Folio classique
, 1973, 240 p., trad. de Bernard Groethuysen, préface et notes de Pierre Bertaux


Quatrième de couverture
 : Jeune homme rêveur, Werther rencontre Charlotte lors d’un bal. Il en tombe éperdument amoureux ; mais celle-ci est fiancée à un autre. Partagé entre son amour et son sens de l’honneur, Werther refuse tout compromis et sombre dans le désespoir. Se heurtant de toutes parts à une société hostile, aspirant à un bonheur interdit, quelle issue peut-il s’inventer pour sortir de ce dilemme ?
Hymne à la jeunesse et à ses ardeurs, texte fondateur du romantisme allemand, Les Souffrances du jeune Werther est le premier roman de Goethe. Celui qui deviendra le chef de file du classicisme de Weimar est encore, en 1774, un jeune homme exalté, partisan du Sturm und Drang. Intense et passionné, son roman emporte l’Europe dans une fièvre sans précédent : une génération entière se retrouve dans ce héros ardent, embarqué dans une quête impossible. Recherche de l’absolu, célébration de la souffrance, lyrisme enflammé : Werther, brûlant d’une lumière noire, est le premier héros romantique.


Le Livre de poche
, 1999, 224 p., trad. Pierre Leroux

Quatrième de couverture : "Werther. Je me souviens de l’avoir lu et relu dans ma première jeunesse pendant l’hiver, dans les âpres montagnes de mon pays, et les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais ni effacées ni refroidies. La mélancolie des grandes passions s’est inoculée en moi par ce livre. J’ai touché avec lui au fond de l’abîme humain… Il faut avoir dix âmes pour s’emparer ainsi de celle de tout un siècle.» À ces lignes de Lamartine pourraient s’ajouter d’autres témoignages : très tôt, le livre entre dans la légende, jusqu’au suicide, dit-on, de certains de ses lecteurs.
Si à sa parution, en 1774, il établit d’un coup la réputation du jeune Goethe encore presque inconnu, s’il est rapidement traduit en français, c’est sans doute parce que, dans ce roman par lettres dont la forme est depuis longtemps familière au lecteur, la voix même du personnage fait retentir l’intransigeance de la passion, mais c’est surtout que Werther, le premier héros romantique, exprime de manière éclatante la sensibilité aussi bien que le malaise de son temps où l’individu se heurte à la société." Werther, jeune bourgeois ambitieux épris de poésie, de promenades solitaires et de tartines beurrées, rencontre un jour Charlotte. Celle-ci, fille de bailli, la plus belle de ses sœurs, est hélas fiancée à un autre, Albert, dont les qualités d’âme ne sont pas à mettre en doute.
De l’amour platonique, impossible, qui unit Werther à Charlotte, Goethe fait le récit d’une jeunesse en quête d’absolu, promise à la souffrance des désillusions – un canon romantique dont le succès colossal, à sa parution, déclencha une vague de suicides dans toute la jeunesse d’Europe.

Pocket, 2019, 192 p., trad. Pierre Leroux et Christian Helmreich

Quatrième de couverture : Werther, jeune bourgeois ambitieux épris de poésie, de promenades solitaires et de tartines beurrées, rencontre un jour Charlotte. Celle-ci, fille de bailli, la plus belle de ses sœurs, est hélas fiancée à un autre, Albert, dont les qualités d’âme ne sont pas à mettre en doute.
De l’amour platonique, impossible, qui unit Werther à Charlotte, Goethe fait le récit d’une jeunesse en quête d’absolu, promise à la souffrance des désillusions – un canon romantique dont le succès colossal, à sa parution, déclencha une vague de suicides dans toute la jeunesse d’Europe.


Les Passions du jeune Werther
, trad. Philippe Roger, Imprimerie nationale-La Salamandre,
1994, 254 p.


GF, 1968
, 184 p., présentation et trad. Joseph-François Angelloz

Quatrième de couverture : "Ce qui est sans égal et sans pareil, c’est Werther : on voit là tout ce que le génie de Goethe pouvait produire quand il était passionné. L’on dit qu’il attache maintenant peu de prix à cet ouvrage de sa jeunesse ; l’effervescence d’imagination, qui lui inspira presque de l’enthousiasme pour le suicide, doit lui paraître maintenant blâmable. Quand on est très jeune, la dégradation de l’être n’ayant en rien commencé, le tombeau ne semble qu’une image poétique, qu’un sommeil environné de figures à genoux qui nous pleurent ; il n’en est plus ainsi même dès le milieu de la vie, et l‘on apprend alors pourquoi la religion, cette science de l‘âme, a mêlé l’horreur du meurtre à l’attentat contre soi-même. »
Madame de Staël

Pléiade, tome 1, 1954, trad. Bernard Groethuysen

Hachette/BNF, 2020, trad. de 1777 de M. Aubry, pseudonyme vraisemblablement Woldemar Friedrich Graf von Schmettau, aristocrate allemand qui réside à Paris dans les années 1770

Johann Wolfgang von GOETHE (1749-1832)
Les Souffrances du jeune Werther (1774)

Nous avons lu ce livre en février 2021.
Les échanges ont eu lieu à distance...

Nos 24 cotes d'amour pour Les Souffrances
Etienne Denis Renée
EntreetLaura
BrigitteClaireDanièleÉdithManuel
EntreetCatherineJacqueline
Anne-Sophie Chantal •CindyGeneviève
Marie-Thé Monique LRozenn

Fanny •Jean
Marie-OdileYolaine
SéverineSuzanne

ue je suis aise d'être parti ! Ah ! mon ami, qu'est-ce que le cœur de l'homme ?

 

En apéritif
Danièle (qui fut professeure d'allemand, feuillette à l'écran pour nous le livre dans lequel elle apprenait l'allemand dans les années 65 et découvrit Werther)
C'était le Bodevin-Isler, comme nous l'appelions : c'était austère... (voir la suite avec des images...)

Denis (complétant les souvenirs de cours d'allemand de Danièle avec les siens)
On n'avait le choix qu'entre deux manuels : j'ai étudié sur le Spaeth & Real plus moderne que Bodevin & Isler, mais quand même pas tant que ça !
Anne-Sophie (avis transmis)
Après la mise en pièces de Nadja (…), voyons ce que donnera le jeune Werther !
À nouveau un retour vers les lectures de jeunesse ! J'ai tout d'abord éprouvé un sentiment de grande fraîcheur en redécouvrant le texte, format épistolaire très vivant, traduction (par Bernard Groethuysen) qui m'a semblé magnifique, j'ai apprécié la langue à la fois naturelle et fidèle à la musique de l'époque. J'ai aimé aussi la modernité de la pensée de Werther/Goethe, son refus des conventions et son extrême sensibilité (enfin à une importante exception près quand même, quand Werther pour défendre la passion évoque la "juste fureur de l'époux outragé" dont on peut comprendre qu'il "immole sa femme et le vil séducteur" !!! euh…). Oui, disons que le livre premier m'a plu, comme une plongée savoureuse dans un monde désuet mais pétillant et plein de charme - juste le romantisme dans toute son essence et l'on imagine bien le choc que ce livre exalté a pu causer au 18e siècle.
Mais bon, le plaisir a vite cédé le pas à l'agacement, l'intérêt s'est envolé devant cet amour d'un autre temps qu'on ne comprend plus, qui ne fait pas vibrer et confine de nos jours au ridicule, et comme autrefois à la première lecture, je n'ai pas réussi à suivre Werther bien loin dans sa folle passion et son délire. Livre à moitié ouvert, pour l'intérêt littéraire et le souffle d'air frais initial.
Fanny (avis transmis)
Pauvre Werther, il souffre... mais à la lecture il n'est pas le seul !
Je me rappelais l'avoir lu au lycée et avoir éprouvé un ennui profond, je constate (avec satisfaction ?), qu'après toutes ces années je n'ai pas changé.
Plaisanterie mises à part, ce que j'ai trouvé insupportable c'est le style d'écriture du journal de Werther, plein d'emphase. La foultitude des points d'exclamation pour souligner son exaltation, ses transports amoureux, est venue pour ma part alourdir le propos, rendant parfois à mes yeux les émois de Werther ridicules. J'ai donc cruellement manqué d'empathie pour le personnage, de même que pour Charlotte d'ailleurs, dont le profil m'est apparu bien fade. Quant à Albert, je ne l'ai pas trouvé sympathique, mais au moins ses états d'âme nous sont épargnés.
J'ai trouvé Werther particulièrement agaçant lorsqu'il évoque sa soif d'activité physique, qui le rend presque envieux de la condition des ouvriers : quelle bêtise que de n'être pas capable de percevoir a minima la rudesse de leurs conditions de vie. Werther s'ennuie, il est autocentré et incapable de se mettre à minima à la place des autres ; et malgré les oboles qu'il distribue volontiers, il est au fond peu altruiste. Par rapport à Charlotte, je trouve aussi qu'il lui laisse un héritage pesant à travers sa lettre-interminable-de suicide.
La dernière partie, rédigée par l'éditeur, prend davantage de distance que le journal de Werther, de par son aspect narratif. J'ai trouvé cette partie plus intéressante, elle contribue je trouve à situer les souffrances et le mal-être de Werther dans le contexte social de la bourgeoisie du 18e siècle.
J'ouvre ¼ pour cette dimension de témoignage social.
Jacqueline, entreet (avis transmis),
Je n'avais jamais lu ce roman. Je l'ai emprunté en version bilingue, ravie, en plus, d'avoir les gravures, les illustrations (et les assiettes !) montrant la Wertheromanie. Mon allemand est très rudimentaire, mais c'était une belle expérience de lire au moins le premier tiers en allemand en me référant à la traduction. Toute la vertu dans laquelle baigne tout ce monde, comme les passages édifiants sur la belle campagne, étaient joliment kitsch…
Après un gros tiers, je m'en suis tenue à la traduction pour avancer plus vite vers une fin universellement connue. Au passage, j'ai apprécié la remarque de Werther que, tâcheron, il serait moins malheureux : ces journées auraient un but. Cela changeait des déclarations de Breton sur le travail...
Arrivée à Ossian, (je ne le connaissais que de nom dans les romans de Balzac) j'étais intéressée d'en avoir un extrait, mais je dois dire que j'ai vite survolé, assez contente d'apprendre que c'était une supercherie (voir la note de Pierre Bertaux).
J'ai alors pensé que le livre rentrait dans la grande catégorie critique des dangers de la lecture entre Don Quichotte et Madame Bovary
C'est seulement après avoir lu le roman que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt la préface de Pierre Bertaux qui est une mine d'informations sur son contexte et sa genèse. J'ai aimé qu'il en signale le côté parodique et qu'il invite à s'en amuser.
J'ouvre l'ensemble entre ½ et ¾.
Manuel(avis transmis)
Grâce au groupe, après Nadja, je lis un classique Les Souffrances du jeune Werther ! Je l'ai lu dans la collection du Livre de poche. Les notes de bas de page étaient les bienvenues !... (Je cherche encore à quoi servent celles de Breton). Caspar Friedrich est né l'année de la parution de Werther. J'ai pensé à son tableau le plus célèbre : Le Voyageur contemplant une mer de nuages lors de plusieurs descriptions de paysage de montagne. Werther est connecté à la nature. Je cite : "Que je suis heureux d'avoir un cœur fait pour sentir la joie innocente et simple de l'homme qui met sur sa table le chou qu'il a lui même élevé !"
Je fais le rapprochement avec le livre de Walser. J'ai peiné sur la fin. Je me suis perdu dans la transcription d'Ossian (merci encore aux notes de bas de page !). Werther est un personnage moderne et passionné. Pauvre Werther. J'ouvre aux ¾.
Danièle
Je regarde maintenant avec attendrissement (et non pas avec nostalgie) les manuels où j'apprenais l'allemand ; mais, à l'époque, les extraits de littérature proposés, que ce soit Goethe ou Schiller, ne me plaisaient que très moyennement.
Et donc, je ne m'imaginais pas que, grâce au choix du groupe lecture, je pourrais prendre tant de plaisir à (re)lire Werther. C'est bien moi qui ai changé, et non le roman, me suis-je dit !!! Déjà, en cette période de confinement, je le relis avec des yeux tout différents. J'ai l'impression d'être passée, au temps de mes premières lectures, à côté de choses fondamentales. Du fait en partie du confinement, et sans doute de l'âge..., je suis plus réceptive aux émotions que peuvent procurer la nature et les choses simples et universelles, telle que l'amour, pourquoi pas ! Quoique, l'amour, c'est compliqué quand même ! Je me suis donc sentie en résonance avec Werther dans son ressenti face à la nature, décrit de manière très fine et fluide. J'ai apprécié la méditation face aux paysages environnants, être ici et maintenant, savourer l'instant. Cette manière de lâcher prise au début du roman correspond finalement à un mouvement très actuel.

La vision du 21 juin - "Que je suis heureux d'avoir un cœur fait pour sentir la joie innocente et simple de l'homme qui met sur sa table le chou qu'il a lui même élevé" - correspond étonnamment aux attentes écologiques de notre époque et à l'apologie de la décroissance ; et  :"Celui qui sans besoin et sans goût se tue à travailler pour de l'argent ou des honneurs [...] est à coup sûr un imbécile" (20 juillet).
Je me suis laissé glisser dans le romantisme naissant, considérant l'être humain comme tout petit dans un univers qui le dépasse (à la manière de Caspar David Friedrich) : "Depuis ce temps, soleil, lune, étoiles peuvent s'arranger à leur fantaisie: je ne sais plus quand il est jour, quand il est nuit, l'univers autour de moi a disparu" (19 juin). On sent aussi l'influence de Rousseau, dans sa description des enfants, entre autres : "les enfants, le germe de toutes les vertus" (29 juin).
J'ai apprécié aussi la communion des idées entre Werther et Charlotte, qui passe par l'amour de la littérature et de la poésie - quoique, à mon avis, Klopstock n'est pas particulièrement enthousiasmant, mais peut-être devrais-je le (re) lire lui aussi ! Cela tempère la vision que l'on pourrait avoir des femmes en lisant le roman. Mais, manifestement, Charlotte ne fait pas partie de ces femmes qui s'évanouissent à la venue de l'orage. ( Soit dit en passant, cela donne à Goethe l'occasion de montrer une distance ironique : "D'autres [femmes], qui savaient encore moins ce qu'elles faisaient, n'avaient même plus assez de présence d'esprit pour réprimer l'audace de nos jeunes étourdis, qui semblaient fort occupés à intercepter , sur les lèvres des belles éplorées, les ardentes prières qu'elles adressaient au ciel" (16 juin) ; Charlotte n'est pas seulement quelqu'un qui s'épanouit dans un univers bourgeois, elle est courageuse et cultivée, peut-être un peu manipulatrice... ?

Il m'a fallu ce grand nombre d'années pour apprécier Werther et son analyse fine des mouvements amoureux. Il nous montre combien l'amour est un état délicieux, mais aussi source de tourments. Ce que je trouvais ridicule - le côté excessif de l'expression des sentiments, le bouleversement des émotions, la folie de l'amour - me parle maintenant, comme apanage de la jeunesse. Et, curieusement, il me faut le recul des ans pour mieux l'apprécier. Même le style haché, entrecoupé d'exclamations, de phrases interrompues sous le coup de l'émotion me semble presque fade au regard du texte en allemand ponctués de "Ach !" gutturaux qui vous arrachent la poitrine! Traduits par "Ah !". Quelle misère !
Je dois dire que je ne me suis plus du tout sentie en résonance avec Werther dans les références à Dieu et à toute allusion céleste. Mais c'est peut-être personnel. Deux passages m'ont particulièrement plu :

La discussion avec Albert sur le suicide, passage clé du roman, représente le combat de la raison et de la passion. Mais par rapport à tout ce que j'ai trouvé d'actuel dans le roman, ici les arguments de Werther ne passent plus et vont même jusqu'à justifier le crime passionnel par extension, puisque on ne peut d'après lui arrêter la passion qui déborde, comme une mauvaise fièvre. C'est un moment clé dans le roman et l'on comprend l'influence qu'a pu avoir ce roman sur toute une jeunesse.
J'ai aimé aussi ses propos sur la mauvaise humeur, vue comme une sorte de paresse à être maître de soi. Argument étonnant pour quelqu'un qui laisse déborder sa passion, mais très intéressant comme point de vue.

Je l'ouvre aux ¾ et non en entier à cause de quelques passages qui m'ont paru longs à la fin.
Etienne
J'ai lu Werther avec énormément de plaisir, je ne pensais pas être autant sensible à ce texte. En lisant la préface, j'ai apprécié l'hypothèse de plusieurs niveaux de lecture, l'auteur en évoquant un satirique. Je me suis ainsi surpris à m'arrêter en cours de lecture et me dire que, premier degré ou satirique, l'écriture marchait sur moi sans que la contingence de ces lectures ne s'altèrent mutuellement.
Werther lu en tant que roman d'apprentissage a une fraîcheur intemporelle marquée du sceau des "classiques", on apprend donc que l'amour fait souffrir et qu'aussi insensé que cela puisse paraître d'autres ont déjà vécu ou vivront cela. Un peu simple ? C'est tout le processus d'aller-retour espoir/désespoir savamment distillé au cours de cette relation épistolaire qui donne du relief à l'œuvre, tout comme les délicieuses descriptions de la nature. J'ai particulièrement apprécié la partie du supposé éditeur qui permet de prendre du recul sur le jeune homme et sur son geste de folie.
Werther
lu en tant que roman satirique est quant à lui grinçant, noir, voire même drôle : le pitoyable ménage à trois, la niaiserie de Charlotte, l'immaturité de Werther et donc du romantisme… Lecture improbable ? Et pourquoi pas ? En tout cas si le propre d'un chef-d'œuvre est d'être protéiforme, Werther remplit le contrat haut la main. Je l'ouvre en grand.
Denis
J'ai beaucoup aimé aussi. Je suis d'accord avec Etienne, il est intéressant de lire cet ouvrage à deux niveaux : d'une part, en se laissant porter par le flux littéraire très consistant, en suspendant le jugement, et d'autre part en introduisant une distance un peu ironique, un peu moqueuse vis-à-vis des extrémités auxquelles Werther se livre ou se laisse aller, distance qui ne paraît pas étrangère à l'écriture de Goethe. En plusieurs endroits, Werther apparaît peu sympathique, ridicule, prétentieux et dédaigneux : c'est lui qui se révèle ainsi à travers ses lettres, mais c'est bien Goethe l'auteur !
J'ai beaucoup aimé l'écriture. La traduction de Groethuysen est admirable, et pourtant les traductions de l'allemand en français sont souvent lourdes et laborieuses. Quand j'ai commencé à apprendre l'allemand, en 6e, j'étais très ému car c'est cette langue que mes grands-parents parlaient entre eux (ma grand-mère était allemande et mon grand-père le parlait couramment), quand ils ne voulaient pas que les enfants les comprennent. J'en ai toujours gardé l'impression que l'allemand est une langue réellement "étrangère", difficile et pleine de subtilités par l'usage de toutes ces particules et pré- ou post-positions, et par ces mots-valises. Un monde extraordinaire et complexe. Dans Les enfants Tanner de Robert Walser, lu il y a peu dans le Groupe, j'avais trouvé une langue légère et élégante, ce qui était très reposant.
Pour moi, Goethe est une quintessence de l'esprit européen, capable d'embrasser toute la culture de son époque, littérature, théâtre, sciences... et aussi le gouvernement d'une principauté. Il me paraît totalement sous-estimé en France, et il n'existe pas d'édition de ses œuvres complètes, qui représentent 14 volumes en allemand (11048 pages, édition de Hamburg, Taschenbücher). À Rome, où il a séjourné, on visite sa maison et, dans un parc, le groupe monumental qui lui est dédié.
Je connais assez bien son Faust (première partie) et j'ai été étonné de trouver dans Werther des thèmes importants de Faust : après avoir embrassé les disciplines classiques de son époque (Philosophie, Droit, Médecine, Théologie), Faust conclut qu'on ne peut rien savoir - et se tourne vers la magie. Werther fait état lui aussi de désillusions par rapport au savoir et à l'étude - il demande à son ami de brûler tous ses livres. La Nature, l'Amour, l'Action lui paraissent des valeurs supérieures.
J'ai été touché par son amour de la nature. Pourquoi s'est-il retiré à la campagne, on ne nous le dit pas clairement, mais la Nature soigne sa nervosité. Il s'enthousiasme pour le petit peuple de l'herbe. Goethe s'intéressait certainement à l'entomologie !
Malheureusement pour Werther, ces heureuses dispositions ne durent pas. Comme un "bipolaire" moderne, il plonge dans la dépression. Le texte nous fait partager ses états d'âme. Tout devient source de tourments.
Je reste ébahi devant ce texte écrit par un jeune homme de 25 ans. Quelle expérience de la vie avait-il ? Il semble que la matière de Werther vienne d'une idylle avec une certaine Charlotte Buff en 1772.
Je n'avais pas lu ce livre, persuadé que c'était très ennuyeux. Merci au groupe, qui me l'a fait lire. C'est une révélation, c'est un chef-d'œuvre et j'ouvre en grand.
Monique L
C'est un livre daté mais pas inintéressant.
On le connaît surtout pour son sentimentalisme exacerbé, mais il dépasse le thème du cœur blessé et de l'amour impossible, pour interroger, plus largement, le sens de l'existence humaine.
J'ai apprécié la construction de ce roman épistolaire dans un seul sens dont on devine néanmoins les réponses de son ami sans qu'elles soient explicites. Cela ressemble parfois plus à un journal.
Le récit rend bien l'évolution de Werther qui passe d'un état contemplatif face au spectacle de la nature, ou à celui des enfants dont il loue l'innocence et la pureté, à un état anxieux alors qu'il s'éprend de Charlotte. Goethe dépeint bien le passage de cet état d'enchantement à l'obscurcissement progressif. Suite à une réflexion existentielle sur le sens de la vie humaine, son côté éphémère, Werther bascule progressivement vers une réflexion sur la mort. Jusqu'au suicide, son "anéantissement" selon son expression, le tabou ultime qui aura tant choqué à l'époque. J'ai apprécié la façon dont Goethe relate la progressivité des changements d'état d'âme de Werther.
J'ai mal suivi ce qui concerne les poèmes d'Ossian dont je ne connais ni les personnages, ni les thèmes. Je me suis contentée de savoir qu'ils étaient très à la mode à l'époque de Werther, très appréciés comme thème préromantique et qu'ils ont inspiré beaucoup d'artistes comme Wagner pour sa Tétralogie (il y a sur Gallica des textes d'Ossian mais j'ai eu du mal à m'y retrouver).
Si la contemplation de la nature m'a paru à la longue exagérée, il y a de somptueuses descriptions. N'ayant aucune culture germanique, j'ai cru approcher le romantisme allemand.
J'ouvre ce livre au ½.
Séverine
Je vais être rapide. J'en ai lu la moitié et je suis passée à côté. Non, franchement, je n'ai pas accroché. J'ai relevé la même citation que Manuel (“Que je suis heureux d’avoir un cœur fait pour sentir la joie innocente et simple de l’homme qui met sur sa table le chou qu’il a lui même élevé !”).
Comme dit parfois Rozenn, je n'ai pas eu envie de m'infliger ça.
Je ferme le livre, mais en vous entendant, je pense que je suis passée à côté, il faudrait que je le reprenne.

Rozenn
Je ne dirai pas que je me le suis infligé… Je suis assez d'accord avec l'avis d'Anne-Sophie, j'ai eu une impression de fraîcheur, surtout après Nadja. J'avais lu une critique à propos de Nadja qui évoquait négativement "la littérature psychologique à affabulation"... Je me suis dit ah voilà de la littérature psychologique à affabulation ! En plus, au début, je ne l'ai pas lu je l'ai écouté : c'était agréable, c'était tellement agréable que je me suis endormie et réveillée à la fin. J'ai regardé ensuite les deux films, bien tout les deux, puis j'ai repris le livre que j'ai bien aimé jusqu'à la moitié et puis je me suis ennuyée.
J'aime bien la forme épistolaire et surtout j'adore qu'on s'adresse à moi, qu'on me prenne en compte en tant que lecteur ; qu'on me dise c'est pour toi, ça me plaît...
J'ai sursauté à la vision que donne Werther de la populace ! Il est d'un mépris ! Lui, il n'est pas comme les autres : il parle avec les enfants, il leur donne de l'argent, mais la populace ! C'est quelque chose à travers ses yeux ! J'aimerais là avoir une distance ironique, ce serait rassurant sur le personnage de Goethe...
J'avais étudié Faust pendant mes chères études, mais je pense que toutes les études gâchent la lecture…

(dans la "salle")
Hou hou !

Rozenn
Ah si ! ah si ! On vient de m'envoyer un extrait de Nana, très beau, très érotique, où un pauvre gamin de 16 ans doit relever les figures de style, ça casse toute la lecture ! Bon…
Oui, les études m'ont gâché toutes les lectures, ce qui fait que je lisais toutes les œuvres de l'auteure au programme et c'est tout ce que je faisais.
Donc j'ouvre… avant de vous rejoindre je me disais ¼, allez… je monte à … moitié, pas plus.

Claire
Qu'est-ce qui te fait changer ?
Rozenn
Ce qui me fait changer, c'est que j'ai quand même eu du plaisir, surtout au début. Ce qui me fait hésiter c'est une question de docimologie, la lecture venait après Nadja, le plaisir vient aussi du contraste, je suis influencée par l'ennui que j'ai eu avant.

Séverine
Tu as un avis relatif.

Rozenn
Oui absolument, relatif et contingent.
Claire
Je trouve que notre programmation est géniale (bien que pas faite exprès…) et que Werther arrive admirablement après Nadja. Toutes deux sont des histoires d'amour finissant mal, avec un trio ouvert (femme de Breton à qui il parle de Nadja, Albert très sympa avec Werther), toutes deux ont une forme particulière rompant avec le roman classique, toutes deux sont des classiques, toutes deux ont un auteur au centre d'un mouvement (le surréalisme, le "Sturm and und Drang" - pas bien compris ce que c'est...). Je pourrai continuer : les deux auteurs rencontrent l'un Trotski l'autre Napoléon, tous deux fréquentent des femmes exceptionnelles, etc.
Si je compare le plaisir de lecture, Werther l'emporte (j'ouvre aux ¾) : j'ai marché ; un peu long à démarrer au début, et sauf les pages d'Ossian que j'ai sautées, ça m'a paru immédiatement chiant et pas du tout gênant à sauter.
Une autre réserve que j'ai eue est le côté totalement artificiel de la correspondance : pour moi, ça ne tient pas debout, l'auteur ne prend même pas le temps de nous camoufler ça en vraie lettre, l'éditeur aurait pu dire : pour toi lecteur j'ai enlevé toutes les considérations inintéressantes pour le récit, les formules d'affection, etc. Il y a une lettre par exemple, le 16 juin, de deux lignes, et qui me semble invraisemblable (en tant que lettre) - ça fait cher de la calèche postale. Wilhem fait vraiment fantoche. D'apparence, c'est plus un journal qu'une correspondance (et pourtant il rédige un journal apparemment) ; il est vrai qu'il y a quelques apostrophes à Wilhem qui redonnent vie au genre et quelques éléments d'information pour le lecteur.
Par contre, la rupture, avec la parole reprise par l'éditeur est excellente - un vrai coup de théâtre. Dommage que l'éditeur nous donne les pensées de Werther : "En chemin, ses pensées tombèrent sur ce sujet. 'Oui', se disait-il avec une sorte de fureur"...
J'ai trouvé intéressant d'apprendre, pour ce qui est de la réception à l'époque - un grand succès certes - des critiques soulignent l'austérité narrative voire l'indigence :

"Ce roman ne contient que la mort d'un jeune homme fort amoureux d'une femme qui doit épouser un autre homme : elle l'épouse en effet, et le jeune homme se brûle la cervelle. On assure que les faits sont véritables : cela est très-possible ; mais il n'y a là pas de quoi faire un volume." (Jean-François de La Harpe, 1801)

J'ai beaucoup aimé aussi la réaction de Gide dans son Journal :

"J'achève de relire Werther, non sans irritation. J'avais oublié qu'il mettait tant de temps à mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les épaules. A quatre ou cinq reprises, ce que l'on espérait son dernier soupir est suivi d'un plus ultime encore…"

C'est vrai quand on y pense... Pour ma part, je trouve que c'est varié. Il y a des scènes que j'ai beaucoup aimées : celle de l'étiquette ou d'anachronique lutte des classes qui amène son protecteur à le congédier car il n'avait pas pigé qu'on n e mélange pas les torchons et les serviettes et j'ai aimé en regard en note dans Le Livre de poche, le témoignage de Madame de Staël dont je suis une groupie qui dit dans son livre De l'Allemagne :

"En Allemagne, chacun est à son rang, à sa place, comme à son poste, et l'on n'a pas besoin de tournures habiles, de parenthèses, de demi-mots, pour exprimer les avantages de naissance ou de titre que l'on se croit sur son voisin".

Sur la nature, il y a des morceaux d'anthologie : j'applaudis. La discussion sur le suicide est intéressante. L'alternative du 8 août est très rigolote : son ami lui dit en substance soit tu as une chance et vas-y, soit tu n'en as point et dégage, ce que Werther trouve primaire, alors qu'il trouve qu'il y a plein de nuances pour agir, autant que de "degrés depuis le nez aquilin jusqu'au nez camus" (j'imagine mal...) ; c'est comme, dit-il, si on lui proposait de se faire amputer un bras plutôt que de risquer sa vie.
La passion névrotique est très bien rendue. Je me suis contrairement à vous identifiée aux trois personnages. Les personnages secondaires sont très bien. La place de la lecture importante, qui réunit les amoureux. Et Werther est un
personnage qui va, comme dit Anne-Sophie, totalement à l'encontre des règles et mœurs bourgeoises, le suicide était à l'époque un sujet tabou. J'ai trouvé intéressant que Fanny et Jacqueline interprètent de manière opposée son évocation de la classe laborieuse. L'ambiance avec les enfants m'a semblé très curieuse : sortez les marmots, qu'on reste entre adultes !
J'ai découvert Goethe dont j'ignorais tout à part le nom (oui, ignare), son parcours extraordinaire de Léonard de Vinci germanique. La rencontre avec Napoléon est too much et de même quand il baise sa main de larmes, qui montre l'intérêt d'une histoire de la sensibilité et de son expression.
J'avais trois éditions - Livre de poche, GF et Folio - et j'ai trouvé les pré- ou postfaces vraiment intéressantes ! Sans parler des illustrations dans l'édition de poche. Comme si Goethe rendait passionnant. J'ai vu le film d'Ophüls, bof
. Je suis vraiment contente de l'avoir lu. Je me suis demandé si nous avions déjà lu dans le groupe un roman épistolaire : les Lettres portugaises

Brigitte
Et aussi celle entre Marina Tsvétaïeva, Rilke et Pasternak Correspondance à trois : été 1926.

Denis (après la séance)
J'ai relu la troisième partie de Werther par rapport à ta critique, Claire, que l'éditeur a poussé un peu loin le bouchon de la reconstitution des pensées. Il s'en explique dans les premières pages de cette troisième partie : il a fait une enquête, confronté les témoignages. Et je ne l'ai pas trouvée si longue que ça. Bien sûr, si on lit dans la foulée de la 2e partie, c'est lourd. Mais toute seule, j'ai aimé. Les transports amoureux sont magnifiquement rapportés.
Brigitte
Je l'ai lu dans la collection "Le Livre de poche".
C'est la première fois que je lis un roman, suivi immédiatement après des commentaires des lecteurs, comme dans notre groupe lecture. Cette fois-ci les lecteurs ne sont autres que : Jakob Michael Reinhold Lenz (dont je n'avais jamais entendu parler), Wilhelm von Humboldt, Mme de Staël, Friedrich Schlegel (que je ne connaissais pas non plus), Alphonse de Lamartine, Etienne Pivert de Senancour (inconnu pour moi, lui aussi), Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Pierre Leroux (encore un que je ne connais pas), Charles-Augustin Sainte-Beuve, Gustave Flaubert, André Gide, Roland Barthes et Julien Gracq. Ils sont treize, nous sommes nettement plus nombreux, mais moins célèbres ! Les avis que je préfère sont ceux de Mme de Staël, de Flaubert et de Julien Gracq.
Je vais quand même essayer de donner le mien.
Si c'était une publication récente, je l'ouvrirais à moitié pensant que c'est vraiment trop romantique !
Mais, ce livre a 250 ans, et quand on voit comme ce qu'on lisait à l'époque était "barbant", par exemple le texte que Werther lit à Charlotte : les chants d'Ossian, je comprends l'importance de la rupture que Werther apportait dans la littérature, un peu comme celle que 1968 apporta à ma génération. J'imagine que si je l'avais lu au moment de sa publication, je l'aurais ouvert aux ¾ ou en entier. On retrouve son influence chez Chateaubriand (René) et chez Benjamin Constant (Adolphe) que nous avons lu dans le groupe. Les classiques sont très souvent des valeurs sûres. Finalement, j'ouvre aux ¾.

Renée
Je suis rentrée dans le livre : j'adore, j'adore, j'adore. Les tourments d'amour, Etienne, on peut les connaître à tout âge.

Etienne
Oui, et on a de l'expérience avec l'âge. Ce qui est spécifique, c'est que Werther n'en a aucune expérience, il découvre les souffrances de l'amour.
Renée
J'ai eu beaucoup de plaisir, c'est anachronique mais j'ai tellement aimé. Certes j'ai sauté quelques pages à la fin. Je ne comprends pas pourquoi j'aime autant ce livre, alors qu'il est un éloge de la souffrance, du suicide. Par rapport à Nadja, ça c'est un vrai roman d'amour ! Et il y a ces paysages... J'ouvre en grand mais sans savoir pourquoi.
Catherine, entreet
Un peu comme Danièle, ça m'a rappelé plein de souvenirs... : j'ai eu une prof d'allemand qui était folle de Goethe et j'en avais donc étudié des morceaux. J'ai appris comme beaucoup le "Roi des Aulnes", magnifique poème mais très difficile à apprendre.
J'ai écouté deux des émissions de France Culture sur Goethe, très intéressantes, et notamment celle sur sa biographie : il a eu une vie incroyable, à la fois d'écrivain, de poète, de scientifique et d'homme d'État.
J'ai été assez frustrée de n'avoir pas lu le livre en allemand - j'ai essayé un peu, mais sans succès. La beauté de la langue nous échappe sans doute en partie lorsqu'on ne lit qu'une traduction.
La forme épistolaire n'apporte pas pour moi grand-chose. C'est un peu fictif, ce ne sont pas de vraies lettres.
J'ai aimé beaucoup de choses, surtout au début, les passages sur la nature comme vous l'avez tous dit, pas mal de réflexions qui sont assez modernes, les réflexions sur le suicide en particulier.
En revanche, l'histoire d'amour ne m'a pas fait vibrer ; c'est long, très long. Charlotte ne l'aime pas, elle est mariée, son ami a raison : ou il a une chance ou il n'en a pas, il faut qu'il se décide... Et je suis d'accord, il met beaucoup trop de temps à se suicider...
Je l'ai lu sur ma kindle, c'était une édition gratuite ; ça s'arrêtait en décembre et il n'était pas mort… Je suis retombée sur une autre édition avec la partie de l'éditeur : je ne m'y attendais pas, le procédé est étonnant. Mais c'est à la fois un récit posthume écrit par l'éditeur, mais dans lequel on retrouve des pensées de Werther, la lettre à Charlotte - lettre que j'ai beaucoup aimée d'ailleurs - puis Ossian, j'ai sauté ce passage, et à la fin je me suis un peu perdue.
Globalement, c'aurait été dommage de passer à côté de cette œuvre que je n'aurais jamais lue toute seule. Et ça changeait après André Breton (je préfère Goethe…). J'ouvrirai entre ½ et ¾.
Geneviève      
Après Nadja, je me suis dit ça va être la même histoire, un classique qui a une valeur en tant que classique, par rapport à une époque, par rapport à ce qu'il a représenté dans son époque, et un peu pénible à lire.
J'avais l'édition en Livre de poche avec préface de Christian Helmreich (maître de conférences à Paris 8) et également la réception de différents auteurs.
Au début j'ai trouvé ça vraiment pénible, moi qui déteste le langage fleuri j'étais vraiment servie - le pensum -, j'ai survolé. Il parle à un moment de ses rencontres, de ce jeune homme qui l'a fasciné, amoureux de sa patronne et il dit d'ailleurs : "Je me suis perdu, à ce que je vois, dans l'enthousiasme, les comparaisons, la déclamation, et, au milieu de tout cela, je n'ai pas achevé de te raconter ce que devinrent les deux enfants." : effectivement me suis-je dit, il s'est perdu dans les déclamations...
Le côté romantique, donc pour moi… pas du tout.
Je dois dire que j'ai été ensuite plus intéressée, et notamment par le passage, malheureusement court, où il travaille pour un ambassadeur, avec les confrontations sociales auxquelles il est soumis, ce système de hiérarchies, de privilèges non dits, et avec en particulier la scène où il met un temps fou à comprendre que personne ne veut qu'il ne soit pas là et qu'il faut qu'il se tire.
D'autant plus intéressée que cela fait écho avec un bouquin dont j'avoue n'être jamais venue à bout, mais qui pour autant me passionne, de Hannah Arendt Rahel Varnhagen : la vie d'une Juive allemande à l'époque du romantisme. C'est absolument passionnant de suivre une jeune fille juive qui essaie de se faire accepter dans les salons littéraires de l'époque sans jamais y parvenir vraiment : ce n'est pas du tout romanesque, c'est Hanna Arendt, mais c'est absolument passionnant sur la judéité au 19e siècle en Allemagne, et ça faisait écho, et avec tout ce que ça amené après du rapport romantique à l'Allemagne et aussi des castes hiérarchiques.
La deuxième partie a été plus intéressante pour moi, où ce n'est plus lui qui écrit, avec des textes retrouvés, et avec l'escalade vers le suicide, je rentrais plus dans les sentiments.
Globalement je l'ai lu assez vite, sans trop de difficultés, ainsi que l'appareil critique, et avec ce sentiment qu'il y a un certain nombre d'œuvres études littéraires qu'il faut avoir lu - et là c'est un débat - en classe ou pas. J'ai été comme Rozenn, j'ai fait des études littéraires et je me suis obstinée à ne jamais-jamais-jamais m'intéresser à ce qu'on disait sur le livre, à part au niveau master où il y avait du contenu, de vraies analyses. Commenter Les Hauts de Hurlevent, ça me sort par les yeux et les oreilles, c'est absolument insupportable. On analyse ou on n'analyse pas, avec des outils, mais commenter non !
Par contre, cela m'intéresserait de suivre un cours d'histoire littéraire sur Goethe. Par exemple, les notes qui dans mon édition mettent en rapport des passages avec la Bible, citations ou calques de celles-ci dans le texte de Werther, font de lui un Christ qui se sacrifie. Un aspect aussi très intéressant est le rapport à soi, le livre est écrit peu avant la Révolution française, et Werther se détache de la religion qui ne lui sert plus de cadre, il se fout du fait que son ami est marié, même si on n'est pas dans Jules et Jim. C'est moi qui construis ma personnalité, j'ai LE CHOIX. Et notamment quand il prépare son suicide, sachant qu'il va être exclu du cimetière.
Parmi les réactions d'auteurs cités, oui Gide c'est marrant, c'est Gracq que vous aimez et moi pas qui m'a le plus intéressé :

"Werther. L'efficacité du livre, tout comme le naturel plein de charme où il nous maintient d'un bout à l'autre, tient pour beaucoup à l'atmosphère de bonhomie si gemütlich de Noëls en famille, de bals blancs et de tartines de quatre heures où se développe cette passion en vase clos, si éloignée de tout ce qui peur ressembler à un ensorcellement fatal. Point d'autre objet de dilection ici que l'ainée de la famille, en laquelle se distille et se concentre le meilleur de ce qui peut fleurir de décence, de gaîté, de prudence, de bienveillance, d'autorité modeste, dans une douce et naïve maison bourgeoise allemande (c'est de sa mère même qu'elle a reçu son fiancé : ainsi se referme hermétiquement autour de Charlotte sa maison-coquillage."

Je trouve ça très juste même s'il apprécie ce côté gemütlich. Danièle et Denis qui ont une culture germanique perçoivent autre chose que moi. Je comprends bien dans ce que dit Gracq du mythe allemand, la jeune fille pure, la mère idéale, les frères et sœurs, bonne sœur, bonne mère, bonne épouse, représentatifs de l'Allemagne.
Donc au final j'ai été intéressée. Ah oui, je reviens sur ce que disait Jacqueline de l'aspect parodique de l'écriture, j'aimerais en savoir plus. Et quant aux Chants d'Ossian, une note de mon édition indique que Goethe attribue à Werther sa propre traduction d'Ossian adaptée pour son roman.
J'ouvre à moitié, car je ne mourrai pas idiote j'aurais lu quelque chose de Goethe, parce que grâce à l'édition critique j'ai appris pas mal de choses, je n'ai pas eu un grand plaisir mais c'est découverte.  
Laura, entreet (avis transmis après la séance)
Je me souviens avoir déjà lu l'ouvrage il y a quelques années, deux ou trois peut-être, et j'en avais gardé un très bon souvenir, bien qu'un peu flou. Je me souvenais surtout de l'effusion des sentiments et de l'agonie de fin. Ma relecture a été une véritable redécouverte. J'ai d'abord été étonnée de rester si extérieure à l'histoire, elle ne me touchait pas, et je l'ai trouvée presque ridicule. Comme quoi, quelques années peuvent changer une personne… C'était juste trop, et j'ai tout de suite fait le lien avec les séries à l'eau de rose un peu "cucul", si on peut dire, ou alors un lien avec des romans-fleuves du 17e, qui, comme dans Werther, mettent en avant le côté très pastoral de l'histoire. C'est ce qui au début m'a un peu ennuyée, mais j'ai tout de même tenté de rentrer de nouveau dans l'histoire, de ressentir encore une fois des sentiments débordants de réalité (ou de vraisemblance, ils restent tout de même très théâtraux). Et quand j'y suis parvenue, j'ai véritablement apprécié le livre pour ce qu'il était : une explosion de sentiments qui va à l'encontre de la rationalité extrême de l'Aufklärung allemand. Je reste aujourd'hui à me dire que Werther avait une phase de petite folie, même si chacun de nous peut vivre cela aussi, au moins une fois dans sa vie. Puis j'ai tenté de penser sa passion amoureuse, imaginaire, avec Charlotte (je lisais en même temps pour un cours : Mensonge romantique et vérité romanesque de René Girard, qui théorise le désir comme désir mimétique ou triangulaire. C'est-à-dire désir selon l'Autre.) Alors, j'ai d'abord vite récusé la théorie de Girard pour Werther, il est un vrai passionné, il désire Charlotte à partir de lui-même et de l'objet seul (Charlotte). Mais c'est à la fin du bouquin, lorsque Charlotte le dit elle-même (oui il m'a fallu du temps…), que j'ai compris. Werther n'est fou amoureux de Charlotte qu'à cause de l'interdit de l'aimer, et rien d'autre. Il tombe amoureux, lors de leur première rencontre, et cela parce qu'une de ses amies le lui a plus ou moins interdit. Il en va ensuite de même tout le long du roman, disposant Albert comme le plus grand rival à mesure que le temps passe. Werther est à mes yeux encore un enfant, à qui l'on prescrit de ne pas ouvrir telle porte, et en est donc d'autant plus attiré. La lecture était donc vraiment intéressante d'un point de vue psychologique. Et honnêtement, il m'a permis de m'évader un petit peu des jours pleins de paperasse et d'administratif pour replonger dans les sentiments, dans la vie, même si ce ne sont pas uniquement des sentiments positifs. À mes yeux, Werther illustre véritablement le courage de vivre, même si cela s'oppose à sa société bourgeoise et bureaucratique qui prescrit une méthode et des castes pour vivre "calmement", dans l'"apaisement", presque "parfaitement". Charlotte est un peu comme Werther, mais ne peut simplement pas l'assumer, dans le sens de possibilité.
Bref, j'hésite entre ¾ ouvert et grand ouvert. J'ai quand même eu quelquefois les larmes aux yeux...

Danièle
Je reviens sur la notion des "classes laborieuses" (évoquée par plusieurs d'entre nous) envers qui Werther éprouverait de la condescendance. C'est ce que j'ai cru au début. Mais au fil de ma lecture, j'ai mis en doute cette interprétation. J'aurais plutôt tendance à m'appuyer sur ce que vient de dire Geneviève sur la notion de liberté. A mon avis, Werther estime qu'il en va de sa liberté de choisir de parler à toutes sortes de gens, sans considération de leur classe sociale, et je n'y vois aucune condescendance. Par exemple, il se sent totalement en symbiose avec le garçon de ferme qui vient de commettre un crime passionnel, sans se préoccuper de son origine sociale. D'ailleurs, inversement, il met du temps à comprendre qu'il ne peut pleinement accéder à certaines classes de la société parce qu'il est avant tout considéré comme roturier.
Cela montre aussi qu'il abhorre les conventions sociales, parce qu'il s'en croit affranchi du fait même qu'il serait hors du commun : un génie en quelque sorte ! En tout cas, quelqu'un d'à part. Mais, à mon avis, il a avant tout un sens profond de l'injustice sociale.
Par ailleurs, Claire a mis en ligne différentes parodies de Werther et j'avais mis en parallèle dans mon enseignement Werther et l’une d’entre elles Les nouvelles souffrances du jeune W. de Ulrich Plenzdorf où le personnage, adolescent de RDA, s’identifie à Werther.

Denis
Personne n'a lu Lotte à Weimar de Thomas Mann ? Ce doit être amusant. Par contre, j'ai lu Les Buddenbrook de Thomas Mann, c'est un bouquin vraiment passionnant !

Séverine
Et si vous avez l'occasion... une des villes les plus belles que j'ai visitées, c'est Lübeck, où on peut voir la maison des Buddenbrook.

Danièle
Pour ceux qui veulent fouler le sol que Thomas Mann a lui-même foulé, n'oubliez pas la maison Günter Grass, auteur du Tambour (en y associant le film de Volker Schlöndorf). Et n’hésitez pas à visiter ces petites villes autour de la Mer Baltique qui ont un charme fou. Rerik, où était censée se passer l’intrigue du Roman Zanzibar (oder der letzte Grund) d’Alfred Andersch, et plus loin la ville de Kiel. Et finalement, pendant que vous y êtes, la ville hanséatique de Hambourg (HH pour les intimes). En fait, ces villes nordiques, à part HH, ne sont pas trop connues des touristes, en tout cas des touristes français, de là leur charme...

Claire
Je propose qu'une fois la pandémie passée, Danièle nous organise un voyage...


Synthèse des AVIS DU GROUPE BRETON
réuni par zoom le 11 février 2021
rédigée par Yolaine (suivie des avis détaillés)

Les cotes d'amour bretonnes
       Suzanne
 Jean  Marie-OdileYolaine
  Chantal CindyMarie-Thé
Édith


Nous avons tous été plus ou moins partagés cette fois-ci à la lecture de ce grand classique du romantisme allemand. Claire s'est efforcée de nous communiquer son enthousiasme pour un auteur prestigieux qui joua un rôle-clé dans la naissance de ce mouvement à la fois littéraire et artistique, qui s'oppose à la rationalité du siècle des Lumières et privilégie l'expression du moi, l'amour, la nature et le divin (1).
Werther consacre donc plus de 200 pages à nous décrire par le menu la passion amoureuse désespérée pour la jolie Charlotte qui le ravage, car Charlotte est promise à son ami Albert, et ce trio ne peut que se déchirer. Ce récit est ancré dans son époque et bien des détails ont pu nous paraître désuets. L'omniprésence de la religion et les nombreuses références à la Bible, les personnages féminins campés dans leur dévouement à la famille et à la maternité, la pression sociale et les cloisons étanchéifiées par le mépris qui séparent les classes populaires de la bourgeoisie, et la bourgeoisie de l'aristocratie, tout cela rend l'atmosphère qui règne au village de Wahlheim un tantinet pesante. Si l'on ajoute le fait que Werther, lorsqu'il ne s'applique pas à dessiner les merveilles bucoliques de la nature environnante, ou à déclamer les poèmes d'Ossian alors à la mode, sombre dans des lamentations interminables sur la tragédie qui le frappe, nous avons là tous les ingrédients d'un romantisme exacerbé qui n'a guère plus cours à notre époque.
Pourtant, nous nous sommes tous accordés à reconnaître à ce roman une étonnante modernité. Certains ont supputé qu'il y avait dans cette narration une forme de dénonciation des mœurs bourgeoises, et même une forme d'humour, Goethe se livrant à travers le personnage de Werther à une légère parodie de ses amours de jeunesse. C'est surtout l'étude du mal-être de l'adolescence, dans sa soif d'absolu et son exaltation douloureuse, qui sonne particulièrement juste et atteint une dimension universelle. Chagrin d'amour, mais aussi désillusion devant les difficultés à s'insérer dans la société et à en accepter les contraintes, les problématiques liées à l'incroyable bouillonnement de l'adolescence sont toujours d'actualité, et sont capables d'émouvoir même les sexagénaires et septuagénaires de notre groupe de lecture.
Il y a deux parties dans la construction de cet ouvrage, le journal épistolaire que Werther adresse à son ami Wilhelm, et le dénouement fatal relaté par l'éditeur. La narration évolue de l'enchantement du coup de foudre originel au délire et à la dépression finals. La moitié d'entre nous n'a pas voulu accompagner le héros malheureux jusqu'au terme de son histoire, et cette espèce d'apologie du suicide rend ce livre particulièrement dérangeant. Si cet acte désespéré ne manque jamais d'interroger l'entourage et même l'ensemble de la société, il est encore plus déstabilisant quand il s'agit d'un être aussi jeune.
C'est pourquoi nous sommes tous restés un peu sur la défensive, malgré la satisfaction de découvrir un grand classique écrit dans un beau style limpide du XVIIIe siècle, et dans une traduction tout aussi limpide. Pour les curieux, les différentes préfaces des éditions disponibles sont chaudement recommandées par Claire.
Suzanne 
(Déclamant en ménageant ses effets) "il se tut, me fixa de son regard bleu sur lequel glissaient des éclats métalliques comme un lac accablé de soleil dont il aurait été impossible sous le scintillement des reflets de percer la surface" (chacun se remémore sa lecture en se demandant de quel passage de Werther il s'agit...) : c'est Bruno Le Maire, racontant dans son livre L'Ange et la Bête, sa rencontre avec Macron.

(Cris divers d'effroi ou d'admiration devant l'audace d'un rapprochement entre Goethe et Bruno Le Maire...)

Je n'ai pas été sensible à ce français châtié, n'ai pas été émue du tout par les sentiments de Werther. Quand par exemple son domestique envoyé auprès de Charlotte, l'aimée, acquiert du coup une aura ! Non, c'est trop gros ! La jeune adolescente aurait peut-être aimé Werther, la septuagénaire, non !
Mais je me demande pourquoi ce livre a-t-il ou plutôt a-t-il eu autant de succès. Avec ce romantisme exacerbé ?
Il est vrai que pour ce qui est du style, c'est bien écrit. Pour le 18e siècle, les idées sont assez novatrices ; par exemple, l'attitude de Werther par rapport aux enfants est originale, les considérant autrement qu'on les considérait à son époque, ça, ça m'a plu.
Mais pas son attitude condescendante vis-à-vis du peuple, alors que lui-même souffre de la condescendance à son égard, c'est contradictoire.
Je n'ai pas accroché jusqu'au suicide et me suis donc arrêtée à la moitié. J'attends vos commentaires…
Jean
L'histoire est minimale : Werther est amoureux et Charlotte est promise à un autre ; dans un premier temps, le jeune Werther écrit à un ami et le deuxième temps, c'est la fin du héros.
Je ai lu ce livre à l'adolescence et ça m'a intéressé de le relire car il m'avait plu à l'époque. Ce romantisme exacerbé, paroxystique, à 70 ans suscite des soupirs d'exaspération.
Dans les lettres, Werther est dans le délire, mais également dans la lucidité. Quel est le contenu de ce livre ? Il s'agit d'une réflexion sur la nature humaine et les passions, la félicité et ses entraves. La nature est ambivalente, régénératrice et destructrice. On a là la représentation d'ne vie sans solution, c'est une façon de vivre l'amour, un discours d'opinion, entre déchirure et félicité. Opinion que je ne partage pas, car il y a contradiction, ambivalence, ce qui dérange comme le dualisme. Et cette représentation est construite sans être argumentée (je ne suis pas d'accord).
Hormis l'âge auquel on lit le livre, il y a le contexte de l'époque : on est au 18e siècle et 10 ans après sont écrites Les liaisons dangereuses, complètement différentes. On pense aussi au drame de Roméo et Juliette
Le sujet est intéressant, mais ça ne prend pas, je ne suis pas convaincu par cette façon de voir les choses.
Ça a fini par m'ennuyer : il tournait autour du pot pour se suicider, j'aurais voulu qu'il se grouille un peu.
Marie-Thé (avis transmis)
J'ouvre ce livre à moitié. D'ouvrir ce livre à moitié dit combien je suis partagée : agacement d'abord face aux "torrents" de larmes versées par un Werther qui n'en finit pas de sombrer. Je rejoins complètement Gide :"J'avais oublié qu'il mettait tant de temps à mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les épaules." Puis, admiration en découvrant des paysages doux ou grandioses, j'y vois une approche du divin (loin des égarements de Walser) ; une nature bienfaisante (au moins au début), révélant "la présence du Tout-Puissant", "Le souffle du Tout-Aimant". Panthéisme, influence de Spinoza... Nature belle et nourricière, mais évoluant au rythme des saisons, comme Werther. Deux tilleuls ("unter den linden") protégeront son corps, au fond du cimetière, enterré de nuit, à part. "Aucun ecclésiastique ne l'accompagna." (Dieu a donné la vie, seul Dieu peut l'enlever, j'ai entendu cela plus d'une fois).
Les références à la Bible jalonnant ces pages ont retenu mon attention. Il y a d'abord la femme offrant de l'eau à l'être aimé (allusion à Eliezer et Rebecca), Charlotte entourée de ses petits frères et sœurs ("Laissez venir à moi les petits enfants") .Je remarque que la femme est présentée souvent comme une mère nourricière aimante, Charlotte, mais aussi la femme du petit village de Walheim dès les premières pages (condescendance envers ces villageois).
Très importants à mes yeux, la transmission, le rôle de la mère, évoquant Charlotte, Julien Gracq dit : "c'est de sa mère même qu'elle a reçu son fiancé." Ultimes recommandations de sa mère mourante à Charlotte, évoquant les enfants :"Sois leur mère." et : "Aie... pour ton père la foi et l'obéissance d'une épouse."
J'ai été exaspérée par d'autres allusions, à la passion du Christ par exemple, au sang versé, à la couronne d'épines, on se croirait à Gethsemani, au Jardin des Oliviers. Le pain et le vin réclamés au domestique pour le dernier repas, cela fait penser à la Cène. Ou encore : "Je vais au Père" devient "Je vais rejoindre mon père."
Lamentations et dolorisme écartés, je préfère m'intéresser à la passion destructrice de Werther, bien loin de l'état amoureux. Aimer est dangereux, je pense à Schopenhauer et j'applique ceci à Werther (j'avais dit cela pour La porte de Magda Szabo, amour maternel ici cependant).
Je ne peux m'empêcher de penser aux Lettres portugaises, ces magnifiques lettres d'une religieuse portugaise, éprise d'un militaire français, lettres révélant une passion ardente pour celui qui l'a abandonnée, espoir, désespoir, élans lyriques, c'est intense et très beau, pour moi inoubliable : "Cette absence (...) me privera donc pour toujours de regarder ces yeux dans lesquels je voyais tant d'amour ?" Loin de Werther finalement.
Autre chose, j'ai été sidérée par une société où la notion de classes avait une telle importance, la noblesse rejetant la bourgeoisie, la bourgeoisie méprisant le peuple.
J'ai aimé le côté théâtral de certains passages, et retrouver ici et là des ressemblances avec la vie de l'auteur de Faust. Mais cela est une autre histoire.

Chantal  
Il est difficile de choisir comment "ouvrir", un peu, beaucoup... : ce sera à moitié.
J'ai eu du mal au départ, question décalage. Décalage de l'époque, on est en 1774, il y a 250 ans. Décalage du vécu, des mœurs. Décalage personnel : l'avoir lu à 20 ans et le lire à 70, ce n'et pas la même chose...
Pour y entrer, je me suis d'abord instruite grâce à la préface (en Folio). L'Allemagne, l'Europe regardent le bouillonnement, on lit partout à Paris et, en Allemagne : rien (voir sur la lecture à Paris ici). Il faut tenir compte du poids de la société et, comme dit Marie-Thé, de la religion.
Il s'agit de retrouver la passion à 20 ans : tout ou rien. Les lettres facilitent la lecture. On est au début du romantisme, j'ai justement rencontré cet été Lamartine à Milly. Et cette mode incroyable qui s'était répandue avec les habits jaune et bleu de Werther, sans parler de la "mode" du suicide, au point que le livre fut interdit par l'Église… Goethe, à qui Werther lui est renvoyé sans arrêt dans les dents dira après :

"Que des fois j'ai maudit les pages insensées
Que par le monde envoya ma juvénile douleur !
Werther aurait été mon frère et je l'aurais tué
Que ne me persécuterait pas davantage son spectre vengeur."

Dans le livre, le contexte social est bien décrit. Il aide la jeune fille à porter l'eau, il donne un sou aux enfants, mais son attitude m'a agacée. Comme dit Jean, il est lucide : nous ne sommes pas égaux et ne pouvons l'être. Comme chez Walser et Huysmans, il faut être bourgeois pour n'avoir rien d'autre à faire que de se masturber les méninges et prolonger ça dans l'écriture. J'ai ri de son malheur avec les déclamations d'Ossian qui était très à la mode.
Comme dit Jean, ça pourrait aller plus vite. Il faut plus de 100 pages pour qu'il l'embrasse. Tout est hypertrophié, jusqu'au hanneton - mais c'est vrai que les textes sont beaux sur la nature, avec cette notion de Tout-Puissant que remarque Marie-Thé ; Werther est "toujours ramené au sentiment de lui-même, au triste sentiment de sa petitesse, quand il espérait se perdre dans l'infini".
Je trouve qu'il y a des invraisemblances quand il peint un petit garçon de 4 ans qui tient son petit frère de 6 mois, ce pendant des heures…
Un truc m'a choquée question style - est-ce une question de traduction ? - avec l'expression incongrue "dorer la pilule" ("24 mars. J'ai offert ma démission à la cour; j'espère qu'elle sera acceptée. Vous me pardonnerez si je ne vous ai pas préalablement demandé votre permission. Il fallait que je partisse, et je sais d'avance tout ce que vous auriez pu dire pour me persuader de rester. Ainsi tâche de dorer la pilule à ma mère.")
Mais j'ai quand même eu du plaisir à le retrouver. Je l'avais lu dans un temps très très ancien. J'ai apprécié la très bonne préface. Prise dans l'ambiance, j'ai regardé la nouvelle série sur Voltaire.
Cindy 
J'ai essayé de ressentir des émotions. Est-ce le fait que je n'aie pas lu Goethe dans le passé ? Je n'ai donc pas fait de retour sur un ressenti d'avant. Et pour ce qui est de mes désirs romantiques, je n'ai pas le souvenir d'avoir été dans ce type de lecture.
Mais j'ai eu une curiosité et un plaisir à découvrir une existence extraordinaire que celle de ce personnage : on peut se demander si Goethe ne s'est pas caricaturé dans sa démonstration.
Cela m'a plu dès les premiers pages où on découvre cette existence dont on sent qu'elle va être tragique. Écriture, pensées, philosophie, sont modernes pour l'époque.
J'ai aussi ressenti un déséquilibre permanent entre un côté heureux, satisfait, puis des aspects très tristes. Pour ce qui est de sa passion, il ne suit pas le conseil et on sent venir qu'il ne l'aura pas, Charlotte. On est peu dérouté. Il veut qu'on l'accompagne dans sa souffrance ; très vite on lit : "Je ne vois, à tant de souffrance, d'autre terme que le tombeau."
Avec l'ambassadeur, je n'ai pas été convaincue qu'il soit capable d'assumer cette activité.
Charlotte est attachante pour moi, avec ses enfants. On voit l'intérêt de Werther intérêt pour les enfants ; d'ailleurs :

"les hommes faits soient de grands enfants qui se traînent en chancelant sur ce globe, sans savoir non plus d'où ils viennent et où ils vont; qu'ils n'aient point de but plus certain dans leurs actions, et qu'on les gouverne de même avec du biscuit, des gâteaux et des verges, c'est ce que personne ne voudra croire ; et, à mon avis, il n'est point de vérité plus palpable.
Je t'accorde bien volontiers (car je sais ce que tu vas me dire) que ceux-là sont les plus heureux qui, comme les enfants, vivent au jour la journée, promènent leur poupée."

Charlotte est maternelle et lui, il a besoin de ce côté maternel, car manquant de maturité, de virilité. Je le situerais moins du coté des Fragments d'un discours amoureux de Barthes, cet amour "ravi", et plus du côté maternel.
Il y a un passage qui résume tout son drame :

"Tout ce qui lui était arrivé de désagréable dans sa vie active, ses chagrins auprès de l'ambassadeur, tous ses projets manqués, tout ce qui l'avait jamais blessé, lui revenait et l'agitait encore. Il se trouvait par tout cela même comme autorisé à l'inactivité; il se voyait privé de toute perspective, et incapable, pour ainsi dire, de prendre la vie par aucun bout. C'est ainsi que, livré entièrement à ses sombres idées et à sa passion, plongé dans l'éternelle uniformité de ses douloureuses relations avec l'être aimable et adoré dont il troublait le repos, détruisant ses forces sans but, et s'usant sans espérances, il se familiarisait chaque jour avec une affreuse pensée et s'approchait de sa fin."

Bon, mais je n'ai pas été sensible, ni emballée par l'écriture, et j'ai eu du mal à le terminer. Il y a des aspects redondants, un verbiage.
Martin Eden, ça n'a rien à voir, c'était joyeux, riant, ici c'est douloureux, triste.
Nadja, c'est une merveille à côté. J'aime l'écriture littéraire, Les plaisirs et les jours de Proust, c'est mon livre de chevet, j'en aime l'écriture et la sensibilité.
Bon, mais je suis contente de l'avoir lu et de vous écouter. Et il importe de le resituer dans l'époque. Il a une forme de modernité. Il recentre sur l'humain alors qu'avant régnait le spirituel.

Chantal
Il est dans une transition.
Marie-Odile(avis transmis)
Je me réjouissais de lire le prestigieux Goethe, scientifique et homme de lettres, auteur de l'incontournable Faust ! Dans un passé très lointain Les Affinités électives ne m'avaient pas déplu.
Par ailleurs, j'apprécie les romans par lettres (Les Liaisons dangereuses ayant ma préférence). Mais je dois dire qu'ici j'ai eu du mal à dépasser une lecture superficielle et même incomplète (ai refusé l'obstacle des pages consacrées à Ossian). Le style est aisé, mais sans surprise. Je trouve que les lettres ne commencent ni ne finissent et s'apparentent plus à une sorte de journal. L'histoire aussi est simple et sans surprise : L'amour rend malade et la maladie peut être mortelle ! On le sait dès le début.
Charlotte est parfaite, fait figure de sainte, dévouée au père et aux enfants… Dans le film d'Ophüls, elle omet au départ de dire à Werther qu'elle est promise à Albert et on pourrait penser qu'elle a là une petite... faiblesse ?
J'ai noté le regard du dessinateur sur certaines scènes pittoresques, le regard critique aussi porté sur les classes sociales. L'expérience amoureuse abolit les barrières, rapproche du valet…
Bref, sans a priori, mais avec une certaine mauvaise volonté, je suis restée très extérieure à l'œuvre que j'ouvre ¼.
(Il paraît que le Lotte in Weimar de Thomas Mann qui met en scène Charlotte et Goethe est plein d'humour... Je n'ai pas vérifié...)
Yolaine
Je n'ai pas aimé et je serai très négative. J'ai lu, plutôt j'ai écouté le livre lu par Jean Desailly - c'était assez émouvant. Puis comme le fait de faire une mayonnaise peut rendre inattentive, j'ai prévu de le lire en ligne, mais je n'ai pas dépassé 40 pages : j'ai trouvé ça ennuyeux, insupportable. Je suis antigermaniste, et entre Voltaire et Goethe, je choisis Voltaire. Sur le plan du discours amoureux, c'est insupportable, pas intéressant, cette sensibilité teutonne (Yolaine se déchaîne), rien à voir avec la légèreté française, l'humour, l'esprit libertin…, bref ça m'est étranger.
Ce qui est intéressant est que les souffrances de l'adolescent ne sont pas dues qu'à l'amour mais au fait qu'l ne trouve pas sa place dans la siccité.

Édith
C'est en cela qu'il est contemporain aussi.

Yolaine (se lâchant)
Oui, à l'époque du couvre-feu, on devrait peut-être l'interdire.
Édith
Ce texte, ce récit, a poussé au suicide de nombreuse
s personnes…, lit-on dans les notes qui accompagnent le livre.
Pour ma part, ne souffrant pas de désagréments de cœur, j'ai effectivement du ma
l à l'imaginer aujourd'hui ! Napoléon l'amoureux épistolaire - dit on aussi - l'a relu plusieurs fois et a souhaité rencontrer l'auteur et ce fut le cas. Et moi, je rencontre Goethe, à travers le roman décrivant l'amour impossible entre Charlotte et Werther. Mœurs du temps et position de la femme bien inscrite dans la fidélité filiale et conjugale, dévouée à l'homme et à sa famille, confite en religion…, le tout rendant l'affaire complexe et dans ce cas insoluble. En disparaissant par le suicide pour ne plus souffrir ou pour punir ? Nous accompagnons le destin funeste de Werther… sans souffrance pour ma part !
Si je reconnais la subtilité de la description de l'amour naissant (du coup de foudre dès l'apparition de Charlotte au regard de Werther, puis à l'acceptation de se sentir amoureux), si je reconnais aussi la délicate description de la jalousie, de l'émoi, liés aux signes attendus de l'aimée (regards qui se croisent, frôlements, odeur …) je n'ai eu, en ce moment de ma vie, aucune émotion de "transfert" !...
À présent, si je me situe en lectrice désireuse d'approcher un texte reconnu du monde littéraire, je dois reconnaître et sans me forcer, tout le plaisir du texte ressenti (j'ai lu aussi Madame de Lafayette) et parfois de la poésie "courtoise", Ronsard et Du Bellay.
L'amour contrarié et ses souffrances, s'exprimant au 18e siècle à l'époque romantique, m'apparaissent désuets… et pourtant, je peux être plus réceptive ayant lu Lettres à Anne de Mitterrand, j'en ai ressenti de l'émotion (idées exprimées et surtout style pour le dire).
En analogie avec le texte de Goethe celui des Lettres à Anne, j'y ai trouvé beaucoup de références à la nature dont la présence renforce le sentiment amoureux dans sa force positive - le partage - comme dans sa forme négative, avec la douleur liée à l'absence, le doute, la jalousie.
J'avais, il y a quelques années, lu Les Affinités électivesde Goethe et j'en avais plus qu'un agréable souvenir. J'avais aussi beaucoup aimé et partagé Fragments d'un discours amoureux de Barthes qui en fait d'abondantes citations et j'ajoute que les chansons d'amour d'Édith Piaf ne me sont pas sans effets !!! MAIS… pour Werther je ne pense pas avoir été dans les meilleures conditions de lecture… et ai eu du mal à m'immerger dans le subtil des phrases, de la difficulté à accepter la grandiloquence du vocabulaire du cœur, de ses douleurs et des atermoiements.
Au cours de la lecture, j'ai apprécié souvent les bas de pages. J'ai reconnu comme agréable la construction sous la forme épistolaire (j'aime ce genre et j'en lis souvent, ainsi que les journaux - celui de Julien Green est en chantier, trop dense).
L'introduction de Christian Helmreich, plutôt ardue et très précise, complète le plaisir intellectuel, je la lis en ce moment. Je suis parfois très scolaire !
La façon de décrire le sentiment amoureux - thème récurent de la littérature - m'importe plus avec la langue de notre époque.
Un bon moment de culture dite générale, mais un moment d'obligation (acceptée) en attente de l'échange.

Yolaine (précisant)
Naturellement je ne suis pas une antigermaniste primaire, j'aime bien provoquer parfois, c'est vrai. Je voulais surtout exprimer le fait que chaque langue a un génie particulier, et permet d'exprimer des sentiments différents. C'est peut-être plus facile de pleurer en allemand qu'en français. C'est peut-être aussi pour ça que les romans d'Aki Shimazaki me paraissent plats, la langue française dans laquelle elle s'échine à écrire l'enfermerait-elle dans un carcan ?

(1) Voir la visite virtuelle de l'exposition présentée au petit palais en 2019 L'Allemagne romantique (1780-1850). Dessins des musées de Weimar.



Traductions de l'allemand (et textes en ligne)

Les collections de poche disponibles actuellement proposent trois traductions :
- de Pierre Leroux (1829), revue par Christian Helmreich en 1999 : Le Livre de poche avec les reproductions de Johannot, en Pocket
- de Bernard Groethuysen (reprise en 1954, presque dépourvue de retouches, du texte de Leroux) : Gallimard Folio classique
- de Joseph-François Angelloz (trad. de 1968) : Garnier Flammarion.


Le texte original en allemand Die Leiden des jungen Werther en ligne : en pdf ou en autres formats : Livre 1 et Livre 2.

L'œuvre paraît en 1774 : entre 1776 et 1850, le roman a déjà dix traductions différentes ! C'est dire le succès du livre...
En 1829 paraît la plus célèbre traduction, celle de Pierre Leroux, toujours disponible (en ligne
en pdf). Incroyable ! Pierre Leroux ne parlait pas l'allemand. Elle est republiée en 1845 chez Hetzel en une belle édition avec une préface de George Sand, et dix eaux-fortes de Tony Johannot, illustrateur très prisé à l'époque (en ligne ici et en pdf là avec les gravures).
Une autre traduc
tion de Jacques Porchat de 1860 est également en ligne sur wikisource.

Christian Helmreich, dans un article documenté "La traduction des Souffrances du jeune Werther en France (1776-1850)", relate l'histoire des premières traductions et la réception du livre (Revue germanique internationale, décembre 1999).

Voir 5 traductions d'une très courte lettre pleine d'embûches... ICI

Adaptations

Au cinéma, deux films adaptés du livre :
- Le Roman de Werther par Max Ophüls en 1938 : e
n ligne ICI
- Le Jeune Werther par Jacques Doillon en 1993 : bande annonce ICI
(2,99€ en location ici)

Et à l'Opéra :
- Werther de Jules Massenet, créé à Vienne en 1892.

Werther, c'est rigolo aussi

Les parodies
- Les Joies du jeune Werther de Friedrich Nicolai (paru en Allemagne l'année suivant la publication du livre, en 1775, non traduit) : Werther épouse Charlotte et donne naissance à beaucoup d'enfants, accédant ainsi au bonheur...
- Les nouvelles souffrances du jeune W. de Ulrich Plenzdorf, 1976 : ce roman raconte dans le jargon de la jeunesse de RDA d'alors l'histoire d'un jeune qui veut sortir de son milieu petit-bourgeois découvre à la lecture de l'œuvre de Goethe, des similitudes avec sa propre vie ; les lettres sont remplacées par des cassettes.
- Les Souffrances du vieux Werther de Bohumil Hrabal.
-
Les souffrances du jeune ver de terre, de Claro

Moins parodique mais amusant...
- Lotte à Weimar de
Thomas Mann : 44 ans après, la Lotte de Werther arrive à Weimar ; toute la ville est alertée et Charlotte assaillie de visites ; elle reçoit enfin l'invitation tant attendue de Goethe lui-même.

En lien avec l'opéra...
- Werther, ce soir de Patrick Cauvin.

• Expositions

- Exposition à Strasbourg "Goethe à Strasbourg, l'éveil d'un génie (1770-1771)" jusqu'au 22 février 2021 (hélas invisible...)
Visite virtuelle de l'exposition, 11 min 05.
Dans le cadre de l'exposition, publication d'un beau dossier illustré sur Goethe, Strasbourg et sa cathédrale, un passage en 1770 qui marquera son œuvre littéraire.

- "Goethe et la France", exposition à la Fondation Martin Bodmer, du 12 novembre 2016 au 23 avril 2017, à Coligny (Suisse) : vidéo très intéressante, 8 min 49.

- "L'Allemagne romantique : dessins des musées de Weimar", au Petit Palais, du 22 mai 2019 au 1er septembre 2019 : dessins choisis par Goethe pour le Grand-Duc de Saxe-Weimar-Eisenach mais aussi pour sa propre collection. Présentation vidéo ici, 3 min 28.

- Dessins de Goethe : du 19 mai au 19 août 2018 à la Maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry, qui évoquent les paysages romantiques de l’Italie, l’Allemagne ou la Suisse : diaporama de dessins en ligne.

Chez Goethe

 
Sa maison natale à Francfort où il écrivit en 1775 Les Souffrances du jeune Werther, restée jusqu'en 1796 la résidence de la famille Goethe, désormais musée de Goethe.
 

La maison de Goethe à Weimar
, place des Femmes où il vécut 50 ans de 1782 à 1832. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Le grand-duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach dont il fut ami, ministre et mentor, lui en fit don. Aujourd'hui ce musée très visité contient 50000 objets : collections d'art et de sciences naturelles de Goethe, sa bibliothèque, 2 000 dessins signés de sa main, 18 000 pierres et minéraux...

Émissions
- 4 émissions d'1h récentes sur France Culture, La Compagnie des œuvres, par Matthieu Garrigou-Lagrange, du 23 au 26 novembre 2020
1/4 La vie de Goethe : Goethe, figure de proue du "Sturm und Drang", un mouvement littéraire allemand traduisible par "Tempête et Passion", deux termes qui rendent compte de la vie mouvementée et du tempérament passionné de l'auteur des Souffrances du jeune Werther.
Portrait de Johann Wolfgang von Goethe. Gravure tirée de "Portrait Gallery of Eminent Men and Women of Europe and America" par Evert A. Duyckinck.
Portrait de Johann Wolfgang von Goethe réalisé en 1810 par Franz Van Kugelgen - Musée Goethe, Francfort
2/4 Lire Goethe aujourd'hui : pourquoi lire Goethe aujourd'hui ? Pour répondre à cette question, tour d'horizon de plus de cinquante années d'écriture, au cours desquelles Goethe aura expérimenté tous les genres, tous les styles, toutes les audaces.
Faust au matin de Pâques (1856), par Johann Peter Krafft
Huile sur toile, 134 x 112 cm - Palais Albertina, Vienne
3/4 Les Faust de Goethe : Le Faust de Goethe, dans ses deux versions, fait partie de ces œuvres qui occupent une place centrale dans la culture européenne. Retour aujourd'hui sur la plus célèbre et la plus fascinante des légendes allemandes.
Goethe dans la campagne romaine (1787) par Johann Heinrich Wilhelm Tischbein
Huile sur toile, 164 x 206 cm. Stadel Museum, Francfort
4/4 L'Italie ou la vita nuova de Goethe : le 3 décembre 1786, à trois heures du matin, Goethe quitte Carlsbad, en Bohême, sans en avertir personne. Une paire de pistolets, quelques livres et manuscrits en poche, et le voilà parti pour l'Italie, la terre promise artistique où le poète "wanderer" vient régénérer son inspiration.
- Une autre émission à France Culture, celle-ci ancienne, Une Vie, une œuvre : Goethe par Jean Daive et Jean-Claude Loiseau, 19 janvier 1989, 1h 20 (largement consacrée aux entretiens avec Eckermann)
- Les souffrances du jeune Werther de Goethe, Ça peut pas faire de mal, Guillaume Gallienne, France Inter, 18 février 2012, 49 min
J'eus le plus ravissant spectacle
que j'aie vu de ma vie. (16 juin 1771)
Non, Charlotte, s'écria-t-il, non, je ne vous reverrai plus. (20 décembre 1772)
Eaux-fortes de Tony Johannot (éd. Hetzel, 1845)
 
- Un document télévisuel "historique" de l'INA : Les Cent Livres des Hommes, une série d'émissions littéraires de Claude Santelli et Françoise Verny, fut diffusée sur la première chaîne de l'ORTF de 1969 à 1973. Voici donc ici l'émission présentée par Denise Fabre sur Les Souffrances du jeune Werther, Françoise Verny, la grande éditrice, parle de la modernité de ce texte de Goethe : 19 mars 1972, 6 min

La rencontre de Napoléon et Goethe

Napoléon aurait lu sept fois Werther, livre qui l'accompagna durant la campagne d'Égypte. Le 2 octobre 1808, passant en conquérant dans la ville d'Erfurt, il demanda à voir Goethe pour lui parler de son roman (une candidature de haut vol pour le club Voix au chapitre ?). Talleyrand était présent.

Voici la rencontre :
- racontée par Michel Onfray du temps où il était plus fréquentable (1 min 56)
- racontée par Goethe lui-même
- présentée en détail dans un article de la Revue des études napoléoniennes.

Werther, le nom d'un phénomène sociologique

En 1974, le sociologue américain David Philipps met en évidence que les suicides fortement médiatisés peuvent entraîner un rebond des suicides dans la population. Il s’agit le plus souvent de suicide de stars, mais parfois de suicides d’anonymes, le facteur déterminant étant leur médiatisation. Ainsi le suicide de Marylin Monroe aurait-il entraîné une augmentation de presque 40% du nombre des suicides à Los Angeles le mois suivant sa mort.
Philipps nomme sa découverte du nom du héros du roman de Goethe. Ce livre – le média le plus développé à l’époque – est à l’origine de l’imitation du héros par des lecteurs qui reprirent son habillement, ses goûts esthétiques mais aussi, pour certains, sa méthode de suicide au pistolet. Il a même été interdit à l’époque dans plusieurs pays, par mesure de précaution
...
La France aussi a ses Werther : le suicide du ministre Bérégovoy, du musicien Kurt Cobain, de Dalida, de Sœur Sourire, fut suivi d'une hausse des suicides, dans des catégories différentes selon la personnalité...

Potins

Les amateurs de repères biographiques sérieux les trouveront dans les introductions et postfaces des éditions actuellement disponibles. Ou encore dans une biographie liée agréablement et chronologiquement aux œuvres de Goethe, par André Durand sur son site comptoirlitteraire.com.
Mais les amateurs de potins ?
Heureusement Voix au chapitre n'oublie pas les midinettes et il y a de quoi faire !

- D'abord les femmes qui ont compté ; il y en a une brochette, toutes inspiratrices pour son écriture : Kätchen Schönkopf, Friederike Brion, Suzanne von Klettenber, Charlotte Buff (modèle de la Charlotte de Werther), Lili Schönemann, Charlotte von Stein (12 ans de relation sans parvenir à ses fins), Minna Herzlieb (inspiratrice des Affinités électives), Bettina von Arnim, Marianne von Willemer (comédienne, chanteuse et danseuse), Ulrike von Levetzow (âgée de 17 ans et Goethe de 73...) ; voir des détails ICI.

- Évoquons plus en détail Christiane Vulpius : sa plus longue relation et sa seule épouse, de 1788 à 1816, date de sa mort à 51 ans. Ce personnage et cette relation ont tout pour passionner la midinette : elle fut traitée avec raffinement :
›par Thomas Mann de "bel pezzo di carne (un beau morceau de viande), foncièrement inculte"
›par Romain Rolland de "nullité d'esprit"
›par Robert Musil de "célèbre partenaire sexuelle de l'olympien vieillissant"...
U
n livre lui a été consacré : Christiane et Goethe : une recherche, de Sigrid Damm, Actes Sud/Solin. Voir des détails sur Christiane Vulpius.

- Double coup de théâtre pour la midinette portant un tee-shirt "Goethe c'est quand tu veux" :
›Une importante étude psychologique en deux volumes du psychiatre psychanalyste Kurt R. Eissler a suggéré que les amitiés de Goethe avec les hommes comportaient des tendances homosexuelles claires et que les relations physiques avec les femmes furent longtemps entravées par un amour secret pour sa sœur cadette Cornelia. C'est trop !
Le coup fatal vient de la publication d'un journaliste, Karl Hugo Pruys, dont le seul livre paru en français est un livre sur Helmut Kohl...
S'appuyant sur l'étude
de 2500 lettres entre Goethe et ses contemporains, Les caresses du tigre : une biographie érotique de Goethe, cherche à prouver qu'il n'était pas simplement homo ou bisexuel refoulé, mais activement "gay", que les femmes l'ont laissé beaucoup plus froid que ses élans poétiques ne le laissent entendre et que son œuvre ne peut être pleinement comprise sans reconnaître ce contexte. Comment réagissent les érudits ? Voir la présentation du livre ICI.

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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