Actes Sud, 2016, 160 p.
également version numérique

Quatrième de couverture : Le portrait dit des Époux Arnolfini a été peint par Jan Van Eyck en 1434 : énigmatique, étrangement beau, sans précédent ni équivalent dans l’histoire de la peinture... Cet ouvrage offre un voyage au cœur de ce tableau, qui aimante par sa composition souveraine et suscite l’admiration par sa facture. Touche après touche, l’auteur décrypte les leurres et symboles semés par l’artiste sur sa toile, à l’image d’un roman policier à énigmes. Alors le tableau prend corps, son histoire se tisse de manière évidente et les personnages qui nous regardent dans cette scène immuable prennent vie devant nous...

La table des matières ICI, avec les citations en exergue de certains chapitres

Jean-Philippe Postel (né en 1951)
L’Affaire Arnolfini (2016)
Un chef-d'œuvre est aussi comparable à un bulbe
dont les uns se contentent d'enlever la pelure superficielle
tandis que d'autres, moins nombreux,
l'épluchent pellicule par pellicule :
bref, un chef-d'œuvre est comparable à un oignon.

Raymond Queneau

Ce ne sont pas les éléments qui déterminent ensemble,
mais l'ensemble qui détermine les éléments.

Georges Perec

Pour voir il faut d'abord savoir.
(J.-P. Postel, p. 44
ainsi que pour les citations)

Voir c'est savoir
Olga Tokarczuk
(notre auteur prochain)
Les Pérégrins

Nous avons lu ce livre pour le 15 mai 2020, pas encore bien déconfinés.

Des infos en bas de page, avec des images, et notamment l'ensemble des œuvres de VAN EYCK.

Nos 22 cotes d'amour pour L'affaire Arnolfini

EtienneJean
 Annick LChantalFanny Françoise
Séverine •Suzanne
Annick ABrigitteCatherine •Cindy •Danièle GenevièveJacquelineLauraManuel
ClaireÉdith EtienneMonique L
•Yolaine

(Groupes non réunis "physiquement" pour cause de déconfinement progressif, mais bien vivants : groupe breton réuni visuellement et groupe parisien en échanges mel après lecture des avis ci-dessous)

Séverine
J'avais lu L'affaire Arnolfini dans le cadre de notre thème de l'été dernier sur l'art et la littérature. Je n'ai pas relu le livre pour l'occasion. Mon avis va être très court car je n'ai pas une mémoire extraordinaire… Cependant, je garde le souvenir d'une lecture agréable, la curiosité attisée comme dans un roman policier. Il y a quelque chose de ludique et de stimulant dans ce dépiautage minutieux d'un tableau. Je ne sais pas si aujourd'hui je saurais dire ce qui se cache dans chaque objet et chaque attitude… Je dirais que je suis curieuse de lire vos avis car au-delà du très bel exercice, je ne vois pas en quoi ce livre peut porter à discussion. C'est quelque chose qu'on apprécie ou pas, comme une visite guidée de musée. Après vous allez me dire qu'on peut toujours discuter sur la qualité du guide, certes. Mais d'un point de vue littéraire, je n'ai pas souvenir qu'il y ait grand-chose à en dire. Si ce n'est que c'est bien écrit et que l'auteur sait nous interpeller… mais est-ce la qualité de l'auteur et ses talents d'analyse que l'on doit saluer ou la magie de ce tableau ? Je l'ouvre à moitié.
Brigitte
J'ai beaucoup aimé ce livre, et je fais partie de ceux qui l'ont proposé au groupe.
J'avais vu déjà quelques fois ce tableau ou des reproductions. À chaque fois, il m'en restait l'impression que j'aurais dû lui prêter plus d'attention, que je passais à côté de quelque chose. Bref, ce tableau m'intriguait, et je ne savais pas pourquoi.
Quand on m'a offert ce livre, j'étais donc prête à m'intéresser au mystère qu'il recouvrait.
La lecture ne m'a pas du tout déçue ; en effet, la première image que l'on retient en recouvre une multitude d'autres. Jean-Philippe Postel nous guide magistralement dans la découverte du sens profond de ce tableau. Son écriture est sobre et précise et on comprend les étapes compliquées qui mènent peu à peu à démêler l'énigme de la relation entre les deux personnages.
Je suis très admirative du rendu des détails, même infimes, que le peintre met sous nos yeux, comme un reportage sur la vie quotidienne à Bruges au XVe siècle.
Je l'ouvre aux trois quarts et je le recommande autour de moi.
Merci à Claire pour toute la documentation mise en ligne et particulièrement pour la conférence de J.-P. Postel à Athènes.
Annick L
J'ai découvert ce petit livre de 156 pages paru chez Actes Sud, au milieu de beaucoup d'autres, à l'occasion de notre soirée spéciale de rentrée consacrée au domaine de l'art. Autant dire qu'il ne mérite pas, pour moi, une telle valorisation par notre groupe, même si on prend grand plaisir à le parcourir.
Je me souviens que le titre avait éveillé ma curiosité et m'avait incitée à l'acheter. En couverture, une reproduction en couleur du célèbre tableau de Jan Van Eyck, peint au XVe siècle, Les Époux Arnolfini, premier portrait d'un couple saisi dans son intimité. C'est une belle édition qui propose aussi, dans les rabats, des reproductions de détails significatifs, sans compter les nombreuses illustrations en noir et blanc à l'intérieur, en appui du propos. L'auteur, qui n'est qu'un amateur d'art éclairé, nous invite, d'indice en indice, de symbole en symbole, d'interprétation en interprétation, au fil des siècles de critique (19 pages de références en annexe), à une traversée des apparences, pour découvrir le(s) sens caché(s) de cette œuvre énigmatique. Non pas à la façon d'un essai érudit d'histoire de l'art mais comme dans un "roman d'investigation". C'est ce jeu avec les genres qui fait sa singularité. La curiosité du lecteur est savamment entretenue jusqu'aux révélations finales et on n'a plus qu'une envie : se précipiter à la National Gallery pour regarder ce tableau avec un œil tout neuf. Très intéressant comme parti pris ! Ouvert à moitié.
Monique L
C'est une étude d'une œuvre d'art comme je n'en ai jamais lue !
Ce livre très érudit se lit comme une enquête policière à travers le temps. C'est une vulgarisation magistrale d'un travail de recherche. C'est captivant, admirablement documenté sans être pour autant hermétique ni destiné aux seuls connaisseurs. C'est brillant, instructif et intelligent.
La démarche est originale. J.-P. Postel mène une enquête "scientifique" (il fait des suppositions, recoupe des informations, confronte diverses interprétations, remet en doute) sur un tableau qui a fait couler beaucoup d'encre et reste une énigme. Il fait parler le tableau. Il nous fait circuler dans la toile, plan par plan, détail après détail. Il analyse la toile, se basant sur les différentes études d'experts, ainsi que leurs différentes théories, pour nous proposer la sienne. C'est une investigation passionnante et bien menée.
Chaque chapitre est une énigme que J-P Postel, à l'aide d'un travail de recherche en amont, essaie de résoudre en confrontant les diverses interprétations. Il analyse avec méthode et précision. Il écarte les fausses pistes, souligne les ambiguïtés, trouve des indices. Cela nous engage dans une exploration palpitante.
J'ai beaucoup apprécié l'analyse du contenu du miroir. Je me suis munie d'une loupe pour scruter le contenu de ce miroir car je dois avouer que je n'y avais pas porté attention plus que ça. Ce qui m'a beaucoup intéressée également ce sont les informations historiques comme la chambre pour accoucher et la lecture des symboles propres à l'époque.
Ayant fait le tour de toutes les hypothèses, Jean-Philippe Postel propose enfin la sienne. Je l'ai suivi dans sa démonstration de la volonté de dissimulation et de double lecture inscrite par Van Eyck dans ce tableau. Je ne sais pas si c'est la bonne lecture du tableau. Cela n'a pas d'importance. "Regarder, regarder encore, regarder toujours, c'est ainsi seulement qu'on arrive à voir".
Ce fut une lecture passionnante et plaisante. J'ouvre en grand.
Danièle
J'ai finalement peu de choses à dire sur cet essai, sinon que, comme toutes les études détaillées d'œuvres d'art, et de peintures en particulier, elles me plongent dans le ravissement. Si celle-ci est particulièrement poussée et osée dans son interprétation, et prend effectivement, comme dit en préface, l'allure d'un roman policier, je n'y trouve pas plus d'intérêt que dans d'autres analyses de ce genre, par exemple dans les études de Daniel Arasse ou d'Erwin Panofsky. Au contraire même, le côté outré de cette étude, me pousse parfois à en rire, et presque à poser le livre, tant l'aplomb de Postel frise l'imposture et le sensationnel. Cette façon de considérer comme acquis des prémices qui reposent sur peu d'indices ("Pour nous, qui savons que la revenante ne peut pas être enceinte, ces indices laissent supposer qu’elle l’a été, et que c’est de l’avoir été qu’elle est morte" p. 105) m'indisposent... ou m'amusent.
Même si, pourrait-on dire, elle tient plus de la connivence avec le lecteur, et dans ce cas, pousse à la discussion : quelle est la limite entre l'intuition et l'analyse ? La somme de connaissances à atteindre pour pouvoir comprendre et apprécier un tableau est-elle un frein à un accueil par un public standard, ou pousse-t-elle au contraire à se cultiver davantage ? Le langage ésotérique des œuvres d'art n'est-il pas tout autant présent dans les œuvres anciennes, qui demandent une culture religieuse, philosophique, historique, que dans les œuvres modernes et contemporaines, qui peuvent sembler inaccessibles si on ne se donne pas les moyens d'en acquérir le discours contextuel ? Cela me rappelle la réflexion d'une dame qui disait à Picasso :
- Mais vos œuvres sont du chinois pour moi !
- Eh bien, madame, apprenez le chinois !
Je pense que Postel nous a donné ici envie d'apprendre à analyser une œuvre, ou en tout cas de prendre plaisir à lire ceux qui le font pour nous.
Laura
J'étais déjà très intriguée à l'idée de lire ce livre. Un ouvrage qui recèle les secrets d'un tableau sans être une thèse ou un pavé, je n'en ai pas croisé beaucoup. Et en plus, l'écriture est fluide, simple, accessible à tous, sans terminologie trop pointue, mais est pour autant très précise.
Il faut dire que j'ai beaucoup apprécié l'essai. Je l'ai lu en moins de deux jours, j'ai vraiment été emportée dans cette sorte d'intrigue que l'auteur parvient à mettre en place. Il y a un an, je crois, j'étais partie à Londres avec ma classe, et nous avions étudié rapidement le tableau à la National Gallery. Je n'ai quasiment rien retenu de la rapide étude, hormis qu'il y avait quelque chose de bizarre avec le miroir du fond. Je n'aimais pas du tout le tableau (mais alors pas du tout !) : l'homme et la femme sont disproportionnés, on ne comprend pas ce que le chien fait là, en plein milieu du tableau, etc. Et malgré les couleurs vives, je le trouvais très fade (peut-être à cause des visages qui n'expriment pas grand-chose, et pourtant !).
En bref, Postel m'a permis de redécouvrir le tableau de Van Eyck, rien que pour ça, j'en suis reconnaissante. En effet, pour comprendre un tableau, car certains se comprennent et ne se contemplent pas seulement, il faut y aller couche par couche, étape par étape. Et surtout ne pas vouloir que le sens soit donné au spectateur comme du tout cuit. De toute façon ce serait bien ennuyeux.
Non, le tableau a véritablement repris de la valeur à mes yeux. Certaines interprétations finales de l'auteur me paraissent parfois un peu douteuses, mais après tout chacun peut avoir son avis sur la présence des mules rouges. Ce qui me frappe le plus, je dirai que c'est l'historicité que contient le tableau, il y a un jeu de temps. Le tableau comporte une mémoire : si on se fie à l'interprétation selon l'anecdote de la tante Melanchthon, Van Eyck aurait soit repris l'histoire (je ne me souviens plus de la date), soit mis en peinture des faits réels entrés dans la culture de l'époque. Dans les deux cas, le tableau comporte des traces mémorielles qu'il fait ressurgir. Je crois bien que Warburg souligne ce point dans son Atlas Mnémosyne : une œuvre d'art est souvent une reprise d'histoire, ou d'autres œuvres (par exemple, le groupe du Déjeuner sur l'herbe de Manet reprend le même groupe que sur un croquis de Raphaël). Mais je ne m'étendrais pas plus sur le sujet.
J'ai beaucoup apprécié, mais je crois que je n'irai pas jusqu'à dire grand ouvert, ¾ ouvert c'est déjà très bien.
Annick A
Quel plaisir de rentrer ainsi dans les profondeurs de ce tableau. Mon regard pictural a constamment accompagné ma lecture. Je n'ai cessé d'observer chaque détail. J'ai trouvé amusante la préface de Pennac contemplant la toile sous le regard interrogateur de Van Eyck. L'intrigue est extrêmement fouillée et documentée. Nous parcourons l'histoire fascinante du tableau, découvrons les différents propriétaires et le nombre incroyable de spécialistes qui se sont penchés sur cette œuvre. Les différentes hypothèses redonnent vie aux vieux écrits qui m'ont bien intéressée. Inénarrable cette incursion sur les terres désolées du purgatoire. L'église est très forte pour soumettre les populations par la peur. Hallucinantes l'histoire de ces revenants et les croyances de l'époque. Passionnantes les références historiques sur les femmes enceintes et l'apprêtement de la chambre en vue de l'accouchement. Par contre, les interprétations de l'auteur me semblent un peu tirées par les cheveux et j'ai trouvé un peu longuettes les argumentations pour appuyer ses dires.
Ce qui m'a le plus fascinée, c'est le décryptage des leurres et symboles semés par l'artiste, la richesse des détails qui se chargent d'un sens nouveau. Ce livre a aiguisé mon regard et appris à rentrer véritablement dans un tableau. Je l'ouvre aux ¾.
Fanny
Concernant l'affaire qui nous réunit, mon avis sera assez bref. Il me semble que l'une d'entre nous avait évoqué comme une sorte d'enquête (presque policière ?) à partir d'un tableau. Pour ma part j'y ai vu essentiellement un essai.
Sur un plan pratique, le format numérique de lecture (?? confinement) n'était pas très approprié, car le passage d'une page à l'autre peu fluide pour alterner vision du tableau et texte.
Je suis sur le fond partagée, assez séduite par la brillance intellectuelle de l'analyse et l'érudition de l'auteur. J'ai appris beaucoup de choses sur Van Eyck mais aussi sur le purgatoire. D'un autre côté j'ai parfois eu l'impression que Postel s'aventurait dans une analyse qui reste très hypothétique, il le dit d'ailleurs dans le dernier chapitre. Il s'agit alors à mon sens d'un jeu intellectuel, certes brillant et instructif, mais peut-être très éloigné des intentions du peintre.
J'ouvre à moitié et ne résiste pas à poser LA question cruciale : est-ce un livre pour le groupe de lecture ?
Manuel
Je ne verrai plus le tableau Les Époux Arnolfini de la même manière. Non pas que la démonstration de Jean-Philippe Postel m’ait convaincu (commencée par l’achat d’un livre sur internet, à l’aveugle) mais parce qu’il y a une foule de détails que je n’avais jamais vus ! De plus je ne connaissais pas l’histoire du tableau. Quel brio ! Quelle élégance ! à lier justement l’histoire du tableau, son intrigue et sa signification. Le livre est riche d’anecdotes et de description de coutumes de l’époque (j’adore !). J’aime beaucoup le genre donné par l’éditeur à ce livre : roman d’investigation. Le dernier chapitre et sa mise en abyme m’a énormément plu : nous contemplateur faisons partie du rêve de Van Eyck. La préface de Daniel Pennac est une vraie préface qui ne dévoile rien du livre, ce qui est une bonne chose. J’ai envie de retourner à Londres avec une loupe si le gardien de la salle m’y autorise. Oui, le roman mérite la visite. J’ouvre aux ¾.
Jacqueline
Ce petit livre a été pour moi, ignorante, l'occasion d'un merveilleux voyage dans l'œuvre de Van Eyck, mais aussi à la cour de Bourgogne et dans un passé qui nous échappe…
Merci à Jean-Philippe Postel de m'avoir promenée à travers la masse des commentaires que ce tableau a suscités, témoignant ainsi de notre recherche sans fin de récits qui vont faire sens pour nous… Merci aussi de m'avoir fait entrevoir l'univers d'une symbolique disparue avec son époque (une conteuse m'avait fait lire La Légende dorée de Voragine que cite Postel en disant : "sans l'avoir lu vous ne comprendrez rien à l'art du Moyen Âge !")
J'ai été un peu frustrée que les notes se bornent à me renvoyer aux sources qui ont permis à Postel d'écrire ce livre. Et pourtant j'ai bien aimé l'habile restriction qui lui fait présenter son hypothèse comme la sienne... Il y a un petit côté jolie rhétorique qui m'a rappelé Pierre Bayard avec en plus une ouverture sur les grandes énigmes humaines de la naissance et de la mort associées. Nous ne pouvons qu'imaginer et rêver autour du risque qu'était un accouchement à l'époque de Van Eyck, qu'il ait eu une première épouse ignorée ou pas... De ce risque il n'était pas protégé, quelles que soient les précautions que lui permettaient sa relative aisance… Est-ce cela qui est mis en scène dans ce tableau et qu'a su me faire voir Postel ? J'ouvre aux ¾.
Françoise
Il est vrai qu'il nous donne envie d'aller voir ce tableau "in situ" (mais c'est pas demain la veille). J'espère au moins avoir appris à regarder un tableau autrement et j'ai été bluffée par tous les détails et les interprétations que l'auteur nous donne à voir. C'est un vrai plaisir "d'effeuiller" (comme ce qui est dit dans le livre, le comparant aux pelures d'un oignon... On apprend beaucoup et c'est très agréable. Mais j'ai un peu décroché vers la fin quand l'auteur émet l'hypothèse qu'il puisse finalement s'agir de deux femmes, j'ai eu envie de dire "non, là c'est too much", j'ai eu un peu l'impression d'être quelque peu flouée, tout en admettant que c'est peut-être vrai, bien sûr.
Le livre lui-même est un très bel objet, prouvant là la supériorité du papier.
Donc à cause de ce fléchissement que j'ai ressenti vers la fin, je l'ouvre à moitié.
Je voudrais signaler un autre livre, un vrai polar cette fois, Le tableau du maître flamand de Arturo Pérez-Reverte. J'entends déjà ceux qui diront que "ce n'est pas du même niveau" , soit, mais j'aime beaucoup cet auteur et c'est aussi agréable et intéressant à lire.
Claire
J'étais ravie de ce choix et serais allée à Gand voir l'exposition sur Van Eyck (départ 8h25, arrivée 10h34...) si le coronavirus n'avait pas attaqué ce projet…
Je ne savais rien de l'auteur et n'ai lu ni la 4e de couverture ni la préface avant de me lancer.
La lecture a été une gymnastique, car j'ai sans arrêt oscillé entre le texte, les notes et les deux rabats formidables de la couverture.

J'avais vu le tableau à la National Gallery, mais si l'impact du tableau fut réel et que cette impression garde toute sa valeur, autant dire que je n'avais rien vu ; d'autant que je ne suis pas méditative et pas du genre à rester plus d'une minute devant un tableau...
Ce que j'aime dans la démarche, c'est de voir à chaque chapitre autre chose dans le tableau. Oui c'est un roman, car je vis une histoire, une histoire de double dévoilement : d'abord de la foule d'éléments "effectifs", et il y a des grands moments romanesques, des coups de théâtre (le médaillon avec les 10 stations de la Passion, les deux diables, Sainte Marguerite, les oranges, les cerises, les chaussures). Ce qui est impressionnant en termes de narration, c'est que les péripéties ont trait à une description (le nouveau roman peut aller se rhabiller) ; l'auteur fournit des événements dans notre regard. Je ne me suis pas lassée des interprétations à coup d'érudition (pas que picturale) ; parfois l'auteur nous propose des hypothèses un zest tiré par les cheveux (amusée mais pas convaincue), mais ce désir de faire sursignifier le tableau est quand même captivant. Le purgatoire était un passage un peu long, mais cela ne m'a pas beaucoup gênée, le paradis étant à la clé...
À certains moments, j'ai ressenti comme un vertige de la démonstration au scalpel, tout à coup mêlée à de l'émotion au sujet des mules : "Elles se touchent par les talons, infiniment pantoufles, infiniment émouvantes" – je suis parfaitement, à l'unisson.
J'ai aimé les mots inconnus qui décoraient le texte à la manière de la texture de la robe : impénitent, controuver, huve, bobèche, quartefeuille... Plaisir de mots inconnus indiquant une réalité inconnue.
J'aurais aimé que soit évoquée la façon de peindre de l'artiste, comment il atteint cette virtuosité dans le détail, mais ce n'était pas le "sujet". J'aurais aimé que l'auteur se dévoile un peu : qui est-il ? Qu'est-ce qui le mène à cette (en)quête ? Pourquoi, quand, comment ? En lisant le livre, je peux supposer qu'il est historien d'art ou historien tout court. Le livre fini, je lis alors la préface (dont on aurait pu se passer...) et la 4e de couv qui m'apprend qu'il est médecin et qu'il applique au tableau des "méthodes de l'observation clinique" : chapeau alors.
Si on a des "voyez", "regardez", j'aurais aimé plus de "je", donc. La première phrase à la première personne se trouve p. 58 : "à une époque où une sorte de rêverie flottante m'entraînait assez souvent, et pour ainsi dire malgré moi, vers ce couple énigmatique".
Le livre est une illustration du travail de recherche : le chercheur est confronté à des interprétations diverses et il lui faut à chaque fois remettre en doute. Cette enquête convient vraiment bien au tableau. J'ai aimé le mélange de rigueur et de fiction (et si…). C'est l'éditeur qui annonce "roman d'investigation" ; l'auteur est plus réservé p. 18 : "ceci n'est pas un roman : plutôt une enquête, une observation".
Je suis enthousiaste, j'ouvre en grand ce livre inclassable.
Je suis ensuite partie à la découverte du peintre. Je me suis régalée à mettre en ligne ci-dessous les tableaux de Van Eyck, quasiment exhaustivement. C'est peu de dire que Van Eyck est un personnage de roman : artiste, diplomate, savant (une sorte de Vinci)... J'ai découvert l'analyse iconologique selon trois niveaux de Panofsky... MERCI au confinement...
Etienne et
Je ne serai pas très bavard sur L'affaire Arnolfini car je trouve qu'il y a peu à en dire. C'est le genre de livre qui me plaît énormément : l'expert d'un sujet très précis va nous délivrer un condensé de son savoir à la façon d'une enquête policière. On se sent donc (beaucoup) moins bête et en plus c'est ludique. Ma curiosité étant sans borne, cela a parfaitement marché car il s'agit de peinture flamande, mais cela aurait tout aussi pu bien être de la cuisine, de la paléoanthropologie, de la botanique, que sais-je ?
Ce livre est donc parfait dans sa forme et je n'ai aucune critique à lui formuler car l'auteur ne prend aucun risque ou parti-pris littéraire : c'est un peu comme un cours magistral à l'université. Je reste passif mais c'est passionnant.
C'est donc la première fois que j'apprécie fortement un livre mais que je me dis qu'il n'était pas pour le groupe lecture.
Je l'ouvre en grand pour mon plaisir personnel et le ferme complétement pour le contexte du groupe lecture. A vous de choisir !
Geneviève

Suite au confinement et déconfinement pas totalement déconfiné, je n'ai pas pu lire ce livre sur papier. Du coup, je l'ai téléchargé, mais je dois avouer que pour moi c'est vraiment un mode de lecture par défaut, beaucoup trop proche de mon travail à mon goût... Ceci dit, je l'ai lu en une seule soirée, un peu pressée par l'urgence. Cela explique probablement que j'ai eu plus l'impression du devoir fait que du plaisir de lecture, et pourtant... Je trouve l'idée excellente. Par goût et par profession, je suis une adepte de la lecture en diagonale, et je dois reconnaître que cela me coupe de plusieurs plaisirs essentiels, notamment la lecture de poésie... et l'observation de tableaux.
L'idée d'appliquer à un tableau une grille minutieuse de lecture, mais aussi de l'insérer dans une mosaïque d'autres tableaux qui lui sont liés, m'a totalement séduite, de même que le parallèle avec les illusions magiques. J'ai été fascinée par l'importance du moindre détail, même si j'ai dû croire l'auteur sur parole car la version numérique dont je disposais n'en permettait pas réellement l'observation. Je n'ai pas vu dans le miroir, pas plus que je n'ai pu observer la tache noire sur la main. Mais la mise en relation des indices, leur insertion dans une hypothèse de lecture qui repose entièrement sur une connaissance anthropologique et sociologique très fine, m'ont convaincue, même si j'ai trouvé certains passages, certes nécessaires, néanmoins un peu longs, par exemple celui consacré à la place du purgatoire.
J'ouvre donc ce livre à moitié quant au plaisir de lecture, mais totalement quant à l'originalité du projet et la finesse de l'analyse, ce qui revient à mon ¾ à peu près habituel...
Catherine

Ma curiosité sur ce livre avait été éveillée lors de notre séance sur littérature et art de l'an dernier et je m'étais promis de le lire. Je n'ai pas été déçue ; l'approche est originale ; le livre est bien construit avec des découvertes successives à chaque chapitre qui maintiennent l'intérêt du lecteur. Il nous incite à observer ce tableau avec l'œil d'un chercheur, à aller au-delà de l'examen superficiel et des apparences. On se laisse donc entraîner très volontiers à la suite de J.-P. Postel à émettre des hypothèses et à confronter diverses interprétations, même si je n'ai pas été toujours totalement convaincue, en particulier à la fin du livre où j'ai eu le sentiment qu'il allait un peu loin dans les déductions. C'est aussi bien ainsi d'ailleurs, car le tableau garde son énigme.
Le terme de roman d'investigation ne me paraît toutefois pas très juste car pour moi il ne s'agit pas vraiment d'un roman. C'est un exercice brillant et érudit (je dois dire que j'ai rapidement arrêté de lire les notes), mais j'ai en revanche passé mon temps à interrompre ma lecture pour aller regarder les détails du tableau et les images mises en ligne par Claire (merci !). J'ai pris plaisir à cette plongée dans les Flandres du 15e siècle, avec son vocabulaire (huve, huque, gésine..), au milieu des symboles, des revenants et des flammes du purgatoire.
En bref, j'ai trouvé cette lecture intéressante et enrichissante ; je n'ai pas grand-chose d'autre à en dire ; elle m'a donné envie de retourner à la National Gallery et m'a fait regretter de ne pas avoir vu l'exposition de Gand. J'ouvre aux ¾.

Synthèse de la rencontre bretonne par Skype
rédigée par Yolaine, suivie d'avis individuels
Jean SuzanneChantal
Cindy Édith Yolaine

Impressions mitigées, dues au "genre" inclassable du livre plus qu'à la qualité de l'étude, qu'il est difficile de mettre en cause. Ceux qui aiment les romans ont pu éprouver une certaine déception, les amoureux de la peinture n'ont pas non plus été obligatoirement comblés. Cette œuvre relève à la fois du roman ("roman d'investigation", nous indique la couverture), et même du roman policier, de l'histoire de l'art, de l'étude historique, et de l'investigation clinique, dissection pratiquée par un médecin.
Réticences et divergences aussi entre ceux qui adhèrent aux éclairages époustouflants apportés par l'auteur, les sceptiques et pragmatiques refusant de se laisser embarquer dans un voyage dans le temps qui fait travailler surtout l'imagination. Il nous faut replonger dans le XVe siècle : la place de la religion, de la femme, du couple, de la maternité, et plus fondamentalement de la vie et de la mort ont fait débat. Le questionnement a paru anachronique à certains, mais la difficulté vient aussi du fait que le tableau est étonnement moderne pour l'époque, ou bien que la Renaissance a été une période incroyablement riche et dynamique, ce qu'on a oublié. Certains s'agacent de ce que les questions posées aillent au delà du tableau – mais on peut soupçonner Van Eyck lui-même d'avoir fomenté ces pièges – ou que les énigmes ne soient pas résolues. Mais c'est la richesse de cette étude que de laisser toutes les pistes ouvertes.
Au-delà de l'adhésion plus ou moins grande à la démarche investigatrice de Postel, on peut faire l'addition des points positifs : intérêt historique et artistique, nous avons tous appris beaucoup de choses et en particulier à regarder un tableau. Chaque hypothèse proposée est étayée par une bibliographie et une érudition qui forcent le respect. Outre son intérêt documentaire, nous avons majoritairement éprouvé beaucoup de plaisir à la lecture de cette enquête. Une étude savante et sophistiquée dans une édition luxueuse – que mérite sans conteste ce chef-d'œuvre de la peinture – nous aurait peut-être paru fastidieuse.
Dernière question à laquelle nous n'avons pu échapper et qui donne lieu à autant de discussions théologiques : est-ce un livre pour la voix au chapitre ? Dans notre groupe, certains disent que non. Ceux qui ont aimé ce texte s'insurgent, apprécient aussi la découverte par ce biais d'un peintre immense, et d'une exposition fascinante qu'ils ne seraient sans doute pas allés chercher dans la prison de leur confinement sans le secours de notre club de lecture.
Chantal

Livre pour le groupe, oui ? non ? Éternelle question... pour moi oui. Sans état d'âme. On ne peut pas lire toujours le même genre de livre, c'est cela l'intérêt !
J'ai aimé moyennement ce livre.
- Le "négatif" : ce livre parle à ma tête, pas à mon cœur... et ça pour moi c'est embêtant. Plaisir intellectuel, pas plaisir émotionnel ;
- et cette édition, petit livre, reproductions genre photocop basiques... où l'on ne voit rien, obligée de croire Postel comme Saint-Thomas, qui somme de croire sans voir, énervant !
Mais :
- j'ai apprécié d'apprendre un tas de choses ! Sur la peinture de cette époque, sur Van Eyck, ignare que je suis ;
- d'abord agacée au début, le personnage du tableau, Van Eyck ou Arnolfini ? Je m'en f... ! Et puis, je me suis laissé embarquer dans cette "enquête", avec la recherche entêtée de l'auteur, son analyse "au scalpel" (l'auteur est médecin) de tous les détails du tableau, les hypothèses qui en découlent...
- et j'ai vraiment aimé, ce qui paraissait à certains comme des digressions inutiles, la documentation sur les us et les croyances de cette époque : le purgatoire qui faisait véritablement peur, peur bien utilisée par l'église..., la croyance dans les apparitions, les morts qui reviennent réclamer leur dû aux vivants... tous ces éléments, vrais historiquement (bibliographie à l'appui), venant appuyer son hypothèse ;
- et la fin ou il laisse le lecteur libre ? Ou pas vraiment ?...
Belle découverte. Je l'ouvre ½.
Édith

J'aurais préféré lire ce livre dans sa parution papier : j'aime beaucoup
les éditions Actes Sud, d'autant que la couverture était très engageante et j'ai découvert – en le lisant sur écran – l'iconographie très précieuse appartenant à l'édition.
J'ai donc lu avec un très grand plaisir cette enquête aussi documentée (érudition) sur l'époque (mobilier, coutumes) que naviguant en permanence dans les symboles… et là aussi je me suis "régalée".
La découverte du texte ne fut pas totale par la lecture sur écran puisque, ne pensant pas recevoir à temps le texte (commandé et non reçu), j'ai écouté en premier l'entretien de l'auteur J.-P. Postel dans l'émission en ligne. La voix des journalistes et surtout lecteur(trice) de cet entretien radio (notamment celle de la femme décrivant la scène du tableau) imprégnait par le timbre de voix un trouble, tout en évoquant un mystère et un dévoilement ! Elle nous initiait aux symboles principaux. De plus j'apprends, intriguée, la tenue sous clef de cette œuvre lors de sa possession par Marguerite d'Autriche ! Ainsi que les missions secrètes dont le peintre fut l'auteur… à ce jour toujours inconnues.
Je n'avais pas non plus résisté au plaisir de la visite virtuelle de l'expo… la lecture à suivre s'en trouvant confortée des éléments vus et des explications données par le commissaire. En bref, un heureux moment de culture et de littérature.
Le livre, donc. D'abord constater avec quelle minutie Postel avance dans sa rhétorique : chapitres courts vite lus mais sur lesquels je suis parfois revenu pour le plaisir du texte. J'ai aimé apprendre à VOIR – ce que nous dit aussi Pennac dans sa préface.
Cet exercice du LIRE en restant devant et longtemps une œuvre, dans les musées en général, que j'aime fréquenter, m'avait déjà été enseigné par un cours de l'histoire de l'art. Pour tout le temps de la lecture, j'avais en permanence l'image du tableau sur le portable… une première ! Il faut souvent un moment pour voir ou non… ce qui est exposé. J'aime bien la référence à La lettre volée d'Edgard Poe dont fait état l'auteur.
J'aime, de plus, les livres dont les auteurs tentent d'approcher l'âme d'une œuvre picturale par la littérature (de même en ce qui concerne pour l'œuvre musicale) et qui explorent par des mots choisis l'âme d'une œuvre ou celle mystérieuse (et qui échappe ?) au peintre dans sa création. De ce fait, j
'ai lu avec ravissement, durant ce confinement, Charles Juliet et son Giacometti, Léonor de Recondo et sa La leçon des ténèbres et Entretien avec Pierre Soulages par Charles Juliet. Et puis à une autre époque de ma vie j'avais appris l'hypothèse de l'homosexualité de Léonard de Vinci par un texte de Freud détaillant une de ses œuvres… Un souvenir d'enfance de Leonard de Vinci (Freud interprétant dans le "pinceau" de Vinci la trace probable de son homosexualité !)
Cependant pour cette œuvre-là, Arnolfini, je remarque que rien ne semble échapper à la volonté de "dire" de Van Eyck : son pinceau obéit très docilement à ce que lui veut signifier même si, pour nous admirateurs de notre époque, nous restons interrogatifs sur ses messages. Cela a donné l'occasion de nombre d'études dont celle-ci, de Jean-Philippe Postel, dont je dois dire qu'elle me convient dans ses conclusions. J'ignorais combien cette œuvre intriguait ! Je suis étonnée de la dextérité de Van Eyck peignant dans le miroir (5 cm diamètre) représenté dans l'œuvre avec autant de détails lisibles avec loupe… peints avec un pinceau d'un seul poil. On attribue à Van Eyck l'invention de la peinture à l'huile. On sait les secrets de fabrication bien gardés par les artistes des siècles précédents et à présent dévoilés : matières organique et poudre minérales… du rêve encore. Lors de la visite virtuelle de l'expo, je fus très surprise et étonnée de voir aussi sur les cuisses de Adam les poils des jambes… (oui, je fais ici une association d'idées). Mais que de détails accumulés et que, sans la description du livre, je n'aurais pas même remarqué et encore moins ne serais allée en chercher la force symbolique (oranges, cerises, bougie allumée ou éteinte…) Il en est de même pour la construction du tableau en M et la direction des socques et des mules rouges en forme de V… Curieux aussi ce détail de la tache de boue sur les socques de l'homme, presque invisible, et la déduction logique qu'en fait Van Eyck : l'homme vient d'arriver ; j'apprends que ces socques était d'usage courant pour éviter de se salir les chaussures plus délicates.
En revanche je me suis trouvée "de plain-pied" avec les suffrages et le bénéfice qu'en tirait la l'église catholique… ainsi qu'avec le purgatoire dont je ne savais pas que c'était une invention datant du 12e siècle. Je connaissais en revanche la marque du feu des revenants…et je vais essayer de lire Les revenants de Claude Schmitt.
Les rites et coutumes liés à la maternité – thème du tableau Arnolfini évoquant l'enfant mort – et l'organisation de la chambre à cette époque, me renvoient au livre de Michèle Perrot Histoire de chambres que je parcours souvent. Lire est un voyage dans les pas des écrivains. Faire "œuvre d'historien" à la manière ici de Jean-Philippe Postel est un long parcours qui s'engage sur les pas d'autres d'auteurs (impressionnante liste de références en fin de livre). Ceux-ci formant une famille de gens de passion identique et partagée. Cela renforce le plaisir de lire le travail qui en résulte. Ce fut le cas pour cette enquête dans un siècle bien lointain.
Voyage qui étonne intrigue et initie, beau voyage pour ma part. Un dernier sourire lié à Arnoul, Arnolphe de Molière, le mari trompe, Arnaud le cocu quoi ! Et puis encore l'énigme de la phrase "JOHAN de EYCK FUT LÀ"… et ses nombreux sens.
Je recommande ce livre. Même je l'offrirais !
Jean
Un questionnement sur les représentations du couple en société ?
À partir d'un tableau figuratif (un couple hétérosexuel), l'auteur explicite les détails et le sens qu'ils peuvent avoir, replacés dans le contexte du Moyen Âge.
Questionnements
Un questionnement se produit d'emblée : sur le tableau, un couple ne se regarde pas. Ils n'ont pas l'air d'être indifférents à ce qui se passe, ni inquiets. Qu'est-ce qui se passe ?… si nous croisons ou pas nos regards, cela prend un sens entre nous : difficile de dire bonjour à quelqu'un qui ne vous regarde pas ; mais dans ce tableau, les attitudes semblent conformes à ce qu'on attend d'un couple à l'époque. Les personnages semblent se sentir "à leur place", alors que leurs attitudes seraient jugées bizarres aujourd'hui.
L'intention est intéressante et l'objet choisi semble pertinent pour tenter un décalage entre les présupposés qui nous échappent"parce qu'évidents" : Que voit-on de moi ? est une question qui reste la plupart du temps engluée dans la peur de déplaire, du "qu'en-dira-t-on", etc. Nous demandons à être vus comme nous le désirons et non comme nous sommes pour l'autre. Le "roman" nous invite à élargir nos regards.
La méthode
L'insistance sur l'objet du miroir est astucieuse : réalité du tableau et symbolique du tableau sont mises en tension. Ce livre aurait pu être une métaphore du réel, dans un syllogisme où le miroir est à la fois reflet de la réalité observée en commun, et ce qui est hors de la réalité tangible, propre à chacun : le chien est dans le réel, mais pas dans la fiction (il n'est pas dans le miroir).
Lecture
Roman, sans l'être, je suis confronté à un langage de spécialistes de l'histoire, mais avec un auteur qui n'a pas - a priori - cette compétence, tout en étant un érudit de l'histoire de l'art. Méfiance : le travail d'historien s'apprend, c'est par une méthode rigoureuse qu'on dépasse la spontanéité des interprétations quand on lit des textes anciens, que ce soit la Bible, ou Mein Kampf ! Si "le religieux-sexuel" est probablement un questionnement qui, au Moyen Âge où se posait une refonte des rôles, les interprétations causales telles que la femme est une revenante, un spectre, elle est morte, l'homme est terrifié, me semblent bien gratuites et j'imagine que Van Eyck se serait peut-être amusé de toutes ces élucubrations. Horreurs de nos jours, normalité d'hier. Scandale d'hier, regards amusés aujourd'hui : la contingence de nos jugements ne se dévoile pas dans ce livre.
Intérêt
Dans l'attente et l'appétit des questions posées, j'ai été mis hors jeu par un langage basé sur des connaissances d'histoire de l'art, et des développements sur la religion pas toujours explicitement reliés au tableau. La question du regard et de ses implications dans les sociétés humaines est un objet de réflexion dans les philosophies d'Habermas et Sartre. "Regarder encore [...] c'est ainsi qu'on arrive à voir" est-il écrit dans ce livre : faux !… regarder pour regarder, c'est inévitablement arriver à… ce qu'on veut voir.
Roman ou documentaire ?… l'intérêt, la compréhension, passent à la fois par la raison (le discours historique, l'exposé des faits vérifiables) et par l'émotion. Si l'intention de l'auteur était de créer une sensation d'empathie pour ce couple, qui pourrait être nous, tout en nous amenant à n'y rien comprendre parce nous avons nos lunettes normatives sur le nez, il a, selon moi, raté son but. Mais je n'ai sans doute rien compris à son intention !
Critère V.A.C. : j'ai "fermé" le livre (je le considère réservé à un public averti).


Les échanges par courrier électronique après lecture de nos avis

Séverine
Ne peut-on pas dire de ce livre qu’il doit autant son intérêt à la bonne analyse très bien amenée de l’auteur qu’au génie du peintre et du tableau ?

Françoise
Oui, pas de tableau, pas d'analyse. S'il faut faire une hiérarchie, je placerai tout de même le tableau d'abord.

Claire
Vous avez vu que Fanny a mis les pieds dans le plat ("je ne résiste pas à poser LA question cruciale : est-ce un livre pour le groupe de lecture ?) Et d’autres n’en pensent pas moins : Etienne, Séverine, Annick L et chez les Bretons Suzanne...

Françoise
Je n'ai vu aucun argument en faveur de cette hypothèse...

Annick A
Tous les avis se ressemblent et sont d’accord pour dire que c’est un bon livre. Mais il n’ouvre pas au débat. En ce sens ce n’est pas pour le groupe lecture. Que rajouter à nos avis ?

Danièle
Oui, c’est un peu le problème. Très intéressant à lire. Mais comment rebondir sur ce que dit l’auteur ?

Séverine
Oui, en effet, il pourrait y avoir débat si on était en mesure de remettre en cause son analyse, mais là j’avoue que mes compétences en art sont trop limitées pour cela...

Claire
Tu ne parles que du contenu et pas du travail d’écriture de l’auteur.

Séverine
Probablement parce que depuis l’été dernier, il ne m’en reste pas grand-chose en mémoire sur ce point-là pour en parler…

Claire
Il me semble qu’on pourrait distinguer plusieurs choses :
- le contenu : comptes rendus de recherches érudites, hypothèses
- le livre lui-même : la composition, la narration
- l’effet sur le lecteur que nous sommes, chacun.

Danièle
C’est curieux, le travail d’écriture ne se sent pas du tout, justement. Je trouve que l’auteur fait son boulot d’iconographie, et que le suspense tient au fait qu’il se pose des questions sur ce qu’il voit, tout simplement, et avec ses connaissances, très érudites. Il procède comme un historien de l’art. Et c’est pour cela que son livre ne me plaît ni plus ni moins que toute analyse de tableau d’autres historiens de l’art.

Claire
Il me semble qu’une différence, outre la simplicité, les courts chapitres (qu’on ne trouverait pas dans des bouquins spécialisés) c’est qu’il est un conteur plus qu’un analyste. D’ailleurs il ne parle pas peinture, art, il raconte des histoires.

Annick
Oui, c’est vrai, il raconte des histoires, des histoires argumentées, et c’est ce qui m’a plu.

Danièle
À mon avis, il ne raconte pas d’histoires, il cherche à essayer de comprendre les histoires que raconte le peintre. Et il faut beaucoup de connaissances, et aussi beaucoup d’intuition pour recontextualiser ces histoires. C’est un travail de chercheur. Mais il pousse un peu loin l’interprétation avec son histoire de revenante. D’ailleurs, elle n’est pas si revenante que ça, puisqu’on la voit de dos dans le miroir. Je ne sais pas pourquoi il dit qu’elle ne figure pas dans le miroir.

Claire
Je suis assez d’accord avec toi, et plusieurs d’entre nous, sur le fait qu’il pousse un peu loin, voire tire par les cheveux si j’ose dire ses hypothèses. Mais pour ma part, j’ai lu le livre comme un récit, avec des péripéties, des coups de théâtre, des tensions, oui... comme un roman. Mars de Fritz Zorn, je l’ai pris aussi comme un roman.

Danièle
Oui, c’est vrai qu’il a le don de nous intéresser tous, et c’est peut-être pour cela que quelqu’un a employé le mot de populaire. Certains historiens de l’art sont rébarbatifs.

Françoise
Ce n'est pas parce qu'on est tous d'accord (et encore, pas vraiment) que ce n'est pas un livre pour le groupe lecture.

Annick
Ce n'est pas parce qu’on est tous d’accord mais parce que, comme le dit Danièle, on n'arrive pas à rebondir à argumenter.

Claire
Tous ne disent pas que c’est un bon livre, loin de là !
Suzanne, parmi les Bretons la seule à penser que ce n’était pas un livre pour le groupe lecture, dit pour sa part que du groupe lecture elle attend des romans et non des livres d’histoire de l’art. Ce à quoi Chantal répond : pas d’accord, moi j’aime toutes sortes de livres qui ont leur place dans le groupe.

Monique L
Ce que j’ai apprécié, c’est la méthode d’analyse. Je vais souvent à des visites guidées pour voir des œuvres d’art et le côté recherche scientifique m’a beaucoup intéressée.

Danièle
Je trouve, comme Fanny, que l’analyse reste très hypothétique…

Annick A
Oui l'analyse est hypothétique, mais l’auteur le reconnaît. Et est-ce si important ?

Claire
J’ai moi aussi une hypothèse. Ayant trait à la légitimité :
- l’auteur n’est pas écrivain, c’est son seul livre
- l’auteur n’est pas spécialiste
- il est rien donc : un médecin qui se pique d'écrire sur l'art, pfffttt
- et tiens tiens, au sujet de ce livre qui semble avoir eu du succès (on le lisait sur les plages...), je n’ai trouvé aucune critique dans les médias culturels, grands quotidiens, journaux littéraires, etc. Il y a une émission sur France Culture, avec d'ailleurs un ponte de l’art mais une seule. Ce mec n’est pas dans l’élite et ose faire quelque chose en marchant sur les plates-bandes de l’élite. Est-ce que (c'est un peu osé) dans les réactions du groupe, y a pas un petit quelque chose de ça, c’est trop... populaire (je cherche le mot).

Séverine
Je ne dirais pas que c’est populaire, au contraire !

Claire
Le mot n’est pas terrible : ce n’est pas un livre prise de tête.

Séverine
Oui car c’est très érudit. On va dire que c’est fluide, gouleyant.

Claire
L’érudit (voir certains des chapitres de Huysmans que nous avons tâtés....) n’est pas toujours gouleyant...

Séverine
Est-ce que finalement ça ne serait pas un livre "très confiné", à apprécier seul, et difficilement "déconfinable" et à partager avec les autres ?

Françoise
Non, non, pas d'accord, le plaisir, ça se partage !

Séverine
Ok, mais je constate qu’on peut juste partager le fait qu’on a aimé lire ce livre, mais qu’on n’a rien d’autre à en dire, mais c’est déjà beaucoup.

Claire
Qu'est-ce qu'on est en train de faire ?!

Françoise
Pour une fois qu'on ne s'écharpe pas, ne faudrait-il pas plutôt s'en réjouir ? Je constate de plus que ça ne nous empêche pas de débattre... On a moins la gnaque parce qu'il nous manque le boire et le manger, mais on discute tout de même !

Claire
Mais si on s’écharpe !

Séverine
Alors on va dire qu’on a vécu une "expérience" littéraire comme il existe des expériences artistiques ?

Claire
Tout à fait d'accord... comme pour chaque livre du groupe lecture...

Monique
Je ne vois pas les messages dans l’ordre. Il m’est très difficile de suivre un fil de discussion. Avez-vous le même souci ?

Claire
Oui Monique, ça part dans tous les sens, c’est normal, c’est comme dans le tableau.

Françoise
Oui, tu suis comme tu veux. Au moins ici on ne se fait pas taper sur les doigts parce que c'est pas notre tour, lol.

Danièle
Finalement, on s’amuse !

Monique
Je ne sais pas qui a écrit "j’ai lu le livre comme un récit, avec des péripéties, des coups de théâtre, des tensions, oui... comme un roman". Je suis d’accord avec cet avis.

Claire
C'est bibi !

Marie-Christine
Captivée par le foisonnement des détails, des symboles, des analyses
trop... ou pas assez... Urgence d'aller voir de près ce tableau !

Séverine
De près, mais pas trop… avec la distance de sécurité car le couple Arnolfini n’a pas de masque… pas encore en tout cas. Un artiste de photoshop osera-t-il leur en mettre un ?...

Françoise
Je déconseille vivement à Marie-Christine de se précipiter pour aller voir le tableau. Mais on pourrait se faire un aller-retour en Eurostar groupe, plus tard, beaucoup plus tard...

Claire
L’aller retour en Eurostar pour une journée à Londres, on passe au moins 7h sur place, quel pied, on peut aller voir Agatha Christie et bien d’autres sur place... Y a plus qu’à attendre quelques semaines, euh mois, euh...

Françoise
Ça nous ferait un projet de plus... youpie !

Fanny
Oui une sortie pour aller voir le tableau ! Et après on écrit un ouvrage collectif en contrepoint-de-vue, on n'aura pas les connaissances de Postel mais une imagination collective flamboyante...

Claire
Tu parles dans ton avis, Danièle, de Daniel Arasse : ce serait pas pour le groupe lecture ?

Danièle
Pas beaucoup plus, je crois. Mais je peux conseiller un livre très court, où Daniel Arasse apprend aussi à voir, et qui est justement intitulé : On n'y voit rien. Seulement, il est un peu plus pédant que Postel, qui lui est très simple, malgré son érudition.

Claire
Une expérience ... comme dit Séverine, à tenter.

Françoise
En tout cas, moi avec ma mémoire de moineau, je pense qu'il me restera la démarche, et la méthodologie, comment regarder un tableau, c'est déjà pas si mal, sans compter le talent de l'auteur pour nous tenir en haleine.

Monique L
Je partage l’avis de Françoise.

Séverine
Oui un vrai bon polar artistique.

Claire
Avoue que c’est super original. Il trouve une forme : en cela c’est un créateur. J’ai lu cette citation de Victor Hugo aujourd’hui : ‘'la forme, c’est le fond qui remonte à la surface” j’adore...

Séverine
Mais j’ai trouvé ça bien, je reconnais du talent à ce monsieur.

Claire
Bon alors finalement, ce n’est pas un livre pour le groupe lecture ?

Danièle
Pas trop, je pense. Mais chacun (ou presque) a eu plaisir à le lire, et se sent plus avancé qu’avant dans l’art de voir.

Monique
Je ne sais pas dire si c’est un livre pour le groupe de lecture mais je remercie le groupe de me l’avoir fait lire !...

Geneviève
Idem !

Fanny
Pareil. Contente de l'avoir lu. C'était une nouvelle expérience de lecture, je vous rejoins.

****
Fin des échanges effectués par mel pour cause de post-confinement : ils auront duré 1h...

****

DES INFOS
DES IMAGES   
   •
La première page du livre évoquant une image absente du livre
   • Le tableau Les Époux Arnolfini
   • Les autres œuvres de Van Eyck
   • Des portraits de Van Eyck
   • Des détails du tableau
   • Des produits dérivés
DES INFOS
   • Jan VAN EYCK : l'homme et le peintre
   • Jean-Philippe POSTEL : l'auteur du livre
   • Le tableau Les Époux Arnolfini : quelques articles spécialisés
   • Un clin d'œil à Perec avec un palindrome latin

DES IMAGES

• LA PREMIÈRE PAGE - LE TABLEAU

La première page du livre, après la préface de Pennac
"À Londres, les jours de beau temps, une étrange forme humaine s’offre au regard des promeneurs sur Trafalgar Square, juste devant l’entrée de la National Gallery.

Elle porte un masque, une longue robe de bure et elle se tient en lévitation, immobile, à une soixantaine de centimètres au-dessus du sol. Parfois, lentement, elle bouge un peu la tête. Sa robe flotte dans la brise. Une main gantée en émerge et repose mollement sur le pommeau d’une grosse et longue canne, dont le bout se perd dans les plis d’une pièce de drap étendue sur le sol. Le masque se veut terrifiant ; c’est celui de je ne sais quel guerrier de la saga Star Wars. Une casquette de velours retournée par terre contient quelques pièces de monnaie.
Nous aimons l’illusion et les tours de passe-passe. Voir apparaître entre les mains du magicien la dame de cœur ou le roi de pique secrètement évoqués nous arrondit toujours les lèvres d’ébahissement. Nous cherchons à comprendre – et simultanément nous n’aimons rien tant que de ne pas comprendre : un tour déçoit souvent une fois expliqué. Celui de la lévitation, même s’il parvient à nous mystifier durant quelques instants, est rudimentaire.

C’est avec un illusionniste d’une autre envergure que nous avons rendez-vous."


Van Eyck, Les Époux Arnolfini, 1434 (82,2 × 60 cm)


La salle 63 de la National Gallery
(quand le livre a été écrit, le tableau était en salle 56)

Sur le site de la National Gallery à Londres, on peut voir :
- le tableau en gros plans successifs (4 min)
- ce que révèle la réflectographie infrarouge sous le portrait Arnolfini de van Eyck (3 min)

• LES AUTRES ŒUVRES DE VAN EYCK


Van Eyck, Retable de l'Agneau mystique
(ouvert : 3,4 m x 5,2 m)
Retable de l'Agneau mystique (fermé ci-dessous : 3,5 x 2,23 m)


Cathédrale Saint-Bavon
, Gand

Van Eyck, Triptyque portatif, v. 1437 (33,1 × 27,5 cm)

Collections nationales de Dresde

Van Eyck, La Vierge au chanoine Van der Paele
1434-1436 (141 × 176,5 cm)

Musée Groeninge, Bruges

Van Eyck, La Vierge dans une église, v. 1438-1440 (31 × 24 cm)

Gemäldegalerie
, Berlin

Van Eyck, La Vierge à la fontaine,1439 (19 × 12 cm)

Musée royal des Beaux-arts
, Anvers

Van Eyck, La Vierge du chancelier Rolin, v. 1430 ou 1435-1436 (66 × 62 cm) - Le chancelier Rolin fut pendant 40 ans le deuxième personnage du duché de Bourgogne (p. 131)

Musée du Louvre

Van Eyck, L'Annonciation, v. 1434-1436 (90,2 × 34,1 cm)

National Gallery of Art
, Washington

Van Eyck, Sainte Barbe de Nicomédie, 1437, dessin sur panneau (31 × 18 cm)

Musée royal des Beaux-arts
, Anvers

Van Eyck, Diptyque de la Crucifixion et du Jugement dernier (56,5 × 19,7 cm)

Metropolitan Museum of Art
, New York

Van Eyck, Le diptyque de l'Annonciation, 1433-1435
à gauche l'Archange Gabriel (38,8 x 23,2 cm), à droite la Vierge Marie (39 x 24 cm)

Museo Nacional Thyssen-Bornemisza
, Madrid

Van Eyck, La Vierge de Lucques, 1435-1440 (65,5 × 49,6 cm)

Musée Städel
, Francfort-sur-le-Main

Van Eyck, Les stigmates de Saint François, v. 1435-1440 (29,5 × 33,7 cm)

Galerie Sabauda
, Turin

Van Eyck, Portrait de Baudoin de Lannoy, v. 1435 (26 × 20 cm)

Gemäldegalerie
, Berlin

Van Eyck, Portrait du cardinal Niccolò Albergati, v. 1438 (34 × 27,5 cm)

Kunsthistorisches Museum, Vienne

Van Eyck, Portrait de Jan de Leeuw, 1436 (24,5 × 19,2 cm)

Kunsthistorisches Museum
, Vienne

Van Eyck, L'Homme au chaperon bleu, dit aussi Portrait d'un orfèvre, v. 1430 (17,4 × 15,5 cm)

Musée national Brukenthal
, Sibiu, Roumanie

Van Eyck, Portrait de Giovanni Arnolfini, v. 1438 (29 × 20 cm)

Gemäldegalerie
, Berlin

(ce musée possède aussi La Huque bleue qu'évoque JP Postel p. 90 :
un panneau "dans lequel Bruegel l'Ancien s'est amusé à illustrer plus de cent proverbes flamands")

Léal Souvenir (ou Portrait d'un homme), 1432 (33,3 × 18,9 cm)

National Gallery
, Londres


La Naissance de saint Jean-Baptiste
: lettrine, Dieu le Père, Le Baptême du Christ v. 1420 ou 1435 (28,4 × 20,3 cm)

Van Eyck, dans le Livre d’heures de Turin-Milan, tempera, feuille d’or et encre sur parchemin - Palazzo Madama, Turin

La Messe des morts : lettrine, Dieu en juge suprême (autre main), Cortège funèbre au cimetière, (29,5 × 21,3 cm)

Van Eyck, Portrait de Margaret Van Eyck, 1439 (41,2 × 34,6 cm) épouse du peintre

Musée Groeninge
, Bruges

Fabienne Verdier, dont nous avions lu La Passagère du silence, s'empare du motif des petits serpentins d’étoffe blanche qui rehaussent la coiffe de Margaret, l’agrandit démesurément, en déstructure les volutes qu’elle jette sur un fond rouge, rouge comme le lourd vêtement de Margaret.

Fabienne Verdier, Margareta. La pensée labyrinthique II, 2011
Encre, pigments et vernis sur toile (1,80 m × 3,56 m)

On le retrouve en couverture du livre de Fabienne Verdier
L'Esprit de la peinture, Albin Michel

La Femme à sa toilette de Van Eyck , v. 1434 a disparu
(voir p. 122-127). Deux copies existent :
1.
une copie d'après Van Eyck du début du XVIe siècle (27,2 x 16,3 cm)

Fogg Art Museum
, musée de l'université d'Harvard

2. une deuxième copie (voir p. 127) sur le tableau de Willem van Haecht, Le Cabinet d'art de Cornélius van der Geest, 1628 (99 cm x 129,5 cm), le tableau est reproduit juste au-dessus des statues au milieu du tableau (10 x 8 cm)

Rubenshuis, Anvers

Signalons que ce tableau est cité par Georges Perec dans son roman Un cabinet d'amateur (1979), histoire d'un collectionneur de tableaux qui s'est fait représenter dans sa galerie en présence de ses plus importants tableaux. Le récit porte sur le fait que le tableau figurant la collection est lui-même représenté dans le tableau, opérant par là une mise en abîme susceptible de produire quelques effets particulièrement vertigineux sur ceux qui le contemplent. De plus, de vrais tableaux y côtoient des tableaux imaginés. Et dans l'ensemble ainsi constitué de quelque 150 tableaux, figure notamment le tableau ci-dessus...

• PORTRAITS DE VAN EYCK (autoportraits supposés, portraits postérieurs)

Détail du Retable de l'Agneau mystique :
cavalier vêtu de noir du panneau des Juges intègres, 1432
(voir p. 29)

Cathédrale Saint-Bavon, Gand


Les Époux Arnolfini, 1434

Van Eyck, L'Homme au turban rouge, 1436 (26 x 19 cm)

National Gallery
, Londres

Dominicus Lampsonius, Portrait de Van Eyck, gravure extraite de l'ouvrage Les Effigies des peintres célèbres des Pays-Bas, 1572 (voir p. 29)

British Museum

Attribué à Willem van den Broecke, Portrait en buste de Jan van Eyck, v. 1545-1554 (H 41 cm, L 18,5 cm, P 11,5 cm)

Museum aan de Stroom
, Anvers

Valentin Vaerwyck et Geo Verbanck, monument en l’honneur
des frères Van Eyck, 1912-1913, à Gand


• DES DÉTAILS DU TABLEAU Les Époux Arnolfini

Johannes de eyck fuit hic




Postel repère des patins (soques) dans d'autres tableaux : dans la Naissance de la Vierge du Maître de la vie de Marie (au pied du coffre), dans le panneau central du Tryptique Portinari d'Hugo Van der Goes :

• PRODUITS "DÉRIVÉS"

Émirats arabes unis, 1968-1973


Coque de smartphone

DES INFOS

• Jan VAN EYCK (v. 1390-1441) : l'homme et le peintre
- On sait peu de choses sur sa date et lieu de naissance, sur sa jeunesse et sa formation de peintre. Il est issu d'une famille d'artistes : deux frères et une sœur tous peintres ! Voir la suite ici.
- Van Eyck fait partie des Primitifs flamands, terme apparu au XIXe siècle pour désigner les artistes peintres du XVe et du début du XVIe siècle originaires de la région qu'on appelait alors les Pays-Bas méridionaux et qui correspond plus ou moins à la Belgique actuelle et la Flandre française.
- Avant que Van Eyck perfectionne la technique de la peinture (très détaillée) à l'huile, on peignait auparavant surtout à la détrempe, un type de peinture que l'on fabriquait en mélangeant du pigment avec du jaune d'œuf et de l'eau. La principale différence entre la peinture à l'huile et la détrempe est que la détrempe est opaque, tandis que la peinture à l'huile peut être appliquée en couches translucides, ce qui donne aux tableaux des Primitifs flamands une impression de profondeur et d'intensité des couleurs.
- Lorsque Van Eyck réalise notre fameux tableau des époux Arnolfini, il a pour "patron" Philippe Le Bon, très puissant : voir en ocre sur la carte l'étendue du Duché de Bourgogne, avec pour capitale Dijon, au fort rayonnement culturel et artistique, qui surpassait en richesse la France et l'Angleterre. Philippe le Bon, Duc de Valois, pourtant vassal du Royaume de France et de l'Empire Romain germanique, réforme l'administration des territoires issus du système féodal, vers une centralisation. Eduqué en Bourgogne puis en Belgique, il reçoit une culture française et sera l'un des plus grands mécènes du XVe siècle, favorisant les arts (musique, chroniqueurs, peintres, enlumineurs, etc.). À l'image de leur souverain, les bourgeois et riches marchands des villes drapières du Comté de Flandre, investissent dans l'art, ce qui favorise la naissance d'une peinture non-religieuse.


- Au fil des siècles, Van Eyck est peu à peu tombé dans l'oubli, et c'est seulement au XIXe siècle que ses tableaux ont été redécouverts, collectionnés et étudiés.
- L'exposition-événement organisée à Gand du 1er février au 30 avril 2020, “Van Eyck. Une Révolution optique”, a été stoppée en plein confinement. Du coup, le musée a mis en ligne une visite filmée de 26 min, qui vaut le coup, guidée par l’un des commissaires de l'exposition (en anglais, sous-titrée en français).

Jean-Philippe POSTEL (né en 1951) : l'auteur du livre L'affaire Arnolfini
On en sait encore moins que sur Van Eyck... Il fut médecin pendant 35 ans et est amateur d'art. Ce livre est son seul livre publié.
Peu de presse, peu d'interviews...
À signaler :
- un entretien à France Culture avec Jean Loisy, émission Les Regardeurs,18 septembre 2016 (58 min). Jean Loisy n'est lui, pas un amateur... : responsable des expositions au Carré d'art de Nîmes, conservateur à la fondation Cartier à Paris, puis au musée national d'art moderne de Paris, président du palais de Tokyo, actuellement directeur de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris.
- une présentation filmée de 55 min dans la librairie française Le Lexikopoleio à Athènes de son livre par Jean-Philippe Postel (avec les photos des détails en gros plan de grande qualité), le 17 septembre 2019 (suggestion : sauter les 10 premières minutes pour aller directement à l'exposé de JP Postel). Coïncidence : c'est dans cette librairie que des membres de Voix au chapitre passèrent une soirée avec l'une des auteures grecques rencontrées (Érsi Sotiropoúlos) lors de leur voyage littéraire en Grèce en 2017.

Le tableau Les Époux Arnolfini : pour les insatiables, quelques articles très spécialisés
- Erwin Panofsky, "Jan van Eyck’s Arnolfini Portrait", The Burlington Magazine for Connoisseurs, Vol. 64, n° 372, mars 1934 (article fondateur de la méthode iconologique de Panofsky, voir ici une présentation).
- Rachel & Campbell Billinge, "The Infra-red Reflectograms of Jan van Eyck's Portrait of Giovanni (?) Arnolfini and his Wife Giovanna Cenami (?)", National Gallery Technical Bulletin, vol 16, 1995
- Catherine Jordy, "Le respect de l’interprétation. Une mise en abyme du miroir", Catherine Jordy, Le Portique, Revue de philosophie et de sciences humaines, n° 11, 2003
- Tarcisio Lancioni, "Jan Van Eyck et les Époux Arnolfini, ou les aventures de la pertinence", Actes sémiotiques, n° 116, 2013

Un clin d'œil à Perec, avec un palindrome latin mis à toutes les sauces artistiques
- Perec, on l'a vu, a évoqué, dans son livre Un cabinet d'amateur, un tableau incluant un tableau de Van Eyck.
- Parmi les innombrables contraintes que s'est données l'auteur pour
écrire La vie mode d'emploi, dix paires sont constituées à partir d'une liste de dix livres et de dix tableaux. Le premier duo est le livre Dix Petits Nègres d'Agatha Christie et le tableau Les Époux Arnolfini.
- Perec est l'auteur du Grand Palindrome. Et dans notre livre, il y a un palindrome...

Page 64, dans le chapitre sur le purgatoire, est évoquée au passage "une prouesse palindromique anonyme [qui] décrit la condition des âmes du purgatoire : 'In girum imus nocte ecce et consumimur igni.' En effet, les âmes 'tournent en rond dans la nuit et sont consumées par le feu'". Rappelons qu'un palindrome peut se lire indifféremment de gauche à droite en gardant le même sens. Et c'est le cas de :

in girum imus nocte ecce et consumimur igni

Cette phrase latine, qui fait référence aux papillons de nuit qui tournent autour de la chandelle avant de s'y brûler :
- sert de titre à un film de Guy Debord (1978, sorti en 1981) : ce film décrit la société contemporaine où chacun se brûle en tournant autour des biens de consommation (film en ligne ici)
- est cité par Umberto Eco dans son roman Le Nom de la rose (1980)
- est le titre d'un ballet de Roberto Castello, In girum im
us nocte et consumimur igni (2018).

 

                                   
Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

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