Extrait de son site


Les vies de papier, 360 p, trad. de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard

Quatrième de couverture :

Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, a toujours refusé les carcans imposés par la société libanaise. Cette femme irrévérencieuse et un brin obsessionnelle traduit en arabe les œuvres de ses romanciers préférés : Kafka, Pessoa ou Nabokov. À la fois refuge et "plaisir aveugle", la littérature est l'air qu'elle respire. Cheminant dans les rues, Aaliya se souvient ; de l'odeur de sa librairie, des conversations avec son amie Hannah, de ses lectures à la lueur de la bougie tandis que la guerre faisait rage, de la ville en feu, de l'imprévisibilité de Beyrouth.

Lauréat du Prix Femina étranger 2016, Rabih Alameddine signe un roman éblouissant et une véritable déclaration d'amour à la littérature.


LES DEUX AUTRES LIVRES TRADUITS EN FRANÇAIS

Hakawati, Flammarion, 2009, 576 p.

Quatrième de couverture :

Beyrouth, 2003. Après de nombreuses années passées aux États-Unis, Osama Al-Kharrat revient au Liban pour renouer avec son père mourant. Durant une semaine, autour du lit, la famille se raconte souvenirs, anecdotes, fables et légendes. Car le grand-père d’Osama était un conteur, un hakawati, et ses histoires se mêlaient à des légendes classiques du Moyen-Orient : Abraham et Isaac, Fatima…


L'ange de l'histoire, éd. Les Escales, 2018, 360 p.

Quatrième de couverture :

Le portrait bouleversant et tout en finesse d'un homme hanté par les souvenirs et par deux voix, celles de Satan et de la Mort, qui se disputent son âme.

Le temps d'une nuit, dans la salle d'attente d'un hôpital psychiatrique, Jacob, poète d'origine yéménite, revient sur les événements qui ont marqué sa vie : son enfance dans un bordel égyptien, son adolescence sous l'égide d'un père fortuné, puis sa vie d'adulte homosexuel à San Francisco dans les années 1980, point culminant de l'épidémie du sida. Mais Jacob n'est pas seul : Satan et la Mort se livrent un duel et se disputent son âme, l'un le forçant à se remémorer son passé douloureux, l'autre le poussant à oublier et à renoncer à la vie.

Rabih Alameddine (né en 1959)
Les vies de papier (2014)

Le nouveau groupe parisien a lu ce livre pour le 14 mars.
Le groupe breton pour le 8 avril.
Et l'ancien groupe parisien est en train de le lire pour le 16 avril.

15 cotes d'amour (de deux groupes pour l'instant)
Ana-CristinaAnne
Sylvie
 Entre et Yolaine
Anne-MarieÉdith

FrançoisKatherine
Marie-Thé
 ChantalCindyChristineNathalie B •Séverine GValérie

Les cotes d'amour du nouveau groupe parisien réuni le 14 mars 2021
Ana-CristinaAnne
Anne-Marie
François Katherine
ChristineNathalie B •Séverine GValérie

Ana-Cristina
Je n'ai pas tout lu, une soixantaine de pages, et je n'ai pas eu envie de poursuivre. Je n'ai pas aimé. J'ai trouvé ce livre mal écrit. Est-ce dû à une mauvaise traduction ? Je n'ai en tout cas pas aimé le style et me suis demandé pourquoi l'auteur a eu envie d'écrire sur une vieille femme. Je n'ai pas non plus compris la cohérence du titre, "Les vies de papier", je trouve que cela n'a pas de rapport avec l'histoire. Il y a aussi toutes ces citations qui n'apportent rien en fait. Et puis j'ai mis un certain temps avant de comprendre qu'il s'agit d'une femme. L'auteur est masculin… Déjà le début de l'histoire des cheveux bleus m'a semblé peu intéressant. Je trouve que le personnage n'a pas d'intériorité. Je ferme le livre.
Anne-Marie
C'est un livre déconcertant. Est-ce un essai ? Un journal ? Un roman qui parle d'un mariage raté avec un mari disparu antipathique. Le thème concernant la vie patriarcale dans Beyrouth en temps de guerre est intéressant, mais la façon de le raconter avec la librairie, les traductions, part dans tous les sens. Certes il y a des trouvailles… On aimerait savoir plus de choses sur la ville. Il y a de l'humour comme l'histoire avec la mitraillette dans son lit, mais il y a trop de digressions sur la littérature et on ne sait pas pourquoi elles sont introduites là, sans rapport avec les situations. Aussi, les moments intéressants ne durent pas, ils sont entrecoupés. Pas de continuité. Seule la relation avec Hannah me semble touchante et le portrait en est bien tracé. C'est un texte que j'ai trouvé désordonné, fatigant, ce sont des bouts de scénarios mis bout à bout. Je trouve même que l'auteur ne s'est pas vraiment mis dans la peau d'une femme.
Katherine
Je n'ai pas lu le livre en entier, mais j'ai franchement envie de le poursuivre. Il n'est pas défini : est-ce une biographie, un roman, un journal ? Et cela m'a plu ainsi.
C'est une femme qui vit en temps de guerre à contre-courant des autres. Elle n'a pas cédé à la pression des autres, du monde environnant, de sa famille. J'aime ce personnage qui ne cherche pas à être sympathique.
La traduction est traduite à partir d'un livre déjà traduit, oui elle n'est peut-être pas très bonne, mais la forme hybride du récit ne me dérange pas. Je n'ai pas d'attente, j'ai vite compris qu'il n'y a pas d'histoire. Ce livre n'est pas un chef-d'œuvre, mais je l'apprécie bien et je l'ouvre aux ¾.
Nathalie B
J'ai beaucoup aimé ce roman écrit pas un homme sur une femme au soir de sa vie. Sur quelques jours, comme pour un journal, cette femme à la vie solitaire raconte sa vie entière. Les premières pages m'ont fait craindre ce que dit Ana-Cristina, un côté superficiel avec juste un égrenage de titres et d'auteurs sans lien particulier avec le récit. Il y a bien plus d'une centaine d'auteurs qui sont cités. Ce roman est rempli de titres de livres divers, de citations nombreuses énoncées au gré des réflexions et souvenirs d'Aaliya. Et puis, en réalité, non. En découvrant peu à peu ce personnage, on comprend progressivement ses références, son rapport aux livres qui sont les fondations de sa vie et le sel de son existence. J'ai beaucoup de sympathie pour cette femme si particulière qui, après avoir suivi le chemin assigné aux femmes, a très tôt dû s'en détourner, construit sa propre route avec et par les livres qu'elle dévore et savoure. Cette femme est comme Beyrouth qu'elle traverse : elle a connu son âge d'or, a été démolie, puis s'est reconstruite. Par petites touches, l'auteur, par le biais de cette femme, nous fait frôler du doigt les difficultés de la vie quotidienne à Beyrouth pendant les années de guerre, comme par exemple le rapport à l'eau, son manque d'eau. Cette eau si importante et qui à la fin du livre détruit tout ce qu'elle avait essayé de bâtir. Elle s'est progressivement totalement isolée et s'est réfugiée totalement dans les livres qu'elle lit, qu'elle traduit pour elle seule, même si ses espoirs ont été autres. Elle se vit comme une femme inutile, mais qui a réussi à trouver la sérénité ou presque, le bonheur parfois lorsqu'elle est contente de sa traduction. Elle a progressivement perdu ses illusions. L'auteur, par le biais de son héroïne, car c'en est une, nous montre sans les édulcorer les tracas de la vieillesse. Mais la vie n'a pas dit son dernier mot. Et la tragédie qu'elle va devoir subir sur ses vieux jours lui permettra peut-être une autre vie, moins seule, et qui peut-être laissera la trace qu'on aimerait tous laisser avant de disparaître. On sort de ce roman emplie de vitalité. Je l'ouvre en grand. Ce roman restera dans ma mémoire.
Christine
J'avais lu ce livre en décembre 2016 et je l'avais trouvé beau et très poétique. Certes il y a des digressions, mais elle revient toujours sur le sujet. J'ai été conquise par cette femme qui s'est créé son univers. Celui des livres. J'ai été impressionnée par cette idée d'une masse de papiers qui s'entassent. Je ne trouve pas que la référence aux auteurs vienne comme des cheveux sur la soupe. C'est d'ailleurs plutôt un récit qu'un roman et elle raconte comment les livres l'ont aidée à se construire, comment elle vit à travers l'existence des personnages dont ils parlent, comment ils l'interrogent. Le style est un peu comme un langage oral avec des discontinuités, des phrases pas construites.

Françoise H
Je n'ai pas lu le livre, mais à travers ce qui est dit, cela me donne envie de le lire.
François
Un beau livre, merci de me l'avoir fait connaître ! Troublante, la façon dont Rabih Alameddine (que je ne connaissais pas) est entré dans la peau de sa narratrice pour nous faire partager son existence jusqu'à sa vieillesse de vieille dame indigne, limite punkette, après un shampoing aussi décapant que sa vie d'ancienne libraire passionnée par les livres, la musique et les traductions qui s'entassent dans son vieil appartement au cœur de Beyrouth, "l'Elizabeth Taylor des villes démentes".
De cette confrontation avec une vie qui ne l'a pas épargnée, ressort une folle passion pour la culture. Magie des citations littéraires et musicales, pour le lecteur heureux de retrouver des auteurs qu'il aime : Walter Benjamin, Proust, Kertész, Pessoa et d'autres qu'elle vénère. Et il y a aussi la musique, avec ses compositeurs et ses interprètes : très beau, le passage sur Richter et Chopin. Il faut dire que la culture du personnage donne le vertige. Et surtout la passion quasiment délirante qu'elle voue jusqu'au bout à la traduction ou plutôt aux traductions de traductions en arabe. Elles s'accumulent sans être publiées, au rythme d'une par an, dans le bazar infernal de la chambre de bonne. Le rituel qui les accompagne est impressionnant. Mais c'est tout le roman qui est peut-être une traduction du féminin, tant l'empathie de l'auteur avec son personnage est évidente. Alameddine n'évite pas toujours le pathos, les circonvolutions et un rien d'esbroufe mais il parvient à nous plonger dans le chaos et les méandres de Beyrouth et de la vie d'Aaliya qui mérite bien tous ces détours ! Mari, amis, voisines gravitent autour d'elles comme des planètes souvent inquiétantes dont on guette le retour !
J'ai aimé le côté pathétique et dérisoire du roman qui rappelle Beckett. Curieusement, la magie toute orientale du récit malgré l'histoire plutôt âpre et désespérante m'a fait penser au génial Albert Cossery. J'ouvre aux ¾.
Anne
Je suis impressionnée par les élaborations positives que l'on fait de ce livre. Ça me donne envie de le lire après l'avoir fermé, et je dois dire avec un fort agacement. Au début j'ai fait l'effort, me rendant compte qu'il devrait m'intéresser. Il devrait, il devrait… mais doit-on forcer ce que l'on ne ressent pas ? Idéalement, ce livre parle de choses émouvantes : une vieille femme (mais ça commence mal, j'ai d'emblée trouvé inutile ce passage avec les cheveux bleus), Beyrouth en guerre, une femme en révolte contre l'entourage, contre le monde conventionnel (et cela doit être dur au Liban), une passion des livres, une librairie et un magnifique bureau ancien. De quoi se frotter les mains et s'installer avec plaisir le livre en main…
Oui mais voilà, pourquoi ai-je vécu ce livre sans émotion aucune, sauf d'avoir ressenti de l'agressivité ? Je me suis sentie flouée. Un maniérisme dans le style ? Oui, je pense. De constantes interruptions lorsque l'émotion aurait pu gagner ? Oui, je pense. Des interruptions intellectuelles incessantes avec utilisation de l'érudition (à n'en plus finir : zut je ne connais pas cet auteur, ni celui-là, ni… : ça fait trop… il me jette de la poudre aux yeux ?) et justement au moment où il se passait quelque chose d'intense !! La mère par exemple dont personne ne veut, beau morceau de tragédie…, mais mille citations, questionnements intellectuels, viennent affadir ce passage qui tombe à l'eau. La passion de la narratrice pour les livres donne certainement le titre au livre, "les vies de papier", bonne idée, mais c'est gâché par la façon de traiter le sujet.
L'auteur ne supporte pas les émotions qu'il propose ? Il reprend d'une main ce qu'il a donné de l'autre ? Bon, j'ai finalement laissé ce livre fermé après l'avoir ouvert plus de soixante pages et je ne le rouvrirai pas. Habituellement j'aime l'humour et n'y ai pas vraiment été sensible ici. Et l'histoire avec le jeune homme qu'elle laisse venir lire puis travailler à la librairie…, voilà qui pouvait être subtil, émouvant, mais quelle tristesse la façon dont ça évolue (si on peut parler d'évolution), une relation érotique peu ragoutante qui finit en eau de boudin avec un excitant tortionnaire et pour obtenir une kalachnikov qui dormira dans son lit... Comme Ana-Cristina, je trouve que les personnages manquent d'intériorité, et ce n'est pas cela qui est ennuyeux car certains livres sont beaux sans être dans le registre de l'intériorité, mais l'auteur utilise des procédés qui font croire qu'ils en ont. Il y a du faux-semblant, c'est frustrant, et, tout de même, on aimerait authentiquement avoir de l'empathie pour Beyrouth en temps de guerre, connaître cette ville souffrante. Peut-être après la soixantième page ? Mais j'ai refusé de faire l'effort d'aller plus loin.
Je me rends compte avoir un avis réactif et insuffisamment élaboré. Ce serait intéressant d'y réfléchir. Pourquoi cet auteur me fait- il vivre ça ? Oh et puis, après tout, passons à autre chose, allons vers d'autre livres pour éprouver en profondeur des émotions, tendresse, déception, érotisme, malheur, bonheur, amour, courage, violence, scatologie, vie et mort, culpabilité, remords…
Valérie (avis transmis)
Avec son roman, Rabih Alameddine nous plonge dans une histoire savoureuse pleine de tendresse, d'ironie et d'humour. Il nous promène, nous emmène à Beyrouth (intéressant de noter que ce nom signifie "puits") en compagnie d'une vieille dame : Aaliya, tout à la fois traductrice et libraire. Rabih Alameddine nous pousse la porte de cette librairie qu'on imagine sans peine dans une rue de Beyrouth, tout comme il nous transporte dans la chambre de lecture d'Aaliya, on voit très bien ses lunettes de lecture suspendues à une lampe. Cette femme nous livre ses réflexions sur la genèse et le déroulement de sa vie solitaire, plongée dans ses livres et auteurs préférés qu'elle traduit juste pour le plaisir. Ce livre est un grand livre ouvert sur les autres écrivains de ce siècle, on apprend à les connaître par les citations égrenées, par des lambeaux de vie de ces auteurs, par le sens profond qu'évoque chaque citation de la vieille dame. Aaliya est la mal-aimée de sa mère qui elle-même est une mal-aimante. Mais que de tendresse et de cruauté quand Aaliya lave les pieds de sa mère pour la soulager de la souffrance. Et cette amitié unique et merveilleuse qu'Aaliya entretiendra avec Hannah mais qu'elle ne sauvera pas de la mort. Et, puis, bien sûr, il y a la ville de Beyrouth décrite sans fard tout au long des 15 années de la guerre civile au Liban. J'ai énormément aimé ce roman. Ce livre restera gravé dans ma mémoire. J'étais très heureuse de lire ce livre, car d'entrée de jeu ce titre me paraissait très évocateur. Des vies de papier : tout un programme ! Et, oui, une vie de papier correspond bien à un être de chair qui a vécu et éventuellement beaucoup marqué son temps. Je pense à la référence très émouvante concernant la mort de Garcia Lorca ou celle encore de Bruno Schulz. J'ouvre en grand.
Séverine G (avis transmis)
Je n'ai pas fini le livre, mais voici tout de même un avis pour alimenter la réunion, auquel je regrette de ne pouvoir me joindre, ni en réel ni à distance. Ce livre m'a beaucoup plu et touchée, même si c'est un objet littéraire assez inclassable. Journal décousu ? Récit patchwork de vie ? Roman diariste ? Je n'ai pas été regarder la genèse de cette œuvre et en suis rendue à des suppositions sur le caractère autobiographique partiel ou total, sur l'identité de l'auteure et (?) de la narratrice, sur le contexte de la création de ce petit ovni littéraire. En tous cas j'ai aimé, je dirai de plus en plus en avançant dans ma lecture, ce personnage, son histoire, sa manière un peu digressive de relier les sujets les uns aux autres, son humour tragi-comique, sa pudeur, sa tendresse, son amour fou pour Beyrouth. Cette femme m'a fait souvent penser à l'héroïne de L'élégance du hérisson de Muriel Barbery. Son retrait du monde, son renoncement à la féminité et à toute forme de séduction même amicale, ce repli passion sur la culture, les livres, la musique. Le grand plus étant l'aspect témoignage sur la vie des civils beyrouthins, cette vie d'otages dans un chaos répété, absurde et dantesque. Situation que l'auteure nous dévoile par touches fortes mais pudiques, réalistes mais froides, sans pathos, ce qui saisit encore plus la lectrice que je suis. Certaines réflexions philosophiques d'une grande sagesse en émanent. Ce livre est aussi un mille-feuille de citations et d'évocations extrêmement pertinentes par rapport au récit. Nul étalage snob ici, nul parade, la littérature sourd réellement de son être, est consubstantielle à sa vie, irrigue son âme. J'aime aussi tendrement son travail admirablement "inutile", gratuit, sans cesse achevé, sans cesse recommencé, ce travail de Sisyphe heureux. Je m'y retrouve un peu sans doute...
Même sans l'avoir achevé, j'ouvre en grand ce livre, et remercie celle ou celui qui nous l'a proposé.


Les cotes d'amour du groupe breton réuni par zoom le 8 avril
Sylvie
 Entre et YolaineÉdith

Marie-Thé
 Chantal Cindy Claire
 

Yolaine entre et
Je n'ai pas aimé et n'ai pas grand chose à dire. C'est un peu dommage de lire ce livre pendant le confinement ; les circonstances font que je n'ai pas apprécié de me retrouver dans l'univers confiné de la narratrice.
Par ailleurs beaucoup de choses m'ont paru invraisemblables, comme cet amour de Beyrouth qui n’est pas vraiment décrite. La femme elle-même, dans ses rapports mère-fille, ni amour ni haine, mais indifférence étrange, n'est guère vraisemblable.
Quant aux références littéraires, je les ai trouvées ennuyeuses et artificielles, je n'ai pas aimé cette façon d'aller rechercher la littérature de façon stérile.
La fin m'a paru assez réussie, mais lire et traduire m'ont semblé d'un désespoir absolu.
Par ailleurs, j'ai trouvé le livre pas très bien traduit, avec des phrases mal construites (ou alors c'est une façon de l'auteur de s'exprimer), ce qui m'a gênée.
J'ouvre entre ¼ et ½ parce que c'est original et intéressant, mais le plaisir de lecture était absent et la lecture laborieuse.
Édith
Le titre "Les vies de papier", la couverture du livre, ainsi que la quatrième de couverture, m'ont engagée favorablement à la lecture. Je sais que - comme pour la plupart des autres livres - "je plonge et je m'immerge" dans le texte… : ce ne fut pas le cas pour cette fois-ci. J'ai repris la lecture de ce livre à de nombreuses reprises et, suivant les moments du récit, je me suis retrouvée plus ou moins emportée par la narration. Dommage. Toutefois, je me suis tout de suite sentie en présence d'une héroïne bien que l'auteur en soit un homme ! Cela aurait dû bien fonctionner.
Les références aux livres "traduits" par Aaliya sont nombreuses et leurs évocations renforcent ou élargissent l'à-propos du récit. Je n'ai pas spécialement apprécié cela. Pour moi, une impression de manque d'unité de dispersion.
J'ai souvent apprécié l'humour des situations et leurs traductions littéraires (très nombreuses), ainsi que l'autodérision d'Aaliya au sujet de son aspect. Dès le début du roman, elle souligne : "je n'ai qu'une seule glace chez moi, et encore elle est sale (…) Je ne pense pas qu'il nous faille consulter Freud… pour savoir qu'il y a là un problème"... Elle a les cheveux bleus et je pense que, ayant les cheveux blancs, elle utilise un shampoing bleu pour effacer le jaune ! (Je connais, il ne faut pas dépasser la dose sinon les cheveux restent bleus !) Tout le long du récit, les corps, les odeurs, les défauts physiques, seront décrits très précisément, enrichissant le récit si parfois elle se risque à des détails scatologiques : la merde, le transit de Thomas Mann, le cadavre de son premier mari… au plus près de l'humain de sa vulnérabilité et de sa déchéance qu'elle veut pour elle, joyeuse… semble-t-il.
Chaque épisode de sa vie pourrait en soi devenir une nouvelle. C'est ce que j'ai préféré :
- La relation à Hannah et surtout le récit du suicide de Hannah, seule amie, qui est à l'origine de sa place en librairie. Sobriété du récit et surréalisme de la première tentative de suicide par médicament de Hannah… juste la vessie trop pleine, le valium pour dormir absorbé avec deux verres d'eau ! (p. 297-298). Et puis, sécheresse du récit pour le second suicide : "elle mit les chaussures les plus confortables, gravit l'escalier jusqu'au toit du bâtiment et sauta."
- La relation à sa mère, évoquée aux différents âges de sa vie et devenue grabataire et silencieuse, traverse tout le récit. L'épisode du soin des pieds qu'Aalya lui concède lors d'une rare visite, la présence des neveux et nièces (la mère d'Aayala veuve a épousé son oncle) est truculente ; scène peut être "religieuse" (cf. le lavement des pieds du Christ dans le Nouveau Testament. Dans le livre le religieux est parfois suggéré.
- Le récit en fin de livre de l'inondation des salles d'eau communicantes depuis ses voisines "les trois sorcières", récit drôle pittoresque et tendre, fait miroir à l'anecdote des livres de Primo Levi détruits par l'eau quand Berlusconi en eut fait acquisition.
- Récit de la non-demande en mariage du lieutenant pour Hannah : la méprise de cette dernière sur la réalité amoureuse du lieutenant à son égard. Drôle et tendre.
J'ai moins aimé les insertions littéraires comme je l'ai dit, tout en reconnaissant que c'est le thème même du récit : la littérature, c'est sa vie.
J'ai mesuré aussi la force des descriptions de Beyrouth traversée par les guerres se succédant, les démolitions, sans vraiment aller voir la documentation concernant l'histoire du Liban.
En résumé Aayala m'est très sympathique : identification possible dans l'imaginaire seulement, car je ne me sens pas à la hauteur de son anticonformisme. Je me sens en littérature à l'inverse d'Aayala : quand un livre me plaît, ou pas d'ailleurs, j'ai envie d'en parler et l'isolement ne me séduit aucunement.
Peut-être qu'une relecture me ferait mieux apprécier le livre ?
Chantal
Dès le début du roman, cette vieille dame Aaliya - 72 ans ! - m'a été sympathique. Dès les premières pages, fantaisie, humour, autodérision, laissent deviner une douleur jamais comblée, celle de la perte de son amie Hannah : "avant elle, ma voix n'avait pas de patrie"...
Dès ce moment, l'auteur s'est effacé (avec quel talent !). Totalement. C'est Aaliya qui parle. Ce ne peut être que le langage d'une femme. La force de l'auteur c'est ce talent de nous faire "voir", très en détail, cette vieille femme, cloîtrée volontairement, dans son appartement d'un vieil immeuble déglingué de Beyrouth, sur fond de guerres incessantes. Guerres que j'ai vite renoncé à comprendre sur Wikipédia... trop compliqué !
Elle se terre là, dans son cocon de livres et ses traductions, à la retraite, "époque de l'atroce temps libre"... Elle est entrée en littérature comme on entre en religion. Avec l'absurdité de ses traductions jamais publiées, mais qui la font vivre : "je me suis enfuie en littérature"...
De nombreuses digressions peuvent nous faire perdre le fil, elle s'en excuse, mais non, quand on paraît sortir, un pan de sa vie apparaît. Moyen pour l'auteur de mieux nous faire entrer plus avant dans la vie d'Aaliya. Et plus on avance dans la lecture, plus ses blessures se découvrent : son enfance mal aimée, son mariage forcé et raté, sa soif d'amour, Hannah sa seule amie... la vieillesse, la mort, le vide : "je ne suis rien, je ne serai jamais rien".
Et tout au long, des citations d'auteurs, de personnages, de vies de papier, ses raisons de vivre... nostalgie constante "de cet autre que j'aurais pu être, qui me désagrège et qui m'angoisse".
Et puis la fin, que j'ai trouvée belle, lumineuse, visuelle ++, ses traductions inondées, et ses trois sorcières ses voisines, qui l'entourent, la consolent, l'aident, quelles scènes !! Et l'ouvrent sur l'avenir : "les femmes m'entourent une fois de plus, me prennent par les mains et les coudes et me conduisent vers la lumière", que c'est beau. Littérature et Vie peuvent cheminer de concert : ses trois sorcières aiment Anna Karénine ! Et j'oublie le passage - transmission grand-mère, fille, petite-fille - de la toilette des pieds de la mère. Quelle force dans ce passage !
Dans un premier temps j'ai ouvert aux ¾. Mais c'est plutôt en entier : Aaliya est derrière moi et elle regarde ce que j'écris !
Sylvie
Je n'ai lu qu'un tiers du livre. La narratrice est en porte-à-faux avec l'extérieur d'où viennent beaucoup de souffrances et s'enferme avec une muraille de livres. La littérature la protège. Elle se construit un monde, avec des trouées sur son passé, ses voisines : elle divague et... je décroche. C'est une forteresse perforée d'où elle s'échappe.
La littérature est souvent un vecteur vers le social, pour elle non, ça la protège telle une coquille, une carapace, une forteresse. L'extérieur est dangereux et, certes, il l'est. Il n'y a pas de confiance vis-à-vis de l'humain, sauf les livres.
Pour ce qui est des digressions me font décrocher, je manque de prise, ça file entre les pattes. On est assis dans une tempête, et elle vous brinquebale.

Mais, à vous entendre, ça donne envie de poursuivre.
Cindy
Alameddine est écrivain mais aussi peintre : de là viennent peut-être ces descriptions, ces détails. Et quel talent pour écrire et - j'ai cru d'abord que l'auteur était une femme - d'écrire du point de vue d'une femme - ce qui rend le livre encore plus attirant.
C'est une histoire et des histoires. Aaliya c'est un joli nom, qui chante. Une femme d'emblée atypique, avec ses cheveux bleus ; sa description en fait déjà une femme hors du commun. Ce sont des gourmandises à lire, dès la première page avec sa brosse à dents. On a l'impression de passer d'un sujet à l'autre - je m'égare, dit-elle - mais non !
Le style est renforcé par les belles citations : "Ecoutez les mots, écoutez la magie. Ecoutez le rythme, écoutez la poésie", dit un personnage. L'auteur a voulu qu'on écoute les mots, ces descriptions, ces sentiments. La culture et les citations renforcent ce qu'il veut nous faire comprendre, avec ce récit rythmé, cette évocation du quotidien, dans ce Beyrouth délabré.
Elle aborde des sujets philosophiques, l'art, la littérature, la poésie ; à chaque citation qu'elle utilise, je dis : elle a raison. "Si vous craignez la solitude, ne vous mariez pas" (Tchekhov) Il y a de belles réflexions sur la ville. Pessoa semble être pour elle un catalyseur.
J'ai aimé le livre aussi pour les histoires parallèles, comme celle d'Hannah. Cela pourrait être, comme dit Hannah, une autre histoire.
J'ai été également intéressée par sa manière de traduire. Elle traduit et personne ne la lira. Beaucoup de choses sont irrationnelle, faisant des ricochets. Pour ce qui est du roman lui-même, c'et vrai qu'il y a des phrases un peu bizarres. Mais je suis bluffée par les références, dont certaines font écho à ce que j'ai vécu, par exemple les disques avec le label jaune Deutsche Grammophon qui lui font dire : "le rectangle jaune apporte une touche de panache dans ma vie" m'ont rappelé mon état d'esprit au Gabon quand j'achetais ces disques.
Elle est une femme délaissée, membre superflu, appendice de la famille. Elle est douleur, mais aussi bonheur avec sa vie solitaire. L'auteur en fait une femme vivante : d'ailleurs avec Ahmad, c'est le mot qui lui vient plutôt que belle. Elle nous bouscule, elle nous touche. Et à nouveau, que cela vienne d'un auteur homme, c'est incroyable, par exemple elle dit : "j'ouvre une bouteille de champagne pour célébrer mon existence sans descendants" (p. 140) J'ai aimé cette femme moderne, arabe, râleuse, sans émotions mais sensible, indépendante, mais pas si isolée. Elle a pas mal réussi, elle s'est construite par la littérature. Et il y a cette merveilleuse scène de réconciliation avec sa mère dont elle lave les pieds. Le livre est une leçon de vie. Une leçon de confiance. Et surtout aujourd'hui. Je le recommanderai, je le prêterai.

Sylvie
Le lavage des pieds et la lumière finale donnent décidément une note religieuse...
Par ailleurs, je n'avais pas fait le lien entre l'auteur, un homme,
qui écrit l'histoire d'une femme, comme l'a souligné Cindy, et là j'avoue que je vais envisager la lecture sous un autre angle.
Marie-Thé(avis transmis)
J'ouvre aux ¾.
J'ai beaucoup aimé ce livre, foisonnant, riche, dense, se prêtant à l'échange ; c'est d'ailleurs pour cela que je l'avais proposé, conséquence pour moi : synthèse difficile...
Impossible ici de confondre auteur et narrateur ; ceci dit, la description et le cheminement du personnage
féminin me donnaient l'impression que ces pages étaient écrites par une femme.
Si j'enlève ¼ à ce livre, c'est pour la forme : tout simplement, j'aurais aimé des chapitres et non une succession de pages ininterrompue, afin de reprendre mon souffle, peut-être... Pour une autre raison aussi : j'ai été lassée par les lamentations d'Aaliya décrivant la décrépitude de son corps vieillissant (elle n'a que 72 ans....), geindre sur un corps paraissant être une charge pour elle, oui, mais que c'est répétitif ! Ce sont mes seules réserves.
Si elle ne s'épargne pas, elle n'épargne pas les "autres" non plus, mais je ne vois point de jérémiades lorsque je découvre des portraits pittoresques et souvent... répulsifs ! J'ai été impressionnée par la mère, surgissant tel un spectre, pâle, vêtue de noir, ses cris... scène de tragédie grecque. Et pour anticiper sur une prochaine rencontre, j'ai pensé à Bergman, au personnage représentant La Mort dans Le septième sceau. Les cris en moins. Les relations avec la mère occupent une place importante, le lavement des pieds évoquant une scène biblique pourrait être vu comme une forme de réparation. Je suis tout de même frappée par l'image laide donnée des corps.
Quel contraste avec Aaliya, l'érudite, la traductrice, entourée de ses livres, vivant au milieu de ses traductions disséminées dans tout son appartement. Je l'ai aimée parlant de son travail, du choix de ses traductions, de ses rites, des deux bougies allumées pour Walter Benjamin, contente qu'elle ait traduit Austerlitz de Sebald. Aaliya traduit en arabe des traductions anglaises ou françaises. "Mes traductions sont des traductions de traductions... moins fidèles à l'original". "Traduire et ne pas publier" "C'est le processus qui me captive, et non pas le produit fini." Et la transmission ??? Reste Aaliya engloutie par les traductions, en compagnie de Pessoa, Cioran, Nabokov, Yourcenar, etc.
La situation de la femme au Liban, le poids des traditions, de la religion, l'évolution de la société libanaise, l'évocation du féminisme, Aaliya et Fadia libérées, tout cela m'a bien sûr interpellée. Je retiens aussi le parcours sinueux d'Hannah, dans sa tête, jusqu'à sa chute finale. "Elle plongea dans son propre abîme avant que Beyrouth ne plonge dans le sien". Hannah parfois écartée à cause de ses cheveux roux : "ses ancêtres ont couché avec des croisés."
Avec ce livre passionnant, Beyrouth nous est décrite dans l'espace et dans le temps. La ville est un personnage, elle est imprévisible, attachante, aimée par dessous tout. Ville "défigurée" aussi par les années, la guerre (je me souviens de l'année 1984), la modernité, mais Aaliya lui reste fidèle. Avec elle, j'ai aimé respirer l'atmosphère particulière des villes du Levant, me réfugier au musée, traverser les vieux quartiers, Sabra. Beyrouth l'hivernale étant la préférée d'Aaliya, à l'hiver de sa vie apparemment... Et encore : au milieu de la ville gangrenée par le béton, la "bâtisse ottomane... détonne autant qu'une femme au Parlement." Je note aussi ceci : Beyrouth n'a jamais été "une arche de Noé où les bêtes de toutes races se sentaient à l'aise et non menacées." Mais je n'aime pas que soit associée à des "balivernes nazies" l'histoire du déluge.
Ironie, une forme de déluge a bien failli anéantir "Les vies de papier" de celle qui dit : "Je me suis enfuie en littérature." et : "Je pensais aussi que l'art ferait de moi un être supérieur à vous." Grâce à l'intervention généreuse des "trois sorcières" (quel mépris !), Aaliya pourra de nouveau se replonger dans les traductions, délicieuses hésitations entre deux personnages : Hadrien de Yourcenar ou le Magistrat de Coetzee...
Claire (participait à la séance bretonne, mais au vu de ce qui a été dit revoit son avis pour la séance parisienne du 16 avril)
J'ai été happée par...


AUTOUR DU LIVRE
  Parcours de l'auteur
Ses publications
Le traducteur  
Interviews
Repères historiques
Littérature libanaise

PARCOURS de Rabih Alameddine
- Né en 1959
à Amman en Jordanie de parents libanais. Il grandit au Koweït : "Dès 10 ans, mes parents m'envoyaient passer l'été à Beyrouth près de ma tante et de mes cousins. C'était un paradis..." : un quartier multiconfessionnel, devenu chiite aujourd'hui, après avoir été chrétien durant la guerre.
-
Rabih Alameddine a 15 ans lorsque, au début du conflit, ses parents l'envoient en Angleterre pour finir ses études secondaires. Puis il étudie à l'université de Los Angeles (UCLA) où il obtient un diplôme d'ingénieur, avant de trouver un emploi.
- "Sur ces neuf mois de travail, j'en ai passé six en vacances. Ensuite j'ai passé un master de business and finance, mais c'était pire. Je me suis alors tourné vers des études de psychologie." Sans grand succès, car, à cette époque, c'est la peinture qui l'attire
, il expose à New York (ses œuvres ici). "Je suis obsessionnel. Dès que j'entame quelque chose, je ne pense et ne vis que pour ça." Ainsi en est-il de l'écriture, pour laquelle il a abandonné ses pinceaux. "J'avais toujours rêvé d'écrire, mais je n'osais pas."
- Il
partage sa vie entre San Francisco et Beyrouth.

SES LIVRES, tous publiés en anglais aux USA
Les trois premiers livres ne sont pas traduits en français :
- 1998 : Koolaids: The Art of War : dans ce roman, il dépeint, non sans audace, la guerre du Liban à travers le prisme du sida.
- 1999 : The Perv: Stories (nouvelles)
- 2001 : I, the Divine: A Novel in First Chapters
Les trois suivants sont traduits par Nicolas Richard :
- 2008 : Hakawati (The Hakawati), Flammarion, 2009
- 2014 : Les vies de papier (An Unnecessary Woman), Les Escales, 2016, prix Femina étranger 2016.
- 2016 : L'ange de l'histoire (The Angel of History: A Novel), Les Escales, 2018, prix Lambda Literary 2017 du meilleur roman gay.

LE TRADUCTEUR
Nous avons déjà rencontré sa plume puisqu'il a traduit de Powers
Le Temps où nous chantions et M Train de Patti Smith. Il est aussi écrivain (voir "Nicolas Richard, bricoleur de génie", Florence Bouchy, Le Monde, 11 mars 2018). Il a été un des premiers traducteurs en France à participer à des joutes de traduction. Voici ce qu'il dit des traducteurs :

"C'est une population discrète, à peine visible, qui fait le plus beau métier du monde, et qui permet que des livres inatteignables (car écrits dans une langue étrangère) deviennent lisibles ! Le traducteur est un transformateur, une sorte de "transfo" comme on dit en électricité. Grâce à lui, une voix au départ inaudible est entendue, ou lue. Il doit être attentif à l'intensité du courant. Ce métier consiste à s'investir corps et âme pour réussir à donner une voix à un auteur. Il faut réfléchir, faire appel à ses lectures, puiser dans sa culture, écrire, raturer, enquêter, se renseigner, reprendre un texte, le relire jusqu'à arriver à façonner un texte recevable. Ce n'est pas juste un plat qu'on fait passer à l'identique dans une autre langue. Il y a tout un travail de mutation, de transmutation. La remise d'une traduction à l'éditeur est d'ailleurs souvent l'occasion de discussions passionnantes entre traducteurs, correcteurs et éditeurs." (linternaute.com, 29 janvier 2020)

INTERVIEWS de Rabih Alameddine
Après la sortie du livre en 2014 aux États-Unis
Les mères sont souvent les protagonistes de vos romans, n'est-ce pas ?

"Eh bien, je suis l'un de ces écrivains qui pense en fait que rien ne se passe en dehors de la famille nucléaire. Vous pouvez regarder une famille nucléaire et voir la dynamique du monde entier. Donc, chaque fois que quelqu'un dit : 'Comment résolvez-vous les problèmes du Moyen-Orient ?', je dis : 'Je ne sais pas. Je ne peux même pas parler à ma mère, encore moins comprendre les choses.'" (suite ici de l'interview très intéressante sur le livre)

Après la réception du prix Femina 2016 pour Les vies de papier
- À L'Orient-Le Jour, quotidien francophone libanais, l'écrivain libano-américain se dit honoré et flatté :

"Le prix doit être partagé avec ma mère et mes sœurs qui m'ont soutenu dans tout ce que j'ai fait. Il est incroyablement gratifiant qu'un roman à propos d'une femme de 72 ans vivant à Beyrouth soit acclamé de la sorte."
Que dirait-il à son héroïne, Aaliya Saleh ? "Je ne peux rien lui dire, elle ne m'adresse plus la parole et elle s'en fiche des reconnaissances."

- À l'écrivaine et journaliste au Point Sophie Pujas :

"Cette femme de soixante-douze ans, c'est moi. Nous avons le même caractère. C'est le plus autobiographique de mes livres, ce que personne ne suppose jamais, parce que le personnage est une femme. Il m'a fallu trois ans pour l'écrire. La difficulté n'était pas de me glisser dans la peau d'une femme, mais de trouver sa voix à elle, spécifique, savoir de l'intérieur comment elle réagirait à telle ou telle situation…"

Kafka, Pessoa, Nabokov, Roberto Bolaño… Aaylia est une lectrice boulimique, qui traduit pour elle seule de grands noms de la littérature mondiale. Avez-vous le même panthéon littéraire qu'elle ?

"Oui, à ceci près qu'elle est plus radicale que moi. Il y a des écrivains qu'elle déteste, comme Hemingway, qui ne m'intéresse pas spécialement, mais envers qui je n'ai aucune animosité… Ce qui est radical aussi chez elle, c'est de traduire tous ces textes sans jamais chercher à être publiée. J'aimerais être capable d'écrire seulement pour moi. J'aimerais être elle, ne pas me soucier de la façon dont on me voit. Mais je dois l'avouer : quand j'ai une mauvaise critique, ça me tue ! Et pourtant, mes écrivains favoris sont des auteurs qui n'ont pas vraiment publié : Pessoa, Kafka, Bruno Schulz… Des écrivains en marge, en dehors du monde."

L'un des sujets de scepticisme, pour Aaylia, c'est la religion. Un point de vue que vous partagez ?

"Sa religion à elle, c'est la littérature. Je suis athée, comme elle. J'aime la religion comme réservoir d'histoires, de mythes, mais je n'y crois pas. Pourtant je vis entre deux pays très religieux. Ce sont deux pays fous. Tout le monde pense que Beyrouth est un endroit insensé, mais la folie est plus grande encore aux États-Unis – ils présentent simplement une meilleure façade. C'est très bien pour un écrivain, qui a toujours intérêt à être là où la folie se manifeste." (suite ici de l'interview sur le livre)

REPÈRES HISTORIQUES : les guerres au Liban
La guerre civile, ponctuée d’interventions étrangères, s’est déroulée de 1975 à 1990 en faisant entre 130 000 et 250 000 victimes civiles. Elle a deux grandes phases délimitées par l'intervention israélienne de 1982.
En 2006, commence le conflit entre Israël et le Liban aussi appelé la Guerre des Trente-trois-jours.
Voir ICI l'impact sur la ville de Beyrouth évoqué dans le livre.

La narratrice évoque p. 52 l'histoire de la famille d'Ahmad, chassée par les Yishuv (les Juifs présents en Palestine avant la création de l'État d'Israël) durant la nabka de 1948 (déplacement forcé de 700 000 Palestiniens à la création de l’Etat d’Israël) : voir ICI l'histoire de l'exode palestinien pendant la guerre israélo-arabe de 1948.
Elle garde aussi la photo découpée dans le journal d'Ahmad quittant Beyrouth en 1982 parmi les Palestiniens forcés de quitter la ville pour mettre fin au siège et bombardements des Israëliens (p. 300)
.

LITTÉRATURE LIBANAISE
Hormis Wajdi Mouawad, né au Liban, dont nous avions lu Anima, nous n'avons lu aucun.e écrivain.e originaire du Liban (comme
Andrée Chedid ou Amin Maalouf, Vénus Khoury-Ghata parmi les plus connus) et encore moins un auteur vivant au Liban.
La catastrophe de Beyrouth de 2020 a attiré l'attention vers la littérature libanaise, avec quelques articles sur la littérature contemporaine :
- par le CNL ici
- par Lire magazine
- par wikipedia.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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