Statue
représentant Marcel Aymé, réalisée par Jean Marais, à Paris place Marcel-Aymé, au bas de la rue Norvins dans le 18e

Quatrième de couverture :
"Il y avait à Montmartre, au troisième étage du 75 bis de la rue d'Orchampt, un excellent homme nommé Dutilleul qui possédait le don singulier de passer à travers les murs sans en être incommodé. Il portait un binocle, une petite barbiche noire et il était employé de troisième classe au ministère de l'Enregistrement. En hiver, il se rendait à son bureau par l'autobus, et, à la belle saison, il faisait le trajet à pied, sous son chapeau melon.
Dutilleul venait d'entrer dans sa quarante-troisième année lorsqu'il eut la révélation de son pouvoir."


 

Marcel Aymé (1902-1967)
Le passe-muraille (1943)

Nous lisons ce livre pour le 22 décembre 2017.
Le nouveau groupe l'a lu pour le 1er décembre.

Les 10 nouvelles du recueil (en ligne)
- Le passe-muraille
- Les Sabines
- La carte
- Le décret
- Le proverbe
- Légende poldève
- Le percepteur d'épouses
- Les bottes de sept lieues
- L'huissier
- En attendant

Adaptations pour l'écran
Nous visionnons le 20 décembre l'une des adaptations du livre à l'écran, la première. En effet, Le passe-muraille (en tant que recueil de nouvelles) est publié en 1943 et, en 1951, sort le film (84 min) adapté de la nouvelle “Le passe-muraille” : il a pour titre Garou-Garou, le passe-muraille, réalisation de Jean Boyer, adaptation Michel Audiard et Jean Boyer, avec Bourvil (Léon Dutilleul), Joan Greenwood (Lady Brockson dite Susan), Raymond Souplex (l'artiste peintre), Gérard Oury Maurice (le complice de Susan).
Les autres adaptations pour l'écran :
- 1959 : Ein Mann geht durch die Wand, film allemand de Ladislao Vajda : en ligne ICI (99 min)
- 1977 : Le Passe-muraille, téléfilm français de Pierre Tchernia avec Michel Serrault : en ligne ICI (55 min)
- 2007 : Passe-muraille, court métrage d'animation de Damien Henry : en ligne ICI (6 min 30)
- 2016 : Le Passe-muraille, téléfilm de Dante Desarthe avec Denis Podalydès : extraits ICI

Hôtel littéraire Marcel Aymé
Nous attendrons avril 2018 pour nous rendre à l'hôtel littéraire Marcel Aymé 16 rue Tholozé, Paris 18e qui ouvrira alors...

Anne (du nouveau groupe dont les avis suivent)
Marcel Aymé est un conteur : "Il y avait (il était une fois) à Montmartre un excellent monsieur untel. Il portait un binocle, une petite barbiche noire"… Ses nouvelles se terminent également comme un conte, une légende ou un poème, "les noctambules qui descendent la rue Norvins entendent une voix assourdie qui semble venir d'outre-tombe… C'est Garou Garou qui lamente… et les notes envolées des doigts engourdis du musicien pénètrent au cœur de la pierre comme des gouttes de clair de lune". Que de genres, que d'inventions, quelle richesse d'idée ! Si la thématique du dédoublement, de l'inquiétante étrangeté, revient souvent, il m'a semblé que chaque nouvelle prend une tournure étonnamment différente à chaque fois.
En plus de l'admiration que j'ai éprouvée pour la beauté de l'écriture, pour l'humour cocasse, le sens de l'absurdité, la finesse et le sens critique, j'ai eu un fou-rire, seule dans le métro, comme cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps, ce livre m'a permis de lâcher prise. D'ailleurs tous ses personnages à un moment donné sont dépassés par l'extrême du fantasme voire une "petite folie" qui se déclenche précisément dans un processus. Marcel Aymé est aussi un inventeur de mots dont la drôlerie s'ajoute aux enfilades d'ironies et de dérisions qui parsèment ses textes : "le docteur découvrit la cause du mal dans un durcissement hélicoïdal de la paroi strangulaire du corps thyroïde " ou encore : pour guérir de son mal il fallait que Garou Garou prenne "deux cachets par an, l'absorption de poudre de pirette tétravalente, mélange de farine de riz et d'hormone de centaure", presque du Molière qui lui aussi tournait en dérision la prétention du sérieux mais il place ses personnages dans l'enfance : "Garou Garou", n'est-il pas comme un substitut du fantasme du loup garou ? J'ai eu parfois l'impression d'avoir affaire au capitaine Haddock avec ses gros mots ou bien celle de me trouver dans le monde poétique et absurde, de Raymond Devos.
Et puis, Marcel Aymé règle ses comptes avec la société. Qu'il s'agisse du peintre Gen Paul à Montmartre qui a en effet existé, qu'il s'agisse des institutions ou des artistes, il se moque de tout et peut être de lui-même.
Sur le plan psychologique j'ai trouvé très juste la façon dont trois choses viennent faire effraction dans les manies du fonctionnaire Dutilleul : d'une part un conflit entre le Dutilleul qui veut cadenasser le désir, s'en défendant quand il acquiert le pouvoir de passer les murs : "Cette étrange faculté (...) ne laissa pas de le contrarier un peu" ; il est débordé par l'agressivité, le fait de faire voler en éclat la normalité, les conventions, l'honnêteté, ce qui l'amène à la violence, à la délinquance ; puis, débordé par l'érotisme, il arrête tout cela qui n'aurait plus de limites sans le deuxième cachet qui rétabli une défense "béton" en l'enfermant à jamais au milieu d'une muraille.
Pour tout cela et grâce à mes éclats de rire qui ont parsemé cette lecture, j'ouvre grand ce livre.

Audrey
Est-ce que le fantastique ne permet pas de révéler une part d'inconscient ? De fantasme ? Sans le fantastique, le personnage serait écrasé.

Françoise
Tu en as une lecture très riche, Anne. Pour ma part j'ai trouvé ça vieillot. Des tournures du type "un excellent homme", qui emploie ce genre de tournure ?

Anne
Il le fait exprès.

Ana-Cristina
Je pense que le côté désuet est dû au fait que cela a été écrit dans les années 1940.
Françoise
Je ne suis pas d'accord. C'est désuet. Quand on lit Zola, on n'a pas l'impression que c'est daté, désuet. Cela m'a rappelé les ronds-de-cuir de Georges Courteline, Feydeau.
Je n'ai pas du tout été prise. Je n'ai pas aimé. Mais je vais le relire grâce à toi, Anne.

Audrey
J'ai lu "Le Passe-muraille", étonnée. Chaque page était riche, d'information, il y avait un rythme dense. J'étais très étonnée d'arriver à la fin. J'ai pris du plaisir à lire la nouvelle. Elle a un rythme condensé. "Les Sabines", j'ai trouvé cela laborieux et long. Il y a des incohérences liées au fantastique.
Il parle du désir féminin, mais montre qu'elle doit quand même payer. La morale la rattrape. Tout cela n'est pas très cohérent. Pourquoi ne se rassemble-t-elle pas alors qu'il y a des viols ? Je ne me suis pas attachée. Il n'y a pas d'incarnation très forte. Les intrigues des personnages ne m'ont pas intéressée. J'ai lui aussi "La carte" et "Le décret".
Il me semble qu'il l'a écrit pendant la Guerre et cela donne du relief à la nouvelle. Savoir cela change le regard que l'on porte sur les nouvelles.
"En attendant" (la dernière nouvelle du recueil) n'est pas fantastique. Tous ces personnages pourraient être ceux des nouvelles comme la femme qui prend plaisir à sa vie seule. C'est une Sabine. Elle est heureuse seule mais attend aussi que son mari revienne. Ces personnages alimentent les autres.
En conclusion, le registre fantastique me tient à distance. Cela m'a plu dans une légèreté, mais non dans une réflexion ou un plaisir littéraire.

Anne
Ça pourrait être adapté.

Françoise
Je pense que cela l'a été. J'ai le souvenir d'une adaptation du Passe-Muraille avec Bourvil (1951).
Émilie
J'associais Marcel Aymé à la littérature enfantine. En effet, j'ai lu certains des Contes du chat perché étant enfant.
Les thèmes abordés sont ici des thèmes pour adultes.
C'est court et plutôt agréable à lire.
Les personnages ne m'ont pas intéressée. Cela s'est donc avéré être divertissant mais pas émouvant.
Je trouve les idées très inventives, mais j'ai eu parfois l'impression que Marcel Aymé était un peu moralisant. Dans "Les Sabines", la femme qui assouvit ses désirs et punie car violée puis se laisse mourir. Dans "Le Passe-muraille", lorsque Dutilleul a une aventure avec une femme mariée, sa distraction le perd.
Audrey
Je me demande si "Les Sabines", ce n'est pas une parabole visant à décrire les femmes en général.
J'ai vraiment aimé certaines des nouvelles dont "La Carte".
Je me suis un peu lassée au fur et à mesure. Je ne lis pas souvent des nouvelles, donc c'est peut-être ce qui m'a lassée. On s'attache peu aux intrigues et le rythme est un peu répétitif : un personnage normal qui a un don ou qui traverse un événement extraordinaire qui finit par être dépassé par la folie/le délire et un revirement de situation à la fin. Comme cela a déjà été dit, je n'ai pas l'impression que ce sont les personnages qui sont fous, mais que le fantastique leur tombe dessus.
Je ne me suis pas investie dans la lecture de chaque nouvelle. J'ouvre à moitié.
Ana-Cristina
Les toutes premières pages sont très bien écrites.
J'ai pensé : c'est un bon conteur, mais les personnages sont clos, les histoires sont lisses et je vais me lasser.
J'ai jugé trop vite. Les personnages sont tellement originaux qu'ils débordent de leur cadre de papier. Ils débordent et arrivent dans notre XXIe siècle.
Et je n'ai alors plus senti le côté désuet des histoires qui ne sont finalement pas lisses. On ne s'attend pas à la fin. Ce sont de petits mondes sur lesquels on a envie de s'arrêter et d'attendre. Il nous tend des perches et nous laisse la liberté d'y aller. Je peux y trouver matière à réflexion si j'en ai envie. Par exemple, dans "La Carte" : "Il m'a expliqué que chaque individu vit des milliards d'années, mais que notre conscience n'a sur cet infini que des vues brèves et intermittentes, dont la juxtaposition constitue notre courte existence. Il a dit des choses beaucoup plus subtiles, mais je n'y ai pas compris grand-chose. Il est vrai que j'avais l'esprit ailleurs. Je dois voir Élisa demain." (p. 78)
Il y a plein de moments qui ouvrent des portes. Les fins des nouvelles sont morales, mais tant que la morale ne devient pas un prétexte à la tyrannie, elle est un garde-fou.
Le fantastique et l'humour ne permettent pas d'occulter l'angoisse. On peut y voir le côté angoissant. Qu'est-ce qui provoque la bascule du monde limité des possibles vers l'infinité des possibles ? Les personnages n'arrivent pas à vivre comme les autres. C'est écrit dans les années 1940. Ne pas faire comme tout le monde est alors risqué.
Je regrette de n'avoir pas pu aller plus loin. J'ai cherché s'il y avait une lecture philosophique, mais je n'en ai pas trouvé, sauf en ce qui concerne le rapport au temps.
La question du décret, c'est une grande question philosophique. C'est du Descartes : "s'il doute peut-être qu'il n'existe plus".
J'aimerais savoir si l'on peut retrouver le contexte historique exact dans lequel il écrit ces nouvelles pour voir si l'on peut faire des parallèles.

Anne
Ce qu'il est étonnant de constater c'est que pendant la Guerre, la vie continuait, des livres étaient publiés et celui-ci n'a pas été censuré malgré la critique qu'il porte des institutions, notamment.

 

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :

à la folie, beaucoup, moyennement, un peu, pas du tout


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