RAPIDE CHRONOLOGIE d'événements majeurs du 20e siècle
en Chine

LES LIVRES LUS







































D'autres MO YAN
lus par certains d'entre nous en 2013

DES LIVRES LUS
QUI NE RELÈVENT PAS DE LA LITTÉRATURE CHINOISE


Voir un article, illustré, présentant le contenu de ce livre, "Traverser le XXe siècle chinois", Le Monde des livres, François Bougon, 26 janvier 2017



Ce Petit précis à l'usage de l'amateur de littérature chinoise contemporaine (1976-2006), paru chez Philippe Picquier, 2002, éd. revue et complétée 2006, permet dune première approche des grands mouvements de la littérature contemporaine jusqu'à la fin des années 1990.

 

Littérature chinoise contemporaine
(Chine continentale)

Nous avons lu au choix parmi une sélection, pendant l'été 2018.

Séance de rentrée
Elle a eu lieu le
14 septembre 2018 en présence de Brigitte Duzan, spécialiste de la littérature et du cinéma chinois, qui avait concocté pour nous cette sélection. Compte rendu de la soirée ci-dessous.
Le deuxième groupe parisien y a consacré deux séances (7 et 21 septembre) et groupe Voix au chapitre-Morbihan s'est réuni le 11 octobre (compte rendu breton ci-dessous).
Les livres au choix
Axée sur la littérature contemporaine de Chine continentale, la sélection proposée
(présentée en bas de cette page) est ainsi conçue :
1-Les grands classiques :
pour information, car ils sont des références fréquentes ; ce sont d'énormes pavés...
2-Les grands auteurs du 20e siècle :
LU Xun, LAO She, BA Jin, Eileen CHANG
3-Les auteurs contemporains : le cœur d
e la sélection, une vingtaine d'auteurs, dont la moitié de femmes.

Nos lectures en 2018
A nous tous, nous avons lu 50 livres de 25 auteurs. Et bien entendu le même livre a été lu, dans nombre de cas, par plusieurs personnes.

Nos réactions
En un rapide tour de table, voici d'abord ce que chacun a lu, pourquoi, et avec quelles impressions d'ensemble.

Nathalie R
J'ai d'abord choisi des livres de femmes : Madame Zou de ZHANG Yihe et Le partage des rôles de ZHANG Xinxin.
Et puis j'ai lu Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou et Le livre d'un homme seul de GAO Xingjian.
Honnêtement, c'est incroyable, on ressent les mêmes choses. C'est l'identité humaine qui ressort pour moi de ces différents livres.
Annick A

J'ai choisi des livres récents et plus particulièrement Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique pour la traduction de Brigitte Duzan. J'ai aussi lu ceux proposés auparavant par le groupe lecture et d'autres de ma propre initiative.
J'ai trouvé que c'était un milieu culturel assez différent. Très différent de la France.

- Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
- Amour dans une vallée enchantée de WANG Anyi
- Le livre d'un homme seul de GAO Xingjian
Lus avant dans le groupe :
- plusieurs livres de MO Yan
- L'Opéra de la lune de BI Feiyu
- Vivre ! de YU Hua

Rozenn
J'ai lu ou hasard, ce qui était sur Kindle, ce que j'avais sous la main. J'ai commencé par Toutes les nuits du monde qui m'a beaucoup plu. Puis Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique, j'ai bien aimé. Madame Zou, j'aime beaucoup... Certains m'emmerdent. Un paradis, c'était époustouflant. Mon préféré, c'est Le dernier quartier de lune de CHI Zijian : j'ai eu l'impression de me balader d'un bout de la Chine à l'autre, d'une époque à l'autre, avec une écriture très poétique, j'ai du mal à quitter les Evenks. - Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
- Toutes les nuits du monde, CHI Zijian
- Le dernier quartier de lune de CHI Zijian
-Pour qui te prends-tu ? de CHI Li
- La véritable histoire d'AQ de LU Xun
- La Chine en dix mots de Yu Hua

- Un paradis de SHENG Keyi
- Madame Zou de ZHANG Yihe
Lus avant avec le groupe :
- Le Pousse-pousse de LAO She
- L'Opéra de la lune de BI Feiyu
-
Don Quichotte sur le Yangtsé de BI Feiyu
Fanny
Mon choix s'est porté sur des livres courts pour pouvoir en lire plusieurs et avoir un aperçu plus large. Je me suis laissé guider d'une part par le document élaboré par Brigitte Duzan et également par des données plus pragmatiques à savoir les occasions disponibles en librairie. J'ai par ailleurs souhaité lire un deuxième livre de BI Feiyu (après L'opéra de la lune il y a deux ans) et Continue à creuser au bout c'est l'Amérique pour savourer la traduction de Brigitte Duzan. Je ne peux pas donner un aperçu global de mes lectures car je les ai trouvées très diversifiées tant au niveau du genre que du style littéraire : certaines m'ont beaucoup plu, d'autres moins, voire m'ont déçue.
- Songeant à mon père de YAN Lianke
- Amour dans une vallée enchantée de WANG Anyi
- La carte au trésor de MO Yan
-
Don Quichotte sur le Yangtsé de BI Feiyu
- Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
- A bicyclette de SU Tong
Lus avant dans le groupe :

- L'Opéra de la lune de BI Feiyu
- Vivre ! de YU Hua
Manon
J'avais lu avant dans le groupe L'Opéra de la lune de BI Feiyu. J'ai lu la trilogie des Madame de ZHANG Yihe (Madame Liu, Madame Yang, Madame Zou). Avec la liste, je savais ce que je ne voulais pas lire : pas de Chine rurale, pas de Révolution culturelle… Je sortais du Lambeau, je voulais une part de vie, pas que de la fiction. Je n'ai pas beaucoup aimé la Chine, j'ai adoré les Madame : je me suis réveillée à 4h du matin pour finir le dernier. Pourtant la Chine ne m'intéresse pas. Ces livres sont très beaux et très durs. Avec une part de psychologie.
Lisa
J'ai lu Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique que Claire m'a passé et des livres de femmes dont j'avais envie. J'ai tout aimé, mais j'ai eu trois coups de cœur : Début fatal, Toutes les nuits du monde, Sous le ciel de l'Altaï. Je suis très contente de les avoir découverts. J'avais lu des livres chinois, mais qui n'avaient rien à voir (Xinran, Pearl Buck). - Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
- Début fatal
, FANG Fang
-
Sous le ciel de l'Altaï, LI Juan
- Toutes les nuits du monde, CHI Zijian
- Madame Liu de ZHANG Yihe
- De SU Tong A bicyclette et Visages fardés
Lus avant dans le groupe :
-
L'Opéra de la lune de BI Feiyui
-
Vivre ! de Yu Hua
Monique L
J'ai choisi au hasard et au fur et à mesure. Je n'ai pas aimé le livre de Mo Yan que j'ai lu, je n'ai pas accroché. C'était moyen. J'ai essayé de lire Le précis sur la littérature chinoise, j'ai parcouru, mais ce n'était pas pour moi. J'ai lu Une canne à pêche, ça commençait à m'intéresser un peu plus. J'ai commencé La montagne de l'âme, je n'ai pas fini, mais j'ai accroché. Toutes les nuits du monde, j'ai adoré.

- La joie de MO Yan
- Toutes les nuits du monde, CHI Zijian
- Une canne à pêche pour mon grand-père de GAO Xingjian
- La montagne de l'âme de GAO Xingjian
- Notre histoire : Pingru et Meitang de RAU Pingru
- Une rencontre à Pékin de Jean-François Billeter
Lus avant dans le groupe :

- L'Opéra de la lune de BI Feiyu
- Vivre ! de YU Hua

Nathalie B

(du nouveau groupe parisien, qui a été invitée pour "profiter" de la présence de Brigitte Duzan)
Nous avons prévu deux séances sur la littérature chinoise :
- une sur les classiques et les grands auteurs du XXe siècle, avec comme livre commun lu Le Pousse-pousse de LAO She
- une sur la littérature chinoise contemporaine, avec comme livre commun lu : Amour sur une colline dénudée de WANG Anyi
J'ai commencé par lire un classique Au bord de l'eau, le premier tome...

Brigitte Duzan (Brigitte pour la suite)
Plus de 1100 pages pour ce tome ! Et ce n'est pas facile !

Nathalie B
Et bien j'ai adoré, j'ai trouvé ça prenant. Cela m'a fait entrer dans la littérature chinoise. J'ai été époustouflée par le traducteur !

Brigitte
Ah oui, Jacques Dars, c'est une référence !

Nathalie B

Dans Au bord de l'eau j'ai été séduite par les personnages hauts en couleur. Ensuite j'ai lu Le pousse-pousse et Histoire de ma vie, j'ai beaucoup aimé. Il y a une poésie, une humanité.
Une canne à pêche, c'est un autre registre : on entre en littérature ! Ça m'a fait penser au nouveau roman. Et Bonsoir, la rose que j'ai aimé. Ce n'est pas la même chose. Je suis d'accord avec Nathalie sur les ressemblances et dissemblances.
- Au bord de l'eau de SHI Nai'an
- Bonsoir, la rose de CHI Zijian
- Une canne à pêche pour mon grand-père de GAO Xingjian
- de LAO She Le Pousse-pousse et Histoire de ma vie
Christelle

J'ai lu six livres. Je n'ai pas fini Une canne à pêche. J'ai choisi des livres pour la taille. Je n'étais pas frustrée, car j'aime les nouvelles. J'ai aimé les six.
Je les classe en deux catégories :
- ce qui relève de l'autobiographie avec des scènes de vie : Songeant à mon père, Don Quichotte, La canne à pêche
- et puis les romans : Continuer de creuser, Début fatal, Amour dans une vallée enchantée.

- Une canne à pêche pour mon grand-père de GAO Xingjian
- Songeant à mon père de YAN Lianke
- Don Quichotte sur le Yangtsé de BI Feiyu
- Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
- Début fatal
de FANG Fang
- Amour dans une vallée enchantée de WANG Anye

Claire
Si j'ai bien compris, les formes courtes sont "typiques" en Chine.

Brigitte
C'est l'origine de la littérature chinoise. Depuis les années 1990 se sont développés des romans longs, en grande partie sous la pression des éditeurs ; aujourd'hui, on revient vers la nouvelle, mais un peu plus longue, pour permettre le développement de la narration ; c'est la nouvelle dite "moyenne", que les Anglais appellent novella.

Claire
Et j'ai appris que les formes, pas comme chez nous, sont normées.

Brigitte
En effet, on distingue les nouvelles courtes (moins de 5000 caractères), les nouvelles moyennes et les romans. Quand on traduit, le nombre de signes en français c'est quatre fois le nombre de caractères chinois. Le traducteur est payé au nombre de caractères traduits.
La littérature chinoise est née de la tradition orale : de petites histoires anecdotiques, dont l
es conteurs se sont emparés ; les histoires étaient contées sur plusieurs nuits… Vers le XVe siècle, les romans populaires sont nés ; ce sont des histoires assemblées. Le roman moderne est né inspiré de l'Occident ; il y a eu en particulier des séries de sagas familiales sur plusieurs générations, par exemple quatre générations, qui permettent de brosser le tableau historique d'une région, voire de la Chine. Mais le roman s'épuise, on en revient à la forme courte, et la tendance est surtout à la nouvelle "moyenne". Le roman est une forme exogène. Les éditeurs français ont une phobie du terme "nouvelle" donc ils mettent "récit" ou "roman court" sur la couverture.

Claire
Cela tombe bien que la forme courte soit répandue, je n'ai lu que des romans courts. J'avais compris que la littérature chinoise était difficile, avec des références nombreuses qui rendent l'accès difficile. J'ai donc été étonnée de croire tout comprendre. J'en ai lu un petit paquet et c'est une vraie découverte, découverte d'un continent. Ce qui m'a frappée c'est que même quand le récit n'a pas lieu au moment d'événements politiques, il y a constamment cet arrière-plan. Y compris dans le livre le plus récent qu'on a lu Rozenn et moi : Un paradis de SHENG Keyi, sorti ce mois-ci qui se passe dans une clinique de mères porteuses, non sans rapport avec les camps de Madame Zou que j'ai beaucoup aimé. Oui Nathalie, ce sont des humains comme nous..., mais il y a des différences ! Peu de sexualité, peu de sentiments. - La véritable histoire de Ah Q de LU Xun
- Histoire de ma vie de LAO She

- Amour dans une vallée enchantée de Wang Anyi
- Épouses et concubines de SU Tong
- Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
- Une canne à pêche pour mon grand-père de GAO Xingjian
- De YAN Lianke Songeant à mon père et Un chant céleste

- Notre histoire : Pingru et Meitang de RAU Pingru

- Une rencontre à Pékin de Jean-François Billeter

- Le Show de la vie de CHI Li
- Une vue splendide de Fang Fang
- Madame Zou de ZHANG Yihe
- De CHI Zijian Toutes les nuits du monde et Bonsoir, la rose
- La chaise dans le corridor de LIN Bai
- Un paradis de SHENG Keyi
Lus avant dans le groupe :

- Le Pousse-pousse de LAO She
- plusieurs livres de MO Yan
- L'Opéra de la lune de BI Feiyu
- Vivre ! de YU Hua

Protestation du groupe sur la sexualité...
Tu n'as rien lu, tu n'as pas lu les bons...

Claire
... en tout cas la manière de dire les sentiments est réduite. C'est pourquoi j'ai beaucoup aimé lire le livre de Billeter, très beau : c'est un Occidental et j'ai retrouvé une sensibilité pour décrire de l'intérieur des événements évoqués dans les autres livres chinois et l'amour. J'ai aimé aussi le roman graphique Notre histoire : Pingru et Meitang qui n'est pas proprement littéraire, mais qui, grâce aux illustrations, permet de se représenter la vie quotidienne des Chinois à travers les événements du siècle. Et même dans les livres touchant à la vie d'aujourd'hui, Bonsoir, la rose je repère les habitudes de gym collective en entreprise, la gymnastique des yeux dans les écoles : une approche touristique, quoi...

Séverine
Un de mes critères a été la taille. Je ne suis pas du tout attirée par la Chine.

Brigitte
Ah ! Mais la Chine impériale ?

Séverine

- Mon petit coin de monastère de BEI Bei
- Le Show de la vie de CHI Li
- Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
Lus avant dans le groupe :

- L'Opéra de la lune de BI Feiyu
- Vivre ! de YU Hua

Oui ! Je voulais voir la Chine contemporaine. Mon petit coin de monastère : je l'ai choisi au hasard. Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique : je l'ai choisi à cause du titre. Le show de la vie, c'est mon préféré ! Je l'ai choisi à cause de la présentation. Je retiens des trois livres lus l'humour et l'absurde.

Catherine
J'ai commencé par des livres de femmes : Madame Zou, j'ai beaucoup aimé Le show de la vie, c'est très drôle. Une canne à pêche, sur le plan littéraire, j'ai beaucoup aimé, c'est extrêmement bien écrit. Songeant à mon père, j'ai adoré. J'ai été frappé par l'importance de la famille, des souvenirs d'enfance. J'ai aimé l'omniprésence de la nourriture. J'ai lu Une rencontre à Pékin, c'est étonnant de voir les différences. J'ai aimé découvrir cette littérature.

- Madame Zou de ZHANG Yihe
- Amour sur une colline dénudée de Wang Anyi
- Le Show de la vie de CHI Li
- Une canne à pêche pour mon grand-père de GAO Xingjian
- Songeant à mon père de YAN Lianke
- Une rencontre à Pékin de Jean-François Billeter
Lu avant dans le groupe :

- Vivre !
de YU Hua

Jacqueline

Je n'avais jamais entendu parler de Jia Pingwa que j'aurais continué à ignorer sans la liste de Brigitte qui en parlait comme d'un grand romancier. L'art perdu des fours anciens était un beau titre un peu intriguant, alors je me suis lancée.

Brigitte
Combien de temps pour lire ces 1150 pages ?...

- L'art perdu des fours anciens de JIA Pingwa
- La véritable histoire de Ah Q de LU Xun
- Amour sur une colline dénudée de WANG Anyi
- La Chine en dix mots de Yu Hua

- Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
- Songeant à mon père de YAN Lianke
Lus avant dans le groupe :

- Le Pousse-pousse de LAO She
- plusieurs livres de MO Yan
- L'Opéra de la lune de BI Feiyu
- Vivre ! de YU Hua


Jacqueline
Tout l'été...
En fait mon intérêt n'a pas faibli : j'ai été happée par cette histoire extraordinaire vue par un gamin et racontée avec un art qui pourrait rappeler certains grands romans occidentaux.

Parce que c'est une référence, je voulais relire La véridique histoire de Ah que j'avais lu sans intérêt à 17 ans. Je crois aussi avoir lu, il n'y a pas si longtemps dans La Chine en dix mots de Yu Hua, quelque chose sur Lu Xun qui avait renouvelé mon intérêt. Effectivement, 60 ans après, cette satire générale m'a beaucoup plu.
Après L'art perdu des fours anciens, j'avais envie de lecture plus légère : j'ai lu Amour sur une colline dénudée. Encore la Révolution culturelle ! Mais je n'ai guère accroché à cette histoire ni avec la manière dont elle est écrite...
Songeant à mon père est un très beau livre où je retrouvais des sentiments (confucéens ?) rencontrés dans L'art perdu...
J'ai aimé Continue à creuser, très différent, qui m'a fait penser à la littérature japonaise.

Etienne
J'ai fait mon choix en plusieurs salves. Les trois premiers : Songeant à mon père, Don Quichotte, À bicyclette, ça se ressemblait. Je voulais revenir à quelque chose de plus consistant. C'est pourquoi j'ai lu L'art perdu des fours anciens. L'amour sur une colline ça ne m'a pas plu. J'ai adoré Mort d'un propriétaire foncier : c'est extrêmement drôle bien qu'un peu inégal selon les nouvelles. Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique j'ai choisi par rapport au titre. Le clan du sorgho rouge, c'est très bien, ça sort du lot. J'ai un peu de mal à trouver une cohérence dans les livres lus, car ils m'ont semblé très variés. J'ai trouvé qu'il n'y avait pas de filtre sur la sexualité, sur l'urine, les excréments. Il y a un rapport détaché quant au corps. Et par contre un grand attachement à la terre. C'est une société très organisée, presque en castes. Ça m'a beaucoup plu.

- A bicyclette de SU Tong
- Don Quichotte sur le Yangtsé de BI Feiyu
- Amour sur une colline dénudée de WANG Anyi
-Mort d'un propriétaire foncier et autres courts romans de YU Hua
- Songeant à mon père de YAN Lianke
- Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
- Le clan du sorgho rouge de MO Yan
- L'art perdu des fours anciens de JIA Pingwa

Richard
 
J'avais très peu de temps pour lire car j'ai lu en allemand les livres que vous avez lus à la semaine lecture. J'ai choisi ces deux livres, c'est très cartésien. C'était un démarrage sur la littérature chinoise : j'ai lu donc le premier auteur de la liste chronologique.

De LU Xun :
- Le journal d'un fou
- La véritable histoire de Ah Q

Lu avant avec le groupe :
- Vivre !
de YU Hua

Avec vos commentaires, je sais que je vais continuer. J'ai commencé chronologiquement. J'ai été déçu. Journal d'un fou, ça se lit en cinq minutes et on ferme. Pour l'autre, La véritable histoire de Ah Q, c'est d'une naïveté cette façon de raconter l'histoire !

Brigitte
Cela dépend aussi des traductions... elles jouent un rôle notable, en particulier pour LU Xun.

 

Quelques échos de ceux qui ont lu chinois mais n'ont pu venir
Françoise D (avis transmis et lu)
J'avais lu avant dans le groupe : Le Pousse-pousse de LAO She, plusieurs livres de MO Yan (c'est moi qui avais proposé cet auteur), L'Opéra de la lune de BI Feiyu, Vivre ! de YU Hua J'ai lu cet été :
- A bicyclette de SU Tong
- Don Quichotte sur le Yangtsé de BI Feiyu
- Songeant à mon père de YAN Lianke
Je les ai lus enfin... presque... parce qu'ils me sont tombés des mains (traduction ?). J'avais l'impression de lire un seul et même auteur. Aucun n'arrive à la cheville de Mo Yan. Pour moi Mo Yan vraiment très au-dessus du lot.
Brigitte
C'est la même atmosphère dans ces trois livres, c'est vrai...
Jacqueline
Comme Françoise, j'aime Mo Yan mais je n'ai eu le temps de lire que la dernière nouvelle "Graine de brigand" du recueil Chien blanc et balançoire. Elle m'a beaucoup émue et fait réfléchir. Quel écrivain aussi !
Denis (de Berlin)
J'avais lu avant dans le groupe : Vivre ! de YU Hua. J'ai lu cet été :
- Les sentinelles des blés de CHI Li.
- Épouses et concubines de SU Tong.
Pourquoi ces choix ? J'ai pris ceux dispos dans la librairie d'à côté !
Manuel (très occupé)
J'avais lu avant dans le groupe : Le Pousse-pousse de LAO She, L'Opéra de la lune de BI Feiyu, Vivre ! de YU Hua. J'ai lu cet été :
- Songeant à mon père de YAN Lianke
- Amour dans une vallée enchantée de WANG Anyi Fermé.
- La véritable histoire de Ah Q de LU Xun.
Tous les auteurs sont marqués par l'histoire de la Chine, la révolution culturelle. Bon choix de lecture d'été !
Danièle (malade)
J'ai lu cet été :
- La véritable histoire de Ah Q de LU Xun
- A bicyclette de SU Tong
- Les Aveugles
de BI Feiyu dont j'avais lu avec le groupe L'Opéra de la lune
Annick L (en Catalogne)
J'ai lu cet été :
- Songeant à mon père de YAN Lianke
- Gens de Pékin de LAO She
J'avais lu avant avec le groupe Le Pousse-pousse de LAO She, plusieurs livres de MO Yan, L'Opéra de la lune de BI Feiyu et Vivre ! de YU Hua
Un parcours de la littérature du 20e siècle
À partir de la liste que nous avait fournie Brigitte Duzan, nous parcourons chronologiquement les auteurs et formulons nos avis au passage sur les livres lus.
LU Xun (1881-1936)
Manuel : J'ouvre en grand pour le côté pamphlétaire.
Claire : J'ai moi aussi aimé.

Richard
:
Je n'ai pas aimé, je me suis ennuyé.
Rozenn
:
J'ai été très mitigée.
Danièle
: Autant je suis entrée en empathie avec les personnages de Bi Feiyu, dans Les aveugles, autant j'ai ressenti tout le long de ce roman La véritable histoire de Ah Q (ou plutôt de cette fausse nouvelle biographique) un malaise et une sorte d'hostilité vis à vis du personnage central du roman, Ah Q, rustre et content de l'être, querelleur, méchant et lâche. Sa manie de retourner ses défaites en sa faveur n'a rien à voir avec un optimisme constructif, mais procède d'une interprétation erronée de la réalité. Par exemple, p. 37 : Au bout de 10 secondes (après une bagarre) Ah Q partait, lui aussi victorieux et content : n'était-il pas le plus doué de tous, pour se vautrer plus bas que terre ? Il suffisait de mettre de côté "se vautrer plus bas que terre" et il restait "le plus doué de tous". Sa dégringolade sociale à la fin du livre, loin d'attirer de la compassion, ne provoque qu'une réaction de dégoût ou d'éloignement. Si l'on prend ce roman comme une satire, et Ah Q comme la métaphore de la mentalité d'un peuple chinois en décadence au début du XXe siècle, la critique cinglante de Lu Xun est une réussite. Toute l'ironie et le côté lapidaire du style sont alors au service d'une idée. Le personnage incarne ce que l'auteur abhorre et nous fait abhorrer. Cependant, n'arrivant pas à me défaire du malaise de ma lecture, j'ouvre seulement à moitié.
Jacqueline :
J'ai beaucoup aimé l'ironie et l'aspect satirique qui m'avaient échappé à 17 ans : la satire du comportement des nantis et des lettrés face à la révolution qui a fait tomber l'empereur, et celle de la justice "selon que vous serez puissants ou misérables"... Mais, d'abord et avant tout la satire de la littérature traditionnelle par la façon de mener le récit et de choisir son héros.
Brigitte
: Pour reprendre ce qu'a très bien dit Danièle, Ah Q est comme la métaphore de la mentalité du peuple chinois au début du XXe siècle. Donc, comme elle le dit, la satire est une réussite puisqu'elle réussit bien à susciter jusqu'au malaise. Il faut souligner qu'il s'agit d'une nouvelle qui fait date dans l'histoire de la littérature chinoise, car c'est l'un des premiers textes fondateurs de la littérature en langue non classique, se rapprochant de la langue parlée : il a été publié en épisodes séparés dans un journal en 1921-1922.
LAO She (1899-1966)

Annick L : Gens de Pékin est un recueil de nouvelles très différent de Songeant à mon père que j'ai lu puisqu'elles mettent en scène des personnages variés dont le seul point commun d'être tous des habitants de Pékin. On comprend bien pourquoi il est devenu ensuite auteur de pièces de théâtre car chacun de ces récits, plus ou moins long (jusqu'à une centaine de pages pour "Histoire de ma vie"), est mis en scène de façon remarquablement vivante : personnages bien croqués, odieux ou attachants, dialogues réalistes (on imagine le travail des traducteurs !). Un véritable plaisir pour le lecteur qui passe d'une histoire à l'autre avec un agréable sentiment de dépaysement total : se retrouver immergé dans le Pékin des années 1920-1930. Lire la suite ici

Brigitte : Dans Le Pousse-pousse, l'émotion est contenue, et très imagée. LAO She est un grand classique, la langue est très belle. Il rend compte de la vie des Chinois, de façon presque documentaire. Histoire de ma vie en est un autre exemple.
Claire : Est-ce que ce n'est pas une sorte de Zola chinois ?
Brigitte : Oui, en quelque sorte.
BA Jin (1904-2005)
Brigitte : Il est préférable de lire la littérature contemporaine avant de lire les classiques. Personne d'entre vous ne s'est attelé à BA Jin, difficile, qui écrit en temps de guerre, et dont j'avais proposé Le jardin du repos et Nuit glacée. Je présenterai un film chinois de Que Wen adapté de Nuit glacée, non sorti en France, dimanche 9 décembre prochainau musée Guimet...
Eileen CHANG (1920-1995)

Claire : J'ai juste lu la nouvelle de Lust caution d'où est adapté le film d'Ang Lee et elle ne m'a pas transportée.
Brigitte : Cette auteure est é
galement connue sous le nom de ZHANG Ailing ; elle vient d'une famille aisée et a eu une enfance difficile. À l'arrivée de Mao, elle est partie à Hong Kong. Puis elle est partie aux USA. Elle a écrit une série de nouvelles remarquables dans les années 1940. Lust caution a été écrit en 1950, et clôt en quelque sorte cette période prolifique.
C'est un personnage complexe qui a été très marqué par son enfance : une famille à l'ancienne, un père autoritaire, opiomane et entretenant des concubines, une mère aux pieds bandés, mais qui a quitté le domicile conjugal et a voyagé en Angleterre et en Europe. Exemple de liberté, de même qu'une tante, les deux ayant exercé une grande influence sur la jeune Ailing. Une écrivaine hors norme.

WANG Anyi (née en 1954)

Fanny : Amour dans une vallée enchantée, j'ai bien aimé...
Claire
: J'ai trouvé ça complètement cucul, harlequin.
Manuel : Je n'ai pas fini. Trop cucul.
Annick A : Amour dans une vallée enchantée relate une rencontre amoureuse platonique entre un homme et une femme lors d'un colloque d'écrivains à Lushan. Le personnage central est celui de la femme, malheureuse en ménage. Cet amour secret lui permet de trouver une paix intérieure qu'elle perdra aussitôt rentrée chez elle. C'est un texte poétique au rythme lent qui nous montre deux facettes de cette jeune femme : l'une violente, agressive, impulsive dans ses colères, l'autre posée, ouverte aux autres, romantique, sereine. La construction du livre est originale : le personnage central est celui de la femme qui est à la fois la narratrice, la protagoniste et l'interprète des sentiments de l'homme. Les trois protagonistes du roman, la femme, le mari et l'écrivain ne sont jamais nommés. Par contre leur histoire m'a paru niaise, l'écriture frôlant parfois le ridicule et m'a beaucoup ennuyée.
Fanny : C'est mon coup de cœur, il ne me reste plus qu'à assumer mon côté midinette… J'ai trouvé ce roman tout en intériorité avec des descriptions très fines de l'état amoureux (exemple p.122) et des remaniements que cela entraîne en cette jeune femme. Sur cet aspect, certains passages m'ont rappelé La mer de la fertilité de Mishima. J'ai également beaucoup aimé la beauté et la dimension poétique du passage sur les mains (p. 96). En attendant des nouvelles de son "amant", p. 163, l'héroïne se dit qu' "il ne peut pas la décevoir", cela me semble faire écho au fait qu'à son retour elle-même ne veut pas le décevoir, c'est-à-dire qu'elle veut rester fidèle à ce qu'elle était à la montagne. C'est probablement autant  – si ce n'est davantage – à elle-même qu'à cet homme qu'elle veut rester fidèle.
Etienne : J'ai lu Amour sur une colline dénudée dont j'ai trouvé la structure intéressante, il n'y a pas de prénom, mais dans cette histoire d'adultère, j'aurais aimé qu'on parle plus de la femme, l'homme étant très passif.
Jacqueline : Moi j'ai trouvé ça très exotique : cette allumeuse, belle et élégante qui passe son temps au bureau à tricoter !
Nathalie B et Catherine ont aussi lu
Amour sur une colline dénudée.
Claire : Elle a été célèbre, mais elle est lue actuellement en Chine ?
Brigitte : Non, plus vraiment.
Etienne : Elle est enseignée ?
Brigitte : Oui, à l'université.
Claire : Ce n'est pas une espèce de Duras ? Et avec ses il et ses elle...
Brigitte : D'une certaine manière, oui. C'est quelqu'un qui en a bavé pendant la Révolution culturelle, avec une mère elle-même écrivain célèbre et un père dramaturge et cinéaste. La trilogie des amours (Amour dans une petite ville, Amour sur une colline dénudée, Amour dans une vallée enchantée) a fait scandale, et on n'imagine pas aujourd'hui, parce qu'une femme chinoise qui écrit sur ses sentiments et sur le désir féminin. On peut remarquer d'ailleurs que dans ses livres, aucun homme n'a une personnalité très affirmée. Dans la trilogie, les hommes ne sont pas nommés ou passifs. Il faut noter que c'était après la Révolution culturelle, pendant ce qu'on a appelé "l'ouverture", mais il restait un clan conservateur très fort : en 1983 a été une campagne "contre la pollution spirituelle"....
Claire : Et ça, après la Révolution culturelle, où on ne publiait plus aucun livre de littérature pendant 10 ans...
Plusieurs : Sauf le Petit Livre rouge !...

YAN Lianke (né en 1958)
Brigitte : Avec cet auteur, dont les parents étaient des paysans illettrés, rien à voir avec WANG Anyi. Il a commencé par écrire des satires politiques quand il était dans l'armée. Il y avait en effet deux possibilités à son époque pour échapper à sa condition, soit aller à l'université, soit à l'armée, qu'il a choisie car il avait peur d'échouer au concours de l'université.
Manuel : J'ai aimé les couleurs associés à des odeurs, c'est un récit touchant sur le rapport du fils à ses origines paysannes ; émouvante, la mort du père.
J'ouvre en grand.
Etienne, Jacqueline, Catherine ont aussi lu Songeant à mon père.
Annick L : J'ai été très touchée par ce petit livre qui rassemble un petit ensemble de souvenirs d'enfance et de jeunesse de Yan Lianke autour de la figure admirable de son père, un paysan pauvre mais toujours digne qui s'est tué à la tâche pour élever ses enfants. Comme un hommage posthume rendu par ce fils "indigne" qui, lui, s'est engagé très jeune dans l'armée pour échapper à sa condition. Le tableau qu'il compose par petites touches de la vie familiale et villageoise dans cette région reculée de la Chine (dans les années 60-70) est terrible : les paysans subissent non seulement les caprices de la nature mais aussi le contrecoup des réformes du régime communiste qui les dépossède de leurs terres (cf. l'une des nouvelles les plus tragiques : "Silhouette terrienne"). Mais son évocation est remarquable : quel talent pour camper les personnages (son père, sa mère, sa sœur, et les autres…), quelle plume ciselée (pour capter l'essentiel), imagée et souvent poétique (la campagne, les saisons…) ! lire la suite ici
Claire : J'ai moi aussi beaucoup aimé ce livre et ai été stupéfaite en lisant après le très court
Un chant céleste de découvrir une toute autre veine, avec cette figure de mère étonnante qui a 4 enfants tous tarés, c'est horrible, grotesque... ça vaut le détour...
Fanny
: Songeant à mon père est ma première lecture. J'ai aimé la construction sous forme de flash back et j'ai été très touchée par ces souvenirs. J'ai trouvé qu'il y avait une dimension très visuelle dans les descriptions. J'ai apprécié la beauté et la pertinence du passage sur le destin. Cela m'a questionnée d'un point de vue culturel sur le rapport au destin en Chine : peut-il être également perçu comme quelque chose de positif ? Enfin j'ai été interpelée par le passage sur la dette (p.89) : ce passage me porte à poser la question de la place de la psychanalyse en Chine.
Brigitte : La psychanalyse n'est toujours pas développée en Chine. On a traduit Freud en chinois dans les années 1980 et ces traductions ont induit un grand intérêt mais en se limitant à la pensée. Il y a ensuite un mouvement lacanien, autour d'un psychanalyste à Chengdu qui essaie, semble-t-il, de rapprocher la pensée de Lacan de la pensée chinoise ancienne. Un groupe de psychanalystes français.e.s y va régulièrement pour des conférences et des colloques. Le gros problème reste celui de la traduction.

Pour ce qui est du rapport au destin, il vous tombe dessus, on ne discute pas, c'est comme ça. On me dit toujours, mais pourquoi les Chinois ne se révoltaient, ne se révoltent pas. Il y a peu de rebellions et beaucoup d'acceptation. La plupart des rébellions, dans l'histoire ancienne, ont été des rébellions paysannes menées par des leaders, et suscitées par la pauvreté. Il y a eu un mouvement contestataire en 1919, conséquence de la signature du traité de Versailles qui a été un traumatisme, parce qu'à l'issue de la Première Guerre mondiale, on a attribué au Japon des anciennes colonies allemandes en Chine ; en réaction, de violentes manifestations antijaponaises ont entraîné le mouvement du 4 mai (dont on va fêter le centenaire en 2019), et une ouverture, en particulier dans le domaine culturel. Des étudiants sont partis au Japon et même en France.
Nathalie B : Oui, à Montargis que j'ai visité cet été, il y a un circuit chinois et un musée qui concernaient les Chinois venus dans le cadre du mouvement travail étude. Le musée de Montargis oublie de dire qu'il s'agissait d'un mouvement anarchiste. Les étudiants sont devenus ensuite des cadres du parti.
Brigitte : Tout à fait. C'est un musée financé par la Chine où on oublie de mentionner la forte dimension anarchiste qui avait cours à l'époque parmi les jeunes Chinois.
Pour en revenir à Yan Lianke, il y a le dernier livre traduit remarquable Les chroniques de Zhalie, plus épais certes, mais très facile à lire, d'un humour décapant, sur le développement de la Chine dans les années 1990 : comment s'enrichit-on au départ ? En volant des trains... On rit (sous cape) dès les premiers chapitres.
YU Hua (né en 1960)
Étienne : J'ai trouvé très drôle, noir, cynique Mort d'un propriétaire foncier ; les nouvelles sont toutefois inégales. La dernière est très débridée.
Rozenn : J'ai trouvé très intéressant
La Chine en dix mots qui est un essai.
Brigitte : YU Hua, c'est une faconde, un humour permanent. Plusieurs auteurs ont beaucoup d'humour mais de façon différente.
SU Tong (né en 1963)

Lisa : J'ai beaucoup aimé A bicyclette.
Brigitte : C'est un maître de la nouvelle. Pour moi avec Bi Feiyu, on est au sommet.

Etienne : J'ai trouvé ça prétentieux et je me suis ennuyé.
Fanny : J'ai une impression mitigée, peut-être également parce que c'est le dernier de la série que j'ai lu. J'ai trouvé qu'il y avait de nombreuses pistes de réflexion au fil de ces courtes nouvelles. A certains moments j'ai eu l'impression que les récits pouvaient se lire presque comme de la poésie, toutefois j'ai trouvé le style souvent trop surfait à mon goût.
Denis : J'ai trouvé Épouses et concubines super impressionnant, sous une extrême concision.
Claire : Ce que j'ai aimé dans Épouses et concubines, c'est de visiter la Chine impériale (le tourisme, vous dis-je), ayant gardé un souvenir vague mais magnifique du film Épouses et concubines de Zhang Yimou.
Brigitte
: Le film, très réussi certes, est une adaptation très libre de la nouvelle, à la manière de Zhang Yimou. Il a inversé tous les symboles de la nouvelle et joué sur la couleur ; c'est une sorte d'exotisme impérial. Mais qui a son charme, comme en témoigne le succès planétaire du film.
SU Tong a aussi écrit Le mythe de Meng qui est la réécriture d’une célèbre légende chinoise qui se passe au moment de la construction de la Grande Muraille de Chine : l'un des nombreux travailleurs enrôlés de force meurt d'épuisement ; son corps est enseveli dans la muraille ; sa femme traverse une partie de la Chine, arrive après sa mort, et son désespoir est tel que la muraille s'écroule à l'endroit où se trouve le corps... Ce "mythe de Meng" est le type même des légendes dont sont inspirés les opéras chinois.

Monique L :
C'est souvent difficile les opéras chinois, il faut connaître les codes. J'en ai vu en Chine, c'est long, les gens vont et viennent, font du bruit. C'est vraiment pas évident à écouter. J'ai vu qu'il va y avoir des opéras chinois prochainement (cycle qui va se donner prochainement au Théâtre de la ville excentré à Malakoff).
Brigitte : Ce cycle, ça va être plus facile, d'une part parce que les films sont très bien sous-titrés et d'autre part parce qu'il s'agit d'opéras provinciaux, de comédies. Il faut essayer... L'opéra est la forme d'art le plus populaire. Les Chinois en connaissent par cœur.

BI Feiyu (né en 1964)

Fanny : J'avais beaucoup aimé L'Opéra de la lune, mais je me rappelle avoir eu l'impression que ce récit aurait pu être encore plus abouti et également avoir lu dans une interview de l'auteur des éléments allant dans ce sens. D'où mon envie de lire un autre livre de l'auteur. Avec Don Quichotte sur le Yangtsé, pas de déception, il s'agit d'un livre émouvant de par la dimension personnelle des souvenirs évoqués. Je l'ai trouvé également très riche dans la narration des conditions de vie en Chine en lien avec les enjeux politiques. J'ai trouvé la construction un peu étrange à la fin, avec l'évocation d'une succession de personnes, un peu comme si l'auteur ne savait pas comment finir son récit. Ce bémol mis à part je reste sur le souvenir d'un livre avec beaucoup d'humanité et des témoignages poignants.
Brigitte
: BI Feyiu est de la même génération que SU Tong, c'est peut-être le plus fin. Don Quichotte est pour moi un chef-d'œuvre.
Christelle : J'ai beaucoup aimé, pour moi, c'est mon préféré. Les souvenirs sont touchants, par exemple cette erreur qui le suivra toute sa vie : il a dénoncé un camarade.
Brigitte : C'est une mine. Il raconte qu'il écoutait des opéras révolutionnaires, et il ne comprenait rien, ne parlant que le dialecte.
Il raconte qu'il écoutait des opéras révolutionnaires (la seule chose permise pendant la Révolution culturelle, avec les films qui en étaient adaptés, et, ici, des adaptations radiophoniques), et il ne comprenait rien, ne parlant que le dialecte du village où il vivait. C'est le revers du tableau officiel qui nous est présenté quand on parle de ces opéras grandioses. Don Quichotte, il l'a écrit pour son fils.
Christelle : La pauvreté ne m'a pas gênée, alors que c'est présent dans tout le livre.
Etienne : Tout est autobiographique ?
Brigitte : Oui.
Danièle : Les Aveugles est un ensemble d'histoires qui s'entrecroisent au sein d'une communauté. Tous (presque tous) les personnages sont des non-voyants, qui arrivent à gagner leur vie en exerçant le métier de masseur, voie où ils excellent, et la seule où ils ont une certaine supériorité sur les voyants. Ils travaillent dans un centre dirigé également par deux non-voyants. À travers ces histoires, souvent des histoires d'amour, l'auteur tente de nous faire comprendre et ressentir leur vie de non-voyants. C'est le grand intérêt du roman. Il connaît leur manière de communiquer, tactile le plus souvent, mais décrit aussi leur sensibilité aux différents qualités de bruit ou de silence, il sait communiquer l'effroi qu'ils ressentent dans ce noir perpétuel, la dose d'audace qu'il faut oser pour aller vers les autres sans les voir, la peur continuelle d'être bernés, la difficulté d'entrer en contact ou de tomber amoureux, tout particulièrement s'ils veulent rompre leur solitude : comment trouver l'équivalent du sourire sinon par le contact physique, qui peut paraître inconvenant ? Lire la suite ici.

GAO Xingjian (né en 1940)

Monique L : Dans La montagne de l'âme, il y a des passages magnifiques, j'ai l'impression que la traduction est réussie.
Brigitte : Je n'avais pas placé ce gros livre dans la liste et suis vraiment étonnée. Mais c'est très juste, la traduction est excellente, ce sont les traducteurs qui ont eu le prix Nobel (en suédois, en français) :
Noël Dutrait et son épouse ont fait un travail remarquable, en relisant le texte à haute voix pour trouver le rythme.
Le livre d'un homme seul a été beaucoup apprécié par Annick A et
Nathalie R
Une canne à pêche pour mon grand-père
(six nouvelles) a plu à tous ceux qui l'ont lu : Monique L, Catherine, Christelle, Claire, Nathalie B, Séverine
Claire : On voit l'impact du nouveau roman dans certaines nouvelles.
Brigitte : Oui, il a un côté expérimental. Il est devenu célèbre au début des années 1980 pour des pièces de théâtre expérimental, un peu à la Beckett.

MO Yan (né en 1955)
Annick A, Françoise, Jacqueline, Claire, Annick L avaient lu en 2013 plusieurs livres de MO Yan : Grenouilles, Beaux seins belles fesses, Le chantier, Le maître a de plus en plus d'humour, La carte au trésor, Le radis de cristal, Le Clan du Sorgho, La Joie.
Monique L
: La joie ne m'a pas donné de plaisir... je n'ai pas accroché.
Etienne : J'ai beaucoup apprécié Le clan du sorgho rouge.
Fanny : La carte au trésor, c'est le roman que j'ai trouvé le plus référencé d'un point de vue culturel, avec les nombreuses notes en annexe. J'ai d'emblée été saisie par le style et le rythme de ce roman, ce qui m'a permis de rester captivée jusqu'au bout malgré ces références très éloignées de mes propres repères culturels. Le style crée un effet de surprise dès les premières pages. Le profil des personnages pour le moins atypiques a également suscité mon attention et ma curiosité tout le long de ma lecture. J'ai beaucoup aimé l'humour (p. 36) avec lequel est traité le rapport à la médecine et à la planification des naissances à travers le personnage du chirurgien.
Brigitte :
Ce texte est un petit bijou narratif, un condensé d'art du conteur tel que le revendique Mo Yan (voir son discours de réception du prix Nobel). Il faudrait passer toute une (autre) séance sur Mo Yan... Sa traductrice m'a dit : il est fatigant, ce qu'il écrit en trois mois, il faut une année pour le traduire.
ZHANG Yihe (née en 1942)

Manon a lu les trois "Madame" : Madame Liu, Madame Yang, Madame Zou
Lisa a lu Madame Liu.
Catherine, Claire, Nathalie R, Rozenn ont lu Madame Zou
Rozenn : Je trouve ça subtil.
Claire : Il y a des passages très beaux, alors que le contexte est horrible.
Manon : C'est drôle aussi.
Nathalie R : J'ai pensé à Hong Kong au musée des porte-bébés
Brigitte
: Le traducteur dit qu'elle a tendance à larmoyer.
Claire : Quelle drôle d'idée ! Et le fait que soit évoquées des amours entre femmes, comment ça passe la censure ?
Brigitte : La censure ? On est parfois étonné, mais dans ce cas, c'est quand même particulièrement étonnant, et pas seulement pour le récit des amours entre femmes, mais aussi pour tous les témoignages sur la vie terrible dans ces camps, y compris les raisons pour lesquelles on y était envoyé. En fait, la censure est le plus souvent pratiquée par les éditeurs eux-mêmes, donc il est possible que l'éditeur ait pris le risque. Mais dans ce cas, il est possible, et même probable, que le texte sera élagué lors d'une éventuelle réédition (si même la réédition est possible).
Ce sont des récits uniques, bien écrits, sans émotion superflue, d'où tout romantisme est banni.

ZHANG Xinxin (née en 1953)

Nathalie R a lu Le partage des rôles.
Brigitte
: Elle a eu son heure de gloire dans les années 1980-90. C'était un trublion des lettres chinoises, qui a tout fait, y compris écrit des pièces de théâtre et les a mises en scène. Elle a écrit un pavé autobiographique en deux volumes en cours de traduction en anglais par une traductrice anglaise, et qui s'intitule simplement "Moi"... C'est une mine sur la période de la Révolution culturelle et ses lendemains, vue sous l'angle féminin. C'est une autre représentante de la littérature féminine contemporaine chinoise dont on a peu de traductions, et dont on a donc une vue tronquée.

FANG Fang (née en 1955)
Claire : J'ai adoré Une vue splendide qui évoque les rebondissements de la situation épouvantable d'une famille avec je ne sais pas combien d'enfants numérotés, les belles-sœurs sont également numérotées ; le narrateur est Petit huitième qui est mort et enterré devant la maison, d'où le titre : une vue splendide... Il y a une distance savoureuse et instructive.
Lisa et Christelle ont lu Début fatal.
Brigitte : Fang Fang est une écrivaine, née en 1955 (donc la génération de Wang Anyi), qui fait autorité. Elle a une plume acerbe, dure comme son caractère, comme elle-même, endurcie par les épreuves subies dans sa jeunesse. Une vue splendide aussi bien que Début fatal sont caractéristiques de cette écriture sans fard ni concession. Mais là encore c'est une vision parcellaire d'une œuvre d'une grande richesse.
Claire : Les potins disent qu'un nouveau livre de Fang Fang va sortir en février 2019, traduit par Brigitte Duzan, Funérailles molles : ça promet !
CHI Li (née en 1957)
Séverine, Catherine ont lu Le Show de la vie.
Claire : J'ai adoré l'héroïne qui vend ses cous de canards, c'est épique. Et quel humour !
Denis
: Les sentinelles des blés, j'ai trouvé cela très différent de ce que je lis d'habitude. Bien aimé malgré le côté midinette.
Brigitte
: Chi Li a été l'une des porte-drapeau de la littérature néo-réaliste du début des années 1990 en Chine. Ce sont des récits pour la plupart sympathiques, qui se lisent facilement. On peut cependant se demander s'il était justifié (littérairement) d'en traduire autant : huit titres parus chez Actes Sud ! Contre deux traductions, par exemple, pour Fang Fang. C'est totalement disproportionné.
LIN Bai (née en 1958)
Claire : J'ai lu La chaise dans le corridor dont les trois nouvelles ont une atmosphère un peu envoûtante.
Brigitte
: Lin Bai est une autre écrivaine peu représentée. La chaise dans le corridor est quasiment introuvable. C'est pourtant une écriture singulière, et un univers qui ne l'est pas moins.
BEI Bei (née en 1961)

Séverine : Mon petit coin de monastère qui m'a beaucoup plu, avec ce personnage qui vend des feuilles de papier hygiénique, me fait poser une question sur le rapport des Chinois à l'argent, qu'on se représente toujours habiles commerçants.
Brigitte :
La nourriture et l'argent sont très présents, parce qu'ils en ont tant manqué (Grande Famine par exemple).
Bei Bei s'appelle aujourd'hui Lin Nabei, c'est un écrivain caméléon entièrement à découvrir.

CHI Zijian (née en 1964)
Nathalie B, Claire, Monique L ont aimé Bonsoir, la rose.
Rozenn
:
Toutes les nuits du monde, j'ai adoré. Mais Le dernier quartier de lune c'est extraordinaire.
Brigitte : Chi Zijian est l'une des écrivaines "montantes" en Chine aujourd'hui. Elle est de la génération née juste avant la Révolution culturelle (elle est de 1964), mais qui rejoignent ceux nés dans les années 1970. Elle est capable de faire naître beaucoup d'émotion dans ses récits, souvent autour d'un personnage féminin peu ordinaire, et qui chaque fois se rattache à la culture et l'histoire de sa région natale, le grand nord du nord-est chinois.
Son roman sur les Evenki, racontée par une narratrice evenk de 85 ans, a été un grand succès dans sa traduction anglaise qui en a entraîné de nombreuses autres, dont la française. Mais ce sont ses nouvelles "moyennes" qui sont ses plus personnelles, que ce soit Bonsoir la rose ou Toutes les nuits du monde.
LI Juan (née en 1979)
Lisa a lu Sous le ciel de l'Altaï, 38 récits sur la vie sur les hauts plateaux du nord-ouest chinois, en territoire kazakh.
Brigitte
: Li Juan est un cas : une écrivaine non plus du grand nord-est, mais du grand nord-ouest ; elle habite dans une zone frontalière à population kazakh. Et elle écrit sur ces populations, son expérience vécue. Mais il lui est reproché de ne pas avoir appris la langue. Elle compense par une vision poétique et une émotion ténue.
CAO Kou (né en 1977)
En lisant le livre, on comprend le titre Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique qui a retenu plus d'un d'entre nous : le narrateur raconte ses souvenirs du cours de géographie où l'on montrait l’Amérique sur le globe, de l’autre côté de la Chine, en disant si vous creusez…
Brigitte
: J'ai prévu de dire à CAO Kou que vous êtes 10 à avoir lu son livre, il va être fou de joie.
Annick A, Christelle, Claire, Etienne, Jacqueline, Lisa, Nathalie R, Rozenn, Séverine ont aimé Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique, en particulier la première des trois nouvelles. Heureusement, Fanny prend le contre-pied :
Fanny
: C'est ma déception de l'été. J'ai été emballée par l'originalité et l'humour du titre. Seulement pour chacune des trois nouvelles, le même ressenti à la lecture : un réel enthousiasme et une grande accroche au début tant au niveau du style que du profil des personnages, puis assez rapidement une forme de lassitude avant un ennui profond. Je n'ai compris la chute d'aucune des trois nouvelles, j'ai cherché en vain… pas très longtemps cependant car j'avais surtout hâte de terminer le livre et de passer à autre chose. Ma déception est d'autant plus grande que le titre et l'accroche à chaque début de nouvelles me donnaient réellement envie d'aimer ce livre. C'est probablement moi qui suis passée à côté de l'intention de l'auteur. Dommage.
Brigitte : La dernière nouvelle est étonnante et c'est le portrait de l'auteur tout craché... Pour ce qui est de la déception de Fanny, c'est presque un hommage à son écriture de dire qu'elle suscite l'ennui. Cao Kou est le grand maître de l'ennui : comment écrire toute une histoire sans qu'il ne se passe rien. C'est son histoire personnelle, qu'il raconte, alors il sait de quoi il parle et comment en parler. Il écrit aujourd'hui des petits textes très courts qui ont élevé ce style au niveau du grand art.
Etienne : Je rapprocherai son humour de
Mort d'un propriétaire foncier.
Brigitte : C'est un humour rentré, un peu déjanté. Il vit avec un ensemble d'artistes qui sont tous comme ça. Pour ceux qui ont pu voir le film, c'est lui qui est l'une des voix de mafieux du film d'animation tout aussi déjanté, Have a Nice Day (sorti en juillet).
JIA Pingwa (né en 1952)

Brigitte : L'art perdu des fours anciens est un monument, tant du point de vue du texte original que de la traduction.
Etienne : Il y a 5 saisons qui se déroulent sur 2 ans avec un nombre de personnages énorme. J'ai fait une fiche pour m'y retrouver dans les personnages.
Claire : Tu as lu en combien de temps les 1152 pages ?
Etienne : Trois semaines.
Jacqueline : En même temps, j'ai appris beaucoup sur la Chine et sa culture dans tous les sens du terme : par exemple, je connaissais l'extraordinaire habileté manuelle que nécessite l'art populaire du papier découpé, mais j'ai découvert que derrière, il y a toute une symbolique qui en fait réellement un art... Au travers des propos tenus par les personnages, j'ai été un peu introduite à une pensée chinoise traditionnelle dont, par ignorance, je ne peux bien estimer ce qui revient au confucianisme et ce qui revient au bouddhisme. Par contre, alors que je n'ignorais pas l'organisation des coopératives, ni les affres de la Révolution culturelle, ce roman m'y a plongée en me faisant vivre ce qui s'y passait avec un point de vue plein d'humanisme...
Etienne : On voit l'arrivée de la Révolution culturelle, j'ai été tenu en haleine.
Jacqueline : Au début j'étais un peu inquiète de distinguer tous les personnages et j'ai moi aussi fait une fiche... Dès le début j'ai été accrochée par le héros "Pissechien" qui a 12 ans et qui m'est apparu comme un Tom Sawyer chinois. Son nom étonnant est celui d'un champignon et il le doit à sa petite taille. C'est par ses yeux et ses pensées que j'ai été plongée dans la vie de Gulu un petit village au milieu des montagnes connu pour ses poteries et que j'y ai vu les échos de la Révolution culturelle.
Si petit que soit le village, Pissechien avait à faire avec de nombreux protagonistes nommés sans qu'on n'en sache plus ; d'autre part ces noms que je ne savais pas prononcer étaient un peu proches graphiquement : par exemple, je commençais à connaître Shoudeng "d'une mauvaise condition de classe" parce que parent d'anciens propriétaires et employé subalterne aux fours qui rêve de retrouver le secret de l'ancien Céladon ; et puis est arrivé Shengsheng, l'étudiant de passage pour propager la révolution culturelle et je craignais de confondre.
Etienne : Il y a un peu de merveilleux, l'enfant parle aux animaux.
Jacqueline : Effectivement Pissechien a des pouvoirs : il m'a fait penser au héros du Tambour de Günter Grass, comme lui, confronté à une période terrible ; il ne grandit pas (il rêve même d'être invisible) et, s'il ne fait pas éclater le cristal, une odeur l'avertit de la proximité du malheur sans qu'il puisse savoir lequel ni l'empêcher...
Etienne : On voit le quotidien ; ça m'a rasé pendant 100, 200, 300 pages, puis à la Révolution culturelle, j'ai compris que c'était une sublime dénonciation, féroce, de l'absurde qui relève de la farce. Il y a des factions, des clans familiaux. C'est jouissif. C'est époustouflant. J'ai été étonné par les pleurs : les Chinois ne pleurent pas.
Jacqueline : Mon intérêt était constamment relancé à la fois par tous les événements, petits ou grands et par un récit profondément humain. Je ne peux raconter en quelques minutes la richesse de ce livre et mon admiration pour ce que l'auteur a su y mettre. Il m'en restera des personnages magnifiques :
- la "grand-mère" qui élève Pissechien, et lui transmet sa "mauvaise condition" parce que son mari "militaire félon" a suivi les troupes du Guomindang, sa pauvreté, son grand cœur, son utilisation des simples, son art de découper le papier et de faire face à l'adversité
- Cordial, le moine bouddhiste défroqué qui "soigne par la parole" et m'a introduit" à une pensée philosophique que j'ignorais
- Fier-à-bras, le bel aventurier qui par son côté hors norme et bien que plus âgé me rappelait un peu le Huck Finn du Tom Sawyer/Pissechien. A posteriori ce livre m'apparaît comme avant tout son histoire...
Vers la fin du livre, Pissechien est très étonné que quelqu'un parle de lui comme "d'un laissé pour compte" et cette appréciation me paraît une clé pour les intentions de l'auteur en le plaçant dans une suite de Lu Xun. D'ailleurs, vers la fin, après le chaos des affrontements Jia Pingwa reprends des éléments d'une nouvelle assez terrible de Lu Xun (je ne l'ai pas lue) où la cervelle des condamnés exécutés est un merveilleux remède…
(voir ici l'avis complet de Jacqueline)
Brigitte : Jia Pingwa est un sacrifié de la traduction, réputé trop difficile à traduire, qui effrayait tout le monde, et aucune traduction n'était vraiment enthousiasmante ; en fait celle de son principal roman plombait plutôt le texte. Passons. Renouveau aujourd'hui avec ce Gulu traduit Fours anciens, la vie au village au ras des pâquerettes, sans effets de manches mais avec un art consommé de la narration, sur 1150 pages en français. J'aurais quand même coupé dans les deux ou trois cents pages sur le combat final entre les deux clans du village, c'est quand même très long et je ne suis pas sûre qu'une telle longueur soit totalement justifiée, même pour donner une impression de (contre)épopée de village.

SHENG Keyi (née en 1973)
Claire : Un paradis traduit par Brigitte est sorti il y a deux semaines; ça se passe dans un centre de mères porteuses.
Rozenn : J'ai trouvé ça saisissant.
Claire : J'ai trouvé ce livre pas piqué des hannetons et je dis trop longuement pourquoi... lire la suite ici
Brigitte : Je trouve que "pas piqué des hannetons" convient parfaitement à l'aspect totalement original, hors norme, de ce récit qui mêle ultra-réalisme sarcastique à la plus subtile poésie. Un monde de brutes vu par le regard d'une enfant qui n'est tout à fait ici ni tout à fait ailleurs... mais surtout dans son souvenir du merveilleux de l'enfance.

Richard
Le livre que vous m'avez donné envie de lire après mes lectures de LU Xun décevantes, c'est Une canne à pêche pour mon grand-père de GAO Xingjian.

Fanny
Pour finir au terme de la soirée et du plaisir de vous entendre toutes et tous, voici mes envies pour de futures lectures chinoises :
- Les "Madames" de ZHANG Yihe
- Épouses et concubines de SU Tong
-
Un paradis de SHENG Keyi

 

LES LECTURES ET LES AVIS DU GROUPE BRETON
(réuni le 11 octobre 2018 à Pontivy
)

Deux nouveaux invités ont rejoint le groupe pour cette séance, Christian et Cindy  : Christian nous fait partager son goût et sa connaissance de la Chine, où il a eu l’occasion de vivre un certain temps. Cindy, en se présentant, exprime son intérêt pour la littérature canadienne, ainsi que pour la reconnaissance du travail des traducteurs.
Ce deuxième point, souvent évoqué lors de nos rencontres, est en effet crucial pour le sujet de cette séance, et nul doute que la venue de Brigitte Duzan – le 28 mars prochain à 18h à la librairie Le silence de la mer – répondra à cette préoccupation.
Pour éviter les redites et essayer de présenter un panorama complet de nos différents lectures, nous nous sommes limités à présenter chacun un ouvrage.

Suzanne 3/4 - Songeant à mon père de YAN Lianke
4/4 - Le Show de la vie de CHI Li
J'ai adoré Félicité, ce personnage du Show de la vie haut en couleurs, avec ses moyens expéditifs, la 9e sœur mariée à l'obsédé sexuel, le poids du célibat dans cette culture où une femme qui plus est paysanne n'existe guère hors son statut épouse, bon il y a le divorce, ça peut arranger les choses...
Songeant à mon père est d'une autre veine, avec un autre univers, un autre rythme... tous ces livres ont le mérite de nous familiariser avec une autre culture.
1/2 - L'Opéra de la lune de BI Feiyu (lu dans le groupe en 2016)
Annie 1/2 - Songeant à mon père de YAN Lianke
  - Le Show de la vie de CHI Li
  - Madame Liu de ZHANG Yihe
Christian 1/2 - Toutes les nuits du monde de CHI Zijian
Claude 4/4 - Gens de Pékin de LAO She
  - Quatre générations sous un même toit de LAO She
  - Notre histoire : Pingru et Meitang de RAU Pingru (illustré par l'auteur)
Marithé 1/2 - Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou
    - Le Veau suivi de Le Coureur de fond de MO Yan
3/4 - L'Opéra de la lune de BI Feiyu (lu dans le groupe en 2016)
Chantal 4/4 - Toutes les nuits du monde de CHI Zijian
  - Amour sur une colline dénudée de WANG Anyi
  - Un amour classique de YU HUA
  - La joueuse de go de SHAN Sa (écrit en français, l'auteure vit en France)
3/4 - L'Opéra de la lune de BI Feiyu (lu dans le groupe en 2016)
Édith 4/4 - Mon petit coin de monastère de BEI Bei
4/4 - L'Opéra de la lune de BI Feiyu (lu dans le groupe en 2016)
- Une rencontre à Pékin de Jean-François BILLETER (écrit en français)
- Chinoises de XINRAN (trad. de l'anglais, l'auteure journaliste vit à Londres)
- De soie et de sang de QIU Xiaolong (trad. de l’anglais, États-Unis)
Cindy 4/4 - La joueuse de go de SHAN Sa (écrit en français, l'auteure vit en France)
4/4 - Balzac et la petite tailleuse chinoise de DAI Sije (écrit en français, l'auteur vit en France)
Yolaine 3/4 - Madame Zou de ZHANG Yihe
3/4 - Madame Liu de ZHANG Yihe

Le Show de la vie de CHI Li : dans la rue du Bon-Augure, où se tient le marché de nuit en plein air de la grande ville de Yuhan, Célébrité vend des cous de canard. Ce petit roman présente une série de portraits très bien campés, images très vivantes des petites gens dans une société très hiérarchisée, où la tradition orale, la famille, les origines sociales, les mariages arrangés et la
puissance de l’argent ont gardé toute leur importance dans la Chine des années 1990.

Songeant à mon père de YAN Lianke : recueil de nouvelles autobiographiques qui nous livrent une description assez réaliste de la paysannerie chinoise dont l’auteur est issu. La pesanteur du contexte politique, de la corruption omniprésente, des difficultés comme l’obligation faite aux Chinois de n’avoir qu’un seul enfant, ne parvient pas à ternir une écriture qui reste malgré tout joyeuse et poétique. Les tourments de la culpabilité qui imprègne la relation du père et du fils dans le dernier récit rendent cependant la lecture un peu lourde à supporter.

Toutes les nuits du monde de CHI Zijian : recueil composé de deux récits.
Le premier raconte l’histoire d’une petite fille dont les parents confient la garde à la grand-mère et qui se lie d’amitié avec une voisine "la soviétique". Ce récit banal se déroule au sein d’une famille paysanne pauvre mais le contexte historique tragique est subrepticement évoqué à travers deux événements, le viol de la grand-mère par un officier japonais, et la fuite du père avec son fils au moment de la Révolution culturelle. L’omniprésence de la nature, basée sur des sensations très fortes (la lune, la neige, les saisons) emplit le texte d’émotion, de douceur et de poésie.
Le deuxième récit évoque le périple et les rencontres d’une jeune femme qui, après avoir perdu accidentellement son mari, désigné sous le nom de "magicien", entreprend un voyage qu’ils avaient décidé de faire ensemble pour recueillir des légendes de revenants et des chansons anciennes. Bien que l’on change de décor et que la campagne cède la place aux villes minières, les deux textes sont tout aussi poétiques.

Mon petit coin de monastère de BEI Bei : ce petit polar coquin écrit avec des mots très crus par une écrivaine également journaliste campe un personnage gardien de toilettes dans un monastère bouddhiste, confronté à un ancien ami d’enfance venu s’y réfugier. L’opposition entre le pauvre qui tient les WC et celui qui a réussi offre une réflexion pleine d’humour sur la Chine contemporaine et son évolution du communisme à l’économie de marché.

Une rencontre à Pékin de Jean-François BILLETER : récit autobiographique par le sinologue suisse Jean-François Billeter de sa rencontre avec sa femme chinoise dans les années 60.

La joueuse de go de SHAN Sa (écrit en français, l'auteure vit en France) : cette histoire de Roméo et Juliette, transposée dans la Chine de 1937, pendant la guerre sino-japonaise en Mandchourie, fait se croiser le destin d’une adolescente passionnée de jeu de go et d’un officier japonais venu en espion. Ce texte très fort écrit dans un
français très littéraire (l’auteure a quitté Pékin pour Paris) dans un style incisif a remporté le prix Goncourt des Lycéens en 2001.

Balzac et la petite tailleuse chinoise de DAI Sije (écrit en français, l'auteur vit en France) : encore une description de la vie paysanne en Chine en 1970, pendant la Révolution culturelle, mais qui est aussi un hymne à la littérature, qui sert à séduire, dans un style simple et agréable à lire.

Gens de Pékin et Quatre générations sous un même toit : LAO She met en scène dans ces deux livres, un peu comme dans une pièce de théâtre, et dans un style très dépouillé, un monde disparu, celui des gens humbles de la société pékinoise du début du siècle (1930-1940) avec tous ses petits métiers d’autrefois (chanteurs d’opéra, fabricants de cercueils, etc.), ses codes contraignants, le rôle des femmes, du fils aîné, et ses difficultés en particulier sous l’occupation.
Le regard de l’auteur est toujours généreux, plein d’empathie, d’espoir et d’humour.

Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique de CAO Kou : on ne retrouve pas dans cet ouvrage la poésie et la beauté de la nature qui illuminent les ouvrages cités précédemment, mais une description de la vie très banale d’un professeur de géographie, de ses états d’âme et de l’ennui existentiel dans la Chine contemporaine, avant de basculer dans le crime. Le style est incisif, le regard ironique et mordant, et d’une grande nouveauté, même si on peut être dérouté par le passage d’un sujet à un autre de façon aléatoire.

Madame Zou et Madame Liu de ZHANG Yihe : ces deux romans nous plongent dans l’univers des camps chinois de rééducation par le travail pendant la Révolution culturelle ; Madame Liu est une véritable criminelle qui a assassiné son mari de façon assez atroce, Madame Zou est emprisonnée pour des raisons politiques. Dans tous les cas l’univers carcéral est une rupture terrible et irrémédiable dans l’existence de ces femmes, mais en même temps, on découvre une force et une solidarité entre les prisonnières qui permet d’entretenir toujours une lueur d’espoir.
L’homosexualité y est traitée avec beaucoup de tact, et apparaît comme une oasis de douceur et de réconfort dans ces vies soumises à la violence. Bien que ce soient des oeuvres de fiction, le passé de l’auteure leur donne une dimension autobiographique et documentaire.

Cette soirée nous a encore permis de découvrir des horizons insoupçonnés et un panorama assez varié de la littérature chinoise à différentes époques.



RETOUR POUR INFORMATION SUR LE DÉBUT DE L'ÉTÉ 2018

Nos lectures antérieures de 2002 à 2017
Nous avions antérieurement lu dans le groupe, approchant peu à peu la Chine :
- d'abord deux livres écrits en français d'auteurs nés en Chine et vivant en France : en 2002 Balzac et la petite Tailleuse chinoise de DAI Sijie, adapté au cinéma par l'auteur et en 2003 La joueuse de go de SHAN Sa
- en 2006 un livre d'une artiste française décrivant son initiation en Chine pendant une dizaine d'années : Passagère du silence de Fabienne VERDIER
- et enfin des auteurs de Chine (continentale)  : en 2005 Le Pousse-pousse de LAO She, en 2013 plusieurs livres de MO Yan, en 2016 L'Opéra de la lune de BI Feiyu, en 2017 Vivre ! de YU Hua, en 2017 Neige de Pema TSEDEN.
Les principes des lectures chinoises de l'été
- La liste proposée concerne la littérature contemporaine de Chine continentale.
- Mais à la demande de certains, et pour information à tous, sont indiqués les grands romans du répertoire classique et les auteurs modernes devenus aussi des classiques.
- La qualité des œuvres, mais aussi de leur traduction, est prise en compte dans la liste proposée.
- Pour les auteurs que nous avons lus et qui sont "à lire", d'autres titres sont proposés dans la liste qui suit.
- Il y a des "pavés" indiqués pour les amateurs, mais d'autres lecteurs jugeront qu'il serait intéressant de lire le plus de livres possibles pour avoir un éventail varié : c'est pourquoi les livres de moins de 200 pages sont nombreux ; dans la mesure des disponibilités, pour chaque auteur sont proposés un grand roman et une œuvre plus courte.
- Les formes courtes, dans la littérature chinoise, d'une part relèvent d'une longue tradition et, d'autre part, constituent un genre particulièrement vivant dans la littérature contemporaine : donc à ne pas négliger, même par ceux qui n'aiment pas beaucoup les nouvelles…
- Les liens sur les titres renvoient à l'éditeur, et, sauf exception, sur un livre de poche. Les liens sur les noms d'auteur renvoient à la présentation de l'auteur sur le site de Brigitte Duzan. Quand l'œuvre est adaptée au cinéma, un lien pointe vers la présentation du film sur son site.
- En "apéritif", nous avons lu La condition humaine d'André MALRAUX, roman qui se déroule en Chine en 1927. En "digestif" et pour finir, un petit bijou littéraire est proposé de la part d'un grand sinologue suisse : Une rencontre à Pékin de Jean-François BILLETER.
- Pour situer le contexte de certains romans, quelques repères historiques peuvent être utiles : voir ICI.

LA SÉLECTION PROPOSÉE À VOIX AU CHAPITRE PAR BRIGITTE DUZAN

1. Les grands classiques (pour information)

Parmi les romans considérés comme les grands classiques, dits "extraordinaires" en Chine :
- Les Trois Royaumes de LUO Guanzhong (14e siècle, Flammarion 7 tomes disponibles d’occasion sur Internet)
- La Pérégrination vers l’Ouest de WU Cheng’en (16e siècle, La Pléiade, 2712 p.)
- Fleur en fiole d’or (anonyme, 16e siècle, La Pléiade, 2 976 p.)
- Le rêve dans le pavillon rouge de CAO Xueqin (18e siècle, La Pléiade, 3488 p.)
On lira de préférence :
- Au bord de l’eau, de SHI Nai’an (14e siècle), trad. Jacques Dars, avant-propos d’Etiemble, La Pléiade, 2 tomes, 2784 p. ou Folio, 2 tomes, 2112 p.

2. Les grands auteurs du 20e siècle

LU Xun (1881-1936)
Considéré comme le père fondateur de la littérature chinoise moderne, il a écrit principalement des textes courts. Extraits de son recueil le plus célèbre :
- La véritable histoire d'AH Q, éd. Sillage, 2017 (publié en Chine en 1918), 80 p., adapté au cinéma.
- Le journal d'un fou, six nouvelles et une préface de l'auteur, éd. Sillage, 2015 (1921 et 1923 en Chine), 112 p.

LAO She (1899-1966)
- Quatre générations sous un même toit, trad. Jing-Yi-Xiao et Chantal Andro, préface Le Clézio, Mercure de France, 3 tomes, 1996 à 2000 (publié en 1949 en Chine), puis Folio, 3 tomes, 1904 p.
- Histoire de ma vie, trad. Paul Bady, Li Tche-houa, Françoise Moreux, Alain Peyraube et Martine Vallette-Hémery (extrait du recueil de neuf nouvelles Gens de Pékin), Gallimard 1982 (1979 en Chine), puis Folio, 120 p., adapté au cinéma.

BA Jin (1904-2005)
- Le jardin du repos, trad. (de préférence) Nicolas Chapuis et Roger Darrobers, Laffont, 1979 (1944 en Chine), puis Pavillons poche, 2005, 308 p. ; trad. Marie-José Lalitte, 1981, Folio, 256 p.
- Nuit glacée, roman, trad. Marie-José Lalitte, préface d'Étiemble, postface de l'auteur, Gallimard, coll. "Du monde entier", 1978 (1947 en Chine), Folio, 384 p., adapté au cinéma par Que Wen (film non sorti en France, présenté au musée Guimet en décembre 2018 par Brigitte Duzan).

MAO Dun
Pas de traductions à recommander aisément disponibles.

Eileen CHANG (1920-1995)
Également connue sous le nom de ZHANG Ailing, c'est l'auteure emblématique de la littérature de Shanghai. Les titres suivants sont en anglais, mais les œuvres sont bien traduites en français :
- Lust Caution, quatre nouvelles, trad. Emmanuelle Péchenart, Laffont 2008 (1950 en Chine), puis poche 10/18, 176 p., épuisé et disponible d'occasion, adapté au cinéma par Ang Lee.
- Love in a Fallen City, deux nouvelles, trad. Emmanuelle Péchenart, Zulma, 2014 (1943 et 1950 en Chine), 160 p.

3. Les contemporains

WANG Anyi (née en 1954)
- Le Chant des regrets éternels, trad. Yvonne André et Stéphane Lévêque, Philippe Picquier 2006 (1995 en Chine), puis Picquier poche, 784 p.
- Amour sur une colline dénudée, trad. Stéphane Lévêque, Philippe Picquier, 2008, puis Picquier poche, 224 p. : un des trois romans de la trilogie (Amour dans une petite ville, Amour sur une colline dénudée, Amour dans une vallée enchantée) qu'on peut lire indépendamment, publiés en Chine en 1986-1987, qui ont alors suscité un scandale, car c'était la première fois que la sexualité féminine était évoquée, bien timidement, dans la littérature chinoise, et de plus par une femme.

YAN Lianke (né en 1958)
- Songeant à mon père, trad. Brigitte Guilbaud, Philippe Picquier, 2010 (2008 en Chine), puis Picquier poche, 128 p.
- Un chant céleste, trad. Sylvie Gentil, Philippe Picquier, 2017 (2011 en Chine), 96 p.

YU Hua
(né en 1960) déjà lu par certains dans le groupe avec :
- Vivre ! , trad. Yang Ping, Philippe Picquier, Le Livre de poche, 1994, (1993 en Chine), 223 p. ; rééd. Actes Sud "Babel", 194 p.
- 1986, trad. Jacqueline Guyvallet, Actes Sud Littérature, coll. "Lettres chinoises", 2006 (1987 en Chine), 96 p.
- Mort d'un propriétaire foncier et autres courts romans, recueil de cinq longues nouvelles, trad. Angel Pino et Isabelle Rabut, Actes Sud, 2018 (1987 à 1994 en Chine), 368 p.

SU Tong (né en 1963)
- Épouses et concubines
(indiqué pour mémoire), adapté au cinéma par Zhang Yimou, 1997 (1989 en Chine), 128 p.
- La Berge, trad. François Sastourné, Gallimard, coll. "Bleu de Chine", 2012 (2009 en Chine), 480 p.
- A bicyclette, trad. Anne-Laure Fournier, Picquier, 2011 (2000 en Chine), puis Piquier poche 2015, 192 p.

BI Feiyu (né en 1964) déjà découvert par certains dans le groupe avec
- L'Opéra de la lune
, trad. Claude Payen, Philippe Picquier, 2003 (2000 en Chine)128 p.
- Les Aveugles, trad. Emmanuelle Péchenart, Philippe Picquier, 2011 (2008 en Chine), puis Picquier poche, 543 p., adapté au cinéma.
- Don Quichotte sur le Yangtsé, trad. Myriam Kryger, Philippe Picquier, 2016 (2013 en Chine), puis Picquier poche, 176 p.

JIA Pingwa (né en 1952)
- L'art perdu des fours anciens, trad. Bernard et Li Bourrit, Gallimard, coll. "Du monde entier", 2017 (2011 en Chine), 1152 p. Traduction récente d'un "monument" d'un grand auteur peu traduit (prix Femina étranger en 1997)
- Le porteur de jeunes mariées, trad. Lu Hua, Gao Deku et Zhang Zhengzhong, Stock, 1995 (1990 en Chine), puis La Cosmopolite, 312 p.

CAO Kou (né en 1977), auteur dit "d'avant-garde"
- Continue à creuser, au bout c'est l'Amérique, trois nouvelles, trad. Brigitte Duzan, Gallimard, coll. "Bleu de Chine", 2015 (2011 et 2012 en Chine), 160 p.

Les deux prix Nobel chinois

GAO Xingjian (né en 1940)
- Une canne à pêche pour mon grand-père, six nouvelles, trad. Noël Dutrait, L'Aube, 1997 (1985 à 1991 en Chine), puis L'Aube poche, 112 p., épuisé et disponible d'occasion sur Internet. Repris en poche Points, 2009, 158 p., épuisé et disponible d'occasion sur Internet.

MO Yan (né en 1955)
- Le clan du sorgho rouge, trad. Sylvie Gentil, Seuil 2014 (1983 en Chine), puis poche Points, 552 p., adapté au cinéma par Zhang Yimou.
- Chien blanc et balançoire, sept nouvelles, trad. Chantal Chen-Andro, Seuil, 2018 (1983 à 2004 en Chine), 336 p.

Deux livres récents en complément de lecture

RAO Pingru (né en 1922)
- Notre histoire : Pingru et Meitang, trad. François Dubois, 2017 (2013 en Chine), 360 p. Un roman graphique en hommage à sa femme : leur histoire traverse le siècle.

BILLETER Jean-François (né en 1939)
- Une rencontre à Pékin,
éd. Alia, 2017, 160 p. Une histoire d'amour passionnante, où, à travers la rencontre de sa future femme, ce grand sinologue narre les obstacles rencontrés qui font comprendre l'histoire de la Chine "révolutionnaire" de l'intérieur.

Cette liste manque de femmes ?
En effet, seules deux femmes figurent sur cette liste qui a été établie sans critère de parité. En voici, en voilà...

ZHANG Yihe (née en 1942) et dont la vie est un roman…
Trois volets d'une série des "Madam", trad. par François Sastourné, éd. Ming Books, avec un coup de cœur pour le dernier qui peut être lu indépendamment.
- Madame Liu, 2013 (2010 en Chine), 142 p.
- Madame Yang, 2014 (2012 en Chine), 272 p.
- Madame Zou, 2015 (2014 en Chine), 232 p. : coup de cœur de Brigitte Duzan, de la librairie chinoise de Paris Le Phénix et de la librairie Les Mots à la bouche.
Dans le camp de rééducation par le travail où elle purge sa peine pendant la Révolution culturelle, Madame Zhang Yuhe est confrontée à la violence, apprend à survivre au milieu des autres prisonnières et découvre aussi l'amour entre femmes.

ZHANG Xinxin (née en 1953)
- Le partage des rôles, trad. Emmanuelle Péchenart, Actes Sud Littérature, coll. "Lettres chinoises", 1994 (1988 en Chine), 176 p.
Trois personnages féminins : la narratrice, écrivain ; la jeune maman, locataire des lieux ; et la petite Yi, fille de cette dernière.

FANG Fang (née en 1955)
- Une vue splendide, trad. Dany Filion, Philippe Picquier, 1995 (1987 en Chine), poche Picquier, octobre 2003, 172 p.
- Début fatal, trad. Geneviève Imbot-Bichet, Stock, coll. "La cosmopolite", 2001 (1999 en Chine), épuisé mais disponible sur Internet, 130 p.

CHI Li (née en 1957)
- Les sentinelles des blés, trad. Shao Baoqing, Angel Pino, Actes Sud, 2008 (2001 en Chine), puis poche Babel, 160 p.
Voyage tardif d'une mère à la recherche de sa fille.
- Le Show de la vie, trad. Hervé Denès, Actes Sud Littérature, coll. "Lettres chinoises", 2011 (2000 en Chine), 176 p.
Dans un quartier très animé, Célébrité tient chaque soir son étal de cous de canard. L'histoire, adaptée sous de multiples formes, a connu un tel succès que les cous de canard sortis de l'imagination de la romancière sont devenus la spécialité du lieu, et qu'on vient désormais les déguster des quatre coins de la Chine…

LIN Bai (née en 1958)
- La chaise dans le corridor, trois nouvelles ("La chaise dans le corridor", "Ceux qui s'aiment ne se séparent jamais", "Midi"), trad. de Véronique Chevaleyre, éd. Bleu de Chine, 2006 (1993 en Chine), 120 p., épuisé et disponible d'occasion sur Internet.
Une femme, une histoire à des moments troublés de l'histoire de la Chine, dans un lieu quasi unique, et des personnages tourmentés par le passé.

BEI Bei (née en 1961)
- Mon petit coin de monastère, trad. Françoise Naour, Gallimard, coll. "Bleu de Chine", 2010 (2005 en Chine), 104 p.

CHI Zijian (née en 1964)
- Bonsoir, la rose, trad. Yvonne André, Philippe Picquier, 2015 (2013 en Chine), puis Picquier poche 2018, 224 p.
- Toutes les nuits du monde, trad. Stéphane Lévêque, Philippe Picquier, 2013 (2008 en Chine), puis Picquier poche, 208 p.
Des récits mettant en scène des femmes du Grand Nord chinois, patrie de l'auteure.

LI Juan (née en 1979)
- Sous le ciel de l'Altaï, 38 récits, trad. Stéphane Lévêque, Philippe Picquier, 2017 (2010 en Chine), 176 p.
La vie sur les hauts plateaux du nord-ouest chinois, en territoire kazakh.

SHENG Keyi (née en 1973)
- Un paradis de Sheng Keyi, avec 10 aquarelles de l'auteure, trad. Brigitte Duzan, Philippe Picquier, septembre 2018 (2016 en Chine), 176 p.
Un centre de mères porteuses… tenant d'une prison ou d'un camp…

Un essai
- Petit précis à l'usage de l'amateur de littérature chinoise contemporaine (1976-2006), Noël DUTRAIT, Philippe Picquier, 2002, éd. revue et complétée 2006, 162 p. Pour une première approche des grands mouvements de la littérature contemporaine jusqu'à la fin des années 1990.

 

 

 

Nos cotes d'amour pour les livres de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

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