Gaines en 1996

Dites-leur que je suis un homme, éd. Liana Levi, coll. "Piccolo", 2019, trad. de l’américain par Michelle Herpe-Voslinsky

Quatrième de couverture : Dans la Louisiane des années quarante, un jeune Noir, démuni et illettré, est accusé d’avoir assassiné un Blanc. Au cours de son procès, il est bafoué et traité comme un animal par l’avocat commis d’office. Si le verdict ne fait aucun doute, l’accusé, lui, décide de mener un combat pour retrouver aux yeux de tous sa dignité humaine.

Les 8 autres romans (avec le choix noir très noir des couvertures)

Catherine Carmier

D'amour et de poussière

Par la petite porte
Autobiographie
de Miss Jane Pittman

Le nom du fils

Colère en Louisiane

Quatre heures du matin
L'homme qui fouettait les enfants

Ernest James Gaines (1933-2019)
Dites-leur que je suis un homme (1993)

Nous avons lu ce livre pour le 7 novembre 2020.

En bas de page, des infos sur ce livre et son adaptation au cinéma, l'auteur, ses œuvres.

Deuxième période de confinement...
Nous étions 19 à l'écran, en notre tour de table rituel.
"Auditrices libres" qui n'avaient pas lu le livre
mais avaient envie de nous retrouver : Brigitte et Françoise.
Nos 19 cotes d'amour :

Annick A
Je ne resterai peut-être pas jusqu'au bout parce que j'ai une autre réunion zoom...

Claire
Quoi !!!
Tu peux peut-être commencer alors...
Annick A  
C'est la première fois que je commence (précise Annick qui est dans le groupe depuis plus de 12 ans).
J'ai énormément apprécié ce livre tant par son contenu que par sa forme. C'est un livre extrêmement percutant sur la condition des hommes noirs dans les années 40 en Louisiane. À partir de la condamnation à mort d'un Noir par les Blancs, Gaines nous plonge dans les années 40 en Louisiane et nous fait vivre dans un style direct, sobre et très percutant, l'horreur des relations sociales entre Noirs et Blancs. C'est à la fois très dur et plein d'humanité.
Les personnages sont très bien campés. Grant Wiggins est un homme complexe et tiraillé. Conscient que sa condition de Noir ne lui autorise aucun avenir en Louisiane, il rêve de partir dans le Nord mais en tant qu'instituteur, il se sent redevable à sa communauté. "Nous, les hommes noirs, nous avons échoué à protéger nos femmes depuis l'époque de l'esclavage. Nous restons ici dans le Sud et nous sommes brisés, ou nous nous sauvons en les laissant seules pour s'occuper d'elles-mêmes et des enfants." (p. 197) : ce tiraillement associé à la culpabilité entre partir ou rester m'a fait penser à Hanna "notre ami libanais".
La relation entre Wiggins et sa tante est dure, avec une soumission de sa part à lui qui me semble culturelle. D'abord dans le refus de tenir le rôle que sa tante et Miss Emma l'obligent à tenir, il accepte peu à peu d'entrer en relation avec Jefferson, une compréhension s'établit entre eux qui va leur permettre d'en sortir grandis l'un et l'autre. J'aime beaucoup les personnages de femmes : Viviane qui sait où elle va ; sûre de ses valeurs, elle aide son compagnon à opter pour les choix les plus pertinents pour lui et leur couple. Emma qui emploie toute son énergie à aider Jefferson à mourir dignement. Et aussi Paul qui établit une relation d'amitié avec Wiggins particulièrement touchante au dernier chapitre.
Ce dernier chapitre est bouleversant ; on n'est pas dans le pathos, mais dans une description très détaillée des faits, avec une écriture sobre, efficace, dans un temps qui n'en finit pas de s'étirer. J'ouvre en grand.
Monique L
C'est un livre tout en profonde
ur et en émotions dans lequel on fait de belles rencontres, on vit des moments forts avec des personnages intéressants. C'est d'une puissance d'évocation remarquable. Bien que l'on connaisse la fin dès le début, la tension monte tout au long du récit.
Le procès était couru d'avance et a confirmé ce que tous ses proches redoutaient, la chaise électrique. Ce qui m'a avant tout frappée c'est l'acceptation (ou plutôt la résignation) par tous de la sentence. Il n'est même pas question pour les Noirs de cet État du Sud de combattre l'injustice de la condamnation. Mais par contre, les proches de l'accusé n'ont de cesse de vaincre l'injustice qui a été faite à la dignité de cet homme par l'avocat commis d'office qui lors de sa plaidoirie l'a assimilé à un porc (quelle violence terrible !).
Il y a beaucoup d'humanité dans ce livre, l'auteur ne tombant jamais dans le manichéisme. L'auteur a su donner sa place aux croyances diverses, comme à la religion, et cela sans blâmer et sans donner raison à l'un ou l'autre, mais en insufflant les paroles qui fallait aux différents protagonistes. Son affrontement avec le révérend est d'une grande intelligence.
Ce roman décrit autant le chemin qui mène Jefferson à sa dignité retrouvée, que celui de l'évolution de Grant, qui est chargé de le conduire sur ce chemin. C'est une confrontation entre celui qui va mourir et s'enferme dans l'amertume et le cynisme, refusant de se nourrir et de se soucier des autres, et Grant l'instituteur désabusé et qui peine à trouver sa place dans cette communauté. L'auteur dépeint avec force et beaucoup d'émotion la relation si fragile qu'il noue avec Jefferson, l'ambiance conflictuelle au sein de la communauté, les regards noirs de sa tante qui est une grande pratiquante.
Grant est un personnage d'une infinie complexité. Sa fragilité est à mon sens ce qui fait la grande richesse du texte. Il ne se sent pas investi d'une mission, il est totalement perdu face à une situation qui le dépasse mais au fil de ses visites, il trouve petit à petit un sens à l'action qu'il mène auprès de Jefferson. Il est lucide, conscient de ne pas pouvoir remplir la tâche qu'on lui a confiée, conscient de sa lâcheté, notamment le jour de l'exécution. Il trouvera la force de mener cette lourde tâche avec l'appui de sa compagne dont on sens la force de caractère. Si les échanges entre Grant et Jefferson sont au départ totalement stériles, finalement la sincérité et l'amitié leur permettent de s'apprivoiser. Grant guide Jefferson vers la liberté de choisir comment il va accepter la mort, et la vivre en lui proposant de détruire le mythe construit par les Blancs sur l'infériorité intellectuelle des Noirs.
Petit à petit il parvient à transmettre cette absolue certitude : tu es un homme, tu n'es pas un animal comme ils veulent te le faire croire. J'ai apprécié la subtilité de persuasion de Grant avec douceur, empathie.
Tout au long du récit, l'auteur nous emmène au cœur des préoccupations de la population de la plantation stigmatisée par la ségrégation. Les personnages sont consistants et leurs relations contribuent à éclairer le récit. Une belle galerie de portraits allant de la tante vieillissante et accablée de Jefferson au pasteur de sa congrégation, du shérif blanc et de ses acolytes, de sa maîtresse aimée ou de ses élèves, aucun n'est caricatural.
Beaucoup de questions abordées : le racisme, la place des Noirs au sein de la communauté, la supposée supériorité des Blancs, l'injustice, le courage, la liberté, l'humiliation, la place de Dieu, le courage, l'amour, le savoir, la misère, la fierté…
L'écriture, très descriptive, n'a rien d'exceptionnel. Le style de Gaines est sobre, direct.
L'émotion est partout et explose à la fin. L'ultime passage évoquant les derniers instants de Jefferson est d'une grande puissance. Tout en non-dits, il impose à l'esprit des images terribles.
Le journal de Jefferson, orthographié phonétiquement, est d'une force incroyable mais je n'y ai pas toujours cru.
Un roman poignant, émouvant et d'une grande humanité... J'ouvre aux ¾.
Claire  
Je n'ai pas pu ne pas penser à notre polémique : cette fois, personne ne va crier à l'appropriation culturelle… ; c'est un Noir né dans une plantation qui écrit à la première personne sur un Noir qui est né dans une plantation, ouf !
Le début m'a plu, accrocheur, terrible.
Question documentaire, c'est très bien rendu, les situations d'humiliation, les hiérarchies, Noirs/Blancs/mulâtres ; les "quartiers" aussi ; le cimetière avec les ancêtres du narrateur depuis un siècle p. 128, c'est impressionnant. Les lieux sont réalistes : la cuisine de la tante, les cabinets sur le fossé près des champs de canne, l'école dans l'église. On va souvent à Bayonne c'est rigolo. Dans l'étonnante école-église, j'ai découvert des méthodes pédagogiques d'un autre âge..., mais justement, on est à un autre âge : Grant a eu son poste d'instituteur en 1942, on est en plein apartheid (toilettes séparées par exemple).
J'ai ressenti de l'intérêt et de l'empathie pour le personnage. J'ai aimé l'amour de Grant pour Vivian et la personnalité rayonnante de celle-ci.
Au bout d'une centaine de pages, j'ai commencé à m'ennuyer, parce qu'on connaît la fin avec le titre (dommage d'ailleurs que la traduction ne soit pas celle de l'anglais "A lesson before dying", titre bien meilleur je trouve). J'ai regretté que l'auteur n'ait pas écrit une nouvelle. Au détail du programme de Noël p. 177 et suivantes : j'ai crié pitié !
La radio a fait repartir mon intérêt. Mais le discours ampoulé p. 226-227 m'a semblé invraisemblable vis-à-vis du "cochon" de Jefferson. L'ennui revient avec les visites interminables à la prison, repart avec la bagarre au restau, puis retombe, et c'est alors le coup de théâtre le journal en petit nègre (le face à face entre un paragraphe du texte original et la traduction me convainc qu'elle en rajoute dans le petit nègre, nuisant à la dignité d'une simple écriture phonétique).
Quant à l'ultime rebond avec le dernier chapitre, la 3e personne m'a semblé une sorte d'impuissance narrative. Le personnage de Paul m'a paru trop de chez trop mais je ne cacherai pas que la dernière page m'a émue.
Je suis contente d'avoir appris qui était l'auteur, proche par bien des aspects du personnage du livre. Et encore un livre qu'on ne regrette pas d'avoir découvert !
Annick L
J'ai été saisie par la brutalité de l'ouverture, en plein procès de ce jeune Noir jugé par des Blancs racistes et ségrégationnistes.
Une évocation très concrète, très visuelle de cette scène terrible où la justice des hommes est bafouée.
Mais ensuite la narration prend un rythme lent et se veut factuelle, sans nous épargner aucun détail. Le lecteur est placé dans la situation d'attente que vivent les acteurs de cette tragédie. Les mêmes scènes se répètent, jour après jour : l'instituteur fait l'école, rencontre la marraine du condamné, sa tante et le pasteur dans une tentative de dialogue avortée, va retrouver son amie au bar-restaurant du coin… C'est monotone. Heureusement que le personnage complexe du narrateur est attachant, avec ses contradictions. Il pourrait refuser la lourde responsabilité que sa communauté lui impose : aider le condamné à retrouver, avant son exécution, toute sa dignité d'être humain. Mon intérêt s'est donc réveillé dans cette deuxième partie lorsqu'il rend visite à Jefferson en prison (l'enjeu est fort) : leur relation évolue peu à peu et le condamné commence à écouter le discours de l'instituteur et à lui accorder sa confiance. Certaines scènes sont vraiment émouvantes, même si le narrateur ne joue jamais sur le pathos. Et le fait de livrer, à l'état brut (phonétique) les quelques pages du journal que Jefferson a voulu léguer, donne une note d'authenticité à ce récit. La mise en scène de la journée de l'exécution est remarquable parce qu'elle permet d'ouvrir sur d'autres points de vue que celui de l'instituteur. Et la fin m'a bouleversée.
Mais je suis restée constamment à distance, peut-être parce que je ne l'ai pas lu comme on lirait un roman (contrairement au livre de Richard Powers qui m'a littéralement emportée). Et c'est cette dimension ethnologique, sociologique que je retiendrai : un témoignage fort sur la condition encore révoltante, au cours des années 1940, des Noirs américains dans les anciens états esclavagistes. Avec un point de vue original : celui de cet instituteur qui a eu la chance d'être éduqué et qui rejette la vision fataliste des anciens (sa tante, la marraine de Jefferson), ou religieuse du pasteur, en quête d'une émancipation possible. La question qu'il se pose avec son amie - leur faudra-t-il quitter la terre de leurs ancêtres pour y parvenir - en est un élément-clé.
J'ouvre aux ¾.
Danièle
Contrairement à certains, j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans la "sobriété du roman", peut-être parce qu'il se trouve que je l'ai lu de façon décousue, mais aussi notamment parce que, pendant tout le début du livre, on ne sort pas des descriptions minutieuses de détails sur la vie quotidienne et des répétitions des mêmes propos entre les personnages. J'avais l'impression de ne pas apprendre et surtout de ne pas attendre grand-chose de ce livre, alors que son propos - "Dites leur que je suis un homme" - m'avait pourtant semblé intéressant. Un Noir, condamné sans preuve par des jurés blancs, s'entend dire par l'avocat qui prétend le défendre qu'il n'est pas plus évolué qu'un cochon, et qu'à ce titre il mérite d'être jugé avec indulgence ! Et c'est à Wiggins, l'instituteur, après la sentence, qu'est dévolue la mission de redonner à Jefferson sa dignité d'homme, parce qu'il sait et qu'il sait faire, un Samuel Patty en quelque sorte ! Vaste programme, auquel l'instituteur s'attaque à contre-cœur car la mission lui semble vouée à l'échec, mais en quelque sorte contraint par son opiniâtre famille et aussi par sa merveilleuse compagne Vivian, dont le rôle fut très important dans sa décision de remplir cette mission.
C'est aux trois quarts du livre que j'ai vraiment accroché, lorsque l'histoire se recentre autour de Jefferson, qui s'approche lentement du jour de l'exécution, et que la relation dialectique entre Jefferson et l'instituteur prend de la profondeur et engendre beaucoup d'émotion. Il faut, en quelques semaines, que Jefferson se mette à communiquer avec les siens et par là retrouve sa dignité d'homme. Les deux avancent parallèlement et apprennent beaucoup l'un de l'autre. De même pour les relations entre le révérend et l'instituteur. Tout au long du roman, on ne peut que constater le courage de l'instituteur qui affirme sa laïcité dans un environnement familial et culturel largement imprégné de religion catholique. Or, malgré son engagement laïque et sa confrontation assez hostile avec le révérend, l'instituteur invite Jefferson, en dernier ressort, à se tourner vers le révérend pour ses derniers instants, comme source de réconfort. J'ai aimé cette tolérance, ou cette sagesse, loin de tout engagement laïcard. Par ailleurs, en passant, j'ai retrouvé - comme chez Powers - cette idée de hiérarchie des Noirs selon leur degré de métissage et donc de la noirceur de leur peau, avec Jefferson qui traite Vivian avec mépris de "mulâtresse", lui qui est sans doute Noir pur sang. C'est un aspect important des relations interraciales que je méconnaissais.
Ce qui a finalement prédominé dans ma lecture de ce roman, c'est l'émotion ressentie dans le dernier quart du livre - hormis le journal, dont la forme m'a semblé peu crédible - et cela m'a donné envie de le reprendre pour le relire différemment, en sondant la sobriété qui m'avait rebutée, mais qui, manifestement, mène à l'émotion finale.
J'ouvre quand même aux ¾, alors que j'étais mal partie.
Séverine
Un troisième livre sur les Noirs après Powers et Oates, j'ai eu peur et ai donc abordé le livre non sans a priori. Or celui-ci est au-dessus des trois ! Notamment de par la qualité des descriptions : c'était très visuel, je voyais les ambiances.
Je suis d'accord avec Danièle sur la progression des personnages et c'est Wiggins qui va en apprendre le plus.
Pour ce qui est du fameux journal, j'en ai lu la moitié, puis j'ai renoncé, du fait de la concentration nécessaire pour le décrypter.
Et quant à la dernière partie, j'avoue que j'ai pleuré, ce qui est rare pour moi. Ce qui cause l'émotion n'est pas surfait, c'est sans pathos, c'est juste.
Ce qui est incroyable est que le verdict, totalement injuste, est accepté : ce n'est pas le sujet. Le départ, c'est la comparaison avec un porc, prononcée par l'avocat même de Jefferson, et ça c'est très fort.
Une belle découverte, ça balaie Powers et autres... Merci Etienne.
Lisa
Cela va être assez court, car je l'ai lu il y a 4 ans, l'ayant découvert dans une librairie. Je l'avais adoré. Je l'avais tellement aimé que je l'avais offert à ma mère et à une copine qui l'avaient aimé.
Dans la foulée, j'avais aussi lu Colère en Louisiane et Le nom du fils que j'avais adorés aussi. Je l'ai placé au panthéon des auteurs américains et puis je l'ai oublié.
J'avais peur d'être déçue de la relecture. J'ai oublié le contenu qui m'est revenu un peu en vous écoutant. Je reste sur mon souvenir et l'ouvre en grand, sans pouvoir en dire plus.

Rozenn
Je veux d'abord dire que Joe Biden a gagné !

Les autres

Claire
La différence avec Obama dont nous avions aimé Les rêves de mon père, c'est qu'on ne programmera pas un livre de lui...
Rozenn         
Moi aussi, j'ouvre en grand. J'aime beaucoup.
En apparence, c'est simple ; mais sous les dialogues, il dit beaucoup des rapports humains, de ce qui s'est passé avant. Par exemple : "Oui, Monsieur", répond-il, en faisant exprès de ne pas trop bien parler. Les personnages sont excellemment rendus vivants, les deux petites vieilles sont formidables, le révérend aussi. Les descriptions des élèves aussi, c'est très fort, par exemple du "pire garnement de l'école. Il venait d'une famille nombreuses - treize, quatorze, quinze, je ne sais pas combien - et il devait se battre pour chaque miette de nourriture. À l'école c'était pareil. Il se battait en jouant au billes, il se battait en jouant au ballon, il se battait en jouant à cache-cache, il se battait en jouant à cache-tampon. En classe, il se battait avec les enfants assis devant lui, à côté de lui, dernière lui. " Sans pathos, c'est très simple et très fort.
Même s'il n'est pas à la hauteur du livre, j'ai apprécié le film à la réserve de la scène où Emma dit au Blanc "Avec tout ce que j'ai fait pour votre famille" qui est trop appuyée, à la limite du chantage.
Je reviens au livre : c'est très construit, remarquablement écrit. J'ai été complètement emballée. Certes, ce n'est pas gai gai gai.
J'ai commencé Le nom du fils, ce sont les mêmes thèmes, mais ce n'est pas écrit de la même façon. J'ai cherché aussi un autre film. Je le donnerai à lire, etc. Je suis fan. Oui on va voir si ça dure, j'ai eu des fanitudes qui n'ont pas duré.
Denis         
Je partage assez l'avis de Rozenn qui a été emballée. Je trouve aussi des faiblesses de narration et j'ai ressenti de l'ennui comme Claire, mais ça passe, tellement ce livre est puissant. Je suis d'accord avec tous les éloges.
Ce livre fait ressentir l'horreur de la condamnation à mort. Il rend sensible au lecteur l'angoisse qui saisit la communauté noire. C'est une expérience de lecture tout à fait remarquable. La revendication de mourir dans la dignité est un thème éternel.
J'ai aimé le côté documentaire ethnographique qui fait ressortir les brimades et humiliations dont sont victimes les Noirs : acheter la radio, parler avec le shérif...
J'ai remarqué l'importance des regards et non-dits dans les échanges où ils parlent très peu. Par exemple Wiggins avec sa tante. Par exemple quand l'inspecteur arrive, le narrateur voit qu'il regarde de façon circulaire.
Pour ce qui est du côté répétitif, je le rapproche du blues, où les phrases sont systématiquement répétées. Par exemple dans ce blues classique de Robert Johnson, "Crossroad". Quand la marraine va voir le planteur, elle rappelle, comme un refrain dans le blues ce qu'elle a "fait pour cette famille". J'ai adoré ce climat qui va bien avec le blues rural du Sud, j'ai été enchanté.
J'ai pensé aussi à Black Boy de Richard Wright qui montre le rôle structurant de l'église pour ce qui est des rapports sociaux. L'instituteur a beau être laïc, il a à faire avec des gens qui se situent par rapport à la religion. La journée de classe commence par des versets bibliques.
Tout compte fait, j'ai trouvé ce livre passionnant et terriblement émouvant.
Le journal de Jefferson en phonétique m'a fait penser à Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes que nous avions lu : au début il ne sait pas écrire et fait beaucoup de fautes. À la fin, après l'échec du traitement, il se remet à faire des fautes et le roman se termine là-dessus.
Je veux lire d'autres livres de ce Ernest J. Gaines, dont j'ignorais totalement le nom jusqu'à maintenant. Vive le Groupe Lecture !
Manuel  
Je me reconnais dans les avis d'un certain nombre d'entre vous. Comme Claire j'ai peiné dans ma lecture, il y a beaucoup de répétitions. Je dirais que le livre est divisé en trois parties. Après le procès, la première partie expose les hésitations de Grant à aller à la prison pour parler avec Jefferson. On comprend que c'est une espèce d'humiliation pour Grant. Cette partie m'a paru très longue... La deuxième partie décrit les différentes visites et dans toutes les combinaisons (seul, avec ou sans la tante, avec le prêtre...). J'ai peiné et comme certains d'entre vous, j'ai moyennement cru aux discours de Grant à Jefferson. La troisième et dernière partie m'a énormément ému. Comme Séverine, j'ai pleuré. Il y a un effet cathartique et en cela, c'est très réussi. J'ai peut-être appréhendé ce moment terrible.
À mon avis, le défaut du livre est qu'il va dans trop de directions et laisse pas mal d'interrogations : pourquoi Grant est parti à l'université et est revenu ? Pourquoi Vivian a insisté pour que Grant aille à la prison ? Pourquoi Jefferson devient une figure christique ? Le laïc qui s'oppose au religieux. Ça entre en résonance avec l'actualité. Il y a trop d'idées qui sont comme des îlots, parfois répétitifs. J'ai aimé les descriptions. Celle de l'école est triste. La dernière nuit dans la cellule de Jefferson avec la fenêtre, le ciel bleu et les pacaniers qui évoquent la liberté perdue.
Certains étaient étonnés de la condition des Noirs aux États Unis. Si vous aviez vu le documentaire sur Arte sur le Ku Klux Klan, vous pouviez vous rendre compte du sort atroce des Noirs aux US.
De nouveau Joyce avec Gens de Dublin. Encore les Irlandais ! Grant voit en Parnell un modèle. L'Europe donne de l'espoir à cet instituteur.
Un grand livre, mais j'ouvre aux ¾.
Yolaine   
Belle découverte que ce livre que j'ouvre aux trois quarts.
Roman ou autobiographie ? La vie de Gaines, issu d'une communauté de Noirs descendants d'esclaves en Louisiane, se mêle étroitement à l'histoire tragique de Jefferson, jeune homme condamné à mort pour avoir été mêlé à un crime qu'il n'a pas commis, dans un village situé dans une ancienne plantation de canne à sucre aux alentours des années cinquante.
Même s'il s'agit d'une fiction, nous savons tous qu'elle se réfère à des faits historiques. Au-delà de cet intérêt "documentaire", ce témoignage d'un écrivain noir sur la vie des Afro-Américains nous permet de percevoir le vécu et le regard de populations à qui on n'a pas souvent donné la parole. Nous découvrons une culture différente de celle de la communauté blanche (celle-ci étant souvent persuadée qu'elle seule a le privilège de la culture), partagée par l'ensemble de la Caraïbe, marquée au fer rouge par la déportation des africains, l'esclavage et le travail forcé dans les plantations. Le rôle central des femmes, que les hommes n'ont pas su protéger (argument qu'on retrouve de façon récurrente dans la littérature antillaise), dans la vie du village, dans l'éducation des enfants et dans la survie de la communauté en est un des traits les plus marquants. La contrainte exercée par la collectivité (par le biais des femmes justement) sur le destin de chacun de ses membres m'a particulièrement frappée : l'instituteur comme le condamné à mort ne peuvent pas se limiter à leur destin individuel, leur action doit s'insérer dans le devenir collectif, ils se doivent d'être un exemple pour leur communauté.
La comparaison avec les Antilles s'arrête là, car le sujet est terriblement sombre et le désespoir total. À l'exubérance de nos auteurs des Antilles françaises s'oppose une souffrance que Gaines exprime dans un style très simple, très concret et avec une grande sobriété. La pudeur et les non-dits sont la règle. L'émotion atteint son paroxysme avec le dénouement inéluctable, à la fin d'un compte à rebours imposé au village entier. La construction de ce récit est magistrale. Seules quelques longueurs sans conséquence dans la narration (peut-être liées à un côté moralisateur assez typique de la mentalité américaine) m'ont empêché d'ouvrir ce livre en entier.
Katell  
Je partage beaucoup de choses qui ont été dites. C'est vraiment une découverte, je croyais bien connaître la littérature américaine... : encore un auteur nouveau !
J'ai bien aimé dans l'écriture à des moments la dimension témoignage (la vie de la communauté noire), à d'autres moments l'aspect roman (en tant que midinette comme Claire, j'ai bien aimé l'histoire d'amour) et le passage de l'un à l'autre.
La lecture du journal en phonétique m'a semblé facile à lire, sans doute habituée que je suis aux fautes d'orthographe de mes enfants...
J'ai senti une petite baisse de régime dans la narration. Mais globalement c'est une super découverte : c'est pourquoi le groupe lecture existe : pour nous faire sortir de nos zones de confort, des sentiers battus. Je ne suis pas toujours emballée par les livres choisis dans le groupe, mais cette fois, j'ai eu envie de participer et je remercie Etienne de nous l'avoir fait connaître. J'ouvre aux ¾ et ai envie de lire un autre livre de cet auteur.
Laura
Je n'ai pas grand-chose à dire sur ce livre, un peu comme Jacqueline à propos du dernier ouvrage. Je l'ai lu vite, et pour tout dire il ne m'a pas déplu, je n'y trouve pas spécialement de points négatifs. Le problème, c'est qu'il ne m'a absolument pas marquée ; je sais que dans quelques mois je l'aurais probablement oublié. Pourtant, je n'ai pas passé un mauvais moment à le lire… C'était juste… si j'ose dire, un peu plat. Le passage qui m'a le plus dérangée, et que j'ai énormément apprécié pour cela, correspond aux dernières pages de l'ouvrage, au journal de Jefferson (?). Cette écriture phonétique réveille énormément, comme un café bien corsé, mais aussi comme si l'auteur savait que son livre avait besoin de ces pages pour y donner une impulsion (peut-être aurait-il fallu entourer l'ouvrage de ce journal ? Mais je ne suis pas autrice.) Donc je suis légèrement dubitative, mais j'acquiesce quand même. C'est la rapidité de la lecture de ces pages forcée par la phonétique qui me fait pencher vers un "oui". Le rythme était enfin exalté. Bon, mise à part la fin, pas grand-chose, hormis quelques sentiments par-ci par-là : la tante qui force l'instit à voir le pauvre Jefferson, alors qu'il refuse (ça m'a énervée, on ne force pas les gens… quoique dans ce contexte ça se discute), comme si l'auteur se cachait dans le personnage de la tante, avec une vision omnisciente des événements. Finalement, après réflexion, ça m'énerve moins, et c'est un biais d'information plutôt intéressant.
Quand ma mère à pris le bouquin de mes mains pour lire la 4ème de couverture (oui…), elle a tout de suite pensé à Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Malheureusement, je l'ai lu bien trop jeune pour comprendre la problématique et pour m'en souvenir (peut-être que l'un d'entre vous fera le lien ?). Dans tous les cas, le sujet est intéressant, mais je garde la sensation qu'il n'a pas été exploité à fond. On pourra toujours dire que c'est le style de l'auteur, qu'il souhaite s'éloigner des romans à succès écrits par des Blancs, d'où mon ressenti (petit village, petite école, forte religiosité), ce qui n'empêche que chez moi… bah ça fait quand même "plouf". J'ouvre à demi.
Catherine
Si je n'avais pas très envie de lire l'histoire d'un condamné à mort ni de lire un autre livre encore au sujet des Noirs, j'avais envie de découvrir cet auteur que je connaissais pas et qui est pourtant connu.
Le début m'a tout de suite intéressée, les rapports entre les personnages, plus complexes qu'ils n'en ont l'air, les deux vieilles dames par exemple, Emma et Lou, la hiérarchie qui se crée selon l'échelle de la couleur, plus ou moins foncée, ce qu'on avait déjà vu dans Powers, l'église-école, les liens étroits avec la religion, les quartiers. J'ai été sensible à l'écriture, à la puissance d'évocation. En revanche, je suis restée assez indifférente à l'histoire d'amour entre Wiggins et Vivian. Les tiraillements (partir/rester) de l'instituteur sont intéressants, mais c'est un peu long.
La culpabilité ou non du condamné n'est pas le sujet. La fin est remarquable, uniquement sous forme d'une description, très concrète ; l'intensité monte en dépit de la simplicité : c'est très fort, alors même qu'on connaît la fin.
Merci Etienne pour cette belle découverte. J'ouvre aux ¾ en raison de mon petit décrochement.

Manuel
Dans La Petite Maison dans la prairie, il y avait aussi une église-école.
Geneviève 
J'ai lu 150 pages. Comme Catherine, je n'avais pas une passion folle pour accompagner un condamné à mort, fffttt, alors que je recherche plutôt une ambiance apaisante, la recréation d'un cocon en ce moment.
D'abord le livre en anglais est beau.

Je suis bien rentrée dans le livre grâce à l'écriture, j'aime beaucoup les écritures sobres, efficaces, et c'est le cas ici.
J'ai été accrochée par la complexité du personnage de l'instituteur, son rapport avec les élèves et le portrait du mauvais élève qu'a lu Rozenn me parle bien, avec l'exaspération de l'enseignant malgré sa conscience qu'il a de ce qui se passe hors de l'école. J'ai apprécié le personnage de Vivian, et la question du choix : rester dans un monde sans issue ou partir et trahir ses origines. C'est aussi la question, en devenant instituteur, du passage d'une classe sociale à l'autre : il y a toujours un prix à payer, c'est une question qui m'intéresse. Je n'ai pas encore assez avancé pour voir l'évolution de Jefferson et pour lire son journal. Je n'ai donc pas d'avis tranché sur la crédibilité de ce journal, mais pour ce qui est de la transcription orale des mots à l'écrit, j'ai l'habitude de lire de mauvaises copies et d'oraliser à la lecture pour bien comprendre. Lorsqu'on regarde la version originale (on regarde tous la première page en anglais que projette Geneviève), on voit bien qu'il s'agit de la transcription d'une sorte de créole, une version adaptée de la langue anglaise et pas une transcription phonétique maladroite. Ça rappelle les Aventures de Huckleberry Finn où la transcription de la langue de l'esclave échappé pose aussi des problèmes de traduction.
Ce livre fait partie des livres innombrables que le groupe lecture m'a fait découvrir et que je n'aurais pas lus autrement. Je me suis un peu forcée et c'est une belle découverte. Sur le même sujet, j'ai aimé Powers, que j'avais lu longtemps avant le groupe de lecture, et qui se passait à Philadelphia et Washington ; c'est plus rare de lire un roman qui se passe dans le Sud profond, la comparaison avec le racisme vécu dans les grandes villes du Nord est intéressante, particulièrement en cette période des "Black lives matter".
Fanny   (avis transmis et lu pendant la séance)
Je l'ai lu juste après Le temps où nous chantions et, malgré ses thématiques parfois proches, j'ai trouvé la découverte est intéressante.
Je suis globalement positive quant à mon avis, mais avec quelques réserves personnelles. J'ai trouvé fort peu sympathique le personnage du professeur, assez pédant et très égocentré, même si en même temps c'est assez juste de montrer qu'il continue à vivre sa vie. Il est certainement très amoureux de Vivian, mais reste je trouve centré uniquement sur ses propres préoccupations dans leur histoire.
Je n'ai pas aimé le passage de retranscription du cahier, avec l'orthographe en phonétique : je trouve que cela donne un côté voyeuriste face aux carences de Jefferson. Je trouve aussi un peu manichéens le contenu et ses dernières paroles, il n'est alors que bonté et altruisme... : peu crédible, l'humanité est plus complexe que "être une bête" ou ne penser qu'aux autres à l'heure de sa mort. Mais bon, cela sert le propos de l'auteur, même si je trouve cela un peu artificiel.
Cependant, le livre dans son ensemble m'a touchée, c'est un beau plaidoyer contre les préjugés racistes et contre la peine de mort. Sur le fond, j'adhère totalement malgré mes réserves sur la forme.
J'ai aussi trouvé bien amenée la fin, où la vie extérieure à l'exécution est racontée, comme une mosaïque, avec différents angles de vue.
J'ai également fait le "pari" que ce livre est tout à fait un livre pour le groupe qui risque de susciter des avis contrastés... ce qui fait je trouve la richesse de nos échanges.
Etienne
Il s'agit donc d'un livre que l'on m'a offert il y a quelques mois et je n'en avais évidemment jamais entendu parler. J'ai été rapidement séduit et au-delà du fait que l'auteur était inconnu du groupe et qu'il avait été distingué, voilà ce qui m'a poussé à vous le proposer. Au passage, je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il soit programmé aussi vite et j'en ai été presque pris de court pour le défendre.
Avant tout ce qui m'a plu dans ce livre c'est son ambiance, j'ai eu l'impression de plonger dans un univers inconnu. C'est donc le sud des États-Unis mais pas n'importe quel sud : le sud-ouest c'est-à-dire la Louisiane au début du 19ème. Il y a comme une sorte d'exotisme assez puissant, presque un sentiment caribéen : la gastronomie, le passé de la présence française qui imbibe la société. Tout cela passe évidemment en arrière-plan une fois que la tragédie est installée mais l'hameçonnage marcha fort bien.
La tragédie est brièvement installée et l'on comprend qu'il ne s'agira pas d'un combat judiciaire mais de tout autre chose. L'histoire est simple mais puissante : un homme essaie de redonner sa dignité à un autre homme. Une personne tiraillée entre son égoïsme et ce qu'il estime être son devoir. Finalement, et peut-être est-ce cela qui m'a plus, il s'agit surtout du combat intérieur d'un homme pour retrouver sa foi en l'homme dans sa dimension humaniste mais qui flirte aussi avec le religieux. A ce titre j'ai trouvé l'opposition avec le pasteur marquante et passionnante, ce dernier apparaissant au fil des lignes d'une complexité plus profonde qu'au premier abord. Tout ce qui est écrit paraît simple mais insuffler de la puissance.
J'ai lu qu'on appelait Gaines le "Faulkner noir". Je ne suis pas d'accord. Tout d'abord parce que je n'aime pas le procédé ; Gaines est Gaines et je ne vois pas pourquoi on devrait l'affubler de ce qualificatif pour lui donner des lettres de noblesse. Si l'on devait lui trouver une parenté auprès d'autres auteurs j'opterais plutôt pour Steinbeck ou Graham Green.
Un petit mot pour terminer sur le "cahier de Fergusson". Je me doute qu'il ne plaira pas à tout le monde et peut-être sera-t-il raillé. De mon côté il m'a ému aux larmes.
J'ouvre donc ce livre en grand.
Jacqueline (développant son avis après la séance)
Même si je n'en ai rien dit, je me joins à tous ceux qui ont remercié Etienne qui a proposé ce livre et remercie ceux qui l'avaient déjà lu et qui ont contribué à ce qu'on le programme.
Et un grand merci à Geneviève pour la rencontre ZOOM !!!
Un peu à l'impromptu, lors du tour que j'ai pris en route, j'avais parlé de ce que j'aimais dans ce livre que j'ouvre grand : le style efficace qui me rappelait la manière antérieure d'Hemingway — des faits, des phrases simples et des dialogues. J'avais aimé aussi l'évolution parallèle et indissociable de Grant et de Jefferson, et la manière dont elle est portée par tous ceux qu'ils aiment ou dont ils sont aimés.
Après avoir entendu tout ce qui s'est dit dans cette séance, la confrontation très riche avec les autres points de vue m'a donné l'envie de développer… (Vive le groupe !)
En fait, ce à quoi j'ai été le plus sensible à la lecture c'est, comme pour beaucoup, la description de cette communauté mais surtout la description du rôle qu'elle joue dans les évolutions individuelles.
Je n'ai pas remarqué les répétitions, les redites, parce que je ne les ai pas ressenties comme telles, mais peut-être comme la marque subtile des difficultés de ces évolutions. Il m'a semblé aussi qu'il faut tenir compte des contextes à chaque fois un peu différents qui vont les provoquer ou les accompagner.
D'autre part un autre livre de Gaines L'homme qui fouettait les enfants avait attiré mon attention sur les positions du narrateur. En effet l'auteur y joue autrement, dans le même cadre du tribunal de Bayonne (qui revient chez Gaines comme le comté de Yoknapatawpha chez Faulkner), de points de vue différents à l'intérieur de la narration. Dites-leur que je suis un homme débute et finit sur une espèce de point de vue général de la communauté au travers de ceux de plusieurs de ses membres (y compris, au commencement un point de vue de Jefferson : par un narrateur omniscient ? ou cela est-il le contenu des entretiens dont l'avocat a tiré sa plaidoirie ?) Ce récit choral, point de vue général, encadre l'évolution parallèle des points de vue plus particuliers de Grant comme narrateur et de Jefferson qui d'abord par son attitude où implicitement par quelques mots, puis par l'écriture, va pouvoir exprimer le sien.
Ce livre touche sans doute en moi l'ancienne enseignante et ses convictions. Il est aussi une merveilleuse illustration du crédit nécessaire à faire à la pensée de l'individu et à la reconnaissance de sa culture, si différente qu'elle soit de celle des autres, pour arriver à un échange...
Nous sommes habitués par notre éducation à lire aisément ce qui est écrit avec nos habitudes orthographiques et une lecture phonétique est rebutante et fastidieuse. Lors de ma première lecture, j'ai eu, comme beaucoup, tendance à survoler le journal de Jefferson.
Mais, à la relecture (une relecture générale du livre, avec au moins autant de plaisir : je découvrais bien des éléments qui m'avaient échappé auparavant !), je me suis confrontée à la transcription d'un discours hors code habituel, un exercice qui avait été le mien autrefois, j'ai alors découvert la richesse de ce journal de Jefferson. Après notre rencontre et dans le loisir du confinement, j'ai eu envie de m'amuser à le retranscrire parce qu'il m'avait paru un élément essentiel à l'ensemble et pas seulement une illustration de son "repentir" dû, avant tout, à la manière dont sa communauté l'a soutenu dans la peine qui lui a été injustement infligée ni non plus uniquement une illustration de la justesse du pari à faire sur ses capacités humaines...
A propos de pari, personne n'a parlé de celui entre Pichot et le shérif (voir chapitre 6 et leur visite à Jefferson dans la retranscription complète du journal par Jacqueline). Plus tard, Jefferson raconte une dernière visite du shérif qui donne à réfléchir sur l'importance que peut prendre un témoignage écrit, ne serait-ce que par la crainte qu'il inspire... (voir la retranscription récit de cette dernière visite du shérif).
Nathalie (avis transmis après la séance, sans avoir lu les avis précédents)
Si la fonction d'une œuvre littéraire est de provoquer des émotions, ce livre remplit alors pleinement son rôle ! J'ai été traversée tour à tour par l'intérêt, l'agacement, l'ennui, la colère, la sidération et un mal de ventre qui a peiné à quitter mon corps une fois ma lecture aboutie.
Je n'ai pas aimé ce livre, bien qu'au départ, j'aie pu en apprécier l'originalité et estimer, pour son époque de parution, l'épaisseur du projet. Mais très vite, je ne l'ai pas aimé. Je l'ai trouvé épuisant dans la longue liste des livres sérieux et pesants que les choix du groupe de lecture définissent. Il a été le livre de trop pour moi… même si je l'ai lu jusqu'au bout. Qu'est-ce que ce livre m'apporte au XXIe siècle que je ne puisse déjà imaginer ? Qu'est-ce que cette violence permanente imposée par la religion sur une âme simple qui n'a rien fait au monde que de n'être pas très maline, et au mauvais endroit au mauvais moment ? Qu'est-ce que je ne sais déjà de notre société basée sur le racisme, la séparation, les préjugés, l'intolérance et basée pour certains groupes dans la croyance et l'espérance d'une vie meilleure dans un ailleurs ? Qu'est-ce que ce personnage principal armé de sa baguette qui impose à ses élèves les mêmes douleurs que la société tranchée dans laquelle sa naissance l'a projeté ? Quel homme adulte est-il celui qui craint sa tante et ne sait s'y opposer et relever la tête ? En quoi est-il plus humain que celui qui se morfond en attendant sa mort et une éventuelle vie post-mortem ?
Quelle longueur dans les descriptions, les répétitions, les leitmotivs qui semblent vouloir nous rentrer dans le crâne de la même façon que les propos des uns et des autres. Je me suis dit que peut-être cette lenteur d'écriture était volontaire et en écho à l'attente du condamné. Si c'est le cas, alors, c'est réussi ; si ce ne l'est pas, le livre en son entier est un véritable pensum.
J'ai détesté le passage de Noël et les longues suites de listes, j'ai détesté la tentative grotesque de retranscription du cahier du condamné (alors que je l'ai adoré dans Des fleurs pour Algernon). Quel intérêt ? La transcription correcte aurait suffi et surtout aurait permis qu'on ait accès facilement à sa sensibilité et lui aurait donné un statut et une dignité que l'auteur lui a refusés : du coup j'ai sauté des pages et je n'ai pas pris connaissance de son journal dans son intégralité…
Bref, par pitié… cessons pour un temps de lire des livres aussi noirs qui ne nous permettent pas d'espérer en une humanité meilleure.
Je ferme intégralement.


QUELQUES INFOS SUR LE LIVRE, L'AUTEUR, SES ŒUVRES
    •
Livres publiés : traduction - nouvelles - romans
    • Le film adapté du roman
    • Quelques images de l'univers de Gaines
    • Articles - Interviews - Ce que l'auteur dit du roman (et qui éclaire sur sa composition)

ŒUVRES PUBLIÉES

Traduction et publication en français

Tous les livres de J. Gaines sont traduits en français par Michelle Herpe-Voslinsky et publiés aux éditions Liana Levi.
Les titres sont traduits parfois de façon très éloignée de l'anglais : c'est le cas du livre que nous lisons : A Lesson Before Dying = une leçon avant la mort, est traduit Dites-leur que je suis un homme.

Nouvelles
- 1956 : The Turtles
- 1957 : Boy in the Double-Breasted Suit
- 1960 : Mary Louis
-
1963 : Just Like a Tree
- 1963 : The Sky Is Gray — 1964 : A Long Day in November, publié sous le titre Le ciel est gris, dans Une longue journée de novembre en 1993. La traductrice reçoit pour cette traduction le Prix Maurice-Edgar Coindreau de la SGDL (Société des gens de lettres),
qui récompense une traduction de l'américain (Maurice-Edgar Coindreau fut le traducteur et l'introducteur en France de grands écrivains américains du XXe siècle : Faulkner, Steinbeck, Hemingway, Styron).
- 1966 : My Grandpa and the Haint
- 1971 : A Long Day in November, publié sous le titre Une longue journée de novembre, suivi de Le ciel est gris en 1993 ; une des nouvelles est publiée sous le titre Ti-Bonhomme en 2002
- 2005 : Mozart and Leadbelly: Stories and Essays, publié sous le titre Mozart est un joueur de blues en 2006 : le livre comporte 5 nouvelles avec une préface qui relève de l'essai.

Romans

- 1964 : Catherine Carmier, publié sous le titre Catherine Carmier en 1999
- 1967 : Of Love and Dust, publié sous le titre D'amour et de poussière en 1991
- 1968 : Bloodline, publié sous le titre Par la petite porte en 1996
- 1971 : The Autobiography of Miss Jane Pittman, publié sous le titre Autobiographie de Miss Jane Pittman
en 1989, adapté pour CBS Television en 1974 par John Korty
- 1978 : In My Father's House, publié sous le titre Le nom du fils en 2013
- 1983 : A Gathering of Old Men, publié sous le titre Colère en Louisiane en 1989, adapté pour CBS Television en 1987 par Volker Schlöndorff (USA-RFA)
- 1993 : A Lesson Before Dying - Prix National Book Critics Circle Award en 1993 et choix par Oprah's Book Club en 1997, publié sous le titre Dites-leur que je suis un homme en 1994, adapté pour la chaîne HBO en 1999 par Joseph Sargent
- 2002 : Three Men, publié sous le titre Quatre heures du matin en 2002 (court roman, 84 p.)
- 2017 : The Tragedy of Brady Sims publié aussi sous le titre The Man Who Whipped Children, publié sous le titre L'homme qui fouettait les enfants en 2016. À noter : ce r
écit s’ouvre dans une salle de tribunal où un jeune homme vient d’être condamné à la chaise électrique pour braquage et meurtre.
LE FILM adapté du roman que nous lisons

Le film de Joseph Sargent, adapté en 1999 du roman, est en ligne en vf ou en vo, non sous-titré et en plusieurs épisodes, A Lesson Before Dying :
- partie 1
- partie 2
- partie 3
- partie 4
- partie 5



QUELQUES IMAGES de l'univers de Gaines
Cabane natale de Gaines à River Lake Plantation dans le petit village Oscar, où il a vécu jusqu'à 15 ans
Demeure du propriétaire de cette plantation de cannes à sucre qui inspire celle d'Henri Pichot dans le livre
Les "quartiers" de la plantation où la famille Gaines a vécu durant cinq générations - quartiers qu'on retrouve dans le livre.
Église-école que fréquenta Gines durant 7 ans et qui sert de modèle à celle du livre (rachetée et restaurée par Gaines, voir ci-dessous)
Sucrerie du village où habite Gaines
Boîte de nuit fréquentée par Gaines, lieu de danse et de bagarres.
Ces images ci-dessus transmises par Gaines sont extraites du livre de Valérie Croisille-Milhat, Ernest J.Gaines : griot du Nouveau Monde (L'Harmattan, 2006), écrit à partir de sa thèse.
Ernest J. Gaines a racheté un terrain dans la plantation où il est né et a travaillé enfant. Il y a fait construire une maison, a fait déplacer l'église-école au fond de son jardin et s'est ensuite occupé avec sa femme du cimetière où sont enterrés les gens qui ont travaillé sur place (voir ici le site d'archives achievement.org d'où émane la photo ci-dessous)
Le président Obama décore Ernest J. Gaines de la Médaille nationale des arts en 2012 à la Maison Blanche. Il était Chevalier des arts et des lettres en France depuis 2000.

ARTICLES ET INTERVIEWS

• Articles
› à la sortie du livre en France
- "RENCONTRE Ernest J. Gaines, mémoire de Louisiane", Jean-Louis Perrier, Le Monde, 26 novembre 1994 : un article passionnant, une rencontre avec Gaines.
- "Gaines de violence", Gérard Meudal, Libération, 9 juin 1994.

› à sa mort
- Un article qui fait le
point sur son parcours et son œuvre :
"La mort d'Ernest Gaines, écrivain américain", par Gladys Marivat, Le Monde, 11 novembre 2019.

pour approfondir

- Une étude : "Ernest J. Gaines : Louisiane Blues", par Marie Liénard, Études, janvier 2007. Plan de l'article : Gaines et Faulkner - Entre griot et bluesman - Quand le blues se fait littérature - Le blues comme lieu de mémoire - Pour une poétique du blues. Marie Liénard a, avec Gérald Préher, rassemblé les actes d'un colloque sur Gaines en 2006, sous le titre Plus sur Gaines : sélection d'actes du colloque... (éd. Atlande, 2006).

• Interviews et docs en anglais
- "An Interview with Ernest J. Gaines", par Jennifer Levasseur et Kevin Rabalais, The Missouri Review, 1er décembre, 1999.
- "An Interview with the late Ernest J. Gaines from 2007", site de la Fondation de Louisiane, Baton Rouge Area Foundation.
- Vidéo :
A Conversation with Ernest J. Gaines, documentaire de Lawrence Bridges, 2009, 20 min (His childhood in the plantation - Education in California - Becoming an African-American writer - His inspirations - A Lesson Before Dying - Awards and personal life).
- Le blog du Centre Ernest J. Gaines comporte des informations sur l'œuvre de Gaines et sa relation avec la littérature américaine, la littérature sudiste, la littérature afro-américaine et la littérature mondiale : ernestgainescenter.blogspot.com/

Ce que l'auteur dit du roman (et qui éclaire sur sa composition)

Le thème

Dans Colère en Louisiane, vous donnez au lecteur les deux points de vue - noir et blanc - pour montrer ce que chaque côté vit et comment il vit.
Gaines : C'est ce que devrait être l'écriture : présenter autant de facettes que possible. Je ne suis pas intéressé à voir un seul côté de quoi que ce soit. L'une des raisons pour lesquelles je crée deux personnages tragiques avec Grant et Jefferson dans Dites-leur que c'est un homme, c'est parce que je voulais que ce soit davantage qu'une histoire sur un jeune homme noir assis dans le couloir de la mort. J'avais besoin de quelqu'un pour aller à la prison et enseigner à Jefferson, mais aussi quelqu'un qui apprendrait en enseignant parce qu'il est également en prison ; Grant est dans une prison parce qu'il est incapable de vivre comme il aimerait vivre. J'ai dû découvrir comment il pourrait sortir de ça. Jefferson, bien sûr, trouve la libération dans la mort, et Grant doit assumer la responsabilité de devenir une meilleure personne, un meilleur enseignant. Je ne voulais pas une histoire simplement sur une personne exécutée ; nous en avons eu beaucoup, trop. Je voulais autre chose, un autre élément ajouté à ce roman.

Les influences de Gaines, par exemple concernant la prison du roman

- Vous avez déjà dit que vous étiez influencé par les films japonais, dont Rashomon, l'histoire d'un meurtre racontée de plusieurs points de vue.
Gaines : J'ai vu Rashomon il y a de nombreuses années, et cela a eu un de l'effet sur moi, tout comme Faulkner, Joyce et toutes les autres œuvres que j'ai lues. Ils disent que si vous volez une personne, vous plagiez, mais si vous volez une centaine de personnes, vous êtes un génie. Vous n'empruntez pas entièrement à Faulkner, entièrement de Rashomon ou entièrement à Hemingway. Vous apprenez de tous, comme tous les écrivains l'ont fait. Vous apprenez des gens que vous lisez.

Quelles sont les autres influences importantes sur votre œuvre ?
J'ai été influencé par les grands cinéastes français des années 50 - Truffaut, par exemple, en particulier Les 400 coups et Ne tirez pas sur le pianiste. Quand j'écrivais Dites-leur que je suis un homme, j'ai vu un film à la télévision avec Danny Glover, et cela a eu un effet énorme sur moi. Danny Glover joue le rôle d'un travailleur social qui visite les prisons. Il y a un prisonnier qui va tout faire pour l'importuner. Les petites choses qu'il fait pour irriter Danny Glover m'ont fait penser : "ça c'est super !" Je n'ai jamais rendu visite à personne en prison à plusieurs reprises. Il y a quelques semaines, je parlais avec des enfants dans une prison à Orlando, en Floride. C'étaient des meurtriers, des marchands de drogue. Ils avaient seize et dix-sept ans. Mais je n'ai jamais fait des allers-retours comme Grant le fait dans Dites-leur que c'est un homme. En regardant ce film avec Danny Glover, je me suis dit : "C'est ce qui arrive quand vous revenez souvent en prison pour rendre visite à quelqu'un. Il va toujours chercher à faire quelque chose pour vous agacer". C'est comme ça que j'ai décidé de faire en sorte que Jefferson ne parle pas, ou dise quelque chose pour ennuyer Grant. Ce que je veux dire, c'est que vous apprenez de toutes ces situations.

Le journal de Jefferson

- Le journal de Jefferson est l'une des parties les plus émouvantes de Dites-leur que c'est un homme. Vous entrez dans sa tête, mais en tant que lecteurs, nous savons que Grant ne reçoit le cahier qu'à la fin. Il est puissant non seulement en raison de son contenu, mais aussi parce que le lecteur lit le journal avant que Grant ne le reçoive. Comment avez-vous choisi son emplacement ?
- Gaines : J'ai fait en sorte que cela fonctionne chronologiquement avec le reste du roman. Ce livre a été traduit en allemand, et ils ont déplacé le chapitre du cahier à la fin. Je pensais que ça devrait être avant la fin, de manière à ce que vous puissiez encore voir Jefferson après sa mort, après que Grant a reçu le cahier. J'ai vendu les droits à HBO. Ils sont censés commencer à le tourner en octobre 1998. Je n'ai aucune idée de ce qu'ils vont en faire ni où ils vont le filmer. Le livre a également été adapté en tant que pièce de théâtre pour l'Alabama Shakespeare Company.

(...) Il n'était pas trop difficile de trouver la voix du journal de Jefferson dans Dites-leur que je suis un homme parce que je l'ai après avoir travaillé sur le roman pendant cinq ans. Je connaissais son caractère et ce qu'il dirait, comment il s'exprimerait.

La composition

- Le roman est cinématique de la même manière que La mort d'Ivan Illitch de Tolstoï. Le lecteur voit chaque mouvement des personnages comme s'ils étaient sur une scène.
- Gaines : Une des choses que j'ai apprises de Pères et enfants de Tourgueniev est que quelque chose se passe toujours dans un cadre, puis vous passez à autre chose. Si vous regardez les chapitres de ce roman, je pense qu'aucun n'est plus long ou plus court que les autres. J'ai rédigé un brouillon chaque semaine, puis je l'ai revu. Ils finissaient toujours par avoir le même nombre de pages. J'ai dû écrire ce livre sur une période de sept ans, n'écrivant que la moitié de l'année parce que j'enseignais à l'USL. Je retournais à San Francisco fin décembre et je recommençais à la fin janvier, j'écrivais jusqu'à fin juillet, quand j'étais prêt à revenir à Lafayette et à enseigner. Dites-leur que je suis un homme est le seul roman que j'aie jamais écrit de cette façon, et cela m'a vraiment fait peur, la première fois, parce que je ne savais pas comment j'allais m'y remettre après l'avoir mis de côté pendant six mois. J'avais peur que le lecteur voie ces pauses, alors j'ai travaillé à les aplanir. Il est possible que cette manière de faire ait été bien, parce que si le roman avait été écrit en trois ans, je n'aurais peut-être pas eu autant d'éléments différents dans l'histoire. Ainsi je ne sais pas si j'aurais eu le cahier, dans l'histoire.

Le succès en 1997

Grâce à Oprah Winfrey, star de la télévision américaine, qui a fait avec l'Oprah's Book Club, de 1996 à 2011, la promotion d'auteurs qui connaissaient à la suite de l'émission un boom dans les ventes.

- Le roman avait déjà attiré l'attention lorsqu'il a remporté le National Book Critics Circle Award en 1993. Avez-vous senti que vous avez eu de nombreux nouveaux lecteurs en raison de l'influence d'Oprah ?
- Gaines : Oh oui. Avant, le livre se vendait bien, mais il se vendait aux lycées et aux bibliothèques. Avec Oprah, il s'est vendu au grand public. Il y a eu entre 800 000 et un million d'exemplaires imprimés dès qu'elle l'a annoncé. Tout le monde connaissait l'Autobiographie de Miss Jane Pittman, mais on ne savait pas qui l'avait écrit. Maintenant, ils savent qu'Ernest Gaines a écrit Dites-leur que je suis un homme parce qu'ils m'ont vu dans l'émission. Je reçois de nombreuses lettres de personnes de tout le pays et de différentes régions du monde, et la plupart d'entre elles viennent d'hommes blancs, probablement d'âge moyen. C'est la première fois que je reçois des lettres de ce groupe particulier. Bill Gates a déclaré que Dites-leur que c'est un homme était l'un de ses livres préférés, avec L'attrape-cœurs. C'est bon à entendre, mais il ne m'a jamais envoyé des trucs informatiques. J'ai toujours reçu de nombreuses lettres d'étudiants, mais il semble que Dites-leur que je suis un homme ait touché beaucoup de gens.
- Comment avez-vous vécu toute cette attention à votre égard ?
- Gaines : Je suis heureux que les gens lisent le livre, mais à part ça, rien n'a changé pour moi. J'enseigne. Ma femme et moi allons toujours dans les mêmes restaurants. Nous rendons toujours visite à nos amis, des choses comme ça.

Tous ces propos sont extraits de "An Interview with Ernest J. Gaines", par Jennifer Levasseur et Kevin Rabalais, The Missouri Review, 1er décembre 1999.
Par ailleurs, on peut écouter en anglais une conférence de Gaines sur son livre, 5 octobre 2000, Old Dominion University, Norfolk, Virginie (1 h).

 
Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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