Robert Walser en 1907,
date de la publication
des Enfants Tanner


Trad. de l'allemand (Suisse) Jean Launay, Folio,
1992

Quatrième de couverture :

"De tous les endroits où j'ai été, poursuivit le jeune homme, je suis parti très vite, parce que je n'ai pas eu envie de croupir à mon âge dans une étroite et stupide vie de bureau, même si les bureaux en question étaient de l'avis de tout le monde ce qu'il y avait de plus relevé dans le genre, des bureaux de banque par exemple. Cela dit, on ne m'a jamais chassé de nulle part, c'est toujours moi qui suis parti, par pur plaisir de partir, en quittant des emplois et des postes où l'on pouvait faire carrière, et le diable sait quoi, mais qui m'auraient tué si j'étais resté. Partout où je suis passé, on a toujours regretté mon départ, blâmé ma décision, on m'a aussi prédit un sombre avenir, mais toujours on a eu le geste de me souhaiter bonne chance pour le reste de ma carrière."



Gallimard, 1985

Robert Walser en 1900

Robert Walser (1878-1956)
Les enfants Tanner (1907, traduit en français 1985)

Nous avons lu ce livre pour le 5 décembre 2020.
Le groupe breton l'a lu pour le 26 novembre.

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Marie-Odile, du groupe breton, nous a proposé de lire ce livre
Il y a quelque temps, un écrivain, dont je ne me souviens plus, a cité cette œuvre lors d'une rencontre au Silence de la mer. Je l'ai gardée en mémoire. Puis dans un des documents diffusés dans le groupe lors du confinement, où je crois des écrivains ou pas écrivains proposaient un livre pour sortir du confinement, Wajdi Mouawad avait choisi ce titre. Je me devais alors de lire ce roman apparemment incontournable écrit en 1907 par cet écrivain suisse de langue allemande. C'est maintenant chose faite et j'ai grandement apprécié l'écriture donc la lecture de ce texte.
À chaque page, je me disais : c'est un livre pour le groupe de lecture, et ce, d'autant plus que cet auteur n'a jamais été lu à Voix au Chapitre, bien qu'il ait été cité "de loin en loin" dans les propositions.
Il ne s'agit pas cette fois de proposer une œuvre que j'adore, mais de vouloir satisfaire ma curiosité : que penseraient les un(e)s ou les autres de ce texte original, de ce personnage attachant mais aussi agaçant, de la trame narrative, de l'approche de tous ces thèmes (l'art, la nature, la culture, le travail, l'autre, la fratrie, les choix de vie, la liberté, l'argent, les pauvres etc.) dans de longs (presque) monologues mais aussi lettres, rêves qui constituent le récit. Les dialogues portent une réflexion tantôt naïve, tantôt profonde, parfois datée. Le personnage souvent en mouvement emmène le lecteur de jour ou de nuit, dans la ville ou dans la montagne, au gré de ses cheminements, suivant les saisons. Les descriptions ont alors la beauté d'un spectacle, la douceur d'une rêverie, la magie d'un conte... J'y ai personnellement trouvé de belles pages.
J'imagine un échange intéressant au cas où le groupe accepterait cette lecture.
Hugues de la Salle a fait une adaptation de ce texte : la note d'intention en parle bien.

Nos 28 cotes d'amour parisiennes et bretonnes
EtienneLauraRenée
BrigitteClaireDanièle Manuel Marie-Odile
Chantal Denis Édith Fanny Monique L
Rozenn
 
SuzanneYolaine
Annick LCatherineChristianCindyJacqueline
MarithéNathalieRichardSéverine
Françoise JeanKatell
"Auditrice libre" : Geneviève

Fanny(avis transmis)
J'ai rapidement accroché à la lecture des premières pages, séduite par le profil décalé de Simon dans son rapport au travail. Je trouvais alors le personnage sympathique et irrévérencieux.
J'y ai également vu une peinture sociale.
J'ai trouvé le style d'écriture bien tourné à la fois recherché et facile à lire, les phrases s'enchaînant sans peine à la lecture.
Environ au tiers du livre cependant l'ennui m'a saisie. Trop de répétition dans le parcours de Simon, de son frère et de sa sœur. Ce qui m'avait séduite dans le profil de Simon m'a finalement agacée. Je l'ai trouvé pour le moins naïf, voire benêt dans son approche de la vie et notamment dans son rapport contemplatif à la nature, et également d'une grande passivité par rapport au cours de sa vie.
J'ai néanmoins été au bout de la lecture, l'écriture plaisante m'ayant facilité la tâche.
J'ai regagné en intérêt sur les dernières pages lorsque Simon raconte le parcours de vie de ses parents, mais j'avoue n'avoir rien compris aux dernières lignes (je me suis même demandé si je n'avais pas sauté une page).
J'ai ensuite recherché très rapidement qui était l'auteur, et entraperçu la part autobiographique de l'œuvre. À rebours, la lecture a pris un autre intérêt. Si je n'ai pas eu d'empathie pour les personnages du livre, j'en ai en revanche ressenti pour l'auteur et pour sa démarche littéraire (témoignage ? catharsis ? lutte contre la folie ?...)
J'ouvre ½ (en prenant garde à ne pas confondre l'auteur et le narrateur ??).
J'ai ensuite lu L'Étang et Félix. Dans les deux cas ces lectures étaient brèves et le thème de la famille à nouveau central. J'ai aimé le caractère baroque de la construction et des dialogues. Mais je dois dire que je n'ai pas compris grand chose au fond de ses propos, excepté l'écho avec une histoire familiale et des personnages perturbés. Ces deux textes mériteraient pour moi une analyse approfondie. Les voir au théâtre aiderait peut-être aussi à les apprivoiser.
J'ouvre L'Étang ¾ et Félix ½.
Bel échange sur Zoom et toujours hâte de vous retrouver dès que ce sera possible.
Françoise(avis transmis)
Ce livre m'est tombé des mains. J'ai vraiment essayé d'aller au moins jusqu'à la moitié selon le principe que je m'impose en général pour les livres du groupe lecture.
Mais quel effort ! Des monologues, descriptions à n'en plus finir. Au bout de deux phrases, on a compris, c'est bon, après c'est de la tautologie, Un exemple de logorrhée lassante, celle de Kaspar quand son frère Klaus lui suggère de faire un voyage en Italie (p. 78-79 dans l'éd. Folio). Et il y plein d'autres exemples. La concision n'est pas le fort de Walser. Je n'ai pas non plus été accrochée par le style ; je me suis demandé si la traduction y était pour quelque chose. Parfois je ne comprenais pas ce qu'il voulait dire. À part Simon - fort antipathique - les personnages n'ont pas de chair, sauf Klara, un peu. On se demande ce qui les anime. Ce sont plutôt des ombres. Seule m'a touchée la mort de Sebastian, mais j'étais choquée que Simon le laisse là et passe son chemin. Je n'ai pas compris le projet de l'auteur, peut-être parce que je ne l'ai pas lu jusqu'au bout.
Je le ferme à regret car j'ai été intéressée par les docs sur l'auteur que Claire nous avait envoyés. Eh oui, l'homme et l'écrivain c'est pas pareil.
Etienne (avis transmis)
M'est venu à l'esprit une récente réflexion de Lisa : ce livre, je l'ai lu il y a un an, je l'ai adoré, mais je ne me rappelle plus exactement pourquoi. Je vais tout de même essayer de développer car j'avais été tellement emballé que j'avais acheté Morceaux de prose et la fascination s'était répétée.
Sans rentrer dans les détails, puisque je ne les ai plus en tête, ce qui me reste est l'onirisme qui enveloppe comme un cocon ce texte. Cette sensation de réel pas tout à fait réel sans qu'on puisse mettre le doigt sur ce qui change. Peut-être ces personnages mi-naïfs mi-résignés. Une sorte de mélancolie apaisante. Je garde aussi une image très forte de la nature en hiver : les montagnes, la neige… à tel point qu'elle me paraissait un personnage du livre.
Je ne pourrai pas en dire tellement plus, car le rêve est sédimenté dans mon inconscient. Je l'ouvre en grand.
Monique L
C'est une œuvre curieuse sans réel fil conducteur, un roman introspectif.
L'impression la plus immédiate, c'est que c'est très bavard, au point que cela en est parfois saoulant.
C'est une succession de longs monologues et de réflexions qui suivent le vagabondage de l'auteur sans réelle construction. C'est une œuvre surprenante et parfois agaçante. Rien de trépidant, mais le livre reste malgré tout prenant.
Je dois reconnaître que malgré l'agacement parfois, j'ai continué ma lecture sans déplaisir.
Il y a des moments où j'ai eu du mal à y croire comme les divers discours de Simon avec ses employeurs, son arrivée chez Klara, la façon dont toutes les personnes rencontrées se livrent si facilement.
Il y a des moments de surprise, voire d'incompréhension, comme le changement d'attitude de Hedwig le lendemain de son grand monologue sur son désir de changer radicalement de vie.
Il y a de très belles descriptions de la nature, parfois très poétiques.
Simon est une sorte de poète qui vit dans l'instant présent et observe le monde qui l'entoure.
Il est instable, beau parleur, vaniteux, agaçant, excentrique, marginal, réfractaire, rêveur, plein de contradictions et impulsif, mais a visiblement du charme. C'est un personnage complexe, pour lequel on sent que la folie n'est pas loin.
On peut voir dans ce texte une sorte de manifeste d'une vie d'artiste difficilement compatible avec une vie normale et la banalité du quotidien.
Qu'en est-il des autres personnages ? Les autres enfants Tanner font des apparitions au gré de leurs relations avec Simon. Le seul sujet est Simon et son rapport avec les autres. Il nous fait part de leur façon de vivre et ce qu'il ressent à leur contact.
Que penser du rôle de Sebastian, le poète ?
Je reste déroutée par cette œuvre que je suis contente d'avoir lue. J'ouvre à ½.
Nathalie
Il me reste 80 pages, j'en suis après l'apparition d'Emil. C'est un livre très particulier, je rejoins ce qui a déjà été dit. Il part dans tous les sens, fait des virages à 180 degrés, comme par exemple quand on passe d'un chapitre à un autre ("trois semaines passèrent" p. 220) et que jamais on ne sait pour quelle raison, il est parti de chez "Madame". Même si je n'ai pas eu le temps de finir, je suis allée voir la postface pour voir les partis-pris d'écriture : j'ai mieux compris les ruptures fantaisistes ; il a écrit en écriture automatique à partir de mots, de dessins. Il s'autorise toutes les licences narratives "l'écrivain doit se laisser aller, avoir le courage de se perdre, d'oser tout, chaque fois" (postface p. 342).
Il se trouve chez la femme qui a un enfant, puis il n'y est plus : voilà ! La rupture brutale se suffit. C'est une écriture de fantaisie, ou même proche de la fantasy. Il y a une grande place donnée au rêve, et ça va très loin : je me demande s'il a pris des notes de ses propres rêves ou s'il les invente.
J'ai pensé à Martin Eden, en raison du monde idyllique qui est montré, mais aussi par cette recherche permanente des qualités les plus élevées de l'âme humaine. Il y a une tonalité romantique au sens des Romantiques du XIXe qui passent leur temps à chercher à s'élever. C'est quoi ce monde ? C'est un monde qui n'existe pas. Ils ne sont pas faits de chair. Les personnages sont toujours dans l'introspection, uniquement cérébraux.
Le récit fait naître des contradictions, par exemple la jeune fille qui écrit une lettre pour travailler en Italie : elle rêve de partir, de se réaliser, de se mettre en position de soumission pour une maîtresse dont un rictus satisfaisant serait la récompense ultime à une vie exclusivement tournée vers la satisfaction des désirs, et pourtant c'est lui qui va vivre ce qu'elle voudrait vivre, c'est lui qui va se mettre au service de la première qui passe et lui tend un paquet à porter !
J'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de passages connotés sexuellement : des rapports de force, du sadomasochisme, le fétichisme de la chaussure. J'ai pensé à la Comtesse de Ségur (pour les punitions qu'on s'inflige, les flagellations morales). Quant à la place des femmes… Il y a toujours une morale : il s'agit d'être à la hauteur de l'homme.
Mais il y a de très belles descriptions, des scènes magnifiques comme celle de l'apparition de Klara dans la salle des repas où il la regarde avancer vers lui. Image gravée dans ma mémoire.
Ce livre est un ovni. J'ai beaucoup pensé à la psychanalyse, à Freud.
Je ne peux pas donner ce livre aisément. C'est un incontournable, ardu. Tout le monde considère qu'il faut l'avoir lu, mais en vérité peu dans mon entourage l'ont lu. J'ouvre un quart, il n'a pas changé ma vie.
Danièle
Ce livre est pour moi un roman très intéressant, tellement foisonnant qu'on ne sait pas toujours comment y entrer.
C'est un roman introspectif, mais qui nous place au cœur d'une société du tout début du 20e siècle, dans tous ses aspects : psychologiques, sociétaux, artistiques...
Mais ce qui m'a particulièrement intéressée, c'est qu'il a toutes les apparences d'un roman initiatique ou roman d'apprentissage, dans la veine de la tradition littéraire allemande du "Bildungsroman". Mais le hic, c'est que le personnage principal, Simon, n'évolue pas ! Le roman regorge de ces rencontres inopinées avec ses frères et sœurs, des gens de passage et surtout des femmes telles que Klara, qui devraient changer sa vie et le former. Mais en fait, l'objectif n'est pas atteint, rien ne change. Simon se retrouve continuellement dans le même type de situations.
Sa quête du bonheur évolue aussi bizarrement, puisque, dès le début, un trait majeur de son caractère apparaît : il positive, il positive même à outrance sur tout ce qui lui arrive, voulant nous persuader qu'il est heureux ainsi. Mais en même temps il le recherche, ce bonheur. Simon semble nous dire que "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes", mais tandis que Voltaire se plaçait clairement au second degré, dans un esprit critique, ici on rencontre une souffrance. Est-il positif ou fataliste, finalement ? En tout cas, velléitaire...
Le sens du devoir l'occupe aussi durant toutes ses péripéties. Le mot "devoir" apparaît des dizaines (des centaines ?!) de fois : "je suis coincé entre quatre murs, mais mon cœur est rempli du plaisir que je trouve à mon modeste devoir".
Et pourtant, autre contradiction, il se présente comme un homme libre, marginal, libre de tout préjugé, insolent, qui sait merveilleusement étudier les gens et même les manipuler, parfois même, comme l'ont remarqué certains d'entre vous, dans des relations à connotation sexuelle, qui s'apparentent à du masochisme.
Toutes ces contradictions, qui semblent au premier abord ne conduire à rien, m'ont intéressée, justement par les pistes de réflexion qu'elles suggèrent et les courants de pensée de l'époque qu'elles évoquent. La clé du mystère est peut être ce passage, p. 104. Mais bien sûr, elle n'est pas à la fin du roman : "Seuls les crétins lisent des livres, car il faut être crétin pour ne rien faire d'autre. Créer des choses parmi ses semblables est l'unique façon de progresser. Alors quoi faire ? Écrire des poèmes peut-être ?" À nous de méditer cette sentence.
Dans certains passages, l'auteur nous fait traverser différents mouvements artistiques de son époque par allusion ou simplement par la magie de l'écriture. Par exemple, certaines descriptions évoquent l'atmosphère rendue par les peintres impressionnistes : "Ce matin là, Kaspar et Klara firent une promenade sur l'eau dans une petite barque de couleur" p. 63. Puis l'intérêt pour l'ambiance grouillante des villes, typique de l'expressionnisme, se retrouve dans d'autres passages, ainsi que, comme le dit Simon : "la laideur comme objet de peinture qui peut enchanter", ce qui était nouveau pour l'époque. En avance sur son temps aussi dans la description surréaliste de la ville vue du haut de la fenêtre : "tous ces gens […] se répandaient comme des fourmis, petits points noirs et mobiles […] et quand on songeait que chacun de ces points noirs avait une bouche avec laquelle il se préparait à absorber son déjeuner..." p. 64. Mais il ajoute : "On ne pouvait s'empêcher de rire". Alors là, la vision est tempérée par une certaine distance. Je ne voudrais pas parler de distanciation. Mais Simon, et sans doute l'auteur, nous livre sa conception de l'art p. 117 : "Que voulons nous trouver [dans un tableau]? nous voulons trouver l'explication de quelque chose mais d'une chose dont il est sûr qu'elle restera toujours inexprimable". Et c'est sans doute ce que nous retrouvons dans les merveilleuses descriptions de Robert Walser, de la nature en particulier, tout le long du roman.
Simon occupe la place centrale dans le roman. Les autres personnages gravitent autour de lui. Le personnage de Klaus m'a intéressée, car il m'a rappelé plus d'une personne de mon entourage. Klaus, persuadé d'être le détenteur de la vérité, s'autorise à juger les autres en fonction de ses propres critères, tout en sachant le mal que font ses reproches. Et de plus, il n'est pas satisfait de sa propre vie.
Les femmes ne m'ont pas paru très intéressantes, sans doute à cause des tirades chaotiques et sans fin que leur fait tenir l'auteur. La conception d'Hedwig sur le métier d'enseignant m'a paru étonnante et pour tout dire choquante ; elle le réduit au respect qu'on lui témoigne en tant qu'enseignante :"je dois essayer de voir s'il est possible d'être heureux sans devoir être respecté" p. 177.
Pour juger de la qualité de la traduction, je suis passée de temps en temps de la version française au texte original. La traduction française, en particulier des magnifiques descriptions de la nature, me semble très bonne. Dans l'ensemble, le texte allemand a conservé davantage de tournures et de termes surannés qui rendent très bien le contexte de l'époque, ce qui nous permet de mieux prendre nos distances vis à vis de certaines réflexions des personnages féminins.
J'ouvre ce livre aux ¾ en ayant l'impression qu'on pourrait sans fin citer des passages intéressants, et en essayant de ne plus penser à certaines tirades ennuyeuses et peu constructives.
Laura
Je n'ai pas pu lire au-delà de la page 132. Pour l'instant, j'adore. À Monique qui trouve le livre trop bavard je réponds le contraire, par le besoin de romancer sa vie pour qu'elle devienne intéressante ; je m'y suis retrouvée…
C'est assez poétique : les descriptions, avec le soleil qui se lève, et par rapport à une forme d'art.
Dès le début, j'ai pensé aux Désarrois de l'élève Törless de Musil, un roman d'apprentissages et qui, comme Danièle, j'ai senti que le personnage ne va nulle part, ayant le même sentiment en lisant les deux livres.
Pour l'instant, c'est grand ouvert (avis complet ci-dessous).
Rozenn
J'en suis à la moitié. Je n'ai pas du tout accroché à ce livre. Pas accroché à l'ensemble du livre, pas du tout, mais j'ai accroché à des phrases. Était-ce parce que, pour une fois, je n'ai pas lu sur une liseuse et que j'ai lu plus lentement ?
Justement, le temps compte, par exemple p. 144, à propos de ses chaussures, abîmées par la marche à la campagne :

"il songerait document à la faire réparer. Mais doucement, sans se presser ! Il y penserait peut-être quinze jours avant de se décider : quinze jours, qu'est-ce que c'est à la campagne !"

Mais qu'est-ce que c'est pendant le confinement !

"En ville on doit tout faire vite mais ici on avait le doux devoir de reporter les choses d'un jour à l'autre, ou plutôt elles se reportaient d'elles-mêmes ; les jours venaient d'une façon si tranquille et, avant qu'on s'en soit aperçu, le soir était de nouveau là, suivi d'une profonde nuit, aussi profonde que le sommeil d'où l'on était doucement, avec de tendres précautions, tiré de nouveau par le jour."

À part ce qu'il dit sur le sommeil, c'est exactement ce qui se passe pendant les confinements.
J'ai le temps de ne rien faire. Je n'ai pas eu le temps de finir le livre. Et je ne saurais pas dire ce que j'ai lu.
Ce qui m'a frappée, c''est que beaucoup de discours sont donnés comme pas réels : peut-être…, peut-être qu'il pense ça, peut-être…. J'ai été très rassurée quand j'ai vu dans sa biographie qu'il était fou. Ah je me suis dit, si je n'accroche pas, c'est parce que qu'il est fou. Quand je me reconnais dans les phrases, ça m'inquiète.
J'avais lu L'écriture miniature et Histoires d'images (Rozenn montre ses livres à l'écran) que j'avais bien aimés et qui sont des fragments.

Je me demande si je peux le suivre sur une grosse construction ou si j'étais de mauvaise humeur ou si je n'étais pas là.
Par contre je lis les œuvres complètes de Cynthia Fleury... Ici, j'ai envie de souligner plein de phrases alors que je ne le fais jamais, par exemple "J'avais besoin d'être traité avec tendresse et cela ne se produisait jamais". Ce sont comme des morceaux de puzzle qui ne sont pas assemblés.
Comment j'ouvre ? J'ouvre en petit bouts, je le découpe en feuilles. Bon, j'ouvre à moitié et je pense que je suis passée à côté de quelque chose.
Annick L
J'ai fait des études d'allemand mais qui ont été interrompues. J'ai toujours entendu parler de Robert Walser, sans l'avoir lu : ce fut l'occasion.
J'ai aimé l'ironie constante, la position de marginal, ceci au début. Au bout de cinq pages je me suis ennuyée, j'ai sauté des passages.
Il y a une initiation, mais il reste au même point.
Les personnages féminins m'ont rendue hystérique.
C'est une série de monologues, mais pas adressés aux lecteurs. On ne s'adresse pas à moi, je suis une lectrice pas concernée. Et c'est jusqu'au bout comme ça.
J'ai été très déçue par rapport à l'aura littéraire.
Par ailleurs je suis touchée par l'auteur, les microgrammes, tout ça.
Malheureusement, le livre ne m'a rien apporté, tout me laisse de glace. Il a une jolie plume et j'ouvre ¼ pour cette jolie plume.
Séverine
Un livre d'un Suisse ? J'étais enthousiaste (j'adore la Suisse) !...
Hopper sur la couverture ? Super !
Dès les premières pages, un personnage de libraire : ah !
Je pense comme Rozenn que je l'ai mal lu. J'étais aussi dilettante que le personnage : le lendemain, je ne me souvenais pas de ce que j'avais lu ; c'est peut-être parce qu'on passe d'une chose à l'autre.
Mais ce qui fait que je vais l'ouvrir au quart, c'est son texte sur la comparaison entre la ville et la campagne.

Claire, brandissant un scoop...
J'annonce à tous que Séverine part vivre pour de bon à la campagne !

Séverine
C'est pour ça que ce texte a dû me parler…
Ce qu'il dit de la comparaison entre la ville et campagne m'a relancée.
J'ai lu jusqu'à la page 188, je ne sais pas quoi en penser. Est-ce que je suis passée à côté de quelque chose ? C'est très bien écrit, il y a de belles descriptions, mais où veut-il aller ? Et pourquoi ça s'appelle "Les enfants Tanner" ?

Diverses réponses cacophonisent…

Séverine
Oui, mais le récit est focalisé sur lui.
Comme Rozenn, je retiens des bouts. Je l'ai peut-être mal lu, je vais le finir. C'est un livre étrange, étrange. Je suis déçue d'avoir eu du mal à accrocher.
J'avais gardé une bonne image d'un livre cité par Rozenn, Histoires d'images, quand nous avions lu un été des livres sur l'art : ce sont des petits textes et j'ai trouvé ça très bien.
Là, j'ouvre ¼ pour le texte sur la campagne.
Richard
J'irai dans le même sens que Séverine.
J'ai trouvé le livre facile à lire. Je l'ai lu en allemand, et facilement.
Il ne se passe rien d'important. Et si c'est important, c'est traité de façon banale. J'ai eu envie de sauter des pages, et je me suis discipliné pour ne pas le faire.
Quand je m'emmerdais, je me disais il va se passer quelque chose. Si je sautais quelques pages, je m'apercevais qu'il m'avait manqué quelque chose et je devais faire marche arrière, j'étais prisonnier du texte en quelque sorte. J'ai lu jusqu'au chapitre quatre. J'irai plus loin après vous avoir entendus.
Pendant les trois années d'allemand que j'ai suivies à la fac, on ne m'a jamais parlé de cet auteur.
Je voudrais vous lire la citation de Kafka sur la quatrième de couverture de mon livre en allemand.

"Mit leichtem Gepäck und offenen, unbestechlichen Augen wandert dieser moderne Taugenichts durch die Welt und am Ende wird nichts aus ihm als das Vergnügen des Lesers." Franz Kafka
"Le bagage léger et les yeux ouverts et incorruptibles, ce Vaurien moderne parcourt le monde et à la fin il n'aboutit à rien si ce n'est au plaisir du lecteur."

Il n'y a pas de plaisir et je ne suis pas d'accord avec Kafka (que j'apprécie d'ailleurs).
J'ouvre ¼ car je suis charitable. Mais optimiste, j'y retournerai après avoir lu le livre de science-fiction….

Manuel
Pour ma part je l'ai lu jusqu'au bout. Il faut du temps, car le livre est très dense et de nombreuses pages sont sans paragraphes.
Je me suis demandé, mais quel est le projet de son auteur ?
J'ai récemment vu un documentaire sur la Sécession viennoise et l'influence des recherches de Freud sur les arts. Le livre fut publié en 1907. Je trouve qu'il y a une espèce de romantisme tardif : une grande place est accordée à la nature, à la femme. Le livre est un témoin de cette époque.
Pour répondre à Annick qui est agacée par le point de vue sur les femmes, il correspond à une vision de l'époque (par exemple seules les femmes peuvent être éducatrices).
J'ai aimé tous les passages sur le rêve.
Peut-on dire j'aime ou je n'aime pas ce livre ? On adhère ou on n'adhère pas.
C'est un peu comme avec Kafka. Simon, les femmes, ils sont tous un peu toc toc. Hedwig par exemple qui dit qu'elle va quitter son travail d'institutrice et le lendemain elle change d'avis et demande à son frère d'oublier ce qu'elle a dit la veille. Elle lui dit avant qu'il ne parte : "Tu n'as pas le commencement du talent qu'il faut pour laisser un souvenir".

Nathalie
Il la tue dans son rêve !

Manuel
Simon m'a fait penser à Meursault. La fin est complètement ouverte, quand il retourne là ou habitait Klara.
Je n'ai pas détesté ce livre mais il m'a intéressé : c'est une œuvre un peu révolutionnaire si on considère le contexte, avec l'apparition de la psychanalyse, et avec - oui merci Nathalie - l'écriture automatique à laquelle il a recouru. C'est une prouesse d'écrire en quatre semaines.

Nathalie
C'est incroyable !
Manuel
Et ces passages, sur le temps, avec les descriptions de la nature, c'est très visuel, on voit les bords d'un lac. Je rejoins Laura, ce sont les descriptions des tableaux de son frère Kaspar.
J'ai trouvé la traduction remarquable. J'ouvre ¾. Je me suis parfois ennuyé, mais agréablement ennuyé.
Claire  
J'ouvre moi aussi ce livre aux ¾ : pour son originalité qui m'a amenée maintes fois à me dire : quel livre ! Qui ne ressemble à rien ! Une découverte! Je suis d'accord, c'est un OVNI.
Et aussi pour tous les plaisirs que j'y ai trouvés, par exemple avec ces personnages hors norme dont le héros, tout de suite très présent, au point que j'ai eu l'impression que le récit était à la première personne : hors norme socialement, professionnellement, géographiquement avec son nomadisme, question mœurs : sa pratique du ménage, la présence de l'homosexualité, Klara non mariée a deux enfants et cela ne semble pas faire de problème, et le masochisme très présent : "J'aime bien dépendre de bon plaisir d'autre, parce que d'une façon générale j'aime être dépendant de quelqu'un pour le chérir et me demander toujours si je mérite encore sa bonté".
Très vite, dès la 5e page, je suis tombée sur un des passages qui m'a plu : c'est la "dissertation" non dénuée d'humour sur les devoirs du docteur Klaus vis-à-vis de ses frères : "Le docteur Klaus connaissait des milliers de petits et grands devoirs, et quelquefois on aurait pu croire qu'il en désirait encore davantage. Il faisait partie de ces personnes qui se ruent à tout moment, pressées par le besoin de remplir leurs devoirs, vers la grande maison des devoirs, qui en est pleine à craquer de tous ces devoirs, et tout cela par peur d'en oublier un, sait-on jamais, un devoir discret, qu'on n'aurait pas remarqué." Et après avoir commencé plaisantimement, ça continue longuement et de plus en plus profondément. Et j'ai trouvé dans ce roman "une écriture de pensée", qui fait penser ou du moins qui résonne.
C'est un univers non pas de conte (quoique, avec les premiers mots "Un beau matin"…), mais décalé, comme un univers en soi, où il se passe des choses in-croyables. ("avec ce genre de vie on attrape facilement un tas de nez et on passerait bien toute la journée à mettre ses dix doigts dans ses dix nez et à penser"). Pour moi, ce n'est pas le résultat d'une écriture automatique, mais une composition.
Les "bonheurs d'écriture" n'ont pas manqué, avec les descriptions que plusieurs ont remarquées ("Le ciel était d'un bleu doré, très nourri, qui éveillait un désir"), des comparaisons ("il ne me viendrait jamais à l'idée de vouloir me reposer sur une seule et même profession comme sur un matelas").
Il est vrai qu'à certains moments j'ai trouvé ça trop long et d'ailleurs la postface indique que Walser a dit bien plus tard qu'il y avait 70 à 80 pages en trop et je suis d'accord avec lui...

Rozenn
Mais tu ne sais pas si ce sont les mêmes pages que lui...  

Richard
Dans mon édition allemande, il y a en appendice les retouches que Walser a faites au manuscrit.

Claire
Je vais bientôt voir L'Étang au théâtre, un texte offert à sa sœur, un dialogue dingue, que j'ai bien aimé ; comme Fanny, j'ouvre ¾ pour ce livre (minuscule, 32 pages dont une postface...)
Katell 
Je vais être rapide. Je fais partie des chanceuses qui vont aller voir L'Étang avec Adèle Haenel au Théâtre des amandiers parce que ma fille m'a dit qu'il fallait le voir.
Je n'avais pas percuté... ah mais quand j'ai vu Robert Walser au programme..., avec vous je suis dans des trucs super intellos... Ce livre, ffftttt, ça m'a barbée, j'ai trouvé ça hyper daté. Je suis d'accord avec Manuel sur l'importance du contexte. Mais au XXIe siècle, on trouve ces considérations même pas universelles. Il y a des livres vieux qui plaisent : le Décameron pendant le confinement, avec la peste noire, c'est bien plus moderne.
Ça m'est tombe des mains. J'espère que L'Étang ce sera bien, je fais confiance à Gisèle Vienne et Adèle Haenel pour transformer le texte. Je ferme complètement. Avec le confinement, ce genre de livre, ça me barbe…
Jacqueline
Je vais rebondir sur la question des femmes. C'est comme le reste, il y a un mélange entre des choses convenues et d'autres complètement inattendues. En tout cas Simon a bien de la chance de trouver toujours impromptues et par miracle des femmes qui vont le tirer d'affaire !
Ce livre m'a beaucoup ennuyée en raison des grands monologues verbeux. Et pas seulement de la part du héros ; tous ces personnages tiennent de grands discours.
Les personnages, je ne les ai pas trouvés assez différenciés ni très crédibles. Je n'ai pas réussi à rentrer dans le roman, que j'ai lu jusqu'au bout. D'ailleurs est-ce un roman ?
Les descriptions de lieux sont belles, la promenade sur le lac, la marche de nuit, ça m'a plus marquée, j'ai trouvé en bibliothèque Retour dans la neige, un livre de promenades en Suisse, une suite de fragments courts très agréable.
Mais je n'ai pas réussi à accrocher au roman. J'ouvre ¼ à cause des paysages, pas plus, je ne peux pas faire mieux.
Est-ce que j'ai un problème avec la littérature suisse allemande ? Je n'ai pas eu de chance avec tous les auteurs suisses allemands qu'on a lus jusqu'à présent.
Renée de Narbonne
Je l'ai lu en 85, j'étais jeune et comme Laura emballée par ce personnage qui se cherche tout le temps, qui se pose des questions.
Manuel veut le remettre dans contexte et je suis tout à fait d'accord. Et comme Danièle est renvoyée par le frère sérieux à elle-même, le livre me renvoyait à ma vie trop sage. Hedwig, je me suis mise à sa place. Elle rêve… on rêve de changer de vie et puis le cours des choses reprend, en étant raisonnable. On pense à des changements pour le lendemain, et le lendemain, c'est autre chose.
Le livre est une errance : certains ont dit je ne vois pas où il va ; il ne va nulle part, et on le suit. Simon mène une vie contemplative ; il y a des paysages magnifiques, la nature est personnifiée. Il se cherche, dit une chose, puis son contraire.
Je l'ai relu et j'ai retrouvé des émotions de ma première lecture. J'avais lu à l'époque L'institut Benjamenta qui m'avait plu aussi.
Quant au projet, page 117, il parle de la peinture et je pense que c'est de la littérature qu'il parle et de son projet : "Que voulons-nous, quand nous sommes charmés de voir un paysage reproduit sur un tableau ? Est-ce simplement une jouissance ? Non, nous voulons trouve l'explication de quelque chose mais d'une chose dont il est sur qu'elle restera toujours inexplicable."
Ce livre est inexplicable. Oui, c'est un ovni. Comme un rêve. J'ouvre en grand.

Annick
Voilà pourquoi je viens dans ce groupe depuis si longtemps, t'entendre parler de ce livre, moi qui n'y ai rien trouvé.

Renée
Je trouvais que dans ce livre les références à la sexualité étaient absentes. Je suis contente d'avoir eu l'éclairage de Nathalie...
Brigitte
Je ne connaissais pas du tout Robert Walser. J'ai lu le livre en entier et je l'ai beaucoup aimé.
Nous avions déjà lu plusieurs livres sur des gens qui se cherchent, se demandent s'ils vont entrer dans la vie, ne se trouvent pas ; je pense à Carol Oates et aussi à Mars de Fritz Zorn.
Celui-ci date d'un siècle. Même si beaucoup de choses ont évolué depuis, l'ensemble des réflexions qui traversent l'esprit de Simon, le héros, sont pleines de sens dans le monde actuel.
Au début, je ne comprenais pas bien vers quoi l'auteur voulait nous entraîner ; je trouve finalement que ce livre nous fait grandir, nous fait voir ce qu'habituellement nous ne voyons pas ; il s'agit de gens qui n'arrivent pas à faire des choix. Le livre s'attache à nous parler de ce qui se passe quand on voudrait prendre une décision qui finalement n'est jamais prise, c'est intéressant. Par exemple chez le libraire, ou avec l'enfant handicapé, Simon fait très bien son travail mais… le quitte ! Alors que nous, en général, nous réfléchissons puis nous prenons une option à laquelle nous nous tenons ; Simon, lui, reste au bord, il ne s'engage pas. Il parle de devoirs qu'il n'accomplit pas. Il n'arrive pas à entrer dans la vie, et s'approche dangereusement de la folie. C'est d'ailleurs ce qui arrivera à Walser, lui-même, qui mourra, oublié, dans un asile.
Je trouve ce livre moderne, et non pas daté ; c'est une ambition tout à fait originale que tenter d'explorer les limites, d'être au bord : j'entre dans un métier, dans une relation et hop je me retire. Je veux garder tous les choix possibles et ne pas faire de choix. Il va très loin, dans cette exploration des limites. C'est une belle méditation sur le sens de la vie.
J'ai été particulièrement frappée par ce que dit Walser sur le malheur, dont on n'évoque jamais ce qu'il apporte de bénéfique, et sur l'ouverture qu'il introduit sur la notion de bonheur.
Les descriptions sont vraiment magnifiques, bien loin des images clichés de la Suisse tablette de chocolat. Il évoque magistralement l'évolution de la nature au cours des saisons.
Renée nous a parlé d'un tableau essayant d'exprimer ce qui est inexplicable, c'est tout à fait ça ici.
Vers la fin, le narrateur donne un essai d'explication psychologique avec la disparition de la mère et les destinées variables des enfants, d'où le titre, Les enfants Tanner.
J'ouvre aux trois quarts pour cette découverte dont je suis très contente. Merci au groupe.

Nathalie
Ce n'est pas déplaisant d'ouvrir comme ça le livre et de lire. Avant de dormir, c'est onirique, un chapitre se suffit.

Claire
Je pense à ce qu'Henri dit des livres qui l'intéressent vraiment : on peut les ouvrir n'importe où. Je trouve que c'est le cas pour celui-ci.
Denis
Ce livre m'a laissé perplexe, ne sachant pas trop quoi en penser, et j'ai donc été très intéressé d'entendre ce soir les avis divergents. Je connaissais un peu Walser, par une amie qui l'adore et m'en avait offert un ou deux. Mais je n'étais jamais arrivé au bout d'aucun. Aujourd'hui, c'est sous la pression du Groupe Lecture que j'ai poursuivi jusqu'au dernier chapitre. Il y a des livres qui vous donnent le sentiment de perdre votre temps, mais ce n'est absolument pas le cas ici. C'est une expérience de lecture impressionnante. J'ai sans doute été influencé par le fait de savoir qu'il avait terminé "fou", et j'ai souvent eu l'impression qu'il m'emmenait dans sa folie - alors que, étant jeune, il n'était pas encore censé l'être. Son livre pourrait être l'œuvre d'un esprit dérangé, mais il peut aussi constituer une exploration méthodique des incertitudes, hésitations et volte-face d'un esprit particulièrement observateur et pénétrant. Ce livre sollicite des hypothèses de lecture. Par exemple, quel sens donner à l'architecture en chapitres, dans ce récit sans début véritable, sans fin, sans évolution ? Pour moi, c'est une collection de chapitres, grossièrement ordonnée sans nécessité.
J'ai adoré les passages sur la nature - pour les Suisses, c'est important ! J'avais lu un autre texte, un récit de promenade où il ne se passe rien - rien que le marcheur qui marche et ressent. Déconcertant et assez (très) ennuyeux. En tout cas, pour Walser, c'est constitutif de sa personne. C'est touchant, on peut avoir ce livre sous le coude quand on a marre de la ville, c'est très réussi de ce point de vue-là.
J'ai été intrigué par l'écriture, si simple et directe, me demandant si cela venait de la traduction. J'ai été voir le texte allemand (disponible sur le site Gutenberg), que j'ai trouvé tout aussi simple, voire lumineux par endroits. J'ai pris grand plaisir à approfondir quelques pages. C'est un peu comme Kafka (La métamorphose), et à l'opposé de Zweig dans Le monde d'hier.
À propos de Suisses, j'ai pensé au film de Tanner Charles mort ou vif, où le personnage fuit la société suisse dont il a par-dessus la tête ; il casse ses lunettes et le monde devient trouble ; il part à la dérive...

Catherine
Je me suis connectée surtout pour entendre vos avis car j'en suis à la page 108. J'ai aimé les 17 premières pages, quand il arrive dans la librairie. Ensuite, j'ai plutôt décroché. J'ai beaucoup de mal à accrocher à ce personnage. C'est très suisse.

Claire
En quoi c'est Suisse ?

Catherine
Un peu ennuyeux...

Séverine (amoureuse de la Suisse)
Ah... les clichés Catherine !

Catherine
J'ai passé plusieurs fois des vacances, je ne suis pas fan…
J'ai un peu de mal pour l'instant avec le personnage qui tourne en rond. Quand Klara arrive, c'est encore pire.
La nature en Suisse est très belle oui, et là c'est agréable, et avec un effet magique le soir, ça m'a bien endormie, c'est parfait.

Séverine
Oui le grand air suisse !
Catherine
Mais vous m'avez donné envie d'aller un peu plus loin et de dépasser cette première impression. Pour l'instant ce serait un quart. Walser, je ne connaissais pas et c'est toujours intéressant de découvrir et d'entendre des avis divers.

Denis
J'ai été assez fasciné par les histoires de soumission qui reviennent dans d'autres livres du même Walser, comme dans L'Institut Benjamenta. Ce n'est pas mon truc...

Manuel
Révélation de ce soir !

Denis
...mais c'est intéressant d'entrer dans l'esprit de qui est soumis et en jouit. C'est une soumission très compliquée. Par exemple, à la fin du chapitre douze, dans la lettre qu'il écrit à Kaspar, il détaille sa malice vis-à-vis de sa maîtresse (de maison !) qui vient de casser un plat précieux. Le texte est tellement savoureux que je ne résiste pas au plaisir de le citer : "Elle sait magistralement bien se fâcher et je suis moi-même passé maître dans l'art de lui en donner l'occasion. Aujourd'hui par exemple, elle a brisé par étourderie un plat précieux en porcelaine et elle m'en a voulu de ne pas être celui qui l'avait brisé. Elle s'est mise en colère parce que j'avais été le désagréable témoin de sa maladresse (...). J'ai ramassé les morceaux avec une délicate lenteur pour embêter Madame, car je dois dire que j'aime bien l'embêter. Elle est charmante quand elle se fâche." Pas si fou ! Il continue : "Un de mes vœux les plus ardents est de recevoir d'elle le plus tôt possible une gifle, mais j'ai malheureusement des doutes sur sa capacité à m'en donner une." Il propose ensuite à sa patronne de lire la lettre !

Renée
Il rêve d'appartenir à quelqu'un, mais dans un état de grâce, dans la non liberté.

Claire
J'avais vu le film Institut Benjamenta tiré du roman de Walser où le héros entre (comme l'a fait Walser) dans une école de domestiques : un film en noir et blanc hallucinant - je recommande (bande annonce ici).

Danièle
Je pense à Vestiges du jour.

Catherine
C'intéressant de savoir qu'il est devenu fou, je vais le lire d'un autre œil, cela peut expliquer des choses, ce récit très décousu...

Séverine
C'est ton côté Sainte-Anne...

Geneviève
J'avais beaucoup entendu parler de ce livre. J'avais vu une adaptation de ce texte au théâtre : très chiante. À vous entendre, je finis par avoir envie de le lire.

Renée
Je l'avais proposé il y a plus de 10 ans à mon groupe de lecture, qui a aussi été très partagé, beaucoup l'avait trouvé verbeux, poussiéreux... Mais je trouve que c'est un livre qui est difficile à lire.

Annick puis Monique
Non, je trouve ça facile à lire.

Annick
C'est plutôt l'ennui le problème.

Renée, puis Manuel et Danièle
C'est un texte dense.

Danièle
Jamais je n'ai pris autant de notes sur un livre du groupe lecture.

Manuel
La prochaine fois, on lit un autre zinzin...

Laura, une fois le livre fini
J'ai adoré le livre, du début à la fin, malgré quelques longueurs. Mais il faut dire que j'ai eu peu de temps pour m'y plonger entièrement. J'ai d'abord été très étonnée, au début, de tomber sur un livre, un personnage, si bavard. Mais ça ne me dérangeait pas pour autant. Je ne sais pas pourquoi, ça m'a fait penser à Musil, mais comme je l'avais dit en Zoom, c'est que je retrouve les mêmes sentiments que devant l'Élève Törless ; toutefois l'histoire est bien différente. J'ai néanmoins l'impression que mon lien avec Musil est approximatif, mais je sais que Les enfants Tanner me rappellent un bouquin, un style, mais lequel… Je ne sais pas, mais un livre de pensées semblable à celui-ci.
Au début, j'étais à la fois choquée et étonnée du personnage de Simon, qui me paraissait antipathique, à changer constamment de travail sans raison, tellement d'orgueil… Mais finalement je me suis retrouvée dans sa manière de vivre, de dramatiser sa vie pour lui donner du sens (même si son comportement s'atténue au cours du livre). J'ai alors pris un plaisir complet à lire presque chaque phrase avec attention, à rechercher l'intérêt de chaque tirade. Et l'écriture, même si elle provient d'un premier jet, est juste magnifique, et le fond, parfois si juste (j'ai plié pas mal de pages) : "Je ne pourrais pas supporter l'amour après avoir supporté l'absence d'amour. On ne doit pas aimer celui qui veut aimer, on le dérangerait dans sa prière." (p. 89) ; "On se prenait à avoir des souvenirs qu'on n'avait pas envie d'examiner, on en était du reste incapable, ils faisaient doucement souffrir maison était trop paresseux pour souffrir vraiment." (p. 165). Je crois qu'en réalité c'est cette forme de présent de vérité générale qui a attiré mon attention, et comme j'ai les mêmes sentiments, je me sens moins seule, c'est très rassurant. Je crois me souvenir avoir parlé des descriptions de paysages qui me rappelaient les tableaux de Kaspar, du moins l'idée que je m'en faisais ; mais c'est au fond un détail, même si elle forme aussi la poésie que j'ai trouvé dans le livre. Par contre, après la réunion Zoom, ma lecture à été totalement modifiée… Je ne voyais plus que l'aspect masochiste de Simon, partout, absolument partout… Je ne savais plus comment réagir, ça ne me dérangeait pas, et j'ai eu la sensation d'avoir une lecture plus éclairée. Mais alors chaque passage prenait un tout autre sens : le mépris de la sœur, les chaussures, le fait d'être valet, d'effleurer la robe de la "maîtresse" et tant d'autres choses. C'en est devenu encore plus intéressant. Vers la fin, je me surprise à faire un lien avec la théorie de Deleuze sur le désir, qu'il développe en partie dans son Abécédaire : "Il y a pour nous autres femmes, quand nous cherchons les plaisirs, un sorte d'hommes qui nous captivent, mais il faut que ce soit au cours d'un bal. Si je l'avais rencontré ailleurs, je lui aurais peut-être ri au nez." (p. 299). On ne désire quelque chose que dans un agencement, et non la chose pour elle-même. L'homme seul était au fond sans intérêt, mais ce qui plaït, ce qui est demandé, c'est le tout, le bal, la musique, les robes, l'homme fort et terrible qui ici charme. Le désir est déjà réfléchi, consciemment ou non. Alors, je me suis dit que c'était sûrement valable pour tout le bouquin : le désir d'être valet pour ce genre de femme riche et autoritaire, le désir et plaisir de la pauvreté dans un environnement spécifique, avec les chaussures spécifiques, le voyage d'une nuit dans la campagne que Simon n'aurait pas fait à la ville, etc. Et je suis certaine que l'ouvrage regorge de mille autres choses déjà théorisées ou à théoriser encore… Bref, je suis fan.
Grand ouvert.


Synthèse des AVIS DU GROUPE BRETON
réuni par zoom le 26 novembre 2020
rédigée par Yolaine (suivie des avis détaillés)

Les 9 cotes d'amour du groupe breton
       Marie-Odile 
       
ChantalÉdithSuzanneYolaine       
 
ChristianCindyMarithé       Jean


À part Marie-Odile, à qui nous devons cette découverte (merci à toi qui as dessillé nos yeux), nous avons tous été d'abord déroutés, dérangés, ennuyés et peu intéressés par cette histoire qui ne raconte rien, et ses dialogues (souvent même monologues) philosophiques ou existentiels qui traînent souvent en longueur. Le héros, Simon, est un adolescent attardé d'une vingtaine d'années, immature, arrogant et insupportable, à qui Françoise Dolto aurait diagnostiqué un complexe du homard, que certaines auraient voulu psychanalyser ou tout au moins soigner, peut-être à la manière des personnages féminins de ce récit qui n'ont pas cependant obtenu de résultat probant. Si l'on excepte Claire qui le trouve attachant, et Marie-Odile qui éprouve de la tendresse, nous n'avons pas vraiment ressenti d'empathie pour les problèmes psychologiques inextricables de Simon et son profond mal-être. Les autres personnages "en fond d'écran" ont paru manquer de chair et de réalité.
Et pourtant, au cours de notre discussion, nous n'avons pu nous empêcher d'énumérer les qualités de l'écrivain Walser : le côté ciselé de l'écriture encore très romantique en ce début du 20e siècle ; le charme des descriptions des montagnes suisses ; l'amour de la nature et le goût pour la contemplation qui s'exprime de façon très poétique au fil des longues marches où Simon éprouve l'impérieux besoin de se ressourcer ; l'humour féroce qui accompagne les diverses expériences du héros dans le monde du travail ; l'atmosphère onirique, théâtrale et surréaliste de ce parcours original ; la dimension philosophique et quasi mystique de cette quête de sens, de pureté et d'authenticité qui est le propre de la jeunesse, mais à laquelle l'auteur lui-même a consacré sa vie sans concession au point de sombrer dans la dépression et la folie. Tout comme Simon, nous avons insensiblement évolué au fil de cette lecture étrange, qui au début ne nous paraissait pas indispensable. Cette phrase prononcée à la fin du roman par une femme attentive résume bien ce paradoxe : "Vous devez avoir en vous quelque chose de profond que personne ne remarque, parce que vous ne vous donnez nullement la peine de le faire paraître". Cette profondeur douloureuse cachée sous la quotidienneté du propos explique la place importante qu'il a prise dans la littérature de son époque, et aussi l'écho qu'il trouve encore dans notre vécu contemporain.
Marie-Odile(avis transmis lu pendant la séance)
Par deux fois, j'ai erré dans le texte de Robert Walser, comme Simon dans sa vie. Me suis arrêtée sur des pages superbes, monologues, lettres, qui estompent la trame narrative et qu'on dirait écrites pour le théâtre. Malgré les longueurs, j'ai aimé les réflexions sincères des uns et des autres sur l'art, l'amour, l'amitié, la fratrie, l'enfance, l'hérédité, le malheur, la religion... pages parfois poétiques, oniriques.
Certes, Simon est agaçant, insolent, instable, immature, naïf, mais j'ai eu de la tendresse pour ce jeune homme épris de liberté, refusant toute concession. "À la veille de devenir un homme", il s'interroge sur ce qui vaut ou pas la peine d'être vécu et sait, sinon ce qu'il veut, du moins ce qu'il ne veut pas.
Étranges femmes, si loin de nous, qui, comme Klara, ou la directrice du foyer populaire, dans leur rapport aux hommes assument soumission et obéissance "Mon amour aimait obéir" ! Surprenante Hedwig aux propos parfois inattendus, souvent délicats, défendant Sebastian, saluant le départ de Simon "À présent, je devrai faire silence toute seule et ce sera moins silencieux". Joli.
Le narrateur, adoptant le point de vue romantique de Simon, ancre ces propos dans une réalité concrète qui affleure régulièrement : la ville, la chambre, le lac, le ciel, la lumière, la nuit, les robes, les arbres, la neige, et toujours, toujours, les saisons qui rythment le récit...
Mais la question de la pauvreté, présente dès la première page, revient de façon récurrente et prend de l'ampleur à la fin du récit, dans la misère et le désœuvrement du "Pôle emploi" de l'époque.
J'ai été troublée par la mort de Sebastian, préfigurant celle de l'auteur dans la solitude enneigée. Quant à Emil Tanner, ne possède-t-il pas comme l'auteur "ce petit grain de poussière qu'on aurait dans l'âme" et qui engendre le malheur ? R. W. a-t-il pressenti sa part d'avenir contenue en filigrane dans le texte ?
Quoi qu'il en soit, j'ai trouvé ce texte attachant, à la fois daté et actuel, bavard et secret comme les Microgrammes de Walser (voir à propos des Microgrammes).
Je l'ouvre aux ¾.
Marithé(avis transmis à tous avant la rencontre)
Si je n'ouvre ce livre qu'au ¼, je suis tout de même impressionnée par ce texte qui m'a paru interminable, assommant, indigeste, etc. Et par cette prouesse : "Il a été écrit en trois ou quatre semaines." Mais pourquoi, pour qui toutes ces pages ? La place de Robert Walser aurait été sur le divan d'un psychanalyste.
Je suis restée en dehors de tout, personnages erratiques, ne m'inspirant aucune sympathie. Côté atmosphère c'est pour moi froid, glacial, et même morbide, monde peuplé d'êtres étranges, bizarres. Je me suis demandé si ces enfants Tanner ne formaient pas une seule et même personne, mais j'apprends en dernière page de la postface que ces portraits "sont assez conformes à ce que l'ont sait de la famille Walser." Toutes ces "confessions " ne m'ont pas intéressée, et que c'est long... personnages à la limite du délire, au moins le train quand il déraille il s'arrête, eux non.
J'ai bien compris que Simon par exemple, cherche son chemin, au propre et au figuré, au rythme des saisons, dans la lumière ou dans l'obscurité, dans le silence des montagnes et des forêts ou dans l'effervescence des villes (parcours des parents). Je me suis souvent perdue en chemin...
Dans un monde d'égarés, de marginaux, les rencontres de Simon avec les femmes m'ont intriguée, Klara (plutôt dingue sauf vers la fin), Hedwig, la logeuse italienne, Madame Weiss, elles sont les personnages qui écoutent ; femmes et mères. Simon s'attarde admiratif sur les pieds, les chaussures, de deux d'entre elles, comme s'il allait mettre son pas dans leur pas.
J'ai été surprise par l'évocation de la reconnaissance, de la gratitude : "offensante pour celui qui donne" (compliments de mendiant). À propos de Simon: "Il n'y a qu'une personne au monde qui m'estime, à savoir moi-même." Un peu exagéré, mais pas mal...
Enfin, toutes ces considérations sur le malheur, la santé, le corps, la religion, la poésie, et même l'art, intéressant, mais je sature. De ce méli-mélo, je retire juste deux mots : souffrance et création. Je préfère ici ne penser qu'à Sebastian, l'effacé, le poète sensible, moqué par Kaspar...
Ne pas avoir aimé un livre n'empêche pas d'en parler. Je retiens une succession d'oppositions : campagne et ville ; dehors associé à la nature, à la liberté, et dedans associé au travail, aux contraintes ; pauvreté et richesse, etc. Parfois ces oppositions n'en sont plus, des passerelles se sont formées. Alors qu'à Simon une voix semble dire : "Fais ce que tu aimes", à Klaus ou à Hedwig une autre voix semble dire :"Aime ce que tu fais." Le monde des sans-emploi transformés en copistes a retenu mon attention, on se croirait presque à aujourd'hui.
Voilà, fin de parcours et adieu à Robert Walser que je n'ai pas aimé. Venir "à bout d'un livre comme Simon Tanner d'une montagne" (postface, p. 347-348), c'est un peu ce que j'ai voulu tenter (hum...). De rencontres en rêves, par monts et par vaux.

Suzanne         
J'ai été décontenancée et déroutée. Le narrateur est conscient de ce qu'il suscite, mais indifférent à ce qu'il suscite. Il endosse le rôle du fou. Il comprend que sa sœur le trouve minable. Ce qui m'a plu, c'est le rapport à la vérité, une sorte de transparence. J'aime cette façon de parler de son empathie, il dit : je ne tiens pas à ma vie mais à celle des autres.
On est à la fin du XIXe siècle, il a 20 ans. Le style parfois compassé est contrebalancée par de belles descriptions. Il aborde le distinguo ville/campagne. Il a opté pour la campagne, ce qui va avec son côté contemplatif. Il y a de belles descriptions de la neige. C'est assez beau aussi la description de Sebastian, cela m'a fait penser au Dormeur du Val.
Si les femmes ont des positions d'obéissance, elles ont aussi des choses à dire. Klara m'a barbée quand elle parle de Dieu.
Il n'est pas seulement de dévalorisation, il a l'idée de prendre forme un jour ou l'autre. Et il y a un côté non politiquement correct que j'aime bien. Un côté dérangeant, mais qui ne m'a pas dérangée.
Cependant, je me serais cependant passée de lire ce livre.

Cindy        
Je ne suis pas entrée dans ce livre. Avec le titre, j'attendais des histoires d'enfants qui ne sont pas venues et, avec l'image de couverture de Hopper, je m'apprêtais à passer un moment agréable.
Je n'arrivais pas à voir où il nous amène et à quoi ça sert. Les personnages ne m'ont pas paru réels. Les descriptions de la nature sont elles remarquables ; le chapitre 8 avec la neige est très poétique, onirique ; il y a de jolies pages.
Le héros ne m'a rien fait, je ne me suis pas attachée. Il y a un manque de chaleur. Je ne savais pas que l'auteur avait terminé de façon tragique. Finalement quelque chose qui me touche, c'est ce mal-être. Mais je ne ressens pas de compassion.
Il s'agit des frères Tanner, mais finalement on n'a que des monologues. Le livre pose question sur le son état psychologique. J'aimerais bien lire le livre de Carl Seelig : Promenades avec Robert Walser.
C'est un livre à garder sur une table de nuit pour en lire un passage par-ci par-là un peu comme Les Plaisirs et les jours de Proust ; autant lire de façon coq-à-l'âne ce livre, comme il est écrit. Par exemple la description d'une soirée magnifique page 75. C'est ainsi que je l'aborderai.
Chantal                 
Je n'ai pas aimé, de prime abord, ne pas "avancer", tourner en rond, avec des répétitions de situations, des descriptions longues. Au bout du 5e chapitre, je me suis demandé ce que j'allais tirer de cette lecture. Si ce n'est cette belle écriture fin 19e siècle que j'apprécie toujours.
Et puis, en continuant - Voix au chapitre oblige - je ne me suis pas du tout barbée, j'ai continué de suivre ce gamin Simon Tanner, avec un regard tantôt amusé, tantôt agacé.
J'ai beaucoup aimé les descriptions féroces du travail et des travailleurs - comme les comptables "qui se cramponnaient à leurs postes et posticules comme à des poutres et piquets" - et la question du sens du travail, question qui résonne si fort plus de 100 ans après.
J'ai aimé son obsession sur le temps présent, sel de la vie ("je ne veux pas d'avenir, je veux du présent"), des passages où il ne fait RIEN et se sent si heureux, en assumant sans vergogne d'être un parasite chez sa sœur qui l'héberge et le nourrit.
Les passages où il marche dans la montagne, il marche beaucoup, sont sans doute répétitifs, mais quel talent d'écriture ! Tout y est, les couleurs, les odeurs, les bruits : "il suffisait d’être là, de marcher, flâner, rôder, courir, perdre son temps, on était soi-même devenu un morceau de printemps."
Je l'ouvre à ½, mais à chaque passage relu, j'ajoute des points !
Merci donc à Voix au chapitre de m'avoir permis de faire la connaissance de Simon Tanner, beau, gentil, charmeur..., qui hélas ne pourra jamais "entrer" dans la vraie vie... comme l'auteur ? Sans doute.
Il faut sans doute faire comme dit Cindy, lire des petits passages, et les "sentir", les "goûter"...
Jean
Tout d'abord, les pages se succèdent sans paragraphe et ça, ça me bloque, cela crée une difficulté pour s'y accrocher, dans la masse.
Pour ce qui est du sujet, il y a des idées philosophiques, mais qui me heurtent.
Je me suis plongé dans les états d'âme de Monsieur Simon qui cherche un but à son existence. Mais c'est un puzzle, il n'y a pas d'évolution, pas de passage d'un point A à un point B.
Le sujet n'est pas trépidant. Il éprouve de la fraternité, mais pas de pitié. Il est fataliste, avec le destin d'une esclave.
Page 21, il exprime son monde intérieur, mais y reste.
Avec la nature, c'est plus proche de moi. Mais il est imbu de lui-même, suffisant.
Il y a beaucoup d'images, mais ça ne fait pas un film, c'est un puzzle.
Je suis quelqu'un qui attend de l'art, de la musique, que soit mis en en difficulté mon système de perception pour qu'il s'enrichisse. Avec les angoisses d'un adolescent, je n'ai pas trouvé de quoi le nourrir.
Yolaine          
J'ai d'abord été négative. Marie-Odile exagère de nous imposer une niaiserie pareille, me suis-je dit. Et avec un sentimentalisme à l'allemande. Je n'ai pas réussi à lire les dernières pages d'ailleurs.
Mais on évolue avec l'écriture qui est belle, poétique. J'ai eu un déclic en écoutant un podcast sur le Journal de Kafka avec une description de femme, on aurait dit que c'était Walser ; Kafka d'ailleurs admire Walser, et ils ont cette culture commune allemande. La langue allemande peut-être me gêne ; la sensibilité m'est étrangère. Il y a une étrangeté dans les descriptions, dans l'attitude dans la vie, mais qui fascine.
C'est difficile de faire ici la distinction entre l'auteur et le narrateur et il y a un vertige de l'autobiographie, puisque il avait des frères semblables à ceux du livre ; et quant à Sebastian, il préfigure sa propre fin.
J'ai un peu changé d'avis au cours de ma lecture : c'est une quête littéraire avec beaucoup de rigueur, d'honnêteté, une espèce d'ascèse : c'est un moine qui veut écrire de façon authentique qui force l'admiration ; il y a une recherche de pureté qu'il trouve dans la nature, avec une dimension mystique. Il n'est pas attachant, il est dépressif. La littérature ne l'aide pas à vivre, à transcender la souffrance qui ne se calme pas.
Au fil des pages, à partir d'un départ négatif, mon avis a donc évolué. Donc je ferme le livre pour l'ouvrir presque jusqu'aux trois quarts.
Édith
Si j'ouvre à demi c'est avant tout pour le "plaisir", même s'il fut par épisode un peu forcé. Plaisir d'avoir découvert un écrivain du début de siècle dernier, d'en avoir "subi" le style daté, celui-ci me renvoy
ant à l'écriture de Hamsun pour le livre La Faim, ainsi qu'au livre - très contesté dans notre groupe breton - de Huysmans…, dernièrement lu. Ou encore Gombrowicz et même Kafka - son journal lu dans les années 1980…
On rentre dans le roman avec la description de la démarche d'un jeune homme auprès d'un libraire pour un emploi…, remarquant ainsi la façon dont Walser introduit son "héros principal" p. 12 : "Les lunettes firent un signe d'acquiescement. Et voilà Simon devenu garçon libraire. Car il s'appelait Simon.", un peu à la manière des contes.
J'apprécie, en général, les livres sans dialogues, ainsi que des livres dont les sentiments sont fouillés et l'action avant tout celle de l'écriture. Pour ce livre, je suis bien servie ! Aucun dialogue, mais des monologues (drôles parfois), pas ou si peu d'action, et des personnages "fond d'écran", pour mieux mettre en valeur les pensées, le discours, les idées... de Simon et de ses frères et sœur, mais par sa bouche… : utilisation du courrier échangé avec Klaus ou Kaspar avant tout porteur des idées et convictions de Simon, long monologue de Klara à propos de la forêt et de Dieu p. 99-100, avant tout une coquetterie de Klara renforçant son sentiment de bien-être et son égoïsme, Dieu, évoqué par le prisme exclusif de la forêt.
Ainsi pour lire Walser, il m'a fallu m'accrocher pour rentrer dans les atermoiements de Simon dont ses recherches de travail (libraire, commis d'avocat, infirmier, banque) et ses espoirs d'amour, non sans m'être amusée de ses remarques visant ses employeurs, à chaque refus de poursuivre dans son emploi, sa totale mauvaise foi et son amour-propre intact. J'ai été amusée par sa capacité à garder sa bonne image et ses justifications avancées pour sa cause. Peu mature certainement : en recherche ?
Simon, bien au contraire et tout au long du texte, reste décidé à éprouver le plaisir du temps et des saisons qui passent. Les paysages (la Suisse, les montagnes) sont décrits minutieusement et, tel les Romantiques, Simon se dilue dans leur évocation (Klara idem), Sebastian y meurt !
Ainsi donc j'ai "absorbé" les 349 pages, crayon à la main, donnant, comme pour me soutenir en intérêt, des traits de crayons sur les paragraphes, les lignes, les mots, sur certaines réparties assez drôles (l'auteur WALSER se reconnaît dans SIMON ?)
Si je me dépars de l'ennui qui me prenait à certain moment de lecture, en y repensant, je pourrais dire que le livre est "moqueur", comme si l'auteur, par son personnage de Simon, portait en permanence un regard désabusé sur toutes les situations, pas cynique, mais au-dessus des ressentis. Il suffirait de reprendre à haute voix de nombreux passages, avec le ton léger et décalé des situations évoquées, pour y ressentir cela… : visite de la maison et ses considérations sur les pauvres et les riches, Klara la logeuse, les divers moments de vie relatés avec sa sœur Hedwig et son frère Kaspar, son désintérêt pour l'aîné Klaus.
Pour mémoire,
les trois frères et la sœur de SIMON :
- KASPAR le peintre, KLAUS celui qui a mieux réussi à s'insérer - et "l'aliéné " qui n'a pas, dans le texte, de prénom et dont il est seulement question p. 328-329 "il n'existe plus que par le souvenir que l'on garde du temps de sa jeunesse. Il est dans l'asile d'aliéné (…). Ce malheureux frère représentait, je peux le dire, l'idéal de ce qu'on appelle un beau jeune homme et il possédait des talents qui eussent mieux convenu au raffinement et la galanterie du XVIII siècle qu'à la rude sécheresse qui caractérise notre époque."
- La sœur HEDWIG douce mais "fière" et qui entretient avec chacun, Kaspar et Klaus, une relation différente. Admirable dans sa vocation d'institutrice, modèle "stable" pour Simon.
Ne sont-ils pas présents dans le récit que pour exposer et monologuer futilement au sujet du non-sens de la vie, quels que soient les choix, et cela à travers le personnage de Simon qui, pourrait-on dire, les met en scène ?
J'ai apprécié le long monologue de Simon tout à la fin p. 327 s'adressant à la "dame", passant en revue frères, sœur, père, mère ("c'est une chance d'être sorti de l'enfance…") pour ensuite se conforter dans ses choix et ses réussites. Regard bienveillant sur lui et regret de ne pas avoir fait mieux. La Dame confidente jouera-t-elle un rôle pour un autre avenir ?
Quant au personnage silhouette de Sebastian, il est très énigmatique : artiste poète à protéger, il meurt.
Les femmes du roman sont traditionnellement féminines et sont la consolation du genre masculin. Coquettes un peu, responsables souvent et loin du cœur de Simon ! Quant aux amours de Simon, il n'en n'est pas vraiment question (Rosa peut-être, mais si absente !).
À la fin de la lecture, je dois me redire que Simon n'a que 20 ans… un vieillard !
Je ne peux pas dissocier le texte écrit de la connaissance que j'ai de la fin de vie de Walser dans un asile d'aliéné… et je ne peux non plus m'abstraire, quand j'écris mon avis, de la postface où il est question de l'homme Walser, de son rapport à son travail d'écriture et de son désintérêt à celui-ci, même lorsque son éditeur lui propose les coupes dans le texte... S'abstraire de ces éléments en lisant Les enfants Tanner me fut impossible. Pas de désir pour découvrir d'autre œuvre à la suite de ce livre. Et son théâtre ?
J'attends les avis parisiens… C'est un livre plombant pour l'écriture, "daté", mais intéressant pour la découverte. Il est pour moi dans la tradition d'écriture des auteurs que j'ai lus de ce début de siècle dernier. Je préfère découvrir des auteurs plus contemporains… à Voix au chapitre pour le "risque" de "déplaire" ! Et c'est bien ainsi.

Christian
(avis transmis après la rencontre)
S'il s'agissait d'envoyer sur les divans les écrivains, il y a fort à parier qu'ils seraient nombreux à se partager l'aventure ! (Ceci pour Marithé).
Le livre de Robert Walser m'est tombé très rapidement des mains. Je n'ai pas compris où RW nous entraînait : personnages flous, elliptiques, situations obscures, inconsistance du récit, construction nébuleuse, voire incohérente, finalement lassante...
Les déambulations de Simon ne m'ont pas vraiment intéressé.
Bref, aucun plaisir. Peut-être faut-il cependant retenir l'exercice littéraire, une prouesse il est vrai pour un si jeune écrivain.
Mais à quoi bon ?
Aussi je souscris complètement à l'analyse détaillée qu'a faite Marithé des Enfants Tanner qui semble avoir eu une persévérance qui, pour ma part, m'a abandonnée.
J'ouvre ce livre ¼ pour la poésie qui inspire certaines pages où une certaine rêverie se dégage.
Celle-ci m'ayant fait penser curieusement (?) à certains écrits des romantiques allemands (Novalis et autres météores fulgurants). Ces derniers, cependant, volant à une autre hauteur.


DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
  Repères chronologiques
Œuvres publiées - Publications posthumes   
Traducteurs
Illustrations
Radio - Vidéo
Articles - Études, livres sur Robert Walser
Un prix littéraire Robert Walser
Un centre spécialisé sur Robert Walser
Expositions - Les "microgrammes"

REPÈRES CHRONOLOGIQUES
Né en 1878 et mort à l'âge de 78 ans une nuit de Noël dans la neige, Robert Walser a mené une vie souvent solitaire, logeant dans des mansardes d'hôtel ou des chambres de bonnes, ne possédant, rien, marchant, écrivant, s'efforçant de se faire publier.
Trois grandes périodes dans son œuvre correspondent à des changements de domicile et, en partie, de changement de manière littéraire :
- 1905-1913 à Berlin : Walser se lance, jeune écrivain, à Berlin, y publie trois romans ; mais ces premiers succès effectifs ne se confirmeront pas
- 1913-1918 à Bienne : période de repli géographique dans sa ville natale et littéraire
- 1913-1929 à Berne : période la plus productive, la plus audacieuse : un roman et de nombreuses pièces en prose, et comme à ses débuts, des poèmes et de petits drames et dialogues
- 1929-1956 : dernière partie de sa vie à l'asile, il cesse d'écrire en 1933.
Pour une chronologie très détaillée voir ICI. Pour un article passionnant retraçant sa vie : "Le Shakespeare de la petite prose" Richard Blin, Le Matricule des Anges, 2012.

ŒUVRES PUBLIÉES (avec la date de publication en allemand)
Trois romans publiés de son vivant et de nombreux textes publiés dans des périodiques.
- 1904 : Les Rédactions de Fritz Kocher, trad. Jean Launay, Gallimard, 1999, suivi de Histoires (1914) et de Petits essais (1913)
- 1907 (ROMAN) : Les Enfants Tanner, trad. Jean Launay, Gallimard, 1985
- 1908 (ROMAN) : Le Commis, trad. Bernard Lortholary, Gallimard, 1985 après une première traduction publiée en 1974 par l'Âge d'homme sous le titre L'homme à tout faire
- 1909 (ROMAN) : L'Institut Benjamenta, trad. et préface Marthe Robert, Grasset, 1960 puis Gallimard 1981, adapté au cinéma par les frères Quay, Institut Benjamenta, en 1995 (voir dossier de presse et bande annonce ICI)
- 1909 : Au bureau : poèmes de 1909, trad. Marion Graf, Zoé
- 1914 : Petits textes poétiques, trad. Nicole Taubes,
Gallimard
- 1916 : Morceaux de prose, trad. Marion Graf, Zoé
- 1917 : La Promenade, trad. Bernard Lortholary, Gallimard, 1987 + édition bilingue
- 1917 : Petite Prose, trad. Marion Graf, Zoé
- 1918 : Vie de poète, trad. Marion Graf, Zoé ; éd. Points, préface Philippe Delerm
- 1920 : Seeland, trad. Marion Graf, Zoé
- 1925 : La Rose, trad. Bernard Lortholary
- 1902-1932 : Sur quelques-uns et sur lui-même, trad. Jean-Claude Schneider, recueil de textes extraits de diverses revues et publications, Gallimard.

PUBLICATIONS POSTHUMES (dont un roman)

›Traduction Marion Graf, éd. Zoé
- Nouvelles du jour
- Cigogne et porc-épic, scènes dialoguées I
- Porcelaine, scènes dialoguées II

- Histoires d'images, Zoé
- Poèmes, édition bilingue
- Le Territoire du crayon, microgrammes (20 pages en ligne ici)
- Lettres de 1897 à 1949
- L'Enfant du bonheur


›Autres traducteurs
- Le Brigand, trad. Bernard Lortholary, Gallimard (ROMAN)
- Félix et L'étang, trad. Gilbert Musy, théâtre, Zoé
- Rêveries et autres petites proses, trad. Catherine Sauvat, L'Aire bleue
- Rêveries et autres petites proses
, suivi de Robert Walser par Walter Benjamin, trad. Julien Hervier, éd. Le Passeur/Cecofop
- Marie, trad. Jean Launay, éd. du Rocher (bilingue)
- Retour dans la neige trad. Golnaz Houchidar, Zoé ; éd. Points
- Cendrillon, trad. Anne Longuet Marx, Zoé ; Cendrillon, trad. Roger Lewinter, éd. Gérard Lebovici
- Blanche-Neige, trad. Claude Mouchard et Hans Hartje, éd. Corti (bilingue)
- Ce que je peux dire de mieux sur la musique, trad. Golnaz Houchidar, Jean Launay, Bernard Lortholary, Jean-Claude Schneider, Nicole Taubes et Marion Graf, Zoé.

TRADUCTEURS  

L'incipit
 
Eines Morgens trat ein junger, knabenhafter Mann bei einem Buchandler ein und bat, daB man ihn dem Prinzipal vorstellen möge.
Man tat, was er wünschte.
Un beau matin, un jeune homme ayant l'air d'un adolescent entra chez un libraire et demanda qu'on voulût bien le présenter au patron. Ce qu'on fit.
(Voir la 1ère page de Les enfants Tanner en allemand/en français).
et ici le livre intégral en allemand)


De grands traducteurs en français à mentionner :
- Jean LAUNAY, qui
a traduit Les Enfants Tanner, ainsi que Les Rédactions de Fritz Kocher suivi de Histoires et de Petits essais, Marie, Le Brigand ; a préfacé La promenade.
- Bernard LORTHOLARY (avec qui Voix au chapitre avait eu des échanges concernant Von Chamisso), a traduit Le Commis, La Promenade,
La Rose.
- Marion GRAF, une des spécialistes actuelles de Walser, a traduit de nombreux publications posthumes, chez l'éditeur suisse Zoé : Au bureau, Petits textes poétiques, Morceaux de prose, Petite Prose, Vie de poète, Seeland, Nouvelles du jour, Cigogne et porc-épic, Porcelaine, Histoires d'images, Poèmes, Le Territoire du crayon, Robert Walser : l'écriture miniature, Lettres de 1897 à 1949, L'Enfant du bonheur
. Elle obtient le prix de la traduction 2020.
- Et n'oublions pas Marthe ROBERT, grande critique littéraire française, connue pour sa lecture psychanalytique de la littérature et ses traductions d’auteurs germanophones (Kafka, Goethe, les frères Grimm, Nietzsche, Freud) qui fut la première traductrice en France de Robert Walser dès 1960 avec L'Institut Benjamenta.

Traducteurs dans d'autres langues
- Robert Walser, un écrivain pour écrivains, Isabelle Rüf, Le Temps, 8 mai 2013 (les traductions de Walser du Brésil à la Chine...
)
- 17 traducteurs de Robert Walser sont réunis : "Légère considération de Robert Walser pour ses traducteurs", Pierre Assouline, La République des lettres, 11 mai 2013. Et 19 dans Le Temps...

ILLUSTRATIONS
Son frère Karl, qui mène une carrière artistique à Berlin (où il fut tour à tour peintre de retables et peintre muraliste, décorateur de théâtre et illustrateur de livres) illustre les premières éditions de son frère Robert Walser :

Les Enfants Tanner
(Geschwister Tanner, 1907)


Le Commis
(Der Gehülfe, 1908)
Première traduction du titre : L'homme à tout faire (1975)


L'Institut Benjamenta (Jakob von Gunten: Ein Tagebuch, 1909)

Petits textes poétiques (Kleine Dichtungen, 1915)
Sur la première de couverture "Karl a laissé libre cours à sa fantaisie. L'ombrage d'un arbre lui tenant lieu de seul compagnon, un jeune homme se perd dans la contemplation du ciel. Sa mélancolie est à l'égale de celle de l'arbre sous lequel il a trouvé asile, esthétique et vibrante. En effet, l'utilisation de la technique au crayon donne un rendu dramatique et boule-

Petits essais
(Auffätze, 1913)
versant à cette scène quotidienne dans la mesure où elle absorbe dans la blanc de la page toutes les intentions heureuses de l'écrivain." (extrait de : Robert Walser et la peinture, Frédéric Pouzol, 9 octobre 2001

RADIO - VIDÉO
- Radio suisse RTS, émission Entre les lignes, 56 min : Correspondance de Robert Walser 1/2, 25 mars 2013, 56 min - Correspondance 2/2, 5 février 2013 (à travers sa correspondance, c'est toute la vie et l'œuvre de Walser qui sont passées en revue), avec Marion Graf, traductrice, et Peter Utz, spécialiste de Robert Walser.
- France Culture, "Les microgrammes de Robert Walser", émission Les jeudis littéraires, par Pascale Casanova, 3 avril 2003, rediffusée le 29 janvier 2015, 1h, avec Marion Graf et Peter Utz.
- Vidéo Robert Walser : Portrait und Erinnerungen, 2013, en allemand, 40 min.
- Vidéo présentant les microgrammes de Robert Walser, exposés à la Fondation Martin Bodmer en 2006, sur youtube, 7 min
(étonnant !)
- Malheureusement, inaccessible est le documentaire dans la série "Un siècle d'écrivains" consacré à Robert Walser, réalisé par Pierre Beuchot en 1996 avec Catherine Salvat, 48 min. Même impossibilité avec le film belge de Stéfanie Bodien, Kleine Dinge über Robert Walser, 2003, 45 min.

•ARTICLES, ÉTUDES, LIVRES SUR ROBERT WALSER

Presse
- "Robert Walser et le monde de l'étranger", Marcel Brion, Le Monde, 17 août 1960 (premier article dans Le Monde sur la première traduction de Walser, par Marcel Brion, écrivain, critique littéraire, académicien, parlant 7 langues, qui dirigea pendant 20 ans la rubrique "Littérature étrangère" du Monde).
- "Robert Walser ou la vocation de l'échec", Patrick Kéchichian, Le Monde, 21 juin 1985 (article qui suit la parution des Enfants Tanner)
-
Introduction de Marion Graf (traductrice de nombreux textes de Walser) au numéro d'Europe consacré à Robert Walser, mai 2003.
- "La carrière lamentable de Robert Walser", par Mathieu Lindon, Libération ; "L'inflexible douceur de Robert Walser", Patrick Kéchichian, Le Monde (articles du 9 octobre 2008 à la sortie de Morceaux de prose et Poèmes).
- "Mine de rien : une lecture de Robert Walser", Christian Girard, revue Les Libraires, 18 avril 2011
(à la sortie de Vie de poète et Histoires d’images).
- "La noble modestie de Robert Walser", Patrick Kéchichian, 7 novembre 2012 ; "Pourquoi Robert Walser s’est-il effondré ?", Quinzaine littéraire, 16 novembre 2012 ; "Robert Walser, l'écrivain qui adressait ses lettres au monde entier", Isabelle Rüf, Le Temps, 23 novembre 2012 (articles à la sortie de Lettres de 1897 à 1949).
- "Robert Walser ou la détresse du lion", Laurent Margantin, La Revue des Ressources, 12 mars 2012.

- UN DOSSIER Robert Walser, Le Matricule des Anges, n° 138, novembre 2012

› "Le Shakespeare de la petite prose" + Lettres de Walser, par Richard Blin (un panorama passionnant de la vie et les textes de Walser).
Entretien avec Peter Utz (LE spécialiste de Robert Walser), propos recueillis par Emmanuel Laugier
Quelle résonance l’œuvre de Walser a-t-elle sur votre conception de la littérature ? (Les réponses de 10 écrivains : Bruno Krebs, Jean-Paul Chabrier, Michèle Lesbre, Michel Surya, Pascal Commère, Matthias Zschokke, Anne Weber, Claude Mouchard, Joël Jouanneau, Jean-Claude Schneide
r).

- "Robert Walser, flâneur de presse", Philippe Claudel, Le Magazine littéraire, n° 564, février 2016 (à la sortie de L'Enfant du bonheur et autres proses de Berlin
; Claudel conseille de lire aussi Seeland)
- "Au concert avec Robert Walser", Mathieu Lindon, Libération, 10 mai 2019 ; "La petite musique de Robert Walser", Patrick Kéchichian, La Croix, 13 juin 2019 (à la sortie de Ce que je peux dire de mieux sur la musique et Histoires d’images)
- "Robert Walser, une leçon d’oubli", Peter Utz, trad. Marion Graf, Études Germaniques, n° 296, 2019
.

Études

•Livres sur Robert Walser
- Le Vagabond immobile : Robert Walser
, Marie-Louise Audiberti, Gallimard, 1996
- Robert Walser : danser dans les marges, Peter Utz, trad. Colette Kowalski, Zoé, 2001. Voir aussi l'article du même auteur : "Robert Walser, le danseur du quotidien, ou : l'affinité du feuilletoniste avec la danse", revue Littérature, n° 112, 1998
- Robert Walser, Catherine Sauvat, éd. du Rocher, 2002
- Robert Walser, l'écriture miniature, Peter Utz, Werner Morlang, Bernhard Echte, trad. de Marion Graf, Zoé, 2004
- Robert Walser : le rien et le provisoire, Nicole Pelletier, Michel Dentan, Zoé, 2008
- Robert Walser, le promeneur ironique : enseignements psychanalytiques de l'écriture d'un roman du réel, Philippe Lacadée, éd. Cécile Defaut, 2010
- Robert Walser, lecteur de petits romans populaires français, Marion Graf, Zoé, 2016.

Thèses
- Robert Walser entre réalité et dissimulation : un jeu de masques, Chantal Polo, Université de Lorraine, 2000
- Robert Walser et la peinture, Frédéric Pouzol, 9 octobre 2001 (étude préparatoire à une thèse).

•UN CENTRE SPÉCIALISÉ
Le Centre Robert Walser met en ligne de nombreuses ressources, en allemand et en anglais. Il est également un centre de recherche et de communication public consacré à Bern à Robert Walser et à Carl Seelig. Il dispose des legs des deux écrivains et se consacre à leur conservation, leur mise en valeur, leur étude et leur diffusion, ainsi qu’à l’agrandissement des collections. Dans ce but, il gère des archives, une bibliothèque et une exposition.
Dans ses locaux, le centre Robert Walser présente des expositions temporaires réunissant des livres, des manuscrits et des documents de Robert Walser ou concernant ce dernier et son œuvre.

•UN PRIX LITTÉRAIRE ROBERT WALSER
Le prix Robert-Walser, doté de 20 000 francs suisses (18 400 euros environ), est un prix littéraire délivré par sa ville natale, Bienne, et par le canton de Berne. Créé en 1978, le prix est décerné depuis 2004 alternativement à une première œuvre en langue allemande et française. Voir pour l'année 2020 ICI.

•EXPOSITIONS
- Le Nouveau Musée Bienne présente la "collection Karl et Robert Walser" et renvoie au projet de recherche mené par le Centre Robert Walser à Berne évoqué ci-dessus.
- "Robert Walser, Territoire du crayon" : exposition du 2 septembre au 29 octobre 2006 à la Fondation Martin Bodmer, s’inscrit dans les commémorations du 50e anniversaire de la mort de Robert Walser., consacrée à un ensemble de manuscrits des années 1924 à 1933 qui comptent parmi les plus beaux et les plus énigmatiques de l’histoire de la littérature moderne : les microgrammes. Les bouts de papier illisibles et fascinants flottaient en suspension dans les vitrines entre pénombre et lumière, comme des flocons :
Film présentant l'exposition (7 min) et les manuscrits
Article de Philippe Lançon en visite à la Fondation Bodmer "Robert Walser, lignes de vie", Libération, 28 octobre 2006
- "Robert Walser Grosse kleine Welt Grand petit monde", du 13 octobre 2018 au 6 janvier 2019, Palais des Beaux-Arts, Paris (Communiqué de presse - Des images ici de l'exposition, comportant des microgrammes).

Ces expositions présentent des exemples de microgrammes qui constituent 4000 pages de textes illisibles...

Les microgrammes sont constitués de 526 feuillets, rédigés entre 1924 et 1933, les "années bernoises" de Robert Walser, sa dernière période d'écriture, la plus féconde. Sur des supports variés - cartes de visite, enveloppes, lettres, etc. -, la calligraphie minuscule, impeccablement alignée, forme des blocs de textes réguliers qui imitent les colonnes des journaux. C'est d'ailleurs surtout dans la presse que Walser publie à cette époque. Poèmes, courtes proses ou scènes dialoguées, il puise dans ses microgrammes ceux qu'il juge dignes d'être rendus publics, les recopie au net - et à une taille normale - à la plume, et les envoie aux journaux.

Walser s'est exprimé au sujet de ce qu'il nomme "la méthode du crayon" dans certains microgrammes et dans une lettre à Max Rychner, rédacteur de la revue Neue Schweizer Rundschau. Parlant de lui-même à la troisième personne, il lui explique qu'arriva un moment où "il se trouva pris d'une effroyable aversion pour la plume". Pour se "libérer de ce dégoût de la plume, il se mit à crayonner, à esquisser, à batifoler": écrire au crayon ressuscita le "plaisir d'écrire". Walser parle encore de "véritable faillite de la main" dont la méthode du crayon l'a libéré. "Une impuissance, une crampe, un étouffement sont toujours quelque chose de physique et de mental à la fois." Dans le microgramme "Esquisse au crayon", il remarque que le crayon lui permet de travailler "de manière plus rêveuse, plus calme, plus lente, plus contemplative, je croyais pouvoir, littéralement, guérir grâce à la méthode de travail que j'ai décrite". Jamais, en revanche, Robert Walser ne mentionne l'aspect miniature de son écriture.

Quand Carl Seelig - ami de Walser pendant ses années d'internement psychiatrique à Herisau, et son tuteur depuis 1944 -, découvre l'existence des microgrammes, il pense qu'il s'agit d'une "écriture secrète". Walser vient de mourir et Seelig ordonne de détruire les feuillets, suivant un prétendu désir du poète. Mais l'avocat qui gère la succession ne se conforme pas à ces dernières volontés. Jochen Greven, qui étudie Walser, apporte bientôt la preuve de leur lisibilité. Dans les années 1970, il édite les premiers microgrammes : un roman entier, Le Brigand, et les scènes de Félix.

Au moins les deux tiers de l'œuvre de Walser trouveraient leur origine dans le "territoire du crayon". Dans les années 1970, la moitié des microgrammes est de fait déjà connue, qui a été publiée dans divers journaux, revues et recueils du vivant de Walser. Deux germanistes sont mandatés pour déchiffrer l'autre moitié : armés de loupes, Bernhard Echte et Walter Morlang passeront vingt ans à déchiffrer les inédits. Ils paraissent en allemand en six volumes, dont une partie a été traduite en français dans Le Territoire du crayon, microgrammes aux éditions Zoé. (description par Anne Pitteloud, Le Courrier, 9 septembre 2006)

Les 20 premières pages du Territoire du crayon sont en ligne ici).
Voir aussi :
- Robert Walser, l'écriture miniature, Peter Utz, Werner Morlang, Bernhard Echte, trad. de Marion Graf, Zoé, 2004
-
France Culture, "Les microgrammes de Robert Walser", émission Les jeudis littéraires, par Pascale Casanova, 3 avril 2003, avec Marion Graf et Peter Utz, 1h
- "Sur Robert Walser et son recours aux 'microgrammes' : Le brigand, forme limite et paradoxale du sinthome de l'écrivain", Lucile Charliac, Savoirs et clinique, n° 3, 2003

- Sculpture Robert Walser, RTS,19 juin 2019, 2 min : émission de télévision qui présente l'installation géante sur la place de la gare de Bienne de l'artiste suisse Thomas Hirschorn, qui pendant 100 jours, durant l'été 2019, a rendu hommage aux différentes aspects de l'œuvre et de la personnalité du grand écrivain suisse Robert Walser. La sculpture Walser comprenait de nombreuses pièces, et recoins, un restaurant, un amphithéâtre, des passerelles et tunnels

 

 

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