Portrait d'André Breton
vers 1927
, utilisé par André Breton pour illustrer Nadja


Folio
, 192 p.



Coll. Blanche, 1928
(première édition)

Quatrième de couverture : "J'ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l'air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s'attacher, mais qu'il ne saurait être question de se soumettre. J'ai vu ses yeux de fougère s'ouvrir le matin sur un monde où les battements d'ailes de l'espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n'avais vu encore que des yeux se fermer."


Livre de poche, 1964


Nadja, Gallimard/BNF, 2019
Ce c
offret contient le fac-similé du manuscrit autographe de 1927, avec le dossier iconographique que l'écrivain a rassemblé après l'édition de 1928


Nadja, Folioplus, 1998
en ligne ici



Folioplus classique, 2007


Édition reliée d'après la maquette de Mario Prassinos, coll. Reliures d'éditeur, Gallimard, 1945

Quatrième de couverture : "Je n'ai dessein de relater, en marge du récit que je vais entreprendre, que les épisodes les plus marquants de ma vie telle que je peux la concevoir hors de son plan organique, soit dans la mesure même où elle est livrée aux hasards, au plus petit comme au plus grand, où regimbant contre l'idée commune que je m'en fais, elle m'introduit dans un monde comme défendu qui est celui des rapprochements soudains, des pétrifiantes coïncidences, des réflexes primant tout autre essor du mental, des accords plaqués comme au piano, des éclairs qui feraient voir, mais alors voir, s'ils n'étaient encore plus rapides que les autres."


La Pléiade,
4 tomes :
le tome 1 contient Nadja


Affiche de librairie pour
les œuvres de Breton
dans la Pléiade, 2008


Album André Breton
, Robert Kopp, iconographie commentée, 2008

André Breton (1896-1966)
Nadja (1928)
Je persiste "à ne m'intéresser qu'aux livres qu'on
laisse battants comme des portes, et desquels
on n'a pas à chercher la clef. Fort heureusement
les jours de la littérature psychologique
à affabulation romanesque sont comptés."
Nadja
Nous avons lu ce livre pour le 23 janvier 2021, le groupe de Tenerife l'a lu pour le 9 février (Breton se rendit à Tenerife pour l'exposition internationale du Surréalisme qui y fut organisée en 1935, voir ici).
C'est l'exposition prévue à la BNF "L’Invention du surréalisme : des Champs magnétiques à Nadja" qui nous a donné l'idée de lire Nadja. Le texte est en ligne ici.
 
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Des livres centrés sur Nadja


Séverine(avis transmis)
Je dois dire que si ça n'avait pas été pour le groupe, j'aurais stoppé assez rapidement ma lecture et cela aurait tout de même été dommage. Il faut dire que j'ai trouvé les premières pages illisibles, imbuvables : de la pure masturbation intellectuelle… Même si je dois dire que j'ai tout de suite été charmée par l'intégration des illustrations. J'ai survolé les premières pages car je ne comprenais rien à cette succession de mots difficilement signifiante… J'ai noté que les fans de série du groupe seront ravis de savoir que déjà à l'époque de Breton, ça existait… au cinéma ! (L'étreinte de la pieuvre).
Malgré cette première approche rebutante, j'avoue que j'étais tout de même titillée et avais envie de savoir où l'auteur voulait en venir. Mon intérêt a commencé à être stimulé quand il rencontre Nadja. Là, le texte devient de suite plus lisible, bêtement narratif pour la plus grande joie d'un lecteur de base ?  J'ai aimé cette rencontre amoureuse, cette balade dans Paris, cette posture surréaliste de l'auteur pour aborder le quotidien (aller au cinéma sans savoir ce qui se joue dans la salle, etc.), mais là encore, je dois reconnaître que j'ai survolé le texte, je n'ai pas accroché plus que ça.
Mais je suis contente tout de même d'avoir lu ce classique qui représente un objet éditorial charmant. Je n'ai guère lu de choses autour du livre, mais je pense que le fait que cette Nadja ait existé ajoute de l'intérêt au livre (à l'envie d'enquêter sur cette femme, sur les lieux cités…). Juste pour finir, une formule de Breton qui m'a bien plu au sujet de la psychanalyse : "méthode que j'estime et dont je pense qu'elle ne vise à rien moins qu'à expulser l'homme de lui-même, et dont j'attends d'autres exploits que des exploits d'huissier". Tout ceci étant dit, je l'ouvre un quart.
Dans un autre genre, mais autour d'une femme mystérieuse et une super enquête dans Paris : Leïlah Mahi 1932. J'ai beaucoup aimé ce livre.
Françoise
J'ai regardé et lu quelques-unes des infos mises en ligne. Mais je ne participerai pas à la réunion. Breton pour moi est illisible, je n'arrive à trouver aucun intérêt à ce livre, il me tombe des mains. Comme le dit Gracq, il n'est pas romancier, pas parlatif, pas à l'aise, je trouve que ça se ressent... Autobiographie ? Par les photos, si j'ai bien compris Compagnon. Et ?... Bref, n'étant ni Ernaux ni Patti Smith, je vais m'arrêter là en reprenant à mon compte cette phrase de Breton lui-même : "Je veux qu'on se taise quand on cesse de ressentir"... Livre fermé.
Anne-Sophie(avis transmis)
Merci au groupe d'avoir remis sur ma route Nadja, et ensuite L'Amour fou. Je ne les aurais peut-être pas rouverts… Quel choc pourtant de retrouver intacte l'émotion forte de mes 25 ans. Je peine à expliquer l'attraction de ce petit livre. La personne de Nadja, la "créature inspirée et inspirante aux yeux de fougère", ne m'intéresse guère au fond. Ce sont des phrases ici ou là qui exercent sur moi une immense fascination : l'interrogation du début sur ce qui fonde notre identité, "notre différentiation", le récit "des rapprochements soudains, des pétrifiantes coïncidences", des "faits de valeur intrinsèque sans doute peu contrôlable mais au caractère absolument inattendu, violemment incident, […] qui présentent chaque fois toutes les apparences d'un signal, sans qu'on puisse dire au juste de quel signal, qui font qu'en pleine solitude, je me découvre d'invraisemblables complicités". J'aime ce livre parce qu'il me parle de ma liberté perdue (ou peut-être pas), de ma jeunesse, de Nantes (mais c'est un hasard), de l'époque où tout pouvait arriver, où "la vie demandait à être déchiffrée comme un cryptogramme". La lecture de Nadja me reconnecte à une lecture poétique de la vie, la seule qui vaille, à l'interprétation des coïncidences, et le fait même d'avoir retrouvé ce livre aujourd'hui devient signifiant et me plonge dans un plaisir inégalable. Grand ouvert forcément.
Fanny(avis transmis)
Je vais prendre le temps de lire cet article qui m'éclairera peut-être.
Quel pensum ! Heureusement les phrases défilent et se lisent assez rapidement...
Le début m'a profondément ennuyée et même agacée. Je veux bien rechercher la démarche intellectuelle et littéraire, mais au niveau du plaisir de lecture le rendez-vous est en ce qui me concerne manqué. Je dois dire que je n'ai éprouvé aucun intérêt pour ce qu'il raconte de ses pérégrinations parisiennes. J'ai trouvé son récit et ses descriptions très égocentrés, je n'ai pas réussi à y lire une portée plus "universelle", transposable à des émotions partageables.
J'ai cependant apprécié le recours aux illustrations et l'idée que les descriptions ne sauraient remplacer les images.
J'ai un peu respiré à l'apparition de Nadja, espérant y trouver pas nécessairement un fil narratif, mais une trame à travers le portrait de cette femme. Mais ici encore les émotions n'ont pas été au rendez-vous, ni empathie, agacement, amusement... ou que sais-je encore ; Nadja n'évoque rien pour moi. Il me semble qu'elle est le support aux élucubrations et prises de position de Breton, c'est peut-être pour cela que je vois un côté factice au personnage, bien que le livre soit inspiré d'une rencontre réelle.
J'ai essayé de m'accrocher au moment du passage sur la psychiatrie, intéressée par le débat. Mais le style est je trouve pompeux et péremptoire et vient à mon sens obscurcir la compréhension du contenu.
En résumé, cette lecture a provoqué beaucoup d'agacement, mais cela est également lié à une incompréhension majeure du contenu. J'espère que vos avis me permettront d'y comprendre humblement quelque chose.
En attendant, je ferme le livre.
Hâte de vous lire mais surtout de vous retrouver dans le monde réel quand la situation nous le permettra.
Nathalie
D'emblée, je peux annoncer que je ferme le livre en son entier, quelles que soient les qualités qu'il peut avoir s'il m'arrive d'en citer quelques-unes.
Je n'ai pas aimé ce livre. Peut-être en attendais-je trop ? Sa réputation, son aura, ce que chacun.e autour de moi pouvait en dire, m'avaient donné du goût pour le lire.
Quelle déception à tous points de vue ! L'écriture est abominable, les phrases trop longues, la plupart du temps à la forme négative pour dire quelque chose de positif (ce serait intéressant de passer le livre à la moulinette pour savoir combien de fois il use et abuse de cette tournure négative).
J'ai dû plusieurs fois physiquement mettre le livre à distance pour essayer d'appréhender son propos dans son entier, tant j'étais incapable de reconstruire son idée au fil du déroulement et du tricotage absurde des propositions et des subordonnées.
Je n'ai pas aimé le personnage (et qu'on ne se trompe pas, je ne mélange pas auteur et narrateur, mais à partir du moment où il s'agit d'une écriture de soi et d'un projet d'écriture autobiographique, il me semble logique que je m'intéresse aussi à l'auteur).
Je n'ai pas aimé la construction. Et je n'en ai pas aimé l'histoire.
Quel homme est-ce celui qui, au-delà de toute comparaison, cherche à savoir "De quel message unique" il est "le porteur" ? Quel homme est-ce celui qui abandonne la femme, dont j'avais cru comprendre qu'elle était "la femme" ? Qui abandonne celle dont il vient de croiser la vie pendant des mois et dont il fait l'objet d'une écriture ? Qui apprend somme toute par hasard ("on est venu m'apprendre") son enfermement arbitraire ? Comment comprendre qu'il ne se soit pas préoccupé de ce qu'elle était devenue ? Qui considère que pour elle il ne peut y avoir de différence entre "l'intérieur d'un asile et l'extérieur" (je l'y collerais bien quelque temps moi !)
Quel homme est-ce, celui qui dit de la femme aimée qu'elle est pauvre et qu'il a sûrement participé à l'aggravation de sa folie mais qui ne fait rien pour l'en sortir et qui passe son temps à se dédouaner ? ("je n'ajouterai pour ma défense").
Quel pleutre est-il, celui qui, une fois qu'elle appuie sur l'accélérateur et lui cache les yeux, refuse l'expérience ultime et révolutionnaire du choix de la mort ? Enfin, quel est cet homme qui parle avec sa femme de cette femme dont en vérité il semble éperdument jaloux ?
Bref, j'ai trouvé, et l'auteur et le narrateur, terriblement décevants, tourné (chacun) uniquement vers lui-même, vers son projet. Seul le passage sur la psychiatrie et la condamnation des pratiques d'une autre époque (?) m'ont intéressée. J'ai trouvé cela très fort, mais en même temps, il se pose en donneur de leçon (il va même jusqu'à imaginer "assassiner avec froideur, un de ceux, le médecin de préférence, qui [lui] tomberait sous la main" et ce, pour obtenir "un compartiment seul". Il me semble qu'il ne fait cependant allusion qu'à une forme de folie légère : celle qui se met en travers d'une opposition aux codes bourgeois d'une société policée. Son propos est donc pour moi, peu engagé, de la même façon que ses actes ne semblent pas nuire à sa façon de vivre, lui, qui peut vivre sans travailler (j'aimerais savoir comment, que je puisse en profiter aussi).
Bref, ce livre me semble être une supercherie qu'on porte aux nues et je suis étonnée de savoir qu'on a pu le faire étudier à des collégiens. Quand je l'ai lu, je me suis sentie souvent complètement demeurée parce que ce qui était dit me semblait abscons.
Je reste persuadée qu'on peut écrire une œuvre à un moment T et observer avec ironie son parcours, une fois qu'elle nous a échappé. Si je dois lire l'exégèse d'une œuvre pour pouvoir l'apprécier, je pense que celle-ci n'en fait pas partie et qu'elle ne peut être appréciée peut-être que dans la réception de son époque. Je pense aussi que je n'ai eu aucun plaisir ou émotion positive à lire ce livre et que seules, souvent la colère et l'exaspération m'ont envahie.
Manuel(avis transmis)
Breton a failli passer par la fenêtre. La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas. Ah bon ? J'ai beau chercher des signes de convulsion de beauté dans Nadja, je n'en ai pas trouvé. Finalement, ce qui m'aura énormément plu dans ce livre ce sont les descriptions de Paris, "ville distraite et abstraite". Je passe souvent au square place Dauphine. Le décrire comme un terrain vague est étonnant. J'ai déambulé dans Paris. Sa théorie sur les hôpitaux psychiatriques est fumeuse. Encore des hôpitaux psychiatriques après ma lecture de la bio de Carrère sur Philip K. Dick Je suis vivant et vous êtes mort. Dans l'ensemble, je n'ai pas compris grand chose.
Annick L
J'ai une histoire particulière avec ce livre, puisque j'avais fait, dans les années 1970, un mémoire de maîtrise sur "l'image de la femme dans l'œuvre d'André Breton", principalement à partir de Nadja et de L'amour fou. J'aurais bien relu ce que j'avais écrit mais j'ai dû perdre le document. J'étais passionnée par le surréalisme et par ce sujet - je le suis toujours un peu. Mais je me souviens de ma conclusion : la "Femme" chez Breton n'est qu'une inspiratrice, une muse utile à la construction de son oeuvre... tout sauf une personne bien réelle. Une posture très conventionnelle (chez les écrivains) pour celui qui voulait "révolutionner" l'ordre et les conventions sociales. Je l'ai donc relu avec curiosité mais j'ai été déçue : que c'est ennuyeux et pédant !
Je suis surtout frappée par le rapport qu'il instaure avec cette femme dont il évoque la grande fragilité. Nadja lui a ouvert un horizon fascinant, un ailleurs, loin de cette vie ordinaire qu'il stigmatise (voir les pages sur les travailleurs). Et pourtant il la laisse disparaître, sans se préoccuper de ce qu'elle va devenir une fois internée : cette expérience va trop loin pour lui, une fois posé le diagnostic de "la folie". Cette rencontre est pourtant censée incarner le mythe de "l'amour fou" (auquel beaucoup de lectrices - lecteurs - ont sans doute adhéré), Elle, de son côté, est captivée, en adoration, prête à mourir avec lui (cf. la scène dans la voiture) ! L'écart entre le discours assené par André Breton et son attitude enlève du crédit à ce qu'il prône.
Ce que je continue à apprécier tout de même, c'est le parti-pris original de ce livre, qui est à la fois un manifeste et un récit, authentifié par les photos des lieux et les dessins mystérieux de Nadja.
Merci en tout cas pour l'article paru ce jour qui permet de mieux cerner qui était cette icône, cette femme dont l'existence fut si tragique. Une façon d'en raviver la mémoire, au-delà du personnage mis en scène par André Breton.
Monique L
Il s'agit d'un ouvrage particulier difficilement classable. Je le craignais hermétique car surréaliste, ce n'est pas le cas.
Ce que j'en retiens c'est une ambiance, un ton.
La lecture ne m'a pas toujours été facile à cause de phrases longues comprenant de nombreuses virgules. Je devais les relire. Ce qui n'arrangeait rien, ce sont les nombreuses notes en bas de page et les photos.
Dans la première partie, j'ai apprécié toutes les rencontres dans le Paris de l'époque : les promenades dans la ville, les boutiques bois-charbon, Paul Éluard, Benjamin Péret, Desnos, le film L'étreinte de la pieuvre, la pièce Les Détraquées. Des images surréalistes y font apparition : le cauchemar de Breton, la dame au gant, l'illusion d'optique concernant la maison rouge. C'est une déambulation au hasard.
La seconde partie consacrée à Nadja décrit une aventure plus psychique que physique avec une femme mystérieuse, éthérée et fantasque. Elle est intuitive, elle navigue à la frontière de l'inconscient. Sa sensibilité touche Breton. Je ne sais pas s'il l'a aimée mais elle l'a intéressé. Nadja apparaît plus surréaliste que Breton. Elle semble étrangère à la rationalité. C'est ce qui fascine Breton. Je pense que Breton l'encourage dans sa créativité : les dessins et les descriptions imagées. (Il parle d'elle à sa femme, ça m'a paru curieux !). Je ne vois pas le récit d'un amour de la part de Breton mais une analyse de lui-même.
La troisième partie m'a surprise, voire décontenancée, par l'irruption d'un nouveau personnage "Toi", "la Merveille" et par le message de l'aviatrice qui s'est abîmée à l'Île au Sable.
J'ouvre à ½.
Rozenn
Je n'ai pas grand-chose à dire. Je l'avais lu autrefois et m'étais ennuyée. Je n'en avais aucun souvenir, mais je n'avais pas envie de le relire.
Moi midinette, j'aime les histoires.
Je n'ai pas accroché : je lis la moitié, je lis autre chose, ça m'ennuie ça m'ennuie ça m'ennuie et je décide de ne pas le finir. Mais je suis venue pour vous entendre.
Je sais qu'il est important dans l'histoire de l'art et de la littérature. Mais ça m'ennuie, la vie est trop courte.
Je ne l'ouvre pas et ne le ferai lire à personne !
Etienne
Le scepticisme est le sentiment qui domine, pour ma part, après la lecture de Nadja.
Je n'ai qu'effleuré l'abondance de documents ayant trait à Nadja et Breton, tout cela semble passionnant. Je pense donc avoir saisi grossièrement quel était le postulat du surréalisme et trouve la réflexion intéressante : tous ces gens devaient vraiment avoir l'impression d'être des défricheurs à l'époque. De même, quand on voit le nombre d'auteurs (est que j'apprécie tout particulièrement) se réclamant de près ou de loin de ce mouvement, on peut se dire qu'il a réussi son coup, ce mouvement
Mais parlons de Nadja puisque j'ai l'impression d'avoir parlé d'une recette mais pas du plat. Eh bien ce livre m'a déçu. En un mot, je le trouve globalement mal écrit. Précisons : sur-écrit. La langue de Breton est d'une complexité artificielle - c'est un euphémisme - qui donne l'impression d'observer une cathédrale de verre (puisque l'on parle de Hegel !). Ni spontanéité, ni poésie mais une suranalyse suffocante, des gesticulations verbeuses, une amourette décousue et plate : pas vraiment la pêche miraculeuse. Est-ce la faute de la réécriture ?
Quelle ironie cette suranalyse pesante et écrasante, lorsqu'on entreprend de sonder son subconscient ! Mais peut-être s'agit-il d'une attitude scientifique et alors dans ce cas, l'enjeu est autre. Excepté quelques fulgurances à propos de Nadja - ses yeux de fougère, l'évocation de sa maladie mentale -, pour l'émotion il faudra repasser.
Patti Smith, Ernaux, Gracq, semblent avoir tiré le meilleur du surréalisme. Peut-être fallait-il le laisser sédimenter. Peut-être que Breton est un mauvais écrivain, tout simplement.
Ainsi Nadja est la mise en application d'une fouille mentale et mérite au moins son quart d'ouverture pour la primauté du geste, mais le résultat fut stérile pour moi.
Danièle
Il y a des lectures difficiles qui me procurent du plaisir. Je n'ai eu aucun plaisir à lire Nadja, mais plutôt une sorte de mauvaise humeur à essayer de déchiffrer cette écriture laborieuse. En même temps, je me disais que je devais passer à côté de quelque chose, puisque la renommée d'André Breton n'est plus à faire, et que Nadja est presque considéré comme le manifeste du surréalisme, mouvement que j'apprécie dans d'autres domaines : peinture, films... C'est donc avec mauvaise conscience que j'ai poursuivi jusqu'au bout ma lecture, d'autant plus que les références, interviews, études envoyées au fur et à mesure par Claire, que je remercie encore une fois au passage pour ses recherches, semblait indiquer par leur quantité que l'œuvre et l'auteur étaient vraiment dignes d'intérêt.
Certes je conviens a priori de l'intérêt de la description presque clinique de phénomènes supra-normaux, tels que les coïncidences, les intuitions ou les rêves prémonitoires réitérés donnant lieu à une réflexion sur une vie parallèle, gérée par un don de seconde vue... Mais d'où viennent cet ennui et cette mauvaise humeur à la lecture ? Le malaise vient à mon avis de l'incapacité de l'auteur à traduire l'immédiateté des étrangetés qu'il veut décrire. C'est une question de style et de rythme : les phénomènes décrits se passent à la vitesse de l'éclair, quelque chose sur un visage, la télépathie, la voyance... Or il nous décrit minutieusement et lourdement tous ces phénomènes, si bien que le décalage entre la chose décrite et la façon dont il la décrit ruine l'effet d'étrangeté et tout ce que le mouvement surréaliste peut avoir d'évanescent, de spontané, d'inconscient. Un tableau de Dali ou de Magritte, ou un film de Buñuel, rend beaucoup mieux ce genre de phénomènes.
Après les descriptions selon moi très ennuyeuses et sans intérêt de la première partie, l'entrée de Nadja dans le roman laisse préfigurer un intérêt humain plus marqué. Mais je n'ai éprouvé aucun empathie pour elle, ni pour l'auteur. Je me suis moins ennuyée, mais ennuyée quand même ; ça manque de passages magnifiques. Nadja reste pour moi un OVNI sans véritable personnalité.
J'ouvre ¼. Pourquoi au quart ? Pour le passage des "yeux de fougère", c'est très beau, ça donne le quart à l'ouvrage…
Brigitte
J'ai lu Nadja avec beaucoup d'intérêt. Je connaissais très mal André Breton, c'était le moment de le découvrir.
Évidemment, Nadja n'est pas un roman. C'est un texte qui nous met en contact, sans filtre, avec un moment de la vie d'André Breton : cette rencontre brève avec Nadja, jeune femme très borderline, qui agit en fonction de ses impulsions du moment. Elle va jusqu'à provoquer des situations vraisemblablement très dangereuses. On ne sait pas ce qui s'est passé la nuit du 13 octobre dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye, mais le passage où Breton évoque le trajet en voiture Versailles-Paris, où pendant qu'il conduit sa passagère lui ferme les yeux tout en exerçant une pression supplémentaire sur l'accélérateur (note de Breton), permet de supposer que Nadja a dû vouloir passer "la tête, puis un bras entre les barreaux ainsi écartés de la logique, c'est-à-dire de la plus haïssable des prisons".
On ne peut certes pas s'identifier aux protagonistes, mais j'ai beaucoup aimé les déambulations de l'auteur dans le Paris des années 20. L'écriture est très sobre, avec certaines échappées poétiques, par exemple la note de Breton où il est question d'un peintre qui lutte de vitesse avec la lumière au moment du coucher du soleil.
Ce que je retiens particulièrement c'est l'approche dite surréaliste, dont Nadja est une sorte de prototype : essai de décrire l'instant de vie, d'où le rôle des photos et dessins, qui sont partie prenante de l'ouvrage.
J'ai particulièrement retenu ces deux phrases :

"Il se peut que la vie demande à être déchiffrée comme un cryptogramme."

"Émerveillé que je continuais à être par cette manière de se diriger ne se fondant que sur la plus pure intuition et tenant sans cesse du prodige."

Selon moi, elles résument l'attitude de Breton et celle de Nadja.
J'ouvre aux ¾ en raison de l'intérêt puissant de cette prise de contact avec le surréalisme.
Laura(avec un super maquillage à la Nadja)
J'ai lu Nadja très rapidement, pour supporter les longues journées qui passent. C'est étrange, mais pour une fois je n'ai pas de véritable avis. Je n'ai ni aimé, ni détesté. Pourtant, je m'attendais à quelque chose d'extraordinaire, j'avais fantasmé le livre. J'ai été très surprise de la première partie de l'ouvrage, une partie de présentation qui se révèle comme une réflexion sur l'écriture. Ceci dit, je n'ai rien retenu… Quelle piètre philosophe je fais là… Mais bon, tout de même, je m'attendais à une folle histoire d'amour passionnée qui m'aurait emportée très loin dans mon imaginaire. Alors j'ai attendu ce développement jusqu'à la toute dernière partie du livre, qui elle, m'a vraiment plu, comme la réflexion sur le beau (mais bien sûr, rien compris rien retenu ; sauf ! sauf la dernière phrase "La beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas"). C'est vraiment dans cette dernière partie que Breton nous donne son avis sur Nadja. Parce que finalement, moi, je m'en fiche de la personne réelle de Nadja, ce que je veux, c'est me plonger dans le regard du narrateur. Par ailleurs, il faut dire que je me suis un peu ennuyée en lisant ce journal de neuf jours, mais c'est dû au personnage de Nadja. Je n'ai pas été fascinée ni emportée par son rôle, je la trouvais un peu étrange, soumise à des sortes de "crises" mystiques. Ce qui en soi est tout à fait fascinant et intéressant, mais je suis restée extérieure à son comportement. Peut-être aussi un peu comme Breton, qui manifestement avait la sensation d'avoir le rôle d'une plante verte. Quoique si on réfléchit à cela, c'est plutôt Nadja qui reste toujours extérieure, extérieure au monde. Ce qui semble d'ailleurs plutôt risqué, morale de l'histoire : restez dans le moule au risque de terminer dans un asile sans échappatoire ! Pourtant, ce que j'ai apprécié dans le personnage, c'est l'allégorie qu'elle devient pour Breton, Nadja, c'est le surréalisme en son entier, dans sa pureté première et extrême. Nadja, c'est l'idéal. C'est la main de feu. Étrange image : elle m'a fait penser à quelque chose de très destructeur et d'attirant à la fois. Comme si Nadja pouvait percevoir la fin des temps, et la trouver belle. Peut-être que de là provient la convulsion de la beauté, je ne sais.
Ouvert à moitié car mitigée.

Henri
J'ai adoré le bouquin car il m'a permis de renouer avec le groupe.

Jacqueline
Merci Henri !

Henri
Malheureusement on n'a pas les petites préparations culinaires surréalistes de Jacqueline.
Je suis en effet tombé, parmi 900 mèls non lus, sur celui de Claire qui a cherché à m'appâter avec Julien Gracq...

(Claire interrompt Henri pour expliquer à ceux qui l'ignorent qu'Henri est en effet un groupie de Gracq ; quand il aime un auteur, il apprend par cœur - carrément - ses textes ; ainsi lorsque nous avions programmé Un balcon en forêt qui avait suscité une exceptionnelle unanimité dans notre groupe, nous avions, après notre tour de table, resserré les chaises, et Henri, debout face à nous, avait DIT de mémoire l'intégrale du livre Les eaux étroites de Gracq)
Henrià
C'était donc lundi, je vais à la médiathèque, la bibliothécaire me lance un regard de biche sortant de derrière les fougères : "ah un classique ! un roman d'amour !" ; je me suis dit : super !
À l'épreuve des faits, et avec mon principe habituel de ne rien lire avant sur l'œuvre, je dois dire que ça a été assez pénible ; peut-être était-ce parce que j'avais peu de temps, je l'ai lu en deux soirées. Même si ça s'améliore un peu à partir du moment où arrive Nadja. Je suis passé complètement à côté, je me suis dit je n'aï pas les codes, il me manque la théorie du surréalisme.
Après, en voyant une partie des vidéos indiquées par Claire, j'ai eu le bonheur d'entendre Gracq, puis j'ai écouté Breton et je me suis dit tiens ils ne jouent pas tous les deux dans la même catégorie.
Le personnage de Nadja peut être intéressant, désaxé, avec une part de folie dans son approche du monde ; ce qui me gênait, c'est l'impression que Breton la tire de force dans son système surréaliste plutôt que d'entrer dans son univers, en ne faisant aucun pas pour elle.
J'avais beaucoup d'appréhensions, t'as été brouillon, t'as lu trop vite... En vous entendant je m'aperçois qu'il y a pas mal d'avis négatifs. Je ricanais en mon fort intérieur en pensant que ça parle d'une rencontre avec quelqu'un d'un peu fou et dire qu'ils ont mal supporté Cosmos de Gombrowicz ils vont être bien servis...
Et quant à l'histoire d'amour - je n'ai rien vu en termes d'histoire d'amour - l'auteur y revient bien longtemps après. Et cela m'a remémoré ce merveilleux livre qu'on avait lu ensemble Gioconda de Nìkos Kokàntzis : j'avais trouvé qu'avec l'écriture, vue du passé avec une forme de remords d'avoir loupé quelque chose, sur fond de rafle des Juifs en Grèce, on avait une prodigieuse histoire d'amour, tandis que là on a peut-être un ovni ; d'ailleurs je suis d'accord avec Annick, c'est lui faire justice en mettant en valeur la vraie Nadja à la place du personnage qui a dépéri et est morte de faim - ce du point de vue moral
Donc, une lecture plutôt pénible, moins sa deuxième partie. J'ai du mal à dire que je le ferme, car il me manque tout un tas de codes et je suis complètement passé à côté.
Par contre ces illustrations au contraire de l'une d'entre vous, ont eu un effet inverse, donnant un aspect daté, le livre a très mal vieilli ; s'il avait décrit comme le fait si bien Gracq, il aurait traversé le temps, on aurait projeté la rencontre dans un Paris. Excepté gant qui m'a touché, le reste m'est passé à cote, les statues, dessins, n'étaient pas de suffisante qualité en édition Folio pour pouvoir en explorer une dimension surréaliste.
Bon je suis bien content d'être là même si je crains que les spécialistes des surréalistes ne découvrent nos fadaises : on sent bien qu'il y a un fond poétique, des fulgurances mais c'est un gloubi glouba assez indigeste.
Annick A
La lecture de ce livre m'a beaucoup ennuyée. L'écriture est très pénible avec ses longues phrases dont le coté abscons nécessite un retour en arrière pour en comprendre le sens. La rencontre entre André Breton et Nadja est un malentendu amoureux. On navigue entre la passion de Nadja et sa voyance à la limite du délire où chaque mot est entendu comme signal d'un arrière monde, et l'attirance de Breton pour le coté devineresse et magique de Nadja qui le conforte dans son approche surréaliste mais qui finit par le lasser. Leur histoire n'a suscité chez moi aucun intérêt.
Je ferme donc ce livre. Par contre j'ai pris grand plaisir à surfer sur les nombreux documents envoyés par Claire

Rozenn
Nous avions programmé ce livre en raison d'une exposition que nous n'avons pas pu voir. Le livre alors aurait eu peut-être plus de sens pour nous.
Jacquelineà
Mes grands-parents m'avaient transmis leur culte de Flaubert. En lisant Nadja, j'ai bien aimé découvrir qu'avec Madame Bovary, il avait voulu donner l'impression d'un recoin grouillant de cloportes. Je voudrais bien pouvoir résumer ainsi à une image mon impression de Nadja : peut-être le soleil écrasant de L'étranger, ou bien Sisyphe peinant sous son fardeau, ou, plus personnel, cet été, dans les Landes, en dégageant un tas de planches, dernier reliquat des pins abattus par la tempête de 2009, la découvertes de deux squelettes momifiés : celui d'une longue couleuvre et, non loin, celui d'un rat avec tout leur mystère : se sont-ils entretués ou ont-ils, tout à fait indépendamment, trouvé là un refuge pour mourir ?
Par ailleurs, en écho à ma lecture de Nadja, et comme pour ajouter un poids de réel à ce que dit Breton, une amie vient de m'apprendre qu'elle se trouve en clinique psychiatrique et atteinte de covid. Comme Breton, je me reproche de n'avoir pas su "prendre conscience du péril qu'elle courait"... Le texte revient souvent sur ces "concours de circonstances qui passent notre entendement". J'y cherchais une citation là-dessus et j'ai trouvé cette longue phrase :

"Je n'ai dessein de relater, en marge du récit que je vais entreprendre, que les épisodes les plus marquants de ma vie telle que je peux la concevoir hors de son plan organique, soit dans la mesure même où elle est livrée aux hasards, au plus petit comme au plus grand, où regimbant contre l'idée commune que je m'en fais, elle m'introduit dans un monde comme défendu qui est celui des rapprochements soudains, des pétrifiantes coïncidences, des réflexes primant tout autre essor du mental, des accords plaqués comme au piano, des éclairs qui feraient voir, mais alors voir, s'ils n'étaient encore plus rapides que les autres." (Folio plus, p. 19)

Je ne comprends pas bien ce qu'est le plan organique d'une vie, mais je passe... Dans cette lecture laborieuse, je bute surtout sur le soit que je n'arrive à rattacher à rien. Ailleurs, aussi, j'ai buté sur un pluriel qui me paraissait tout à fait illogique… Autant Proust, à peu de chose près contemporain et qui fait des phrases encore plus longues, me donne l'impression de pouvoir suivre sa pensée, autant je peine avec Breton...
Tout cela pour illustrer mes difficultés de lecture. Mais aussi l'intérêt que j'ai pris à ce texte.
Après ou avec Nadja, j'aurais souhaité lire Le manifeste du surréalisme et Les pas perdus.
Je ne l'ai pas fait mais j'ai aimé l'ouverture que j'ai trouvé sur tout le surréalisme, j'ai aimé que Breton ait été au centre de tout un courant de gens, écrivains ou peintres, qui ont compté pour moi (Éluard, Aragon dont j'ai emprunté les correspondances avec lui, Ernst) mais aussi d'autres que je j'ai découvert tardivement (Gracq, Chirico…) ou que je ne connais pratiquement pas....
J'ai aimé les photos qui illustrent le texte (comme dans Austerlitz de Sebald lu dans le groupe et bien postérieur) et j'aurais voulu lire L'amour fou, écrit de la même manière. J'ai surtout aimé me promener dans ce Paris lointain des années vingt avec la précision de détails que donne Breton sur un quartier assez familier pour moi aujourd'hui. J'ai un peu pensé aussi à Modiano qui évoque les rues proches, une vingtaine d'années plus tard…
J'ouvre entre ½ et ¾ à cause de cette plongée dans un monde à la fois proche et si inconnu.
Renée
Je ne connaissais que Le manifeste du surréalisme : je déteste Breton tellement il est misogyne et intolérant.
Après avoir lu les 20 premières pages, je me suis dit je ne sais plus lire : j'ai eu du mal à rentrer dans le livre, puis après, au contraire, j'ai trouvé ça très facile, l'histoire de Nadja. Les hommes adorent les filles un peu éthérées, un peu perchées, le contraire de moi (un peu de jalousie peut-être…) : Breton pontifie, m'agace, se prend au sérieux... J'ai essayé de ne pas m'occuper de l'histoire.
Nadja est une mise en abyme du surréalisme ; c'est après la Guerre de 14 - ce livre a été écrit il y a 100 ans - il s'agit de détruire le monde cartésien et de reconstruire le monde autour du rêve, de la magie, mais c'est un échec. Et ce livre est un échec : il adore cette femme qui le fait rêver et Nadja finit dans un asile. Il est plus près de son projet qu'il ne l'aurait voulu. Car c'est un échec comme sa révolution et la destruction du travail.
Pape du surréalisme, il y accepte tout le monde, il faut rêver, mais il n'a fait qu'exclure ceux qui n'étaient pas dans la ligne. Totalement libertaire ce bonhomme, je le déteste.
Je ne supporte pas non plus cette fascination pour la folie : n'oublions pas que la schizophrénie provoque des douleurs morales et physiques insupportables, c'est excessivement douloureux à vivre. Cette esthétique du délire surréaliste est digne d'adolescents attardés.
J'ouvre ¼, car c'est intéressant vis-à-vis du surréalisme, mais c'est tout. Et je déteste Breton encore davantage...
Claireà
J'étais très contente de trouver ce vieux livre de poche pas lu ou oublié dans ma bibliothèque avec des articles à l'intérieur :

Je ne me souvenais pas du contenu bien sûr... Peut-être tenais-je ce livre d'une époque lointaine où je fus fascinée par le surréalisme (Claire sort son parchemin surréaliste).
D'emblée, j'ai été frappée par la langue, sa musicalité, avec des périodes, une certaine emphase : j'ai tout de suite pensé à Huysmans, avec une prose très contorsionnée, avec des subjonctifs, cessassent et existassions, et j'ai été contente de voir qu'il l'évoquait, Huysmans, comme si on était entre copains.
Hélas, je me suis sentie parfois exclue, et même très vite, dès la première page, en raison de références obscures, du genre "feuille de charmille de Lequier, à toi toujours !", kekseksa (voir l'explication). Je me suis demandé si les nombreuses références que l'on gagne à déchiffrer grâce à des notes étaient claires pour les lecteurs contemporains de Breton, ou s'il s'agit vraiment de clins d'œil entre gens cultivés. Ce n'était pas très gênant mais quand même...
J'ai ressenti aussi le plaisir d'être intriguée, même si ça ne sentait pas le suspense à plein nez... (l'ennui pointe son nez).
J'ai été impressionnée par le name dropping : noms d'écrivains, de peintres, de philosophes ou autres célébrités, en veux-tu, en voilà...
Mon attention s'est surtout centrée sur les photos qui m'ont captivée. J'ai pensé à des livres que nous avions lus contenant des images :
- Austerlitz de Sebald que Jacqueline a évoqué (auteur qu'il est question de lire cet été ad libitum)
- Histoires vraies
de Sophie Calle
- Roland Barthes par Roland Barthes
- M Train de Patti Smith
- Proust contre la déchéance de Joseph Czapski
.
Que des livres hors norme, inclassables ! Comme ce livre-là. Mais mon plaisir a été nettement moindre que pour tous ces livres.
Les images à leur tour sont chargées de référence : pour nombre d'entre elles, elles suscitent le charme vertigineux des vues d'un Paris disparu, le ressuscite en 2021 avec la force réaliste de la photo (c'est vrai ! ce fut vrai !), mais elles ont aussi des sens multiples, cachés.
Quant au texte lui-même, je suis comme Breton au cinéma : "Je comprends, du reste, assez mal, je suis trop vaguement." (p. 38). Comme Breton, je suis dans "l''impatience puis la consternation" (p. 89).
J'ai navigué entre :
- l'accroche de l'écriture
- l'ennui relevé par une certaine antipathie pour le narrateur un peu hautain, jugeant par-ci, jugeant par-là ("les crétins de bas étage"), sans cœur ("Le mépris qu'en général je porte à la psychiatrie, à ses pompes et à ses œuvres, est tel que je n'ai pas encore osé m'enquérir de ce qu'il était advenu de Nadja"), révolutionnaire de salon (quoi ! les gens prennent le métro pour travailler au lieu de se révolter ! : "Ces gens ne sauraient être intéressants dans la mesure où ils supportent le travail, avec ou non toutes les autres misères. Comment cela les élèverait-il si la révolte n'est pas en eux la plus forte ?") et bourgeois gilet jaune, se réjouissant des pillages lors des émeutes opposées à la mort de Sacco et Vanzetti ("des magnifiques journées de pillage")
- et ce nez au vent genre soif de vivre qui semble le propos.
J'ai lu plein de choses ensuite sur et autour de Nadja. J'ai repris cette expression "ne m'intéresser qu'aux livres qu'on laisse battants comme des portes, et desquels on n'a pas à chercher la clef". Par conséquent, j'ai ouvert le livre ici et là, lisant une page, tournant les pages, m'arrêtant à une photo, lisant un paragraphe, et alors j'ai aimé cette nouvelle lecture partielle, retrouvant la musique du texte, sans chercher à suivre une intrigue, mais ça a duré cinq minutes. J'ouvre le livre entre quart et moitié.
Geneviève
Encore une fois je n'ai pas fini le livre jusqu'au bout, j'ai lu les deux tiers. Ce que vous avez dit corrobore l'impression ressentie : j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans le livre, je me suis d'abord contrainte en survolant un peu, puis mon impression a été plus positive.
Je savais que Nadja avait existé, qu'elle avait fini en hôpital psychiatrique. Je partageais l'a priori de Renée par rapport à Breton, très négatif par rapport à beaucoup de gens qu'il rassemblait. Pourquoi ? C'est une question de charisme personnel, il soudait autour de lui, puis s'enfermait dans la rigidité et le dogme pour ne pas perdre son statut.
Ce qui m'a frappée aussi, c'est une forme de naïveté vis-à-vis des femmes, en l'occurrence Nadja : évanescente, un peu folle, romanesque ; il en parle avec sa femme, sa relation est ambiguë avec Nadja : il se fascine lui-même dans ce jeu vis-à-vis de la folie, la différence.
Je partage avec Henri l'impression de ne pas avoir toutes les clés, par ignorance au sujet du surréalisme.
J'ai été moi aussi frappée par le passage sur le travail - ceux qui prônent la valeur du travail aucune valeur - et j'ai touché un peu du doigt le côté politique du surréalisme.
Nadja représente quelque chose plus que ce que ça n'est.
Quant aux photos, elles ne m'ont pas gênée, j'aime bien le vieux Paris. Et si Jacqueline a l'image d'un soleil écrasant, pour ma part ce serait dans un brouillard humide que passe une créature, dans le Paris que j'aimais quand je venais adolescente au Quartier Latin qui n'a plus rien à voir aujourd'hui.
Je ne suis pas mécontente d'avoir lu ce livre, c'est un mythe qui tombe. Ça ne redore pas l'image de Breton, son image des femmes et son écriture : mais j'en ai une idée plus précise, prétentieuse (moi qui aime les écritures plates...)
J'ouvre ½, car j'aime bien être allée voir, je n'aurais pas eu l'idée ou l'énergie de le lire toute seul, ça me donne ainsi une information de plus : tous ces personnages, comme Éluard, ce foisonnement, et ce qui reste, c'est fascinant...

Discussion ensuite sur la valeur dingue du manuscrit devenu "trésor national" (et puis quoi encore...), sur l'éventuelle supercherie que constitue le livre..., sur le fait que certains lisent le livre sans rien en savoir et disent qu'il les fait ch... en se fichant que ce soit un monument..., que ça vaut le coup de comprendre comment le surréalisme a innervé l'art, que nous ne regrettons pas d'avoir lu le livre, qu'il met à mal notre adage "Nul n'entre ici s'il confond l'auteur et le narrateur", etc.
Catherine(avis transmis après la séance)
Voici mon avis sur Breton, un peu tardif et plutôt succinct. En effet, ce livre est resté assez énigmatique pour moi. Je connais peu le surréalisme, un peu mieux la peinture peut-être que la littérature, et je n'avais jamais rien lu d'André Breton.
Cette lecture n'a pas été aisée pour moi ; je pense que je n'ai pas vraiment compris le livre. Il débute par des réflexions générales et enchaîne sur l'évocation d'auteurs, de pièces de théâtre, de différents lieux de Paris qui ne m'ont pas vraiment passionnée. J'ai davantage aimé le cœur du livre, c'est-à-dire la description des déambulations du narrateur et de Nadja rencontrée par hasard. Il découle de cette rencontre une relation assez étrange, de fascination réciproque. Elle se déroule sur une période courte, écrite au présent. Nadja est un personnage inclassable, qu'on sent d'emblée au bord du délire, ce qui donne un côté assez envoûtant au récit et laisse penser qu'il finira mal. Effectivement, il finit mal mais pour Nadja seulement et le narrateur a finalement un rôle d'observateur assez détaché. On sent une influence importante de la psychanalyse, du rôle attribué aux coïncidences, aux associations, ce à quoi j'ai un peu mal à adhérer. Les phrases sont souvent assez complexes, l'ensemble m'a paru un peu décousu. Au final, j'ai plutôt eu l'impression d'un exercice de style brillant, mais assez froid et artificiel. Ce livre étant considéré comme un chef-d'œuvre, je me dis qu'il m'a manqué des clefs pour être capable de l'apprécier. Ceci dit, je ne regrette pas de l'avoir lu, mais pas sûr que j'en lirai d'autres. Je l'ouvre à moitié.


AVIS DES LECTEURS DU GROUPE DE TENERIFE
réuni le 9 février 2021


Nieves
Qu'est-ce que je peux dire de ce texte après une lecture pas trop approfondie et vu ma méconnaissance de l'auteur et, en général, du mouvement littéraire surréaliste ?
C'est, sans doute, un livre très particulier. Bien qu'il soit classé comme un roman, on ne peut pas s'attendre à lire un roman comme ceux qu'on a l'habitude de lire. Breton, comme haut représentant du courant surréaliste, prétend, bien entendu, que ce soit différent des codes romanesques en vigueur jusqu'alors. Ceci dit, je trouve qu'il y a deux procédés narratifs intéressants.
D'une part, le fait de présenter le récit - deuxième partie - sous forme de JOURNAL pour lui accorder le maximum de véracité comme quelqu'un qui, en train de vivre une expérience exceptionnelle, écrit les événements de la journée pour pas les oublier, pour qu'ils soient bien présents dans sa mémoire, et peut-être, pour les réécrire après.
D'autre part, cet aperçu global de la vie courante où il met en rapport les lieux (noms des lieux comme le boulevard Bonne Nouvelle, le Théâtre de Deux-Masques, le musée Grévin et les images - photos et dessins - insérés dans le texte), les actions et les sensations vécues dans son quotidien où il se cherche lui-même. On a l'impression qu'il est en train de construire un puzzle dans sa tête avec tout ce qu'il fait et éprouve dans Paris essayant de trouver sa "différenciation", cette "nouvelle réalité" à laquelle il aspire. Pourtant, dans ce puzzle, il manque une pièce qui va être remplie par la rencontre fortuite avec Nadja.
Cependant, malgré l'entente en apparence si parfaite avec cette fille, possible grâce au fait que Nadja, dit-il, est un "esprit libre", manquant de codes moraux, esthétiques ou autres, ils ne sont pas destinés à être ensemble.
Peu de temps après s'être rencontrés, Breton, ne supportant pas le désordre et le chaos où vit Nadja, décide de la quitter. C'est qu'ils proviennent de milieux sociaux très différents. Elle, fille pauvre qui vit dans un hôtel à Paris, obligée parfois à toute sorte de trafics pour pouvoir subsister. Lui, bourgeois bien installé à Paris, sans problèmes économiques manifestes, avec un entourage social convenable. D'ailleurs, si Nadja aime vraiment Breton, lui ne s'intéresse pas vraiment à ses difficultés quotidiennes bien qu'il l'ait aidée quelques fois économiquement.
Or, ce journal à courte durée, à la description minutieuse et documentée de tout ce qu'ils font ensemble, ne va pas si loin qu'on pouvait imaginer. On a alors l'impression que cette expérience si authentique, si exceptionnelle qu'il vit avec Nadja, n'est qu'une construction "artificielle" qu'il fait à postériori, quand il apprend qu'elle a été internée dans un asile de fous (genre d'institution dont il fait une critique féroce dans la troisième partie du livre) et il sent le devoir moral d'écrire le livre qu'elle lui avait prédit dans une de leurs rencontres.
Je vais oser dire que j'ai eu l'impression, en lisant ce texte, que l'auteur fait preuve d'une attitude un peu présomptueuse. Dans ses spéculations mentales il estime avoir trouvé la preuve matérielle, LE SIGNAL, des idées qu'il avait en tête, mais il abandonne trop vite cette immense découverte, quitte la fille et continue à vivre comme un bon bourgeois, entouré d'amis, occupé à déchiffrer ses cryptogrammes…
Bref, avec le recul du temps, vu les changements sociaux et idéologiques survenus depuis lors, je trouve ce récit "expérimental" un peu révolu, mais il me semble tout de même une expérimentation narrative très curieuse, un nouveau modèle pour raconter une histoire qu'il aurait peut-être fallu continuer dans le temps…

Nathalie
Ma lecture a été peu aisée et du coup, superficielle, je n'ai pas réussi à accrocher. Néanmoins, si c'était possible, je crois que j'aimerais l'étudier plus en profondeur, à la fac par exemple.
Pourtant, Nadja et son halo de gloire, ouvrage emblématique du surréalisme, j'avais hâte surtout que je n'avais jamais rien lu de Breton. Adolescente, avec mes camarades de lycée, nous nous étions essayées à l'écriture automatique, à noter nos rêves sur des carnets, pour accéder aux messages cryptés de notre inconscient. On avait vu Un chien andalou de Buñuel, découvert Dali, Magritte, très en vogue à la fin des années 70. Nous lisions Aragon, les poésies de Desnos, Éluard au lycée, étions attirées par ce mouvement empreint de révolte et de politique, étant moi-même militante trotskiste pour Lutte Ouvrière. Époque aussi de l'antipsychiatrie.
Avant d'entreprendre la lecture avec enthousiasme, ayant appris à travers une vidéo "la véritable histoire de Nadja", que Breton avait remanié son écrit… et retiré quelques scènes…, j'ai senti une petite pointe de déception, sentiment qui se confirmera tout au long du livre.
Avec tous mes aprioris, j'avoue que j'ai eu du mal à pénétrer dans l'essence de la première partie, bien que Breton fasse allusion à ses fameuses rencontres fortuites avec d'autres artistes de l'époque. J'ai un peu apprécié les descriptions de Paris, ces errances, déambulations à la quête de l'imprévisible, de ses secrets. Le culte du hasard. Les photos, bon… Quant au style, phrases trop longues, difficiles à suivre, requérant une grande concentration et peu de plaisir.
Je me suis forcée à continuer, pensant qu'il s'agirait d'un hymne à l'amour, à l'amour libre : amour fou, l'amour scandale, dépouillement de préjugés, de carcans, découverte d'un moi libéré de toute entrave, accédant aux entrailles de l'être, sans censure, une libération, érotisme, onirisme, surnaturel et entrevoir quelques clés du surréalisme.
J'ai trouvé un peu de cela, mais de la part de Nadja. Dans la deuxième partie, Nadja m'a éblouie, du bord de sa folie, en initiatrice de Breton, osant sentir, si frêle, exprimant sa fêlure qui l'enfonça dans une déchéance innommable. Un sort d'autant plus cruel que Breton en avait connaissance et n'a pas pu l'affronter (j'ai été surprise de voir Nadja si cultivée).
Certains critiques ont qualifié cette rencontre de malentendu, qui a peut-être plongé Nadja dans sa psychose, une rencontre catastrophique pour elle. Breton est sincère, il n'est pas tombé amoureux de Nadja qui vit "dans une forêt de symboles, un monde d'analogies et de métaphores, un monde clos". Breton a-t-il utilisé Nadja ? Son incompréhension a été dangereuse pour elle. Breton est sincère quand il annonce "Qui suis-je" : ce récit est écrit pour lui-même, c'est son voyage initiatique. Il poursuit sa quête, "qui suis-je" dans la ligne du surréalisme.
Alors que Breton reproche à Nadja de ne pas correspondre à sa vision de l'amour — "tout ce qui fait qu'on peut vivre de la vie d'un être, sans jamais désirer obtenir de lui plus que ce qu'il donne, qu'il est amplement suffisant de le voir bouger ou se tenir immobile, parler ou se taire, veiller ou dormir, de ma part, n'existait pas non plus, n'avait jamais existé : ce n'était que trop sûr" — cette vision de l'amour m'a semblé très idéaliste. (Lors de notre rencontre mensuelle, les autres personnes du groupe m'ont dit avec humour, que peut-être alors je n'avais jamais connu l'Amour) (hahaha).
J'ai eu le sentiment dans les trois dernières pages de la deuxième partie, il se justifiait d'une part de son abandon, de ne l'avoir jamais revue mais loue aussi la liberté de Nadja, la liberté : "l'émancipation humaine, conçue en définitive sous sa forme révolutionnaire la plus simple, qui n'en est pas moins l'émancipation humaine à tous les égards, entendons-nous bien, selon les moyens dont chacun dispose, demeure la seule cause qu'il soit digne de servir. Nadja était faite pour la servir (….) en passant la tête, puis un bras entre les barreaux ainsi écartés de la logique, c'est-à-dire de la plus haïssable des prisons." Breton la qualifie "d'esprit libre".
Dans ces dernières lignes de la deuxième partie, j'ai eu le sentiment que Breton interpelle Nadja, humble reconnaissance d'un disciple à son initiatrice : "Qui vive ? Est-ce vous, Nadja ? Est-il vrai que l'au-delà, tout l'au-delà soit dans cette vie ? Je ne vous entends pas. Qui vive ? Est-ce moi seul ? Est-ce moi-même ?".
Je n'ai pas bien saisi la troisième partie… de nouveau lecture superficielle de ma part.
Pour conclure, je suis passé à côté du livre. Déçue, un peu, mais convaincue que l'ouvrage mérite une lecture plus approfondie mais guidée. Le style de Breton m'a paru original, hostile par le ton extérieur, objectif comme un rapport d'expert qui analyse de l'extérieur, détaché, clinique. Ce ton voulu contraste avec la personnalité de Nadja, pure émotion débridée.
L'aspect philosophique m'a laissé plutôt froide. De fait, lors de notre réunion, nous ne savions pas définir de quel type d'ouvrage il s'agissait : roman, autobiographie, journal intime, essai… Nos avis étaient très partagés. Pour ma part, je l'ai lu comme un journal intime, en aucun cas comme un roman. À la rigueur comme un essai, un condensé de la vision surréaliste incarnée en Nadja.

José Luis
Je ne suis pas, aujourd'hui, un amoureux et moins encore un adepte du surréalisme. Je l'ai été, dans ma jeunesse et dans ma première maturité (peut-être me faudrait-il écrire immaturité ?) mais je ne le suis plus. Rien d'étonnant, donc, à ce que je me sois mis à lire Nadja sans aucune attente et avec une certaine prévention. Et je l'ai fait, comme toujours dans cet exercice mensuel pour le groupe, sans lecture ou visionnage de documents préalables. C'est dans l'après-coup que je préfère ce faire.
Ceci dit : j'ai vu Nadja comme un livre hétéroclite, moitié roman, moitié essai, dans lequel je distingue quatre parties.

1. D'abord - et c'est le volet qui m'a le plus intéressé, sinon le seul - une longue introduction théorique, sorte d'essai, comme je viens de le dire, où il est question, entre autres, de présenter des personnages du monde littéraire de la mouvance surréaliste : Éluard, Benjamin Péret, Desnos... Mais d'abord, le texte s'ouvre par une réflexion sur la singularité de chaque personne, sur sa "différentiation" - concept proche, me semble-t-il, de celui d' "ipséité" cher à Jankélévitch ou à Ricœur - qui, pour Breton, serait le résultat de l'action du hasard plus que de la volonté et se définirait par "ce qu'il a fallu que je cessasse d'être, pour être ce que je suis". Dans ces conditions, ce que nous vivons peut n'être qu'une réalité rêvée ou fantasmée, et, en conséquence, "il se peut que ma vie ne soit qu'une image de ce genre, et que je sois condamné à revenir sur mes pas tout en croyant que j'explore, à essayer de connaître ce que je devrais fort bien reconnaître, à apprendre une faible partie de ce que j'ai oublié". C'est pourquoi, la voix qui parle avouera plus loin qu'il y a des faits dans sa vie (et donc dans la nôtre, car il semble avoir l'ambition de décrire la condition humaine) "qui font qu'en pleine solitude, je me découvre d'invraisemblables complicités, qui me convainquent de mon illusion toutes les fois que je me crois seul à la barre du navire", et, au passage, en bon surréaliste, annonce que, par la suite, il se bornera dans le livre, "à me souvenir sans effort de ce qui, ne répondant à aucune démarche de ma part, m'est quelquefois advenu, de ce qui me donne, m'arrivant par des voies insoupçonnables, la mesure de la grâce et de la disgrâce particulières dont je suis l'objet; j'en parlerai sans ordre préétabli, et selon le caprice de l'heure qui laisse surnager ce qui surnage".
Mais, peut être que la thèse à laquelle l'écrivain-critique-philosophe tient ici le plus est celle qu'il concrétise par l'affirmation que la connaissance de données de la vie des auteurs est indispensable pour la compréhension de leurs œuvres et il propose en exemple les cas de Victor Hugo, Flaubert - auquel il dit ne vouer aucune admiration -, Courbet, De Chirico... et Huysmans, dont il dit qu' "il m'est peut-être le moins étranger de nos amis". Bref, renchérit-il, prétendre occulter par des orthopédies quelconques le caractère biographique des œuvres, est un fait scandaleux, et c'est la raison par laquelle il "persiste à réclamer les noms, à ne m'intéresser qu'aux livres qu'on laisse battants comme des portes, et desquels on n'a pas à chercher la clef", déclaration qui ne peut qu'étonner chez un surréaliste, partisan en plus de la psychanalyse. Il me faut avouer qu'autant je suis d'accord avec les affirmations et arguments qui précèdent celle-ci, autant je refuse radicalement cet appel à la biographie des auteurs comme condition de la compréhension de leurs livres. La biographie a sans doute intérêt - et beaucoup - pour les tenants de la critique littéraire sociologique et/ou psychologique, voire psychanalytique - et j'en parle en connaissance de cause, puisque je les ai pratiquées - mais cela est toute une autre affaire.

2. Ce long essai s'arrête encore à développer d'autres sujets, notamment un long résumé - barbant, pour moi - de la pièce (surréaliste ?) Les Détraquées ("drame en deux actes de de Joseph Babinski et Pierre Palau") dont je rachèterai ici la seule phrase qui m'ait touchée : "L'attente absurde, terrible, où l'on ne sait quel objet changer de place, quel geste répéter, qu'entreprendre pour faire arriver ce qu'on attend". Viennent après, d'abord, le récit et l'interprétation - à la manière freudienne - d'un rêve désagréable, cauchemardesque, suivi de références à d'autres auteurs, Rimbaud, Nietzsche, Aragon, avant que cette composite première partie ne vienne mourir presque sur cette formidable phrase : "L'événement dont chacun est en droit d'attendre la révélation du sens de sa propre vie, cet événement que peut-être je n'ai pas encore trouvé mais sur la voie duquel je me cherche, n'est pas au prix du travail". Et à partir de là meurt aussi mon intérêt pour Nadja, juste au moment où le roman de la vie de son héroïne commence.

3. Ce "roman", constitue, pour moi, la troisième des quatre parties du livre dont il a été question au début. Comme je viens d'annoncer, j'ai été incapable d'accrocher à ce récit... à l'exception de deux moments : celui ci, d'abord : "Je ne veux plus me souvenir, au courant des jours, que de quelques phrases, prononcées devant moi ou écrites d'un trait sous mes yeux par elle, phrases qui sont celles où je retrouve le mieux le ton de sa voix et dont la résonance en moi demeure si grande :

'Avec la fin de mon souffle, qui est le commencement du vôtre.'
'Si vous vouliez, pour vous je ne serais rien, ou qu'une trace.'
'La griffe du lion étreint le sein de la vigne.'
'Le rose est mieux que le noir, mais les deux s'accordent.'
'Devant le mystère. Homme de pierre, comprends-moi.'
'Tu es mon maître. Je ne suis qu'un atome qui respire au coin de tes lèvres ou qui expire. Je veux toucher la sérénité d'un doigt mouillé de larmes.'
'Pourquoi cette balance qui oscillait dans l'obscurité d'un trou plein de boulets de charbon ?'
'Ne pas alourdir ses pensées du poids de ses souliers.'
'Je savais tout, j'ai tant cherché à lire dans mes ruisseaux de larmes.'
"

Et, après, un peu plus loin, les quelques pages où l'on met radicalement, et très courageusement, en question la pratique psychiatrique de l'époque, mise en question qui n'est pas sans rappeler ce que Foucault en dira quelques années plus tard.

4. Enfin, quatrième partie, bilan et/ou conclusion, où je n'ai souligné que le tout dernier paragraphe où l'on parle de "la beauté". Il y aurait à ce sujet des choses à dire et à redire, mais je vous assure, chères lectrices/chers lecteurs, que je suis pris d'une grande fatigue, c'est pourquoi je m'arrêterai là, chose dont j'en suis sûr - je ne perdrai pas à le parier - vous me saurez gré.
Donc, point final.




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(y compris de Patti Smith et Annie Ernaux...)
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Des livres centrés sur Nadja


4e et 1ère de couverture par
Pierre Faucheux de Nadja (Livre de Poche 1964) et quelques pages intérieures
Le "mur de l’atelier d’André Breton" évoque une pièce de son appartement 42 rue Fontaine près de la place Blanche qu'il occupa de 1922 à sa mort en 1966 (au Centre Georges Pompidou, voir la présentation filmée ICI).


Radio : émissions sur Breton et Nadja

- 4 émissions d'une heure, La Compagnie des auteurs, par Matthieu Garrigou-Lagrange, France Culture, du 6 au 9 mai 2019 :
1/4 "L'or du temps" : parcours dans la vie d'André Breton, "mage" autoritaire à la personnalité complexe.
2/4 "Lire enfin André Breton" : le surréalisme, théorisé dans les manifestes et mis en œuvre par André Breton, au cœur de son art.
3/4 "La magie de l'art" : les rapports d'André Breton aux arts plastiques, toutes époques confondues, dans une étroite connivence avec la littérature et la vie....
4/4 "Nadja et Chance" : "Nadja" sous deux angles différents, celui du roman et celui de la psychanalyse.
- "André Breton (1896-1966), la recherche du point sublime", Une Vie, une œuvre, par Colette Fellous et Jean-Claude Loiseau, France Culture, 12 décembre 1985, 1h 26, avec André Pieyre de Mandiargues, Jean Shuster, François-René Simon, René Alleau, Jean-Jacques Lebel, Julien Gracq, Annie Lebrun, Joyce Mansour, Roger Blin, Jean Shuster, Radovan Ivsic, qui pour la plupart ont rencontré André Breton
.
- "Le Dictionnaire André Breton", Tire ta langue, par Antoine Perraud, France Culture, 12 mai 2013, 29 min.

- "André Breton et les pois sauteurs", par François Sureau, France Culture, 24 juillet 2020, 8 min.

Vidéos

(en ordre chronologique, dont certaines constituent de véritables documents historiques)

- Interview d'André Breton par Judith Jasmin dans son atelier, Premier plan, Radio Canada, 27 février 1961 : la journaliste demande d'entrée de jeu à l'écrivain de lui définir le surréalisme, 26 min.
- Entretien avec Philippe Soupault : Breton et les origines du surréalisme, Panorama, ORTF, 30 septembre 1966, 5 min 30.
- Entretien avec Julien Gracq à propos de Breton, ORTF, 19 avril 1970, 5 min 39. Nota bene : Gracq est l'auteur du livre André Breton, éd. José Corti, 1948. Voir aussi son article "Revenir à Breton" après sa mort en 1996.
- Passage Breton, documentaire de Robert Benayoun, produit par Michel Polac, ORTF, 19 avril 1970, avec Salvador Dalí, Jean-Christophe Averty, Julien Gracq, André Pieyre de Mandiargues, Jean Schuster, José Pierre, Jacques Baron, Robert Lebel, Roberto Matta, Joyce Mansour, René Alleau et Man Ray, 1h 19 (+ u
n montage à partir de ce film de 6 min).
- Maison André Breton à Saint-Cirq-Lapopie, Terre d'Artistes, France 2, 29 mars 2016, 5 min. Maison d'André Breton, Collection Maisons d'écrivains, Librairie Mollat, 22 décembre 2016. Voir le site de la maison ici.
- La véritable histoire de "Nadja" de Breton, Art et création, par Camille Renard, 9 janvier 2020 : après la découverte de manuscrits, de lettres et de carnets de Breton, 5 min 40.
- Nadja, André Breton, avec Saphia Richou. ESCE (École supérieure du commerce extérieur), Forum des Humanités, 10 janvier 2020, 20 min.
- Trésors de Richelieu : Le manuscrit de Nadja d’André Breton acquis en 2017 : présentation Jacqueline Chénieux-Gendron (CNRS) et Olivier Wagner (BnF), 25 février 2020, 1h.

Les œuvres d'André Breton (actuellement disponibles)

Signalons que Breton a publie trois textes illustrés de photographies : Nadja en 1928, puis 1955 : Les vases communicants en 1932, et L'amour fou en 1937.

› Aux Éditions Gallimard : les poèmes, essais et autres textes

- 1919 : LES CHAMPS MAGNÉTIQUES (en collaboration avec Philippe Soupault, voir le fac-similé), suivi de VOUS M'OUBLIEREZ et de S'IL VOUS PLAÎT (Poésie/Gallimard)
- 1924 : LES PAS PERDUS (L'Imaginaire) en partie en ligne ici
- 1924 : MANIFESTE DU SURRÉALISME (Idées/Gallimard, 1963), en ligne ici
- 1927 : INTRODUCTION AU DISCOURS SUR LE PEU DE RÉALITÉ (Tirages restreints)
- 1928 : LE SURRÉALISME ET LA PEINTURE (Folio essais)
- 1928 : NADJA (Folio)
- 1932 : LES VASES COMMUNICANTS (Folio essais)
- 1934 : POINT DU JOUR (Folio essais)
- 1937 : L'AMOUR FOU (Folio), en partie en ligne ici
- 1949 : POÈMES (Reliures d'éditeur)
- 1952 : ENTRETIENS (1913-1952) (Idées/Gallimard) : un extrait audio de 2 min 52 avec André Parinaud
- 1967 : MANIFESTES DU SURRÉALISME (Folio essais) Manifeste du surréalisme. Poisson soluble, éd. du Sagittaire, 1924 - Second manifeste du surréalisme, éd. Kra, 1930 - Manifestes du surréalisme (Idées/Gallimard, 1963) - Poisson soluble (préfacé par Julien Gracq, Poésie/Gallimard, 1996, à l'origine préfacé par le Manifeste du surréalisme)
- 1966 : CLAIR DE TERRE, précédé de MONT DE PIÉTÉ, suivi de LE REVOLVER À CHEVEUX BLANCS et de L'AIR DE L'EAU (Poésie/Gallimard) en ligne ici
- 1968 : SIGNE ASCENDANT, suivi de FATA MORGANA, de LES ÉTATS GÉNÉRAUX, de DES ÉPINGLES TREMBLANTES, de XÉNOPHILES, L'ODE À CHARLES FOURIER, de CONSTELLATIONS, et de LE LA, illustrations de Joan Miró (Poésie/Gallimard)
- 1970 : PERSPECTIVE CAVALIÈRE (L'Imaginaire)
- 1991 : JE VOIS, J'IMAGINE : poèmes-objets, préface d'Octavio Paz (coll. Livres d'Art) : 143 œuvres plastiques d'André Breton.

› Aux Éditions Gallimard, coll. Bibliothèque de La Pléiade

- ŒUVRES COMPLÈTES, I (1988), II (1992), III (1999), IV (2008)

› Aux Éditions Gallimard, coll. Blanche : les correspondances

- 2009 : LETTRES À AUBE (1938-1966), fille d'André Breton
- 2011 : LETTRES À ANDRÉ BRETON (1918-1931) d'Aragon

- 2016 : LETTRES À JACQUES DOUCET (1920-1926)
- 2016 : LETTRES À SIMONE KAHN (1920-1960)
- 2017 : CORRESPONDANCE (1920-1959) Breton-Benjamin Péret
- 2017 : CORRESPONDANCE AVEC TRISTAN TZARA ET FRANCIS PICABIA (1919-1934)
- 2019 : CORRESPONDANCE (1919-1938) Breton-Éluard

› Le Livre de poche

- 1935 : POSITION POLITIQUE DU SURRÉALISME
- 1944 : ARCANE 17
- 1950 : ANTHOLOGIE DE L'HUMOUR NOIR

• André Breton : repères biographiques

- 1896-1913 : enfance et formation
- 1914-1918 : les rencontres littéraires pendant la période de la guerre
- 1919-1939 : entre les deux guerres
- 1941-1946 : cinq années en Amérique
- 1946-1966 : activités artistiques et politiques
.

Expositions

- Une exposition à la BNF "L’Invention du surréalisme : des Champs magnétiques à Nadja" du 15 décembre 2020 au 14 mars 2021 (impossible à voir à cause de la pandémie ; dossier de presse ici, bibliographie André Breton ).

- Antérieurement, au Centre Pompidou, trois expositions :

› André Breton, "La beauté convulsive" du 25 avril au 26 août 1991 (programme ici)
› "La Révolution surréaliste" du 6 mars au 24 juin 2002 (programme ici)
› "Le Surréalisme et l'objet" du 30 octobre 2013 au 3 mars 2014 (programme ici, dossier de presse ).

En cette saison de confinement, certains d'entre nous ont réussi à voir
trois expositions d'artistes liés au surréalisme (où Breton ne manque pas d'être cité, voire représenté) :

- au Musée d’art moderne à partir du 18 septembre 2020 : "Victor Brauner. Je suis le rêve. Je suis l'inspiration"

- au Musée du Luxembourg à partir du 23 septembre 2020 : "Man Ray et la mode"

- au Musée de l'Orangerie à partir du 16 septembre 2020 : "Giorgio de Chirico. La peinture métaphysique"

André Breton raconte : "C'est une toile de Giorgio de Chirico, datée de 1914, qui s'intitule Le Cerveau de l'enfant. Elle est douée, en effet, d'un pouvoir de choc exceptionnel. Qu'il me suffise de rappeler que, passant en autobus rue La Boétie devant la vitrine de l'ancienne galerie Paul Guillaume, ou elle était exposée, mû par un ressort je me levai pour descendre et aller l'examiner de près. Je mis longtemps à me soustraire a sa contemplation et, à partir de là, je n'eus plus de cesse avant de pouvoir l'acquérir."

C'est Aragon qui a baptisé Le Cerveau de l’enfant le tableau intitulé Le Revenant.

Voir l'article "Giorgio de Chirico et la 'Bande Breton' 1918-1928", Gerd Roos et Martin Weidlich, revue Ligeia, janvier-juin, 2020


L'énigme de la journée
, Giorgio de Chirico,1914 New York, The Museum of Modern Art

Portrait photographique d'André Breton
par Man Ray devant le tableau en 1922
- Et à la cinémathèque : une rétrospective Luis Buñuel, réalisateur surréaliste, à partir du 30 septembre 2020.


Genèse de Nadja : toute une histoire...

- Le manuscrit de Nadja : 2 millions d'euros..., un trésor national..., voir l'histoire

- Contexte amoureux : Georgina, Simone, Lise, Suzanne, Jacqueline... et les deux Nadja, voir quelques détails

- Contexte politique : des échos dans Nadja...

- Contexte littéraire : pas question de faire sortir la Marquise à cinq heures... d'où Nadja...

- Composition : Aragon écrit facilement, Breton peine, voir le cheminement.

- Édition : d'abord un fragment, puis en anglais, puis intégralement en 1928 ; réédition en 1963 avec 300 corrections..., voir les étapes.

- Les photos dans Nadja : plus du quart du livre est composé de photos. De photos de quoi ? De lieux, objets, statues, portraits, tableaux, affiches, textes, dessins. Voir le détail des 48 images...

• Qui est Nadja ?

Pourquoi ne pas voir en Nadja, en dépit des indications d'André Breton, seulement une œuvre de fiction ?...

"La personne qui s'était elle-même nommée Nadja a pourtant bien existé, mais on ne saurait dire si elle a été le modèle, l'égérie, ou l'occasion du récit.
Léona Delcourt est née dans le nord de la France en 1902 d'une famille modeste. Elle arrive à Paris vers 1923, après avoir laissé à sa mère une fille née en 1920. À Paris, elle fréquente les milieux du spectacle et vit de façon précaire, au gré de liaisons avec des "amis" ou de rencontres tarifées. Cette jeune femme attire par son charme étrange plus que par sa beauté. Et c'est ce charme d'énigme qu'André Breton va percevoir, explorer et pousser sans doute à son paroxysme dans sa rencontre avec elle, par hasard, pendant neuf jours, du 4 au 13 octobre 1926. Leurs rendez-vous sont marqués, d'emblée, par une passion amoureuse totale de la part de Nadja et par une réserve certaine de la part de Breton qui, pourtant, manifestait une attirance irrépressible vers ce qui lui semblait en elle un savoir essentiel. Il lui faisait lire quelques- uns de ses textes et l'amena même auprès de ses amis surréalistes. Elle lui écrivit des lettres où l'amour et la plainte se tissent avec des phrases parfois poétiques au creux d'une fragmentation insolite des textes du poète. Au lendemain d'une nuit à Saint-Germain, dont nous ne savons rien, Breton essaie de rompre et espace ces rencontres. Le désespoir de la jeune femme atteint des abîmes qui lui font rejoindre par un délire manifeste une fragilité et un malheur qui existaient déjà à bas bruit. Breton la voit de moins en moins, essaie pourtant de l'aider financièrement. Elle écrit et dessine, et envoie à Breton ses messages. Au début de l'année 1927, en proie à des hallucinations, elle est internée à l'hôpital Sainte-Anne puis à l'hôpital Perray-Vaucluse. Ses parents facilitent un transfert dans un hôpital proche de chez eux, où, malade, elle meurt le 15 janvier 1941." (Christiane Lacôte-Destribats, Passage par Nadja, éd. Galilée, 2015)

"Me trouvant dans le Nord, à Bailleul, dans le cadre d'une célébration de Marguerite Yourcenar - qui, elle, m'est absolument lointaine - j'ai été abordée par une jeune écrivaine, Amina Danton. Comme une messagère inespérée, elle m'a proposé de me conduire au cimetière municipal sur la tombe de Nadja, qu'elle avait trouvée en se rendant à la Mairie et où elle venait d'aller. J'avais lu que Nadja était morte dans un asile, je ne savais pas que c'était à Bailleul, la ville même où Bruno Dumont a tourné ses premiers, sombres, films. Devant la tombe - juste un carré de terre avec une bordure en ciment et l'inscription "Léona Delcourt 1902-1941" - je pensais à ses paroles : "André ? André ? Tu écriras un roman sur moi. De nous il faut que quelque chose reste…". Je pensais que nous étions dans ce cimetière sous un soleil de plomb par le pouvoir d'un livre, la grâce agissante de la littérature." (Annie Ernaux, 2018, site annie-ernaux.org)

Le jour même de notre rencontre paraît un article de 4 pages "Léona Delcourt, la femme qui inspira Nadja à André Breton", par Emmanuelle Lequeux, M le magazine du Monde, 23 janvier 2021.

Sites

- Le site André Breton, très rigoureux : www.andrebreton.fr ; Jacqueline Chénieux-Gendron, directrice de recherche émérite au CNRS, membre du conseil scientifique du site andrebreton.fr, auteure de nombreux ouvrages sur le surréalisme, est aussi conseillère scientifique de l'exposition à la BNF.

- Tout sur Nadja : www.site-magister.com/nadja


- Le site Mélusine, production de l'Association pour l’étude du surréalisme présidée par Henri Béhar, permet l’accès à quantité d’œuvres et de documents : www.melusine-surrealisme.fr

- Le site Philosophie et surréalisme :
www.philosophieetsurrealisme.fr, réalisé par Georges Sebbag, auteur de nombreuses publications sur le surréalisme.

Des analyses de Najda

Ce qu'en disent André Breton lui-même, Patti Smith, Annie Ernaux, Maurice Blanchot, Antoine Compagnon et d'autres...

› Ce que dit André Breton sur son livre Nadja
André Parinaud : "Il semble que vous prêtiez, au moins dans l'état actuel des connaissances, une sorte de vertu magique à la rencontre. Est-ce qu'un ouvrage comme Nadja ne constitue pas, à cet égard, la meilleure illustration de votre pensée ?

Une sorte de vertu magique, oui, d'autant que pour moi le plus haut période que pouvait atteindre cette idée de rencontre et la chance de son accomplissement suprême résidait, naturellement, dans l'amour. Il n'était même pas de révélation sur un autre plan qui pût tenir à côté de lui. Peut-être était-ce lui et lui seul, parfois sous un déguisement, qui était l'objet de cette quête dont je parlais. Il me semble, en effet, qu'un ouvrage comme Nadja est pour l'établir clairement. L'héroïne de ce livre dispose de tous les moyens voulus, on peut vraiment dire qu'elle est faite pour centrer sur elle tout l'appétit de merveilleux. Et pourtant, toutes les séductions qu'elle exerce sur moi restent d'ordre intellectuel, ne se résolvent pas en amour. C'est une magicienne, dont tous les prestiges jetés dans la balance pèseront peu en regard de l'amour pur et simple qu'une femme comme celle qu'on voit passer à la fin du livre peut m'inspirer. Il se peut, d'ailleurs, que les prestiges dont s'entoure Nadja constituent la revanche de l'esprit sur la défaite du cœur. On a assisté à quelque chose d'analogue dans le cas du fameux médium Hélène Smith, dont les merveilleuses pérégrinations de planète en planète, consignées dans Des Indes à la planète Mars et dans Nouvelles observations sur un cas de somnambulisme, semblent avoir pour objet de concentrer sur elle seule, coûte que coûte, l'attention de Théodore Flournoy, qui l'observait et dont elle n'avait pu se faire aimer." (Entretiens)

› Ce que dit Patti Smith (que nous avons lue)

"J'ai lu Nadja, d'André Breton, très jeune, et je m'étais toujours dit que j'aimerais écrire un livre comme ça, qui aurait des photographies, même si les miennes ne sont pas celles de Man Ray." (Écrire sans destination : rencontre avec Patti Smith, par Elisabeth Franck-Dumas, Libération, 22 avril 2016)

› Ce que dit Annie Ernaux (que nous avons lue)

"C'est donc au travers de l'écriture d'André Breton que j'ai reçu l'empreinte d'idées, de refus et de positions définissant le mouvement certainement le plus déterminant du XXème siècle dans l'art et sur la sensibilité" (voir la suite).

› Antoine Compagnon, dans son cours au Collège de France, "Écrire la vie" en 2009, il examine dans la séance "Le récit en question" les partis pris qui ont alimenté le débat sur la question de l'écriture de vie depuis les années quatre-vingt. Malgré les critiques et les préjugés formulés contre elle, certains écrivains ont œuvré à sa relégitimation, en usant de différentes tactiques de contournement dont il retient trois exemples (des auteurs que nous avons lus), présentés à rebours de la chronologie :

- L'entreprise autobiographico-romanesque d'Alain Robbe-Grillet dans Le Miroir qui revient (1983) fournit l'exemple d'une reconversion du Nouveau Roman à la littérature personnelle - de même que L'Amant (1984) et La Douleur (1985) de Marguerite Duras, ou encore Enfance (1983) de Nathalie Sarraute, dont le prologue répond aux griefs adressés par ses contemporains à la littérature personnelle.
- Une autre voie entre la résignation à raconter une "vie reçue" et le parti pris de la fiction mise au service de la vérité du souvenir est incarnée par l'entreprise menée dans Roland Barthes par Roland Barthes, dont la mise en garde liminaire "Tout ceci doit être considéré comme dit par un personnage de roman"
- Le troisième exemple de contournement des dangers supposés de l'écriture de vie est celui de Nadja d'André Breton (1927-1928), qui constitue un jalon important dans l'histoire du renouveau des pratiques de la littérature personnelle au XXe siècle, depuis le défi relevé par le roman proustien de rassembler tous les fragments d'une vie jusqu'aux écritures de vie contemporaines privilégiant l'ébauche, la lacune, la juxtaposition (voir la suite ici).

Ainsi, trois tactiques de réhabilitation du récit de vie sont-elles dégagées par Antoine Compagnon :

- le recours à la fable prôné par Robbe-Grillet
- le recours au fragment utilisé par Barthes
- le recours à la photographie comme moyen d’authentification chez Breton.

› Maurice Blanchot (dont nous avons lu Thomas l'Obscur...), souligne en 1967, l'importance de ce livre :

En refusant le genre romanesque, coupable d'inventer sans invention d'une part, d'autre part en refusant tous les autres genres coupables de ne pas inventer sans dire vrai, ce n'est pas à une préoccupation esthétique qu'André Breton veut répondre, c'est une mutation bien plus décisive qu'il a en vue. Nadja est en ce sens la grande aventure dont nous sommes loin d'avoir considéré tout ce qu'elle nous demande, tout ce qu'elle nous promet.

Il y a d'abord cette difficulté : le texte (appelons-le récit) est de l'ordre de la constatation. Ce qui s'y passe s'est effectivement passé. Quelque chose a lieu qui a eu lieu dans un temps parfois précisé par une date (comme on arrache une feuille à un calendrier) et dans des endroits que les photographies rendent présents (en les soustrayant à la fluctuation verbale). Le récit exclut la fiction, il fait partie de ces livres qu'on laisse battant comme des portes et desquels on n'a pas à chercher la clef. (voir la suite ici)

› Magali Nachtergael est l'auteure de :
- "Nadja. Images, désir et sacrifice", Revue Postures, Université du Québec à Montréal, n° 7, 2005, 17 p.
- une thèse : Esthétique des mythologies individuelles : le dispositif photographique de Nadja à Sophie Calle Université Paris-Diderot - Paris VII, 2008, 514 p.

› Une approche psy à propos de la "confrontation avec la toute-puissance de la pensée dé-lirante" : "Plus de magie : la pensée de Nadja. Un aperçu analytique", Livio Boni, Cliniques méditerranéennes, n° 85, 2012.

› "Des incipit qui ne commencent pas. Le 'je', la 'rencontre' et l’'envie' de Breton", Licia Taverna, Revue Synergies des pays riverains de la baltique, GERFLINT (Groupe d’études et de recherches pour le français langue internationale), n° 11, 2017, 18 p.

Licia Taverna discerne trois aspects :
- une structure apparemment éclatée, en partie abolie en faveur d’une progression discontinue et fluctuante quant au style, aux sujets traités...
- un genre littéraire qui est à la fois un récit de vie, un roman, un journal, un traité philosophique, un manifeste théorique, le récit de la faillite d’un amour et un dialogue d’amour...
- un dialogue intertextuel entre Nadja et le Manifeste du Surréalisme.

› Pour les amoureux de Marguerite Duras : "Dialectiques du sujet dans Nadja d'André Breton et L'amant de Marguerite Duras", thèse de Juliana Duarte, Texas Tech University, 2012.

"Images de l'Amour dans Nadja d'André Breton", Pierre Taminiaux, Revue des lettres et de traduction, n° 13, 2008.

› "Nadja, Breton à la folie" par Frédérique Roussel, Libération, 9 août 2019 : enfin un article reposant, simple à lire.

Réactions après la publication et fortune de l'œuvre

Mai 1928 : parution de Nadja.
Le 9 août 1928, le poète se plaint à Éluard qu’on fait "silence à peu près complet sur Nadja". Quel impatient !
Voici des réactions en 1928 de ceux "qui comptent" :
- Jean Cocteau déclare avoir beaucoup aimé le livre (Les Nouvelles littéraires du 4 août).
- Drieu La Rochelle écrit lui aussi tout le bien qu'il pense de l'œuvre (Candide 9 août).
- Chronique d'Edmond Jaloux (Les Nouvelles littéraires 22 septembre) qui est presque totalement consacrée à Nadja : il se dit surtout frappé "par le monde à demi surnaturel où règne Nadja" qui lui rappelle celui de William Blake.
- Paul Morand y voit "la fleur" du "roman surréaliste" (Les Nouvelles littéraires, 10 novembre)
- René Daumal (Cahiers du Sud, novembre), montre que l'aventure avec Nadja annonce et prépare la rencontre de Breton avec celle qui va lui révéler "le principe de subversion totale" que constitue L'Amour.
La plupart des critiques, même s'ils ne le comprennent pas toujours très bien ou sont hostiles aux objectifs du surréalisme, soulignent la nouveauté et l'importance du livre :
- Gabriel Marcel (L'Europe nouvelle, 7 juillet)
- Daniel-Rops (La Voix, 1er novembre)
- Léon Pierre-Quint qui en admire tout particulièrement la structure et le style (L'Europe nouvelle, 3 septembre).

Étapes ultérieures au bénéfice de la place de Breton dans l'"institution" littéraire :
- 1966 : "Entretiens de Cerisy" sur Breton
- 1967 : numéro spécial de la NRF sur Breton
- 1968 a porté certaines idées surréalistes qui avaient en quelque sorte imprégné "l'air du temps" qui a renforcé l'intérêt des intellectuels pour ce que fut le mouvement avant et après la guerre.
- 1969 : numéro de la revue Europe sur Breton
- 1970 : inscription de Nadja au programme de l'agrégation des lettres.

(Voir le détail de "la fortune" de Nadja sur 50 ans ICI)

• Des livres centrés sur Nadja

Étonnants, tous ces livres, qui mettent en scène Nadja...

J’aimerai André Breton de Serge Filippini, Phébus, 2018 : l'héroïne du livre venue par hasard à Saint-Cirq-Lapopie où habite Breton, rencontre un poète qui lui offre un exemplaire de Nadja : une relation se noue avec l'auteur...

"Elle avait gardé toute la nuit Nadja serré entre les cuisses – comme si elle avait attribué à ce livre un pouvoir magique. Mais le petit volume à présent lui comprimait le ventre.
Elle l’avait toujours à la main quand elle s’est levée pour aller aux toilettes. Elle a pris au passage, sur la table, un Bic noir appartenant à l’auberge. Dans le cabinet, elle a ouvert Nadja sur ses g
enoux à la page de titre et écrit méticuleusement J’aimerai au-dessus du nom de l’auteur, en script du même corps. Elle a tracé avec art toutes ses lettres afin que la mention nouvellement composée soit bien unifiée, et que ses propres caractères paraissent eux-mêmes sortir de l’imprimerie."

Passage par Nadja, Christiane Lacôte-Destribats, éd. Galilée, 2015, reproductions de dessins et de lettres de Nadja ; l'auteure est psychanalyste à Paris, a été membre de l’École freudienne de Paris et présidente de l’Association lacanienne internationale ; extrait ici ; en vidéo, débat autour du livre organisée par l'EPHEP (École pratique des hautes études en psychopathologies) et l'ALI (Association lacanienne internationale), 1h35.

Nadja et Breton : un amour juste avant la folie, Julien Bogousslavsky, éd. L'Esprit du Temps, 2012 ; l'auteur, suisse, est professeur de neurologie, fils d'un faux monnayeur qui s'illustra par le vol d'un Watteau au Louvre, lui-même jugé pour avoir détourné des millions dans son hôpital pour acheter des livres anciens..., c'est d'un romanesque...

Léona, héroïne du surréalisme, Hester Albach, trad. Arlette Ounanian, Actes Sud, 2009, extrait ici : la romancière néerlandaise lit par hasard Nadja, lecture qui la lance dans une enquête (qui est Nadja ?), dont cet ouvrage est à la fois le récit et le résultat.

Moins centrés sur Nadja que les précédents, deux romans l'évoquent :
- Le pire, c'est la neige, Jacqueline Demornex, Sabine Weispieser, 2009
- Si tu me quittes, je m'en vais, Yvon Le Men, Flammarion, 2009.

• Le groupe de Tenerife a des souvenirs sur place...

Trois expositions internationales du surréalisme en 16 mois :
- En mars-avril
1935, André et Jacqueline Breton, Paul et Nush Éluard, séjournent à Prague.
- Le mois suivant, du 4 mai au 27 mai, le couple Breton et Benjamin Péret voyagent aux Canaries.
- Un an après, en juin-juillet 1936, Breton, Éluard et Dalí participent à l’Exposition internationale du surréalisme à Londres.

Concernant Tenerife, voyage, exposition surréaliste, conférence (à l’Ateneo de Santa Cruz de Tenerife), visites, interview (dans la revue culturelle socialiste de culture Indice), polémiques (dans le journal catholique de Tenerife outré par l'exposition)..., sont relatés :
- "Le voyage d'André Breton à Tenerife", Emmanuel Guigon, Mélanges de la Casa de Velázquez, tome 25, 1989
- "Breton aux Canaries", Georges Sebbag, Mélusine, n° 18, novembre 1998.
- L'amour fou d'André Breton, qui paraît deux ans après le voyage, centré sur Jacqueline, a des pages sur Tenerife...


Inauguration de l'Exposition surréaliste à Santa Cruz de Tenerife : au centre, André et son épouse (d'alors...) Jacqueline

 

 
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