Photo Fayard


Livre de poche, 1993, 224 p.

Quatrième de couverture : Rejeton d'une illustre famille de grands serviteurs de l'État, Mark-Alem est embauché dans la plus secrète, la plus puissante, la plus terrifiante institution qui se puisse imaginer : une administration chargée de collecter, jusque dans les provinces les plus reculées, les songes de tout un chacun, de les rassembler dans un lieu unique, puis de les trier, de les classer, de les interpréter, afin d'isoler ces "maîtres-rêves" dans lesquels le destin de l'Empire et de son tyran pourra être déchiffré.
Cercle après cercle, Mark-Alem est promu dans les instances concentriques de ce haut lieu de pouvoir, jusqu'à en devenir le maître tout-puissant. Mais un maître hanté par la crainte d'être à son tour broyé par la bureaucratie infernale qu'il dirige : ne finira-t-il pas par lire un jour, dans le rébus de quelque rêve anonyme, la disgrâce et la condamnation de sa propre famille ?


Fayard, 1990, 252 p.

Quatrième de couverture : "Depuis longtemps, j'avais envie de construire un enfer. Je mesurais pourtant ce qu'avait d'ambitieux et même de chimérique un pareil projet à la suite des anonymes égyptiens, de Virgile, saint Augustin, et surtout Dante...", a raconté Ismaïl Kadaré à propos de ce roman qu'on peut considérer comme son chef-d'œuvre.
Rejeton d'une illustre famille de grands serviteurs de l'État, Mark-Alem est embauché par la plus secrète, la plus puissante, la plus terrifiante institution qui se puisse imaginer : une administration chargée de collecter, jusque dans les provinces les plus reculées, les songes de tout un chacun, de les rassembler en un lieu unique, puis de les trier, de les classer, de les interpréter, afin d'isoler ces "maîtres-rêves" dans lesquels le destin de l'Empire et de son tyran pourra être déchiffré.
Mission dantesque que celle de drainer et centraliser l'inconscient collectif de tout un pays ! Tâche kafkaïenne que celle de passer au crible ces millions d'allégories et d'énigmes nocturnes, dans la terreur de laisser échapper celle qui permettra de connaître et conjurer les menaces à venir !
Cercle après cercle, Mark-Alem est promu dans les instances concentriques de ce haut lieu de pouvoir, jusqu'à en devenir le maître tout-puissant. Mais un maître hanté par la crainte d'être à son tour broyé par la bureaucratie infernale qu'il dirige : ne finira-t-il pas par lire un jour, dans le rébus de quelque rêve anonyme, la disgrâce et la condamnation de sa propre famille ?
Centre du royaume des ténèbres, le Palais des Rêves est comme l'archétype de ces polices des consciences qui, de toute éternité, ont été préposées à la perpétuation des tyrannies, des plus anciennes à celles dont notre époque a vu, notamment en Europe, l'épanouissement et le raffinement suprêmes, puis le brutal effondrement.
Écrit et publié en Albanie en 1981, ce roman retentit comme un cri de terreur dans la nuit des empires de l'Est aujourd'hui à l'agonie. De ces cris que poussent soudain les dormeurs, incapables de sortir tout à fait du cauchemar qui vient de les réveiller en sursaut. Mais n'est-ce pas encore l'état dans lequel se trouve chacun de nous en cette fin d'un siècle barbare ?

Fayard, 1995, contient les versions définitives de La Commission des fêtes, du Firman aveugle, du Palais des rêves et de La Chaîne des Hankoni, trois récits inédits : L'Abolition du métier d'imprécateur, Le Vol du sommeil royal et Les Adieux du mal.

Harvill Press, 1993

Vintage Classics, 2008

Fisherverlage, 2005

Ismaïl Kadaré (né en 1936)
Le palais des rêves (1981 en Albanie, 1990 en France)

Nous avons lu ce livre en janvier 2020. Ariane EISSEN, spécialiste de Kadaré, nous a suggéré, avant de nous rejoindre, de lire Le palais des rêves, sachant que nous avions déjà programmé Avril brisé (en 1988).

Couvertures étrangères orientant, comme la Française, la lecture ?...

Harvill Press, 1993
Les 30 cotes d'amour des deux groupes parisiens
Anne Annick AAnnick L ChristineDenisEtienneFannyFrançoisInèsManuelMargotNathalie B RozennSéverine GValérie
BrigitteCatherine DanièleDavidJacqueline
LisaMonique LSéverine V
Entre et Monique M
Anne-MarieClaireFrançoise D
HenriKatherine
Olivier
"Depuis longtemps, j'avais envie de construire un enfer.
Je mesurais pourtant ce qu'avait d'ambitieux
et même de chimérique un pareil projet
à la suite des anonymes égyptiens,
de Virgile, saint Augustin, et surtout Dante...
"
Ismaïl Kadaré

DES INFOS en bas de page sur Kadaré, son étonnant traducteur, son parcours, ses œuvres, leur réception, etc.


Les 17 cotes d'amour de l'ancien groupe
Annick AAnnick L DenisEtienneFannyManuelRozenn
BrigitteCatherine DanièleJacqueline
LisaMonique LSéverine V
ClaireFrançoise D
Henri
Pour "profiter" des éclairages d'Ariane Eissen,
Nathalie
du nouveau groupe était aussi présente ce 10 janvier

Séverine(avis transmis à la dernière minute en ce soir de grève)
Retraverser Paris ? Même pas en rêve :-) Et je suis bien déçue car j'aurais volontiers partagé avec vous ma lecture du Palais des rêves : eh oui, ENFIN, je suis réconciliée avec la sélection littéraire de Voix au chapitre 2019-2020 ! Il faut dire que depuis septembre, je n'ai guère été conquise.
Je n'avais jamais lu de Kadaré et ce choix me donne envie d'en lire d'autres. J'ai été séduite dès la première page par le lever de Mark-Alem : j'adore les "rôties", terme tellement désuet… L'atmosphère… tout est question d'atmosphère, je trouve. L'auteur sait subtilement diffuser, mine de rien, un malaise. J'ai volontiers plongé dans cette histoire qui monte crescendo. Je trouve que c'est très visuel : je voyais vraiment les différents lieux évoqués, ce mystérieux Palais, la rue, la maison de Mark-Alem, la voiture aux placards en bois avec les insignes de la famille… L'auteur montre très bien les arcanes du pouvoir, le pouvoir des familles puissantes… et j'ai l'impression d'avoir vu un peu en filigrane l'Albanie que je ne connais pas, qui ne m'évoque rien de particulier… ça m'a donné envie d'en savoir plus. Et d'un autre côté, cette histoire a un aspect très universel. Je n'ai rien lu de tout ce que Claire a mis en ligne, ni sur le livre en particulier : je pense qu'il y a plein de sous-entendus, mais je trouve que sans connaître le contexte ou les volontés cachées de l'auteur, on peut lire cette histoire à un certain degré sans rien rater. Une dernière chose : cette ambiance d'administration un peu étrange me fait penser à un roman de Saramago, Tous les noms, où on n'archive pas des rêves, mais des vivants et des morts dans un bâtiment de l'état civil... étrange…
Eh oui, juste pour finir : trop bien l'idée des rêves qu'on interprète ! La psychanalyse comme moyen de maîtriser la société et protéger le pouvoir !...
Bon, j'ouvre aux ¾.
Annick L (avis transmis depuis Londres)
Cela fait longtemps que je n'avais pas éprouvé un tel sentiment de satisfaction totale, à la fois littéraire et intellectuelle. Dès les premières pages j'ai été séduite par la qualité de l'écriture, classique (l'intrigue se passe au 19e siècle dans les plus hautes sphères d'un supposé Empire ottoman) et fluide à la fois… une belle traduction ! Et puis rapidement j'ai été emportée par la puissance imaginaire de l'évocation de ce lieu mystérieux où des centaines de fonctionnaires, comme dans des cercles concentriques, collectent, trient et analysent les rêves de tous les citoyens de l'Empire, sorte d'inconscient collectif multiforme. Le lecteur, comme le "héros", Mark-Alem, à ses débuts, ne cesse de se perdre dans ce dédale (on ne parvient pas à se représenter l'architecture) et nul ne semble comprendre comment cette machine administrative fonctionne et comment les décisions sont prises par les maîtres-rêves et le Sultan lui-même. D'où un sentiment angoissant d'irrationnel, de perte de sens. La scène de la visite des archives dans les sous-sols du bâtiment est particulièrement saisissante. Ça m'a fait penser à l'atmosphère du roman de Kafka, Le Château. Et l'inquiétude, dans une construction du suspense très maîtrisée, monte graduellement, par exemple lorsque Mark-Alem présume qu'un des porteur de rêves, après un interrogatoire terrible, est finalement éliminé. Ou, plus tard, lorsque son parent, le Vizir, un homme extrêmement puissant, lui fait part, de façon implicite, de ses inquiétudes, sans jamais préciser d'où vient le danger. Inquiétude qui se transforme en terreur lors de l'avant-dernière scène, lorsque le pouvoir vient frapper directement l'un de ses proches. Et la séquence finale clôt superbement l'histoire.
Mais la création ce monde de fiction a une portée bien plus large puisqu'il permet à Ismaïl Kadaré de dénoncer des formes de dictature bien réelles, mises en place par des tyrans paranoïaques – comme Enver Hodja en Albanie, ou Staline en URSS, ou à notre époque le Président chinois qui utilise les caméras à reconnaissance faciale pour mettre en carte tous les habitants de son pays – afin d'exercer un contrôle total sur les consciences des individus. Et cette deuxième lecture possible apporte une profondeur supplémentaire à cette œuvre remarquable…
Merci à celle qui nous l'a fait découvrir. J'ouvre en très grand.
Lisa (avis transmis depuis Sarajevo)
Je n'avais jamais rien lu de Kadaré et j'avais hâte de m'y plonger.
Et je n'ai pas été déçue. J'ai aimé l'atmosphère du roman, cette Albanie fantasmée, avec ce mystérieux palais des rêves. J'aime le côté kafkaïen. La bureaucratie qui effraie, le palais labyrinthique, les porteurs de rêves, etc.
Le roman - enfin, la lecture - m'a plu. Mais en tant que critique politique, je ne trouve pas ça très subtil. On le voit venir avec ses gros sabots. Tu m'étonnes que le livre ait déplu au pouvoir.
Rien à dire sur le style et je trouve que ce roman se lit facilement.
Je l'ouvre aux ¾ et je regrette de ne pas être avec vous ce soir.
Annick A(avis transmis)
Avant ce roman j'avais lu Le dîner de trop que j'avais bien aimé. Il y avait beaucoup d'humour et un côté déjanté et loufoque qu'on ne retrouve pas dans le Palais des rêves, beaucoup plus sombre et très angoissant, mais plus puissant dans sa peinture de la dictature. Il nous plonge dans un monde kafkaïen incontrôlable, d'autant plus angoissant que le monde illusoire des rêves prend le dessus sur le monde réel. C'est une très bonne critique du pouvoir coupé du monde. Plus Mark-Alem monte dans la hiérarchie du pouvoir, plus il s'éloigne de la vie réelle et du monde qui l'entoure. Dans le chapitre IV intitulé "Jour de congé" où il se retrouve dans son café habituel, il constate qu'il n'aurait jamais cru qu'il se détacherait aussi vite de ce monde-ci au bout de seulement quelques mois d'absence et lorsqu'il atteint le sommet du pouvoir, il devient de moins en moins abordable : "il sentait que, dans ses gestes, son parler et jusque dans sa démarche, quelque chose se transformait peu à peu. Il s'identifiait de plus en plus avec cette catégorie d'individus que, depuis toujours, il portait le moins dans son cœur : les hauts fonctionnaires" p. 208 ; et p. 66 : "A mon avis, de tous les mécanismes de l'État, le Palais des rêves est le plus étranger à la volonté des hommes." Cette perte de contacts des hommes de pouvoir avec la réalité de la population est tout à fait d'actualité !!!
La montée de l'angoisse est particulièrement bien décrite en lien avec l'incompréhension et l'impossibilité de maîtriser ce qui se passe. Mark-Alem se perd dans le labyrinthe des couloirs où il erre comme une âme en peine terrorisée par la peur de rester définitivement enfermé dans l'enfer de ces murs. La peur qui l'accompagne tout au long du livre secrète un mécanisme de défense très bien analysé où, se gardant de toute pensée lucide, il arrive à douter qu'il se fût passé quelque chose : "il s'imaginait alors que tout cela n'avait été qu'un délire, de ceux dont ses dossiers, là-bas, au Tabir Sarrai, abondaient. La vérité, cependant, tel une aiguille, parvenait à transpercer son cerveau, lequel ne tardait pas à retomber dans son engourdissement pour, après une accalmie, être repris par le douloureux élancement." (p. 189).
J'ouvre ce livre en entier.
Monique L
C'est un écrit subtil, intelligent et contrasté sur le fonctionnement d'un pays totalitaire et de son administration. Nous découvrons l'étrange institution du Palais des rêves à travers le regard novice parfois naïf de Mark-Alem. Dans cette allégorie du totalitarisme, beaucoup de choses sont dites de façon indirecte. Par exemple dès l'arrivée de Mark-Alem au Palais, le passage sur la lettre de recommandation m'a mise dans l'ambiance. C'est une pratique que l'on ne veut pas voir alors qu'elle est évidente et l'ascension rapide de Mark-Alem dans la suite du roman montre son importance.
La description des lieux est intéressante parfois angoissante, ainsi que la description de l'organisation de l'administration avec ses bureaux aux tâches bien définies sans interaction entre eux sauf via les dossiers. On ne sait pas qui réellement dirige cette organisation. C'est vraiment angoissant et kafkaïen.
Ce qui est terrible c'est que l'interprétation et le classement des rêves ne peuvent être que subjectifs. C'est donc l'arbitraire absolu et le sort des rêveurs se retrouve scellé par un mécanisme contestable. Dans cette organisation, il y a beaucoup de rumeurs et peu d'informations données aux exécutants. Rien n'est réellement exprimé, tout est mystérieux comme le sort des rêveurs entrevus, transportés sur des civières dans les sous-sols. J'ai trouvé très intéressante la visite aux collecteurs et transporteurs de rêve. L'atmosphère y est très bien décrite. La péripétie du rêve trop lourd serait hilarante si ce n'était dans ce contexte. On y voit également l'arbitraire de la procédure. C'est très instructif.
Lorsque Mark-Alem, qui a gravi petit à petit les échelons du palais, devient de plus en plus puissant, on le voit de plus en plus seul, de plus en plus étranger aux personnes ordinaires et de plus en plus hanté par la crainte d'être à son tour broyé par la bureaucratie infernale qu'il dirige.
Ce qui m'a le plus impressionnée dans ce récit, c'est son atmosphère ouatée. Rien n'est vraiment palpable. Je n'ai sans doute pas tout compris. Je me pose des questions sur le rôle du chef de famille dans l'arrestation de son frère. Je me demande jusqu'à quel point Mark-Alem a été manipulé par sa famille.
Un très grand roman très bien écrit qui donne froid dans le dos. J'ouvre aux ¾.
Catherine
C'est un livre fascinant. L'idée est géniale : l'usage du rêve pour surveiller la population. Kadaré plante rapidement une ambiance et un décor de cauchemar. C'est très angoissant et rendu de façon remarquable. On pense aux pays totalitaires, à l'espionnage. Mark-Alem semble être là par hasard. La montée de l'angoisse est très bienn décrite. Et c'est très bien construit. J'ouvre aux ¾.

Henri
C'est un livre ou l'ambiance installe très vite – j'ai pensé à Gracq 
puis après un tiers, j'ai été très déçu. C'est très linéaire, assez plat. Le personnage principal manque d'épaisseur. Le bouquin a-t-il vieilli ? Ça se lit bien, mais je me suis relativement ennuyé. Le dédale réapparaît à chaque fois, comme du remplissage. J'ai lu Chroniques de la ville de pierre que j'avais beaucoup aimé. Ici, c'est morne, plat, poussiéreux. En plus, j'avais lu la quatrième de couverture !

Plusieurs (réprobateurs et compatissants)
Et voilà !...
Henri
Je n'ai pas marché dans le mécanisme de l'ascension de Mark-Alem. J'ouvre un quart. J'ai visité l'Albanie dont je garde un très bon souvenir (Henri nous racontera par la suite des "histoires drôles" albanaises et frimera avec le caractère agglutinant ou pas de la langue albanaise...)
Fanny

Je suis bien rentrée dans le livre, j'ai été happée par l'atmosphère. J'ai aimé l'ambiance angoissante. J'ai trouvé que la description du labyrinthe, renouvelée, évoque bien un endroit dont on ne peut pas sortir. Cela m'évoque un livre de la Trilogie new-yorkaise de Paul Auster où l'homme se perd dans la ville. Si Mark-Alem est promu, c'est justement dû à sa naïveté, du moins c'est mon interprétation. Ce régime totalitaire va jusqu'à scruter ce qu'il y a de plus intime et réussit à ce que tous transmettent leurs rêves. Je pense que tout est construit de toutes pièces et qu'il s'agit de rivalités entre familles puissantes. Je m'attendais à une fin beaucoup plus sombre. J'ai adoré la description de la journée de congé qui lui est octroyée pour qu'ensuite il désire ne plus en avoir. J'ouvre en grand.
Brigitte
C'est le troisième livre de Kadaré que je lis, après Chroniques de la ville de pierre et Avril brisé. Comme les autres, je l'ai beaucoup aimé. J'ai aimé aussi bien le choix du terrible sujet abordé, que la construction du roman et que l'écriture.
Je relève notamment l'ambiance kafkaïenne qui accompagne les pérégrinations de Mark-Alem dans les couloirs du Tabir Sarrail.
Au milieu de ma lecture, lorsqu'il est question de la plaine du Kosovo à la veille de la grande bataille, j'ai plongé à mon tour dans le sommeil et j'ai rêvé que marchant dans la rue, une bouche d'égout s'ouvrait sous mes pas et… je me retrouvais devant mon ordinateur, sur l'écran apparaissait une liste de noms, dont le mien était barré, heureusement je me suis alors réveillée, je ne sais toujours pas si mon rêve a été sélectionné, ni quel sort peut m'être réservé…
J'ai aimé le personnage du héros, tellement ingénu et sympathique, si peu contaminé par son milieu d'origine.
L'écriture est parfois poétique, comme par exemple :
"L'autre sourit, mais, comme ses yeux étaient à demi fermés, on n'aperçut qu'un bout de son sourire." (p. 67)
"Leur parler (...) était on ne peut plus différent de celui des employés sédentaires du Tabir : rude, quelque peu insolent, émaillé de mots salés comme un mets relevé." (p. 118)
"Ces yeux (...) baignés parfois par un sanglot de lune qui se figeait sur les bords en stalactites de cire." (p. 131-132)
"Il fallait que pareille musique fût enveloppée de paroles, autrement cette corde, avec son gémissement prolongé, allait leur racler l'âme jusqu'à la laisser en sang." (p. 177)
J'ouvre aux ¾.

Jacqueline

Je l'ai lu avec beaucoup d'intérêt, trop vite sans doute pour la richesse de ce qui y est exprimé. J'ai été frappée par le côté intemporel. Je ne connais pas bien l'Albanie et sa longue histoire mais il m'a semblé qu'il était question aussi de l'empire ottoman. D'autant que je pensais à Après Constantinople de Sophie Van de Linden où un héros voyageur très différent se trouve plongé dans la violence sanglante des enjeux de pouvoir incompréhensibles. Ici le héros ne sait jamais ce qui lui arrive. Jamais il ne décide. C'est sa famille qui le marie... J'ai aimé le personnage de la mère, son souci et le lien qu'elle fait avec cette vieille famille. Pensant y trouver une clé, j'ai lu
La poupée, que Kadaré a écrit en hommage à sa mère et qui est surtout un livre où il parle de lui. Je ne sais plus si c'est là qu'il raconte sa formation en URSS à l'institut Gorki où on lui apprenait à honnir Proust, Gide et Kafka ! Alors que, comme beaucoup j'ai pensé à Kafka en le lisant. Beaucoup de choses m'ont rappelé aussi Gogol, la bureaucratie mais aussi l'évocation des voyages dans les campagnes éloignées... C'est un vrai écrivain : chaque lecteur peut trouver son compte différemment dans ce qu'il écrit. J'ouvre aux ¾.
Denis

Cela fait des dizaines d'années que j'ai lu mes premiers Kadaré et j'ai toujours aimé. J'ai commencé par
Le Dossier H (Denis nous raconte un peu ce roman où deux chercheurs venant d'une université occidentale pour recueillir les chants des rhapsodes se voient considérés comme des espions, tout leur matériel d'enregistrement étant confisqué). Le Palais des rêves commence très fort. On est tout de suite dans une ambiance mystérieuse que l'on découvre avec le jeune héros. En ce sens, c'est un roman d'apprentissage, d'initiation. Les œuvres de Kadaré forment un univers de références et d'allusions croisées. On retrouve ici les rhapsodes du Dossier H, mais éclairés différemment : on comprend la place que tiennent ces épopées dans l'identité albanaise. Soit dit en passant, la musique tirée de ces étranges instruments à une seule corde est très singulière. On peut l'apprécier sur YouTube. J'ai pu entendre une chorale albanaise en concert, c'était également très étrange, plein de contretemps ; les chanteurs étaient habillés comme les Grecs, avec jupes plissées et chaussures à pompons.
Je suis en train de lire
Mondes effacés, les mémoires de Yusuf Vrioni, le premier traducteur de Kadaré. Le récit de son arrestation en 1947 ressemble terriblement à l'arrestation de Kurt. En lisant cette littérature, il m'arrive de ne plus savoir très bien si je suis dans le rêve ou la réalité...
J'ai aussi pensé au film de Billy Wilder, The apartment, de 1960, et au décor d'Alexandre Trauner, un grand artiste en la matière.
J'ouvre en grand.

Danièle
J'ai découvert Kadaré avec ce livre. C'est une très belle écriture. Et l'idée de décrire un système totalitaire fondé jusque sur l'analyse des rêves est très originale. J'ai dès le début retrouvé l'ambiance de Kafka, l'angoisse qui filtre à travers les lieux labyrinthiques du Palais des rêves, le personnage de Mark-Alem tout petit dans ces couloirs qui semblent sans issue, vides, sans personne à qui demander de l'aide, les fonctionnaires qui surgissent, tels des policiers, pour vous demander ce que vous faites là, et le sentiment de culpabilité qui en découle. Le fondement de l'angoisse, c'est de ne pas savoir, d'en être réduit à des hypothèses plus ou moins fondées, ou des intuitions. C'est d'être l'objet d'un mécanisme gigantesque dont on ne connaît pas les véritables moteurs. Il est à noter que Mark-Alem fait un travail qu'il juge lui-même horrible et monotone, mais dont il est fier malgré tout, car on lui donne le sentiment qu'il a été élu pour le faire. J'ai aussi pensé à
Metropolis, ces masses anonymes et grises happées dans les couloirs. Dans les deux cas, perce la critique d'un système bureaucratique et totalitaire qui vous étouffe. Parfois avec humour, dans le passage sur les aveugles : "une pension accordée à ceux qui s'étaient portés volontaires pour se débarrasser de leurs propres yeux" p. 131, puis p. 140  : "les affaires de l'État marchent-elles mieux maintenant que nos yeux ont été crevés ?" Lancée sur cette piste de la critique du système totalitaire à la Orwell, je n'ai pas compris les luttes d'influence qui se profilaient entre le Palais des rêves et la famille du Vizir ; j'ai même été perdue, sentant qu'il me manquait des clés et des connaissances sur l'Albanie ou sur Kadaré pour comprendre; l'idée que l'auteur tienne avant tout à son albanité et donc aussi à ses racines en dehors de l'Empire ottoman m'a seulement effleurée, alors qu'elle semble fondamentale. Et le si magnifique passage sur la musique des rhapsodes (p. 177) va dans ce sens. C'est pour moi le point d'orgue du roman. Vraiment, l'écriture de ce roman est magnifique. J'ouvre aux ¾.
Etienne

J'ai assez rapidement beaucoup aimé ce livre, dès les premières pages à vrai dire. L'écriture fluide, souple, est un régal. Et c'est à quoi on reconnaît un grand écrivain, cette atmosphère singulière qui se dégage presque instantanément. Une ambiance de silence, de non-dits, de secrets de famille lourds à porter, cet art d'en dire beaucoup avec peu et qui malgré tout nous transporte vers le rêve donc.
Des influences viennent à l'esprit, mais le texte a suffisamment de caractère pour que ces dernières ne soient pas trop oppressantes : Kafka pour l'absurdité, Orwell pour la déshumanisation par le système, Gracq pour l'ennui. C'est aussi là, je trouve, que Kadaré est bluffant : quand on croit l'avoir cerné, il nous surprend de nouveau.
Il a l'intelligence de mêler un drame familial dépeint par petites touches à une critique acerbe d'un État totalitaire, le tout enveloppé dans une brume de rêve.
Je voudrais évoquer l'acmé du roman : la scène avec les rhapsodes albanais ; scène bouleversante, d'une rare intensité : véritable clé de voûte du roman.
Au-delà de la critique évidente de l'État totalitaire, je n'ai pas cherché à surinterpréter ce roman qui conserve avant tout une puissance poétique : poids de la famille, absurdité du travail administratif, déterminisme… Tout cela peut être débattu pendant des heures et soumis à de nombreuses analyses mais malgré tout conserver son mystère envoûtant ! En cela, ce texte peut être rapproché des textes antiques méditerranéens. Je l'ouvre donc aux trois quarts et remercie chaleureusement le groupe de l'avoir programmé.
Manuel
Pour moi c'est une découverte. Le livre m'a fait penser au livre hongrois que nous avions lu, Épépé (l'histoire d'un homme qui débarque dans une ville où, alors qu'il est linguiste, personne ne le comprend et il ne comprend rien non plus). J'ai eu le malheur de lire la préface avant le livre. Mais j'ai aimé le livre. J'ai trouvé qu'il y a de l'humour dans les situations, dans la manière dont il se perd dans les couloirs, le côté kafkaïen de ce palais. Je visualise mal certains personnages, comme la mère du héros par exemple, alors que l'archiviste, oui, le compagnon de la pause café aussi. Le héros est une sorte de Tanguy... L'hiver semble omniprésent dans ce livre, il est oppressant. La poésie est forte. Il décrit la ville en lui préférant l'enfermement du palais des rêves. C'est un bon conteur, il m'a emmené. Il y a une tension efficace. J'ai aimé le détail des instruments de musique avec deux noms différents selon l'origine. J'ouvre en grand.

Claire

Je me rapproche de l'avis d'Henri et j'ouvre à moitié. J'avais lu Avril brisé avec le groupe il y a 30 ans, j'en gardais un souvenir fort mais indistinct. Je ne savais rien de Kadaré à part qu'il était albanais.
J'ai apprécié la tension permanente, la narration bien menée avec ses surprises (par exemple la famille est puissante alors que le héros semble un fétu de paille, ou cet épisode qui a déjà été remarqué des chevaux qui refusent d'avancer en raison d'un rêve qu'ils transportent). Les décors m'ont paru extraordinaires, très visuels comme a dit Séverine, et j'ai pensé comme Danièle à
Metropolis, avec ces hommes aux longues pèlerines qui

disparaissent, et aussi à De Chirico et à l'univers d'Escher.
  L'ambiance qui règne en permanence est là dès le premier paragraphe, avec "les immeubles massifs qui considéraient de haut l'animation de la rue".
Mais j'ai trouvé la lecture pénible – tu parles Catherine d'angoisse – c'est sans plaisir. Et puis, il faut pour marcher une certaine "suspension de l'incrédulité" comme dit Tolkien, et page 30, je me suis dit ça va pas tenir la route cette histoire de rêves. D'accord c'est une allégorie ou un conte, mais il faut que l'on ne doute pas que c'est "vrai" quand on est embarqué dans le livre. Enfin, j'ai ressenti un certain ennui, et lors de la virée dans les archives je n'en pouvais plus.
Quant aux rhapsodes, aux évocations ottomanes, on devine un un arrière-plan historique et politique.
Ah oui, si Mark-Alem est falot, une marionnette, il y a un personnage qui a du relief, c'est Kurt.
J'ai regretté qu'il y ait peu de rêves restitués et me suis demandé si Kadaré connaissait les théories sur les rêves de Freud et Jung. J'ai juste remarqué l'érot
isme de l'interprétation p. 104.
Et évidemment, j'ai pensé à la Chine. Le meurtre des rhapsodes m'a fait penser à la destruction des bouddhas par les talibans. J'ai lu après la préface que j'ai trouvée impressionnante et puis, je me suis mise à découvrir Kadaré et son parcours, passionnant.
Françoise
J'ouvre à moitié moi aussi. J'ai comme Séverine pensé à
Tous les noms de Saramago, avec cette atmosphère d'absurde. Je n'ai pas été frappée par l'écriture. Je suis déroutée parce que je n'ai pas tout compris concernant la famille massacrée et Mark-Alem qui monte en grade, l'absurdité ? J'ai lu jusqu'au bout, avec quelques fléchissements. Il y a un voile sur ce système, un manque de logique et d'explications. J'ai aimé tout ce qui concerne le vizir, la famille… C'est une découverte intéressante.
Rozenn(qui a apporté du salep qu'on trouve uniquement à la buvette du Palais des rêves)

Il y a quelque chose qui ne marche pas. Et cela me plaît. Mais je ne savais pas pourquoi. Grâce à ce que tu viens de dire Françoise, je comprends. L'objectif du bouquin, c'est dire des choses sans le dire. Tu sais que tu n'as pas compris, c'est le projet de l'auteur qu'on réalise qu'on ne sait pas et qu'il faut creuser plus. J'ai pensé à Gogol, tous nos nos chemins sont déjà tracés. J'ouvre à 5 quarts.

Nombreux éclairages d'Ariane Eissen, rapportés ici partiellement :
- C'est par mon intérêt universitaire pour les mythes grecs que j'en suis venue à m'intéresser à Kadaré, à commencer donc par son essai Eschyle ou le grand perdant. De fil en aiguille, j'ai lu tous ses livres et ai voulu apprendre l'albanais pour pouvoir comparer les versions remaniées.
- Vous écouter a rafraîchi ma lecture. J'ai entendu le plaisir des lecteurs.
- Avec Kadaré, on est comme à Venise, sans repères, il donne toujours l'impression que tout est dédoublé : la réalité et le sens caché.
- Il est indispensable que le héros soit naïf.
- On peut établir des ponts entre ce livre, en particulier le rêve qui inclut un pont et le roman de Kadaré Le Pont aux trois arches.
- C'est une critique du totalitarisme, mais on peut aussi se poser la question du lecteur visé par Kadaré, il ne l'a pas écrit pour nous, lui s'intéressait à l'identité albanaise. La première scène avec les trois oncles est en écho avec la mort des rhapsodes, c'est très parlant pour les Albanais.
- Les Albanais adorent lire Kadaré, les éditions étaient épuisées en deux jours. Il est à noter qu'avant-guerre le pays était très peu alphabétisé, ce sont les communistes qui ont permis une alphabétisation et le développement donc de la lecture.
- Cette volonté de se réunir autour de l'albanitude, c'est très différent de ce que nous, Français, vivons.
- Quand se passe le livre ? À la fin du XIXe siècle, beaucoup de signes familiers aux Albanais l'indiquent, par exemple l'insistance sur les bonnes relations de Kurt et du fils du consul d'Autriche.
- Ils ont préservé leur langue, pendant cinq siècles, dans les familles, alors que ce n'était pas une langue écrite et que ce n'était pas non plus une langue liturgique.
- Dans mon apprentissage de l'albanais, le grec m'a été très utile, notamment avec les nombreuses déclinaisons. J'ai découvert un mode verbal spécifique, le mode admiratif !
- On peut considérer les romans de Kadaré comme intemporels, mais il est aussi très utile de les contextualiser ; Kadaré qui dira "la première question que je posais autrefois, dès que je mettais à écrire quelque chose, était l'interprétation qu'en ferait l'État".
- Considérer Kadaré comme un dissident ne rend pas compte de son parcours. Si l'on se livre à une sorte d'"archéologie" de ses écrits, on constate qu'il relève du réalisme socialiste, que c'est un chantre de l'Albanie, voire d'Enver Hoxha (Ariane nous montre des textes de Kadaré caractéristiques de cette époque communiste). Mais, pour ce qui est des poèmes, ses premiers textes traduits en français, est-ce parce que certains relèvent du réalisme socialiste qu'ils ne gardent pas quelque valeur ?).
- Rappelons que Kadaré était un écrivain professionnel, payé par l'État, automatiquement promu à des responsabilités : comment ne pouvait-il pas avoir à faire des concessions, à avoir des stratégies ?
- Rappelons aussi que l'Albanie a suscité beaucoup d'intérêt en France, tout comme le maoïsme dans les années 70.
- Vrioni a commencé à traduire Kadaré en français (Le général de l'armée morte) alors qu'un futur ambassadeur avait souligné dans la presse (Zëri i Popullit) l'intérêt qu'il y aurait à faire connaître cet auteur à l'étranger.
- Voici un document exceptionnel : la première édition en français, publiée à Tirana en 1968 (éd. Naim Frashëri) :

Il sera publié à Paris par Albin Michel en 1970, également sans nom de traducteur (en raison des années passées en prison de Jusuf Vrioni).
- Kadaré contribue à forger son propre portrait. Il n'a par exemple pas apprécié qu'un contributeur du colloque que j'avais co-organisé – l'un de ses traducteurs –, mette en cause l'image de l'écrivain dans le texte autobiographique Le Poids de la Croix, immodeste référence... (voir "De l’écrivain Kadaré au personnage Kadaré et retour").
- C'est le jeu de la réception de la littérature : il est vrai que Kadaré est peu lu aujourd'hui. Il n'y a plus l'intérêt que suscitait le monde communiste.

Claire
À nos avis dans l'ensemble fortement conquis, j'ajoute la déclaration d'amour pour Kadaré qu'écrit Ariane dans son livre Visages d'Ismail Kadaré : "Le bonheur qui est le nôtre à lire Kadaré, en Occident, est immense, et double au minimum : il provient de l'impression, dont a excellemment parlé Éric Faye, de découvrir un "continent", un univers à part, une "Kadarie" ; et, inversement, de nous y sentir rapidement chez nous, comme si nous nous découvrions soudainement plus riches d'un territoire à la fois inconnu et familier."


Les 13 cotes d'amour du nouveau groupe
AnneChristineFrançoisInès
MargotNathalie B Séverine GValérie
David — Entre etMonique M
Anne-Marie Katherine Olivier
Claire et Manuel de l'ancien groupe étaient aussi présents ce 17 janvier

Valérie
Je remercie Voix au chapitre de m'avoir fait découvrir Kadaré. C'est compliqué pour moi de parler de ce livre, lu comme un conte des mille et une nuits. J'ai aimé l'écriture, le texte, le personnage central, l'idée de ce personnage me plaît. L'Albanie était effectivement un pays très fermé, où toutes les nationalités sont étouffées (allusion de Kadaré aux peuples assombris et aux peuples radieux). Le livre donne l'impression qu'on a la serrure, mais pas la bonne clé. L'idée de renaissance nationale est très présente. J'aime bien le message de l'auteur et j'ouvre en grand.
David
Je viens de terminer le livre, mais n'ai pas réussi à rentrer dedans. J'ai trouvé une sorte de préciosité dans le récit qui fait partie d'une "littérature de genre (Orwell, Huxley), l'auteur nous envoyant une métaphore politique. J'ai trouvé certains moments dilués, comme s'il tirait à la ligne. Mais c'est un grand plaisir. La dernière partie est différente. C'est lent, très théâtral, la puissance de la politique nous embarque dans un univers inquiétant. C'est le théâtre d'ombres de la famille Quprili, dans une société inquisitrice. On peut s'interroger sur les dérives des systèmes politiques basés sur le secret. La métaphore est en tous cas intéressante. J'ouvre aux ¾.
François
C'est un très beau roman, fascinant. Kadaré est un mythe. Le livre ressemble au début au Château de Kafka : il faut se laisser happer, on s'engage dans un labyrinthe. Il décrit bien l'angoisse qui suinte des murs et des corridors. Le plus admirable c'est son écriture, chirurgicale mais ouverte sur un ailleurs. Le rêve vire au cauchemar ; le génie est de montrer que tous sont victimes et complices. Il maintient jusqu'au bout une certaine ambiguïté. Il croit entendre sortir la vérité d'un instrument de musique. C'est une fantastique machine à nier la vérité ce livre, une machine à annuler. J'ouvre en grand. Kadaré est un passeur de frontières.
Katherine
J'ai terminé la lecture au bureau aujourd'hui. Je partais avec un a priori positif car je suis allée en Albanie, dont 4 jours à Tirana : j'y ai vu la maison des Feuilles qui est un musée consacré à la police secrète. J'ai été un peu déçue par le livre qui n'est pas allé au bout des choses. L'histoire n'est pas assez fouillée, détaillée. Le héros est un peu pâle, falot, pas fort, il ne maîtrise rien. Le récit manque de détails, on doit comprendre à demi-mot. C'est un auteur qui dénonce tout en ne s'identifiant pas à un auteur politique. Donc la dénonciation n'est pas totale. Ce livre m'a laissée sur ma faim. J'ouvre au quart.
Monique M entre et
Katherine trouve le personnage de Mark-Alem falot ; en fait il est manipulé, l'expression terrible "Tu nous conviens" est pleine de sous-entendus ; tout est écrit, décidé à l'avance. C'est un Quprili, il va faire tomber la famille. C'est une manipulation du pouvoir souverain.
Ce livre est terrifiant. L'auteur décrit de façon superbe le sentiment d'enfermement qui règne au Tabir Sarrail ; cet univers du soupçon, cette armée de fonctionnaires aux ordres d'un pouvoir totalitaire, la manipulation et la chape de plomb qui s'exerce sur chacun d'eux, m'a glacée.
Le subterfuge des rêves pour entrer dans le subconscient de la population, prendre possession de leurs pensées les plus secrètes, est une idée géniale : les rêves souvent très beaux, aux visions pleines de couleurs, s'opposent à l'enfermement au sein du Tabir Sarrail, à sa grisaille, son atmosphère angoissante, perverse, oppressante.
L'angoisse monte dès les premières pages alors que Mark-Alem marche ému, frissonnant, le cœur glacé d'incertitude vers le Tabir Sarrail, sa lettre de recommandation en poche. On est suspendu au cheminement quasi hypnotique de Mark-Alem dans les couloirs labyrinthiques du Tabir, aux innombrables portes et galeries glacées où les pas résonnent ; et pris par l'atmosphère kafkaïenne de cette immense toile d'araignée où le pouvoir est à l'affut. Mark-Alem a toujours peur ; son emploi prend des proportions gigantesques, la crainte de mal interpréter un rêve et de subir des représailles aux conséquences dramatiques l'enfonce dans la terreur. On sait tout de suite qu'il ne va pas s'en sortir.
Il y a des passages saisissants que j'ai particulièrement appréciés : les entrevues à la direction aux attentes prolongées qui font monter l'angoisse, la visite aux archives qui côtoie la salle des tortures, la vision du cercueil noir, le rêve étonnant du "chat noir avec la lune entre les dents courait, poursuivi par une multitude de gens, laissant derrière lui les traces sanglantes de l’astre blessé" ; le passage où le collecteur de rêves ne peut plus faire avancer ses chevaux comme si un mort barrait la route, jusqu'à ce que l'un de ces rêves soit déchargé. Le dîner au fastueux palais du Vizir avec l'arrestation de Kurt et l'assassinat des rhapsodes, suivi des calèches noires au sigle Q des Quprili qui filent dans les ténèbres, sans que Mark-Alem et sa mère ne sachent où. Le passage où lisant un rêve : "il redressa la tête. Il avait l'impression qu'on le hélait de très loin au moyen de quelque signal étrange, très faible, presque plaintif, semblable à un appel au secours ou un sanglot. Qu'est-ce ? se demanda-t-il…" Mais il est déjà tellement pris, possédé par le système, qu'il détourne les yeux et reprend son travail sans y plus avant réfléchir.
J'ouvre entre ½ et ¾.
Margot
Je rejoins la lecture de Katherine et celle de Monique. C'est juste, il y a de la poésie, mais aussi des détails d'écriture cachés. Je suis agacée quand même par ce personnage falot qui ne sait pas ce qu'il doit faire, il est agi. Il y a peu de rencontres, un seul narrateur, peu d'action, c'est monocorde, plat. Le livre est construit comme un rêve, avec des espaces incertains, des temps dilatés, des personnages qu'on ne retrouve jamais, tout le monde chuchote, tout se passe toujours la nuit. J'ai pensé au livre de Charlotte Beradt qui a étudié les rêves pendant le nazisme (Rêver sous le IIIe Reich) Le héros a seulement un corps, il a mal partout, tout le temps. Une angoisse de mort se dessine, liée à l'identité des Quprili. L'histoire des deux gestes autour du nom n'est pas très claire. C'est plein de non-dits, il ne comprend pas tout, il n'y a pas d'histoire, en fait c'est un cauchemar, on est sur l'autre versant du rêve, on est dans la réalité : on ne sort pas du palais des rêves. Le seul "dehors" ce sont les saisons. Kurt représente un ailleurs ; Mark-Allen est l'instrument de son oncle. J'ouvre en grand.

Monique
La nature est aussi présente à ce moment très fort où il se sent interpellé par une voix plaintive, regarde vers la fenêtre et voit la neige tomber.
Séverine G
Le livre est opaque et riche en même temps. J'ai pensé à un opéra que j'ai vu à Aix, Les mille endormis, où des détenus sont plongés dans le sommeil. Au départ, le démarrage est angoissant et laborieux. Le héros n'est pas très sympathique, il n'a pas de volonté propre. Puis on entre dans cette mécanique où on manipule les rêves et on en invente des faux. Mon avis était d'abord mitigé. Mais finalement j'ai bien aimé, une fois entrée dans le livre. Je l'ouvre en grand.
Inès
Je n'ai pas eu du tout la même lecture que vous tous, j'ai lu au premier degré, sans rien savoir de l'auteur. Il m'a embarquée dans ce palais des rêves. Le héros est trop passif, mais ses descriptions et ses réactions m'ont fait penser qu'il était "parano" (avec le passage sur les personnes emprisonnées par exemple, auquel je ne croyais pas). Mais j'ai bien aimé ce livre que j'ai lu comme un agréable thriller et je l'ouvre en grand.

Anne
Je comprends cette démarche de ne pas trop lire sur un auteur. J'ai été étonnée que ce livre soit du côté du rêve plutôt que du cauchemar. Cela m'a fait penser à ces histoires de famille pleines de non-dits qui rendent les gens passifs. Cette histoire qui semble lisse de quelqu'un qui essaie d'ouvrir des portes qui ne s'ouvrent jamais, c'est émouvant. Il ne peut même pas être curieux. Il utilise un voisin de bureau pour apprendre des choses sur ce qui se passe. Le livre m'a donné envie de lire Le Château de Kafka. C'est un homme qui en apparence n'a pas de sexualité, mais en fait, si : il parle à un moment, de la femme qui ne s'ouvre pas...
On est presque dans un pays imaginaire. J'ai regardé sur une carte, l'Albanie est proche de la Grèce, c'est bien réel, et proche. Il se passe beaucoup de choses alors qu'on a l'impression que non, et ça c'est très puissant. Le héros est intéressant. La servante, Loke, également, elle est comme une vraie mère, elle est un soutien. J'ouvre ce livre en grand.
Anne-Marie
Je me suis ennuyée au début, je trouvais ça lent, il ne se passait rien. En fait c'était une monotonie factice, qui aide bien à mettre en place l'atmosphère étouffante d'un régime totalitaire, d'un enfermement. Le personnage central est passif, il ne prend jamais aucune décision, même quand son angoisse grandit. Il a peur de mal faire, de déplaire à sa famille. C'est un théâtre d'ombres, ce livre, rien n'est développé ni expliqué, on ne sait pas pourquoi les gens communiquent leur rêves ni s'ils sont sincères.

Monique
Il semble qu'il y ait une récompense pour les rêves.

Anne-Marie
Oui, peut être, je ne me souvenais pas de ce détail, mais ce n'est pas très convaincant, ils peuvent aussi bien tout inventer. Dans ce cas, l'information sur les rêves ne serait qu'une information inutile. Il manque des développements plus importants sur ces rêves, comment on les décrypte par exemple. En fait c'est comme si l'auteur avait peur d'en dire trop ; tout le temps, il esquisse tout, on comprend pourquoi, mais cela enlève de la crédibilité à l'histoire. Les personnages sont à peine esquissés, ce qui est dommage, le personnage de Kurt a failli être intéressant, mais on n'en sait pas assez. Au moment de la crise finale avec le meurtre de Kurt, on ne comprend pas bien ce qui se passe, pourquoi le Maître-Rêve entraîne l'accusation de la famille des Quprili et l'assassinat de Kurt en particulier.
En fait c'est très confus, puisque dans le même temps, Mark-Alem arrive au poste suprême du palais des rêves. Je n'ai pas bien compris la fin avec l'image des amandiers en fleur.
Ce livre m'a moi aussi laissée sur ma faim. J'ouvre à moitié.

Christine
J'ai été emportée par ce livre, pas sa poésie. J'avais déjà lu un livre de nouvelles de Kadaré et j'ai été transportée par l'écriture, la poésie. C'est un livre entre deux mondes ; le nom du héros, Mark-Alem, est déjà entre deux mondes (chrétien, musulman) et il est partagé entre sa famille et son pays. D'où peut être sa passivité. Au niveau des rêves, cette collecte est un alibi auprès du peuple, puisque certains rêves sont inventés. Si un rêve s'approche de la réalité, on démet la personne (le marchand en meurt). J'ouvre en grand.
Nathalie B

J’ai adoré ce livre, j’ai été touchée par la poésie. Il y a pour moi plusieurs niveaux de lecture. L’enfermement transparaît ; on pense aux cercles de l'Enfer de Dante (La divine comédie). Kadaré est en Albanie quand il écrit, il est écrivain professionnel, rémunéré par l'État : il ne peut pas en dire plus, il est prudent. Selon Ariane Eissen, tous les personnages de ses bouquins sont des "naïfs". Toujours selon ce qu'elle nous a rapporté, en Albanie il y a des clans, des familles. Encore aujourd'hui. La démocratie là-bas aujourd’hui reste clanique et par ailleurs est gangrenée par la corruption. Le héros ne décide pas, c’est sa famille qui décide. Seul Kurt est un rebelle, et finit tragiquement, ce qui est généralement le cas des rebelles ! Cette famille donne son tribu de sang à l’État pour pouvoir poursuivre son existence privilégiée, près du pouvoir. C’est très bien décrit, subtilement. Si on lit d’autres livres de Kadaré, on retrouve des personnages et des histoires (Le pont aux trois arches : Quprili veut dire Pont). Tout est dit et en même temps non dit. Le personnage central m’a plu, il est curieux, consciencieux. Il doute, il n’est pas rebelle, il ne se révolte pas. Il veut bien faire son travail (voir la banalité du mal de Hannah Arendt). Bien qu’il soit une bonne personne, il arrive au pouvoir et laisse faire, y compris l'innommable (comme la mort de ces hommes qu'on interroge inlassablement et qu'on empêche de dormir). Il va continuer à servir, mais il sait. Et donc participe au Mal. J’ouvre évidemment en grand.

Inès
Comment un écrivain, s'il était payé par l'État comme l'était Kadaré, a-t-il pu publier ce livre ?

Nathalie
Il se trouve que ce roman lui a justement posé des problèmes et été déclaré hostile au régime. Kadaré était un auteur extrêmement apprécié des Albanais. Ariane Eissen nous a rapporté que ses romans, dès qu'ils sortaient, voyaient leur première édition très rapidement épuisée. On peut légitimement penser que Kadaré, en publiant ce roman, n'avait nullement l'intention de dénoncer le régime (cela aurait été beaucoup trop dangereux), mais celle d'écrire non seulement sur l'enfer, mais aussi sur une histoire de famille de l'Albanie. Ce livre serait paru quelques années plus tôt, il est fort possible qu'il n'aurait connu aucune difficulté ; mais il a été publié en 1981 alors qu'un conflit existait entre le dictateur et son premier ministre pressenti pour lui succéder. Et en plus ce dernier s'est "suicidé" fin 1981. Le livre a été perçu par le pouvoir et donc l'Union des écrivains comme une dénonciation. Ceci étant, si le livre a été à l'index, Kadaré a poursuivi son travail d'écrivain.

Anne
Ce livre montre comment une personne qui arrive au pouvoir peut perdre le sens de la réalité.

Katherine
Mark-Alem est un fils de famille en fait, qui se laisse porter et "pistonner" dans un emploi par sa famille. Cela explique sa passivité.

Margot
Oui, mais à certains moments, c'est sa force.
Olivier (avis transmis après la séance)
Je n'avais jamais rien lu de Kadaré, je savais très peu de choses sur lui. Juste avant de commencer ma lecture, j'ai pris connaissance du fait qu'il avait vécu sous la dictature en Albanie.
Pour le coup, j'ai pensé que j'étais de nouveau avec un Boulgakov. Et bien oui ! Bis repetita ! D'ailleurs, comment un talent pourrait-il s'exprimer pleinement sous tant de contraintes !
Pourtant le beau style est bien là, mais que l'histoire est ennuyeuse ! Et surtout mâchée !
L'auteur, pour nous faire croire à cette histoire, pour la rendre vraie, s'évertue à nous donner mille détails qu'il veut plausibles, qui doivent nous convaincre, mais on a envie de lui dire pitié ! J'ai compris !
J'ai pensé à Une journée d'Ivan Denissovitch, comment un grand écrivain nous avait magistralement montré la réalité d'un camp en URSS, sans esbroufe, sans artifice, sans métaphore aucune ! Et montré la grandeur, la beauté profonde de l'être humain dans ces circonstances. Et là, au contraire, obligé de camoufler l'univers dictatorial sous tant d'artifices, le récit ne touche pas son but ! Où est l'émotion, la nature humaine, l'amour, la haine, tout est froid, je reste en dehors, et je m'ennuie. Comme avec Les Œufs ! Je ferme.


DES INFOS


Séance du 10 janvier en présence
d'Ariane EISSEN

auteure de Visages d'Ismail Kadaré (éd. Herman, 2015)

et qui a co-dirigé Lectures
d'Ismaïl Kadaré

(Presses universitaires de Paris-Ouest, 2011, en ligne)

Maîtresse de conférence en littérature comparée, elle a travaillé sur la "mythocritique", l’Antiquité dans la littérature (cf. thèse), la fiction biographique et Kadaré bien sûr. Elle a publié Les mythes grecs (Belin, 1993, 2018), a dirigé aux Presses universitaires de Rennes La dimension mythique de la littérature contemporaine (2000), Rire et dialogue (2017), la revue Otrante : art et littérature fantastique sur "le fantastique intérieur" (2011)

Et voici...
QUELQUES REPÈRES concernant Kadaré et le contexte
    L'Albanie, où est-ce ?
Quelques repères sur le parcours de Kadaré
Potins familiaux
KADARÉ ET SON ŒUVRE
    • Kadaré et son traducteur
• Kadaré et le lien écriture/lecture
• Kadaré et la "contre-créativité" de l'écrivain
• Kadaré écrivain politique ?
• Kadaré et le Nobel
• Kadaré et la langue française
Publications de Kadaré en français
DES ÉCHOS DANS LA PRESSE SUR KADARÉ ET SES ŒUVRES
    Vidéos
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Articles sur et de Kadaré

QUELQUES REPÈRES concernant KADARÉ et le contexte

L'Albanie, où est-ce ?

"Que je rencontre, au gré de mes voyages, un chef d'État, un député, des étudiants ou des lecteurs lors d'une séance de dédicace, j'ai droit aux mêmes questions stéréotypées. Où se trouve l'Albanie ? Combien d'habitants ? D'où vient votre langue ? Comment avez-vous pu vivre un demi-siècle sous le joug totalitaire ? J'ai l'impression, chaque fois, de délivrer un cours élémentaire d'histoire-géographie. On n'attend jamais de l'écrivain albanais une réflexion. On le cantonne au rôle d'ambassadeur de son pays. Dit-on de Claude Simon, de Günter Grass ou de William Faulkner qu'ils sont, respectivement, l'émissaire de la France, de l'Allemagne ou des États-Unis ? De plus, le diplomate n'a que le droit de dire du bien. Il charrie sa patrie sur le dos, tel un fardeau, et se doit de museler sa capacité d'analyse critique. Tout cela vous enferme dans un univers étriqué, et vous impose une responsabilité que je refuse, en vain au demeurant. Car je ne représente pas mon pays ; je m'efforce de porter mon œuvre." (extrait d'un entretien paru dans L'Express, 5 avril 2001)

Quelques repères sur le parcours de Kadaré, en lien avec l'histoire
"Les commentateurs de Kadaré se font volontiers biographes, mais des biographes dociles, qui reprennent les grandes lignes de l'autobiographie de l'auteur, et s'enferment ainsi dans une optique qu'il a prédéterminée. Je suggère au contraire de lire les textes en contexte, en essayant de les saisir comme une parole plurielle, inégalement libre selon les phases du régime, mais toujours singulière." (Ariane Eissen,
Visages d'Ismail Kadaré)

- 1912 : indépendance de l'Albanie qui appartenait à l'Empire ottoman
- 1928 : le président de la République albanaise (Ahmet Zogu) la remplace par une royauté (il devient le roi Zog Ier)

- 1936 : Naissance d'Ismaïl Kadaré à Gjirokastër, dans le sud de l'Albanie, même ville, même rue que le dictateur Enver Hoxha (Sokaku i te Marreve, "la rue des gens fous"). Lycée.
Un autre palais ? "A Gjirokastër, mon père avait hérité d'une immense maison, de dix à douze pièces, étagées sur trois niveaux, en totale contradiction avec sa modeste situation économique." Son père était un simple employé préposé à la distribution des assignations du tribunal (une sorte de facteur), tandis que sa mère était d'une famille riche.
"Je m'appelle Ismaïl, mais je n'ai rien de musulman. Quand je suis né, l'Albanie avait un roi, Zog Ier..." (voir la suite)
- 1939 : invasion du royaume albanais par l'Italie
- 1941 : création du Parti Communiste albanais, qui devient ensuite Parti du Travail, par Enver Hoxha.
- 1944 : les forces armées organisées par Enver Hoxha font fuir les Allemands.
- 1946 : création de la République populaire d'Albanie, présidence d'Enver Hoxha pour sept quinquennats consécutifs (interdiction du multipartisme et pas d'opposant autorisé).

- 1953 : premier recueil de poésie.
- 1953-1958 : Université de Tirana. Diplôme de professeur de langue et littérature.
- 1958-1960 : Institut Gorki à Moscou pour poursuivre ses études littéraires.
- 1963 : Le Général de l'armée morte, premier roman qui a du succès.
- 1967 : lancement de la "révolutionnarisation" et interdiction de toutes les religions  : l'Albanie devient le premier (et le seul) État officiellement athée au monde.
- 1967 : voyage au Vietnam et en Chine.
Kadaré est un écrivain professionnel, rémunéré par l'État.
- 1968-1969 : Révolution culturelle maoïste, les intellectuels sont envoyés à la campagne : "Ce fut une époque terrible pour tous les écrivains. Je venais de me marier, j'ai dû quitter mon épouse, qui restait à Tirana, et partir pour Berat, dans les montagnes du Sud, où j'ai passé deux ans. Aucun journal au monde n'a rapporté ce qui nous était infligé. Pas un mot ! La folie d'Hodja commençait, entretenue par l'ambassade de Chine qui contrôlait tout." Kadaré n'est pourtant pas obligé de travailler aux champs : "On m'avait expédié dans un pareil village pour me rappeler que, dorénavant, ma vie serait à l'image de ce dédoublement. Mi-autorisée, mi-interdite. Liberté et servitude mêlées. Vie et mort jettées ensemble dans le même vase. Centaure d'un type nouveau, j'errerai désormais de la sorte, éveillant partout inquiétude et exaspération, colère et admiration, interrogation sans fin." (Le Nouvel Obervateur, 12 août 1993)
- 1970 : Député à l'Assemblée populaire, fonction honorifique. Trois mandats jusqu'en 1982.
- 1970 : voyage aux USA, délégué pour un Congrès mondial de la jeunesse.
- 1970 : parution du Général de l'armée morte chez Albin Michel, traduction anonyme. Kadaré ne parle pas encore le français.
- 1970 : revue Action poétique, numéro titré "Du réalisme soviétique" et en couverture : "Un nouveau poète albanais : Ismaël Kadaré" (présenté par Michel Métais qui publiera en 1973 Ismaïl Kadaré et la nouvelle poésie albanaise)
- 1970 : Kadaré enseigne la littérature à Tirana (voir l'étonnant témoignage d'un ancien étudiant lorsque l'enseignement de la littérature chinoise est remplacé par celui de Kadaré...)
- 1972 : il adhère au Parti du Travail albanais.
- 1973 : Le Grand Hiver est l'objet d'une campagne critique déclenchée par le ministre de l'Intérieur, à laquelle met fin le chef du Parti Enver Hoxha (pour une raison mystérieuse).
- 1974 : exposition au Petit Palais "L'art albanais à travers les siècles"
- 1975 : Il tente de publier le poème Les Pachas rouges retiré pendant l'impression, est accusé d'"incitation à la rébellion", est condamné à une période de travail manuel à la campagne et ne pourra plus publier de romans pendant plusieurs années (Maks Velo publiera en 2004 La disparition des "Pachas rouges" d'Ismail Kadaré : enquête sur un "crime littéraire").
- 1978 : après la rupture avec la Yougoslavie de Tito (en 1948), puis avec l'URSS (en 1961), l'Albanie rompt avec la Chine ; Enver Hoxha choisit l'isolationnisme total, sans plus aucun contact avec l'extérieur.
- 1981 : Le Concert, quoique récompensé par un prix national, est interdit de parution. Le tournage du film adapté du roman est interrompu. En France, invité à Apostrophes, il se décommande au dernier moment.
- 1982 : Le Palais des rêves est critiqué pendant un plénum de l'Union des écrivains. Ramiz Alia, successeur de Hoxha, y participe. Le Monde s'en fait l'écho ("Vives attaques contre l'écrivain Ismaïl Kadaré", 29 mai 1982).
Voir ici le récit qu'en fera Kadaré bien plus tard. Mais une interview plus à chaud à Paris, quand il vient pour le film suivant, dénote l'ambiance d'auto-censure : "Ismaïl Kadaré en liberté auto-surveillée", Le Quotidien de Paris, 27 mars 1983.
- 1983 : Film Le Général de l'armée morte avec Mastroianni et Piccoli.
- 1985 : Enver Hoxha meurt et Ramiz Alia lui succède sans changement de ligne.
- 1988 : Apostrophes à l'occasion de la sortie d'Eschyle ou le grand perdant
- 1989 : Nommé vice-président du Front démocratique chapeauté par le Parti du travail et dirigée par la veuve de Hoxha
- 1990 : Des milliers d'Albanais s'exilent. Kadaré demande l'exil politique à la France (voir ses déclarations). Stupeur et colère dans les milieux officiels à Tirana (voir Le Monde du 27 octobre 1990).
- 1996 : Membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques.
Nombreux prix : prix mondial Cino del Duca (1992), prix international Man-Booker (2005), prix Prince des Asturies (2009), prix Jérusalem (2015), prix Neustadt (2019).

Potins familiaux
Il a deux filles, Gresa et Besiana, avec Helena, qui a elle-même écrit quelques livres. Elle raconte dans ses Mémoires leur rencontre... Ismaïl l'interroge sur ses rencontres précédentes : zut, que des flirts..., il conclut à l'adresse de la jeune Helena : "Une fille vierge, c'est un peu encombrant". Leur relation semble sérieuse, il précise : "Tu penses sans doute que notre relation durera toujours : fidélité, fiançailles et tout le tralala !" Et quand il fait ses débuts dans la famille d'Helena : "comme s'il avait apporté avec lui un vent glacé, sa présence frigorifia l'atmosphère"... Une cinquantaine d'années après, ils sont toujours ensemble.

KADARÉ ET SON ŒUVRE

Kadaré et son traducteur
Une seule traduction du Palais des rêves est disponible en français, de Jusuf Vrioni, à la vie romanesque, qui traduisit la majorité des nombreux livres de Kadaré, contribuant à sa notoriété hors de l'Albanie. Son père fut premier ministre de l'Albanie, avant le régime communiste. Mais lorsqu'il traduisit le premier texte de Kadaré, sortant de 13 ans de prison pour "espionnage", la traduction resta anonyme...
Ce qui m'a le plus frappé dans la rencontre avec mon traducteur, Jusuf Vrioni : non seulement son élégance, sa nostalgie pour la France, son singulier talent, bien sûr, mais aussi ses treize années passées dans les prisons et les bagnes communistes.
Je l'ai connu au début des années 60. Je m'étais rendu dans la petite pièce où il logeait provisoirement, avec sa fiancée, pour me faire montrer le premier chapitre du Général de l'armée morte dont il avait commencé la traduction de son propre chef dans le timide espoir qu'elle serait publiée.
(voir la suite)

Kadaré et le lien écriture/lecture
- Comment êtes-vous venu à l'écriture ? Comment est éclose votre vocation ?
- Par la lecture, comme beaucoup, je pense.
-
Vous étiez un lecteur précoce ?
- J'ai lu Macbeth à 10 ans [selon les interviews, il dit 10, 11 ou 12 ans...]. Ce fut un ravissement : j'ai recopié toute la pièce à la main. Parmi les écrivains, Shakespeare est le plus grand. C'est après sa lecture que j'ai découvert les tragédies d'Eschyle, qui reflétaient mon humeur d'écrivain dissident face à un État totalitaire. Et puis, à l'époque de ma jeunesse, la littérature française était très prisée en Albanie. L'Albanie, avec la Grèce ou la Roumanie, a longtemps été le siège d'une élite francophile très importante.
- A la fin des années 1950, des études de lettres vous conduisent d'abord à Tirana et ensuite à Moscou. Est-ce pendant ce séjour à l'Institut Gorki que s'est éveillée votre vocation?
Quand je suis allé à Moscou, j'avais déjà conscience d'être un écrivain à part entière. J'avais publié des recueils de poèmes qui avaient connu un grand succès populaire. J'en savais plus sur la littérature que mes professeurs moscovites. Ma vision de la littérature était beaucoup plus profonde que celle des champions du réalisme socialiste. C'est sans doute pour défier ce nouveau conformisme que j'ai commencé à écrire La Ville sans enseignes, puis, à mon retour de Moscou, Le Crépuscule des dieux de la steppe. (extrait d'un entretien paru dans L'Express, 24 janvier 2017

Kadaré et la "contre-créativité" de l'écrivain
Pour lui, une "créativité négative", un "travail de fossoyeur", est tout aussi important que son "travail créateur" : l'écrivain "contre-crée".
Je vais tâcher d'expliquer ma pensée plus simplement. Dans notre cerveau gisent, comme en dépôt, de nombreuses œuvres, ou des moitiés, des ébauches d'œuvres. Pour diverses raisons, l'écrivain ne doit pas ou n'a pas le temps d'écrire la plupart. Son premier don consiste à discerner ce qu'il doit sacrifier parmi ce troupeau. Car il est contraint d'en détruire une partie. Vous demanderez peut-être : qu'est-ce qui l'oblige à le faire ? Ne peut-il pas les laisser là, en
grangées dans son cerveau, sa remise ? Facile à dire ! (voir la suite)

Kadaré écrivain politique ?

Le Palais des rêves a été sévèrement critiqué en Albanie : Kadaré fut en effet qualifié d'ennemi lors du Plénum des écrivains en 1982.
- On vous décrit souvent comme un écrivain politique à cause de la forme allégorique qu'emprunte votre œuvre. Cela vous convient-il ?
- Pas du tout. C'est un malentendu. Me présenter comme un écrivain politique reviendrait à qualifier Tolstoï ou Homère d'écrivains militaires parce qu'ils ont décrit des batailles dans leurs œuvres." (Le Figaro, 23 septembre 1994, propos recueillis par Jean René Van der Plaetsen)
- La fiction a toujours été prioritaire pour moi c'est toute ma vie. Les écrits politiques ont pris place beaucoup plus tardivement dans mon œuvre. Ce sont deux mondes séparés, même s'il n'y a pas de contradiction entre les deux. Les deux visions, celle du romancier et celle du témoin se complètent. Mais la vraie liberté, c'est le roman, et mon énergie principale est pour la fiction. Mes livres de témoignages répondent à une obligation morale. (Le Figaro, 30 novembre 2000, propos recueillis par Sébastien Lapaque)

- Des contrevérités dont vous avez pu être la cible, laquelle vous chagrine le plus ?
-
Que l'on ait jugé suspect que, sous la dictature, j'aie pu continuer d'écrire et de publier, quand j'aurais dû sombrer dans la folie. Et, pire encore : que je sois vivant dans un monde où j'aurais dû être mort ("La littérature et la vie sont deux mondes en lutte", par Philippe Delaroche, L'Express, 18 novembre 2009.) Il avait déjà dit : "Au fond, ce qu'on me demande, c'est pourquoi je suis sorti vivant du système ? Mais on pouvait être fusillé pour des choses minuscules, pourquoi aurait-il fallu que je me sacrifie ? Les donneurs de leçons me disent : vous n'avez pas été sincère avec les dictateurs. Mais faut-il être sincère avec des bandits, des fauves ?" ("Le chagrin d'Ismaïl Kadaré", Raphaëlle Rérolle, Le Monde, 14 décembre 2001)

- Vous qui avez été souvent censuré sous le communisme, vous croyez encore que la politique peut faire le bien des hommes ?
- Parfois oui. Ça change chaque semaine. Tout ce qui se passe dans le monde n'est pas forcément mauvais. Mais il est difficile d'avoir le recul nécessaire pour y voir clair. Voilà pourquoi la littérature est primordiale, non seulement parce qu'elle éclaire les choses, mais aussi parce qu'elle les rend plus énigmatiques. Nous avons besoin de cette opacité parfois, de ne pas être en contact direct avec une vérité très crue. ("Les deux vies de Kadaré", propos recueillis par Didier Jacob, Le Nouvel Observateur, 10 décembre 2009).

Voir aussi ici ses prises de position dans la presse française.

Kadaré et le Nobel
- Vous n'êtes pas fatigué d'être toujours sur la liste du Nobel sans jamais avoir réussi à l'obtenir ?
- Ça fait trente ans qu'on me parle du Nobel. Nobel ou non-Nobel, ça me convient C'est vrai. J'apprécie la fête du Nobel. Je suis même étonné de voir qu'elle est devenue planétaire. Un prix littéraire de cette importance, c'est joli. Le fait que l'humanité rende ainsi hommage à un écrivain, je trouve ça bien. Oui, c'est joli, comme le concert de Vienne le jour du Nouvel An.
(Le Nouvel Observateur, 10 décembre 2009, propos recueillis par Didier Jacob)

Kadaré et la langue française
- N'avez-vous jamais été tenté d'écrire en français ?
- Non parce que je ne peux pas. Je n'ai pas le niveau technique pour écrire dans votre langue. Ensuite parce que je ne veux pas renoncer à la mienne. L'albanais est une langue indo-européenne qui possède à la fois toutes les qualités des langues nordiques et celles des langues latines, ce qui en fait une parfaite machine pour un écrivain. Elle a la puissance de composition des premières et la richesse des secondes
. (Magazine littéraire, 1er février 2009, propos recueillis par Alexis Liebaert).

Publications de Kadaré en français
(avec la date de publication en Albanie ; la plupart des livres sont publiés chez Fayard)

- 1963 : Le Général de l'armée morte, adapté au cinéma par Luciano Tovoli en 1983, Le Général de l'armée morte, avec Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Anouk Aimée
- 1970 : Chroniques de la ville de pierre
- 1970 : Les Tambours de la pluie
- 1973 : L'Hiver de la grande solitude publié en France d'abord sous le titre Le Grand Hiver avant d'être remanié
- 1975 : Novembre d'une capitale
- 1978 : Le Crépuscule des dieux de la steppe
- 1978 : La Commission des fêtes (publié dans le tome 3 des Œuvres)
- 1978 : Le Pont aux trois arches
- 1978 : La Niche de la honte
- 1980 : Avril brisé adapté au cinéma en 1987 par Liria Begeja, scénario d'Olivier Assayas, Avril brisé, avec Jean-Claude Adelin
- 1980 : Qui a ramené Doruntine ?
- 1981 : Le Palais des rêves
- 1981 : Le Concert censuré pendant sept ans (repris pour deux extraits dans La provocation et autres récits)
- 1985 : Clair de lune paru en revue, interdit ensuite
- 1985 : L'Année noire suivi de Le Cortège de la noce s'est figé dans la glace
- 1988 : Eschyle ou le grand perdant, essai adapté au cinéma en 2009 par Fanny Ardant sous le titre Cendres et Sang
- 1990 : Le Dossier H.
- 1990 : Le Monstre, dont une version courte très différente a d'abord paru en 1965, aussitôt censurée
- 1991 : Le firman aveugle et autres romans courts
- 1991 : Invitation à l'atelier de l'écrivain suivi de Le Poids de la Croix, essai
- 1991 : Entretiens avec Éric Faye, éd. José Corti
- 1991 : Printemps albanais : chronique, lettres, réflexions
- 1992 : La Pyramide
- 1993 : La Grande Muraille
- 1994, rédigé en 1984-1986 : L'Ombre a paru en français avant d'être publié en albanais
- 1995 : L'Aigle
- 1995 : Dialogue avec Alain Bosquet
- 1996 : Spiritus
- 1997 : Trois Temps (publié dans le tome 5 des Œuvres : Le Temps des premiers écrits, Le Temps de l’argent, Le Temps de l’amour)
- 1998 : L'Albanie, visage des Balkans
- 1998 : Trois Chants funèbres pour le Kosovo
- 1998, œuvre de jeunesse rédigée en 1959 : La Ville sans enseignes
- 1998 : Mauvaise Saison sur l'Olympe, théâtre
- 1999, rédigé en 1986 : L'Envol du migrateur
- 2000 : Froides Fleurs d'avril (repris dans La provocation et autres récits)
- 2000 : Il a fallu ce deuil pour se retrouver : journal de la guerre du Kosovo
- 2001 : Le Chevalier au faucon (publié dans L'Envol du migrateur)
- 2001 : Histoire de l'Union des écrivains albanais telle que reflétée dans le miroir d'une femme (publié dans L'Envol du migrateur)
- 2003, rédigé en 1985 : La Fille d'Agamemnon
- 2003 : Le Successeur
- 2003 : Vie, jeu et mort de Lul Mazrek
- 1962 à 2004 : Un climat de folie, suivi de La Morgue et de Jours de beuverie, trois courts romans écrits sur quatre décennies : Jours de beuverie en 1962, Un climat de folie en 2004
- 2006 : Dante, l'incontournable
- 2007 : Hamlet, le prince impossible
- 2008 : L'accident
- 2009 : Le dîner de trop
- 2011 : L'entravée : requiem pour Linda B.
- 2013 : La discorde : l'Albanie face à elle-même, essai littéraire
- 2015 : La poupée
- 2017 : Matinées au Café Rostand

Par ailleurs :
- aux éditions Fayard : les Œuvres de Kadaré en 12 tomes (1er tome en 1993, 12e en 2004)
- Toujours aux éd. Fayard : les mémoires d'Helena Kadaré, son épouse, auteure et traductrice, Le temps qui manque
- Man Booker International Prize en 2015

- Fait commandeur de la Légion d'honneur par François Hollande en 2016 et grand officier en 2020.

DES ÉCHOS DANS LA PRESSE SUR KADARÉ ET SES ŒUVRES

• Vidéos
- Kadaré pour la première fois à la télévision, à Apostrophes, 19 février 1988, 19 min en ligne ICI

Au café Le Rostand, 6 novembre 2003, 2 min 45s
- Sur un livre mettant en scène sa famille, à la Fondation Cartier, 27 octobre 2005, 2 min 47s
- Ismaïl Kadaré à la Fondation Alliance Française, 24 janvier 2017, 4 min
- Albanie secrète d’Ismail Kadaré, Invitation au voyage, documentaire disponible actuellement sur Arte, 14 min (Télérama fournit aussi sa version touristique : "Voyager autrement : Sur les traces d'Ismail Kadaré à Gjirokastër, la cité la plus penchée au monde", Jean-Jacques Le Gall, 18 juin 2017).

• Radio
- Littérature sans frontières, RFI, Catherine Fruchon-Toussaint, 16 avril 2017, 19min 30
- Habiter en littérature, un entretien d'1h un peu lent à démarrer mais intéressant, France Culture, Marie Richeux, 22 mars 2013

• Articles sur et de Kadaré
Lorsque Florence Noiville est venue à Voix au chapitre pour un de ses livres en février 2019, elle nous a parlé d'un grand entretien à venir avec Kadaré ; il fit la première page du Monde : "Sous la dictature, vivre, pour moi, c'était créer de la littérature, Le Monde, "Grands écrivains, grands entretiens" 4/5, 9 août 2019.

Sur Le Palais des rêves, à sa sortie en France :
- "Ismail Kadaré : un hymne à l'ambiguïté", Alain Bosquet, Le Quotidien de Paris, 12 septembre 1990
- "La damnation de Freud", L'Express, 28 septembre 1990
- "L'enfer des rêves", Nicole Zand, Le Monde, 28 septembre 1990
- "Kadaré et la clef des songes", Mona Ozouf, Le Nouvel Observateur, 25 octobre 1990

Des prises de position de Kadaré dans la presse (non "littéraires"...) :
- "Je ne trouve pas mon pays aussi isolé qu'on le dit", Le Monde, 23 mai 1986, propos recueillis par Nicole Zand.
- "L'adieu de Kadaré à l'Abanie : le célèbre écrivain albanais explique pourquoi il demande l'asile politique à la France", Le Monde, 26 octobre 1990, propos recueillis par Laurent Greilsamer et Daniel Schneidermann.
-
"Une réponse d'Ismaïl Kadaré" ("en 1991, je fus attaqué dans le journal Le Monde par un certain Nils Anderson. Or, savez-vous qui était ce Suédois ? Le traducteur, éditeur et distributeur des œuvres du dictateur albanais Enver Hoxha à l'étranger !"), Le Monde, 4 janvier 1991 (avec l'"attaque" en question).
- "Je soutiens le nouveau gouvernement albanais", L'événement du jeudi, propos recueillis par André Clavel, 30 avril 1992 : après 18 mois d'exil, il retourne en Albanie.
- "Ne laissez pas l'Albanie se suicider", Le Monde, 13 mars 1997
- "Il faut une intervention internationale", Le Figaro, 7 mars 1998, propos recueillis par Isabelle Lasserre : c'est la guerre au Kosovo, il évoque la tradition de haine entre Serbes et Albanais et prône la fermeté et une intervention des Nations unies pour limiter les frappes serbes.
- "Berceau d'une nation ou berceau du crime ?", Ismaïl Kadaré, Le Monde, 14 mars 1998 : toujours sur le Kosovo
- "Arrêtons de jouer avec le feu", Ismaïl Kadaré, Courrier international, 4 au 10 mars 1999.

- "À qui appartient le Kosovo ?" : un débat (à distance) entre le Serbe Vuk Draškovi et l'Albanais Ismaïl Kadaré, Le Nouvel Observateur, 19 mars 1998.
- "Il faut européaniser les Balkans", Ismaïl Kadaré, Le Monde, 10 avril 1999 : sur le Kosovo (article en Une)
- "Le triomphe du crime", Ismaïl Kadaré, Le Monde, 4 mai 1999 : sur le Kosovo.
- "Gagner la guerre, perdre la paix", Ismaïl Kadaré, Le Monde, 14 décembre 1999 : sur le Kosovo => Une protestation s'ensuit : "Perdre la vérité, perdre la paix", Jiri Dienstbier, ancien ministre tchécoslovaque des affaires étrangères, rapporteur spécial de l'ONU pour les droits de l'homme en Bosnie-Herzégovine, Croatie et République fédérale de Yougoslavie d'un ministre tchèque, Le Monde, 26 janvier 2000.
- "La culture n'immunise pas contre le crime", Le Figaro, 26 septembre 2001, propos recueillis par Sébastien Lapaque peu après l'attentat de New York : réflexions sur l'islam.
- "Monsieur le président de la République, je m'adresse à vous pour que la France intervienne en faveur des personnes encore détenues dans les prisons serbes", Ismail Kadaré, Libération, 15 janvier 2002.

Deux articles sur ses positions :
-
"L'énigme Kadaré : alors que ses compatriotes fuient, on continue de s'interroger sur l'attitude de l'écrivain albanais", Sylvie Kaufmann, Le Monde, 10 mars 1991
- "Kadaré en toutes lettres", François Maspéro, Le Monde, 8 novembre 1996 : "Hier menacé, aujourd'hui courtisé par les politiques de tous bords, le romancier exilé en France a pour principale renvendication celle d'être écrivain albanais".

Pour un approfondissement, voir :
- les ouvrages d'Ariane Eissen, dont l'un est en ligne
- et également le livre récent de Jean-Paul Champseix, Ismaïl Kadare : une dissidence littéraire, Honoré Champion, 2019.

Et pour finir, entre Paris et Tirana :
AUJOURD'HUI :
HIER :
Kadaré habite là, boulevard Saint-Michel

près du Panthéon et du café Le Rostand
Timbre albanais
de l'époque maoïste
AUJOURD'HUI :
Timbre albanais de 2011

en hommage à Kadaré
Timbre albanais de 2016

en hommage à
Jusuf Vrioni traducteur de Kadaré
Ouvert en 2019 dans la maison où il vécut à Tirana : le musée Kadaré

 

 
Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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