Photo Gérald Bloncourt
Le Matricule des anges


Pocket
, 2006, 160 p.

Quatrième de couverture : Dans ce récit si simple et si uni qu'il convient d'en souligner l'originalité profonde, Georges Perec tente, le premier avec cette rigueur, de mettre au service d'une entreprise romanesque les enseignements de l'analyse sociologique. Il nous décrit la vie quotidienne d'un jeune couple d'aujourd'hui issu des classes moyennes, l'idée que ces jeunes gens se font du bonheur, les raisons pour lesquelles ce bonheur leur reste inaccessible – car il est lié aux choses que l'on acquiert, il est asservissement aux choses. "C'est qu'il y a [dira Georges Perec] entre les choses du monde moderne et le bonheur, un rapport obligé... Ceux qui se sont imaginé que je condamnais la société de consommation n'ont vraiment rien compris à mon livre. Mais ce bonheur demeure possible ; car, dans notre société capitaliste, c'est : choses promises ne sont pas choses dues."


10/18, 2015, suivi de Conférence à Warwick

Quatrième de couverture : Dans ce classique de la littérature contemporaine, Georges Perec dresse avec une redoutable justesse le portrait d'une génération prise dans le balbutiement des années 1960. Sylvie et Jérôme, jeunes psychosociologues de classe moyenne, cultivent une idée matérialiste du bonheur, à laquelle ils s'asservissent... au risque de se laisser happer par le vertige des choses.



Julliard
, 2015

Présentation de l'éditeur : Il y a cinquante ans paraissait le premier roman de Georges Perec, Les Choses. Un chef-d’œuvre qui n’a rien perdu de sa modernité et dont les Éditions Julliard réimpriment l’intégralité sous la charte graphique de sa collection littéraire originale.

En 1965 paraît le premier roman d’un inconnu, Georges Perec, dont le titre et le sous-titre sont déjà tout un programme : Les Choses, une histoire des années 60. Maurice Nadeau, directeur des "Lettres nouvelles" chez Julliard, savait-il qu’il venait de découvrir là l’un des auteurs français les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle ? La même année, le livre reçoit le prix Renaudot et il n’a cessé, depuis cinquante ans, d’être lu et relu, s’imposant comme un classique.
Deux jeunes gens, Sylvie et Jérôme, à peine sortis de leurs études de sociologie, vivent sur leurs maigres revenus d’enquêteurs pour des agences publicitaires. Mais leurs aspirations au luxe, aux belles choses, aux vêtements de bonne finition, aux meubles racés, à une vie d’oisiveté dans un décor où chaque détail serait pensé, s’opposent à la trivialité de leur vie réelle : un minuscule deux-pièces où s’entassent pêle-mêle livres, disques et vêtements achetés aux puces, un métier peu reluisant, une incapacité à donner de l’envergure à leur existence. Pourquoi le bonheur leur semble-t-il aussi inaccessible ? Est-ce parce qu’il ne peut échapper, selon eux, à la condition de posséder des "choses" ?


10/18, 192 p.

Quatrième de couverture : Un jeune couple se lance dans une quête moderne, la collection d'objets de consommation. Mais entre le manque d'argent et l'insatisfaction de la possession, Jérôme et Sylvie poursuivent une vaine course. Avec ce premier livre, Perec écrivait le roman définitif du consumérisme, en décrivant un mode de vie naissant, lié à l'objet, à son désir, à sa façon envahissante de remplir l'esprit. 40 ans plus tard, en plein débat sur le pouvoir d'achat ou l'endettement des ménages, le sujet reste entier.


Julliard, 1993, 144 p.

10/18, 1981, postface de Jacques Leenhardt
.
J'ai lu, 1966, 121 p.
4e de couverture :

Georges Perec (1936-1982)
Les choses (1965)

Nous avons lu ce livre en mars 2020.
Le groupe de Tenerife a lu Un homme qui dort.

Des infos en bas de page
  PARCOURS de Perec : Enfance, Formation, Boulot, Potins
ŒUVRE (protéiforme) : Textes, Filmographie
ARTICLES ET ÉMISSIONS (à la sortie des Choses, 50 ans après)
Nos 28 cotes d'amour pour Les choses
(groupes non réunis pour cause de confinement mais bien vivants :
groupe breton le 12 mars, groupe parisien le 27 mars)
 

Henri (au Pays basque)
J'ai eu le temps d'attraper le tome 1 de Perec dans la Pléiade. J'ai lu Les choses, Le petit vélo à guidon chromé, Je me souviens… Mais je complète par d'autres lectures, compte tenu de la situation... (à suivre)
Chantal (dans l'île d'Houat)
Lecture qui n'incite pas à l'optimisme : écrit dans les années 60 et... 60 ans plus tard toujours d'actualité !
L'auteur observe, presque scientifiquement, Jérôme et Sylvie. Il les regarde vivre, de loin, envieux, rêveurs, vivant eux et leurs "amis" à la surface de leur vie, faisant semblant de vivre pleinement, obsédés par la richesse, les choses, qui leur donnerait la liberté et le bonheur, l'ailleurs, la campagne, l'étranger… rêvant, rêvant, rêvant... sans agir sur leur vie.
A la fin du livre, Perec leur fabrique un avenir aussi triste : retour de Tunisie, retour à une réalité triviale, amis éloignés, travail "fixe", revenus moyens, mais restant esclaves de cette consommation des choses, sans trouver de sens à leur vie...
La conférence de l'auteur à Warwick, à la fin du livre, m'a intéressée. Il nous éclaire sur sa démarche d'écrivain en citant plusieurs auteurs dont il s'est inspiré : Brecht, Lukács, Thomas Mann, Stendhal, Flaubert... car pour lui "la vision de l'auteur est inséparable de la technique littéraire utilisée". Il explique sa démarche d'écrivain "réaliste" faite de distanciation et d'ironie : "décrire un personnage en ayant un certain recul vis-à-vis de ce personnage". Il cite avec humour l'emprunt d'une trentaine de pages qu'il a fait à Flaubert et dont personne ne s'est jamais rendu compte !
Donc, technique littéraire d'une grande efficacité, et qui questionne d'autant plus aujourd'hui qu'à la consommation des objets s'ajoute la fascination pour les nouvelles technologies...
Donc je l'ouvre aux ¾ , j'enlève ¼ pour la désespérance que j'ai ressentie à cette lecture. J'aurais voulu que Jérôme et Sylvie éprouvent des sentiments, et RIEN !
Marie-Odile (dans les Pyrénées orientales)
Difficile en cette période de me concentrer sur la lecture, C'est de façon très morcelée que j'ai lu Perec dont j'adore pourtant le style alerte, riche en énumérations. De façon morcelée et avec une certaine tristesse face à ces personnages en quête d'un inaccessible dérisoire, toujours frustrés, "paralysés par l'immensité de leurs désirs", et se résignant finalement à choisir la sécurité plutôt que la liberté. J'ai perçu l'ironie du narrateur, impitoyable face à ces personnages prisonniers de leurs désirs inassouvis.
J'ai été étonnée que Sylvie et Jérôme ne fonctionnent pas comme un couple. Il me semble que le récit serait le même avec un seul personnage, au lieu de deux.
J'ai été étonnée de l'absence d'événement, en ce sens qu'il n'arrive rien aux personnages. Ils font juste quelques choix et la guerre d'Algérie ne sert que d'arrière-plan, de décor comme Paris ou Sfax. C'est un texte descriptif avant tout.
Transposées dans le monde d'aujourd'hui, les enquêtes stupides sur les produits de consommation seraient remplacées par les innombrables enquêtes de satisfaction mettant en évaluation permanente les services, donc les travailleurs. La nécessité de travailler mènerait à quelque bullshit job. Une tentative de permaculture dans la Creuse remplacerait la fuite vers la Tunisie. MAIS l'épilogue ferait peut-être intervenir un virus qui bouleverserait tout ça et remettrait, peut-être, notre société à l'endroit (ça ce serait hors sujet).
En lisant, j'ai parfois pensé à des Esseintes en raison de l'insatisfaction des personnages, de l'ironie, du descriptif qui l'emporte sur le narratif, des énumérations, mais c'est peut-être une hérésie de dire ça parce qu'il y a des années-lumière entre ces deux univers.
J'ai aussi pensé au roman de Nicolas Mathieu Et leurs enfants après eux, qui m'avait donné la même impression de personnages "enfoncés dans un gâteau dont ils n'auraient jamais que les miettes", et encore pas toujours...
Édith (à Pontivy)
Tout en connaissant l'impact et la reconnaissance des lecteurs de cet ouvrage j'ai tardé à commencer à le lire… J'en avais de "vagues" souvenirs du temps de ma "jeunesse" et je partais avec l'idée d'une écriture d'énumération un peu à la Boris Vian. Donc sans empressement j'ai fait l'achat du livre, indisponible en médiathèque.
Couverture avenante (Pocket) avec des ustensiles reconnus des années 1950. Cependant le papier et l'impression — bien que les lettres soient de bonne taille — n'a pas provoqué chez moi un désir de soigner le livre en le lisant… Livre UTILE pour l'exercice sans plus : voilà l'état d'esprit qui a précédé la lecture. La quatrième de couverture : tout est dit du contenu et BIEN DIT, alors dois-je vraiment continuer ?
Par égard pour le groupe et la rencontre, j'ai commencé le livre : l'énumération que "j'attendais" est bien là, noir sur blanc… comme dans les romans du 19e (Zola par exemple), mais déjà moins engageante… néanmoins, le ton est donné ! Il s'agira d'un constat neutre, comme en retrait de la part de Perec, "observateur" non objectif. J'en ressens l'ironie, le cynisme quelquefois, l'amusement souvent et la méticulosité des détails, ne serait-ce que par la précision des déplacements tant à Paris qu'en Tunisie et le désaveu manifesté tout au long du récit et assumé par la conclusion :
"Le voyage sera longtemps agréable (...) les assiettes épaisses écussonnées sembleront le prélude d'un festin somptueux. Mais le repas qu'on leur servira sera franchement insipide". Puis le texte de Karl Marx… FIN… FAIM, encore… mais de quoi ?
Je suis, moi la lectrice, embarquée littéralement AVEC Sylvie et Jérôme tout au long de leur quête du bonheur. Ils appartiennent à la classe moyenne et ils le resteront… Leur accès à la culture par leurs études ne leur apporte aucune transcendance, juste un peu de crainte vite balayée par la sécurité d'appartenir à un groupe. Leur diplôme de psychosociologue utile à leur travail "en surface" d'enquêtes miroirs liées à la consommation, n'interroge en rien leur "être"… Habileté de Perec qui m'installe rapidement dans un désaveu du couple Sylvie et Jérôme. L'essoufflement ressenti et consenti provoqué par le rythme du récit crée un malaise réel.
JE FUS de cette époque car née après-guerre. J'ai vécu l'avènement de la psychologie sociale, avant la sociologie née plutôt de mai 1968, et j'ai aussi participé à la course à la consommation ! Heureusement mon regard s'est modifié, provoquant de fait ce malaise ressenti aujourd'hui.
J'ai corné plusieurs pages tout en continuant la lecture d'une traite. Sans rien écrire qui ralentirait la lecture ! A suivre quelques lignes où je lis l'analyse très fine du désarroi relatée de façon concise, froide, par Perec et je doute que celle-ci soit celle des intéressés ?!
"Il ne fallait pas grand-chose pour que tout s'écroule (…) il redevenait ce qu'il n'avait jamais cessé d'être, une sorte de contrat, quelque chose qu'ils avaient acheté, quelque chose de fragile et de pitoyable, un simple instant de répit qui les renvoyait avec violence à ce qu'il y avait de plus dangereux, de plus incertain dans leur existence, dans leur histoire."
"D'autres fois, ils n'en pouvaient plus. Ils voulaient se battre vaincre (…) Mais comment lutter ? Contre qui ? Contre quoi ? Ils vivaient dans un monde étrange et chatoyant (…), les pièges fascinant du bonheur. (…) L'ennemi était invisible. Ou, plutôt, il était en eux (…), il les avait pourris…" (p. 91) et après leurs années en Tunisie : "Leur vie était comme une trop longue habitude (…) une vie sans rien" (p. 139).
J'ai souvent repensé au livre Les Années d'Annie Ernaux qui, parlant d'elle, de son "être", d'un essai de biographie qui, comme elle le précise, utilise l'évolution de la société en France depuis sa naissance jusqu'au présent de l'écriture du livre. Moins désespéré pour mon ressenti, moins culpabilisant quant à la consommation de masse et les travers de la France et moins impliquant.
J'ai finalement aimé ce livre et j'en parlerai comme d'une découverte littéraire : il faut être "beau joueur".
J'aurais vraiment apprécié partager en direct ce texte avec les autres.
Yolaine (à Vannes)
Ouvert ¼ au premier jet, à la moitié après réflexion, puisque j'ai eu un peu de temps pour digérer cet opus avant d'en parler.
Plusieurs éléments m'ont empêchée d'apprécier pleinement ce texte :
     Les circonstances imprévues qui ont imprégné cette lecture. Impossible de rester à la surface des choses et de comprendre le désenchantement des personnages au moment où nous vivons une véritable tragédie. L'omniprésence ou la perspective de la mort nous rend hypersensibles au quotidien : les arbres qui fleurissent au printemps, les chants d'oiseaux, la lumière du soleil sur la ville, la pureté de l'air, le bonjour des voisins. Le "confinement" fait de nous (bien malgré nous) des ermites et stoppe notre course à l'argent et aux plaisirs futiles. Le décalage avec "l'horizon des désirs" de Jérôme et Sylvie était trop grand.
     Le caractère "ambigu" du roman, revendiqué par son auteur, m'a également gênée. Pas vraiment un roman, puisque les héros en sont des personnages type, volontairement dépourvus de chair et d'os, mais pas non plus une véritable étude sociologique qui aurait permis d'aller au fond des choses, ou du moins de s'y essayer. J'ai été envahie par un sentiment de frustration.
     L'absence de nostalgie pour cette époque, que j'ai vécue pendant mon adolescence, et qui ne m'a pas semblé particulièrement heureuse, a parachevé mon absence d'empathie pour Georges Perec.
     Mais peut-être que justement ce regard désenchanté sur ma jeunesse me rapproche de Sylvie : "ils n'avaient rien ; ils découvraient les richesses du monde". Oui, j'étais sûrement comme eux. Leur impatience à vouloir profiter de l'abondance qui caractérise ce vingtième siècle, et la désillusion de la classe moyenne qui accède au confort, à une certaine richesse, aux études supérieures, mais dont l'ascension sociale est en réalité bridée par un mur de verre invisible, est décrite avec une grande pertinence : "Ils étaient enfoncés jusqu'au cou dans un gâteau dont ils n'auraient jamais que les miettes". Leur visite de la Tunisie est la cerise sur ce gâteau amer. Dans un style très sobre mais précis et rigoureux, l'auteur nous offre un tableau impitoyable de notre mode de vie contemporain, qui reste malheureusement d'une grande vérité. À défaut de nous faire plaisir, il nous fait quand même réfléchir.
Christian (à Arradon)
Que veut nous dire Georges Perec dans ce petit livre Les Choses ? Que les choses nous possèdent plus que nous ne les possédons, ce que les jeunes Jérôme et Sylvie semblent ignorer dans leur rêve d'élévatio
n sociale, d'argent, d'aisance matérielle. Leur aspiration à posséder les signes distinctifs des possédants, Perec en donne d'ailleurs dans une magistrale introduction (rédigée au conditionnel) et où se trouve décrit de façon superbement détaillée l'intérieur d'un appartement bourgeois qui semble représenter tout ce à quoi peuvent aspirer nos deux protagonistes.
Rêves cependant, ô combien dérisoires.
En effet nos petits-bourgeois soucieux de devenir des "hommes nouveaux, des jeunes technocrates n'ayant pas encore percé toutes leurs dents, des technocrates à mi-chemin de la réussite" rencontreront la déconvenue, leur désir de consommation ne pouvant se substituer à l'idéal du bonheur puisque leur situation professionnelle ne peut, à seule, concrétiser ce rêve. Leur réalité sociale, finalement décevante, de même que leur vie parisienne assez étriquée encourageant ainsi en eux un désir d'ailleurs.
La fuite de Jérôme et Sylvie en Tunisie, à Sfax, qui semblait offrir un ailleurs possible, une source d'aventures, de liberté neuve et d'horizons va à son tour les décevoir : "ils n'éprouvaient ni joie, ni tristesse, ni même ennui, mais ils pouvaient leur arriver de se demander encore, s'ils existaient vraiment".
Terrible constat, au cœur du vide, comme dit Perec, "cette vie sans rien" qui s'épuise dans une quête du bonheur semble être le produit que ce couple conformiste illustre, victime d'une sorte de "mimesis" puisque se trouve manipulé et ignorant de la société consumériste qui se refuse à satisfaire la jouissance à laquelle ils aspirent. Soulignons que Jérôme est publicitaire enquêteur, ce qui ajoute paradoxalement à cette inconscience d'une société caractérisée comme "aliénante" dans ces années-là...
L'échec du séjour tunisien, puis le retour décevant à Paris incitera ces tristes héros dans un épilogue désenchanté à se consacrer enfin à un avenir professionnel susceptible de leur apporter la consommation des "choses" et le statut auquel confusément ils aspirent, achevant sans grâce de consacrer leur position sociale de petits bourgeois satisfaits.
Est-ce un roman ? Un essai ? Un simple récit qui emprunte largement à la sociologie de l'époque des années 70 ? Une illustration assez romanesque finalement de ce que Jean Baudrillard a parfaitement nommé la société de consommation ?
Pour ma part je vois surtout dans la description de ces jeunes gens, plutôt banals et médiocres en ce qu'ils confondent bonheur et jouissance de biens matériels, une analyse fine et anticipatrice de ce que l'époque portait dans ses tréfonds. Le livre, il faut le rappeler, fut publié en 1965 et on peut dire en ce sens que Georges Perec fut un précurseur, puisqu'il annonce, au travers des désillusions des aspirations à la simple consommation, la révolte de 1968 dont le moteur précisément fut la critique d'une société capitaliste, sans âme ni projet pour sortir de cette aliénation aux simples bien matériels.
Bien sûr, le récit de ces "bobos" des années 70 à inévitablement vieilli. La tendance, aujourd'hui, conscience écologique oblige à une méfiance de plus en plus accrue à l'égard d'un consumérisme délirant.
Aussi et pour conclure, la citation que Perec fait de Marx à la fin du livre vaut comme passeport dans la compréhension générale de l'ouvrage. Je crains que cette phrase de Marx demeure d'une actualité saisissante.
Je l'ouvre aux ¾. Étudiant en 70, je l'aurais ouvert à 100%. Bonheur de l'anachronisme.
Marie-Thé (à Ploeren)
Avant de parler du livre, je tiens à dire que Georges Perec est pour moi quelqu'un de très attachant. Celui qui se demandait : qui suis-je derrière cette apparence, derrière ce nom ? Celui qui se sentait de nulle part, qui écrivait
: "J'aimerais qu'il existe (...) des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources" (Espèces d'espaces). Et puisque j'y suis, à découvrir aussi W ou le souvenir d'enfance, L'infra-ordinaire valorisant l'ordinaire, La disparition entièrement écrit sans la lettre "e", évoquant là un manque... Je pourrais être intarissable, m'étant replongée dans des cours sur Perec pris il y a quelques années, j'adore. En n'oubliant surtout pas Ellis Island.
Mais je reviens au livre.
Je retiens l'originalité du sujet, j'y ai vu une forme de documentaire. J'ai été effarée par ce couple qui rêve sa vie au lieu de la vivre, qui veut posséder. Seul compte l'avoir, où est l'être ? "Ils pouvaient, tout comme les autres, arriver ; mais ils ne voulaient qu'être arrivés."
Je découvre un lexique économique, social, l'emploi du conditionnel qui en dit long, un texte très descriptif avec une abondance de détails, des personnages anesthésiés, l'absence d'émotions... Pages empreintes de tristesse, mais que j'aime découvrir sous la plume de Perec qui observe sans juger. Absurdité de la vie de Jérôme et Sylvie, à l'image des paysages tunisiens qu'ils traversent : "images de vide, de sécheresse"..., "Le monde de leur propre solitude, de leur propre aridité." Et finalement "au terme de cette quête indécise qui ne les avait menés nulle part ", une vie banale que laissent présager les dernières lignes. À Sfax, à Paris, traces de Perec...
À présent, j'entrerai dans le "Je me souviens" (souvenirs ordinaires de Perec, pour combler un manque). Je me souviens du début, non des années 60, mais des années 70 qui leur ressemblent, années de l'opulence, du plein emploi, des 30 glorieuses. Atmosphère de ces années là, importance du groupe, des échanges, du cinéma, etc. Par contre, à la différence des personnages de Perec, j'avais choisi la liberté et non "les choses". J'aime cependant que ma trajectoire rencontre celle d'un personnage : "Sylvie s'épuisait à faire comprendre, conformément au programme, les beautés cachées de Malherbe et de Racine à des élèves plus grands qu'elle qui ne savaient pas écrire." Je me souviens, c'était pour moi quelque part en Afrique et cela me fait sourire aujourd'hui.
Je retiens l'humour émergeant ça et là, dans les enquêtes auprès de consommateurs par exemple, c'est drôle et tout y passe. J'ai un peu pensé à ces moments là au film Chronique d'un été réalisé par Jean Rouch et Edgar Morin au début des années 60 aussi. On y retrouve Régis Debray (alors jeune étudiant) et Marceline Loridan (Perec en a été éperdument amoureux) abordant les Parisiens dans la rue avec entre autres cette question : "Êtes-vous heureux ?" À revoir vraiment !
Une phrase du livre explique pourquoi je ne l'ouvre qu'aux ¾ : "ils étouffaient sous l'amoncellement des détails." Moi aussi quelquefois.
Renée (à Narbonne)
Georges Perec a sous-titré Les choses "une histoire des années 60". Boris Vian, lui, en 1955, a écrit "La complainte du progrès", dite aussi "Les arts ménagers". Le sujet traité avec humour par l'un et avec un naturalisme détaché par l'autre, est exactement le même : la frénésie de consommation qui a débuté à cette période.
À cause de la publicité ? Des magasines de décoration ? De la télévision ? Certainement un peu tout ça.
Le couple désirant est traité comme un seul personnage (et j'ai oublié leurs prénoms). Leur appartement de rêve est une accumulation de luxueux objets à la mode censés montrer leur richesse, leur bon goût : "il était presque de règle de désirer toujours plus qu'on ne pouvait acquérir". Ça rejoint le Toujours plus ! de François de Closet.
En Tunisie, ils ne sont pas heureux car il leur faut un public, des amis. Puis ils ont mûri, ils abandonnent une partie de leur liberté.
Avec les réseaux sociaux, les jeunes ont encore davantage envie de ce que les autres possèdent : "les autres sont heureux, ils ont une piscine, un chien, ils voyagent etc., il n'y a que moi qui vis dans un appartement, etc." Quelques sages lancent des signaux d'alerte !!!
Merci pour cette lecture oubliée.
J'ouvre le livre à 180 degrés. Passionnément... tout ouvert.
Jacqueline (à Paris comme pour les avis qui suivent)
J'ai été constamment sous le charme de ce livre. Je croyais l'avoir déjà lu autrefois et oublié mais j'avais à chaque instant l'impression de le redécouvrir.
Dès le premier chapitre, dans l'entrée, la gravure de la Ville-de-Montereau me paraissait un clin d'œil à L'Éducation sentimentale de Flaubert… Est-ce que j'allais lire un roman de formation ? Le conditionnel, temps de l'hypothèse mais aussi du discours rapporté, introduit une distance un peu ironique. J'ai repensé aux descriptions minutieuses d'À rebours. Sauf qu'ici, peut-être parce que le décor m'était plus proche, ne serait-ce que par les revues de ma jeunesse, le ton me plaisait. La description faisait sens au point que j'ai essayé de faire un plan de l'appartement !
Le deuxième chapitre est une retombée brutale : on était bien dans le souhait ! Mais là aussi la description me parle, autant celle des lieux que celle des comportements et l'analyse fait mouche… La suite n'a pas démenti ce sentiment de reconnaître quelque chose d'une époque que j'ai connue (cela m'évoquait d'autres scènes vécues) et de jubilation à la manière dont c'est raconté : quelques mots inconnus, mais pas trop, juste de quoi retrouver le plaisir du dictionnaire et d'apprendre qu'un portulan est une vieille carte, un tapir un élève particulier et de me réjouir de la création "lumpentapirat" ! J'ai adoré les énumérations, les listes aux côtoiements saugrenus qui, au-delà de l'amusement qu'elles provoquent, montrent si bien la vacuité de cette société qui préparait la nôtre sans en être si différente (encore qu'internet a dû remplacer beaucoup de jeunes enquêteurs)…
J'ai bien aimé que le livre se termine par une citation de Marx dont je serais curieuse d'avoir le contexte. Il me semble que, là, Perec s'en sert pour définir le travail de l'écrivain (il fallait le faire !) auquel il a satisfait.
En tout cas j'ouvre en grand, je le reprendrai sans doute pour le savourer plus lentement...
Annick A
J'ai beaucoup aimé le chapitre premier écrit au conditionnel dont les descriptions d'un appartement luxueux couvert de livres laissent entrevoir un couple riche, cultivé à l'esthétisme raffiné. Ce n'est pas sans me rappeler À rebours. Ce conditionnel nous introduit dans l'imaginaire de Sylvie et Jérôme, à partir duquel ils construisent leur mode de vie et leur vie même, dont le présent s'efface au profit d'un heureux futur hypothétique.
C'est à une analyse sociologique d'une classe moyenne que nous convie Georges Perec, pour laquelle l'acquisition des objets n'est pas tant le désir de posséder que d'appartenir par leurs acquisitions à un monde moderne — passage obligé pour atteindre le bonheur. J'ai retrouvé avec plaisir la mode des années 60.
Puis ce couple a fini par me lasser. Je n’ai pas cru à leur séjour en Tunisie, totalement invraisemblable pour moi dans cette façon de ne rien habiter, ni leurs relations ni leur travail. Pour eux, l’autochtone n’existe pas. Leur égocentrisme m’a profondément agacée et leur histoire m’a paru de plus en plus nébuleuse. La dernière partie m'a ennuyée.
Je trouve cependant très intéressante cette façon d'introduire la sociologie dans le roman. Je l'ouvre à moitié.
Monique L (ayant migré en Dordogne)
J'ai relu ce livre avec beaucoup de plaisir. Contrairement à ce que je craignais, il a très peu vieilli. Il est bien sûr daté par l'environnement, les évènements liés à l'Algérie, la mode, les goûts, mais il reste très actuel dans l'analyse de ce couple et la recherche du positionnement dans la vie entre les souhaits, les rêves, les contingences, les obligations.
C'est très bien écrit. Les descriptions sont précises. L'écriture distanciée permet de traiter le sujet de façon générale. Jérôme et Sylvie ne sont pas traités comme des individus, mais comme des stéréotypes. C'est ce qui pour moi fait la force de ce roman et qui fait qu'il est toujours d'actualité.. Une réflexion sur la vie, le couple, l'amour, la recherche du sens de l'existence, les désillusions de la vie, les rêves déçus, le rôle de l'argent.
Tout cela est admirablement dépeint.
J'ouvre en grand.
Dans ce contexte où j'ai parfois trouvé difficile de me concentrer sur la lecture, Les choses a réussi à me captiver suffisamment pour me donner l'envie de m'y plonger.
Fanny
J'ai été particulièrement sensible à ce que j'ai perçu comme une forme de distance par rapport aux deux personnages centraux, à travers le récit fait par le narrateur et qui plus est au passé pour l'essentiel du roman.
Je trouve que cela confère une dimension presque sociologique alors qu'il est pourtant question de l'intimité des aspirations de ce couple, peut-être en écho d'ailleurs avec leur travail d'enquêteur.
D'ailleurs il est également question du couple et très peu de chacun individuellement, il me semble que les personnages ne sont qu'assez rarement nommés par leurs prénoms.
J'y vois également le rapport aux choses bien sûr, à tout ce matériel qui semble constituer toutes leurs aspirations. C'est assez sombre en ce sens, car hormis cette quête de l'avoir, ils ne sont en fait plus grand chose. Que reste t-il de l'essence de soi-même ? C'est peut-être aussi à méditer en ce moment où tous nos repères extérieurs s'étiolent.
L'épilogue va je trouve en ce sens avec le passage au futur comme s'il s'agissait au fond d'un devenir inéluctable et impersonnel : ils sont rattrapés, comme leurs (anciens ?) amis par ce qu'ils ont un temps tenté de fuir. La dernière phrase fait pour moi résonner tout ce pessimisme avec l'image des couverts comme "prélude d'un festin heureux" pour servir "un repas (...) franchement insipide".
J'ouvre en grand et j'ai hâte de lire vos avis et échanges.
Annick L
J'ai découvert l'œuvre de Perec dans les années 1970, surtout La vie mode d'emploi, Je me souviens et ce livre-ci que je viens de le relire avec un immense intérêt. Quel talent pour saisir, à travers l'histoire de ce jeune couple petit-bourgeois, l'essence d'une époque marquée, à la fin de la Guerre d'Algérie, par des rêves d'ascension sociale et d'accès illimité aux biens de consommation. Trois ans plus tard c'était la révolte de Mai 68 contre toutes ces aliénations et les stéréotypes de la société bourgeoise et patriarcale : des slogans comme "Métro, boulot, dodo" ou "Ne perds pas ta vie à la gagner" en témoignent. Or ces deux jeunes gens ne sont pas des rebelles, ce sont des matérialistes, pas des idéalistes qui voudraient changer le monde. Ils sont prisonniers d'aspirations contradictoires : devenir riches et vivre dans le luxe, sans travailler pour autant. Des désirs parfaitement incompatibles, source d'insatisfaction et de frustration permanente. Le narrateur choisit d'évoquer leur histoire avec beaucoup de distance et d'ironie, mais ce couple devient plutôt pathétique lors de l'épisode en Tunisie, un véritable naufrage. En fait ces gens-là sont de la même génération que Perec et ils ne lui sont pas étrangers. Ils sont victimes d'une idéologie qu'ils alimentent par leur travail d'enquêteurs pour des agences de publicité, doublement pris au piège donc.
Je me sens totalement concernée par ce propos qui nous fait réfléchir, plus largement, sur le sens que chacun.e veut ou peut donner à sa vie, sur notre insatiable quête du bonheur. Mes choix existentiels ont été sans doute bien différents des leurs, mais cette question reste universelle et toujours d'actualité.
Quant à la forme que Perec a donné à son récit (roman ?) je la trouve originale et très pertinente : une histoire qui s'installe dans une sorte d'atemporalité, avec cet imparfait qui soutient tout le récit, rompu seulement par le conditionnel, pour leurs rêves récurrents, et le futur pour l'épilogue, ouvert d'ailleurs (on ne sait pas s'ils seront plus heureux ensuite). J'aime le récit simple, neutre, factuel, de cette existence marquée par la répétition des faits et gestes… et l'ennui. J'aime aussi, par contraste, le chapitre dans lequel nous sommes entraînés dans leur fantasmagorie d'abondance, d'accumulation de tous ces biens qu'ils aimeraient tant posséder. Pour moi c'est donc bien une œuvre littéraire pour laquelle Perec a su trouver une forme adaptée à son projet. Il s'explique d'ailleurs sur ses choix dans une "Conférence à Warwick", donnée en 1967, un document qui est proposé en postface de l'édition chez 10/18.
Je pourrais parler encore longuement de ce livre qui m'a tant marquée mais il faut bien s'arrêter. Je l'ouvre en très grand et je vais enchaîner avec la relecture de La Vie mode d'emploi
Danièle
L'auteur commence au conditionnel et de manière assez impersonnelle, désigne les personnages par "ils". Et voilà ce qu'ils aimeraient faire de leur vie, décrite à partir des objets emblématiques des années 60. C'est un début qui me plaît. En partie aussi parce que je retrouve tous les éléments dans lesquels nous vivions à l'époque, magistralement décrits (ah, les brocantes, les vide-greniers, tous ces objets que nous convoitions, c'est vrai...). En passant, je me demande comment actuellement ces passages peuvent parler à des jeunes qui n'ont pas connu cette époque. Puis, dès le deuxième chapitre, l'auteur nous décrit, toujours à partir des "choses", la contradiction dans laquelle vivent ses personnages, à savoir l'importance de l'argent dans leurs aspirations, alors même qu'ils prétendent par principe ne pas leur en accorder. L'auteur joue à La Bruyère, à partir des objets que ces gens possèdent ou ne possèdent pas. Il montre leur conformisme qui consiste justement à ne pas en vouloir. Comme je me demandais s'il s'englobait dans cette critique somme toute universelle (ah, qui ne rêve pas aujourd'hui dans certains cercles de la lampe de chevet X ou des fauteuils Y ! Et je ne donne pas le nom des marques), ou s'il jetait un regard dédaigneux sur ce genre d'attitude, j'ai jeté un coup d'œil sur sa biographie. En effet, il semble qu'il ait traversé personnellement les épisodes dont il parle.
Enfin, j'ai aimé les descriptions magnifiques et généreuses pour imaginer le bonheur, et la description du mal être qui a suivi l'épisode de leur séjour en Tunisie. Ce roman, si c'en est un, est empli d'un spleen qui culmine à la fin. La critique d'un monde embourgeoisé est sublimement décrite, mais ne laisse pas de place à un autre monde. J'ouvre donc aux ¾.
Lisa
J'ai lu Les choses assez rapidement, même si je dois avouer que je ne suis pas rentrée dans ce roman.
L'énumération des objets ne m'a fait ni chaud ni froid, je sautais ces passages-là d'ailleurs. J'ai trouvé les descriptions chiantes.
Mais j'ai quand même réussi à apprécier parfois le portrait brossé de ce couple. Le passage sur L'Express m'a fait rire d'ailleurs. Ce couple est triste, ils ne rigolent donc jamais ? Leur vie me semble pénible.
Le livre en lui-même se lit vite heureusement, mais je pense que je n'en garderai pas grand chose.
J'ouvre à moitié.

Claire
Dis-donc c'est bien payé "à moitié", avec ce que tu dis...

Lisa
1/4 parce qu'il se lit vite, et 1/4 parce que j'ai parfois souri en lisant ces descriptions de bobos avant l'heure. Pour ce qui m'a fait rire : L'Express. Mais aussi l'engagement politique, ils vont un peu manifester contre la guerre d'Algérie, puis quand ça devient "sérieux", ils se demandent ce qu'ils font là. Ça me paraît assez juste chez pas mal de gens (dont moi parfois ! ). Ca m'a fait sourire parce que c'est bien vu.
Claire
Je savais que ce livre avait compté pour moi, mais je ne me souvenais pas de ce qui s'y passait. J'ai abordé le livre accompagnée des autres livres de Perec que je connais : Je me souviens, Penser/Classer, l'extraordinaire La vie mode d'emploi. Et j'ai retrouvé aussi dans ma bibliothèque, jamais vraiment lus, W ou le souvenir d'enfance, Je suis né, La disparition et plein d'articles ou de programmes d'adaptations
théâtrales glissés dans les livres : je pense au mémorable Je me souviens avec Samy Frey qui faisait du vélo, et de la subtile adaptation d'Anne-Marie Lazarini d'un livre que j'avais beaucoup aimé Espèces d'espaces — à qui je l'ai prêté et qui ne me l'a pas rendu ?... J'avais aussi en mémoire le film Un homme qui dort (en ligne ici) et j'ai lu le livre puisque le groupe de Tenerife l'a mis au programme : sinistre, moins passionnant, mais j'aime la tenue tout le long du livre d'un "tu" qui s'adresse au personnage. Nous avions lu aussi dans le groupe Quoi de neuf sur la guerre ? de Robert Bober, ami de Perec avec qui il a fait un film, et j'avais vu assez récemment un film magnifique de Robert Bober Vienne avant la nuit. Je suis encore tombée sur un livre qui s'intitule Je me souviens de Je me souviens : je l'avais oublié et m'en suis ressouvenue... (mais je ne me souvenais pas qu'il y avait aussi un livre qui s'intitule Je me souviens encore mieux de Je me souviens...).
J'arrête car je n'ai pas encore dit un mot des Choses, espèce de bavarde hors sujet ! Je serais en direct, on m'aurait déjà cloué le bec...
J'ouvre en grand ce livre qui m'a passionnée tout du long. Le livre date de 1965 et j'ai eu l'impression d'être en pleine modernité. La forme me captive avec ce pronom ils qui généralise, tout en correspondant à ces deux prénoms, et avec la force des temps : conditionnel, imparfait, futur, correspondant chacun à une phase ; ces choix formels ne m'apparaissent jamais artificiels, gratuits. J'aime le contraste de temps en temps entre la distance et la crudité ("le monde dans lequel ils trempaient", leur "plaisir presque viscéral" des choses, "enfoncés jusqu'au cou dans un gâteau dont ils n'auraient jamais que les miettes" — gâteau qu'ont relevé aussi Marie-Odile et Yolaine).
La scène avec les locomotives traînant des vaches grasses est hollywoodienne ; quand jouent sur des terrasses colossales dix mille cuivres, c'est Ben Hur ! On applaudit ! J'ai pensé au château d'Orlando, celui qui existe pour de bon, Knole (qui a 7 cours, 52 escaliers, 365 pièces) ou la Tour Antilia découverte grâce à Chaudhuri.
Tout à coup m'est revenu le nom oublié d'une boîte d'enquêtes pour laquelle très jeune j'avais travaillé ponctuellement, la Cofremca.
Et d'un bout à l'autre du livre, une tension, et mine de rien des rebondissements. J'allais dire une tension narrative, ce n'est pas exactement cela... tout est tendu et ça avance inexorablement, avec cet imparfait terrible.
Et tout ça pour quoi ? Pour que faire de sa vie ? ET qui être ? ET avec quelles valeurs ? ET avec un fond historique (la guerre d'Algérie) ET sociologique (l'avènement de la publicité, les enquêtes d'opinion). Jamais prétentieux ou sentencieux, et souvent profond, très profond, ça résonne. Et un point de vue (le narrateur/auteur...) tout le temps là, critique tout en étant discret. C'est génial sur toute la ligne. Je pense à Houellebecq, qui pourrait être son héritier. Le rapprochement d'Édith avec Les années d'Annie Ernaux que nous avions lu me semble très juste.
Quand j'ai fini le livre, j'ai lu plein de... choses sur Perec, rendant compte de ces découvertes ci-dessous. J'ai été sciée de découvrir que ce roman était en large partie autobiographique. Je n'ai pas ressenti la désespérance que pointe Chantal, car la distance du narrateur m'a permis de tenir les émotions à distance aussi.
Etienne
Tout d'abord, un petit mot de mise en situation : Claire m'a, au péril de sa vie, envoyé par la poste l'ouvrage de Perec que je ne m'étais pas procuré à temps. Comme dans un bon polar... Bonne transition puisqu'il paraît que Les Choses devait initialement en être un.
Paré d'une aura prestigieuse — Perec étant tout de même entré dans la Pléiade il y a 3 ans —- le roman en imposait tout de même de sa stature d'œuvre visionnaire. Le principal questionnement des initiés de Voix au chapitre avait fuité quelques semaines en amont : "Est-ce qu'il a bien vieilli ?" c'est-à-dire finalement : "Est-il toujours d'actualité ?".
Tout de go, je dirais oui et non. Non car il est certain que pour un lecteur comme moi, inévitablement, les nombreuses références peinent à faire écho parfois, notamment leurs lectures, ce style de vie bohème : difficile de s'imaginer ce que cela représente quand ça n'existe plus. Par moment cela me paraissait un peu comme du Balzac poussé à l'extrême. Donc visionnaire : non. Aussi, vu de 2020, on a tout de même l'impression que ces années 60 furent d'une aisance de vie déconcertante : pas de chômage, on accède à la classe supérieure avec un peu d'effort mais sans réelle difficulté. J'ai tout même savouré tous ces comportements très parisiens (la vie en groupe, la campagne fantasmée) analysés à la façon d'un entomologiste mais non sans autodérision.
Mais tout de même un grand oui, car le mécanisme, la force motrice, cette quête du bonheur, bonheur lui-même intrinsèquement assujetti au manque et à l'absence, oui, tout cela est intemporel et brillamment décrit. Certes, le propos n'est pas révolutionnaire, mais il ne suffit pas d'avoir une idée, il faut l'illustrer. Je lisais que Perec affirma que ce roman n'était pas du tout une critique du monde consumériste, oui, c'est parfaitement cela : il décrit les mécanismes qui rendent possible le bonheur, c'est-à-dire la tension que crée ce manque. Tension ? Oui, car si Jérôme et Sylvie retardent le plus tard possible leur entrée dans la bourgeoisie, conscients qu'ils ne pourront plus rien convoiter, leur vie à Paris puis Sfax a tout de même un goût persistant d'inachevé. Le bonheur n'est donc, épiphénomènes exclus, jamais complet. Perec affirme aussi dans une interview ne pas être un écrivain moraliste, j'en doute un peu, cela me paraît tout de même illusoire et naïf. Comme il le dit si bien dans l'introduction de sa conférence à l'université de Warwick : "je ne suis pas spécialiste de mon œuvre. Le fait que je l'ai écrite ne m'autorise pas à pontifier dessus".
Un mot sur la forme puisqu'elle est atypique : conditionnel, imparfait et futur. Cela crée une grande connivence avec le lecteur et étrangement ne rend pas la lecture trop lourde. À première vue, l'absence de dialogue et d'introspection peut paraître froide, mais on sent réellement de l'affection et la bienveillance de la part de Perec pour ce couple (j'ai mieux compris en lisant sa biographie) ; ce qui, à mon sens, marque sa grande différence avec Houellebecq si l'on cherche à le comparer avec une autre écriture "sociologique".
J'ouvre Les choses aux ¾ car je pense qu'elle fait partie des œuvres à relire périodiquement.
Rozenn
Ce livre m'avait ennuyée autrefois et… pareil.
J'ai eu un petit espoir en commençant la deuxième partie mais non… pareil.
Trop schématique, trop systématique.
Oui j'en ai connu des comme ça, des enquêteurs — et c'est différents des psychosociologues… ! Ceux qui finissent par s'insérer, s'installer.
J'en ai fait partie.
Je me suis "installée" avec mon petit ami au milieu de caisses peintes en orange et on ne rêvait pas de Chesterfield. C'était plus tard, je ne suis pas si vieille. Et sans ce délirant désir d'objets. J'ai arrêté d'être vacataire et j'ai pris un poste quand j'ai eu un bébé.
Comme toujours chez Perec : trop systématique, lourdingue, aucun humour.
Il vaut mieux lire Bourdieu.
Séverine
Il s'agissait pour moi d'une relecture. J'avais lu Les choses il y a quelques années. J'avais beaucoup aimé ce livre et mon plaisir a été le même pour cette nouvelle lecture. Je trouve ce livre extraordinaire car il date des années 60 et on a l'impression qu'il a été écrit hier.
Certes, il manque Internet, le téléphone portable ou les low cost, mais ce qu'il dit est toujours vrai. Il nous parle de nous (je défie quiconque de ne pas s'y retrouver un peu, beaucoup…, même si à cette seconde lecture, j'avais l'impression de lire la description des bobos), de ce à quoi on aspire, cette quête d'un bonheur qu'on ne sait même pas définir, de ce que l'on vit finalement, de ses envies que l'on imagine bientôt satisfaites, mais qui ne le seront pas, de notre procrastination naturelle à ne pas faire ce que l'on devrait faire… Même si ce texte est intemporel, on peut le replacer dans son temps, comme une belle description de l'arrivée du monde de la consommation qui est pour nous désormais chose courante. Il y a des choses désuètes qui invitent à la nostalgie.
J'ai aussi beaucoup aimé le style : les descriptions qui ne sont pas lassantes, la très belle utilisation des temps de conjugaison, le juste choix des mots, cette progression constante du récit (c'est très organisé, très carré) qui nous donne envie de savoir ce qui va se passer, même si globalement il ne se passe pas grand-chose. Bref, j'ai adoré ce livre que j'ouvre en grand.
Brigitte (à l'abri en Normandie)
J'avais lu ce livre à l'époque où il est sorti. J'avais à peu près tout oublié de cette lecture. Il me restait seulement qu'il s'agissait d'un roman où il ne se passait pas grand chose, contenant beaucoup de descriptions de "choses". Je ne comprenais pas vraiment les raisons de son succès.
Je viens de le relire dans la version intégrale que Claire a envoyée. Merci !
Ma lecture d'aujourd'hui est complètement différente. Je trouve finalement cet ouvrage très intéressant, principalement pour l'image qu'il brosse de la société française au sortir de la guerre et aux débuts de la société de consommation. Je m'interroge sur ce que donnerait un livre du même genre sur la société actuelle, où sont passées la numérisation, la mondialisation et l'écologie.
C'est aussi une sorte de roman d'apprentissage sur le passage à l'âge adulte (à 30 ans) et la fin des illusions et des rêves non pas irréalisables, mais qu'on n'a jamais eu le courage d'essayer un tout soit peu de réaliser. À trente ans, on s'installe, on renonce.
J'ajoute que l'écriture est vraiment intéressante. Quelle maîtrise il faut de la langue pour pouvoir écrire tant de descriptions sans être jamais lassant, ni répétitif.
A cause de toutes ces qualités, je l'ouvre aux ¾.
Pour terminer, j'ajouterai que Perec a été pour moi un lointain collègue au CNRS dans les années 70.
Geneviève
J'ai, pour une fois et par force, accepté de lire Les choses sur écran, et je l'ai lu avec une facilité qui m'a surprise. Je dois dire que dans l'œuvre de Perec, ce n'est pas le livre qui m'avait laissé le souvenir le plus frappant. C'était il y a très longtemps et j'avais un vague souvenir de quelque chose d'un peu plat, dont je ne voyais pas bien l'intérêt, contrairement à La vie mode d'emploi et surtout La disparition qui est pour moi un livre culte.
La relecture s'est avérée tout à fait intéressante : plongée dans cet univers de la fin des années 50 et du début des années 60 où j'étais trop petite pour pouvoir m'en rappeler. Je n'étais pas non plus parisienne et Paris restait l'objet d'une convoitise lointaine. Pourtant j'étais étonnée de toutes les réminiscences que déclenchait la lecture, notamment sur le rapport aux objets, au style, à la mode et sur les relations entre jeunes adultes. C'est vraiment passionnant d'avoir maintenant cette radiographie de la société de consommation en plein essor, cette nouvelle génération d'après-guerre, issue du milieu populaire et hésitant devant l'ascension sociale qui les happe et qui les emprisonne. C'est vraiment, je pense, la racine de cette crise de société violente que nous vivons aujourd'hui, où nous arrivons au bout d'une dynamique enclenchée à ce moment-là.
J'aime beaucoup cette écriture à la fois très factuelle et où pourtant se glissent sans cesse une ironie subtile, un jeu entre identification et détachement. Et le pari de ne décrire que la surface, jamais rentrer dans la psychologie tout en restituant si bien les relations d'un jeune couple.
J'ai été un peu déçue par l'absence de fin réelle, mais ce refus d'une chute, au sens narratif classique, est bien en accord avec ce qui est beaucoup plus un portrait d'une époque et d'une génération que le récit de son histoire.
Encore un livre que le groupe de lecture m'aura permis de redécouvrir : est-ce que ça en fait un livre "pour le groupe de lecture" ? Je ne veux pas le savoir… Et je l'ouvre en grand !
Je vous embrasse tous et toutes, à distance ça ne risque rien. Portez-vous bien et surtout à bientôt.
Denis
J'avais lu ce livre dans les années 60-70 et il ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable. Mais j'ai été content de le relire à l'heure présente car il fait revivre toute une époque. C'était ma jeunesse, bien sûr, mais je n'ai pas trouvé le livre démodé. C'est un document fondé sur des observations extrêmement fines et attentives. On pourrait le considérer comme un ouvrage de sociologie qui renverrait à La distinction de Bourdieu (paru en 1979, donc bien plus tard) ou à Baudrillard (Le système des objets en 1968, Critique de l'économie politique du signe en 1972). C'est le même monde que croquait Bretécher avec ses Frustrés, dont on se régalait chaque semaine avec les copains.
Mais ce que Perec apporte de plus qu'un ouvrage de sociologie, c'est, d'un côté, son écriture stupéfiante, d'un autre son amour des combinatoires.
L'écriture est farcie d'énumérations et de listes, qui sont des feux d'artifices langagiers. Je crois que Perec aurait dit qu'il espérait employer au moins une fois chacun des mots de la langue française. Nous y sommes. En cela, il me fait penser à Huysmans que nous avons lu récemment. Mettre en langue, non seulement des objets matériels à n'en plus finir, mais des objets abstraits aussi saugrenus qu'une démarche pour demander une augmentation à son patron... ou l'observation de la circulation à un carrefour de Saint-Germain-des-Prés... Le résultat n'est pas tellement un texte que l'on prend plaisir à lire pour lui-même, mais plutôt une performance au sens de l'art contemporain.
Avec Les choses, pourtant, nous avons du plaisir à lire comme un roman traditionnel. Peut-être parce que c'est son premier roman. J'y trouve, à côté de la trame romanesque, le goût des formalismes langagiers, dans le caractère systématique, souvent répétitif, du propos. Les deux personnages ne sont pas des personnages de roman, ce sont des profils-types, des marionnettes qui n'ont pas de vie propre. On ne s'y attache pas, même si l'on arrive à sympathiser — ou plutôt à compatir. Ce sont des abstractions. Dans la deuxième partie, ils me sont apparus plus humains, plus chaleureux. Peut-être parce qu'ils sont tellement misérables.
Perec, pour moi, c'est avant tout un génial expérimentateur de l'écriture (l'homme "de lettres" — au sens de l'alphabet). Un type totalement original, une mine de trouvailles que j'ai envie d'explorer plus avant, même si j'en connais déjà quelques-unes. Je crois qu'il faudrait arriver à considérer l'ensemble de son œuvre sous un même regard pour caractériser sa cohérence, notamment concernant le rôle structurant des formalismes.
J'ouvre en grand.
Françoise
Ce n'est pas un roman, mais "une histoire des années 60".
Je l'avais lu bien sûr, mais n'en avais gardé qu'une vague idée, et je trouve très bien de l'avoir relu, à la lueur d'une nouvelle époque. Les années 60, la société de consommation. Déjà, je pense que quand il l'a écrit, Perec n'avait pas encore entendu parler des situationnistes et de la Société du spectacle. Alors maintenant, c'est dépassé, mais témoignage d'une époque que j'ai connue, et bien sûr je me suis reconnue — partiellement — dans ce récit, l'acquisition des "choses", la coopération, (pas moi perso, mais les amis), etc. Je serais curieuse d'avoir l'avis des plus jeunes qui n'ont pas connu cette époque, s'y retrouvent-ils tout de même ou bien y sont-ils complètement étrangers ?
On ne sait pas très bien où se situe l'auteur dans tout ça, il dit que ce n'est pas une condamnation de la société de consommation, mais tout de même… On ne sent aucune sympathie/empathie pour ce couple avec ce style extérieur, clinique, qu'il a choisi. On ne connaît jamais leurs sentiments, on ne parle pas d'amour, de désir d'enfant ? Le temps utilisé, le passé, se transforme vers la fin en conditionnel puis futur, comme s'il voulait en finir vite. Comment interpréter ?
Les interprétations, y a de quoi faire. Par exemple, quand le livre est sorti, certains ont trouvé Jérôme "paresseux" parce qu'il laisse Sylvie travailler pour les deux. Aujourd'hui, on ne dirait pas plutôt "machiste" ?
J'ai aimé l'écriture, la forme du récit, comme les autres livres de Perec, il nous emmène et nous fait partager un univers nouveau.
Alors maintenant que reste-t-il ? Ce livre est-il toujours d'actualité ? Je dirais oui, tout de même, sous d'autres formes. Il y a de quoi discuter, c'est bien un livre pour le groupe lecture! Qui l'avait proposé ?
Je l'ouvre aux ¾ (pas en grand parce que ce n'est pas mon préféré, j'avais beaucoup aimé La vie mode d'emploi).
Catherine
Je ne connaissais Georges Perec que de nom, mais n'ai jamais lu aucun de ses livres. J'ai été d'emblée très intéressée par ce livre, par son sujet, celui de la fascination pour la possession des objets, qui symbolisent pour les deux héros et leurs amis la richesse, mais aussi un art de vivre, l'accès à un monde supérieur, détaché des contraintes du travail et de la vie quotidienne. J'ai beaucoup aimé l'écriture très simple, la description précise et détaillée des choses et des lieux dont rêvent les personnages, qui prend beaucoup plus de place que les personnages eux-mêmes qui sont plutôt esquissés. J'ai appris quelques mots nouveaux à cette occasion (portulan par exemple). Il y a des passages assez drôles, sur les enquêtes d'opinion, sur la hiérarchie des chaussures. C'est à la fois un peu daté et très actuel. J'ai moins aimé la partie tunisienne, qui m'a paru plus conventionnelle.
C'est un livre qui fait réfléchir je suis très contente de l'avoir lu ; je l'ouvre aux ¾.
Nathalie R
J'ai un verre de blanc à ma gauche, la machine à coudre à ma droite... j'ai envie de m'enivrer... la musique de Manu Dibango en fond de scène et la famille qui vaque de ci-de là... J'ai le cœur lourd mais pas plus que tout un chacun.
J'ai lu Les choses et Les choses sont venues à moi. Je l'avais déjà lu. La même impression, la même sidération.
L'impression que le temps s'était suspendu. Que ceux d'avant étaient les mêmes que maintenant. Vivre et désirer. Désirer les choses qui me font appartenir à un groupe, qui me rendent moins seule, qui attestent en fin de compte du peu de ce que je suis. Un peu comme ces couples qui mettent des mois à trouver le prénom d'un enfant pour se rendre compte, 4 ans plus tard, que 5 ou 6 bambins portent exactement le même nom que le leur.
Donc, oui, toutes ces choses que nous désirons, que parfois nous réussissons à acquérir, que nous regardons (Carrousel du Louvre) tout en sachant que jamais nous n'aurons, ne serait-ce que dix pour cent de la somme nécessaire pour les acquérir.
J'adore cette première partie qui me renvoie à ce que je connais, qui m'interroge sur mon identité, sur l'identité de certains qui m'entourent.
Que contiennent nos maisons qui sont de l'ordre d'un véritable choix ? Quel objet inhabituel vient rompre l'harmonie ? J'aime regarder autour de moi et répondre silencieusement, parce que moi comme vous, je pense, je le sais pertinemment. Enfin, je crois (effet du vin blanc et de la fatigue mélangés). Oui, j'aime tout dans cette première partie qui tourne au tableau sociologique et dont la mise à distance me convient tout à fait car on ne sait presque rien : pas de psychologie, pas de focalisation "interne" (ou alors j'ai mal vu)... bref, un pur tableau. Et j'adore plus particulièrement quand l'appartement se vide de toutes ces choses.
Oui, j'aime Perec et sa tentative de nous montrer ce que nous sommes.
La deuxième partie m'a fait rire car je m'y suis somme toute retrouvée.
Premièrement, parce que j'ai vécu plus de 25 ans à l'étranger et que j'ai retrouvé des détails amusants, le choix de l'appartement, les meubles, la reproduction d'un univers transplanté. Le besoin de retrouver des éléments qui permettent de se croire en Europe (passage du café, et de la lecture du journal) — ça me rappelle cette recherche insensée de "froid" quand, une fois l'harmattan installé, je regardais la brume à travers le pare-brise de ma voiture et la clim allumée, je pouvais imaginer que c'était l'hiver, tant chéri, tant regretté...
Mais l'identification s'arrêtait net, car je n'ai pas vécu la façon dont ils le vivent. Cette incapacité à briser la glace de l'altérité, cette incapacité à "entrer" dans l'autre, à l'appréhender, à vivre avec. Mais pour avoir vécu au Maroc aussi, j'ai vraiment pu imaginer ce par quoi ils passaient.
J'ai lu la moitié de sa conférence (pas eu le temps de la terminer) et j'aime cette revendication que l'on retrouvera plus tard largement chez Perec. Écrire oui, écrire, ce n'est pas forcément "raconter".
Bonne soirée mes amies, amis, lointain.e.s.
Nathalie B (du nouveau groupe parisien ainsi que les avis suivants)
Je ne sais pas pourquoi je n'avais jamais eu envie de lire un livre de Perec. Sans doute parce que j'avais ouvert et lu quelques lignes de Je me souviens qui m'avait rapidement agacée. Je devrais peut-être essayer maintenant ne serait-ce que sans doute pour le côté anthropologique que cela peut avoir. Indéniablement Perec sait écrire et faire surgir des images avec ses énumérations de "choses". Ce roman a également un aspect anthropologique. La façon dont il évoque Jérôme et Sylvie, ce très jeune couple que nous allons côtoyer sur moins d'une décennie d'existence, permet immédiatement la distanciation nécessaire pour le lecteur qui s'interroge sur les aspects d'une vie axée sur l'avoir. On ne peut s'empêcher d'avoir envie de les défendre face à Perec qui ne semble avoir aucune pitié pour eux. Et je me suis souvent dit à la lecture que outre son aspect de dénonciation d'une société de consommation, on sentait poindre les angoisses même de l'auteur, qui avait 28 ans lorsqu'il a rédigé ce récit. Comment se construire la vie de ses rêves plutôt que rêver sa vie sans déroger à sa soif de liberté ? Choisir d'être le loup ou le chien de la fable ? Notre jeune couple finira comme tous leurs amis à "s'installer" dans la vie active. Peut-être réaliseront-ils alors leur rêve d'avoir un chez soi à la hauteur de leurs désirs de possession. Peut-être cela leur suffira-t-il. Ce qui est certain, c'est que cela n'aurait pas suffi à Pérec qui s'effraie au moment de l'écriture de terminer ainsi. J'ai éprouvé un vrai plaisir de lecture à me balader dans les années 60. Il y a des moments où il m'a fait penser à Flaubert. L'éducation sentimentale bien sûr qu'il cite lui-même puisque ses personnages sont aussi velléitaires que Frédéric, mais aussi Salammbô par certaines descriptions foisonnantes. J'ouvre aux ¾.
Anne
Je n'ai finalement pas vraiment lu Les choses, j'en suis à la page 50 et ne peux m'engager que sur ces pages. Je n'accroche pas, en dépit d'une très belle écriture. Celle-ci me semble trop au service de la description de personnages falots que l'auteur n'aime pas. Perec rend tout négatif à propos de l'évolution de la petite bourgeoisie (même lorsqu'elle tente d'être créative avec les objets du marché aux puces). La référence à une grande bourgeoisie inaccessible est désespérante. Ce livre parle d'ailleurs peut être du désespoir… en ce sens il serait réussi. Le personnage qui s'est acheté des chaussures anglaises qu'il abîme à la longue dans la boue, aurait pu être un passage émouvant, mais non, l'homme est tourné en dérision, moqué, critiqué. Je n'ai sans doute pas suffisamment bien lu le livre, ni surtout lu l'évolution de l'histoire, s'il y en a une, mais Perec dans ces premières pages m'a agacée, car son habileté à écrire est utilisée de façon négative en tous points. C'est comme s'il avait un compte à régler avec la petite bourgeoisie (que je n'affectionne pas particulièrement, ce n'est pas la question). Je fais donc ici plutôt part d'un sentiment qui s'est forgé à la hâte, plutôt que d'un avis fondé sur une lecture entière. A ce stade je n'ose pas affirmer que je l'ouvre à moitié. Bien sûr, il y a peut-être dans ce livre, là où je n'ai pas été, des coups de théâtre qui font virer de façon inattendue l'histoire !
Je suis ouverte au fait que l'on peut avoir une autre lecture que celle que je viens d'émettre. Par exemple plus philosophique quand à ce qui est "choséifié" dans notre société, "esthétisé", où objets et individus sont les victimes d'une triste époque, ce qui donnerait une dimension plus large à ce texte. Néanmoins… il me faudrait abandonner le désir d'avoir un rendez-vous "émotif" avec l'auteur. Mais pourquoi pas. Une période de confinement peut aussi enrichir l'esprit de cette manière plus intellectuelle.
Christine
J'ai lu Les choses il y a près de 40 ans et je n'avais le souvenir que de l'avoir lu…
Je m'y suis plongée avec délice. J'y ai retrouvé une époque révolue. Les années 60, c'était le début des années de consommation, les années de guerre étaient oubliées.
Nous rencontrons Sylvie et Jérôme alors qu'ils ne sont pas encore insérés dans la société, qu'ils la contestent, qu'ils rêvent d'une vie future pleine de choses.
Bien qu'ils fassent le choix de vivre en marge et qu'ils refusent l'assujettissement du travail, ils sont très attachés aux apparences. On est plutôt de gauche parce que c'est ainsi qu'il faut penser, on manifeste contre la guerre en Algérie quand on ne risque rien et parce que c'est ainsi qu'il faut se conduire, il faut porter ces chaussures-là, ces habits-là… Ils cherchent à se conformer à un idéal dont ils sont prisonniers.
Perec n'a pas besoin de décrire littéralement les sentiments et les pensées de Jérôme et de Sylvie, tout transparaît à travers ses descriptions. Le livre commence avec l'emploi du conditionnel (ce que serait l'habitation de Sylvie et Jérôme) et se termine sur le futur (ce que sera leur vie). N'est-ce pas le propre de la jeunesse que de contester la société, ou plutôt n'était-ce pas le propre de la jeunesse ? 1968 n'est pas loin. Mais, la jeunesse s'estompant, il faut bien y trouver sa place…
J’ouvre le livre en très grand !
Anne-Marie
Ce couple a priori n’est pas très sympathique. Outre qu’ils rêvent de "choses" et de possessions, ils sont velléitaires, paresseux, conformistes. Ils rêvent leur vie, qui devient de moins en moins agréable au fur et à mesure que la réalité s’éloigne de leurs rêves. Ils ne veulent pas des contraintes de ce qu’on appellerait aujourd’hui la vraie vie, ils se trouvent de forts alibis intellectuels pour ne pas entrer dans le monde du travail ; ils se voient en éternels dilettantes entourés de leurs amis qui comme eux, n’auraient pas changé. Le problème est là , ils se rêvent toujours étudiants, heureux et insouciants alors que tout change autour d’eux. Même leur engagement politique manque d’implication et de chaleur, ils ne sont qu’à la surface des choses et ratent le tournant du vrai engagement. Parce que les choses sont plus importantes que les êtres ?? Leur expérience tunisienne est elle aussi un peu irréelle, ils passent carrément à côté du pays, ne voient rien, sont dénués de la moindre émotion.
C’est le mot clé : Jérôme et Sylvie sont des purs produits de leur époque, l’émotion en moins, alors que l’époque était certainement fertile dans ce domaine. Ils arrivent à la traverser sans aucune conscience, sans vraiment décider de leur vie, et donc, de manière inéluctable ils finissent là où ils ne voulaient pas aller.
C’est un double portrait, dérangeant, subtil, crédible.
Et le monde des années soixante vu par Perec m’a enchantée.
J’ouvre totalement.

                                   
Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

Les échanges

Lisa
Totalement d'accord avec Annick A  : le séjour tunisien est invraisemblable.
Et contrairement à Monique, je n'y vois pas du tout une réflexion sur le couple : ils sont côte à côte, ils vivent ensemble mais c'est tout. Il n'y a rien sur la passion, la sexualité...

Claire
Si c’est un “livre-pour-le-groupe”... ? Que celui ou celle qui ose poser cette question soit confinée un jour de plus !

Séverine
Si j’ai adoré ce livre et que je l’ouvre en grand, je reconnais que la seconde partie en Tunisie m’a un peu moins séduite, même si elle contrebalance bien la première partie… une tentative vers autre chose…

Françoise
Leur séjour en Tunisie me paraît très vraisemblable. Il est difficile de communiquer avec les autochtones, surtout à cette époque. Le statut de "coopérant" implique exactement cela. Il ne peut y avoir que des relations limitées et superficielles. Mais il est vrai que Jérôme n'a rien tenté semble-t-il.

Monique L
Pour répondre à Lisa, il n’est pas question de sexualité dans ce couple, mais d'un partage qui me semble plus qu’évident, d'aspirations communes, d’échanges qui me sont très sympathiques.

Nathalie R
Françoise écrit :"Jérôme "paresseux" parce qu'il laisse Sylvie travailler pour les deux. Aujourd'hui, on ne dirait pas plutôt "machiste" ?" C'est amusant, parce que je me souviens dans les années 70 que mon parrain était considéré comme un moins que rien parce que c'était lui qui "gardait les enfants à la maison" et ne travaillait pas. Il était tout SAUF un machiste.

Françoise
Oui, mais eux n'ont pas d'enfant, Jérôme est totalement oisif.

Nathalie
Je ne comprends pas ce qu'il y a d'invraisemblable au séjour tunisien. Pouvez-vous argumenter ???

Françoise
Justement moi je trouve cela totalement vraisemblable (cf. mon avis).

Nathalie R
Merci Françoise... oui, mais attendons de voir les arguments. Et je peux attester que j'en ai rencontré pas mal des "comme ça"... qui ne s’installaient que du bout du bout du "cul" sur leur cantine en métal afin d’amasser la somme qui servirait à payer cash la maison en France.

Lisa
Ils veulent du changement, atterrissent dans une ville non choisie. Et pendant presque un an, ils vont dans le même restaurant, ils disent que la partie maghrébine de la ville, ils n'y comprennent rien et n'y vont plus. Pourquoi partir ? Ils ne parlent à personne. Ça ne me semble pas crédible.

Danièle
Le voyage en Tunisie n’est pas invraisemblable en soi. Beaucoup de gens décident de partir à l’étranger pour fuir leur vie. Mais là, c’est le vide qu’ils fuient, et en fait ce vide les poursuit où qu’ils soient. Et ça, ce n’est pas si invraisemblable.

Séverine
Je suis d’accord avec Danièle : bien vu !

Monique L
Je suis d’accord avec Danièle quant au séjour en Tunisie.

Geneviève
Et pourtant... j'en ai connu beaucoup aussi, pas seulement pour payer la maison mais parce que l'étrangeté, quand c'est tous les jours, c'est beaucoup moins drôle...

Nathalie R (toujours le verre à la main)
Je vous dis (hips !) que j'en ai vu pas mal.. même des.. qui n'avaient JAMAIS mangé un truc africain ou qui n'étaient jamais allés dans un "maquis" (restau tradi de rue)...
J'en connais encore (des Américains) qui ne sont JAMAIS sortis de leur "camp" sauf pour se rendre à l'aéroport et en revenir et/ou au consulat.

Annick A
C’est vrai Nathalie, mais à ne correspond pas au profil de ce couple.

Lisa
Oui c'est vrai, vous avez raison, du coup c'est encore plus déprimant de lire ça. Et ça me rend le couple encore moins sympathique. Ils n'ont rien, à part le cinéma et leurs envies de luxe.

Annick L
Ce départ en Tunisie n'est pas un véritable projet, c'est plutôt une fuite en avant à un moment où leur situation à Paris devient insupportable. Alors là ou ailleurs, ils sont toujours aussi mal.
Et puis ce ne sont pas des êtres désirant, ouverts aux autres... ils tournent en rond sur eux-mêmes !

Danièle
Mais oui, Lisa, je trouve aussi que ce livre est déprimant. C’est le spleen ! Mais c’est tout son art que de nous le faire sentir.

Nathalie R
Lisa, je n'ai jamais cru que tu croyais au couple !
"Le voyage en Tunisie n’est pas invraisemblable en soi. Beaucoup de gens décident de partir à l’étranger pour fuir leur vie. Mais là, c’est le vide qu’ils fuient, et en fait ce vide les poursuit où qu’ils soient. Et ça, ce n’est pas si invraisemblable." C'est typiquement un topique (topoi ?) de la littérature cette idée de fuite en avant.

Renée
En lisant les avis, je suis étonnée que personne n'ait évoqué la question du travail.
J'avais à peu près 20 ans à la parution du livre...
Le travail était une valeur indiscutable : on travaillait, sinon, on n'était RIEN..
Avec les prémisses de 68, on a commencé à penser que le travail entravait la liberté.
Jamais on n'aurait osé écrire ça avant.

Françoise
Oui. Après 68 le rapport au travail a totalement changé. On admirait ceux qui arrivaient à vivre du chômage. ça a de nouveau changé dans les années 80..

Annick L
Le rejet de la valeur travail est effectivement venu en mai 68, comme l'opposition entre les valeurs "Être" ou "Avoir". Dans ce roman, les deux jeunes gens poursuivent décidément un rêve paradoxal : vouloir être riche pour acheter la terre entière, mais ne pas se laisser enfermer par le travail. Pas étonnant qu'ils aillent dans le mur !

Nathalie R
Il me semble quand même que le livre soulève le thème des "héritiers"... Ils n'ont pas accès parce qu'ils ne sont pas nés nantis et cela est exprimé. Il me semble qu'il doit y avoir une sorte de "clef" dans la maison tarabiscotée de la fin du séjour de Tunisie. Une sorte de monstre à mille tentacules.
Il ne me semble pas que ce couple soit un couple engagé (au sens sartrien du terme)... ils justifient quand même leur départ... et l'échec de leur installation est typiquement flaubertien... il y a de l'EMMA B. dans cette femme...

Françoise
En fait moi mes amis qui sont partis en coopé l'ont fait après 68, constat d'échec de la "révolution". Sylvie et Jérôme partent avant et l'analyse est forcément différente.

Annick A
Peut-être n’ai-je pas supporté le vide chez ce couple.

Monique L
Je n’ai pu m’empêcher de rapprocher ce couple de ceux qui, quelques années plus tard, ont fait un retour à la nature et qui pour le plupart s’est terminé par un retour à la "normalité" du travail.

Françoise
Oui, c'est mais là c'était vraiment une volonté de refuser la société de consommation.

Lisa
Je crois surtout qu'être en couple implique de la passion, du sexe (oui je me répète) sinon ça s'appelle de l'amitié et pas besoin de vivre ensemble. Surtout pour un couple de moins de 30 ans.

Françoise
En fait ils n'ont pas analysé leurs motivations, en tout cas l'auteur ne nous le laisse pas penser. Du coup, je reviens à sa motivation à lui, l'auteur ? Puisqu'il dit que ce n'est pas une critique de la société de consommation.

Monique
C’est vrai qu’il n’est pas question de sexe dans le livre, mais je n’ai jamais cru qu’il n’y en avait pas. Je pense que c’est un choix de l’auteur de ne pas le mentionner.

Françoise
Comme quoi on projette, on fantasme... autant de clés extérieur-intérieur, vive le groupe lecture ! lol

Lisa
Oui, probablement, mais ça me rend pas le couple très sympathique, ça reste froid. L'écriture joue un rôle là-dedans.
Vous avez ressenti de l'empathie pour les personnages ?

Françoise
De l'empathie pour les personnage, non, mais c'est exprès, c'est un examen clinique d'un couple, etc.

Danièle (revenant à la remarque de Nathalie)
J'ai vérifié le sens de topoi... Ah bon ! "désigne un arsenal de thèmes et d'arguments en rhétorique antique dans lequel puisait l'orateur afin d'emporter l'adhésion de ses auditeurs". En quoi cet argument est-il seulement rhétorique ?

Nathalie R
Non, c'est pas dans ce sens !
Un topos est un sujet littéraire qui revient souvent jusqu’à constituer un thème récurrent et attendu dans la littérature. Par exemple, dans un roman, le topos de la rencontre amoureuse (voir ICI). Le topos est un lieu commun en littérature, comme la rencontre amoureuse, le premier regard, etc.

Danièle
Ce n’est pas pour autant que le thème de la fuite en avant ne correspond pas à une réalité, celle qu’il veut justement décrire ici.

Monique
Les personnages sont volontairement traités pour être généralisables et c’est ce qui m’a plu.

Françoise
Oui, mais je continue de me demander : où est l'auteur ?

Geneviève
Dans le conditionnel...

Françoise
Merci Geneviève.

Claire
Dans le conditionnel, tout à fait d’accord avec Geneviève ! Et pas seulement. L’auteur est là, dans ses procédés de distance et, en en jouant, et il touche le lecteur.

Denis
Moi je crois que le séjour en Tunisie, c'est pour construire un symétrique à la vie à Paris. On peut sans doute opposer terme à terme des caractéristiques parisiennes et sfaxiznnzq. Du formalisme, quoi...

Claire
Pour changer du couple mais rester dans les sens... Vous n’avez pas ressenti un effet physique avec les changements de temps ?
Et le chapitre où ça s’emballe avec les vaches et le requiem, vous ne trouvez pas ça génial ?
Quand je pense que Rozenn a fermé le livre, vraiment ça me désole...

Lisa
Je ne vois pas du tout de quoi tu parles. J'ai sauté certains passages. Parfois après quelques pages, je me rendais compte que je lisais mécaniquement sans rien retenir.

Claire
C'est à la fin de la première partie, regarde, c'est génial.

Lisa
Je lai lu sur ma liseuse, ça va pas être évident de retrouver le passage. Tu peux me donner le numéro de page ?

Claire
C'est le chapitre 10 : le voilà, là !

Françoise
D'accord avec toi Rozenn, on est tous des bobos ! Il suffit de changer les codes.

Monique
Dans un des documents mis en ligne par Claire, l’auteur dit qu’il n'a volontairement pas parlé de la relation amoureuse dans le couple.

Denis
Oui, c'est un couple "simplifié", une abstraction de couple. Ce n'est pas un couple, mais un être double. La relation entre eux n'est jamais évoquée, ne pose jamais problème.

Geneviève
Si, au début, leur malaise est évoqué face à un logement étriqué, le fait qu'ils s'endorment sans se parler.

Nathalie B
Je trouve pour ma part le couple totalement crédible. On n'a pas besoin d'aller dans sa chambre à coucher pour surprendre leurs ébats pour le trouver. Ils partagent le goût des belles choses, le goût de chiner, les soirées entre amis. Ils se ressemblent beaucoup, c'est vrai, mais on les imagine aisément parler de ce qu'ils aimeraient faire mais ne font pas. Ils se ressemblent aussi. Ce qui est somme toute également très vraisemblable.

Annick L
Moi ce qui m'a fait plaisir ce soir, c'est le fait de lire vos avis, fort divers mais souvent très argumentés, parce qu'ils sont rédigés. Une expérience bien différente de nos rencontres habituelles avec nos échanges en direct, à l'oral. Et je trouve que vos critiques, dans l'ensemble, rendent hommage à la richesse de cette œuvre. Même Etienne, qui est beaucoup plus jeune et qui n'a pas nos références (avec la petite pointe de nostalgie que cela peut nous procurer), a trouvé ce livre intéressant, s'est senti concerné... alors c'était bien un livre pour le groupe lecture (question initiale de Claire). Merci pour cette expérience...

Geneviève
Tout à fait d'accord avec Annick !

Françoise
Moi aussi !
Bon, je ne vais pas tarder à vous laisser pour le prime time de la télé, en ce moment Canal est en clair ! Lol ?? Ah la société de consommation ?? Hihihi...

Claire
Lisa qui a encore 20 ans n’a quant à elle pas du tout été bluffée par Les choses.

Annick L
Oui c'est vrai que Lisa est restée totalement en dehors et Rozenn a détesté aussi. Ce n'est donc pas une question de génération !

Denis
Je vais quitter l'écran.
J'ai bien apprécié tous les avis postés, merci à tout le monde.
Par contre, la discussion par mail, je n'arrive pas à suivre. C'est difficile de voir quel mail répond à qui...

Séverine
En tout cas, on a beaucoup de CHOSES à dire (mais que sont vraiment ces choses dont il nous parle ? Les choses de la vie pour reprendre le titre d’un film célèbre ?...)

Annick A
Tous ces échanges m’ont beaucoup intéressée. Merci à vous. Je vous laisse pour ce soir. Bonne soirée.

Fanny, rentrant de sa soirée (quoi ! pas confinée ?!)
Je n'ai pas suivi qui a parlé du rapport entre être et avoir mais je suis d'accord pour moi la dialectique essentielle est sur ce point (enfin c'est ma propre perception, de là à dire ce que Perec a voulu transmettre...)
Françoise, ils semblent peut-être vouloir s'affranchir de cette société de consommation, mais je pense qu'ils en sont totalement esclaves au sens où ils ne sont rien sans elle quand bien même ils tenteraient de s'inscrire en opposition.
Pour moi le couple est ici une entité telle qu'il ne reste que peu de place pour chacun...
Ah... mais j'ai lu en décalage... Il me reste à lire vos avis complets. Bonne fin de soirée.

****
Fin des échanges effectués par mel pour cause de confinement : ils auront duré 1h 30...

****

Et en prime, un article de Perec sur la lecture
une "esquisse socio-physiologique" centrée sur le corps dans la lecture : utile pour varier ses postures de lecteur confiné...


Le groupe de Tenerife, également confiné,
a lu Un homme qui dort

Nieves
"Tout est déjà prêt pour la mort", phrase dans une des premières pages du livre. À quoi bon aller passer un examen ? Le récit commence par le renoncement du jeune protagoniste (25 ans) à se présenter à un examen. C'est le début d'un procès vital en solitaire, comparable à une expérience de laboratoire, mis en œuvre par quelqu'un qui voudrait échapper d'un environnement qui n'a plus de sens pour lui, dans la ligne de la philosophie de l'absurde. Alors il se dit "Tu as tout à apprendre : la solitude, l'indifférence, la patience, le silence". La mansarde où il vit deviendra "la plus belle des îles désertes" où il se prépare à tuer le temps par "une vie immobile, sans crise, sans désordre : nulle aspérité, nul déséquilibre
Cependant, ce projet a des étapes différentes : l'apathie dans la chambre en regardant les dessins des murs et les trois paires de chaussettes dans une cuvette rose en plastique…, les promenades dans la forêt chez ses parents à Auxerre où il ne parle à personne, la phase où il décide d'organiser ses journées en faisant toute sorte d'activités (il parcourt les rues de Paris, visite les musées, lit le journal, joue aux cartes, au billard…) "T'importe seulement que le temps coule et que rien ne t'atteigne "tu te détaches de tout ...tu découvres avec une sorte d'ivresse que tue es libre, rien ne te pèse, ni te plaît ni te déplaît", pourtant "tu es libre mais tu ne choisit rien".
Puis, il revient à nouveau à l'abandon des activités, à s'enfermer dans sa chambre. "Tu n'es plus qu'un œil (…) qui voit tout (…).Tu n'es pas mort et la mort même ne saurait te délivrer". Alors, il traîne et ne peut plus dormir "Tu es seul et tu dérives (…). Tu ne connais personne et tu es seul. Rien ne t'échappe, mais tu ne saisis rien".
Il retourne à l'ordre, il range sa chambre, mais commence à penser au voisin et s'imagine que le voisin peut aussi penser à lui. Il arrête de se croire sauvé. Pourtant, il n'a plus de refuge et a peur. "Atteindre le fond ne veut rien dire".
"Tu n'as rien appris, sinon que la solitude n'apprend rien, que l'indifférence n'apprend rien: c'était un leurre (…) l'indifférence est inutile … [elle] ne t'a pas rendu différent"
Au fil du temps, tout l'amène, donc, à constater que ce projet qu'il s'est proposé de mener à bout, a été un échec.
"Cesse de parler comme un homme qui rêve". C'est la phrase qui résume son parcours.
Ce qui m'a apporté cette lecture, c'est le souvenir lointain de ma première année de séjour à Paris où j'ai aussi vécu dans une mansarde et où j'ai fait certains des parcours en ville réalisés par le personnage. Peut-être j'ai aussi senti pouvoir comprendre certains de ses états d'esprit, communs chez des jeunes gens de province qui quittent leur milieu familial et peuvent se sentir trop dépaysés au départ dans une grande ville qui, apparemment, leur offre tout un éventail de possibilités. Ils doivent alors subir, comme le protagoniste de Un homme qui dort, différentes transformations au long de leur séjour, jusqu'au moment où ils réussissent à trouver leur place dans ce "nouveau monde". Il y en a quand même qui ne réussissent pas et retournent à leur endroit d'origine, ou restent enfermés dans une bulle…

Ana
J'ai dû relire Un homme qui dort que j'avais lu il y a une quinzaine d'années et dont je ne gardais aucun souvenir.
J'ai donc commencé ma deuxième lecture comme si c'était la première. Au début, je suis entrée dans cette chambre de bonne qu'un jeune homme avait décidé de ne pas quitter et de ne rien faire d'autre que de dormir. Tout à coup, je me suis sentie étouffée, dans cette atmosphère pesante et déprimante et par les lourdes répétitions par exemple : six chaussettes dans la cuvette de matière plastique rose. En revanche, j'éprouvais un soulagement et même du plaisir lorsqu'il abandonnait sa chambre et se baladait dans les rues de Paris nous montrant ça et là, places, coins, parcs, cafés… bref, une ville animée, pleine de lumière qu'il voyait sans même regarder .Ce qui est bien regrettable pour lui car il erre dans la rue, dans la vie, sans but, comme un somnambule.
J'ai trouvé ce récit triste, déprimant, quelquefois ennuyeux.
Abandon et indifférence devant toute chose ? Faut-il avoir du courage pour vivre une telle expérience ? Je l'ignore. Je dois avouer que parfois cette idée de laisser aller et de fuite m'a traversé l'esprit. Mais à quoi ça servirait ?

Lourdes
Je dirais que cet "homme qui dort" est Georges Perec lui-même à un moment de sa vie. Perec, issu d'une famille juive, voit comment son père part à la guerre (deuxième guerre mondiale) et ne revient plus parce qu'il y rencontre la mort ; sa mère et sa tante sont arrêtées par la police française puis déportées à un camp de concentration et perdent leur vie ; ses grands-parents n'échappent pas non plus à un sort terrible. Avec une biographie comme la sienne, il ne serait pas étonnant que pendant la plupart de son existence l'auteur de cette œuvre intime ait subi une immense solitude et un sentiment de détachement de la réalité ressentis par le jeune homme de vingt-cinq ans du roman habitant une petite chambre : "un boyau en soupente" qui lui "sert de chambre, ce galetas long de deux mètres quatre-vingt-douze, large d'un mètre soixante-treize…"
La personne employée est la deuxième du singulier comme si Perec s'adressait à lui-même à travers l'unique personnage mis en cause. Le style est simple, souvent des phrases juxtaposées qui donnent au récit un rythme de cadence qui pourrait transmettre l'idée de la vie qui passe, monotone, jour après jour, sans que rien d'important vienne changer une existence sans espoir : "Ceci est ta vie. Ceci est toi. Tu peux faire l'exact inventaire de ta maigre fortune, le bilan précis de ton premier Quart de siècle. Tu as vingt-cinq ans et vingt-neuf dents, trois, chemises et huit chaussettes…", "Tu es assis et tu ne veux qu'attendre, attendre seulement jusqu'à ce qu'il n'y ait plus à attendre : que vienne la nuit, que sonnent les heures, que les jours s'en aillent, que les souvenirs s'estompent".
Un autre recours employé est la répétition, comme une espèce de refrain d'une chanson triste ; il s'agit d'une image sur laquelle il pose son regard : objets simples et certains bruits qu'il reconnaît dans son étroit univers :
"Tu regardes, d'un œil maintenant presque fasciné, une bassine de matière plastique rose qui ne contient pas moins de six chaussettes".
"Tu regardes la bassine, l'étagère, tes genoux, ton regard dans le miroir fêlé, le bol, l'interrupteur. Tu écoutes les bruits de la rue, la goutte d'eau au robinet du palier, les bruits de ton voisin".
Puis, au centre, cette bassine rose, qui représente pour moi le seul point lumineux dans un univers en blanc et noir, le symbole de l'espoir qu'un jour tout peut changer.
Toutefois, les heures qu'il passe seul dans sa petite chambre lui servent aussi à la réflexion :
"À un moment donné, il faut à tout prix s'arrêter, réfléchir, bien peser la situation.", " Tu peux être Dieu des chiens, Dieux des chats, Dieux des pauvres, il te suffit d'une laisse, d'un peu de mou, de quelque fortune, mais tu ne seras jamais maître de l'arbre. Tu ne pourras jamais que vouloir devenir arbre à ton tour."
"Ce sera devant toi, au fil du temps, une vie immobile, sans crise, sans désordre : nulle aspérité, nul équilibre. Minute après minute, heure après heure, jour après jour, saison après saison, quelque chose va commencer qui n'aura jamais de fin : ta vie végétale, ta vie annulée."
"Tu dois oublier d'espérer, d'entreprendre, de réussir, de persévérer."
"Tu oublies que tu as appris à oublier, que tu seras, un jour, forcé à oublier."
On retrouve trois espaces physiques dans le roman : la chambre, son refuge ; le village de ses parents, l'univers de son enfance ; retour à Paris, sa chambre ; la rue où il regarde les gens, entend les bruits de la rue, regarde les retraités, il s'assoit dans un banc comme un retraité, mais il n'a que vingt-cinq ans. Partout, les mots "seul", "solitude" se répètent.
Finalement, l'homme qui dort se réveille et prend conscience :
"Non. Tu n'es plus le maître anonyme du monde, celui sur qui l'histoire n'avait pas de prise, celui qui ne sentait pas la pluie tomber, qui ne voyait pas la nuit venir. Tu n'es plus l'inaccessible, le limpide, le transparent. Tu as peur, tu attends, place Clichy, que la pluie cesse de tomber."
Pour moi, cette lecture a été une lecture intéressante, évocatrice d'un sentiment profond : la solitude.

José Luis
J'ai bien aimé ce livre, que je ne connaissais pas, de George Perec dont j'ai jadis fréquenté les œuvres, mais que je ne lisais plus depuis une bonne quarantaine d'années. Son écriture et les thèmes développés me semblent faire partie du vent de l'époque. Joyce, Beckett, le nouveau roman s'y promènent en coulisses. Comme j'ai été trop long pour parler de Le premier homme, je ferai court ici. Je dirai seulement que, pour moi, l'essentiel du roman — fond est forme, mais sont-elles séparables ? —  est renfermé dans ce passage auquel je souscris d'un bout à l'autre.
"Tu n'as guère vécu, et pourtant, tout est déjà dit, déjà fini. Tu n'as que vingt-cinq ans, mais ta route est toute tracée. Les rôles sont prêts, les étiquettes : du pot de ta première enfance au fauteuil roulant de tes vieux jours, tous les sièges sont là et attendent leur tour. Tes aventures sont si bien décrites que la révolte la plus violente ne ferait sourciller personne. Tu auras beau descendre dans la rue et envoyer dinguer les chapeaux des gens, couvrir ta tête d'immondices, aller nu-pieds, publier des manifestes, tirer des coups de revolver au passage d'un quelconque usurpateur, rien n'y fera : ton lit est déjà fait dans le dortoir de l'asile, ton couvert est mis à la table des poètes maudits. Bateau ivre, misérable miracle : le Harrar est une attraction foraine, un voyage organisé. Tout est prévu, tout est préparé dans les moindres détails : les grands élans du cœur, la froide ironie, le déchirement, la plénitude, l'exotisme, la grande aventure, le désespoir. Tu ne vendras pas ton âme au diable, tu n'iras pas, sandales aux pieds, te jeter dans l'Etna, tu ne détruiras pas la septième merveille du monde. Tout est déjà prêt pour ta mort : le boulet qui t'emportera est depuis longtemps fondu, les pleureuses sont déjà désignées pour suivre ton cercueil. Pourquoi grimperais-tu au sommet des plus hautes collines, puisque ensuite il te faudrait redescendre, et, une fois redescendu, comment faire pour ne pas passer ta vie à raconter comment tu t'y es pris pour monter ? Pourquoi ferais-tu semblant de vivre ? Pourquoi continuerais-tu ? Ne sais-tu pas déjà tout ce qui t'arrivera ? N'as-tu pas déjà été tout ce que tu devais être : le digne fils de ton père et de ta mère, le brave petit scout, le bon élève qui aurait pu mieux faire, l'ami d'enfance, le lointain cousin, le beau militaire, le jeune homme pauvre ? Quelques efforts, même pas quelques efforts, quelques années encore, et tu seras le cadre moyen, le cher collègue. Bon mari, bon père, bon citoyen. Ancien combattant. Un à un, comme la grenouille, tu grimperas les petits barreaux de la réussite sociale. Tu pourras choisir, dans une gamme étendue et variée, la personnalité qui convient le mieux à tes désirs, elle sera soigneusement retaillée à tes mesures : seras-tu décoré ? Cultivé ? Fin gourmet ? Sondeur des reins et des cœurs ? Ami des bêtes ? Consacreras-tu tes heures de loisir à massacrer sur ton piano désaccordé des sonates qui ne t'ont rien fait ? Ou bien fumeras-tu la pipe dans un fauteuil à bascule en te répétant que la vie a du bon ? Non. Tu préfères être la pièce manquante du puzzle. Tu retires du jeu tes billes et tes épingles. Tu ne mets aucune chance de ton côté, aucun œuf dans nul panier. Tu mets la charrue devant les bœufs, tu jettes le manche après la cognée, tu vends la peau de l'ours, tu manges ton blé en herbe, tu bois ton fonds, tu mets la clé sous la porte, tu t'en vas sans te retourner. Tu n'écouteras plus les bons conseils. Tu ne demanderas pas de remèdes. Tu passeras ton chemin, tu regarderas les arbres, l'eau, les pierres, le ciel, ton visage, les nuages, les plafonds, le vide. Tu restes près de l'arbre. Tu ne demandes même pas au bruit du vent dans les feuilles de devenir oracle".


DOCUMENTATION : REPÈRES SUR PEREC ET SES ŒUVRES
  SÉLECTION sur d'éclairages Les Choses avant d'entrer dans les détails
PARCOURS de Georges Perec
  Enfance (tragique)
Formation (au sens large)
Boulot (jusqu'au statut d'écrivain professionnel)
Potins (psychanalyses, compagnes, chats)
ŒUVRE (protéiforme)
Textes
Filmographie
ARTICLES ET ÉMISSIONS
Sur Les Choses (à la sortie, 50 ans après)
Sur Perec en général
(un dossier, une émission, une expo)

SÉLECTION d'éclairages après avoir lu Les choses

- Deux entretiens avec Georges Perec sur Les Choses
      › Interview vidéo chez lui rue Quadrefages, 9 novembre 1965 (9 min)
     › Entretien à France Culture, 7 décembre 1965 (5 min).

- Une conférence de Georges Perec :
"Pouvoirs et limites du romancier français contemporain", donnée peu après la publication des Choses et très éclairante (8 p.)
- Le témoignage de Paulette Perec, sa femme
"La composition des Choses a occupé Georges Perec une grande partie de l’année 1963, toute l’année 1964 et le début de 1965. Plusieurs versions se sont succédé, dont l’écriture s’est accompagnée de discussions et de réflexions sur le livre, entrecoupées d’activités multiples. Nous vivions pendant tout ce temps au n° 5 de la rue de Quatrefages dans un minuscule appartement qui ressemblait assez à celui des protagonistes du roman", raconte son épouse Paulette Perec dans un article en 2011 (voir la suite ici)

• PARCOURS de Georges Perec

Enfance

- 1936 : naissance à Paris de Georges Perec, de son vrai nom Peretz, de parents juifs polonais, à Belleville, 19 rue de l’Atlas, dans le 19e. Ils vivent rue Vilin, à Ménilmontant, dans une pauvreté que partagent beaucoup d’immigrés juifs d’Europe de l’Est.
- 1939-1945 : les parents décèdent tous les deux pendant la guerre : le père, Icek, engagé volontaire, est tué en 1940, la mère, Cyrla, est arrêtée en 1943 puis déportée à Auschwitz. Avant, en 1942, elle aura confié Georges à un convoi de la Croix-Rouge à destination de Villard-de-Lans en zone libre, où une partie de la famille s'est réfugiée ; il est baptisé dans la pension religieuse où il est placé et son nom francisé en Perec (voir ici l'album Pléiade Perec jusqu'à cette date).

Formation
-1945 : après la guerre, il rentre à Paris avec les Bienenfeld, 18 rue de l'Assomption, 16e : sa tante et son mari David Bienenfeld (son tuteur) ont deux filles (qui seront les ayant-droits de Perec à sa mort) dont Bianca (née en 1921) qui aura une relation avec Sartre et Simone de Beauvoir (un trouple !) dont elle fut l'élève et sera l'auteure de Mémoires d'une jeune fille dérangée...
- 1946-1954 : études à Paris puis en internat à Étampes où il a pour professeur de philo le romancier et sociologue Jean Duvignaud, qui aura un rôle important d'encouragement à écrire. Psychothérapie avec Dolto. Été 1952 : vacances en Israël chez un oncle puis dans un kibboutz.
- 1954-1955 : hypokhâgne à Henri IV.
- 1955-1956 : études d'histoire à la Sorbonne, vite abandonnées ; travaille à son premier roman, jamais publié. Psychanalyse avec Michel de M'Uzan.
- 1956 : quitte la rue de l'Assomption, travaille à mi-temps comme documentaliste, collabore à la revue Lettres nouvelles de Maurice Nadeau qui publiera une dizaine d'années plus tard Les Choses.
- 1957 : voyage en Yougoslavie ; écrit L'attentat de Sarajevo, refusé.
- 1958-1959 : service militaire dans les parachutistes à Pau. Il sera dispensé d’Algérie, comme ceux dont les parents furent "morts pour la France". Il travaille à un roman, Gaspard pas mort (évoqué dans la conférence servant de postface à l'édition 10/18), qui sera refusé. Il participe activement au projet de La Ligne générale (du nom d'un film d'Eisenstein) d'une revue pour un mouvement politique, littéraire et culturel se réclamant d’une conquête sociale du bonheur et d’un réalisme critique, mais récusant aussi bien l’académisme du réalisme socialiste que le Nouveau Roman, taxé d’esthétisme ; la revue ne fut pas créée mais des articles furent publiés ailleurs (Partisans, La Nouvelle Critique, Clarté).
-
1959-1960 : il rencontre Paulette Pétras, étudiante à la Sorbonne. Son père, ouvrier slovaque, est mort à la guerre.
- 1960 : Paulette et Georges emménagent au 5 (et non 7 comme dans le roman) rue de Quatrefages. Georges réalise des enquêtes de marché. Au Louvre, où Paulette a trouvé un petit travail, elle entend parler de postes vacants dans l’enseignement en Tunisie ; elle postule, est retenue ; pour que Georges puisse obtenir un permis de séjour, ils se marient à la mairie du 5e arrondissement de Paris sans cérémonie.
- 1960 (novembre)-1961 (juillet) : ils vivent en Tunisie où Paulette a un poste de professeure adjointe de français au collège technique de Sfax ; Perec rédige un nouveau roman, J'avance masqué, refusé.

Travail-publications (jusqu'au statut d'écrivain professionnel)
- 1961-1978 : il est documentaliste dans un laboratoire de recherche au CNRS en neurophysiologie médicale à l'Hôpital Saint-Antoine, qui après un incendie, est déplacé à Gif-sur-Yvette (le grand amphithéâtre du site Saint-Antoine de la Faculté de Médecine Pierre et Marie Curie, 27 rue de Chaligny dans le 12e, s’appelle "amphithéâtre Georges Perec"...). Ginette Horcholle-Bossavit, neurobiologiste, ex-directrice de recherche au CNRS, donne un témoignage vraiment étonnant de son collègue documentaliste Georges Perec.
- 1963 : il travaille à un roman, La grande aventure, qui après plusieurs versions deviendra Les choses. Il suit les séminaires de Lucien Goldmann, philosophe et sociologue marxiste, et de Roland Barthes, qui lit l'une des versions du roman et l'encourage.
- 1964 : Gallimard refuse le roman, Maurice Nadeau l'accepte à condition qu'il soit remanié.
- 1965 : Les Choses paraît chez Julliard, dans la collection "Les Lettres Nouvelles" dirigée par Nadeau. Succès public, prix Renaudot. Contrat chez Denoël pour ses trois prochains livres.
- 1966 : Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? obtient peu d'écho.
- 1967 : Interroge sa tante sur l'histoire de sa famille et commence à écrire L'arbre. Adhésion à l'Oulipo :
Assis de gauche à droite : Italo Calvino, Harry Matthews, François Le Lionnais, Raymond Queneau, Jean Queval, Claude Berge. Debout, de gauche à droite : Paul Fournel, Michèle Métail, Luc Etienne, Georges Perec (derrière Queneau), Marcel Bénabou, Paul Baffort, Jean Lescure, Jacques Duchateau. Réunion de l'Oulipo du 23 septembre 1975 dans le jardin de François Le Lionnais. Photo Bnf, Arsenal.

- 1968-1970 : travaille à La disparition, paru en 1969, qui déroute critiques et lecteurs. Travaille au projet des Lieux. Feuilleton W dans La Quinzaine littéraire.
- 1972 : présente à l'Oulipo le projet de La vie mode d'emploi.
- 1973 : tournage du film Un homme qui dort avec Bernard Queysanne. Parution de La boutique obscure.
- 1974 : Espèces d'espaces.
- 1975 : parution de W ou le souvenir d'enfance. Fin de l'analyse avec J.-B. Pontalis. Abandon du projet Lieux.
- 1976 : publie les premiers Je me souviens dans la revue Les Cahiers du Chemin et réalise le court-métrage Les lieux d'une fugue d'après une nouvelle écrite en 1965.
- 1977 : sur son analyse avec Pontalis, il publie un texte "Les lieux d'une ruse" (Cause commune, n° 1, 1977) republiés dans Penser/classer).
- 1978 : La vie mode d'emploi, prix Médicis. Perec écrit le scénario de Série noire, film d'Alain Corneau.
- 1978 : Le directeur de ce qui est alors la collection "POL" chez Hachette, Paul Otchakovsky-Laurens, lui obtient un traitement mensuel et il peut donc se consacrer entièrement au métier d'écrivain, tout en collaborant à différentes revues : Le Point et Télérama publient sa grille de mots croisés.
- 1979 : Récits d'Ellis Island, film INA, réalisation de Robert Bober, texte de Perec. Le livre, illustré de photographies extraites du film, paraîtra l'année suivante (éd. du Sorbier). Un cabinet d'amateur, Le voyage d'hiver.
- 1980 : traduit Le naufrage du stade Odradek de Harry Mathews, membre de l'Oulipo (voir la liste des Oulipiens).
- 1981 : voyage en Australie. Travaille à 53 jours qu'il ne finira pas.
- 1982 : meurt le 3 mars d'un cancer, il aurait eu 46 ans le 7 mars.

On peut aussi parcourir la vie et l'œuvre de Perec avec Claude Burgelin, spécialiste de l'écrivain, dans l'émission de France Culture "Dans l'ombre des disparus", La Compagnie des œuvres, 7 mars 2016, 1h

• ŒUVRES
"Je me comparerais plutôt à un paysan qui cultiverait plusieurs champs ; dans l’un il ferait des betteraves, dans un autre de la luzerne, dans un troisième du maïs, etc. De la même manière, les livres que j’ai écrits se rattachent à quatre champs différents" : voir la suite pour avoir le détail passionnant sur ces quatre champs (sociologique, autobiographique, ludique, romanesque).

Textes (éditions posthumes comprises)
Romans
- Les Choses, Julliard, 1965, Prix Renaudot, nombreuses rééditions.
- Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?, Denoël, 1966, rééd. Folio 1982.
- Un homme qui dort, Denoël, 1967, rééd. Folio et Folio Plus.
- La Disparition, Denoël, 1969, rééd. Imaginaire Gallimard, 1989, rééd. Denoël 2019.
- Les revenentes, Julliard, 1972, rééd. 2018.

- La Vie mode d'emploi, Hachette/P.O.L, 1978, Prix Médicis, rééd. Le Livre de Poche 1980, nombreuses rééditions.
Les textes autobiographiques
- La Boutique obscure (124 rêves), Denoël-Gonthier, 1973, rééd. Imaginaire Gallimard
- Je me souviens, Hachette/P.O.L, 1978, rééd. Hachette-Littératures, 1998, nombreuses rééditions.
- W ou le souvenir d'enfance, Denoël, 1975, rééd. Imaginaire Gallimard 1993.
Poésie
- Alphabets : cent soixante-seize onzains hétérogrammatiques, Galilée, 1976, rééd. Galilée 1985.
- La Clôture et autres poèmes, Hachette/P.O.L, 1978, rééd. Hachette-Littératures, 1992.
Théâtre
- Théâtre I, Hachette/P.O.L, 1981, rééd. Hachette-Littératures, 2001. Contient : L'Augmentation (présentée en 1967), La Poche Parmentier (1974) - Première version d'un texte à l'origine de la première pièce de l'écrivain, L'augmentation : L'art et la manière d'aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, revue Communication & Langages, n° 27, 1973, rééd. 2011
Essais et autres textes
- Espèces d'espaces, Galilée, 1974, réed. Denoël 1976, rééd. Galilée 2000.
- Tentative d'épuisement d'un lieu parisien, in Pourrissement des sociétés : Cause commune, 10/18, 1975, rééd. Christian Bourgois, 1982, rééd. 2008.
- Un cabinet d'amateur, Balland, 1979, rééd. Seuil 1994, rééd. Points 2001.
- Récits d'Ellis Island : histoires d’errance et d’espoir, avec Robert Bobert, INA/Éditions du Sorbier, 1980, rééd. poche .P.O.L, 1995.
Jeux
- Les Mots croisés, Mazarine, 1979.

- Les Mots croisés II, P.O.L/Mazarine, 1986, rééd. P.O.L, 1999.
- Perec/rinations, Zulma, 1997.
- Jeux intéressants, Zulma, 1997.
- Nouveaux Jeux intéressants, Zulma, 1998.
- Les Mots croisés précédés de considérations de l'auteur sur l'art et la manière de croiser les mots, P.O.L, 1999.
Correspondance
Perec, dans une lettre à Barthes : "L’influence que vous avez eue, par votre enseignement et vos écrits, sur mon travail et sur son évolution a été et demeure telle qu’il me semble que mes textes n’ont d’autre sens, d’autre poids, d’autre existence que ceux que peut leur donner votre lecture" (Album Roland Barthes, Seuil, 2016)
- "Cher, très cher, admirable et charmant ami..." : correspondance Georges Perec et Jacques Lederer, Flammarion, 1997, rééd. augmentée, Sillage, 2019
- 56 lettres à un ami, éd. Le Bleu du Ciel, 2012
Entretiens et conférences
- Entretiens et conférences, 2 vol, éd. Joseph K., 2003
- En dialogue avec l'époque et autres entretiens, éd. Joseph K., 2012
- Entretiens, conférences, textes rares, inédits, éd. Joseph K., 2019
Autres publications posthumes
- Penser/Classer, Hachette, 1985, rééd. Hachette-Littératures, 1998, nombreuses rééditions.
- "53 jours", P.O.L, 1989, rééd. Folio
- L'Infra-ordinaire, Seuil, 1989.
- Vœux, Seuil, 1989.
- Je suis né, Seuil, 1990.
- Cantatrix sopranica L. et autres écrits scientifiques, Seuil, 1991.
- L. G. Une aventure des années soixante, Seuil, 1992.
- Le Voyage d'hiver, Seuil, 1993, rééd. 2013
- Beaux présents belles absentes, Seuil, 1994.
- What a man ! , Le Castor Astral, 1996.
- Le condottière, Seuil, 2012.
- L'attentat de Sarajevo, Seuil, 2016.
- Palindrome, Denoël, 2019 (reproduit sur cette page dont l'adresse est également un palindrome (l'ordre des lettres reste le même qu'on le lise de gauche à droite ou de droite à gauche) : http://graner.net/nicolas/salocin/ten.renarg//:ptth

Œuvres rassemblées
- Romans et récits, Livre de poche, 2002, 1439 p. : Les Choses, Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ?, Un homme qui dort, La Disparition, Les Revenentes, La Vie mode d’emploi, Un cabinet d’amateur, Le Voyage d’hiver
-
La Pléiade, en deux tomes, 2017.

Filmographie
- Un homme qui dort, 1974, réalisation Bernard Queysanne et Georges Perec, voix de Ludmila Mikaël, prix Vigo, en ligne ICI.
- Gustave Flaubert : le travail de l'écrivain, 1974, réalisation Bernard Queysanne, commentaire Georges Perec.
- L'œil de l'autre, 1976, réalisation Bernard Queysanne, scénario Georges Perec.
- Les lieux d'une fugue, 1976, réalisation Georges Perec.
- Retour à la bien-aimée, 1979, réalisation Jean-François Adam, collaboration au scénario Georges Perec, avec Isabelle Huppert, Jacques Dutronc, Bruno Ganz.
- Série Noire, 1979, réalisation Alain Corneau, dialogues de Georges Perec, avec Patrick Dewaere, Marie Trintignant, Bernard Blier.
- Récits d'Ellis Island, 1979, réalisation Robert Bober, texte de Georges Perec.
- En remontant la rue Vilin, 1992, réalisation Robert Bober, texte de Georges Perec, en ligne ICI. Film réalisé après la mort de Perec par son ami, sur la rue où il a vécu enfant et dont il avait projeté de décrire pendant 12 ans le devenir.

Vie privée, potins

Perec était familier des psychanalystes et non des moindres :
- 1948-1952 : Françoise Dolto
- 1956-1957 : Michel De M'Uzan (qui fut aussi le psychanalyste de Marie Cardinal)
- 1971-1975 : J.-B. Pontalis (dont nous avons lu Le Songe de Monomotapa).

Des femmes qui comptent (les principales...)
- Après leur séjour tunisien en 1960-1961, Paulette Perec fera une carrière de bibliothécaire, conservatrice à la Bibliothèque nationale.
- En 1969, alors que Perec vit une relation tourmentée (avec Suzanne Lipinska qui s’occupe du Moulin d’Andé, qu'elle avait reçu en cadeau de mariage de son père... et où il vivra pendant 5 ans), ils se séparent, sans divorcer : ils organisent une "dépendaison de crémaillère" pour marquer l’événement et restent très proches. Ainsi, en 1973, ils achètent chacun un appartement dans le même immeuble au 13 rue Linné.
Paulette joue un rôle important dans l'Association Georges Perec. Elle meurt en 2016 (album photo ICI). Elle dirigera la publication Portrait(s) de Perec (éd. de la BNF, 2001).
(Voir la petite annonce immobilière concernant l'appartement du n° 5 rue de Quatrefages où vécurent les Perec (dans le roman au n°7).
- En 1975, il se lie à la monteuse et cinéaste Catherine Binet qui sera sa compagne pendant les six dernières années de sa vie.
Pour le film de Catherine Les jeux de la comtesse Dolingen de Gratz (inspiré d’un roman d’Unica Zurn), George Perec avait entre autres investi ses droits d’auteur passés et à venir et laissé des dettes donc. Sa mort, suite à cancer fulgurant, un an après la sortie du film, va laisser Catherine Binet sans défense : compagne et non épouse, jetée dehors et privée des textes, des travaux menés à deux, par des héritiers lointains et inconnus soudain apparus.
Son amie Marina Vlady lui consacrera un livre : C'était Catherine B (2013).
Catherine Binet a fait un film intitulé Georges Perec (1990).
- Il faut aussi mentionner Marceline Loridan (oui !) qui évoque sa relation avec Perec dans son livre L'amour après. Elle, qui s'appelait encore Rozenberg et partageait avec l'écrivain des origines juives polonaises, coucha avec lui, mais finit pas ne plus répondre aux lettres passionnelles..., suppliantes..., qu'il lui adressa :"C'est la jeune survivante, en moi, que tu aimais, Georges. J'étais les yeux qui ont vu, le corps qui a survécu, j'aurais pu te raconter Birkenau, où ta mère est morte avant que je n'y arrive. Mais je fuyais ce trou noir, je ne pouvais pas l'éclairer pour toi."

Et les chats ?
Grâce au succès des Choses, les Perec s'installent dans un nouvel appartement en 1966 rue du Bac et acquièrent leur premier chat, appelé Duchat... La fameuse photo d'Anne de Bruhnoff représente le chat noir Bélo...

• ARTICLES ET ÉMISSIONS

Sur Les Choses
À la sortie du livre
Une partie de la critique traita l'ouvrage de Perec de "pseudo-roman" : des personnages stéréotypés, pas d'intrigue, pas de dialogue... , avant tout une enquête sociologique.
- "Les choses de Georges Perec", Raymond Jean, Le Monde, 16 octobre 1965. Un film a failli être tourné, adapté du livre : voir ici.
- Interview vidéo avec Matthieu Galey après la sortie du livre chez lui, rue Quadrefages, INA, 9 novembre 1965 (9 min 30)
- Entretien à France Culture avec Etienne Lalou, 7 décembre 1965 (5  min).

30, 40, 50 ans après
Quelques articles prise de tête, un article de l'écrivain Philippe Claudel, des émissions de radio :
- Bernard Magné, Notice pour Les choses, Georges Perec, Romans et récits, Livre de poche, 2002 : "Conçu au départ comme un roman policier (l'histoire d'un hold-up), le livre, dans ses versions successives, abandonne les anecdotes pour devenir peu à peu "un roman [...] sur la pauvreté inextricablement mêlée à l'image de la richesse ", comme l'écrit Roland Barthes à son auteur dans une lettre très élogieuse".
- "L’état des Choses", Derek Schilling, Mémoires du quotidien : les lieux de Perec, Presses universitaires du Septentrion, 2006
- "Les Choses, un devenir-roman des Mythologies ?", Claude Burgelin, Recherches & Travaux, n° 77, 2010 (Perec : "Mon vrai maître, c’est Roland Barthes").
- Numéro consacré à "Georges Perec : Les Choses et Un homme qui dort, Roman 20-50, revue d'étude du roman des XXe et XXIe siècles, n° 51, 2011

- "Toujours tout choses", Philippe Claudel, Le Magazine littéraire, n° 559, septembre 2015 (Les Choses, 50 ans après)
- Vidéo France Culture, La Fabrique de l'histoire, Pourquoi il faut relire "Les Choses" de Georges Perec, d'Emmanuel Laurentin, avec Caroline Eliacheff, psychanalyste, et Arno Bertina, écrivain, 13 mai 2015, avec un extrait d'un entretien de Pierre Desgraupes avec Perec, émission Lecture pour tous, 6 octobre 1965
- France Culture, Les romans de l'économie : Perec et la consommation de masse, par Maylis Besserie, 10 janvier 2018, 58 min.
- France Culture, La Compagnie des œuvres, Artistes et écrivains dans le sillage de Georges Perec, par Matthieu Garrigou-Lagrange, 10 mars 2016, 1h : 1re partie sur Les Choses avec Hervé Le Tellier, écrivain oulipien - 2e partie sur l'influence de Perec dans l'art contemporain et la littérature actuelle avec Jean-Pierre Salgas, historien de l'art, professeur aux Arts Décoratifs de Paris, commissaire de l'exposition "Regarde de tout tes yeux, regarde ! L'art contemporain de Perec" au musée des Beaux-Arts de Nantes en 2008. Sophie Calle dit que Perec a toutes les idées qu'elle aurait aimé avoir...

Découvrez aussi à quel point le roman est truffé de citations (dont Flaubert) : voir ici des précisions permettant de toutes les repérer.

Et Denis Buffard, à qui le livre est dédié, qui est-ce ? C'est un spécialiste en étude de marché et ami de Perec..., raconte le traducteur et auteur d'une biographie, David Bellos...

Sur Perec en général
Il existe énormément de publications sur Perec. Limitons-nous à un dossier, une émission et une exposition... allez... deux.
- un dossier de magazine littéraire : Le Magazine littéraire, décembre 1993 consacré à Perec : 67 pages du dossier ici.
- une émission de radio à France Culture, Une vie une œuvre, Catherine Pont-Humbert, 22 avril 2007, 1h28.
- deux ex
positions :
   ›Au Centre Pompidou, à la BPI, 17 novembre 1993-24 janvier 1994
   ›"Regarde de tous tes yeux, regarde ! L'art contemporain de Georges Perec" au musée des Beaux-arts de Nantes, du 27 juin au 12 octobre 2008, puis au musée des Beaux-arts de Dole, du 21 novembre 2008 au 21 février 2009. Le catalogue ICI.

 

Et pour finir : Les Choses, un livre animé
texte original de Georges Perec enrichi d’animations (typo)graphiques et sonores : cliquez ici pour découvrir (1 min 19)

et des lieux imaginaires ou non :


Une fiction sur le site
https://arlap.hypotheses.org/


Photo de la réalité d'Antonin Crenn

 

 

 

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