De janvier à juin 2007, Princesse Bari est paru en feuilleton dans le quotidien Hankyoreh. En juillet, le roman a été publié en un volume chez Changbi.

HWANG Sok-yong, Princesse Bari, trad. du coréen Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Picquier, 2013 ; rééd. Poche 2015, 288 p.

Quatrième de couverture : Princesse Bari conte l’histoire d’une jeune fille, frêle et courageuse, qui fuit la Corée du Nord à la fin des années 1990, se réfugie un moment en Chine avant de traverser l’océan à fond de cale d’un cargo et de débarquer dans un Londres clandestin où se côtoient toutes les langues et religions. À Londres, Bari gagne sa vie comme masseuse, mais elle ne soigne pas seulement les corps, elle console aussi les âmes. Car Bari a hérité de sa grand-mère des dons de voyance qui lui permettent de voyager dans les rêves et de lire les cauchemars dont souffrent les autres. Ce roman, habité par l’âme d’une jeune fille affrontant seule, avec confiance et obstination, de terribles épreuves, puise aux sources anciennes du chamanisme coréen : il transfigure une très ancienne légende où une princesse abandonnée va chercher à l’autre bout du monde l’eau de la vie qui permettra aux âmes des morts de connaître enfin l’apaisement.

HWANG Sok-yong (né en 1943)
Princesse Bari (2007, traduction française 2013)

Nous avons lu ce livre pour le 21 novembre 2025.

Nous avons lu en juillet 2025 Monsieur Han qui nous avait donné le désir de lire un autre livre de cet auteur.
Un peu de doc autour du livre en bas de page.

Nos 15 cotes d'amour
MoniqueRozenn
EntreetClaire  
Annick L Brigitte
Catherine
 •Danièle FannyJacqueline
Entreet Christelle
Françoise RenéeRichard
Jérémy
Manuel

Fanny(avis transmis)
J'ai eu plaisir à retrouver la plume de Hwang Sok-yong. Je trouve sa narration toute en pudeur et en délicatesse. Comme dans
Monsieur Han, il raconte l'histoire d'une personne qui a souffert, mais sans tomber dans le pathos ni en faire un portrait de victime et en aucun cas de quelqu'un de passif. Tout comme dans Monsieur Han, l'histoire individuelle est indissociable de l'Histoire et des événements sociaux et politiques qui viennent percuter avec fracas l'existence des personnes ou personnages de ces deux ouvrages.
Certains passages de la migration avec la grand-mère m'ont fait penser à Sans famille. Et tout du long du roman j'ai pensé La Maison aux esprits, à Clara et à sa grand-mère.
J'ai beaucoup aimé également cette coexistence de vieilles traditions chamaniques et de période contemporaine.
Enfin, j'ai trouvé que ce roman est un beau plaidoyer pour la paix et la tolérance en particulier dans l'union entre Ali et Bari et la manière dont ils vivent avec leurs traditions et croyances respectives (par exemple au mariage où les musulmans ne boivent pas d'alcool, mais proposent de la bière pour les autres convives). Je trouve intéressante la lecture proposée de l'interdiction de manger du porc et également le regard porté sur le voile..., comme quoi la politique et les valeurs sont très présentes dans ce roman...
J'ouvre
¾, hâte de vous lire.
Manuel
(avis transmis)
Rien dans la couverture du livre (une photo du fonds Corbis) ne présage de son contenu. P. 257, Princesse Bari se demande pourquoi Dieu lui a destiné toutes ces souffrances à elle qui n'a fait de mal à personne. Je me suis interrogé sur les raisons qui ont poussé Sok-yong à infliger tant d'épreuves à son héroïne durant ces sept années. Ça commence mal parce qu'elle fait partie d'une longue fratrie de filles… L'errance de la famille à la frontière chinoise m'a fait penser à un autre livre que nous avions lu : La Route de Cormac McCarthy qui m'avait rebuté par son côté noir et sans espoir. Princesse Bari subit des choses atroces…, l'incendie, le voyage en cargo, le départ de son mari, la mort de son bébé (qui m'a énormément contrarié) : mais pourquoi je m'inflige cette lecture !
Les parties oniriques m'ont ennuyé : il faut deviner, supposer… Je n'ai pas adhéré à l'idée que Princesse Bari connaisse le passé des personnes en leur massant les pieds.
Je crois que le projet était de dénoncer tous les totalitarismes (il a même réussi à y inclure l'apartheid !), ainsi que les extrémismes, mais j'ai trouvé cette accumulation excessive ! Je n'ai pas retrouvé l'émotion de
Monsieur Han. La faute est certainement due à trop d'événements historiques abordés : la situation nord-coréenne, les attentats depuis le 11 septembre, la guerre en Afghanistan… Monsieur Han traitait de la séparation des deux Corées.
J'ai retrouvé un talent de conteur dans la description de la résidence dans la banlieue de Londres (à la Ken Loach) et ses habitants, le salon de massage, le cosmopolitisme londonien.
Je ferme le livre car il ne me viendrait pas à l'idée de le conseiller.

Jacqueline
Encore un livre de cet auteur déjà lu cet été, alors qu'il y a d'autres Coréens que nous ne connaissons pas ! Mais, j'étais intéressée par ce qui allait être dit de la Corée et notamment de la Corée du nord "communiste".
J'ai été touchée par le statut de cette petite fille, dernière-née d'une nombreuse fratrie sans garçon, et j'étais intéressée par sa position de fille d'un petit cadre du village.
J'ai été intéressée par la persistance de la tradition malgré les tentatives officielles de s'y opposer. J'ai aimé les rapports avec la grand-mère et que justement ce soit cette tradition, transmise par la grand-mère, qui lui servira de repère dans tout ce qu'elle aura de difficile à traverser ...
J'ai été intéressée par les rapports avec la Chine voisine où vit depuis toujours une population de langue et de culture coréenne. D'ailleurs, dans la famine, c'est de la Chine que viennent les secours. Officiels, aussi bien que particuliers…
J'ai été intéressée aussi par la dispersion de cette famille nombreuse…
Pour ce qui est de la partie concernant l'immigration vers l'Europe, le contenu du récit, éprouvant, mais à l'image de la réalité, rejoint malheureusement tous les autres récits autour d'autres migrants. C'est aussi le cas pour l'arrivée et l'adaptation en Angleterre, malgré ce que le roman apporte de particulier. J'ai aussi été intéressée par la solidarité qui peut se manifester dans le pire et par la résilience face aux épreuves… J'ouvre à moitié.
J'ai pensé à ce tableau de Picasso, Massacre en Corée, que j'avais découvert quand j'avais une douzaine d'années, lors de la visite d'une exposition Picasso et qui m'avait fait une très forte impression.
Je voulais apporter un livre ouvert à la page de ce tableau, mais au moment de partir, je ne l'ai pas retrouvé : Le massacre des innocents d'Hélène Parmelin dont le titre n'est pas sans rapport avec le thème de Princesse Bari ! (Pour la petite histoire, le livre était un cadeau de mon père à ma grand-mère pour Noël 1954).

[Jacqueline montre Les Trois Corées, anthologie qui vient de sortir et Notre héros défiguré que nous avons déjà lu en 1997 — avant son arrivée précise-t-elle... Et après avoir entendu tous les avis sur la construction du roman, finalement, elle ouvre aux trois quarts.]
Annick L
J'avais beaucoup aimé dans
Monsieur Han, ce récit inspiré de l'histoire terrible de son oncle, ce médecin contraint de fuir la Corée du Nord, au moment de la partition, accueilli avec méfiance comme réfugié dans le Sud. Indésirable d'un côté comme de l'autre, il fera même de la prison, comme l'auteur dans la Corée du Sud contemporaine ! J'avais apprécié son style épuré, sans fioriture, y compris dans les moments tragiques. Et je me souviens de cette scène magnifique et emblématique de la traversée de ce fleuve qui marque la frontière.
J'ai retrouvé dans Princesse Bari cette façon singulière de raconter une histoire, tout aussi tragique, à travers un récit hyper réaliste et sans pathos, malgré le choix d'une voix narrative très subjective, celle de Bari elle-même. Mais cette fois il s'agit d'une pure fiction qui nous emmène sur les chemins de l'exil en Europe. Autre différence, l'introduction d'échappées dans le rêve grâce au pouvoir chamanique de la jeune fille qui lui permet de dialoguer avec les morts, et surtout avec sa grand-mère bien-aimée qui l'a initiée à ce pouvoir. Des parenthèses qui lui permettent de traverser, voire de survivre à la série de drames qu'elle va devoir affronter.
J'ai trouvé la première partie — qui commence dans la région nord du pays, à la frontière avec la Chine — passionnante et vraiment émouvante. Le récit est très construit avec des moments de tension extrême. Après un début d'enfance un peu protégé, premier drame avec la dispersion de la famille et la fuite de la petite avec sa grand-mère et le chien de l'autre côté du fleuve, en Chine, où elles sont bien accueillies. Nouveau drame : la famine qui va s'abattre sur la population et y faire de très nombreuses victimes. La scène où l'on évoque les cadavres emportés par le fleuve est particulièrement marquante. J'ignorais tout de ce drame qui me fait penser à celui qu'ont vécu les Chinois lors de la Grande Marche, et bien d'autres peuples qui ont subi la violence des dictatures politiques. D'autres drames suivront jusqu'à leur enlèvement par des maffieux pour les "vendre" à des trafiquants européens qui exploitent la misère humaine.
Hwang Sok-yong a un grand talent pour raconter cette épopée et j'ai été totalement captivée jusqu'à l'arrivée à Londres, après une dernière scène infernale dans la cale du bateau.
Pourquoi ai-je décroché ? Peut-être parce qu'il n'y avait plus cet effet de dépaysement géographique et culturel, en particulier à travers le recours aux rêves chamaniques.
Je connais mieux la condition misérable des immigrés sans papiers, venus des quatre coins du monde et exploités dans nos pays européens, à Londres comme à Paris.
Il me restera de cette lecture le souvenir d'un très beau personnage, cette jeune fille-femme patiente, courageuse et résiliente qui finira par forcer le destin et se construire une existence conforme à ses aspirations dans son nouveau pays.
J'ouvre aux ¾.
Rozenn
J'ai lu comme à mon habitude, c'est-à-dire presque d'une traite : un soir avant de dormir - et j'ai très peu dormi - j'étais réveillée à 5 h du matin - ce qui n'est vraiment dans mes habitudes - ceci pour continuer à lire...
Je n'avais pas fait attention au fait que nous avions déjà lu cet auteur et que je l'avais tellement aimé que je m'étais précipitée sur un de ses livres de
nouvelles qui était là cet été.
Des images saisissantes : comme les noyés qui coulent dans la rivières, auxquelles les habitants s'habituent, moi aussi.
Le chamanisme de la grand-mère ne me gêne pas, d'autant qu'il est vu par sa petite fille et que leur relation me plaît. Le passage qui relate leur vie toutes les deux dans la neige et la mort de la grand-mère est à lui seul terrible. Sa petite-fille la découvre morte : elle l'enterre. Toutes ces horreurs sont racontées factuellement comme du quotidien. Il faut faire face et continuer. Elle continue à vivre. Je continue à lire parce que je suis embarquée par la façon dont tout ceci est raconté, conté si simplement : passer d'un côté du fleuve à l'autre, traverser un incendie, voyager en fond de cale… et j'en oublie… tout cela je le lis et je continue. Mais qu'ensuite l'héroïne pratique elle-même le chamanisme et devine la vie de ses clients en leur massant les pieds me chiffonne, et pourtant, ces passages permettent de souffler un peu.
Rien ne lui est épargné, sauf la prostitution ; ce passage m'a amusée : elle y échappe parce qu'elle a la poitrine trop plate. Mais nous n'y échappons pas à travers ce que vit son amie - qui tuera son enfant.
J'ai été prise par cette lecture tout du long.
Et voilà un livre que je n'oublierai pas : j'ouvre entièrement !
Renée(à l'écran)
J'ai pris énormément de plaisir à lire ce roman, même si les dons de voyance de Bari m'ont agacée. Le réalisme magique est destiné à nous plonger dans les mythes coréens, mais il me semble ici évoqué un peu artificiellement. Je ne me suis pas trop attachée au voyage en enfer de la fin.
À part ça, je croyais lire vraiment une histoire horrible d'émigration vécue par une jeune adulte, je participais à ses malheurs, à ses espoirs, à sa générosité, à sa recherche du pardon.
Le livre refermé, j'ai eu l'impression qu'il y avait trop de mésaventures dans ce roman : l'auteur a voulu évoquer le maximum, d'idées, de péripéties.
Mais il a su m'intéresser, même m'émouvoir parfois (l'épisode de la faim, celui de la séparation au départ du bateau...) : donc j'ouvre à moitié.
Monique L
Princesse Bari se lit comme un conte. On navigue entre la réalité la plus cruelle et un onirisme très poétique lié aux pouvoirs chamaniques de l'héroïne, qui lui permettent de s'éloigner de la réalité dans les pires moments et de garder espoir en l'avenir. Les tendres rapports entretenus avec sa grand-mère et son chien, en réalité ou en rêve, soutiennent notre héroïne tout au long du récit. J'ai trouvé que les rêves chamaniques sont intelligemment utilisés par l'auteur pour souligner ses propos.
C'est un une histoire d'errance, d'exil, qui raconte la douleur du peuple nord-coréen où la famine, la peur, la dictature ont brisé bien des familles, mais qui aborde aussi l'exil en Chine et en Europe, le sort réservé aux clandestins, l'amalgame entre musulmans et terroristes et se termine sur un attentat terroriste. Bari est confronté à un nombre étonnamment élevé de malheurs quand on y réfléchit, mais cela ne m'a pas gênée durant la lecture.
Toutes ces épreuves et ces blessures sont dépeintes avec beaucoup de réalisme, sans dolorisme. J'ai apprécié que malgré tout l'héroïne continue à avancer sans s'apitoyer, mais sans se cacher la vérité.
Tout n'est pas noir, à Londres elle découvre l'amitié et la solidarité. C'est un beau plaidoyer pour la tolérance et le respect, qui décrit une solidarité extra-communautaire.
Bari est une personne lumineuse, forte, fragile, humaine et attachante. Elle est volontaire et ne fléchit pas face à l'adversité de la vie, elle lutte pour s'en sortir.
J'ai apprécié l'écriture et la construction du récit.
Mêlant réalité et imaginaire, ce roman fait partie de ce que j'attends de plus en plus de la littérature.
J'ouvre en entier.
Christelle entreet
Comme d'autres, parmi les deux parties, j'ai nettement préféré la première, jusqu'à l'arrivée en Angleterre. Après la petite enfance de Bari, qui permet à l'auteur de dépeindre la vie d'une famille en Corée du Nord à cette période, on est peu à peu plongé dans l'horreur, avec des scènes particulièrement dures : celle de la cache en Chine, de la famine, de la traversée en cargo... J'ai eu particulièrement du mal à réaliser que cette famine a sévi en 1995 (cela n'est pas si ancien), je ne me souviens pas en avoir entendu parler… Je trouve toute cette première partie toute en retenue et en puissance : on suit cette petite fille qui traverse des moments tragiques, avec sa sensibilité d'enfant, sans que l'écrivain ne nous tire vers le pathos, ne nous oblige à nous apitoyer.
Certes, il y a beaucoup de péripéties, mais le tout me paraît tout à fait réaliste compte tenu des événements historiques traversés, de la fuite et l'installation en Grande-Bretagne, de son passage à l'âge adulte... ; les migrants ont très probablement une vie particulièrement mouvementée. Leur résilience est exceptionnellement bien décrite chez Bari.
Quant au chamanisme et aux parties oniriques, je les accepte bien quand Bari est enfant, puis on comprend qu'elle s'en sert comme échappatoire aux horreurs qu'elle vit. C'est plus lourd à la fin, quand elle décrit son long (vraiment très long) voyage sur les traces de la vraie princesse Bari. Exemple "Vite, le miroir de cuivre ! Je le tends aussi haut que possible. Un rayon foudroie l'armure d'or et voici qu'elle se liquéfie" ou "les pierres et le feu fondent comme de la glace", etc., tout le chapitre 12 est de la même veine, je trouve que, malheureusement, cela affaiblit le livre.
J'ouvre entre moitié et ¾.
Claire entreet
Lors de la séance sur Monsieur Han, j'étais la seule à avoir été vraiment négative. Mais impressionnée par le concert d'éloges, j'étais partante pour en lire un autre, d'autant que le premier avait été lu hors saison pendant la semaine lecture où nous n'étions que 16... ; j'ai donc proposé celui-ci, plus récent et évoquant un contexte différent. J'avais lu Monsieur Han comme un pensum plein d'atrocités, tout en reconnaissant la construction, la tension qui s'ensuit et l'aspect documentaire (pas si facile à suivre pour moi). Question étiquettes littéraires, j'avais été contente d'apprendre que Ferdinand von Saar que nous avions lu la veille relevait du réal-idéalisme, alors que Hwang aimait se qualifier de "réaliste idéaliste"...
J'ai beaucoup aimé ce livre-ci. Et pourtant on est gâté en matière d'horreurs... Qu'est-ce qui a donc contribué à une impression inverse du premier livre ?
Ici le récit est à la première personne et grâce à la vraisemblance que crée l'auteur, vivre de l'intérieur est vraiment très fort
et j'ai aimé suivre pas à pas cette héroïne au long de cette grandiose épopée de la migration
Moi qui suis souvent nouille, je n'ai pas eu d'effort à faire pour comprendre le contexte historique, car j'étais dedans : j'avais l'impression d'être embedded avec Bari, comme le font les journalistes
Au récit direct des péripéties, s'ajoutent des flashforwards et flashbacks très bien menés : "à ce moment-là, je n'imaginais pas que nous ne nous reverrions jamais", alternant avec de la légèreté : "beaucoup plus tard, lorsqu'à Londres j'ai eu l'occasion de déguster des tartes tout juste sorties du four"
Je ne partage pas la déception de plusieurs d'entre vous concernant la partie anglaise taxée de déjà vue, et je remarque qu'aucun titre de roman n'a été cité : ne confondriez-vous pas littérature et informations télévisées ?... Au contraire, cette partie redouble mon intérêt avec la plongée hard dans ce milieu cosmopolite. J'ai aimé comment sont montrées les répercussions dans ces vies de la succession d'événements politiques dans le monde, par exemple : "Quant à mon pays, j’ai appris qu’il était coupé en deux, que les habitants du Sud et du Nord s’étaient battus comme chien et chat, que les modes de vie de part et d’autre étaient désormais différents, de même que les conceptions idéologiques ; on disait que c’était à cause des longs nez, des Américains. La famille d’Ali s’est elle aussi trouvée divisée entre musulmans et hindous, entre Pakistan et Inde – une rivalité qui remonte à loin dans le temps. Maintenant, le Jammu-Cachemire était occupé par l’Inde. Les Pakistanais en voulaient aux Anglais." J'ai aimé la solidarité et l'entremêlement des religions.
J'ai assez bien marché aux épisodes chamaniques (bravo le chien !). Le rappel par Fanny de
La Maison aux esprits vient à point, en raison de moments équivalents de "voyance". Si je n'adhère pas et n'"ouvre" pas entièrement, c'est parce que j'ai trouvé moi aussi la "vision" finale un peu longue et je n'ai pas été très sensible à l'analogie avec la légende : "quand je songe que je devais échouer en Grande-Bretagne, ce pays si lointain, je me dis que mon nom doit y être pour quelque chose. Un nom que je tiens de cette princesse partie à la recherche de l'eau de la vie du côté du couchant".
J'oserais dire que la force de vie de l'héroïne, ressuscitant à chaque fois de l'enfer, m'a fait comprendre un peu la vie des migrants —
 et c'est peut-être précieux. J'ai aimé la délicatesse de l'écriture et ce "biais", a dit l'une de vous (cette absence de pathos ?), qui tient le lecteur à une certaine distance des horreurs — c'est peut-être ça la délicatesse.
Jérémy(qui a tenu trois minutes oralement mais a failli être censuré vu la longueur de son avis et sa virulence...)
Avant la lecture : J'ai lu Monsieur Han lors de notre semaine lecture cet été, et c'est le seul livre que je n'avais pas eu le temps de finir. Il m'a laissé assez peu de souvenirs. Je crois que j'avais plutôt bien aimé ce que j'avais lu. Je me souviens juste de la polémique qu'il y avait eue entre nous car j'avais dit que je ne comprenais pas pourquoi le héros traversait le pont et choisissait de partir avec sa mère en laissant sur le rivage sa femme et ses enfants. Certaines avaient été choquées par mon insensibilité !
Après la lecture : J'ai bien aimé la première partie : son histoire familiale, ses relations avec ses sœurs et ses parents, le récit de la famine, l'éclatement de la cellule familiale, le refuge trouvé dans une famille chinoise, la construction d'un abri de fortune dans la forêt, la mort de la grand-mère. Tout cela m'a plutôt plu, sans toutefois m'émouvoir.
Je crois que si je n'ai pas été ému, si je suis resté relativement insensible et un peu à distance du récit, c'est en raison du côté onirique, chamanique. D'une certaine manière, j'avais l'impression que ce n'était pas complètement sérieux, qu'il ne fallait pas tout prendre au premier degré. C'était sans doute le but de l'auteur, qui souhaitait mettre un peu de distance avec l'horreur de ce qu'il raconte. Mais pour ma part, cela a eu l'effet inverse : je n'ai jamais réellement ressenti d'empathie pour les personnages, malgré les épreuves terribles qu'ils traversent. Ce côté onirique, chamanique, presque "miyazakiesque", m'a empêché de prendre le récit totalement au sérieux. Par moments, j'avais l'impression de lire le scénario d'un dessin animé. Un dessin animé horrible, certes, mais un dessin animé tout de même.
Concernant cette première partie, je tiens à préciser que j'ai tout de même été dérangé par le fait que rien ne soit dit sur la dictature. C'est une sorte de non-dit. On a l'impression que la famine tombe du ciel. Certaines m'ont dit : "Oui, mais l'héroïne est une enfant, elle ne pouvait pas savoir, elle ne pouvait pas comprendre." Oui, mais ce n'est pas mon problème. C'est à l'auteur de trouver des solutions, des procédés pour nous faire comprendre ce qui se passait réellement à ce moment-là. Je trouve ce manque gênant. Il utilise bien le procédé des visions oniriques et chamaniques pour que l'on sache ce que l'héroïne voudrait voir ou savoir mais qu'elle ignore, et pour révéler les événements auxquels elle n'a normalement pas accès. En parlant de ces visions, tout comme Renée, j'ai fini par trouver le procédé un peu lourd. Et même facile : tout ce qu'elle ne sait pas, tout ce qu'elle veut savoir, elle le voit. Certains des récits oniriques sont assez longs, et je les ai lus en diagonale, surtout vers la fin, où cela a vraiment commencé à me lasser.
Si la première partie m'a globalement plu, à partir de l'arrivée à Londres, je n'ai vraiment plus du tout accroché : j'ai même commencé à compter les pages, j'ai lu en diagonale, à la Claire, et j'avais hâte d'en finir.
Autant la première partie est digne d'un film des frères Dardenne, où tous les malheurs du monde s'abattent sur elle, autant dans la seconde, tout lui sourit. Elle n'est entourée que de gens gentils, de bons samaritains : il y a d'abord ses deux protecteurs, l'oncle Loche et M. Tan ; ensuite le gardien de l'immeuble, M. Abdul, le grand-père de celui qui deviendra son mari, qui est lui aussi adorable ; il y a la femme qu'elle rencontre dans le salon de massage, qui paraît être une cliente un peu revêche, mais qui finalement va lui ouvrir des portes et lui présenter une autre cliente qui améliore ses fins de mois, qui est elle-même très sympathique.
Il y a également ses beaux-parents : elle fait un mariage interculturel et, bien qu'elle ne soit ni pakistanaise ni musulmane, contrairement à son mari, sa nouvelle famille l'accueille à bras ouverts. Cela ne pose aucun problème. Il n'y a pas de sujet. Tout le monde l'accepte immédiatement. Cela semble vraiment trop beau et trop facile pour être vrai.
Dans l'immeuble où elle vit avec sa colocataire se côtoient énormément de nationalités, de migrants. Et pourtant, dans cette tour de Babel, tout se passe bien. Les différences culturelles, linguistiques et religieuses ne sont jamais un sujet ni un problème. On se croirait un peu dans L'Auberge espagnole, à la sauce Sok-yong. Le côté multiculturel de Londres est décrit, mais pas analysé. Là encore, cela ne pose aucun problème. La cohabitation des nationalités, des religions, des cultures n'est pas un sujet pour l'auteur. Ou alors c'est à peine effleuré, comme dans la scène du mariage de Princesse Bari, avec la consommation d'alcool et de porc. Certaines scènes sont vraiment mauvaises, pour ne pas dire bâclées. Je pense notamment à la scène de la perte de virginité : "Quand il m'a pénétrée, brutalement, ça m'a fait si mal que mes cheveux se dressaient sur ma tête. Mon âme, par intermittence, s'échappait de mon être." Et voilà : en trois lignes, le sujet est expédié. Elle n'a pas été forcée, certes, mais l'expérience n'a pas été agréable, et on n'en saura pas davantage. De toute façon, je trouve que son mariage tombe comme un cheveu sur la soupe. Ils se connaissent à peine, ils échangent très peu. Et puis un soir, comme ça, cela sort de nulle part, ils couchent ensemble, et à partir de là, ils doivent se marier.
Il y a aussi la scène où son ancienne comparse — celle avec qui elle avait fait la traversée et qui a mal tourné, devenue droguée — revient. Je l'ai trouvée assez ridicule, cousue de fil blanc. J'ai vu venir à 10 000 qu'il allait se passer quelque chose de grave, alors que je suis loin d'être expert en prémonitions. La scène où elle retrouve sa fille morte m'a semblé, elle aussi, bâclée et sonner faux. Je n'y ai pas cru. Tout se passe trop vite.
Le niveau d'analyse est médiocre. J'ai souvent eu l'impression, sur la fin, de lire un nouveau Martine : Martine fait de la géopolitique. Il y a par exemple cette citation : "Les riches se sentent menacés. Ils veulent garder le contrôle de ce qui se passe chez eux. Barry, tu n'as sans doute pas de passeport ?" Ou encore :
"Pourquoi, ai-je marmonné, les gens ont-ils inventé les frontières ?"
"Dis-moi, Bari, dis-moi pourquoi le mal gouverne le monde. Pourquoi nous retrouvons-nous ici avec nos ennemis ?"
"Personne ne gagne à la guerre. En ce bas-monde, la justice est toujours arbitraire." Tout cela sonne bien creux et niais.
Enfin, l'auteur ajoute trop d'intrigues secondaires, qui se mélangent de façon confuse, c'est un vrai salmigondis des faits géopolitiques marquants du moment : le départ en Afghanistan du mari de l'héroïne pour retrouver son frère, l'évocation de l'attentat contre les tours jumelles en 2001, les visions de l'apartheid en Afrique du Sud, etc. Aucune véritable analyse n'en émerge. Je ne vois pas ce que l'auteur en tire. Pour moi, cela ne fonctionne pas : cela tombe à plat, et je n'ai pas été convaincu.
Enfin, du point de vue stylistique, je trouve que le livre n'a pas grand intérêt. La lecture est fluide mais je n'ai souligné aucun passage. À aucun moment je ne me suis dit "Quelle plume !".
J'ouvre ¼ pour la première partie.
Françoise
Tu me facilites la tâche, Jérémy, car c'est ce que je voulais dire.
Je n'ai pas été très touchée.
Pour moi il y a deux livres : ce qui se passe en Corée, et puis la partie à Londres. La traversée — entre parenthèses — me semble fidèle à ce qui se passe fréquemment, hélas.
J'ai été assez touchée par la famine, la façon dont elle survit, le chien. J'aurais aimé avoir des précisions sur le déroulement du conflit avec les Américains.
Le côté chaman m'a insupportée. J'ai horreur des gens qui dans les romans décrivent leurs rêves. Là c'est poussé à l'extrême. Oui c'est un peu Martine au pays des chamans. Je n'ai pas acheté. Il y a du too much dans la deuxième partie, et plus on avance, plus il y en a.
Et ce côté tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil... Elle n'a aucune révolte à la mort de son enfant, elle est très passive vis-à-vis de la responsable de cette mort, et de plus, elle qui voit tout, devine tout, comment elle a pu laisser sa fille avec cette femme détraquée ? Je trouve ça carrément contradictoire. Là, j'ai carrément du mal à "marcher".
Brigitte
Cet auteur sud-coréen nous parle surtout de la Corée du Nord : ce pays fermé dont nous savons très peu de choses. Les Coréens du Nord restaient un mystère pour moi. La lecture de Monsieur Han permet de soulever un peu ce voile.
Princesse Bari apporte un autre point de vue, un peu moins pessimiste.
J'ai beaucoup aimé cette lecture, surtout la première partie. On voit combien il est dur de survivre dans ce pays totalitaire où la vie traditionnelle est encore très présente. En effet, le livre repose sur cette légende de la princesse Bari partie à la recherche de l'eau de la vie. De ce fait, l'héroïne entre totalement dans la tradition chamane.
La seconde partie, à partir du départ vers l'Angleterre, consacrée aux autres drames qui secouent notre époque, même si elle est intéressante, n'a pas la force de la première.
J'ouvre aux ¾.
Danièle
Je suis tout à fait dans la même ligne que les interventions précédentes pour ce qui concerne la première partie. Je l'ai trouvée intéressante, tout d'abord par tout ce qu'elle nous apporte comme informations historiques concrètes sur la situation horrible que les Coréens et les Chinois ont vécue. Mais surtout, ces descriptions, écrites pourtant dans une langue simple, sans pathos particulier, nous plongent dans une histoire incroyablement émouvante et éprouvante. L'histoire de la princesse Bari est en fait une descente aux enfers : la famine, leurs biens saisis suite aux décisions politiques, la peur du Parti, le père emprisonné, la famille éclatée ou décimée, la sœur morte de froid sous son abri de branches d'arbre soulevé par la tempête, un incendie gigantesque auquel elle échappe de justesse, l'exil, l'horrible traversée à fond de cale pour l'Angleterre et le viol des femmes… Princesse Bari, dans une résilience à toute épreuve, se relève à chaque fois, jusqu'à apprendre le chinois et le massage, qui deviennent des conditions de sa survie en Angleterre.
Mais, selon moi, la véritable deuxième partie commence lorsqu'elle découvre son enfant mort, par la négligence d'une amie, Shang, qu'elle a pourtant aidée dans ses moments difficiles. C'est un moment fondamental, car, pour la première fois, et pour de longues semaines, elle n'arrive pas à faire preuve de résilience.
C'est là que nous passons de la première partie, la descente aux enfers, décrite de l'extérieur, à une deuxième partie où nous assistons au bouleversement vu de l'intérieur. Les deux s'entremêlent peu à peu pour laisser place au bouleversement final : "une fois la douleur passée comme une tempête, le monde replonge dans un silence total. Ma chair disparue, je contemple ce qu'il reste de mon corps : un paquet d'os décharnés". Les cauchemars qui l'assaillent dévoilent sa destruction psychologique et mentale, résultat de ce qu'elle a vécu, et décrit jusqu'ici de l'extérieur.
Le roman change alors complètement. Il faut qu'elle réapprenne la résilience, qu'elle avait jusqu'alors pratiquée naturellement. C'est l'occasion d'un chemin initiatique à la recherche de l'eau de vie dont sa grand-mère lui parlait déjà. C'est la nécessité pour se ressourcer et recommencer sa vie : "Et j'ai fini par comprendre que vivre c'est attendre et patienter. Même si nos espérances ne sont pas comblées, l'essentiel est de vivre et de laisser le temps faire son œuvre".
Chamanisme et cauchemar se rejoignent alors pour livrer le message de l'auteur devant la question fondamentale : "pourquoi devons-nous subir tant de souffrances ? Pourquoi sommes-nous ici ?" On penserait presque à l'attitude de Camus devant l'absurdité du monde. Ici : "Même devant ce qu’il y a de plus horrible au monde, il ne faut pas désespérer de l’humanité."
J'ouvre aux ¾, parce que c'est vrai c'est too much, mais c'est la manière dont est décrite cette descente aux enfers et l'eau de vie avec le chamanisme qui l'emporte pour moi.
Richard
C'est le premier livre coréen que je lis, en n'en sachant rien. J'ai commencé à le lire en pensant à plein de livres "pastoraux" japonais, avec le nom des plantes. Puis ça se développe. Est-ce autobiographique ? Réaliste ? À part la voyance, je trouve que ce n'est pas forcément autobiographique.
Vos critiques semblent dire qu'il n'y a pas assez de détails sur la Corée du Nord. Ce sont des questions qui ne se posent pas, car pour moi c'est un conte d'aventures. Il y a une structure qui me plaît assez. Événement après événement qui fait avancer l'histoire dont j'ai été un bon lecteur. J'ai aussi préféré la première partie
J'ai eu du plaisir à lire ce livre, que pour ma part, je recommande.
J'ouvre à moitié, ce qui veut dire pour moi comme vous le savez trois quarts pour vous…
Catherine
J'ai fini le livre à l'arraché.
Je n'avais pas trop aimé Monsieur Han, j'avais été intéressée mais pas tellement touchée ; c'était très factuel, je suis restée un peu à distance. Et puis c'était un livre très court. J'étais donc plutôt contente d'en lire un autre.
J'ai préféré celui-ci. J'ai surtout aimé la première moitié du roman, jusqu'à l'arrivée en Angleterre. J'ai d'abord été intéressée par le contexte, tout ce que le roman nous apprend de la vie en Corée du Nord. Bien sûr, j'en ai entendu parler, j'ai lu des journaux, mais ce roman nous le montre concrètement en nous faisant partager la vie quotidienne d'une famille de la classe moyenne, et j'ai quand même été très frappée de constater qu'ils vivent dans des conditions moyenâgeuses en 1995.
Les personnages sont bien incarnés et m'ont touchée, la fille et la grand-mère en particulier (j'ai souri au début car ma grand-mère a eu 8 filles et ma mère était la 8e, c'était à la campagne mais elle a échappé à l'abandon…). Il y a beaucoup passages très marquants, terribles, sur la famine - par exemple lorsque Bari voit des cadavres dériver dans la rivière, celui d'une mère et de son bébé, et n'est même plus capable de réagir -, l'incendie, la mort de sa sœur, la perte de sa famille et, pour finir, la traversée hallucinante en cargo, les viols… On a l'impression de traverser un cauchemar.
Le chamanisme ne m'a pas trop dérangée dans la partie coréenne du roman : cela donne un côté onirique au roman et ça aide à supporter toutes horreurs successives que doit vivre Bari. En revanche, à la fin, j'ai eu du mal, le voyage en bateau, les enfers, le Prince, c'était trop pour moi et comme l'a dit Jérémy, il y a beaucoup de phrases creuses, limite cucul telles que "pourquoi le mal gouverne le monde ? (...) En ce bas monde, la justice est toujours arbitraire"..., bof.
J'ai un peu décroché à partir de l'Angleterre. Même si c'est effectivement réaliste et correspond à ce que traversent les migrants, il y a trop de thèmes : le sort des migrants, les attentats, les musulmans, la drogue... L'enfant mort me semble en trop aussi, j'avais ma dose de catastrophes.
Pour finir, j'ai aimé l'écriture, concise, qui évite le pathos. Donc j'ouvre aux ¾.

Claire
À propos du chamanisme, qui pourrait nous sembler d'un autre âge, voici deux extraits d'un livre autobiographique de notre auteur :

"En 1984, nous avions, pour célébrer la sortie de mon livre, organisé un rite chamanique dans le but d’appeler l’âme de Jang Gilsan (1). La célèbre mudang Kim Kum-hwa (2) officiait. Ce fut pour moi l’occasion de faire l’expérience de la possession. Sommé de parler par la chamane dans un moment où elle était en communication avec l’au-delà, j’ai entendu ces mots sortir de ma bouche : 'Je veux, quoi qu’il en coûte, aller au Nord rendu inaccessible par la ligne de cessez-le-feu.' Après coup, mes amis se sont moqués de moi en me disant que je m’étais trompé, que le cérémonial n’était pas un rite pour la réunification."

"À propos d’oiseau, je voudrais rapporter ici une autre anecdote. J’ai écrit
Princesse Bari en 2006, pendant mon séjour parisien. J’avais envoyé le manuscrit par courrier électronique à la maison d’édition Changbi. Deux personnes chargées de la relecture étaient allées travailler sur place, bien que ce fût un dimanche. La maison d’édition était à Paju, ville toute proche de la frontière avec le Nord. Entré par une fenêtre ouverte, un grand oiseau était venu s’abattre contre les murs du bureau. L’une des relectrices avait cru que c’était un pigeon, mais il était trop gros pour être un pigeon. C’était une sorte d’épervier, un oiseau que l’une et l’autre des relectrices n’avaient vu qu’en image. Elles avaient réussi à lui rendre sa liberté en ouvrant d’autres fenêtres. Elles m’avaient appelé à Paris pour me raconter cela. Selon les chamans, les éperviers sont des messagers des dieux. Ces rapaces semblaient avoir des choses à me dire.
"
(Extrait du livre autobiographique de HWANG Sok-yong Le prisonnier : voir un plus large extrait ›ici d'où est tiré ce passage.)

(1) Le roman Jang Gil-san non traduit en français est inspiré d’un célèbre bandit du XVIIe siècle en Corée, devenu figure populaire de résistance contre l’oppression.
(2) Kim Kum-hwa, née en 1931, est une chamane très célèbre, nommée "Trésor national vivant" en 1984. Figure centrale du chamanisme coréen contemporain, qui reste une pratique vivante, elle a contribué à la mise en scène des rituels chamaniques sur des scènes occidentales, par exemple en 2015 lors du Festival d'automne au Théâtre des Bouffes du Nord (éclairant programme détaillé ›ici).


AUTOUR DU LIVRE

SUR LE LIVRE

 

- Libération, Arnaud Vaulerin, 29 août 2013. Extraits :

"Au début des années 2000, j’ai vécu à Londres où j’ai assisté aux attentats de juillet 2005, puis quelques semaines après à Paris où les émeutes ont éclaté en banlieue. J’ai été très choqué par cette explosion de violence."

"Avant d’être envoyé au Vietnam comme soldat, j’avais une écriture très formelle, dans la recherche du beau, du mot pour le mot. À mon retour de la guerre, j’ai changé. Le réalisme était mon écriture. Depuis mon exil en Allemagne et la chute du mur de Berlin, mon style a encore changé. Je veux que mon récit soit plus ouvert, plus universel. J’ai vraiment envie d’expérimenter de nouvelles formes de narration et de rendre les choses plus complexes en ayant recours à la politique, la psychologie, à l’histoire intime. Ce que je vis est globalisé mais la façon dont on parle de cela doit être différente des écrivains occidentaux. C’est peut-être plus étrange, mais aussi plus puissant."

(Concernant la place de plus en plus grande dans ses romans pour les voix féminines :) "C’est peut-être parce que, jeune, je n’étais pas très gentil avec elles. Je suis probablement en train de me racheter et aussi parce qu’à travers le regard féminin je vois le monde autrement."

- Télérama, Marine Landrot, octobre 2013
Musée de l'histoire de l'immigration, Mustapha Harzoune, 20 janvier 2014
- France Inter, Livres en poche, Jacqueline Pétroz, 24 octobre 2015.
- Planète Corée, Maria Anna Dudek, 25 octobre 2020 : la légende est relatée

SUR l'AUTEUR

 

Biographie
- sur ›Wikipédia et ›sur le site des éditions Zulma.

Rencontres, entretiens
- Rencontre à Séoul avec l’auteur de Princesse Bari
, par Martine Bulard, Le Monde diplomatique, 19 août 2013.
- Entretien avec Hwang Sok-yong, par Arnaud Vaulerin, Libération, 6 septembre 2013. Extrait :

" - Pourquoi, depuis Monsieur Han en 1970, la Corée du Nord est-elle présente dans presque tous vos romans ?
- Il faut continuer à parler des problèmes de la Corée du Nord, des violations des droits de l'homme. Quand on regarde de près le XXe siècle, il y a eu l'époque coloniale avec l'occupation japonaise, puis la partition de la péninsule. Les Coréens ont oublié que nous sommes techniquement en guerre. On a signé un cessez-le-feu il y a soixante ans, le 27 juillet, mais ce n'est qu'un cessez-le-feu. Demain, il peut se transformer en guerre. Cet état de séparation nous définit, on ne peut pas oublier ce fait. La Corée du Nord est le dernier bastion du communisme. La Corée reste le seul pays du monde à vivre séparé en deux. Peut-être que les jeunes générations, notamment chez les écrivains, estiment que ce thème est ennuyeux mais tous nos problèmes sociaux et politiques découlent de cette séparation qui dure. Parce qu'il y a le Nord en face, le Sud conserve sa loi de sécurité nationale qui nous réprime, empêche une totale liberté d'expression et de pensée.
"

- Le chaman engagé, Philippe Pons, Le Monde, 1er novembre 2013. Extraits :

"Princesse Bari est en quelque sorte une suite de Shim Chong : un nouveau flux migratoire de femmes à travers le monde. L’histoire se situe dans un contexte contemporain, mais ce n’est pas un livre politique."

"Je suis le premier écrivain sud-coréen qui a pris pour thème central d'un roman la question des migrants de Corée du Nord. Bari est la métaphore de la Corée du Nord abandonnée. Sa destinée sonne comme un appel au secours, en écho à toutes ces voix, qui se sont éteintes, des morts de faim."

Rencontre à Séoul avec Florence Noiville et Philippe Pons, Le Monde, 12 mars 2016. Extrait :

"- Comment expliquez-vous que ce merveilleux se soit maintenu dans une société moderne comme l’est devenue celle de Corée du Sud ?
- Il subsiste de l’irrationnel dans les mœurs coréennes contemporaines. Le chamanisme est enraciné dans notre culture. Ce surnaturel perdure aussi sans doute en raison de l’attachement à la famille, à ses traditions, au respect des ancêtres et aux rites destinés à entretenir leur mémoire, qui sont plus forts ici qu’en Occident. Dans mes romans, évoquer des esprits malins est un moyen de faire dialoguer les vivants avec les morts, de faire coexister la réalité et le surnaturel, d’entrecroiser le passé et le présent.
"

- Entretien radio avec Catherine Fruchon-Toussaint, Littérature sans frontières, RFI, 19 mars 2016, 19 min.
Interview de Hwang Sok-yong, par Shin Hyoung-cheol, Keulmadang, revue de littérature coréenne, 12 février 2017. Extrait :

"- Cette période de votre carrière que vous appelez la quatrième période, qui comprend les 15 dernières années depuis les années 2000, a été pour vous l’occasion de faire certaines expériences littéraires basées sur une esthétique réaliste.
-
Oui c’est vrai, dans mon roman L'invité j’essaie de me séparer du réalisme en reprenant la structure des rites chamaniques du Chinogwi. Puis, avec Shim Chong et Princesse Bari, j’ai proposé des réécritures d’un récit de pansori pour le premier, et d’un conte chamanique pour le deuxième, en y proposant une réflexion sur l’immigration au XXIe siècle. Pourtant, je ne suis toujours pas satisfait. Le roman sur lequel je travaille en ce moment offre un retour sur l’histoire moderne de la Corée en suivant trois générations de travailleurs des chemins de fer. Au départ, je pensais reprendre le style employé dans L'ombre des armes, et reprendre une écriture réaliste. Mais je m’en suis lassé et j’ai même failli arrêter d’écrire ce roman. J’ai finalement décidé de ne garder que la trame de l’histoire et de la transformer, de lui donner un nouvel ordre, qui serait une nouvelle façon d’aborder le réalisme."

- Entretien lors de la sortie de son livre Le prisonnier, avec Philippe Pons (Séoul, envoyé spécial), Le Monde, 9 février 2018. Extrait :

"- À la suite d’une démocratisation embryonnaire à la faveur des JO de 1988, vous essayez de faire ce qu’aucun civil sud-coréen n’avait fait : aller en Corée du Nord…
- J’étais alors le porte-parole de l’Association des arts et de la littérature de Corée dont le président était le pasteur Moon Ik-hwan. Le gouvernement lançait une politique d’ouverture vers la Chine et l’URSS. Et nous avons pensé qu’il était temps de rompre la glace avec le Nord. Mais il était interdit de s’y rendre sous peine de prison, la loi sur la sécurité nationale, d’ailleurs toujours en vigueur, interdisant tout contact.
Grâce à des amis japonais du Parti socialiste, j’ai obtenu à Tokyo un visa pour Pékin et de là, je suis allé à Pyongyang. J’y suis resté un mois et j’ai eu une dizaine de rencontres avec Kim Il-sung. Comme je ne pouvais pas retourner en Corée du Sud, je suis allé à Berlin. Le monde changeait : à Pékin, c’était le mouvement de Tiananmen, à Berlin, le mur tombait…
J’ai passé deux ans en Allemagne, aidé par Günter Grass, et étroitement surveillé par les services allemands, américains et coréens des deux bords. Puis, je suis allé aux Etats-Unis. Grâce aux relations nouées avec Kim Il-sung, j’ai contribué à amorcer des négociations en vue d’une rencontre entre ce dernier et le président sud-coréen de l’époque, Kim Young-sam. Mais Kim Il-sung est mort deux semaines avant cette rencontre. Pensant que j’aurais une peine légère, je suis rentré en Corée du Sud en 1993. Arrêté à l’aéroport, j’ai été condamné à sept ans de prison. Je
fus gracié en 1998 par Kim Dae-jung devenu président."

SES LIVRES TRADUITS

 

- Monsieur Han (publié en 1970), trad. et présenté par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Zulma, 2002 ; rééd. 10-18, 2004 ; rééd. Zulma, 2010 ; rééd. poche 2017.
- La route de Sampo (1973), nouvelles, trad. et introduction Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Zulma, 2002 ; rééd. 10-18, 2004 ; rééd. Picquier, 2017.
- L'ombre des armes (1985), trad. Lim Yeong-hee, Françoise Nagel et Marc Tardieu, préface de Cécile Wajsbrot, Zulma, 2003 ; Zulma, 2024.
- L'invité (2001), trad. et présenté par Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Zulma, 2004 ; rééd. Points, 2009.
- Les terres étrangères (1970), deux nouvelles, trad. Kim Jungsook et Arnaud Montigny, Zulma, 2004 : voir la critique de Tirthankar Chanda que avons rencontré en septembre dernier dans Le Monde diplomatique de septembre 2004.
- Le vieux jardin (2000), trad. Jeong Eun-jin et Jacques Batilliot, Zulma, 2005 ; rééd. France loisirs, 2007 ; rééd. Zulma, présenté par Jeong Eun-Jin, 2009 ; rééd. Zulma, 2019 ; rééd. Zulma, 2025.
- Shim Chong, fille vendue (2003), trad. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Zulma, 2009 ; rééd. France loisirs, 2010 ; rééd. Points, 2011 ; rééd. Zulma, 2018.
- Princesse Bari (2007), roman, trad. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Picquier, 2013 ; rééd. Poche 2015.
- L'étoile du chien qui attend son repas (2008), roman, trad. Jeong Eun-Ji et Jacques Batilliot, Serge Safran éditeur, 2016 ; rééd. Points, 2019.
- Toutes les choses de notre vie (2011), roman, trad. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Picquier, 2016 ; rééd. Poche 2018.
- Au soleil couchant (2015), roman, trad. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Picquier, 2017 ; rééd. Poche 2019.
-
Le prisonnier (2017), trad. Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet, Picquier, 2021.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


Nous écrire
Accueil | Membres | Calendrier | Nos avis | Rencontres | Sorties | Liens