Quatrième de couverture :

«"Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile."
Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.

Voyage dans l'Italie du boom économique, L'amie prodigieuse et Le nouveau nom sont les premiers tomes de la saga des deux héroïnes inoubliables d'Elena Ferrante. »

Sur France Inter, Guillaume Gallienne lit des extraits : Ça peut pas faire de mal, 4 février 2017

 

Elena Ferrante
L'amie prodigieuse

Nous avons lu ce livre en mars 2017 et le groupe breton en avril.

Ci-dessous, documentation sur l'auteur et son œuvre
- Des repères biographiques

- Ses œuvres
- Une des rares INTERVIEWS d'Elena Ferrante (sur son écriture)
- L'anonymat
- Le succès
- Les deux tomes suivants

Monique L (avis transmis)
J'ai lu ce livre à sa sortie. Je ne l'ai pas relu pour écrire cet avis. Son côté best-seller et plaisant me gêne. Mais, assumons…
Un voyage formidable dans Naples et l'Italie du boom économique avec le parti communiste en plein essor, la Camorra... C'est toute une atmosphère : un mari jaloux, des frères mafieux, des amis dévoués... ; dans les familles, des cris, des insultes, les pères frappent leurs enfants, les frères cognent pour un regard déplacé.
Je me suis laissé bercer par l'écriture de l'auteure et par l'histoire de ces deux gamines si différentes mais liées par une amitié passionnelle et dévorante où se mêlent compétition, jalousie, admiration, frustration et désir de possession. Elles sont toutes deux en rivalité permanente. Deux parcours en apparente opposition...
C'est également une histoire d'accession au savoir, d'éducation, de libération, de maturation et d'émancipation. L'école joue un rôle non négligeable dans leur passion. Tout au long de ce récit, ces deux gamines se transforment physiquement et psychologiquement, non sans ruptures ni souffrances. J'ai été séduite par le contraste entre le caractère non conventionnel de Lila et le conformisme du milieu populaire peu enclin au changement dans lequel elle se trouve. C'est un roman d'apprentissage, attachant de bout en bout, qui traite de l'amour, de l'amitié, de la condition des femmes, de l'ascension sociale, de l'âpreté de la vie.
Je ne lis généralement pas de saga, mais ce premier tome m'avait donné envie de poursuivre l'histoire, principalement pour l'évocation très vivante de l'époque, du quartier, des gens. Je ne l'ai pas fait pour l'instant bien que j'aie le deuxième tome. Son côté best-seller ne m'incite plus à le faire. J'attends avec impatience vos avis. J'ouvre le livre en entier.

Claire
Son côté best-seller et plaisant te gêne, voire t'empêche de lire le deuxième tome. Pourquoi ?

Monique L
J'ai du mal à y répondre à cette question pertinente... J'ai l'impression de me faire avoir par un écrit fait pour plaire, mais je me rends compte que c'est idiot ! C'est une lecture facile et si j'y prends plaisir pourquoi me torturer ?...
Manon
Je ne serai pas là ce soir et je le regrette, car j'attends non sans jubilation le moment où sera posée THE QUESTION : ce livre est-il un livre pour le groupe lecture ??
Car c'est bien cette interrogation qui m'a trotté dans la tête tout le long de ma lecture.
J'ai lu le livre d'une traite, très vite, trop heureuse de sortir un peu de nos derniers voyages au Moyen-Orient (Énard, Sansal) et tout prête à embarquer pour cette Italie du Sud que j'aime tant !
Et là... déception ! Je n'ai pas eu l'enthousiasme que j'espérais tant et que j'étais sûre d'avoir après avoir lu et entendu tant de choses sur ce roman. Bien sûr ma lecture ne fut pas désagréable et je lirai sûrement les autres tomes, mais j'ai trouvé cela extrêmement long, assez téléphoné, et sans ce supplément d'âme qui m'aurait permis de m'attacher au personnage principal comme j'ai pu le faire avec Michael Corleone dans Le Parrain...
Bref j'ouvre à moitié et je vous souhaite à tous une bonne soirée que j'imagine fort animée !
Geneviève
Malheureusement, je ne peux pas être parmi vous. Donc, je vous envoie mes impressions.
J'ai lu les deux premiers volumes avec un grand plaisir, peut-être avec plus de passion pour le premier. C'est clairement un auteur qui sait créer un monde, un univers complexe d'interactions entre les personnages. On s'y perd un peu au début mais ce n'est pas gênant. Ce foisonnement contribue à créer l'impression d'un monde vibrionnant, plein d'amour et de haine. Au-delà de la capacité à immerger le lecteur dans la vie des personnages, c'est l'Italie du Sud de l'après-guerre qu'on découvre, avec le rôle du parti communiste et de la mafia, vu à travers la vie des petites gens. Autre thème central passionnant, sinon original : l'ascension sociale grâce à (ou malgré) l'école et les enseignants, le rapport au savoir et au livre, la question de la trahison de sa classe sociale, avec le rôle essentiel de la langue et du passage du dialecte à l'italien. L'amitié, la relation amoureuse, l'attirance et la peur des hommes sont également abordés de manière convaincante, mais la question centrale reste la place des femmes dans cette micro-société qui lutte pour sa survie au quotidien, sans beaucoup d'espoir de sortir d'un univers confiné.
Je lirai le troisième tome avec grand plaisir, je ne suis pas sûre pour autant que ce soit le chef-d'œuvre annoncé par certains et j'attends avec impatience de savoir si c'est un livre pour le club de lecture !

Nathalie R (à distance, quelques mots en attendant d'envoyer son avis après la soirée)
Très romanesque, pas pour moi, un livre qui ouvre un débat...
Un style romanesque mais ça s'arrête là !
J'ouvre pour le plaisir de la lecture aux ¾.
Ma réserve tient en quelques mots : quel intérêt ?

Claire
Pourquoi tu choisis ¾ en demandant "quel intérêt" ?!

Nathalie (toujours à distance, avant la soirée)
Ma question "quel intérêt ?" correspond à "Quel intérêt de lire ce livre en dehors du plaisir de lire une histoire... ? En quoi ce premier opus me rend-il meilleure ? plus intelligente ? plus sensible ? plus cultivée ? En quoi ce premier livre d'une saga fait-il de moi une personne autre ?"
Réponse : en rien.
Je fais vite, je développerai ça autrement ce week-end.
Pour le ¾, tout simplement parce que j'ai lu ce livre en quelques jours. Je peux lire 60 pages sans aucune fatigue ni ralentissement et pendant ces 60 pages qui ne me coûtent aucun effort, je suis ailleurs dans le temps et dans l'espace, dans la situation actuelle ça me fait du bien. (L'avis virulent de Nathalie suivra nos avis).
Jacqueline
Je n'ai pu l'avoir en bibliothèque car il est en permanence mobilisé et je l'ai acheté – ce que je fais rarement – et je suis devenue addict. J'ai lu le deuxième pareillement. C'est un plaisir de lecture mais il ne m'en reste pas grand chose, je n'ai rien appris à cette lecture. J'aime mieux le titre italien L'amica geniale. J'ai lu aussi La poupée volée : c'est une très belle histoire de femme, de mère, assez sombre. J'ouvre à moitié.
Henri (qui porte un nom de famille italien)
Je l'ai lu en italien. Le livre m'a rappelé Naples, j'ai eu le plaisir de réminiscences. J'ai enrichi mon vocabulaire italien et ma lecture est à ce titre positive… Les personnages sont bien campés. Le livre est très linéaire. J'ai aimé le rôle de la psychologie de l'enfance qui se développe quand les héroïnes grandissent. J'ai passé un bon moment comme si j'avais vu un film de Bertolucci. Mais quel intérêt pour le groupe lecture ? Je rejoins le point de vue de Nathalie.

Claire
Je l'ai lu dans un autre groupe où il a été apprécié à l'unanimité, j'ai aimé, mais je ne l'aurais pas spontanément proposé à notre groupe. J'ai été très contente qu'il soit programmé pour avoir (peut-être…) la réponse à la question : pourquoi ne serait-il pas pour notre groupe ?... Au début du livre je me suis dit bof, puis j'ai mélangé les personnages, puis les deux petites filles m'ont accrochée et le livre est devenu "page turner" : d'où ça vient ?
Il y a le rôle magique des livres, de l'école, l'émancipation de ces filles, allant jusqu'à des joutes théologiques ("Si Dieu est présent partout, à quoi ça lui sert de se diffuser par l'intermédiaire du Saint-Espritp. 388 – j'adore).
Ensuite, il est difficile d'écrire à la bonne distance quand on écrit au plus près d'un enfant : la distance est parfaite (permettant à la fois l'identification au personnage et à la narratrice) par exemple "est-ce que je fais comme Carmela ? Il ne me semblait pas, je croyais être différente, mais je n'arrivais pas à m'expliquer dans quel sens, ce qui gâchait mon plaisir" p. 121. J'aime ce qui est dit de l'écriture (d'une "voix sertie dans l'écriture") : "Lila savait parler à travers l'écriture. Pas comme moi quand j'écrivais (…) tout semblait parfaitement naturel, on ne sentait jamais l'artifice de la parole écrite. En la lisant je la voyais, je l'entendais" p. 291). Je trouve que l'écriture a une densité, n'est jamais banale. Quand il y a "de la pensée", c'est tout le contraire de Sansal lu la dernière fois, pas de blabla. Et j'ai compris qu'avec les différents tomes, on vit une traversée de l'Histoire par le biais des héroïnes, avec, donc, une AMBITION.
J'ai pensé à Sarah Waters, avec des arrières-plans historiques toujours archi-documentés, super page turner, que je n'aurais pas l'idée de proposer ici – un nom qu'on n'a jamais avancé – qui a lu ?

Catherine (seule à répondre)
Moi.
Claire, entre et
J'ai lu d'elle un livre haletant, mais je n'en ai lu qu'un. Avec L'amie prodigieuse, je n'ai pas non plus le désir de lire le deuxième. J'hésite entre ¾ et tout ouvert. Vas-y Françoise, tu n'arrêtes pas de grimacer...

Françoise D
Est-ce un livre pour le groupe lecture ? NON ! En dépit du plaisir de lecture (minime pour ma part), je ne comprends pas l'engouement pour ce livre. Il y a une arnaque. Au début Lila a disparu, elle doit avoir dans les 60 ans, puis elle enchaîne sur l'enfance, elles ont dans les 8 ans et à la fin du premier volume elles en ont 16. Donc si vous voulez savoir ce qui s'est passé, il faut lire les 4.

Claire
Ben oui... et alors ?
Françoise D
C'est ça l'arnaque. C'est limite malhonnête. Bien sûr, il y a des passages intéressants et le parallèle entre les deux filles : pour s'en sortir, l'une épouse un homme riche, l'autre choisit les études. Il y a une bonne description du milieu, de la violence sous-jacente, constante. Beaucoup de passages sont "téléphonés" comme par exemple l'agression sexuelle d'Elena par le père de je ne sais plus qui à Ischia. Les femmes sont piégées. C'est linéaire, j'ouvre ¼.
Liz
J'ai bien aimé L’amie prodigieuse. J’ai apprécié le fait que je puisse le lire sans dictionnaire français-anglais et sans ouvrage de référence sur la littérature française (comme pour Roland Barthes...). Mais le défi auquel je me suis habituée pour les livres du groupe me manquait !
J'ai bien aimé des personnages principaux, ces filles fortes, résolues, ambitieuses. Il y avait beaucoup de personnages, mais je les trouvés faciles à suivre.
Un thème – briser le moule – soit de la classe sociale, soit de la famille, des amies, est une exploration du pouvoir de l'éducation. C’est aussi une étude de la simplicité d’une petite communauté qui est peut-être perdue à cause de la mondialisation.
J’ai trouvé le style d’écriture naturel. Le thème et la simplicité ressemblaient à un livre pour des enfants.
J’ai aimé la représentation d’amitié des filles – un mélange de compétition, d'adoration et d'inspiration. Je l’ai trouvée réaliste. Ainsi que le rôle des femmes dans la société en ce temps-là : est-ce que c’est mieux d’avoir une éducation ou un bon mariage ?
A mon avis, l'auteure a réussi de faire quelque chose de beau à partir d'existences assez ordinaires. Je souhaite lire la suite.
Fanny
Nous sommes très exigeants sur nos lectures. Je l'ai lu avec plaisir. Je ne l'ai pas relu. J'ai commencé le deuxième tome. C'est une écriture agréable. Les profils des filles sont assez fins. Autour de moi, tout le monde aime ce livre : pourquoi ? L'œuvre d'art c'est universel, m'a-t-on répondu, je n'irai pas jusque là pour ma part dans ce roman. "Il y a une absence totale de second degré", "on n'entend pas la voix de l'auteur" : à réfléchir, car je me demande ce qui manque pour faire de ce roman quelque chose d'encore plus achevé. J'ouvre ½. Mais pourquoi cet engouement, cet aspect passe-partout ?

Luc
J'ai eu beaucoup de mal, mais je suis quand même allé jusqu'au bout. C'est une littérature "féminine".

(Quelques sourcils froncés…)

Il n'y a pas d'action. Il y a de longs passages sur l'intériorité.

Claire
C'est vrai que Proust était une femme.
Luc
Mais il était homosexuel. Le rapport entre ces deux filles est très intéressant. On a les états d'âme d'Elena, tandis que Lila reste mystérieuse : insensible ? égoïste ? C'est une comète éblouissante qui passe dans la vie d'Elena. Je suis content d'être arrivé jusqu'à la fin.
Séverine, entre et
Je ne l'aurais pas lu s'il n'y avait pas le groupe lecture. Je n'ai rien appris et je n'ai pas eu de plaisir de lecture. ENCÉPHALOGRAMME PLAT ! Pas de style ! Et ça manque de tripes ! J'ai cependant lu jusqu'au bout. Je ne lirai pas la suite… Comment ce type de livre peut-il avoir un tel succès ! Est-ce de la sous-littérature ? J'aimerais savoir si c'est un auteur ou si c'est un produit marketing... J'ouvre entre "fermé" et ¼.
Annick L
J'ai beaucoup aimé. J'ai lu les deux premiers tomes et je lirai les deux suivants. J'ai éprouvé un plaisir infini dont j'ai profité et je n'en ai pas honte ! D'où vient ce plaisir ? J'ai été très touchée. Il y a une épaisseur psychologique. Il s'agit d'une introspection sociologique. Elena et Lila prennent de l'épaisseur dans la durée. Je ne me suis pas lassée. J'ai parfois été touchée très personnellement. Les hauts et bas de la relation entre Lila et Elena sont très intimes, c'est un monde féminin. Je suis très touchée par cette histoire d'ascension sociale de filles d'un quartier pauvre. Je me suis sentie touchée et concernée. L'engouement des lecteurs n'est pas fabriqué. Ca touche des problématiques universelles. J'ouvre en grand !

Brigitte
J'ai beaucoup aimé. Je l'avais lu antérieurement. Tout mon entourage a aussi beaucoup aimé. Pourquoi ce livre ne serait-il pas pour le groupe de lecture ? Cela me rappelle La couleur des sentiments et notre discussion alors (était-ce un livre pour le groupe lecture ?). Cela me fait penser à la série Dallas que j'aimais bien regarder. Quand quelque chose touche autant de gens, il doit y avoir des ressorts profonds. Il y a ici une écriture, du direct, de l'immédiat, on rentre tout de suite dedans.
Sous une apparence de grande simplicité, l'auteur donne une analyse subtile des diverses situations, des personnages…, digne des grands écrivains. Dans le tome II, elle met dans la bouche de Lila une analyse très fine de l'un des livres de Beckett.
Dans la version originale, on doit avoir des passages en italien et d'autres en dialecte, n'est-ce pas Henri ?

Henri
C'est alors dit que c'est dit en dialecte.
Brigitte
C'est un livre riche, très construit, avec beaucoup de thèmes, bien décrits. Les deux petites filles, c'est magistral, avec toutes les phases de l'amitié. On est frappé par la violence. J'ouvre en grand.

Monique S
C'est une histoire d'enfance qui me renvoie à ma propre enfance. La narratrice a dû se débarrasser du patois pour passer à autre chose. C'est agréable à lire. Quand on est dedans on est bien. C'est bien quand on est très fatigué ou qu'on est malade.

Brigitte
A faire rembourser par la Sécurité sociale...

Monique S
Je n'ai pas ressenti Naples dans ce livre. Il me rappelle Pagnol que j'ai beaucoup aimé. Il y a quelque chose de sympathique et d'universel, c'est l'enfance : on retrouve la vision du monde qu'on avait quand on était enfant.
Chaque partie est très bien écrite. En revanche, quand on ferme le livre, on se pose des questions : il n'y a pas de lien entre les deux parties, chaque moment, même superbe, n'a pas de poids sur la suite de l'histoire. J'ai lu 1/3 du livre et j'ouvre 1/3.

Plusieurs
Y a pas…
Monique S
¼ alors. L'amitié des filles n'est pas classique, c'est parfois de la haine, de l'envie.
Lisa
J'ai commencé et je me suis dit "c'est un piège à cons", puis je suis entrée dans le livre et ai éprouvé du plaisir. C'est un roman de gare, de plage. Quand on réfléchit après, on est déçu. Je n'ai pas appris grand-chose. Ça pourrait se passer dans n'importe quelle banlieue pauvre. Il y a une belle description de la pauvreté, de la violence. Entre les deux filles, ce n'est pas de l'amitié : c'est mesquin, c'est jaloux ! Et c'est trop long pour pas grand chose. Si on relit le prologue, on a du mal à croire qu'Elena se rappelle de tant de détails si longtemps après. Moi qui ai 27 ans, je ne me rappelle pas ainsi mon enfance.

Catherine
Mais plus on avance on âge, plus on se rappelle…

Lisa
A propos de livre de femme : c'est un livre de femmes qui peut intéresser les hommes, tout comme les livres des hommes peuvent intéresser les femmes.

Catherine
J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture. C'est plus qu'un roman de gare ! C'est bien écrit. L'amitié, l'amour/haine, la rivalité, la violence dans les familles, sont bien rendues. C'est parce que le livre a tant de succès qu'il entraîne un regard défavorable ?!
Le deuxième tome est un peu long. J'ai lu Les jours de mon abandon, c'est très bien.

Claire
Que Marie Darrieussecq nous a recommandé quand elle est venue, le trouvant supérieur à L'amie prodigieuse...
Catherine
... que j'ouvre à moitié.
Christelle
J'ai eu du mal à rentrer dans le livre, puis je me suis laissé entraîner. C'est un roman pour les transports... J'ai été accrochée par l'ambivalence d'Elena, son amitié, son rapport à l'école. On voit parfois les ficelles, on finit par deviner les réactions de Lila. C'est assez visuel. Et je regarderais volontiers si ça sort en série ou en film. J'ouvre ½.
Denis
J'ai été agréablement surpris. J'ai beaucoup ri, c'est plein d'humour. C'est bien raconté, c'est enlevé, gai, ça change des livres qu'on a lus récemment… C'est très bon enfant. Un peu à l'eau de rose. Je suis étonné par les réticences exprimées dans le groupe. C'est bien écrit. Il y a de la densité, pas de répétition, c'est travaillé. J'attends l'avis de mes filles à qui je l'ai offert : c'est un livre de femmes, et justement c'est ce qui m'intéresse car je ne suis pas une femme. C'est réécrit à la hauteur des enfants : la description de l'admiration, notamment à l'école, ressentie par Lila, est très bien faite (et me rappelle mon enfance où j'étais moi aussi très bon à l'école…) J'ouvre ¾.

Jacqueline
Je voudrais insister sur la question du dialecte, car en France il y a eu une uniformisation avec le français, tandis qu'il me semble qu'en Italie il n'en va pas de même.

Annick
Cela restait un marqueur social.

Henri
Je me souviens quand la télévision est arrivée, il y avait des programmes pédagogiques d'alphabétisation.

Jacqueline
Ils parlent tous en napolitain. Des écrivains ont écrit en napolitain.

Liz
En France, vous avez des dialectes ? En Alsace ?

Plusieurs
Oui, le basque, le breton, le corse...

Denis
Personne n'a dit que d'autres personnages sont importants, à part les deux petites.

Annick
Et les personnages évoluent.

Denis
C'est quand même bourdieusien.

Annick
Ah ça... pour être bourdieusien, c'est bourdieusien !

Luc
Pourquoi Lila décroche-t-elle par rapport à Elena ?

(Nombreuses explications invoquées par l'un puis l'autre sur le rôle de la famille qui paie ou pas les études, de la maîtresse qui se rend chez les parents, etc.)

Brigitte
Lila, elle est géniale, et c'est le génie emprisonné...

Henri
Psychologiquement, c'est assez fort la concernant, avec un brin de folie.

Annick L
Carrément même !

Claire
Avec ses crises de "délimitation".

Henri
Sur l'univers que féminin, je ne suis pas d'accord avec Luc, car on aurait pu avoir l'équivalent avec des jeux de billes.

Françoise D
Je me demande si ce n'est pas un univers analogue à celui de Sylvia Avalonne

Claire
Je voudrais revenir à la question du plaisir...

Annick L
Oui, ce soir c'était bien la question.

Claire
Même si Henri dans son autoportrait de lecteur dit que le plaisir n'est pas ce qu'il cherche dans la lecture... Je refais mon analogie sur le plaisir de la passe qu'apporteraient certains livres, par rapport à un plaisir moins passager, plus noble...

Fanny
Pour ma part, j'ai pris ce que j'avais à en prendre, mais je n'y reviendrai pas.

Henri
Pour moi ce qui est justement un critère, je peux reprendre le livre n'importe où, par exemple la trilogie de Richard Ford.

Monique
Le plaisir, c'est aussi la découverte d'un univers d'écriture : Herta Müller, Hrabal...

Françoise
Ou Alexievitch.

Plusieurs
Ah non !

Françoise
Ah si !

Claire
Elle, elle prend en compte le lecteur (voir ici). Je pense à Marie Darrieussecq qui nous disait que quand elle écrit elle ne pense pas au lecteur.

Annick L
C'est rare une telle centration.

Christelle
Ferrante dit dans une interview qu'elle écrit au fur et à mesure.

Catherine et Claire
Mais elle a tout prévu. (Elles s'avancent car l'entretien ne dit pas tout à fait cela, voir là.)

Henri
Pour en rester à l'écriture, je remarque que contrairement à d'autres fois, personne ne s'est reporté au texte pour illustrer ce qu'il veut dire.

Plusieurs
Si, Claire.

D'autres
Ah bon, tu as cité quelque chose ?

Claire
Ben oui, et j'en avais d'autres...

Annick L
Je suis sensible à ce que dit Henri. Je ne l'ouvrirais pas pour relire une page.

Claire
Quand je l'ai reparcouru pour ce soir en regardant les passages que j'avais cochés, j'ai eu bien du plaisir.

Nathalie R (avis transmis sans avoir lu ce qui précède, en complément du premier avis rapide transmis ci-dessus)
J'ai lu ce livre avec facilité. Il ne m'a fallu que quelques jours seulement pour prendre connaissance de l'univers que nous présente E. Ferrante. Pour la première fois, je n'ai éprouvé aucune curiosité envers son auteure "anonyme" ou pas. Aucune envie de la connaître, de l'approcher, de la découvrir. Je n'en éprouve pas l'intérêt. Elle maîtrise pourtant parfaitement l'art de la narration. C'est plutôt équilibré. Les personnages sortent de l'ordinaire. Ils ont des facultés rares dont celle d'apprendre des choses très difficiles. Mais en même temps, je trouve le roman très conventionnel. Les thèmes de l'amitié, de la concurrence, du rapport entre les pères, les mères et leurs enfants, les modifications physiques, tout cela n'a rien d'original. Et l'idée de dématérialisation est certes intéressante mais peu exploitée. Je tourne les pages mais rien ne m'arrête. Aucune phrase soulignée, aucune situation originale (même l'épisode du feu d'artifice "jusqu'au boutiste" me laisse vaguement indifférente, aucun caractère sensible ou profond qui me procurerait du rêve, aucun "style" si ce n'est celui d'une écriture sans défaut. J'ai eu envie de lire ce roman jusqu'au bout mais je suis presque sûre que je l'aurai complètement oublié dans quelques semaines.
Ça crie et ça hurle beaucoup dans ce livre très "italianisant". On voit le linge entre les immeubles, les casseroles qui passent par les fenêtres et on entend clairement les cavalcades des enfants. Oui, mais d'autres l'ont fait aussi. Ça doit être un roman très facilement adaptable au cinéma. Et rien que cela, ça me donne des boutons.

Claire
Peux-tu dire pourquoi ça te donne des boutons ?

Nathalie R
Ça me donne des boutons parce que je ne peux m'empêcher de me dire qu'une œuvre littéraire est une œuvre à part entière qui demande un effort différent que celui que l'on fait (quand on en fait un) en s'immergeant dans une salle obscure et en appréhendant l'univers d'un réalisateur (qui peut être tout aussi difficile ou complexe que celui d'un écrivain). Mais écrire en se mettant dans la tête qu'on va faciliter une adaptation cinématographique (je suis certaine que certains écrivains le font), déjà ça me pose un vrai problème. Et quand bien même cela ne serait pas le cas, je ne supporte pas l'idée qu'une œuvre puisse être réduite à un format limité dans le temps imparti à un autre genre. Je ne supporte pas qu'un lecteur fasse l'économie de sa lecture en se contentant de voir un film adapté d'une œuvre alors qu'il ne l'a jamais lue, etc.
Bref, j'ouvre aux trois quarts mais j'ose murmurer que pour moi, ce n'est pas un livre qui permet le débat.

Claire
Comme le montrent les échanges précédents...

Annick A (avis transmis)
Apparemment je suis la seule à avoir lu les 3 tomes de L'amie prodigieuse. En lisant tous les avis, je pense comme le suggère Catherine, que les réactions négatives sont en lien avec le succès du livre et des aprioris de départ vis-à-vis d'une saga. J'avais lu le premier tome à sa sortie, sans en avoir jamais entendu parler et ignorant que d'autres tomes devaient suivre. J'avais beaucoup aimé le livre, très bien construit autour d'une amitié d'enfance situé dans un quartier pauvre de Naples où sont campés de multiples personnages, très bien étudiés psychologiquement et socialement. J'ai donc découvert qu'il y avait une suite par le groupe lecture 3 ans plus tard.
J'ai eu quelques difficultés à me replonger dans l'histoire de chacun, mais j'ai trouvé extrêmement cohérente l'évolution des personnages en fonction de leur caractère et de leur position sociale, la violence des hommes, la soumission des femmes et leurs stratégies de contournement, les contradictions aussi de chacun. Le troisième tome nous plonge dans les événements politiques des années 70, plus violents que ceux que nous avons connus en France, et raconte la façon dont chacun va se positionner. C'est l'aspect le plus intéressant du livre qui vient nous remémorer cette période et peut-être la faire découvrir aux plus jeunes. Par contre, j'ai peu cru à l'évolution de la relation entre Elena et Lila. Cette dernière devient de plus en plus incohérente, sa méchanceté vis-a-vis d'Elena est incompréhensible et peu crédible l'amitié que lui conserve Elena. De même la passion amoureuse entre Nino et Elena sur laquelle se termine le livre me paraît un peu téléguidée. Je commençais à me lasser.
Pour conclure, je trouve que ce roman par son approche psychologique, sociologique (bourdieusienne effectivement) et politique présente un bon intérêt littéraire. Et en plus (sacrilège semble le penser certains), il procure du plaisir à la lecture !!
J'ouvre en grand les 2 premiers tomes et à moitié le troisième.

SYNTHÈSE DES AVIS DANS LE GROUPE BRETON suivie d'avis individuels

EntreetMarie-Odile
Marie-Thé, Jean-Luc
Odile, Claude, Suzanne, Édith
Marie-Claire, Yolaine

Des réactions diverses, de la déception à l'enthousiasme sans partage, qui s'équilibrent et ont donné lieu à une discussion animée, ce qui nous permet de supposer que la réponse à la sempiternelle question "le livre est-il adapté aux objectifs de Voix au chapitre ?" est cette fois-ci plutôt affirmative.
Pour ceux qui ont fait la fine bouche devant cette histoire trop plébéienne et même pour ceux qui ont aimé cette saga, entrer dans cette lecture a souvent été laborieux, surtout s'ils ont zappé l'index des personnages en tête de volume. Le grouillement de la vie dans un quartier populaire des années 50 au pied du Vésuve a dérouté plus d'un campagnard breton. A tel point que nous nous sommes posé la question de la folie chez Lila, qui voit saigner et exploser les casseroles en cuivre. La violence et la brutalité des rapports humains (parents-enfants, hommes-femmes, enfants entre eux), la misère et le pouvoir de l'argent, le poids des compromissions mussoliniennes et les réminiscences de la guerre ont paru sordides et dérangeants aux premiers ; les seconds, qui ont trouvé un terrain connu dans cette période de bouleversements économiques des années 50-60, qui correspond aussi à l'enfance de la plupart d'entre nous, ont été sensibles à cette relation d'amitié fusionnelle comme on ne peut en tisser que dans sa prime jeunesse, avec toute l'ambivalence de la complicité et de la rivalité. Tout le monde a aimé la scène finale du mariage et nous nous sommes interrogés sur la signification profonde des chaussures, question d'intellectuels qui refusent de se contenter de la simplicité de l'histoire d'une fille de cordonnier : cette Cendrillon contemporaine a-t-elle trouvé chaussure à son pied, ou bien son mariage va-t-il prendre l'eau comme ses escarpins ?
Les opinions ont également divergé sur le style de cet ouvrage trop facile à lire pour certains, "descriptions interminables" pour d'autres. Ceux qui se sont laissé happer par le récit n'ont pas toujours pris le temps de reconnaître qu'il était très bien écrit.
Pour établir un bilan définitif, il faudra compter les lecteurs qui se passionneront pour les trois volumes suivants ou à paraître, mais il est peu probable que nous rejoignions les cercles de lecture américains qui glosent des soirées entières sur les héros de cette saga.
La réussite de notre rencontre gastronomique autour de la cuisine italienne à cette occasion nous a conduits à une réflexion sur l'intérêt d'archiver nos recettes ou même de créer un site web marmiton littéraire : affaire à suivre.
Marie-Odile entreet(du groupe breton)
Hélas, pour moi, rien de prodigieux dans ce roman. Je l'ai trouvé lent, sans originalité dans l'écriture ou la construction, très linéaire. J'ai parfois eu l'impression de lire une bonne rédaction frôlant le journal d'adolescente…
Certes, on est plongé dans ce quartier clos, on se familiarise avec ces familles modestes, on comprend le désir de Lenu d'aller plus loin, la force irrésistible qui la lie à son amie, mais, pour reprendre des phrases de la p. 351, plus d'une fois j'ai pensé comme elle... : « "Il va se passer quelque chose". Mais il ne se passa rien" ». En fait, si, il se passe plein de choses, mais rien n'est mis en relief.
J'aurais aimé que tout ne soit pas dit du quotidien, que le récit procède par ellipses. J'aurais aimé que les traces du passé, de l'avant, soient exploitées davantage, même si elles échappent au regard de l'enfant, même si la nouvelle génération a pour but de les effacer. J'attendais plus aussi de l'expérience de la "délimitation"…
J'ai apprécié la scène où Don Achille, à qui les fillettes viennent réclamer leurs poupées, donne de l'argent pour qu'elles s'en achètent. C'est sobre et le lecteur fait le reste.
La dernière partie, imbriquant projet de chaussures Cerullo et projet de mariage, m'a semblé plus intéressante, plus tourbillonnante. J'ai aimé ce crescendo vers la scène du mariage, son faste et ses mesquineries, le regard intense de Lila figée dans sa robe de mariée et surtout le gros plan final sur… les chaussures de Marcello Solara !!!! Mais il aura fallu 430 pages pour y arriver !
Bien sûr, à travers Naples, j'ai repensé au Montedidio de Erri de Luca dont la simplicité, la poésie, le mystère, m'ont touchée plus que ce roman très (trop) près de la réalité.

Je viens de parcourir très rapidement les avis sur le site. Quelqu'un parle de La couleur des sentiments et j'y ai pensé moi aussi : c'est le même genre de roman, ni bien ni pas bien. Mais quelqu'un parle d'humour : moi au contraire j'ai trouvé que ce livre en était totalement dépourvu. Je ne lirai pas la suite. Je ferme la première moitié du roman et ouvre la deuxième à moitié. Ça devrait faire entre ¼ et ½...
Marie Thé(du groupe breton)
J'ouvre ce livre à moitié, expression banale, mais qui dit bien que je suis vraiment partagée : livre autant aimé que pas aimé (je n'arrive pas à dire détesté).
Première partie : "bof".
Milieu : plutôt assommant.
Dernière partie : bien.
J'ai d'abord eu du mal à rentrer dans ce livre, de la cave à l'appartement de Don Achille tout en haut de l'immeuble, ou comme il est dit, de la "caverne" à "la sphère tout là-haut", ascension difficile pour des fillettes apeurées, et ennuyeuse pour moi.
Cet ennui s'est prolongé dans ces descriptions interminables de personnages, d'événements, de lieux. La vie est intense, l'effervescence est partout, et pourtant j'ai trouvé cela plat, (plus d'ascension ici) et répétitif. J'ai encore du mal à comprendre ce qui ne va pas pour moi dans ce texte foisonnant, tout semble y être, et je n'accroche pas. Je dirai tout de même que l'écriture ne m'a pas séduite.
La dernière partie m'a été nettement plus attrayante, comme si avec ces filles et ces garçons qui grandissaient, le livre "grandissait" aussi. J'ai alors été accaparée par l'évocation de cette société où les règlements de compte sont si fréquents, où la violence n'est jamais loin, où le machisme règne et où les femmes sont les victimes des hommes. Incroyable pouvoir de l'argent aussi, qui permet tout, qui métamorphose... C'est aussi dans cette dernière partie que j'ai senti que l'horizon s'élargissait ; on sort de ce quartier oppressant (où j'avais l'impression de tourner en rond), cela ne résout pas les problèmes, en crée même d'autres, mais on respire mieux, on avance vers je ne sais où, mais au moins on avance. Tout cela serait peut-être à développer, mais difficile car je suis vraiment dans le ressenti.
Pour rentrer un peu dans le détail, je retiendrai l'importance du pouvoir des mots : "fascistes", monarchistes", ou encore "marché noir", "camorra", "usure", etc. Révélations pour Lila, le mal est partout, la suspicion aussi. D'autres mots prononcés par Madame Oliviero, l'enseignante, classent, séparent : ainsi Pasquale est "maçon", "de mauvaise famille", "communiste" ; Lila et les siens représentent "la plèbe", cette plèbe qui sautera aux yeux d'Elena au cours du repas de noce : Elena, qui réussit dans ses études et qui, comme dit Annie Ernaux, semble " déclassée par le haut", cherchant sa place dans cette société dont elle est issue. D'ailleurs, dans ce livre, beaucoup de personnages cherchent leur place – importance des chaussures, comme si chacun voulait trouver chaussure à son pied... J'ajouterai l'importance accordée à la transmission, haine, désir de vengeance. Mais il est dit qu'il faut oublier "l'avant", les fautes des pères ne doivent pas atteindre les fils.
Je m'attarderai encore sur cette amitié prodigieuse qui me dérange souvent. Au départ, il y a la main donnée, base de l'amitié, dans l'escalier qui mène vers Don Achille, et puis il est question de "rester à la hauteur", et puis d'une Lila "méchante" et "maléfique"... et finalement du grand trouble d'Elena lors de la toilette prénuptiale de Lila. Méli mélo... Il y a tout de même des fractures sur ce parcours, la plus grande sans doute à l'annonce du mariage de Lila. La fracture est ailleurs aussi, fracture sociale notamment. Et puis il y a cette histoire de casseroles explosées et (p. 297, Elena parlant de Lila et des casseroles !) : "Ce n'est pas par hasard si c'était sur l'une d'entre elles que, quatre ans auparavant, elle avait placé le jet de sang qui avait jailli du cou de Don Achille, quand il avait été poignardé." Qu'on m'explique ! Je suis demandée si ce n'était pas Lila l'assassin ! Lila héroïne tragique... Je vois des accents de tragédie lorsque Carmela, fille de l'assassin, dit son amour pour Alfonso, fils de la victime...
Quelques aberrations : "De nos jours, pour s'enrichir vraiment il faut une activité économique." De la bouche d'une fillette dans les années 50 !!! Elena : "J'étais tellement déterminée, tellement intelligente..", "je voulais qu'il se rende compte de mon intelligence..." Pas très intelligent de le dire.
Je terminerai en disant que j'ai parfois pensé à l'univers de Fellini, mais Fellini c'est quand même mieux ! J'ai aussi pensé au film d'Ettore Scola Affreux, sales et méchants.
J'ai aimé avant le commencement de cette "histoire, les quelques lignes du Faust de Goethe : "L'activité de l'homme se relâche trop souvent ; il est enclin à la paresse, et j'aime à lui voir un compagnon actif, inquiet, et qui même peut créer au besoin, comme le diable".
Pas besoin de trop chercher pour trouver trace de Méphistophélès dans ce livre.
Et pour finir et pour rester en Italie, j'ai parfois pensé à Dante Alghieri et La divine comédie : "...une lumière diffuse qui semblait provenir non pas du ciel mais des profondeurs de la terre." "Êtres monstrueux tombés de quelque sombre recoin du ciel...", de nouveau la "caverne", "la sphère tout là-haut", etc.
Il est souvent question d'ascension (sociale) mais pas seulement, de descentes aussi. La terre, le diable au centre dans les profondeurs, les cieux au-dessus... Loin du talent de Dante, et peut-être une association de trop pour moi, mais je ne suis pas responsable de mes associations...
Renée (déjà venue dans le groupe parisien et qui a lu ce livre dans son club de lecture à Narbonne)
Même à la fin, L'amie prodigieuse ne m'a pas émue. L'une du groupe a pensé que l'intérêt du livre, c'est justement dans la méchanceté des filles entre elles. Il a été trouvé "agréable à lire, sans plus". Pour moi, c'est un livre où je n'ai pas recopié une seule phrase, c'est mauvais signe : manque d'émotion, manque de profondeur ; c'est froid. Le rapport ambigu entre les jeunes filles est évoqué en une ligne !
(Plus tard)
Depuis la lecture d'Une amie prodigieuse, mon subconscient cherchait ce qui me gênait le plus dans ce livre : d'une part la froideur, la distanciation, déjà évoquées ; d'autre part, l'auteure évoque sans arrêt des conversations d'un niveau intellectuel élevé entre ces deux fillettes, puis ces deux ados. Mais qu'écrit-elle ? Des banalités, des problèmes "de filles", des rencontres avec les garçons insignifiantes. Bref, ça ne m'intéresse pas. Je crois que, hélas, la vraie vie des gens ne m'intéresse pas (Ernaux...) Ah! la vie rêvée de Proust, ça c'est émouvant (n'est-ce pas Manuel ?)

INTERNAUTES
Anne
La partie sur l'enfance des deux amies m'a particulièrement intéressée, peut-être à cause des aspects archaïques proches du conte qui parsèment les jeunes années de ces deux petites filles. Entre autres choses, j'ai frissonné devant la "gueule noire d'une bouche d'égout" et Don Achille le voleur de poupées disparues dans son grand sac noir et j'ai été renvoyée à bien des souvenirs et sensations de mon jeune âge. Il était palpitant de suivre tous ces jeux avec la peur et comment Lila fagotée de sa méchanceté, déterminée, irréductible, savait si bien braver toutes ces frayeurs et dominer les compétitions. J'étais touchée de suivre ces haines d'enfants souvent prises en otage par celles enracinées dans les générations précédentes. La violence, l'attachement, les sentiments de loyauté m'ont semblé, parmi d'autres choses, très justement tissés dans la quête identitaire. Tout se passe dans une unité de lieu, le quartier, et c'est théâtral.
Toutefois pour l'adolescence, où E. Ferrante dessine remarquablement les transformations des corps, des relations, de la sexualité, j'aurais aimé que l'on sorte un peu de la cour d'école, même si je sais que c'est ainsi la vie. E. Ferrante parle très bien de cette difficile période et si j'ai eu hâte de savoir quel tour allaient prendre les choses, un très léger ennui m'a toutefois rattrapée sur la fin. Il me manquait tout à coup dans le texte quelque chose de difficile à définir... Si la petite fille maigre, méchante, croûteuse, sale, déterminée et insoumise cache une cendrillon (il est d'ailleurs question de chaussures qui doivent être à la bonne taille...), en devenant comme une starlette elle perd, selon moi, de sa verve. Elle s'est soumise à la dépendance vis-à-vis du regard d'autrui et perd en intégrité. Elle devient moins désobéissante. Or, c'est l'entretien d'Elena Ferrante qui m'a aidée à comprendre plus précisément ce que j'ai ressenti dans la deuxième partie du livre. Quand elle parle de l'écriture féminine/masculine mon attention a été attirée sur la question de l'acte d'écrire : "l'écriture exige une désobéissance délibérée". Dans le roman, en même temps que l'histoire fait se transformer la désobéissance de Lila en quête de séduction et de pouvoir, j'ai eu progressivement le sentiment que l'écriture perdait de sa force, un petit quelque chose d'indéfinissable, ressenti au fond de moi, tandis que les événements du roman se poursuivaient remarquablement. Toutefois à l'instar des personnages du roman je me suis sentie prisonnière des contraintes et des plaisirs rétrécis de la société de consommation. En écrivant ces quelques notes je me rends de plus en plus de la complexité de ce roman et si je lui mets un bémol du fait de la légère lassitude ressentie en fin de lecture, je n'oublie pas que les bémols sont intrinsèques aux belles musiques !
Muriel
Elena raconte la vie pauvre à Naples pleine de traditions, où tout le monde parle le dialecte, les hommes ont le sang chaud, les femmes s'apostrophent bruyamment et les jeunes souhaitent prendre une revanche sur la pauvreté. Dans ce décor, une vraie belle amitié ("J'étais là uniquement parce qu'elle était là") avec toutes ces composantes, la rivalité, la séduction, la jalousie de ces deux amies, sœurs unies pour échapper au patriarcat, êtres libres de se réaliser : les scènes les plus intéressantes sont celles qui décrivent la rivalité qui fascine Elena et Lila, les pousse à avancer toujours plus loin.
Une lecture très visuelle, très vivante, facile. Une fresque très réaliste avec beaucoup de détails, de personnages, au travers d'un récit peut-être un peu trop long, un peu trop lisse, surtout au dernier tiers du livre quand Lila, promise à Marcello, se marie avec Stefano.
Je ne suis pas sûre que je me précipite sur les trois autres tomes et participe à l'engouement des très nombreux admirateurs d'Elena Ferrante mais, bien entendu, je les lirai aussi en leur temps.


DOCUMENTATION SUR LE LIVRE ET L'AUTEURE

Des repères biographiques
L'auteur tient absolument à rester dans l'ombre et refuse par conséquent la publicité et les face-à-face, acceptant seulement en de rares occasions les interviews écrites. Lors de celles-ci, elle a reconnu être une femme, mère de famille, et que son œuvre était d'inspiration autobiographique. En particulier, dans l'essai La frantumaglia, l'auteur révèle à ses lecteurs des aspects de la personnalité d'Elena Ferrante en lui donnant notamment une origine (mère couturière s'exprimant en napolitain) une date (1943) et un lieu de naissance (Naples).
Le nom réel de l'auteur n'est pas connu. Certains noms sont avancés comme ceux de l'écrivain Domenico Starnone ou de son épouse, Anita Raja, éditrice et traductrice italienne de Christa Wolf en particulier. Le 2 octobre 2016, dans quatre médias internationaux (en Italie, Allemagne, États-Unis et en France sur Mediapart), le journaliste Claudio Gatti affirme avoir percé le mystère en observant une corrélation forte entre les droits d'auteur qu'Edizioni E/O, la maison éditrice d'Elena Ferrante, perçoit de ses ouvrages, et les honoraires que la société verse la même année à la traductrice Anita Raja. Ni Anita Raja, ni l'éditeur n'ont confirmé ou démenti cette hypothèse déjà envisagée depuis quelques années comme plausible par plusieurs personnes. Le lectorat est partagé entre curiosité et indignation en réaction à ce qu'il considère comme une investigation intrusive. Le point sur ce mystère avec divers articles ci-dessous.

Ses œuvres
Traduits dans quarante langues, les livres d'Elena Ferrante bénéficient d'un lectorat nombreux en Europe et en Amérique du Nord.
Romans
(tous publiés en français par Gallimard)
- 1992 : L'amore molesto, traduit en français sous le titre L'Amour harcelant par Jean-Noël Schifano en 1995.
- 2002 : I giorni dell'abbandono, traduit en français sous le titre Les Jours de mon abandon par Italo Passamonti en 2004
- 2006 : La figlia oscura, traduit en français sous le titre Poupée volée par Elsa Damien en 2009
- 2011 : L'amica geniale (1er volume de L'Amie prodigieuse), traduit en français sous le titre L'Amie prodigieuse par Elsa Damien en 2014
- 2012 : Storia del nuovo cognome, L'amica geniale, vol. 2(2e volume de L'Amie prodigieuse), traduit en français sous le titre Le Nouveau Nom (L'Amie prodigieuse, vol. 2) par Elsa Damien en 2016
- 2012 : Cronache del mal d'amore,
- 2013 : Storia di chi fugge e di chi resta, L'amica geniale, vol. 3 (3e volume de L'Amie prodigieuse), traduit en français sous le titre Celle qui fuit et celle qui reste (L'Amie prodigieuse, vol. 3) par Elsa Damien en 2017
- 2014 : Storia della bambina perduta, L'amica geniale, vol. 4 (4e volume de L'Amie prodigieuse)
Histoires pour enfants
- 2007 : La spiaggia di notte
Essai
- 2003 : La frantumaglia, réédition 2016

Une des rares INTERVIEWS d'Elena Ferrante (sur son écriture) : "C'est au lecteur d'allumer la mèche des mots", Books n° 77, juin 2016

L'anonymat
- "Elena Ferrante, l'écrivain(e) masqué(e)", Le Monde, 19 mars 2015, par Philippe Ridet : pressenti(e) pour le prix Strega, l'auteur(e) de la saga L'Amica geniale dérange les lettres italiennes.
- "Elena Ferrante, obstinément sous le masque", Le Monde, 14 janvier 2016, Florence Noiville : l'auteur(e) qui signe sous le pseudonyme d'Elena Ferrante tient à garder le secret de son identité - malgré la pression que lui vaut le succès de la tétralogie L'Amie prodigieuse.
- "A Rome, avec les gardiens du mystère Ferrante", Le Monde, 14 janvier 2016, Philippe Ridet (Rome, correspondant) : seuls Sandra Ozzola et Sandro Ferri, patrons des éditions E/O, qui publient Elena Ferrante, connaissent sa véritable identité.
- "Elena Ferrante, énigme littéraire fascinante", L'Express, 26 juin 2016, par Delphine Pears : malgré le succès planétaire de sa saga L'Amie prodigieuse, la romancière italienne Elena Ferrante, un pseudo, cultive l'anonymat depuis vingt-cinq ans.
- "Elena Ferrante : un scoop, et quelques doutes", Le Monde, 3 octobre 2016, par Florence Noiville et Éric Loret, avec Jérôme Gautheret (Rome, correspondant) : une enquête prétend révéler l'identité de l'écrivaine, retranchée dans l'anonymat. La méthode et les fins visées posent question.
- "Billet : Livrer l'identité d'Elena Ferrante, un procédé grossier", Libération, 3 octobre 2016, par Johanna Luyssen : l
'enquête d'un journaliste italien tient à démontrer la véritable identité de l'auteure de la saga à succès de L'Amie prodigieuse, Elena Ferrante. Preuves fiscales et immobilières à l'appui... La démarche interroge.
- "TRIBUNE : Pourquoi il faut respecter l'anonymat d'Elena Ferrante",
Libération, 7 octobre 2016, par Tom Geue, posdoctorant à l'université de St Andrews à Bristol au Royaume Uni : pour le chercheur anglais Tom Geue, la "révélation" de l'identité d'Elena Ferrante par Claudio Gatti est une violation de l'anonymat qui touche au pouvoir et à l'identité.

Le succès
- "Elena Ferrante, le bon filon de Gallimard", Le Monde, 5 janvier 2017, par Nicole Vulser : en deux ans, la mystérieuse auteure italienne a permis à la maison d'édition de réaliser plus de 6 millions d'euros de chiffre d'affaires.
- "Pourquoi ça marche-Saga Ferrante : tranches napolitaines", Libération, 15 janvier 2016, par Natalie Levisalles : 1- Qui est Elena Ferrante ? 2- Que trouve-t-on dans la suite napolitaine ? 3- Un roman féminin ou un roman féministe ?

Les deux tomes suivants
- "Les noces napolitaines d'Elena Ferrante", Le Monde, 14 janvier 2016, par Florence Noiville : avec Le Nouveau Nom, l'énigmatique romancière italienne poursuit sa prodigieuse tétralogie construite autour de la vie de deux amies, Lila et Elena.
- "Elena Ferrante explore des territoires complexes avec précision et liberté", Le Monde, 12 janvier 2017, par Florence Noiville : les vies de de Lena et de Lila divergent, la trentaine venue. Avant-dernier tome de la puissante tétralogie d'Elena Ferrante, L'Amie prodigieuse.

L'ensemble de cette documentation en un seul document : ICI (20 p.)


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :

à la folie, beaucoup, moyennement, un peu, pas du tout


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