allait se taper l'histoire entière du pont, l'ennui s'est immiscé ainsi que le découragement en voyant le pavé qu'il allait falloir se taper en petits caractères, j'ai lâché le livre pour essayer que l'intérêt revienne avec la découverte de l'auteur (voir ci-dessous), qui m'a effectivement ramenée vers le texte.
Mais non, les histoires (par exemple la mariée qui se jette du pont, le soldat de garde qui détruit sa vie pour avoir laissé passer la fausse grand-mère) sont bien troussées, mais on abandonne ces personnages. Oui, on retrouve Lotika qui a de l'allure, mais mon intérêt ne reste pas. J'ai parcouru le livre, ai vu l'alternance bien faite entre Histoire et histoires. En fait, j'ai trouvé le principe génial, le projet vraiment séduisant intellectuellement, d'une grande ambition certainement tenue, mais le livre me barbe, ça n'accroche pas. Je préférerais un exposé sur l'Histoire… Je me suis demandé comment l'auteur avait composé son livre, s'il avait fait des recherches approfondies, quels étaient les personnages inventés (qu'en est-il de Lotika par exemple ?)
J'ai trouvé p. 297 une adresse au lecteur qui m'a plu : "Nous avons oublié, dans le cours de notre récit, de mentionner encore une nouveauté dans la ville. (Vous avez sûrement vous-mêmes remarqué que l'on oublie facilement de dire ce dont on n'a pas envie de parler)". Trop tard !
Etienne
J'ai commencé le livre il y a 15 jours et j'ai dû m'organiser pour en lire suffisamment chaque jour pour le finir. Le livre m'a fasciné, j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir ce sujet dont je ne connaissais rien. À la fin, comme pour Laura, c'était trop court pour moi. C'est brillantissime, comme une tapisserie. Quel talent de conteur ! J'ai pensé aux Mille et une nuits, comme l'évoque la postface. Faire un personnage du pont, c'est sensationnel ! C'est vraiment un prix Nobel ! (Suivez mon regard pour Tokarczuk.) J'aurais aimé des allers-retours entre les époques, c'est peut-être là ma toute petite réserve. C'est très intéressant, ce lieu à découvrir donc je connais peu de choses. J'ouvre en grand. C'est je crois le livre que j'ai le plus aimé depuis que je participe au groupe.
Danièle
Je rejoins l'enthousiasme d'Etienne. Je n'ai lu que 149 pages. J'ai aimé les descriptions. Je trouve que ce n'est pas du tout hors-sol comme le dit Rozenn. Le livre arrive à nous faire rentrer par la petite histoire dans les différentes cultures des Balkans. Le style d'une grande légèreté rend compte des ethnies qui se côtoient. L'empalement – et c'est la première fois que cela m'arrive en lisant un livre – m'a donné envie de vomir. On ne peut pas lire ce livre vite. On est plongé dans la vérité historique, dans la subtilité, avec un aspect de légende. Je vais continuer ! C'est une découverte ! Et j'ai moi aussi envie d'aller à Višegrad. Je l'ouvre à 200 %.
Nathalie
Alors, c'est vraiment un livre au sujet duquel je me sens profondément partagée. Il ne me reste que 30 pages. Je vais avoir du mal parce que je n'ai pas pris le temps de synthétiser mes notes et ça part un peu dans tous les sens. Pour revenir sur la violence présente dans l'œuvre, j'avoue que techniquement… l'empalement, je ne peux pas le lire… Oui, en fait, émotionnellement.
Je n'ai cessé de passer du rire aux larmes. Par exemple avec le destin tragique du jeune homme amoureux, c'est terrible cette mort en plein printemps. Il y a également beaucoup de grotesque, par exemple au moment où les femmes se mettent à la suite des convois des enfants ravis ou des jeunes conscrits car certaines ne sont même pas concernées (p. 195 Livre de poche) !
J'aime certains aspects, mais je vais me concentrer surtout sur ce que je n'aime pas. Par exemple, je suis extrêmement en colère et choquée de la vision des femmes que ce livre donne à voir ! Une vision très violente, une vision archaïque : elles sont décrites comme des harpies, incultes, idiotes, pleureuses, jalouses… Chaque femme est potentiellement un objet que l'on s'échange à l'égal des chevaux et des armes (p. 96). Il n'y en a pas une pour sortir du lot. Même Lotika, femme habile et belle, n'est pas mise en valeur et est décrite comme une manipulatrice qui, dès qu'elle entre dans sa sphère privée, révèle sa vraie nature : "rejetait alors son masque souriant, son visage devenait dur et son regard aigu et sombre" (p. 207). Et elle, si belle au début, a droit à un vieillissement spectaculaire qui semble vouloir rendre compte de ce qu'elle a toujours profondément été : "Elle était maigre avec le teint jaune ; ses cheveux ternes étaient clairsemés sur le dessus de sa tête ; et ses dents naguère étincelantes et dures comme des grêlons, étaient rares et jaunies" (p. 301). Même Fata, d'une "beauté exceptionnelle" et pourvue de "vivacité d'esprit et de verve" se donne la mort par orgueil au lieu d'essayer de se choisir par elle-même un homme à aimer et que le peuple se gargarise de sa "future humiliation". Cette image me révolte.
Je déplore également une absence de créativité de ce peuple, c'est stéréotypé : soit ils sont aimables, bienveillants, soit cons ou ignares. Quant aux enfants, ils sont affreusement méchants, harceleurs… ce sont des monstres sans cœur qui s'acharnent sur les plus faibles.
Bien sûr, le livre est riche, la construction intéressante. J'ai énormément aimé la première partie. Le grand vizir, on ne sait rien de ce qui lui arrive. Mais quelle image de l'homme nous donne ce livre ! J'aimerais savoir combien de fois le mot "s'habituer" est utilisé par le narrateur. Les habitants s'habituent aux changements. J'ai ri de la numérotation des maisons. L'aspect politique m'a ennuyée.

Etienne
Tu n'as pas aimé les discussions des étudiants anarchistes ?

Nathalie
Non, j'ai détesté. J'aurais aimé que l'auteur aille jusqu'aux guerres récentes. J'ai été intéressée par le thème de désœuvrement. J'ai adoré la présentation des communautés avec les trois religions et les langues qui entrent dans la communauté. Les descriptions du printemps sont magnifiques et poétiques. Il y a beaucoup de prolepses.
Je n'ouvrirai qu'¼. Je ne le prêterai pas.
Françoise
J'ouvre ¼. Je rejoins l'avis de Claire et celui de Nathalie. L'empalement, je l'ai oublié ! Heureusement, sinon je me serais arrêtée net. J'ai lu les deux tiers ou les trois quarts, mais ça m'est tombé des mains, je n'ai pas eu le courage d'aller au bout. C'est foisonnant, mais fouillis : j'aurais aimé avoir des repères, des dates plus précises, ce n'est pas assez structuré à mon goût. Et puis c'est écrit petit... Le livre nous présente la manière dont l'auteur voit ces sociétés qui se succèdent et évoluent peu ; j'ai été intéressée par les histoires individuelles, mais j'ai eu très peu de plaisir de lecture. J'étais amusée par l'histoire de Hodja cloué par l'oreille qui est libéré par l'envahisseur. J'ai été sensible à l'histoire de la jeune fille qu'on veut marier de force et qui se jette dans la Drina. Mais je n'ai pas vraiment accroché. Pourtant il y a de la matière, dommage. Pour moi, le style n'est ni sobre, ni lapidaire.
Jacqueline
Je l'ai fini, il y a huit jours d'une traite, en confinement prolongé. C'est vraiment très intéressant et j'ai été tenue d'un bout à l'autre. C'était un plaisir de lecture si riche que j'ai oublié beaucoup de choses, dont l'histoire du pal... C'est un livre extraordinaire, je comptais le revoir avant d'en parler mais je me suis laissée absorber par des questions autour du "serbo-croate" dont il est traduit et tous les enjeux que soulève sa perception dans les états d'aujourd'hui y compris par les spécialistes. Je ne connais pas cette région. Je retrouvais l'empire ottoman croisé chez Kadaré et illustré autrement dans Après Constantinople de Sophie van der Linden. Cette histoire du pont balaye des siècles, avec les légendes dont on voit la naissance. J'ai aimé qu'elle soit racontée au travers de scènes de la vie quotidienne. J'étais très intéressée par la manière dont ces cultures différentes cohabitent d'une manière qui n'est pas la nôtre. Moi aussi, j'aurais bien aimé que le livre continue. Contrairement à Nathalie, j'ai trouvé qu'il s'en dégageait un grand humanisme. J'ai aimé le personnage de Lotika, une belle image de femme qui se prend en main, elle, et tous les siens, et la dure description de sa vieillesse. J'ai beaucoup aimé à la fin, le récit de la mort d'Ali Hodja. Le livre rend très bien cette impression des choses éphémères et inéluctables et, après ma lecture, j'ai été très contente de découvrir que la partie du pont détruite avait été reconstruite. En voulant relire j'étais tombée sur une scène avec le Borgne, au bar, "il avait le cœur fondant et son intelligence se répandait comme de l'eau" Je suis admirative de la justesse d'expression d'Andric. J'ouvre aux ¾.
Brigitte
J'avais lu Un pont sur la Drina il y a une vingtaine d'années avant d'aller à Sarajevo, à la fin des années 90.
Je l'ai relu avec le groupe lecture. Cette seconde lecture a été très profitable ; je n'avais pas tout saisi lors de ma première lecture. Je comprends que certains aient du mal à s'y retrouver au premier abord dans ce livre si touffu et si riche.
J'ai aimé le livre pour bien des raisons. J'ai particulièrement été intéressée par la description de cette vie à la frontière, dans la frontière. J'ai parfois eu du mal à me situer, ne sachant pas toujours si on était sur la rive gauche ou la rive droite de la Drina.
Mais revenons à l'idée de frontière. Des décisions concernant les habitants sont prises par des gens qui ne sont jamais venus jusqu'à cette frontière, ceux qui habitent là ne sont pas vraiment informés, ou ne comprennent pas bien ce qu'il se passe. On décide de construire un pont, pourquoi ? Ils vivaient très bien sans ! Donc, certains s'y opposent. Quelques siècles plus tard, ils ne peuvent plus concevoir leur vie sans le pont et vivront mal l'arrivée du chemin de fer qui diminue l'intérêt économique du pont.
Toutes les ethnies qui se côtoient à Višegrad réussissent à cohabiter tant bien que mal, dans une région où les conflits entre Serbes, Turcs, Autrichiens, Juifs sont très fréquents, mais il leur faut vivre ensemble !
J'ai été frappée par l'incompréhension absolue des notables ottomans devant l'obsession des Autrichiens à être occupés en permanence. Jamais ils ne comprennent le sens ni la nécessité des choix et de l'organisation mise en place par les Autrichiens : c'est la confrontation de deux cultures (islamique et européenne) fondamentalement différentes.
Avec le temps qui passe, on voit arriver le progrès technique, puis l'avènement d'une classe intellectuelle, et ses discussions abstraites et peu réalistes. Comme l'étaient jadis les anciens échanges entre fumeurs sur la kapia.
Il est vrai que les femmes ne sont pas magnifiées ; je ne pense pas qu'on puisse le reprocher à l'auteur car c'était la réalité à ces époques-là, et on ne peut pas oublier le personnage de Lotika.
J'ai beaucoup aimé la description des divers personnages, ils sont très bien campés ; cela m'a rappelé les nouvelles de Maupassant dans une toute autre culture.
Le sujet qui m'a le plus retenue, c'est le genre littéraire : le personnage principal est un lieu, c'est très original, et l'auteur conduit son projet avec virtuosité, avec maestria. Le lecteur finit lui aussi par s'habituer au pont et a du mal à le quitter quand le livre s'achève ; il voudrait continuer à vivre sur le pont, et à y suivre le passage des saisons.
Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé l'écriture. Le style est discret. J'ai été un peu surprise par l'adresse au lecteur assez inattendue, concernant le bordel des Peupliers. Le narrateur n'emploie pratiquement jamais le je. Il a essentiellement recours au nous, il fait partie des habitants de Višegrad.
Pour terminer, je citerai quelques phrases lapidaires, signalées par Pedrag Matvejevitch, qui signe la postface :
"Les gens intransigeants et qui ont le cœur dur vieillissent lentement"
"Plus on avait d'argent, plus on en manquait"
"Tout ce qui se passait avait l'apparence de la dignité et l'attrait de la dignité"

Je l'ouvre aux ¾.

Échanges et prolongements : sur les langues, les haines Serbes/Musulmans, la complexité de l'histoire et de la géographie.
Ainsi Višegrad est en Bosnie-Herzégovine, République fédérale de trois entités autonomes, c'est à y perdre son latin... :
   ‹la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine où se trouve la capitale Sarajevo
   ‹la République serbe de Bosnie où se trouve Višegrad
   ‹et le district de Broko.
La Bosnie-Herzégovine, avec environ 3,5 millions d'habitants, comporte trois principaux groupes ethniques, désignés comme "peuples constitutifs" par la Constitution : les Bosniaques, les Serbes et les Croates. Elle est entourée par la Croatie au nord, à l'ouest et au sud, la Serbie à l'est, le Monténégro au sud-ouest, et dispose d'une ouverture réduite sur la mer Adriatique, large d'une vingtaine de kilomètres :

Une BD "documentaire" a permis à Etienne de faire le point :
Gorazde, du journaliste Joe Sacco.
Andric masquerait pour certains, là-bas dans les Balkans, un nationalisme serbe exacerbé : voir un article à ce sujet, dont Claire lit un petit extrait.


DES INFOS sur l'auteur, son œuvre, les traductions et... le pont
Deux traductions
Des repères biographiques
Les œuvres d'Ivo Andric
Un pont d'Andric qui précède notre Pont sur la Drina
Articles et vidéos
Le prix Nobel
Un film
Le pont

Deux traductions (aux titres légèrement différents)
Première traduction :
Nouvelle traduction :
Il est un pont sur la Drina : chronique de Vichégrad
traduction et préface de Georges Luciani, Plon, 1956
Le pont sur la Drina, traduction de Pascale Delpech
postface Predrag Matvejevitch, Belfond, 1994
Voir le point de vue en 1959 du premier traducteur, Georges Luciani :
"À propos de la traduction française d’Il est un pont sur la Drina d’Ivo Andritch".
La traductrice, Pascale Delpech a eu reçu le Prix Halpérine Kaminsky pour son travail de traduction du serbo-croate (voir son portrait et sa carrière impressionnante).
Pour la seconde traduction, plusieurs couvertures en format poche
1997
1999
2008

Des repères biographiques
Très complets et agréables à lire sur le site Serbica, portail de la littérature serbe en langue française.

Principales œuvres traduites en français
La France découvre Ivo Andric en 1956 : les éditeurs français publient alors Le pont sur la Drina
et La Chronique de Travnik, deux de ses dix-huit ouvrages traduits à ce jour en français.

- La Chronique de Travnik
, T. I et II, roman, trad. Michel Glouchtchevitch, intro Claude Aveline, Club Bibliophile de France, 1956. Rééd. et nlle trad. Pascale Delpech, préface Paul Garde, Belfond, 1996. Rééd. Rocher, Motifs poche 2011
- L'Éléphant du vizir : récits de Bosnie et d'ailleurs, nouvelles, trad. Jeanine Matillon, préface Predrag Matvejevitch, Publications Orientalistes de France, 1977. Rééd. Rocher, Motifs poche 2008
- Omer Pacha Latas, roman, trad. Jean Descat, Belfond, 1992. Rééd. Rocher, Motifs poche 1999

- Titanic et autres contes juifs, nouvelles, choix et postface Radivoje Konstantinovic, trad. Jean Descat, Belfond, 1987. Rééd. Rocher Motifs poche 2001
- Contes de la solitude, nouvelles, trad. Sylvie Skakic-Begic, Esprit des péninsules, 2001. Rééd. Poche biblio 2006
- Visages, nouvelles, trad. Ljiljana Huibner-Fuzellier et Raymond Fuzellier, Phébus 2006

Pour une bibliographie complète des traductions françaises, voir le site Serbica.
Pour une bibliographie complète : voir le site de la Fondation Andric ivoandric.org

Le prix Nobel en 1961
- On peut lire ici le discours de Ivo Andric. On peut entendre ici un extrait prononcé en français, avec des images de la cérémonie majestueuse...
- Interview en français, RTS (Radio Télévision Suisse)
, décembre 1961, 8 min ("bâtir un pont c'est une chose presque sacrée")

Un pont d'Andric qui précède notre Pont sur la Drina
Dans un petit essai intitulé Les Ponts, écrit en 1933, soit douze ans avant la parution du Pont sur la Drina, Andric exprimait sa fascination pour les ponts, qui représentent "le désir jamais assouvi de l'homme de relier, de réconcilier, d'unir tout ce qui surgit face à notre esprit, à nos yeux, à nos jambes, afin qu'il n'y ait nul partage, opposition ou séparation". Cette structure invite à enjamber l'opposition, à franchir la séparation : "Tous les faits parlants de notre existence - les pensées, les efforts, les regards, les sourires, les paroles, les soupirs -, tout aspire à gagner l'autre rive." (voir le texte entier ici)

Articles sur le livre Le pont sur la Drina

En 1956 : publication de la première traduction
- "Un Tolstoï yougoslave ? Ivo Andritch", Robert Escarpit, Le Monde, 17 décembre 1956. À noter de la part de ce célèbre billettiste du Monde pour lequel il écrivit de 1949 à 1979 à raison d'une vingtaine de billets par mois... l'intérêt pour la traduction, rarement évoquée dans les critiques contemporaines.
- "Un roman serbo-croate de Ivo Andritch Le pont sur la Drina", Marcel Brion, Le Monde diplomatique, juillet 1957
-
"Il est un pont sur la Drina, par Ivo Andritch", Georges Perec, Les Lettres nouvelles, vol. 45, janvier 1957. Extrait :

"Disons-le tout de suite : cet ouvrage ne ressemble à rien de ce que nous avons l'habitude de connaître. En dépit de son sous-titre "Chronique de Vichegrad", il ne s'agit pas d'un livre historique ou semi-historique (...) tant les épisodes de fiction y sont importants. On ne peut pourtant pas le réduire à un roman, tant la richesse et la variété de ces éléments de fiction dépassent le cadre d'une simple intrigue romanesque. Il nous arrive de songer à un recueil de contes, mais jamais (un) recueil de contes (pas même les Mille et une nuits ou les Contes de l'Alhambra de Washington Irving) n'a possédé une telle continuité. En fait, nous ne pouvons définir d'une façon satisfaisante cet ouvrage et ce, croyons-nous, parce que l'esprit qui a présidé à son élaboration n'a pas son équivalent en France".

Perec fréquente des intellectuels et des artistes yougoslaves. Il est alors étudiant en histoire, peu assidu. Il a rencontré Milka, la maîtresse d’un peintre yougoslave, et elle ne le laisse pas indifférent, ce qui le décide à partir pour Belgrade, dans l’espoir de la séduire... Il écrit à son ami Jacques Lederer :

"Je pars mercredi soit à Belgrade, soit sur la Drina, que je descendrai peut-être en bateau jusqu'à Vichegrad (3 jours de voyage) là où il y a le fameux pont."

Et c'est au retour que Perec à 21 ans écrira son premier roman, L'Attentat de Sarajevo, refusé et publié 60 ans plus tard (avec une longue préface de Claude Burgelin). Une des répliques du roman :

"Je pars à Visegrad. Je me jetterais du haut du pont dans la majestueuse Drina, comme la belle Fata, fille d'Avgada, qui voulait échapper à un mariage forcé."

En 1994 : pour la publication de la deuxième traduction
- "D'autres mondes : le pont aux onze arches", Nicole Zand, Le Monde, 8 avril 1994
- "Ah Dieu! que la Bosnie est jolie...", François Maspero, Quinzaine littéraire, 16 avril 1994
- "Le Pont sur la Drina", Jacques Bonnet, L'Express, 21 avril 1994
- "Le pont sur la Drina", Hédi Dhoukar, Hommes et Migrations, n°1177, juin 1994.

Articles ultérieurs
- "Un pont dans la tourmente balkanique Ivo Andric et Ismaïl Kadaré", Jean-Paul Champseix, Revue de littérature comparée, n° 305, 2003
- "Chronique", Patryck Froissart, 26 mars 2006
- "L’Empire Ottoman d’Ivo Andric", Branka Šarancic, Cahiers balkaniques, n° 36-37, 2008
- "Usage subversif de l'histoire dans l'œuvre d'Ivo Andric", Branka Šarancic, Revue des études slaves, tome 79, 2008.
- L'Atelier du roman, n° 72, décembre 2012, un numéro entièrement consacré à Andric dont plusieurs articles se réfèrent au Pont sur la Drina
- Présentation du roman et de l'histoire, avec des documents, Zélie Waxin, site Classe internationale, 5 avril 2018.

Vidéos
- "Un livre, un jour", Olivier Barrot, France 3, Ina.fr, 30 mai 1994, 1min 41s
- Un livre un jour, Aurélie Charon, France culture, 19 septembre 2019, 1 min 28
- Conférence "Les Lundis du Collège de France" : "L'autre Europe : Ivo Andric", par Predrag Matvejevic, préfacier du Pont de la Drina, 2 avril 2007, 46 min : lien direct ou film téléchargé ici.

Un film (qui n'a pas vu le jour)
Emir Kusturica prévoyait d'adapter le roman :
- L'Orient-Le Jour l'annonce, 28 février 2011
- Le Monde aussi, 11 juillet 2012 "Višegrad : La ville qui a coupé le pont avec son passé
"
- LM Magazine, en 2017, évoque Andricgrad édifiée en prévision du film inspiré du roman dont Kusturica aurait dû être le réalisateur...
- CQFD , en novembre 2017, dénonce la mégalomanie du réalisateur qui a investi une partie de sa fortune dans le projet.

Le pont
- Une page est dédiée au pont Mehmed Pacha Sokolovic sur le site internet de l’Unesco
- Le descriptif dans wikipedia
- Une approche touristique non négligeable, 13 février 2019 et style reportage ICI

- Un documentaire non accessible qui a l'air très intéressant de Xavier Lukomski, Un pont sur la Drina, 2005. Présentation plus détaillée du film ICI
.
- Ivo Andric devant le pont sur la Drina :

- Et celui sans qui le roman n'existerait pas... : Mehmed Pacha Sokolovic, grand vizir de l’Empire ottoman (1565-1579), qui fit édifier le pont de Višegrad

Feridun Ahmed Bey (à gauche) et Sokollu Mehmed Pacha (à droite). Illustration ottomane 1568.

 

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