Points, 384 p.

Quatrième de couverture : Anellia a toujours vécu envers et contre. Fille de rien, elle trompe le destin en intégrant l'université. Intellectuelle brillante, elle renvoie ses camarades à leur médiocrité et à leur ambition risible de trouver un mari. Mais sa rencontre avec Vernon Matheius, un étudiant noir qui tient tête au professeur et aux insultes racistes fusant dans l’amphithéâtre, lui fera lever un tabou beaucoup plus grand.

« Mon père s'avança et il dit d'une voix claironante : 'Ne laisse jamais aucun salpard te sous-estimer.

Née en 1938, Joyce Carol Oates est une nouvelliste et romancière prolifique, récompensée par de nombreux prix littéraires. Les Chutes, Mudwoman et Maudits sont notamment disponibles en Points.

« Je vous emmène véhicule, avec humour, une ardente envie de la vie. » (Olivier Barrot, « Un livre un jour », France 3)
Livre de poche, 352 p.

Quatrième de couverture : « En ce début des années soixante, nous n'étions pas encore des femmes mais des jeunes filles. Fait qui, sans ironie aucune, était considéré comme un avantage. » Ainsi commence cette chronique de la vie d'un campus américain à l'époque où le seul diplôme reconnu pour une demoiselle qui se respecte était une bague de fiançailles. Que se passe-t-il dans ce petit monde édulcoré quand une jeune femme pas comme les autres s'éprend d'un étudiant noir alors que la ségrégation raciale bat son plein ? Voilà le point de départ de ce tableau d'une Amé-rique avant la tempête, encore perdue dans ses rêves d'innocence. Bien plus qu'une réflexion critique sur une période souvent évoquée avec nostalgie, Je vous emmène retrace le parcours d'une jeune fille indépendante, à la fois vulnérable et rebelle. Pleine d'humour et de doutes, c'est dans l'écriture qu'elle trouvera sa place et construira son identité en dehors des modèles offerts.

Joyce Carol OATES (née en 1938)
Je vous emmène (2002, traduit en 2004 par Claude Seban)

Nous avons lu ce livre pour le 16 octobre 2020 (avis en cours de mise en ligne)

Laissons-nous emmener avec :
Quelques éléments biographiques
Une œuvre prolifique
qui mobilise nuit et jour les traducteurs...
Interviews et portraits
: vidéo, radio, articles ; et aussi :

   o Que dit Joyce Carol Oates de Je vous emmène ?
o Que dit Russell Banks de Joyce Carol Oates ?
o Que répond Joyce Carol Oates aux questions qu'elle se pose à elle-même...?
o Pourquoi son écriture est-elle si violente ?

QUELQUES ÉLÉMENTS BIOGRAPHIQUES
- Née en 1938, dans une famille rurale très pauvre, après la dépression ; les parents habitent chez les grands-parents maternels ; elle a un frère et une sœur autiste. Les origines de sa famille : irlandaise, allemande, hongroise et juive.
- L'école est une classe unique où sa propre mère fut élève. Brillante, elle obtient une bourse pour faire ses études à l'Université de Syracuse (celle du roman que nous lisons...). Major de sa promotion.
- Elle rencontre à l'université de Wisconsin son premier mari, pour une relation de 47 ans jusqu'à sa mort : une relation à la Virginia/Leonard Woolf. Comme Woolf, elle a subi une agression sexuelle. L'anorexie lui donne son physique si "mince".
- Sa grand-mère paternelle joue un grand rôle dans son enfance en lui fournissant une carte de bibliothèque, en lui offrant une machine à écrire. Très tôt, même avant de savoir lire et écrire, elle raconte des histoires en dessin.
- Son premier roman est publié en 1964. Elle est peu connue en France jusqu'au livre sur Marylin Monroe, Blonde, en 2000, et surtout le prix Femina en 2005 pour Les chutes.
-
Après 10 ans d'enseignement à l'université au Canada, elle sera de 1978 à 2014 professeur de littérature à l'Université de Princeton ; elle enseigne entre autres Flaubert... ; elle participe à des programmes de creative writing (ses conseils ICI).
- Joue du piano, fait de la course à pied, fait elle-même le ménage, aime les animaux.
- Elle a parmi ses amis des auteurs de Voix au chapitre : Richard Powers, Russel Banks...


UNE ŒUVRE PROLIFIQUE q
ui mobilise nuit et jour les traducteurs...
Amélie Nothomb est battue car Joyce Carol Oates écrit plus d'un livre par an. Elle a publié plus de 200 livres : romans (signés de trois pseudonymes différents), nouvelles, pièces de théâtre, poésie, livres jeunesse, essais, journal et mémoires.
Sont traduits en français et disponibles en 2020 :
-aux éditions Philippe Rey : 47 livres
- Points : 40
- Stock : 20
- Livre de poche : 16
- Gallimard Folio : 5
- Gallimard jeunesse : 5
- J'ai lu : 4
- Actes Sud : 2
- Tristram : 1
- Albin Michel : 1

Recensant toutes ses œuvres, Celestial Timepiece est un site entièrement consacré à Joyce Carol Oates, géré par un bibliothécaire, Randy Souther, et qu'alimente aussi l'auteure.

La traductrice Claude Seban qui a traduit 40 de ses livres n'arrête pas : un emploi à temps plein depuis 24 ans... Quelques extraits d'une interview :

Quel effet cela fait-il de vivre jour après jour, pendant plus de vingt ans, à l’intérieur d’une œuvre ? Est-on absorbée, possédée par elle ?
"Disons que je m’identifie souvent aux personnages de ses romans… le temps d’une traduction (...) oui, je vis dans son univers, j’ai l’impression de connaître ses personnages comme s’ils étaient réels mais, je vous rassure, je ne suis pas possédée."
Quels défis cette écriture représente-t-elle pour une traductrice ?
"Le rythme haletant, les difficultés du texte, tout cela m’attirait - m’attire toujours. Les difficultés sont à la fois le moteur et l’angoisse du traducteur : elles le stimulent, et elles l’angoissent parce qu’il se demande s’il rend justice à l’auteur, s’il n’est pas un imposteur."
Comment travaillez-vous concrètement avec Joyce Carol Oates ? La connaissez-vous bien ?
"Je la connais surtout par ses ouvrages. Je l’ai rencontrée lors de ses différents passages à Paris, toujours dans un cadre professionnel. Pour la traduction, je me limite aux questions essentielles. Étant donné les décalages dans le temps et sa rapidité, Oates est généralement déjà passée à autre chose lorsque je la questionne sur un livre. Et puis, je ne suis pas sûre que la cuisine du traducteur l’intéresse. Une fois, elle m’a dit : 'Si ce n’est pas clair, supprimez.' Sur un plan moins professionnel, il m’arrive de lui envoyer des photos de chats" (voir l'interview complète de la traductrice).

Ne pas manquer à ce sujet animal le texte de Joyce Carol Oates "Mon chat thérapeutique et moi", écrit à l'occasion des milliers de morts du coronavirus aux USA (publié dans Le Times Literary Supplement, puis Libération, 24 mai 2020)...

INTERVIEWS ET PORTRAITS de Joyce Carol Oates

Vidéo et radio
- France 5, Carnets de Route de François Busnel, Entretien, 2012, 8 min 46.

- France Culture, La Grande Table, "Le pays baigne dans une atmosphère toxique", 13 octobre 2020, 27 min.
- France Culture, La Compagnie des auteurs, deux émissions de 58 min : Miss America, 18 octobre 2017 ; Le but de l'art, 14 décembre 2017 avec Nancy Huston (qui partagea le même agent littéraire...)
- France Inter, L'Heure bleue par Laure Adler, deux émissions : 8 novembre 2016, 52 min ; 17 septembre 2020, 53 min.
- France Culture, Une vie une œuvre, 13 février 2000, avec la traductrice.

Articles
Portraits et interviews
- "Chaque livre est un défi", propos recueillis par Josyane Savigneau, Le Monde, 3 août 2009.

"J'aime beaucoup Stendhal (...) Proust, bien sûr, mais aussi Claude Simon que nous avons publié, mon mari et moi, dans notre petite maison d'édition, bien avant son prix Nobel. C'est un très bon écrivain, dans une veine faulknérienne. Sartre, je l'ai beaucoup lu.
- Et Simone de Beauvoir ?
C'est un grand écrivain, mais je trouve sa vie avec Sartre, sa soumission à lui, pathétique et peu en accord avec son féminisme."

- "J’aime travailler avec des personnages extrêmes", propos recueillis par Yolaine Destremau, Books, n° 47, octobre 2013

"Il n'y a pas de plan de carrière en littérature. On réfléchit au jour le jour, avec chaque livre qu'on a devant soi. Un peu comme l'épouse qui prépare le dîner, au début d'un mariage, sans songer un seul à l'instant qu'elle sera peut-être mariée au même homme pendant cinquante ans, sans songer un seul instant à tous ces dîners qu'ils partageront et à toutes les vaisselles qu'ils feront ensemble. Je ne savais pas que j'écrirais tant de livres, je ne savais pas que je deviendrais aussi prolifique."

"J'écris sur le mal. L'un des moteurs de l'écriture consiste à confronter la part éduquée, civilisée, de l'être humain à sa part de sauvagerie."

- "J'aime les personnages qui ne s'effondrent jamais totalement", propos recueillis par Marine Landrot, Télérama, 21 février 2014

"Pourquoi votre œuvre est-elle si abondante ?
Sans doute parce que j'attends toujours d'écrire LE livre qui restera. Mais je crois que le nombre importe peu, et qu'il faut prendre chaque livre comme une entité indépendante des autres. J'écris des livres très variés, dans des styles différents. Je suis formaliste avant tout, à la recherche du langage le plus adapté pour décrire une situation. À chaque ouvrage, j'explore un nouveau mode d'expression."

- "Dix clés sur Joyce Carol Oates sinon rien", par Josyane Savigneau, Le Monde, 6 octobre 2014, et...

"Son éditeur, presque pour plaisanter, lui a ouvert un compte twitter, @JoyceCarolOates. Elle s'est prise au jeu. Elle a plus de 100 000 abonnés. 'Twitter est devenu une autre manière de tenir mon journal intime. Certes, j'écris toujours ce journal, mais pas quotidiennement. Et les pensées ou remarques qui me viennent soudain, je les mets sur Twitter.' Si l'on s'amuse à lire à la suite ses tweets, on peut y voir aussi une autre manière d'écrire, une fois encore, de la fiction. Ou de parler de littérature."

- "Joyce Carol Oates, la possédée", par Josyane Savigneau, Le Monde, 17 octobre 2014

Joyce Carol Oates, elle, s'étonne que cette extraordinaire productivité - elle travaille parfois à trois livres en même temps - apparaisse à tous comme une énigme : "Franchement, je ne vois pas ce qu'il y a là d'étonnant. Je suis écrivain, j'écris. Je ne sais pas combien de livres j'ai écrits, je ne compte pas, cela ne m'intéresse pas. Les artistes font ce qu'ils ont à faire. Picasso ou Monet savaient-ils combien de toiles ils avaient peintes ? Les photographes savent-ils combien de photos ils ont prises ?"

Si la retraite de Philip Roth demeure mystérieuse, l'impossible retraite de Joyce Carol Oates ne l'est pas. Elle se sent totalement "construite, déterminée" par le fait d'écrire. Cesser de le faire serait une sorte de condamnation à mort. Elle se sent très loin de Roth, et bien plus proche de Marguerite Yourcenar qui souhaitait écrire "jusqu'à ce que le stylo tombe des mains".

- Comment devient-on Joyce Carol Oates, propos recueillis par Thomas Stélandre, Libération, 29 septembre 2017

"La vérité, c’est qu’elle me fait peur", nous confiait il y a peu une romancière américaine (dont on taira le nom). "A chaque fois que je la croise, on dirait que c’est quelqu’un d’autre." Lors de notre dernier entretien, elle portait dentelle et chapeau, éthérée, comme échappée d’un conte. Ce coup-ci, elle assure la promo en baskets de running, buvotant un Coca rouge. Toujours un peu réfrigérante, suivant le sujet abordé. Un seul l’enchante : les chats, "mon lien avec le passé".

Vous semblez toujours vouloir essayer quelque chose de nouveau…
"Oui, tout le temps ! En ce moment, je m’intéresse aux univers parallèles, au genre de la dystopie. Pour certains, nous sommes dans une réalité parallèle depuis quelque temps : imaginez, Donald Trump président ! Quelle mauvaise plaisanterie ! Pardon, mais vous ne pouvez rien trouver de mieux ? Ah, c’est la réalité ? Je veux dire, Ubu n’était pas vraiment roi, c’était une blague."

- "J'ai une passion pour la vie extraordinaire des gens ordinaires", propos recueillis par Nathalie Crom, Télérama, 4 octobre 2017.

Ma grand-mère "m’a offert mon premier livre et mon premier pass d’accès à la bibliothèque municipale. En fait, elle me faisait cadeau d’un livre pour tous mes anniversaires et à chaque Noël. Ce n’était pas si courant à l’époque. C’est elle qui, en 1947 – j’avais neuf ans –, m’a fait connaître Alice au pays des merveilles, l’ouvrage qui a changé ma vie et m’a orientée vers l’écriture, en changeant mon regard sur le monde, en m’incitant à le voir comme un spectacle étrange, indéchiffrable, mais captivant."

- "Je n’abandonne jamais une histoire, je la poursuis", par Florence Noiville, Le Monde, "Un écrivain à l’ouvrage", une série en cinq épisodes, 15 juillet 2020.

"Je devais avoir 13 ou 14 ans quand ma grand-mère m'a offert un cadeau magique. Une petite machine à écrire portable de marque Olivetti, dont je suis immédiatement tombée amoureuse." Oates parle de cette machine comme un ouvrier de son meilleur outil. (...)
C'est ainsi qu'est née, il y a plus de soixante ans, la petite fabrique d'écriture de Joyce Carol Oates : au moment où elle a solennellement posé son Olivetti sur la table de sa chambre.
Mais l'outil ne suffisait pas, il lui fallait aussi la matière première. A l'époque, Oates habite une ferme, à Millersport, non loin d'Amherst. Cette campagne de l'Upstate New York qu'elle adore - on la retrouve dans Nous étions les Mulvaney (Stock, 1998) - va la lui fournir.
La basse-cour de la ferme en particulier. Il y a là un poulet adorable, Happy, dont elle a fait son "volatile de compagnie". C'est lui qui lui donne sa première leçon de métaphysique. Dans Paysage perdu (Philippe Rey, 2017), Oates raconte ce jour mémorable ou, pénétrant dans la cuisine, elle voit un corps "blanchâtre, sans peau ni tête, mijotant dans une grande casserole sur la cuisinière, des globules de graisse jaunâtre bouillonnant à la surface". C'est Happy qui cuit à feu doux. De cette étrange expérience de la mort, elle tire ses premières histoires et un enseignement-clé : l'existence peut être douce et cruelle simultanément. Happy and unhappy. Un alliage complexe mis au point dès cette époque. Un secret de fabrication que l'on retrouve, encore aujourd'hui, dans tous ses livres.

Que dit Joyce Carol Oates de Je vous emmène ?
- Les "fraternities" et "sororities", sont des organisations sociales propres aux universités américaines. La "sororité" Kappa Gamma Pi du livre ("démoniaque", commente Oates), ça existe ? Il y un site : kappagammapi.org. Mais Joyce Carol Oates a connu ça ? En moins caricatural dit-elle, oui, et elle continue de voir "ses sœurs de Phi Mu". Ce qui rappelle le livre publié en 2002, c'est que dans les années 2010, cette sororité a été sanctionnée pour bizutage et promesses humiliantes ; de même des membres actifs, et d'anciens membres ont empêché l'adhésion de candidats noirs en raison de leur race...

- Annelia, ce n'est pas elle quand même ?! Et la sororité ?

"Le personnage non nommé de Je vous emmène s'exprime avec ma voix, pratiquement inaltérée. Le plus souvent, j'ai recours à des voix fictionnelles, qui sont parfois aux antipodes de la mienne (...) Annelia - puisqu'elle s'est avérée s'appeler ainsi - est un autoportrait à peine romancé, une autre moi-même en encore plus... voir la suite.

- Annelia est très amoureuse d'un Noir. Nombre de livres de Oates ont pour thème central les tensions entre Noirs et Blancs.

"Si je me suis souvent penchée sur la vision qu'une fille ou qu'une femme blanche pouvait avoir d'un homme ou d'un garçon noir, c'est pour des raisons évidentes. Mes quelques camarades de classe noirs, au collège de North Park, à Lockport, firent sur moi une forte impression, vu qu'il n'y avait pas de Noirs dans la zone rurale où je résidais. Les Blancs sont émotionnellement attirés par les Noirs, hommes ou femmes. C'est peut-être comparable au rapport que la plupart des femmes entretiennent avec les hommes homosexuels"... voir la suite.



Que dit Russell Banks de Joyce Carol Oates ?
C'est l'auteur le plus comique que j'aie rencontré... voir la suite

Que répond Joyce Carol Oates aux questions qu'elle se pose dans une interview d'elle-même...?
Où elle explique ses trois noms et pourquoi quand on lui demande sa profession, elle ne répond pas "écrivain", mais "enseignante". Voir l'interview.

Pourquoi l'univers de vos livres est-il si cruel ? Pourquoi votre écriture est-elle si violente ?
Réponse de Joyce Carol Oates qui montre en quoi la question est sexiste...

 

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

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Photo : Le 3 mars 2011, Barack Obama a remis à Joyce Carol Oates ainsi qu'à Philip Roth la médaille nationale des humanités pour "contribution aux lettres américaines".