(photo éd. Stock)


Quatrième de couverture (éd. Autrement, 2016) :

"Écrire c’est comme l’amour. Cette étrange formule, c’est l’écrivain portugais António Lobo Antunes qui l’a eue un jour – un jour qu’il était de fort méchante humeur."
Depuis vingt ans, la journaliste et romancière Florence Noiville sillonne le monde à la rencontre des plus grands écrivains contemporains. En 29 portraits – drôles, émouvants, inattendus, profonds –, elle nous invite à partager un moment unique en compagnie de ces géants de la littérature. 

Les auteurs
(en gras ceux que nous avons lus dans le groupe – la moitié)

Aharon APPELFELD
Saul BELLOW
Neil BISSOONDATH
Don DELILLO
Nadine GORDIMER
Dario FO
Carlos FUENTES
Carlo GINZBURG
Yu HUA
Siri HUSTVEDT
Milan KUNDERA

Carlos LISCANO
Imre KERTÉSZ
Javier MARIAS
Toni MORRISON
Harry MULISCH
António LOBO ANTUNES
Herta MÜLLER

Cees NOOTEBOOM
Jean-Bertrand PONTALIS
Richard POWERS
SEMPÉ
Amos OZ
Ersi SOTIROPOULOS
Tomi UNGERER
Thanassis VALTINOS
Mario VARGAS LLOSA
Enrique VILA-MATAS

Quatrième de couverture (éd. Gallimard, 2013) :

"À l'âge de neuf ans, je suis tombée amoureuse de la langue anglaise. J'écoutais la BBC sans comprendre, comme on écoute une musique. Puis j'ai aimé l'Angleterre, le pays et ses écrivains..."
Au Monde, l'anglomanie de Florence Noiville est connue. Elle est toujours volontaire pour franchir les trente-sept kilomètres qui séparent Calais de Douvres. Au fil du temps, elle a ainsi rencontré la plupart des écrivains qui comptent de l'autre côté du "Channel". Avec certains, des liens privilégiés se sont tissés. Autour de la littérature bien sûr, mais pas seulement : "J'ai parlé de peinture avec William Boyd, de cuisine avec Julian Barnes. J'ai plaisanté avec David Lodge au sujet de la France, joué à cache-cache avec Ian McEwan et recueilli la dernière interview, à Berne, de John le Carré..."
Le tout a fini par constituer une galerie de portraits intimes, décalés, non conventionnels. Ce sont vingt-trois d'entre eux qui sont réunis ici. Tous ont paru dans Le Monde des livres entre 1997 et 2013. Par petites touches, ils composent un tableau vivant et coloré de la littérature d'Outre-Manche – celle qui est en train de s'écrire.
Stefan Zweig avait beau dire que "la véritable Angleterre, c'est Shakespeare", qu'avant lui tout n'est que "préparation"et qu'après lui il n'y a plus que "contrefaçon boiteuse", ce qui se dégage de ces textes, au contraire, c'est la vitalité extraordinaire du roman anglais où se mêlent, depuis quelques décennies, la prose la plus classiquement "british"et le souffle régénérateur venu de l'ancien Empire. Ce qui se publie à Londres aujourd'hui ? Une littérature globale, souvent au meilleur sens du terme.

Les auteurs
(en gras ceux que nous avons lus dans le groupe)

Peter ACKROYD
Tariq ALI
Martin AMIS
Julian BARNES
Alain de BOTTON
William BOYD
A.S. HYATT
John le CARRÉ
Jonathan COE
Kazuo ISHIGURO
Howard JACOBSON
Claire KEEGAN
Hanif KUREISHI
David LODGE
Ian McEWAN
Edna O'BRIEN
Edward ST AUBYN
Will SELF
Zadie SMITH
Graham SWIFT
Adam THIRLWELL
William TREVOR
Joanna TROLOPPE


Literary Miniatures
, Florence Noiville, trad. Teresa Lavender Fagan, éd. Seagull Books, 2013

Présentation de l'éditeur :

Selected from the pages of Le Monde, the interviews conducted by Florence Noiville are unequalled in literary journalism. In Literary Miniatures, Noiville captures the words and views of some of the best-known writers of the twentieth century, engaging luminaries like Saul Bellow, Nadine Gordimer, Aharon Appelfeld, and A. S. Byatt in revealing dialogue. In this collection, Noiville converses with Don DeLillo, reasons with Adolfo Bioy Casares, passes the time with Milan Kundera, and gently interrogates John Le Carré.

Fluent in many languages, Noiville conducted a number of these interviews in the subject’s native language, engaging these extraordinary writers on their own terms. Inimitably intimate, the interviews are a window through which readers can come to know the writers behind some of the greatest works of literature of the last one hundred years. Sure to delight lovers of literature and biography, this book is the perfect expression of the art of the interview and a priceless artifact for enthusiasts and scholars alike.

Florence Noiville, author and journalist, has been staff writer for Le Monde since 1994 and editor of foreign fiction for Le Monde des Livres, the paper’s literary supplement. She has written several books for children and a biography of Nobel Prize–winning author Isaac Bashevis Singer, for which she won the 2004 Biography Award. Her first novel, La Donation (The Gift), was published in 2004.

Teresa Lavender Fagan is a freelance translator who has published over 20 translations, including J. M. G. Le Clézio's The Mexican Dream (1993) and Roland Barthes' Incidents (2010). She has also translated Meur's novel House of Shadows.

Florence Noiville
Écrire c'est comme l'amour : portraits littéraires (2016)

Nous avons lu ce livre en février 2019. L'auteure était présente.

À Paris : Annick L, Claire, Christelle, Denis, Fanny, Françoise, Geneviève, Henri, Lisa, Manuel, Monique L, Nathalie B, Rozenn, Séverine
En Bretagne :
Christian, Chantal, Cindy, Claude, Édith, Marie-Thé, Yolaine

La préface et la table des matières indiquent les choix relatifs aux 28 auteurs portraiturés dans Écrire c'est comme l'amour : voir la liste de ces auteurs (dont le groupe a lu la moitié).

Florence Noiville avait auparavant publié So british ! 23 visages d'écrivains d'Outre-Manche, illustrés par l'auteure : voir la liste.

Elle est responsable de la littérature étrangère au Monde des livres. Voici ses articles et entretiens parus dans l'année qui vient de s'écouler, réunis ICI.

Elle est par ailleurs auteure de romans, d'une biographie de Isaac B. Singer, d'un essai personnel et de livres pour la jeunesse. La liste est .

Et enfin un petit portrait ICI.

Claire
Tout d'abord, des remerciements : pour avoir accepté cette rencontre, pour cette "prise de risque" car vous êtes venue ici sans y connaître personne.
Pour nous, c'est une première, car si nous avons eu pour invités des auteurs dont nous avions lu un livre (les dernières Carole Martinez, Marie Darrieussecq), des spécialistes de l'auteur lu (biographe), d'une zone géographique (sinologue), des traducteurs (Volkovitch), des observateurs de notre groupe (journaliste, sociologue), accueillir une critique littéraire de surcroît romancière, c'est une première !

Florence Noiville
J'ai créé avec ma fille un club de lecture, ÉvriVins, qui a eu trois séances, et certains voudraient en savoir plus sur chaque participant. Qu'en pensez-vous ?

Plusieurs
Surtout pas ! C'est bien mieux de se rencontrer à travers le livre.

Pour commencer, la parole aux absents...

Geneviève
Désolée de ne pouvoir être avec vous, d'autant plus que j'ai beaucoup aimé le livre de Florence Noiville. J'ai l'impression d'avoir devant moi un menu pantagruélique, avec des pistes de lecture à n'en plus finir... qu'il s'agisse d'auteurs que je croyais bien connaître et dont je découvre que je suis passée à côté de plein de titres (Richard Powers, Amos Oz, Siri Husvedt par exemple) ou d'auteurs dont je ne connaissais même pas l'existence (Carlos Liscano, Ersi Sotiropoulos).
Au-delà de ces perspectives alléchantes, chaque entretien est à la fois un portrait et une histoire, un petit bonheur de lecture garanti en tout juste quelques mots. Merci à Florence Noiville pour ce cadeau.
Une question. Plusieurs de ces auteurs ont disparu, d'autres ont publié d'autres livres : avez-vous l'intention de faire un deuxième volume ? Et si oui, quels auteurs seraient vos priorités ?

Nathalie B (du nouveau groupe parisien)
J'ai beaucoup aimé ce livre. Florence Noiville m'a donné envie de découvrir plein d'auteurs que je ne connaissais pas, donné l'envie de lire des romans de ma bibliothèque que je n'ai pas encore ouverts, et fait partager de jolis moments avec des auteurs que j'aime.

Annick L (avis transmis)
Concernant ces vingt-neuf "portraits" d'écrivains, majoritairement étrangers, écrits au fil de l'actualité littéraire (parution d'un nouveau titre ou d'une traduction, remise d'un prix prestigieux, etc.), durant une vingtaine d'années, et rassemblés dans ce volume, je ne peux, bien sûr, avoir un avis que sur les auteurs que je connais un peu, mais j'ai été très intéressée par cette déclinaison (que je viens de relire avec plaisir) : quelle jolie plume (par exemple le choix des sous-titres très éclairants), quelle finesse d'analyse pour saisir, le plus souvent, ce qui fait le ressort principal d'une œuvre ! Que ce soit pour Nadine Gordimer, Jean-Bertrand Pontalis, Imre Kertész, Aharon Appelfeld, Sempé, Toni Morrison, Siri Husvedt ou Dario Fo, dans des genres extrêmement différents… J'ai beaucoup aimé retrouver l'univers de ces écrivains, tout en ayant l'impression que la chronique m'apportait quelque chose de neuf les concernant. Une déception cependant pour Mario Vargas Llosa sur lequel Florence Noiville s'arrête deux fois : il y est question de ses essais littéraire, puis de son rapport à la lecture, mais jamais de son œuvre de fiction, pourtant magnifique. C'est peut-être la limite de ce type de chronique en lien avec une nouveauté éditoriale : un sentiment de frustration pour le lecteur qui aimerait parfois en savoir plus sur tel ou tel auteur.
Un point commun qui réunit malgré tout ces auteurs c'est leur rapport à l'écriture, obsessionnel et exigeant, à la lecture, insatiable, et à la culture.
Quelques questions :
- Est-ce vous qui choisissez les auteurs que vous voulez rencontrer ?
- Avant la rencontre lisez-vous de nombreux autres titres de cet auteur pour contextualiser la nouveauté ?
- Même si vous ne préparez pas un questionnaire détaillé vous devez avoir au préalable choisi quelques pistes significatives, d'après vos lectures. L'intuition du moment ne suffit pas !
- Certains auteurs, comme Milan Kundera, refusent carrément toute interview. Mais, au-delà, avez-vous eu parfois le sentiment de quelques rencontres "ratées" à cause de leurs réticences ?

Manuel
J'ai trouvé ce livre plein de pistes, érudit. J'ai aimé particulièrement les portraits de Vargas Llosa et de Richard Powers. Le titre "écrire c'est comme l'amour" et le projet initial présenté dans la préface ouvrent plein de perspectives. J'espérais entrer dans le laboratoire de l'écrivain.

Florence Noiville
Vous voulez dire voir l'artiste à l'œuvre ? C'est vrai que je ne les prends pas en pleine action. Je les vois dans une posture réflexive. Leur œuvre est derrière eux, elle est publiée et même traduite. En général, ils sont déjà dans un autre livre. Je ne peux pas les prendre en pleine action comme un peintre dans son atelier, je ne peux pas être dans leur tête. J'adorerais... Faut-il les interroger plus ? Ça m'intéresserait, les aiguillages dans l'écriture quand il faut choisir, et l'interrogation : est-ce que mon sujet est bon ? En n'étant pas seulement au restaurant, mais en cuisine.

Séverine
Les trois quarts des écrivains, je ne les connaissais pas. Il y en a beaucoup à ajouter à ma pile de livres à lire ! C'est un livre qui mérite d'être consulté à nouveau. C'est dur de lire les portraits à la suite, c'est difficile de les dissocier. Je retiens Sempé et son enfance terrible, qui me donne envie de lire ses livres. C'est intéressant de connaître les détails de la vie de l'auteur, par exemple concernant Sempé. J'aimerais que vous parliez de l'entretien avec Lobo Antunes...

Florence Noiville
C'est le plus... caractériel, pas facile à interviewer.

Séverine
J'ai des questions :
- Vous dites que lorsque vous avez commencé ces portraits, vous laissiez parler l'écrivain sans poser de questions, tel un psy qui écoute. Est-ce que ça marche toujours ainsi ?
- Pour chaque auteur, vous avez vraiment tout lu ?!
- C'est impressionnant d'interviewer ces stars littéraires : est-ce que vous n'en êtes pas blasée ?

Christelle
J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre. Les portraits sont brefs, mais ils permettent d'entrer dans une intimité géographique. On se sent proche de l'écrivain, vis-à-vis de sa vocation. Un deuxième grand bonheur, c'est la petite liste de livres indiqués, parmi lesquels j'en ai surligné un certain nombre ; je me suis fait piéger en prenant des notes car il y en avait beaucoup... Carlo Ginsburg, j'ai beaucoup aimé. J'ai aussi aimé Carlos Liscano.

Henri
C'est difficile d'émettre un point de vue, car le format du livre galvaude le temps qu'on pourrait y passer. Mon avis est influencé par une revue à laquelle je suis abonnée, Décapage, où un auteur à chaque numéro se présente, mais avec une longueur double de celle de ces portraits. J'ai été déçu par Kundera car le texte est plus une interview. Je préfère quand il y a une rédaction de votre part. Et sans trop de citations.

Florence Noiville
Sur Kundera, c'était particulier. Beaucoup de grands écrivains pensent que l'œuvre est importante et non la personne. Kundera disait : "j'ai répondu à toutes les questions dans mon texte" J'ai testé, je lui ai dit "c'est l'œuvre qui va parler". J'avais l'impression d'interroger un monument de papier.

Henri
Parmi les écrivains, j'en connaissais assez peu : ça me donne envie d'en lire quelques-uns, notamment Toni Morrison. Parmi ceux que je connaissais, j'ai trouvé que la façon dont Enrique Vila-Matas roule le lecteur se retrouve bien dans le portrait.

Monique L
J'ai aimé la présentation du projet dans la préface. J'ai apprécié le portrait de Lobo Antunes, pour son côté grognon et sa position par rapport à l'interview. J'ai aimé l'ouverture que constitue le livre et j'ai envie de lire certains des auteurs.

Lisa
Je n'ai pas fini de lire le livre car j'ai fini par comprendre que c'était mieux d'en lire un par soir. Un chaque soir, c'est parfait. J'ai choisi deux portraits : celui de Ersi Sotiropoulos, j'ai bien aimé le portrait mais je n'ai pas aimé ses livres, ni la personne lorsque je l'ai vue (lors de notre voyage littéraire en Grèce). Et celui de Nadine Gordimer : j'ai envie de la lire.
Je dois dire que je suis jalouse de votre métier.
Ma question : qui choisit les auteurs à rencontrer ?

Rozenn
Il faudrait certainement le lire par petits bouts. Je n'ai plus l'âge de faire cela et j'ai tout lu d'affilée. Tout se mélange dans ma tête, mais cela fait comme un kaléidoscope. J'avais l'impression d'avoir l'éternité devant moi. Les portraits sont tous différents. Différence aussi entre ceux que j'avais lus et ceux que je ne connaissais pas. Il y en a un seul que je n'ai pas aimé, et je ne me souviens pas lequel… J'aimerais être plus jeune et avoir toutes ces possibilités de lecture.
Je ne suis pas jalouse comme Lisa, mais époustouflée (et j'avais lu J'ai fait HEC et je m'en excuse, extra !)
Ça donne envie de lire. C'est réussi. Je suis étonnée d'avoir aimé ce livre.

Florence
Je n'aurais pas aimé faire des portraits voyeuristes. J'aime qu'ils me laissent découvrir quelque chose qui relève d'une émotion qui va nourrir chacun de leurs livres, la résonance entre la personne et ce qu'ils écrivent. Tous les créateurs tournent autour d'un sujet. Pourquoi Cézanne fait des pommes ?

Rozenn
Je n'aime pas qu'on parle des auteurs. Mais vous faites que ce sont les auteurs qui parlent d'eux.

Fanny
J'ai aimé la vision intime, pour l'ambiance qui s'en dégage. Partir du livre, puis élargir à l'histoire de l'auteur en partant du détail. J'ai retenu en particulier le portrait de Sempé avec ses projets sans fin et les souvenirs de son enfance. Ces portraits m'ont donné envie de découvrir d'autres auteurs au-delà de ceux que je connais.

Denis
J'ai beaucoup aimé trouver l'usage idéal d'un livre de chevet. J'ai lu un portrait à la fois car je reste à chaque fois dans l'ambiance si j'en lis un autre. J'aime le format portrait. Je connais davantage ceux de Libé.

Florence
Ah oui, formidables !

Denis
Je n'avais jamais entendu parler de la moitié des auteurs et j'en ai lu le quart. Pour la plupart, je n'ai pas aimé les livres que vous citez, mais vous donnez envie d'aller en voir d'autres. Je me demandais comment se passe l'approche des auteurs ?

Florence
Je prends rendez-vous au nom du Monde. C'est rare que les gens refusent, sauf quand ils ont cessé de donner des interviews par principe, ce que je respecte. Ensuite j'explique le principe du portrait et le projet de les rencontrer dans leur cadre.
Je fais en sorte que l'écrivain et moi soyons le plus en confiance possible. Ils voient que je connais leurs livres et apprécie leur univers imaginaire. Je n'ai pas lu forcément tous leurs livres, mais je fais le portrait quand je sens que j'en ai lu assez pour connaître leur univers. Il n'y a pas de portrait négatif, je ne suis pas là pour les dézinguer, je les aime. Parfois, certains sont difficiles à saisir, comme Lobo Antunes, mais du coup c'est un portrait en creux, et je fais le pari que cela permet tout de même de saisir quelque chose.
Souvent ils sentent que j'écris également ("pour poser cette question, vous devez écrire") et ça rajoute quelque chose, ils sentent une proximité.
Au fond du fond, c'est fascinant de s'intéresser à une vie qui surgit. Ça me fascine tellement que j'aimerais faire aussi des portraits d'anonymes.

Denis
Et quand arrêtez-vous l'interview ?

Florence
Quand ils reviennent à un même point, répètent.

Françoise
J'ai lu le livre en deux fois, l'année dernière quand il était prévu que vous veniez.

Florence
J'étais en position vraiment horizontale…

Françoise
Je l'ai repris aujourd'hui, j'ai presque tout lu. Je suis intéressée par les auteurs que je connais, et par les autres aussi. Vos portraits donnent un éclairage supplémentaire. J'aimais beaucoup les Espagnols et Lobo Antunes que j'admire. Comme portrait à retenir je choisis Herta Müller parce qu'il reflète bien ce que je pense d'elle. On en a lu deux dans le groupe. C'est une femme extraordinaire. J'avais la même question que Lisa (comment vous choisissez les auteurs ?). Mes réserves : sur Siri Husvedt, le fait de ne pas pouvoir s'empêcher de parler de Paul Auster, cela m'a énervée ! J'aurais aimé parfois que ce soit plus fouillé. Et quant à Toni Morrison, vous auriez pu zapper, je la trouve surcotée… (soupirs des groupies)

Florence
Je n'aime pas l'idée de traiter les auteurs dont tout le monde parle, de la littérature mainstream, je préfère sortir des sentiers battus, cela fait partie de la beauté du métier. Mais la presse rend compte de l'actualité et donc de l'actualité éditoriale. Ce serait dommage de se laisser ensevelir dans le monde traduit de l'anglais ; ainsi, dans le livre, il y a deux auteurs grecs.
On est une dizaine au journal, je fais des propositions débattues lors des réunions de programmation. Et il y a plusieurs traitements, plusieurs formats possibles : le portrait fait partie ; pour un portrait, il faut que le dernier livre soit bon (les portraits maintenant incluent une critique du dernier livre), il faut donc que j'en aie envie et que l'auteur se prête au portrait. Pour Toni Morrison, il se trouvait que Le Monde n'avait encore jamais fait de portrait. Nous recherchons un équilibre.

Henri
Est-ce qu'il n'y a pas des écrivains qui ont un discours tout fait qu'ils vous servent ? Comme des éléments de langage ?

Florence
Oui, parfois ça ne marche pas, par exemple avec Herta Müller : c'est au dernier moment, quand on allait se séparer que l'entretien a pu commencer et qu'on s'est rassises...

Christelle
Pour le recueil, comment avez-vous choisi les portraits ?

Florence
Le livre a d'abord été publié en anglais. L'éditeur américain était étonné par la brièveté des portraits (beaucoup plus longs chez les Anglo-saxons), et ça l'a intéressé ; chaque portrait ne dit pas tout, mais il y a un élément important. Il a appelé ça Literary Miniatures. Comme des compressions d'Arman. Ça a commencé comme ça. Puis les Français s'y sont intéressés.

Monique
Ce sont les Américains qui ont choisi les auteurs ?

Florence
Non, j'ai soumis une liste et ils ont pioché, des auteurs connus et des moins connus.

Claire
Le portrait que je retiens c'est celui de Kundera qui justement n'en est pas un puisque c'est un entretien (et je mesure l'aspect exceptionnel de cette interview de la part d'un écrivain qui s'y refuse).
Je me suis rendu compte qu'alors qu'a priori c'était la voix directe de l'écrivain que je croyais préférer entendre, c'est celle du vrai portrait, fait par vous, qui m'intéresse bien plus. D'abord parce que c'est de l'écriture, un genre avec ses composantes : le titre, le chapeau, la phrase d'attaque (pour Sempé : "Ça commence par des baffes et des torgnoles") et à la fin celle qui clôt, parfois présent le croquis physique qui essaie d'y trouver "tout, là", le parcours vite et bien brossé et qui suffit, et l'univers de l'écrivain approché, toujours bienveillant, affectueux. Il y a un ton, une narratrice qui nous parle. C'est une photo, qui bien sûr qui ne dit pas tout, on a envie d'en savoir plus : quoi justement ? J'ai remarqué pour la première fois que des guillemets de deux sortes seraient nécessaires : pour des paroles rapportées (lors de la rencontre), pour de l'écrit cité (des extraits de livres). Des questions :
- Lobo Antunes n'a-t-il pas raison de vous envoyer balader avec votre question sur l'origine de l'écriture ? Mettant d'une certaine manière en question ce qui fonde votre démarche "sonder le cœur vital des écrivains", "ce qui anime tous les artistes, le cœur vital", "éclairer l'émotion première – angoisse, déchirement, frustration, interrogation, colère, fantasme... –, bref, l'obsession qui constitue la force motrice de tout processus créatif, cette force autour de laquelle se noue le dialogue entre l'homme et l'œuvre, et à laquelle tout artiste revient toujours." ?
- Dans un de vos articles récents sur Lobo Antunes, encore lui, vous dites : "Voilà pour ce qu'il est convenu d'appeler l'histoire, mais tout vrai lecteur conviendra, au fond, qu'elle importe peu en littérature." Alors, s'il s'agit bien de littérature (et on ne doute pas de la qualité des œuvres des écrivains choisis pour les portraits), faut-il donner dans les portraits autant de place au "contenu" des livres ?

Florence
C'est l'idée du laboratoire de l'écrivain ?

Claire
Non, c'est l'écriture elle-même.

Florence
Il y a les articles critiques qui s'en chargent, qui décortiquent la forme.

Claire
Oui. Mais ce que je veux dire, c'est que dans l'univers de l'écrivain, c'est la personnalité de son écriture, son style, la composition des livres, qui en font l'originalité littéraire. C'est ça le plus pour moi, l'envie d'en savoir plus.

Manuel
C'est aussi ce que je voulais dire : l'idée d'inclure dans le portrait la singularité de l'écriture.

Florence
C'est difficile. Ce que je cherche chez les écrivains, c'est vrai que cela renvoie à ma propre démarche de l'écriture. Il y a quelque chose de ma propre vie (que nous raconte Florence Noiville) qui fait que je suis amenée dans chaque roman à mettre au cœur un dysfonctionnement, par exemple l'addiction pour le dernier.

Claire
Le groupe breton réuni hier a transmis des questions, dont certaines ont déjà trouvé réponse :
- Pourquoi ces auteurs ?
- Pourquoi ce titre ? N'est-il pas racoleur ? Est-ce l'éditeur qui l'a choisi ?
- En quoi votre intérêt pour la psychiatrie vous a aidée dans votre démarche ?
- En quoi avez-vous trouvé en eux une réponse à vos propres questions, dans votre propre démarche d'écrivain ?

Florence
En effet, j'ai eu envie d'être psychiatre.
Oui, c'est vrai que je plaque ma propre démarche, mais ça marche dans beaucoup de cas d'écrivains.
Je suis très intéressée par l'approche scientifique des comportements. Siri Husvedt mêle ainsi littérature et neurosciences.
Le titre c'est en effet l
'éditeur qui l'a choisi.

Claire
Marie-Thé qui a posé la question dans le groupe breton ne comprenait pas le titre. Je lui ai répondu que Lobo Antunes, en vous disant qu'écrire c'est comme l'amour (ou le désir quand on le "fait"), laisse entendre par cette comparaison qu'il ne sait pas d'où vient l'écriture, comme on ne sait pas d'où vient l'amour et le désir, ça paraît clair, non ? (aucune mine étonnée)
Et la traduction ? Vous lisez dans plusieurs langues.

Florence
Anglais, allemand, italien, espagnol, mais aucune autre langue.

Claire
Comment faire pour rendre compte de l'œuvre et pas de la traduction ?

Florence
C'est en effet du texte en français dont je rends compte.

Claire
Parmi les livres que vous citez (dont le traducteur est mentionné, ce n'était pas le cas dans
So british ! 23 visages d'écrivains d'Outre-Manche), certains auteurs ont le même traducteur (qui a donc une réelle connaissance de l'œuvre, en la traduisant, la "réécrivant" de façon cohérente, et d'ailleurs vous mentionnez une de ces traductrices, pour Carlos Fuentes) et dans d'autre cas, chaque livre est traduit par un traducteur différent, ça peut être cacophonique. D'ailleurs, dans notre groupe, alors même qu'on n'a pas lu dans la langue originale (!), on ne se gêne pas pour porter des jugements sur la traduction...

Monique L
D'autant que nous avons appris que la traduction est parfois même meilleure que l'original (suivent des potins que relate Monique sur un prix Nobel qui revient en fait aux traducteurs...)

Pour finir la soirée, et en réponse à notre demande, Florence Noiville nous annonce son prochain portrait à paraître (Erri de Luca, lu à deux reprises dans le groupe), son prochain livre (une biographie de Nina Simone) et nous suggère un dernier nom inconnu de nous : Clara Magnani, belge, et son roman au titre prometteur, Joie...

Synthèse des AVIS DU GROUPE BRETON (Chantal, Christian, Cindy, Édith, Claude, Marie-Thé, Yolaine) réuni le 7 février, rédigée par Yolaine (suivie de 2 avis détaillés)

Cet ouvrage nous a paru difficile à lire, puis il nous a semblé difficile d'en parler, et il est difficile d'en faire un honnête compte rendu.
Tout d'abord parce qu'il ne s'agit pas d'un roman, mais d'une espèce de dictionnaire des écrivains contemporains, dont on a du mal à mémoriser chaque notice avant de passer à la suivante. Dictionnaire, puzzle, collection de prix Nobel ? Y a-t-il un cadre, un fil conducteur ?
Fatigue de lecture, frustration aussi. Il y a les auteurs qu'on aime et qu'on connaît bien, et là on trouve parfois que c'est trop court. Il y a tous ceux que l'on ne connaît pas encore (pour ceux qui ne se sont pas contentés des écrivains qu'ils aimaient), et là encore, quel sentiment de manque devant tout ce qui nous reste à découvrir !
Admiration quand même : quelle chance de rencontrer la crème de la littérature contemporaine, dans le cadre même de la création et de l'intimité des auteurs. Le choix des écrivains a emporté l'adhésion à l'unanimité, tout en questionnant sur l'intention qui sous-tend ce recueil. Parmi les thèmes mis en exergue, l'enfance, le temps qui passe, la politique, le rôle de l'histoire, et la mort omniprésente font de ces notices des textes denses et forts, qui dépassent de loin le caractère anecdotique auquel la journaliste s'attarde parfois avec un certain bonheur. Préoccupations trop existentielles et fondamentales pour qu'elles ne renvoient pas aux questions très personnelles que Florence Noiville se pose elle-même, en tant qu'écrivain, sur les passerelles entre l'œuvre et la vie et sur le sens de la littérature.
A la fin de cet échange, nous avons exprimé notre émotion, ce qui aurait pu n'être qu'un exercice de style a réussi à nous toucher au plus profond de nous-même. Expérience prolongée lors de la réaction de cette synthèse : relire les pages que Florence Noiville a consacrées à Thomas Ungerer qui a quitté ce monde il y a quelques heures confirme qu'elle est allée à l'essentiel.

Claude
Un livre de petits chemins qui partent en découverte. Leurs directions convergent, divergent ou s'entrelacent :
- selon les personnalités évoquées, chacune originale et sensible
- selon aussi le bon vouloir de l'auteur et sa façon d'aborder chaque portrait (interview directe, interview et réponse de l'œuvre, interprétation et ressenti personnel de l'auteur).
J'ai aimé l'implication personnelle de Florence Noiville. Son admiration respectueuse et joyeuse amène des jeux de lumières chatoyants sur les auteurs rencontrés. Avec légèreté et fraîcheur, elle donne envie d'en retrouver certains, d'aller à la découverte des autres.
Ce livre donne un élan. On le déguste comme de petites bouchées de chocolat.
Je n'ai pas été étonnée, après lecture, d'apprendre que Florence Noiville écrivait aussi pour les jeunes.
Ma restriction : j'ai lu "Écrire, c'est comme l'amour". Je l'ai lu. "On le fait". Je l'ai fait, c'est tout !
Mais le moment (très attachant) sera volatil. Une distraction. Je ne peux le mettre en concurrence avec ce que j'attends désormais d'un livre, temps de réflexion et de connaissance personnelles.

Marie-Thé
J'ai beaucoup aimé suivre Florence Noiville, rencontrer grâce à elle des écrivains dans leur cadre de vie ou d'écriture, j'avais l'impression qu'ils étaient tout proches, impressionnants.
Par contre, une question me vient immédiatement à l'esprit : pourquoi ce titre ? (Racoleur..., influence de l'éditeur ?) António Lobo Antunes n'a dit-il pas dit lui-même "Parfois je dis n'importe quoi."
Par ailleurs, j'ai du mal à comprendre Milan Kundera, citant entre autres Flaubert : "L'artiste doit faire croire à la postérité qu'il n'a pas vécu." Son entretien avec F. Noiville pour moi prouve le contraire. Et je ne suis pas loin de préférer le parcours de Milan Kundera à son œuvre, un comble ! (Je ne l'ai pas toute lue, évidemment). Si dans cette série de portraits je vois avant tout l'œuvre d'un écrivain, je vois aussi des passerelles entre œuvre et vie.
J'ai un peu délaissé certains et j'ai aimé m'attarder avec d'autres. Avant d'en parler, je m'arrête à L'invention de Morel évoquée en préface : les écrivains meurent, leur œuvre non. Réflexion…
De tous, celui que j'ai préféré est Saul Bellow. Cet "ermite du Vermont" m'a fait penser à Henry D. Thoreau. J'ai aimé l'entendre, "évoquant ce Vermont sauvage", cette nature tant aimée, sa révolte aussi, quelques sarcasmes (Soljenitsyne). J'ai pensé à Philip Roth le provocateur, à Woody Allen (Moses Herzog). D'autre part j'ai aimé que son parcours puisse se retrouver dans ses livres.
J'ai adoré retrouver Aharon Appelfeld, parlant de cette communication avec ses ancêtres en hébreu, la langue maternelle étant devenue celle des assassins. Il s'est agi de revenir "à la langue du mythe, au langage du corps…", l'hébreu étant sa "langue maternelle adoptive". Je me suis aussi rappelé son étonnant passage chez Jonathan Safran Foer dans Tout est illuminé.
Avec le portrait d'Imre Kertész, j'ai retrouvé celui à qui dans Être sans destin était posée cette question : "Was ? Du willst noch leben ?" (Comment ? Tu veux encore vivre ?) L'horreur du camp, et la vie… Et le "périlleux face à face" : horreur et art, chez "un pessimiste qui a fait le pari de la vie", malgré le "Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas". Merci infiniment à Florence Noiville pour cette rencontre avec un écrivain qui m'a beaucoup marquée et que je n'oublierai jamais. Je retiens le lieu de cette rencontre, Berlin. Je me souviens l'avoir écouté s'exprimer en allemand, non langue des assassins, comme chez A. Appelfeld, mais langue d'écrivains admirés. Ce qui est différent aussi de Vladimir Jankélévitch qui après les camps aura rompu avec la culture allemande….
Je regrette le portrait pour moi trop réducteur d'Amos Oz, mais comment en quelques pages évoquer un écrivain de cette envergure ? Même constatation avec Jean-Bertrand Pontalis, que j'ai tant lu, tant aimé…
J'ai respiré avec Mario Vargas Llosa, un peu homme monument, comme Victor Hugo dont il parle. J'ai été sensible à cet auteur qui a "des ailes aux talons", mais pour qui soudain l'avion deviendra effrayant ; ayant connu situation identique, à l'avenir je penserai peut-être à recourir au "livre-médecin".
Étonnantes retrouvailles avec Herta Müller, dont je me souviens de L'homme est un grand faisan sur terre, mais pas des ciseaux…
Intéressantes rencontres avec Nadine Gordimer, que j'ai failli confondre avec Doris Lessing. Avec Harry Mulisch et l'origine du mal, Tomi Ungerer et cet acte fondateur : "montrer ses fesses", Carlo Ginzburg comme Voltaire ou Zola, Don Delillo "le plus sauvage", Dario Fo l'infatigable, Toni Morrison aussi. Siri Husvedt, littérature et neurosciences, bof…

 

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