Ocean WONG, Un bref instant de splendeur, trad. de l'anglais (États-Unis) Marguerite Capelle, Folio, 2022, 336 p.

Quatrième de couverture : "Depuis tout ce temps je me disais que nous étions nés de la guerre, mais je me trompais, Maman. Nous sommes nés de la beauté."

Un fils écrit à sa mère une lettre qu’elle ne lira jamais. Née d’un soldat américain et d’une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le produit d’une guerre oubliée. Refusant le silence, son fils retrace leur histoire familiale avec une urgence et une grâce stupéfiantes : sa grand-mère traumatisée par les bombes, les poings durs de sa mère contre son corps d’enfant, son premier amour marqué d’un sceau funeste. Mais aussi la tendresse et les rires, la découverte du désir, de son homosexualité et, plus que tout, du pouvoir rédempteur des mots.


Un bref instant de splendeur
, Gallimard, coll. Du monde entier, 2021


On Earth We're Briefly Gorgeous,
Penguin Press, 2019


La photo du faon de couverture est signée par l'artiste Marta Blue, tirée de sa série "Darkness is Colorful".
Marta Blue, photographe italienne, en 2018 remporte le prix Lensculture du jeune talent et expose certaines de ses œuvres à la galerie Klompching à New York. Dès lors, elle participe aux événements et salons les plus prestigieux au monde, tels qu'Art Basel, les Rencontres de la Photographie et la Foire de la photographie de Shanghai. Elle a collaboré avec le New York Times, Esquire, Young & Rubicam, Penguin Random House, Google, Pinterest, Domus et AD China. Aujourd'hui, elle est représentée par la galerie Brownie Art à Shanghai et vit à Milan.

Ocean VUONG (né en 1988)
Un bref instant de splendeur (2019, traduction 2021)

Nous avons lu ce livre pour le 3 octobre 2026.
Séance "décentralisée" à Rennes...

Les 20 cotes d'amour
de Voix au chapitre Paris & Morbihan
à Rennes le 3 octobre 2026
•Monique •Sabine

•Édith •Fanny •Jacqueline
•
Lisa
•Marie-Odile •Renée
 •Suzanne
•Annick •Catherine •Françoise
•Katell •Mégane
•Philippe
•Claire •Manuel
et
•Marie-Thé
•Etienne
•Jérémy

Sabine
Je suis heureuse que ma proposition ait été retenue. Je le serai encore plus si les avis sont positifs.
Lors d'un bref séjour parisien, j'ai abandonné Tigre dans le TGV et suis repartie avec le daim (ce n'est pas un chevreuil sur la première de couverture) pour mon voyage de retour. J'ai une passion récente pour les chevreuils, les brocards, les cerfs et les daims depuis quelques mois et le livre qui traînait sur le meuble d'entrée chez une amie m'a d'emblée sauté aux yeux ; mon amie m'a invitée à le prendre. J'ai pensé que, par la photo du daim et le titre, je retrouverais des passages "à la Sylvain Tesson" (La panthère des neiges) et je n'ai pas été déçue : il y a de nombreux passages où le narrateur évoque avec lucidité et poésie des moments aussi gracieux que crus (cf. à la première page : Je repense aujourd'hui à ce chevreuil, à la façon dont tu as plongé ton regard dans ses yeux de verre noir et vu ton reflet, tout ton corps, déformé dans ce miroir sans vie. Et que ce n'était pas la mise en scène grotesque d'un animal décapité qui te bouleversait, mais cette mort sans fin incarnée par la taxidermie, une mort perpétuellement en train de mourir tandis que nous passons devant pour nous soulager.
J'écris parce qu'ils m'ont dit de ne jamais commencer une phrase par
parce que. Mais je n'essayais pas de faire une phrase - j'essayais de me libérer. Parce que la liberté, paraît-il, n'est rien d'autre que la distance entre le chasseur et sa proie."). Et ce sont bien les mots qui vont lui permettre de transcender les expériences parfois terribles avec sa mère, grâce notamment à sa professeure Mme Callahan : elle "se tenait derrière moi, sa bouche contre mon oreille, le courant de la langue m'a entraîné au plus profond".
En vrac, j'ai aimé les personnages de la mère, de la grand-mère, de Paul et de Trevor ; j'ai aimé leurs relations parfois à la limite du supportable. La découverte de l'amour homosexuel est décrite sans obscénité [Sabine répond à Claire - qui lui dira au sujet de son mot obscénité : comme si un des écueils de la description de l'amour homosexuel était nécessairement l'obscénité... - je compte sur toi pour trouver un mot plus délicat]. Les histoires racontées par Lan, la grand-mère, en échange de quelques cheveux enneigés épilés sont touchantes. De même, son entrée dans la littérature est un bel hommage : "Comment je fuyais mon lycée pourri pour passer mes journées à New York, perdu dans les rayonnages des bibliothèques, à lire des textes obscurs écrits par des gens morts, dont la plupart n'auraient jamais imaginé voir un jour un visage comme le mien se pencher sur leurs phrases - encore moins que ces phrases me sauveraient." Cette citation pourrait être reprise à la séance du 20 novembre ! J'ai adoré que ce visage si souvent meurtri par les coups de la mère soit loué par Trevor qui lui crie : "T'es beau, je te jure. T'es beau !".
Pour finir, jusqu'à la page des remerciements et des sources citées, Ocean Vuong révèle honnêtement les textes qui l'ont influencé et qu'il a inclus dans son récit. Il ne pourra lui être reproché d'avoir trempé sa plume dans l'IA...
Évidemment, j'ouvre en grand.
PS : son dernier roman L'empereur de la joie reprend les mêmes thèmes et se perd dans des descriptions souvent répétitives.
Renée

J'avais lu ce livre il y a quelques années et j'étais assez impressionnée par l'idée d'envoyer une lettre à sa mère analphabète, alors que leurs relations sont ambivalentes. J'aime les romans d'apprentissage. À l'époque où les gens travaillaient davantage en semaine, je me souviens de ces familles populaires qui, le samedi s'habillaient sur leur 31 pour aller à l'hyper marché : c'était la sortie, c'était la fête. J'aime qu'il m'ait rappelé cela. La description du travail de la mère est magnifique : "le corps étant le seul matériau avec lequel et à partir duquel travailler (...) jusqu'à ce que nos poumons ne puissent plus respirer sans faire d'œdème, que les produits chimiques nous durcissent le foie"... ; j'ai aimé le massage de la jambe amputée, quelques belles expressions : "elle a le regard de quelqu'un qui a dépassé sa destination mais continue tout de même à marcher". Les pages sur le mot "désolé" (lo siento, en espagnol, pas en anglais) sont magnifiques de lucidité. L'amour entre lui et Trevor est à la fois beau et tragique. Ce roman montre bien comment les traumatismes de la guerre se perpétuent aux générations suivantes. Une reproche quand même : Ocean Vuong cède un peu au charme des belles phrases. Un exemple : "leurs corps sont reliés les uns aux autres dans une onde ininterrompue de contact, chaque lettre à six pattes est bleu foncé dans la nuit tombante - telles les fractales d'un alphabet éculé. Non, ce ne sont pas des monarques." C'est superbe, mais ça ne veut rien dire. Impossible d'imaginer les fractales d'un alphabet et les monarques au cours de leur mutations sont des chenilles jaunes et noires pas des fourmis.
J'ouvre aux 3/4.

Monique
(avis transmis)
J'ai aimé ce texte bouleversant aux accents de sincérité qui relate jusqu'à l'impudeur les traumatismes de cette famille profondément marquée par la guerre au Vietnam.
Cette lettre est un examen tendre mais sans concession du lien complexe entre l'auteur et sa mère célibataire, violente et aimante.
Le narrateur se lance dans une introspection et se livre à cœur ouvert sans tabou, ni censure.
C'est également un plaidoyer émouvant pour qu'elle l'accepte tel qu'il est. Il exprime sa fierté d'être autre.

Ce qui m'a vraiment plu, c'est la construction qui, sous forme de flashs, de scénettes pas forcément chronologiques, nous révèle l'histoire de cette famille et l'horreur de cette guerre. L'écriture est originale, comme débordante et désordonnée. La langue à la fois tendre, crue et poétique. On ressent l'amour de l'auteur pour la langue et la force qu'il lui reconnaît pour guérir et pour réconcilier : "toutes les boîtes finiront par s'ouvrir avec le temps, avec les mots.". Le ton est souvent délicat et fin, mais peut aussi être violent et cru. Le narrateur ne s'apitoie jamais sur lui-même, alors qu'on sent parfois sa rage face à ces plaies qui ne se refermeront jamais. Il parle avec distance.
C'est un récit très sensible sur divers sujets : le déracinement, la violence omniprésente, les multiples discriminations, le mal-être des personnes transplantées, les ravages de la drogue, les dérives multiples, etc.
L'auteur évoque très crûment son homosexualité et ne nous épargne aucun détail.
J'ai trouvé très juste son ton pour décrire l'Amérique et le rêve américain inaccessible pour ces enfants d'immigrés.
La violence est omniprésente, mêlée à l'amour, comme si les deux étaient inséparables.
J'ai apprécié la relation pleine de tendresse qu'il entretient avec sa grand-mère sénile.
Beaucoup de pages sont bouleversantes comme le passage où une dame vient faire masser son pied amputé, son pied fantôme, son pied souvenir.
J'ai trouvé cette lecture éprouvante. Certains passages sont d'une beauté poétique quand d'autres sont resté confus.
C'est un livre qui restera longtemps dans ma mémoire, à la fois pour l'émotion qu'il dégage et pour toutes les pistes de réflexion autour des traumatismes divers.
J'ouvre en entier.
Mégane(avis transmis)
J'ai un peu de mal avec la poésie, et avec la poésie anglophone en particulier. J'ignore ce que donne la traduction, mais je n'ai pas particulièrement été emportée par le style de l'auteur, qui semble pourtant son point fort absolu quand on lit un peu autour du bonhomme.
La partie historique m'a emballée, l'histoire de Lan et Rose, ces deux femmes au vécu à la fois similaire et différent au Vietnam, leur intégration ardue aux USA, notamment liée à leur illettrisme.
La partie plus actuelle, quant à elle, type Requiem for a dream, d'un jeune homme gay et métis, qui se cherche dans un Connecticut urbain bien-pensant et rural brut de pomme, m'a moins plu. J'ouvre à moitié.
Annick(avis transmis)
La lecture de ce roman m'a laissé une impression forte mais contrastée.
J'ai été tout de suite happée par le choix de ce tutoiement adressé, fictivement, à sa mère illettrée, qui prend le lecteur au collet. Après quelques difficultés pour me repérer dans cette construction fragmentaire qui nous fait plonger dans des espaces-temps très différents : entre les souvenirs traumatisants de sa grand-mère avec son enfant pendant la guerre du Vietnam puis la fuite et l'exil aux USA, et, plus tard, ses propres souvenirs d'enfance aux USA, entre ces deux femmes fragilisées par ce qu'elles ont vécu, voire violente du côté de sa mère, dans ce quartier misérable où la communauté asiatique s'est rassemblée. Il y est question de la violence des hommes (son père), de racisme, de machisme, d'exploitation de la main d'œuvre, comme sa mère qui assure seule la survie de la famille. Ocean Vuong se livre à un vaste tableau de l'Amérique des déshérités, qu'ils soient des étrangers ou des petits blancs. Tableau que l'on découvre quand il est devenu travailleur saisonnier dans les exploitations agricoles de tabac. Il faut reconnaître qu'il a une belle plume et il me restera en tête quelques scènes visuellement marquantes, entre l'ombre (beaucoup de noirceur) et quelques éclats de lumière (de beauté ?).
L'ambition est large, trop large peut-être, parce que l'essentiel est ailleurs, dans ce parcours très intime d'initiation, de construction identitaire et genrée, à partir de sa rencontre avec Trevor. Tout ce qui touche à sa relation complexe et ambivalente - car souvent marquée par la brutalité - avec ceux qu'il aime, comme sa mère ou Trevor, m'a profondément touchée.
Je regrette aussi qu'il s'égare dans une longue envolée lyrique au fil des pages 210 à 218, dans lesquelles il se livre à une sorte d'ode en mémoire de Trevor, qui casse le fil du récit. C'est d'autant plus dommage que la fin du récit, autour de la mort de Lan et du retour en famille au Vietnam, pays des origines, pour la cérémonie d'enterrement, est vraiment très marquante.
C'est un roman original dans sa forme et souvent bouleversant, mais qui aurait gagné à une construction plus maîtrisée. Je m'y suis perdue à plusieurs reprises…
J'ouvre à moitié.
Fanny(avis transmis)
Ce récit est une très belle découverte pour sa force, son originalité et son authenticité.
J'aime l'idée de cet écrit adressé à sa mère qui ne le lira jamais, non parce qu'elle est morte mais parce qu'elle ne sait pas lire. Je trouve que cela entremêle à la fois un bel hommage et une dimension intime, entre dimension épistolaire et journal intime.
J'ai eu beaucoup d'intérêt pour le récit du parcours de ces vies sur trois générations, mais ce qui me frappe le plus c'est l'écriture qui lie violence et poésie dans un même mouvement. J'ai été frappée en particulier par le récit des premières expériences sexuelles et par celui de l'avortement.
Malheureusement, la période est dense pour moi et il me reste un tiers du livre à lire. J'aurais aimé le dévorer en quelques jours, je pense que la lecture aurait gagné en force. Mais j'ai manqué de temps et je pense aussi de disponibilité. Je trouve que cette lecture requiert une disponibilité d'esprit importante pour se l'approprier, un peu comme s'il fallait l'apprivoiser. Je vais faire en sorte de la poursuivre jusqu'au bout. J'ouvre 3/4.
(Quelques jours après)
Je viens de terminer à l'instant, rien de changé sur mon avis, j'ajoute juste une petite phrase : "Mais j'étais quand même preneurs de cet élargissement. Parce que, parfois, ne pas voir les barreaux suffit". Parce que pour moi ce livre est un cri pour la liberté.
Lisa(avis transmis)
J'ai beaucoup aimé ce livre. J'ai été surprise par ce procédé : écrire une lettre à sa mère qu'elle ne pourra pas lire. C'est assez fort.
En lisant, je me sentais transportée dans un temps assez lointain : j'avais l'impression que l'histoire se passait dans les années 60/70. Et finalement, certains éléments plus récents sont apparus dans le récit : la console Xbox, ou encore "l'été 2003". En lisant ça, je suis tombée de ma chaise. Ce n'était vraiment pas dans cette époque que je situais ce récit. J'ai donc ressenti un décalage entre ce qui est et ce que j'imaginais.
J'ai aimé certaines réflexions : "Peut-être que je voulais lui offrir la supériorité que ce petit savoir lui donnait sur moi." (p. 135)
L'histoire de la prothèse (la mère qui s'occupe du membre fantôme de cette dame amputée) m'a émue.
J'ai aimé le style, parfois haché, cru mais poétique.
J'ai été happée.
J'ai trouvé ce livre fort, je l'ouvre aux 3/4.


Nous voilà à Rennes, chez Etienne, qui nous montre ses dernières découvertes graphiques :
•De Chris Ware, faisant partie des comics (les BD anglo-saxonnes par opposition aux mangas japonais et aux BD franco-belges) :
- Building Stories : un livre-objet incroyable, dans un coffret en carton contenant 14 "formats" illustrés différents
- Jimmy Corrigan
- Rusty Brown
•De Cyril Pedrosa/Taiyô Matsumoto (dont nous avions lu Tokyo, ces jours-ci, le premier manga du groupe) :
- Nanbanjin : avec deux sens de lecture qui se rejoignent au centre du livre : le Français Cyril Pedrosa signe la partie "occidentale" en couleurs, et le Japonais Taiyô Matsumoto le côté "oriental" en noir et blanc
•D'Emil Ferris (qu'une grave infection a laissé paralysée des jambes, affectant l'usage de ses mains : elle a réalisé son roman graphique au stylo bille !) :
- Moi ce que j'aime c'est les monstres (tome 1 et tome 2)

Etienne
Je suis globalement assez déçu, difficile de passer après Bolaño...
Je ne sais pas vraiment ce que j'attendais ce livre, j'avais probablement une certaine méfiance, lié au fait qu'il s'agisse de littérature contemporaine et autobiographique d'un auteur d'une trentaine d'années. En lisant la quatrième je m'attendais donc à voir disséquer un traumatisme générationnel sur fond de guerre du Vietnam et une relation mère-fils pathologique.
Première déception, je n'arrive pas du tout à cerner la mère, on ne sait pas qui c'est, elle n'a pas de visage, c'est quand même paradoxal. D'autant plus qu'il s'agit d'une lettre qui lui est adressée et qu'elle ne sait pas lire, ça commence à sentir l'entourloupe.
Ce sentiment s'est ensuite renforcé par une impression tenace de superficialité et de vide se manifestant par une multiplication d'aphorismes éculés "Qu'est-ce qu'un pays, sinon une sentence sans frontières, une vie ?", "La vérité c'est qu'aucun de nous n'est suffisamment suffisant.", "La vérité c'est qu'on peut survivre à nos vies, mais pas à notre peau.", "Que sommes-nous sinon ce que la lumière dit que nous sommes ?"), du name-dropping à tout-va (Barthes, Weil) et un nombrilisme assez gênant.
Quant à l'écriture, comment la décrire ? Plate ? Poussive ? Paresseuse ? Je n'ai pas gouté à ce style fragmentaire, je l'ai trouvé extrêmement prétentieux, le talent en moins. Et puis tout ça est tellement premier degré, pas une once d'humour ou d'autodérision, ça fait tellement premier de la classe.
Je sauverai tout de même la description de sa relation avec Trevor dont j'ai trouvé certains passages justes mais c'est assez maigre.
Suzanne
Le livre m'a permis de revenir sur la guerre du Vietnam qui a duré 20 ans.
Le narrateur arrive aux USA à deux ans. Cette partie de l'histoire de son pays d'origine, il ne l'a pas vécue.
Le style m'a beaucoup plu : "Nous sommes nés de la beauté".
Il y a beaucoup de choses dans ce livre, et notamment une autre dimension que trouver du sens à des mots. La question de la langue entre le fils et la mère est très importante ; le vietnamien écrit n'y a pas sa place. Entre eux, domine la langue du corps. Ils massent la grand-mère par exemple. Au Vietnam, on ne dit pas l'amour, mais ce sont les actes qui l'expriment.
Dans cette histoire de filiation, il y a le grand-père d'adoption : avec lui, il a trouvé des racines.
Il y a des scènes tragi-comiques dans le supermarché, où la queue de bœuf n'est pas chère.
Pour ce qui est de l'émoi amoureux, le désir, ce n'est pas forcément compréhensible : il faut se laisser porter. La poésie est là, le cru est transfiguré. C'est une belle gageure.
Je me suis laissé porter par la fluidité dans les moments vécus.
J'ouvre aux 3/4 ce livre à l'originalité d'écriture, sur la difficulté concernant le fait de vivre dans un nouveau pays. Je suis en train de lire No Land to Light On de Yara Zgheib, d'origine libanaise, un roman à propos de l'émigration syrienne vers les Etats-Unis, une histoire de vie ancrée dans l'Amérique de Trump, à valeur documentaire.
Marie-Odile
Ce qui m'a impressionnée dans ce roman d'Ocean Vuong, c'est la présence des corps, du corps.
Corps blessé de l'enfant, corps frappé de la femme.
Corps désiré dans la violence et la force des ébats avec Trevor.
Corps défoncé par la drogue.
Corps de l'élan pris au piège, corps qui devient sa prison, corps du veau dans sa maison cercueil, crâne du singe découpé.
Corps manucurés, corps de la cliente qui demande qu'on masse aussi sa jambe fantôme.
Corps de Lan mourante qui devient cadavre.
Et la mère qui accomplit "l'acte le plus fondamental de notre espèce : entretenir le corps".
Et cette formule étonnante : "Dans le corps à usage unique du garçon, tout est possible".

J'ai aimé le rapprochement établi entre les corps et les mots, l'œuvre permettant une sorte d'incarnation : "Je n'ai jamais voulu bâtir 'un corpus d'œuvres', mais préserver ces corps-là, les nôtres vivants et disparus, à l'intérieur de l'œuvre". Il me semble que l'auteur veut réparer l'insuffisance des écrivains "incapables d'embrasser, que ce soit en chair et en encre, des corps comme les nôtres". Et il rêve d'une réincarnation de la mère en une fillette qui saurait lire sa lettre.
J'ai aimé l'écriture réaliste, parfois crue, dans l'évocation de ces corps, mais aussi poétique lorsqu'il parle des monarques, pudique parfois, sensible toujours.
J'ai remarqué, par-delà les trois grandes parties (la vie, l'amour, la mort), une composition fondée sur l'alternance au sein d'un même chapitre, bouleversant une chronologie qui m'aurait ennuyée :
- la première personne = je / il, le garçon
- la relation (sexuelle) à Trevor/les souvenirs d'enfance
- l'agonie de Man/l'évocation du désir.
Comme si chaque étape franchie amenait un retour en arrière.
Et puis à la fin de la deuxième partie ces pages morcelées, chaotiques, explosées, à l'image du vécu.
Tout cela pour dire :
- l'Amérique des pauvres où quand on avait trois sous "l'idée d'être riche était une forme de bonheur"
- la ville de Hartford où "être déjà vietnamien" est un handicap suffisant !
- le rapport à la langue (de la mère qui ne la maîtrise pas, du fils qui traduit)
- le Vietnam présent dans les souvenirs jusqu'à la mort (Lan qui réclame du riz de là-bas avant de mourir), etc.
J'ai pensé à Saïgon, la pièce de théâtre de Caroline Guiela Nguyen qui évoque le sort, l'exil, des "Vietnamiens-étrangers" en France, les Viet Kieu.
Et ce roman est pour moi une autre façon d'en parler.
J'ouvre aux 3/4.
Edith
J'étais restée sous l'impact déstabilisant et néanmoins stimulant des livres de Bolaño et j'avais plutôt aimé me faire bousculer autant par les thèmes que par l'écriture (Putains Meurtrières, Nocturne du Chili).
Je viens de terminer - presque en apnée - Un bref instant de splendeur et je me ressens presque autant interrogative et bousculée à nouveau.
Je ne sais pas dire si j'ai "aimé" ou non ce long courrier à sa mère ou si je réagis seulement - très positivement - à la découverte d'une écriture, d'un mode de récit, d'une approche désordonnée d'un temps révolu (celui de l'auteur) et de sa hâte à vouloir tout dire sans plan (vraiment ?... Il y a trois parties… !)
Vuong, sans réserve sur le récit de sa vie car il s'agit d'une biographie, tente par les mots, et en se répétant dans l'évocation de certains souvenirs, dans le désordre du temps et des espaces évoqués (Saïgon, le Connecticut et les quartiers de Hartford) et aussi par la force de la poésie de sa langue, Vuong "Little dog" semble vouloir approcher son identité, comprendre qui il est devenu, car la langue anglaise, apprise pour étudier et lire (tout !) l'a coupé de sa mère vietnamienne si peu instruite : elle est celle qui n'a pas transmis, celle qui le violente, celle qui s'épuise au travail de manucure. J'ai aimé Lan, la grand-mère, la consolatrice, celle qui caresse aussi et console, intermédiaire entre mère et fils et dont le récit de l'agonie m'a touchée. Et peut-être ne reste à l'auteur que la poésie pour traduire tous ces tourments ressentis à l'enfance et transformés à la jeunesse, force apportée par les mots à la révélation de son homosexualité.
Trevor, son jeune amant - le Blanc - fils d'un alcoolique, est beau dans sa révolte sa violence et son risque à vivre. J'ai aimé la force des scènes érotiques : amour, désir, douleur, corps dont l'obscénité s'affiche, réalité du corps dans la jouissance…, tout cela décrit et j'ai pensé à Genet et son Journal d'un voleur et même Querelle de Brest le film.
La forme "courrier à" me plaît en général. Vuong, dans la doc de Voix au chapitre que j'ai lue avec plaisir, parle de sa découverte de la lettre de Kafka à son père, cela me parle aussi pour l'avoir lu autrefois. Le père ne lira jamais la lettre et la mère de Vuong est morte… Mais pour Vuong, ce n'est pas lettre morte, il veut écrire pour se trouver.
Voir la phrase de Qiu Miaojin en exergue du récit, choisie par l'auteur "Mais permets-moi de te bâtir un petit territoire de mots, dont mon existence serait mon socle, un endroit où te recentrer, tu veux bien ?"
J'ai eu parfois du mal à me situer dans le temps, les moments racontés : j'ai eu besoin de faire la généalogie de l'auteur confirmée par la doc de VAC (Lan, la mère non prénommée, Paul…) et ses comparses, Trevor son jeune amant, et autres rencontres. J'ai eu besoin de replacer les lieux, y compris le Connecticut. Le souvenir de la guerre du Viet Nam reste bien vivant dans ma mémoire.
J'ouvre le livre aux trois quarts avec la même remarque que pour l'auteur précédent, Bolaño : la chronologie est absente (impossible ?) comme le déroulé des souvenirs lors d'une séance de thérapie, comme pour l'écriture de Proust enfin lu (vive Voix au chapitre !).
J'aime bien les livres qui ne sont pas que la chronologie d'une histoire, j'aime les livres dont les phrases et leur agencement me baignent dans un récit qui bouscule l'ordre de la vie "racontée", temps et espaces respectés. C'est souvent le cas dans le choix des auteurs choisis par VAC ; Laurent Mauvignier échappe à ma remarque : il est "chrono" et il me subjugue par son style.
Je ne pense pas lire au-delà de ce récit. Mais belle découverte.

Jacqueline
J'avais très envie de lire ce roman. Je suis très curieuse de tout ce qui parle du Vietnam ou du devenir de sa diaspora.

Claire
Peut-être, Jacqueline, peux-tu dire un mot expliquant cela pour ceux qui ne le savent pas ?
Jacqueline
Oui. J'ai passé deux ans et demi avec ma famille au Nord-Vietnam, juste après l'indépendance, à Hanoï. Mon père y était correspondant de L'Humanité. C'était l'époque de mon bac. Je n'avais pratiquement pas de contacts avec les Vietnamiens de mon âge et n'ai pas appris la langue…
Par contre, je me souviens très bien avoir entendu raconter l'histoire de la cervelle de singe : c'était un Européen qui travaillait là-bas et avait séjourné au Sud qui m'avait raconté (comme un exemple de mœurs étranges de riches, j'associerais bien cela à la tortue incrustée de bijoux de Des Esseintes !) le fait de partager la cervelle fraîche d'un singe vivant attaché sous une table spéciale percée en son milieu pour ne laisser passer que le crâne... Cela m'a probablement aidé à supporter la description éprouvante du livre sur laquelle je ne me suis pas attardée... J'ai quand même appris dans le livre que c'était vu comme un aphrodisiaque ! Par ailleurs dans le texte, cette histoire est racontée en parallèle avec l'angoisse vitale pour la grand-mère et son bébé de pouvoir franchir le checkpoint (dont, par contre, je n'ai d'ailleurs pas très bien compris à quoi il correspondait exactement, sinon aux désastres des situations de guerre...).
Pour revenir au livre, j'ai beaucoup aimé cette manière de raconter : un récit fragmenté en petits paragraphes qui peuvent donner l'impression de passer du coq à l'âne : ils sautent d'un récit factuel à l'évocation d'un souvenir d'enfance en passant par un souvenir de lecture ou une description évocatrice de lieu… En fait, l'ensemble restitue une espèce de miroir de la pensée du narrateur, et c'est dans ce contexte que je n'ai pas du tout été gênée par les aphorismes généraux (regroupés et isolés, ils peuvent effectivement paraître bien creux !). L'ensemble reflète la pensée du narrateur au moment où il raconte ce qu'il a vécu. Avec pudeur, malgré des descriptions précises... Dès que l'on s'attache au fil de cette pensée, on voit que tous ces fragments se répondent pour éclairer la tonalité émotionnelle, préciser le sujet ou y faire écho.
J'ai été sensible à la manière dont ce garçon se construit dans un environnement où tout contribue à l'isoler. Une famille réduite, dans une sorte de huis clos. Sur quoi peut-il s'appuyer ? Sur les récits terribles de la grand-mère (ils fluctuent parfois, mais cela amène à réfléchir sur ce qu'est un récit, le narrateur nous les transmet, il les a faits siens et c'est poignant). Sur le pragmatisme de la mère dont le travail fait vivre tout le monde alors qu'elle reste ancrée dans une culture complètement différente de celle où doit grandir son fils, pas de père, un faux/vrai grand-père, passeur éloigné, un grand décalage avec ceux qui pourraient être ses camarades, les médias (l'histoire du joueur de golf) une enseignante et... des livres.
En essayant de suivre ce récit, j'ai relevé de nombreux passages remarquables... Celui-ci suit une description formidable du salon de manucure où la mère travaille (au chapitre suivant viendra celle de la plantation de tabac où il va être saisonnier à 14 ans !). Ce passage m'a paru bien refléter un sort plus général des immigrés : "En l'espace de deux ans, le nouvel émigrant apprendra que le salon, au bout du compte, est un endroit où les rêves se muent en savoir calcifié de ce qu'il en coûte d'habiter les os d'un Américain meurtri, empoisonné et sous-payé - avec ou sans la nationalité."
J'ai pensé au livre que nous avions lu l'an dernier, Princesse Bari, qui parle aussi de désastres de la guerre (celle de Corée), de transmissions de culture et d'immigration... Ici c'est beaucoup plus fort en vécu et il y a ce besoin d'écrire pour transcender ce vécu ; ce livre dit beaucoup de choses sur l'écriture... et cela m'a plu. Il parle de réalités très dures et malgré mon intérêt je n'ai pas envie d'en recommander la lecture à quelqu'un de peu disponible… C'est pourquoi je n'ouvre qu'aux trois quarts.
Françoise
Je serai assez brève comme d'habitude.
Tout d'abord, je ne connaissais pas du tout cet auteur. Quand j'ai vu le titre, je me suis dit "quel beau titre" ça va être super. Je le découvre en anglais, et alors que le titre français est positif, (Un bref instant de splendeur), en anglais (On Earth We're Briefly Gorgeous) cela l'est beaucoup moins (Sur Terre, nous sommes pour un bref instant magnifiques) car il n'y a rien de gorgeous dans le livre.
L'auteur semble sensible à la condition animale, qu'il compare à la condition humaine ("Que ne donnerions-nous pour que la vie massacrée des animaux raconte une histoire humaine - alors que nos vies sont en soi des histoires d'animaux.") Mais… cette lettre à sa mère m'a paru fabriquée, très nombriliste. Il s'appesantit beaucoup sur les scènes avec Trevor, et cela me semble superfétatoire. Tout ce qui a trait à l'amour aurait pu être plus concis, voire elliptique, cela aurait suffi.
Pour ce qui est du style…
Il se raconte en se servant de citations : Barthes, Veil…, ça m'a gonflée. Et parfois je n'ai pas compris, ça tombait à plat. Dans la forme, il la ramène. Il est d'ailleurs prof à New York University. Bref je suis partagée, je ne regrette pas de l'avoir lu, mais ce livre ne m'a pas donné envie d'en lire un autre. J'ouvre à moitié.
Des passages m'ont gênée. Celui sur l'agonie de la grand-mère, important, je l'ai trouvé délayé, de même que ses échanges sexuels avec Trevor, très crus, insistants ; je me suis dit qu'il avait oublié en route son projet, une lettre à sa mère.
Moi qui suis simple, voire simplette, j'ai eu du mal à replacer les morceaux. La mère est née au Vietnam, pourquoi elle y retourne ? Et pourquoi la mère n'a pas appris à lire ? Qui est son père ? Et la sœur Mai d'où elle sort ? Une espèce de flash-backs chronologiques (lui qui n'hésite pas) m'aurait aidée à la compréhension de cette "famille" américano-vietnamienne, cf. certaines interrogations échangées dans le train par exemple. [Des précisions sont données à cette simplette pour l'éclairer…]
Marie-Thé
et
Je ferme ce livre et l'entrouvre au 1/4 en même temps, il m'est impossible de faire autrement. Et ceci en pensant que c'est sans doute loin d'être un mauvais livre, à la fois savant et bien écrit. Cependant, je n'en peux plus de ces livres glauques, sombres, morbides, sinistres, cauchemardesques, horribles aussi. Je ne le proposerais à personne et j'ai du mal à comprendre ce choix de Voix au chapitre.
Quelques exemples concrets glanés parmi ces pages emplies de tourments : le singe et les soldats, c'est l'horreur ; atmosphère irrespirable dans ces lieux où règne la violence, impression de sentir les odeurs, feu, vodka, moiteur, armes, hélicoptère... Je n'aime pas, mais cela paraît tellement juste.
Les pages décrivant l'avortement au Vietnam, ce bébé qui résiste, sont insoutenables. L'agonie de Lan, la grand-mère, sans commentaire. Et sans transition les descriptions concernant Trevor et Little Dog couchant ensemble m'ont été vraiment pénibles à lire. C'est cru, dérangeant, morbide, était-ce vraiment nécessaire ? Et que de répétitions, malaise... Je tiens à dire que ce qui m'amène à fermer ce livre c'est un tout, et pas seulement les exemples ci-dessus.
J'ajouterai que le début m'avait plu : "Mais permets-moi de te bâtir un petit territoire de mots"... La couverture aussi, mais ce daim (et non ce chevreuil empaillé en plus) représente une "mort sans fin". J'ai aimé Roland Barthes : "J'ai connu le corps de ma mère malade (...) puis mourant." Et ce parallèle de l'auteur : "À toi qui es toujours en vie".
Plus loin je retiens ceci à partir des migrations des papillons monarques : "Seuls leurs enfants reviennent. Seul l'avenir revisite le passé." Et ceci plus loin encore : "Ce que j'ai laissé derrière moi devient exactement ce vers quoi je cours."
Importance du feu (ça brûle souvent), de la terre, on peut y ajouter l'air et l'eau.
Importance de la littérature : "ces pages me sauveraient". Mais, "malgré mon vocabulaire, mes livres, mon savoir, me voilà démuni" (devant le cadavre de sa grand-mère). Les références au corps sont nombreuses mais c'est presque toujours morbide : "Le corps, comme le cerveau, affecté par le traumatisme." Les cheveux blancs qu'on enlève en racontant des histoires, récit des origines de la mère...
Je retiendrai encore des phrases comme celle-ci : "Il n'avait que neuf ans, mais il maîtrisait déjà le dialecte des pères détraqués de l'Amérique." À propos du lait américain : "tu vas beaucoup grandir." Ou encore : "J'ai retiré notre langue et arboré mon anglais comme un masque."
Pour faire court (j'aurais encore beaucoup à dire sur ce livre que je n'ai pas aimé), je note cette discrimination liée à la couleur de peau, le rejet de l'homosexualité et la souffrance des oubliés de l'Amérique, les dégâts considérables provoqués par la drogue et le profit des industriels.
Importance du regard : "j'étais vu"... Et encore : "Toi et moi, nous étions des Américains jusqu'au moment où nous avons ouvert les yeux."
Importance encore du désir : "quelque chose d'encore plus brutal et total que le travail."
Pages de souffrance, quête identitaire, au milieu se trouve Paul, en Virginie, pleurant Lan, son premier amour (l'auteur a-t-il pensé à Paul et Virginie ?). Beau personnage que ce grand-père qui ne l'est pas.
Et pour terminer, je choisis ceci : Survivre, "attendre que la tempête passe sur vous"...
Philippe
Le roman d'Ocean Vuong, jeune auteur vietnamien-américain de 38 ans, paru en 2019, a été très apprécié aux États-Unis comme en Europe.
Je ne partage pas cette unanimité. Je pense qu'un récit chronologique m'aurait aidé à mieux comprendre la dimension historique, plutôt que ce récit morcelé qui m'a complètement perdu dans les lieux, le temps, les destinées de la mère du narrateur, Rose, et de sa grand-mère, Lan. À la lecture, j'ai attendu en vain un bref instant de splendeur. Pourtant j'étais prévenu, "un bref instant", je suis passé à côté. En tout cas, selon moi, le mot splendeur ne convient pas dans la traduction française du titre.
La relation homosexuelle du narrateur avec Trevor, "un Blanc, un Jaune" a bien peu de dimension sentimentale et je me serais passé des scènes de sexe, la suggestion aurait suffi au récit.
J'ai apprécié l'allégorie faite par l'auteur en comparant la migration de ceux que nous avons appelé les boat-people avec la migration des papillons monarques. "Seuls leurs enfants reviennent, seul l'avenir revisite le passé" (p. 22).
Le narrateur est maltraité par sa mère, qui souffre au moins de stress post-traumatique. A treize ans, il dit à sa mère qu'il ne se laissera plus frapper, et elle lui répond "je ne suis pas un monstre, je suis une mère".
La grand-mère Lan (orchidée) que sa mère appelait Sept, selon son rang dans la fratrie, a eu une existence incroyable. Un mariage forcé avec un mari qu'elle a quitté pour un militaire américain blanc en1967, pendant la guerre du Vietnam. Ils ont eu deux filles. Lan avouera s'être prostituée pour nourrir ses enfants. L'agonie et la mort de Lan sont des moments forts du livre. Paul, le GI qui s'est marié aux États-Unis, rendra un poignant hommage à Lan en vidéo, guidé par son petit-fils, au moment de l'inhumation à Saïgon. Mais en 1990, Paul avait su que Lan, arrivée aux États-Unis, le cherchait, alors qu'il était remarié depuis 8 ans. Il n'avait rien fait pour la revoir.
Seule note d'humour du livre : quand le narrateur, le jour des obsèques écrit : "J'appelle Paul en Virginie", était-ce vraiment utile...
J'ai retenu ce rite funéraire qui implique les drag-queens de Saïgon pour "retarder la tristesse" avant la prise en charge du défunt par des professionnels : "Les drag-queens sont les licornes qui caracolent dans les cimetières".
Trevor meurt d'overdose aux opiacés. Le thème de cette toxicomanie qui fait des ravages aux États-Unis est développée par l'auteur.
La photographie de couverture en poche comme en livre broché, montre un daim. Si des cervidés (biche, cerf, chevreuil et élan) sont cités, à aucun moment il n'est question de daim !
Pour Voix au chapitre, je garde le livre ouvert à demi pour le fond et pas pour la forme.
Katell
Je l'ai lu à sa sortie, parmi les nouveautés de la médiathèque de Fontenay-aux-Roses, attirée par ce beau titre. Et le nom de l'auteur Ocean Vuong, je trouvais ça super joli, très poétique aussi.
J'aime beaucoup la littérature vietnamienne en général.
Je ne l'ai pas relu. J'ai peu de souvenirs : une longue lettre à sa mère, un début un peu ardu, des scènes de sexes crues, et quelques moments de splendeur dans la langue…
Toujours dans la médiathèque de Fontenay-aux-Roses, j'ai commencé à lire son dernier roman L'empereur de la joie, c'est un peu pareil avec ce narrateur jeune homme, des mêmes ressorts et en un peu moins bien, je me suis un peu barbée et j'ai arrêté. Donc je n'avais pas envie de le relire. J'ouvre à moitié pour les souvenirs.
Ce n'est d'ailleurs pas de la littérature vietnamienne mais américaine. Je vous recommande dans la littérature vietnamienne, Garçon de cristal : ça, c'est autre chose ! Exceptionnel !

Etienne, qui cherche sur son téléphone
Ah oui, Garçon de cristal
de Bai Xianyong, un Taïwanais.
Catherine
Je serai brève. J'avais repéré ce livre et ça m'avait donné envie de le lire.
J'ai aimé des fragments : les promenades au centre commercial le week-end pour lesquelles ils se mettent sur leur 31, l'épisode de la queue de bœuf, le massage du membre fantôme, l'avortement ; j'ai trouvé certains des personnages attachants, la grand-mère et ses histoires en particulier. La partie que j'ai préférée est celle qui raconte l'agonie et l'enterrement de la grand-mère ; la partie avec Trevor est assez réussie aussi.
Mais j'ai été gênée par la forme, un peu perdue, j'ai trouvé ça assez nébuleux, avec un fil éclaté. La narration est sans cesse interrompue par des phrases pour moi peu compréhensibles voire creuses. Par exemple : "Qu'est-ce qu'un pays, sinon une sentence sans frontières, une vie ?", "Mais pourquoi le langage de la créativité ne pourrait-il être celui de la régénération ?"… Il y en a sans arrêt, ça m'a gonflée.
Les thèmes sont pourtant intéressants ou auraient pu l'être (les traumatismes de la guerre du Vietnam, la violence qui en découle chez la mère, l'émigration...), mais c'est l'ensemble auquel je n'ai pas accroché. J'ouvre à moitié et je n'ai pas envie de lire son livre suivant. Je ne regrette pas d'avoir lu celui-ci mais au final, ça a quand même été une déception.
Manuel
Ce livre m'a rebuté. Il n'est pas facile à lire. Un exemple : "Ton poème est une tuerie, dit-on. T'es un tueur. Tu t'es lancé dans ce roman le couteau entre les dents. J'assène un paragraphe, je les abats l'un après l'autre, dit-on. J'ai dominé cet atelier. J'ai tout défoncé. Je les ai réduits en miettes. On a démoli la concurrence. Je me bagarre avec ma muse. Cet État, où vivent des gens, est un champ de bataille électorale. Le public est un public cible. 'Bien joué, mec, m'a dit un jour un homme lors d'une soirée, tu fais un massacre avec ta poésie. Tu les exploses tous.'"
Il y a des phrases que je n'ai pas comprises : "Il y avait une lueur verdâtre dans cette phrase, et tu l'as vue." J'aime beaucoup la poésie quand j'y perçois du sens.
En revanche j'ai bien aimé l'aspect politique, par exemple : "1964 : Au moment de lancer sa campagne de bombardements massifs au Nord Vietnam, le général Curtis LeMay, alors chef d'état-major de l'US Air Force, déclara qu'il avait l'intention d'expédier les Vietnamiens 'tout droit à l'âge de pierre'.
Détruire un peuple, c'est donc le renvoyer dans le passé. L'armée américaine finirait par lâcher plus de dix mille tonnes de bombes sur un pays pas plus grand que la Californie - davantage que le nombre de bombes déployées pendant toute la Seconde Guerre mondiale
".
J'aime beaucoup les USA, en ce moment il y a un tournant et ce qui m'a intéressé dans le livre, c'est l'écho actuel. Il est également un peu militant LGBT.
J'ai aimé le fond, j'aurais pu aimer la forme. Mais c'est trop décousu. Il se la pète. C'est prétentieux.
Je sortais moi aussi de Bolaño et j'ai lu Toibin qui m'a reposé. La scène du macaque, c'est gerbouillie. Ou encore l'avortement. Le macaque, la pipe forcée, c'est dommage.
Annie Ernaud, Bolaño, et lui : c'est dur. J'ouvre 1/4.
Claire(qui avait apporté de la papaye en référence à un passage du livre)
En ouvrant le livre, je me suis dit : encore une histoire d'immigration, de narrateur entre deux langues ! Il va falloir être original pour que la mayonnaise prenne...
Bon, voilà donc une lettre à sa mère, qui est, elle, l'exilée : original ! Tiens, la mère est illettrée, il va falloir qu'il y ait un retournement pour que la vraisemblance advienne : elle va apprendre à lire ? Eh ben, non ! Donc, ton artifice de lettre, tu repasseras.
Bon, tu nous fais une alternance, entre présent, le récit de l'histoire adulte, e
t l'enfance. Bon c'est bien appliqué, t'as écrit ça dans un atelier d'écriture ? Et t'ajoutes à ça le flashback en passant à la troisième personne ? Non mais, tu crois que je vais gober ça ? Ces artifices scolaires ? Et avec le motif égrené des papillons monarques pour faire joli !
La mère est maltraitante on l'a compris et tu remets le couvert maintes fois : tu règles tes comptes ? C'est pas un peu minable ?
Ah ! T'as des lettres ! Barthes on a compris, 5 fois on se le tartine ! On a beau l'avoir lu à Voix au chapitre, c'est pas une raison pour en rajouter. Mais comme dit Sabine, il cite ses sources, et ça fait bien.
Hélas, hélas, que de phrases se prêtent au ricanement : "Du vent, j'ai appris la syntaxe de l'audace", "Nous sommes nés de la beauté"...
En cours de route, avant même la moitié, j'étais au bord d'abandonner ; j'ai lu alors l'avis de Sabine en me disant que l'enthousiasme qui accompagnait sa proposition allait me donner des billes littéraires pour relancer mon intérêt. Sabine a bien aimé les personnages et le lien du gars avec les livres, pas un mot sur d'éventuelles qualités littéraires : ça m'en a donc ajouté une couche négative.
La tension narrative m'a paru d'une grande mollesse, l'émotion n'était pas au rendez-vous, ma déception est donc grande.
J'ouvre 1/4. Pourquoi ? La découverte de l'homosexualité est bien amenée (hélas, Trevor m'a semblé sans guère d'intérêt, ce qui ramollissait... le récit). J'ai aimé quelques scènes : la scène de sodomie, la mort de la grand-mère, la description des quartiers du passé transformés.
Mais - vous l'avez compris... - l'ennui et le sentiment d'artifice ont dominé.
J'ai regardé après la présentation qu'il fait lui-même de son livre, qui l'a encore plus enfoncé à mes yeux : par exemple, pourquoi une lettre à quelqu'un qui ne la lira pas ? J'ai trouvé chez un bouquiniste La Lettre au père de Kafka et j'ai trouvé que c'était une bonne idée... (Kafka confia quand même la lettre à sa mère qui ne la remit pas à son père).
J'ai trouvé intéressant que Gallimard commercialise au rayon papeterie un cahier vide intitulé joliment Un bref instant de splendeur - je n'offrirai pas le livre, mais le cahier peut-être...
Jérémy
(avis transmis juste à la fin de notre tour)
Avant la lecture : Rétrospectivement, je me dis que j'aurais dû me méfier. Mais j'ai baissé la garde (terrible erreur pour un boxeur !). En 4e de couverture : "Prix Les Inrockuptibles étranger 2021". Ça commence mal. Olivia de Lamberterie : "Un choc. D'une beauté folle". Rien que ça. Le titre : Un bref instant de splendeur. Trop long. Pompeux. Grandiloquent. Du Pancol mais version poétique. Et ce petit faon perdu dans la ville sur la couverture. Bref, les signes annonciateurs ne manquaient pas mais je n'ai pas su les décrypter.
Après la lecture : J'ai lu ce livre au début de l'été. Je l'ai commencé le 9 juillet très exactement et vu que "ça se lit bien", je l'ai fini le 12. Mes souvenirs ne sont déjà plus très frais. Ils le sont quand même encore assez pour que je puisse affirmer très tranquillement que cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu une daube pareille. Je remercie le groupe de m'en avoir offert l'opportunité. Je dis bien "offert" à dessein, car pour séparer le bon grain de l'ivraie, il faut bien avoir affaire à un peu d'ivraie de temps en temps (pas trop quand même hein, merci !).
L'impression qui me reste de ce livre un peu moins de trois mois après sa lecture c'est qu'il m'avait prodigieusement agacé. En plus d'être assommé de chaleur, j'avais également été assommé de nullité littéraire, la double peine en somme. Je me souviens également d'avoir levé les yeux au ciel un nombre incommensurable de fois.
L'impression qui me reste également, c'est celle d'avoir eu le sentiment de lire le premier roman d'une hypokhâgneuse qui ferait encore des ronds sur ses i (alerte misogynie !). Un subtil mélange de niaiseries, d'inepties et de mièvrerie. Combien de fois me suis-je dit : oh la la, il fait des phrases, il a dû se dire que ça allait faire écrivain, cela se veut profond et important et lourd de sens, mais cela sonne juste terriblement creux.
Mention spéciale également à l'exercice de style page 210 à 218.
Non vraiment, je ne peux pas, désolé. Ça sent l'atelier d'écriture, ça sonne faux, ça fait fabriqué, ce misérabilisme à la petite semaine me passe au-dessus et ne me touche jamais. Trevor comme représentant de la crise du Fentanyl aux Etats-Unis, cela aurait pu être intéressant, mais je trouve qu'il n'en fait pas grand-chose. Pour moi ce livre est archétypal de la littérature contemporaine et m'a rappelé pourquoi je m'en tiens aussi éloigné que possible. C'est une fausse valeur.
Je ne sauve que deux passages, les deux seuls que j'ai trouvé "justes" : la mort de la grand-mère et le récit de sa première "vraie" fois avec Trevor.
Et cette phrase, qui m'a quand même fait rire : "Je crois que je viens de faire une gorge profonde à une bite invisible".
Malgré tout, cela ne suffit pas à me faire ouvrir ce livre autrement que complètement fermé.

DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
•Repères biographiques
•Livres publiés en français
•
Presse

ŒUVRES DE OCEAN VUONG TRADUITES EN FRANÇAIS

Ses livres sont tous traduits par Marguerite Capelle, traductrice renommée, et publiés par Gallimard, sauf le premier.

•Poèmes
- Ciel de nuit blessé par balles [Night sky with exit wounds, 2016], trad. Marc Charron, préface Kim Thuy, Québec, Mémoire encrier, 2018, recueil de poèmes.
- Le Temps est une mère [Time is a Mother, 2022], trad. Marguerite Capelle, 2023, poèmes.
- Ciel de nuit blessé par balles [Night Sky With Exit Wounds, 2016] suivi de Le temps est une mère, 2026, poèmes, réédition couplée.

•Romans
-
Un bref instant de splendeur [On earth we're briefly gorgeous, 2019], 2021, roman.
- L'empereur de la joie [The Emperor of Gladness, 2025], 2026, roman.

•Textes publiés dans The Atlantic, Granta, Harper's, The Nation, New Republic, The New Yorker, The New York Times et Paris Review.

Chronologiquement, il s'est d'abord fait connaître en poésie avec Burnings (2010, non traduit), avant d'acquérir une reconnaissance internationale grâce à Night Sky with Exit Wounds (2016, traduit en 2018). Il s'est ensuite tourné vers la fiction avec la publication de son premier roman, On Earth We're Briefly Gorgeous que nous lisons (2019, traduit en 2021). Ce passage de la poésie à la fiction a élargi son lectorat. Suite à l'immense succès de son premier roman, Vuong a publié un second recueil de poésie, Time Is a Mother (2022, traduit en 2023), écrit pendant son deuil après le décès de sa mère. Plus récemment, en 2025, il a publié son deuxième roman, The Emperor of Gladness (traduit en 2026).


REPÈRES BIOGRAPHIQUES

•Enfance
- Ocean Vuong est né en 1988 à Hô Chi Minh-Ville, au Viêt Nam. Arrivé aux États-Unis à l'âge de 2 ans dans le Connecticut d'une mère métisse et d'un père vietnamien d'origine chinoise. Pourquoi, comment ?
- La grand-mère maternelle de Vuong vivait dans une région rurale du Vietnam. Son grand-père maternel, originaire du Michigan, servait dans la marine américaine pendant la guerre du Vietnam lorsqu'il rencontra la grand-mère de Vuong et en tomba amoureux. Ils se marièrent et eurent trois filles, dont la mère de Vuong.
- Son grand-père était retourné aux États-Unis pour rendre visite à sa famille et ne put y revenir lorsque Saïgon tomba aux mains des forces communistes ; sa grand-mère plaça alors sa mère et ses sœurs dans des orphelinats séparés.
- La mère de Vuong a accouché à 18 ans, alors qu'elle travaillait déjà dans un salon de coiffure à Saïgon. Ses origines métisses ont attiré l'attention d'un policier, qui a compris qu'au regard de la loi vietnamienne, elle travaillait illégalement. Cette découverte a contraint la famille à fuir le Vietnam pour se mettre en sécurité. Ils ont été évacués vers un camp de réfugiés aux Philippines, et Vuong, alors âgé de deux ans, et sa famille ont finalement obtenu l'asile et immigré aux États-Unis. Ils se sont installés à Hartford, dans le Connecticut...
Des détails sur ce parcours =>ici

•Formation
- Quelques années d’études au Manchester Community College (Connecticut) : débuts en écriture, premiers ateliers de poésie.

Je n’ai reçu aucune éducation littéraire. J’étais dans ce qu’on appelle au États-Unis un “Community College”, une école technique qui dure deux ans, souvent réservée aux enfants de la classe ouvrière. Le gouvernement te donne de l’argent pour suivre cette formation. Un salaire pour aller à l’école, j’ai signé tout de suite ! Là-bas, j’avais des amis qui avaient monté un groupe de punk, des fans de Jim Morrison et surtout de Patti Smith. Un soir, alors que je les écoutais répéter, je suis tombé sur ce que je pensais être les paroles d’une chanson, Le Bateau Ivre. La langue, la rythmique, c’était une expérience dingue. Je vous laisse imaginer les rires quand j’ai demandé dans quel groupe jouait Arthur Rimbaud. Qu’un poète de 17 ans, mort il y a plus d’un siècle ait pu écrire ça, je n’en revenais pas. J’ai passé des semaines à la bibliothèque pour dévorer toutes ses œuvres et quand j’ai fini, j’ai enchaîné avec les auteurs français rangés à côté : Baudelaire, Aimé Césaire, Marguerite Duras. En un clin d’œil, j’ai découvert tout un monde qui m’a ébloui. J’ai su que les auteurs français joueraient un grand rôle dans ma vie avant même que je comprenne véritablement ce qu’était la littérature.

- Pace University (New York) : inscription en marketing international ; abandon après quelques semaines ("pas pour lui").
- Brooklyn College – City University of New York (CUNY) : études de littérature anglaise du XIXe siècle ; obtention du BFA (licence) en écriture créative. Prix de l’Academy of American Poets pendant le cursus.
- New York University (NYU) : MFA (master) en poésie. Premiers textes remarqués dans les revues littéraires.

•Prix et bourses
En voici seulement quelques-uns :
- 2014 : bourse de poésie de la Poetry Foundation de 25 800 $.
- 2016 : prix Whiting Award de 50 000 $ pour son livre Night Sky with Exit Wounds
[Ciel de nuit blessé par balles], qui par ailleurs a figuré parmi les dix meilleurs livres du New York Times en 2016. Il est boursier de la Fondation Civitella Ranieri.
-
2017 : Eliot Prize 25000 £ : bourse britannique destinée aux écrivains émergents, toujours pour ce recueil de poésie.
- 2019 : Bourse MacArthur ("Genius Grant") : dotation de 625 000 $ (joli pactole !) versés sur cinq ans par la Fondation MacArthur. Il termine le roman que nous lisons dans la Fondation Saltonstall pour les Arts ; il remercie aussi la Fondation Lannan. N'en jetez plus !

Le roman que nous lisons a été en 2019 lauréat de l'American Book Award, du Mark Twain Award et du New England Book Award.
Il a figuré six semaines durant sur la liste des best-sellers du New York Times et s'est depuis vendu à plus de deux millions d'exemplaires dans 41 langues.
Son roman suivant en 2015 The Emperor of Gladness a été sélectionné par le Oprah Book Club, finaliste de l'International Dublin Literary Award et a été nommé au National Book Award. N'en jetez plus !

•Et aujourd'hui ? (Potins)
-
Ocean Vuong est professeur de poésie moderne et de poétique dans le programme de MFA de New York University. Il est également fellow (chercheur en résidence) 2026-2027 du Radcliffe Institute for Advanced Study de Harvard.
- Vie personnelle : il vit dans le Massachusetts rural, dans une ancienne ferme, avec son demi-frère (venu vivre avec lui après la mort de sa mère) et son partenaire de longue date, Peter Bienkowski, avocat. Il a deux chiens...
- Alors que son deuxième roman,
L'empereur de la joie, est paru en 2025, il poursuit parallèlement son activité d’écrivain, d’enseignant et de photographe. Les étudiant.es doivent craquer...
The Guardian, 2025

Vous êtes devenu une icône pour toute une nouvelle génération, comment vivez-vous ce statut ?

J’ai la chance d’être bouddhiste. À 15 ans, je voulais même être moine. Dans notre religion, quand un enfant devient moine, il protège sa famille sur sept générations. Je me disais que s’il m’était impossible d’enrichir ma famille matériellement, je pouvais au moins les enrichir spirituellement. Puis j’ai découvert Rimbaud et… vous connaissez l’histoire. Mais le bouddhisme fait toujours partie de ma vie et offre beaucoup d’enseignements, notamment sur l’ego. Nous sommes seulement de passage sur terre. La richesse matérielle, la reconnaissance, ça ne représente rien, les livres ne sont que des débris de mon esprits qui flottent et ne m’appartiennent pas. Ce n’est pas facile tous les jours de raisonner comme ça, à une époque où on fétichise beaucoup le génie. Quand mon premier roman a été publié, on a parlé d’explosion comme si j’étais un génie, un peu comme Ginsberg, Kerouac ou Baldwin avant moi. Je ne crois pas du tout à cela. Je crois au travail de l’artisan qui avance, un mot à la fois, rendu humble par chaque phrase qu’il doit remettre à l’ouvrage. (...)

Je ne voulais pas céder au mythe du transfuge de classe, celui qui transcende sa condition. Je trouve que cela sert les politiques, parce que grâce à ces histoires, on oublie la question fondamentale : comment rendre meilleures les conditions de vie dans ces villes afin qu’on n’ait plus à s’échapper pour survivre ? J’aime passionnément Annie Ernaux mais j’ai du mal à penser la figure du transfuge. Mes personnages ne s’échappent pas, exactement comme moi. Je vis dans la région où j’ai grandi, ma famille aussi. Ma tante travaille à l’usine, mon frère dans un magasin de chaussures, je ne peux pas m’échapper. (Vogue France, 20 mars 2026).


À PROPOS DU LIVRE Un bref instant de splendeur

•Radio
- "Ocean Vuong, poète vietnamo-américain", l’invité des Matins du samedi, Quentin Lafay, France Culture, 23 septembre 2023, 20 min.

•Vidéo
- "Interview de Ocean Vuong - Un bref instant de splendeur", Gallimard-Babelio, 11 février 2021, 6 min.
- Maison de la poésie, rencontre animée par Florence Noiville, traductrice Marguerite Capelle, lecture par Olivier Martinaud, en duplex de Los Angeles, 18 février 2021.

•Presse écrite
En France :
-
"Un bref instant de splendeur d’Ocean Vuong : le bouleversant récit de formation d’un jeune Vietnamo-Américain", Florence Noiville, Le Monde, 13 janvier 2021 : elle souligne la virtuosité et l’inventivité des images, tout en relevant quelques longueurs.
- "Un bref instant de splendeur d’Ocean Vuong : notre critique", Stéphane Ehles,
Télérama, 20 janvier 2021 : il insiste sur le travail de déstructuration de l’écriture et la forme de la lettre à la mère.
- "
Un splendide désastre", Linda Lê, En attendant Nadeau, 13 février 2021.
- "Les Mains dans les poches : Ocean Vuong, Un bref instant de splendeur", Jean-Philippe Cazier, Diacritik, 9 septembre 2022.

Aux USA
En 2019, à la sortie du livre, les critiques des périodiques américaines dans The New York Times, The Time Magazine, The Washington Post, Los Angeles Times, NPR, Harward Review sont attentives aux thèmes de l'immigration, du traumatisme familial et de l’expérience queer. Ce que dit l'auteur :

Le fils, surnommé Petit Chien, présente certaines ressemblances avec son auteur, Ocean Vuong : "Ce que je souhaitais, ce que j'espérais accomplir, c'était m'inscrire dans la riche tradition autobiographique américaine, depuis Herman Melville jusqu'à Moby Dick", explique Vuong dans une interview. "Pour moi, le moi, dans l'espace littéraire américain, a toujours été un puissant vecteur de fiction. Et je voulais partir de la vérité et aboutir à l'art, en tant qu'écrivain. C'était primordial." (NPR, 2019)

Ocean Vuong a déclaré avoir écrit la première version de son roman à succès à la main, dans un placard. C'était le seul endroit calme de sa maison :

"C'était parfait… J'ai vidé le placard. J'y ai mis une lampe. J'ai mis mon casque, et c'était un peu comme dans un cockpit", a déclaré Vuong devant plus de 600 personnes réunies lundi soir au club de lecture du Los Angeles Times. "C'est vraiment excellent. Je le recommande vivement." (Los Angeles Times, 2020)

À Londres
- "Ocean Vuong: ‘As a child I would ask: What’s napalm?'", Emma Brockes, The Guardian, 9 juin 2019 : entretien intéressant sur la genèse du roman.

- "On Earth We’re Briefly Gorgeous by Ocean Vuong review–portrait of the artist as a teenager", Tessa Hadley, The Guardian, 14 juin 2019 ; cette
critique est plus nuancée : elle reconnaît la force émotionnelle du sujet, avec des réserves sur l’excès de lyrisme et les commentaires explicatifs. Extrait :

"Ce ne sont pas ces réflexions qui, prises individuellement, seraient dénuées d'intérêt – malgré leurs nombreuses répétitions. Cependant, dans la longue narration d'un roman, un excès de style dans ce registre nuit à la fluidité du récit et dilue sa capacité à nous convaincre. La dimension politique passionnée de ce livre est la plus vivante lorsque nous sommes pleinement immergés dans le vécu de ses protagonistes."

Quelques années plus tard à Paris
- "Ocean Vuong, nouvelle star de la littérature américaine", 28 minutes, Arte, 19 mars 2023 : à propos du roman suivant L’empereur de la joie, 11 min.

- "Rencontre avec Ocean Vuong, la nouvelle star de la littérature américaine", par Léonard Desbrières, Vogue France, 20 mars 2026 : Culture punk, Nan Goldin et bouddhisme : l'auteur se confie à l’occasion de la sortie de son nouveau roman, L’Empereur de la Joie.
- "Ocean Vuong : l’Amérique droit dans les yeux", Marie Richeux, Le Book Club, France Culture, 16 mars 2026, 58 min.
- Océan Vuong : "La vulnérabilité est la condition naturelle de l'être humain", Eva Bester, La 20e heure, France Inter, 18 mars 2026, 49 min.
- "L’Empereur de la joie d’Ocean Vuong : faut-il lire le successeur d'Un bref instant de splendeur ?", Le Masque et la Plume, 10 mai 2026, France Inter, 8 min.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


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