Patti Smith octobre 2018

Extrait de L'Express

Patti Smith 1975
La célèbre pochette de disque par Robert Mappelthorpe


Qu
atrième de couverture, Folio, 2018, avec 53 photos : En dix-huit "stations", Patti Smith nous entraîne dans un voyage qui traverse le paysage de ses aspirations et de son inspiration, par le prisme des cafés et autres lieux qu’elle a visités dans le monde. De la Casa Azul de Frida Kahlo aux tombes de Genet, Rimbaud, Mishima, elle trace un itinéraire flottant au cœur de ses références et de sa vie. Oscillant entre rêve et réalité, passé et présent, Patti Smith nous propose un livre inclassable, profondément sensible et sincère, illustré par les photographies en noir et blanc qu’elle prend depuis toujours, et qui confirme qu’elle est l’une des artistes actuelles les plus singulières et indépendantes.


Sur la q
uatrième de couverture, Gallimard, Hors série Littérature, 2016, une photo :

Présentation de l'éditeur sur le site Gallimard : Patti Smith a qualifié ce livre de "carte de mon existence". En dix-huit "stations", elle nous entraîne dans un voyage qui traverse le paysage de ses aspirations et de son inspiration, par le prisme des cafés et autres lieux qu'elle a visités de par le globe.
M Train débute au Ino, le petit bar de Greenwich Village où elle va chaque matin boire son café noir, méditer sur le monde tel qu'il est ou tel qu'il fut, et écrire dans son carnet.
En passant par la Casa Azul de Frida Kahlo dans la banlieue de Mexico, par les tombes de Genet, Rimbaud, Mishima, ou encore par un bungalow délabré en bord de mer, à New York, qu'elle a acheté juste avant le passage dévastateur de l'ouragan Sandy, Patti Smith nous propose un itinéraire flottant au cœur de ses références (on croise Murakami, Blake, Bolaño, Sebald, Burroughs... ) et des événements de sa vie.
Écrit dans une prose fluide et subtile qui oscille entre rêve et réalité, passé et présent, évocations de son engagement artistique et de la perte tragique de son mari – le guitariste Fred "Sonic" Smith –, M Train est une réflexion sur le deuil et l'espoir, le passage du temps et le souvenir, la création, les séries policières, la littérature, le café...
Après Glaneurs de rêves (Gallimard, 2014), Patti Smith nous propose un nouveau livre inclassable, profondément sensible et sincère, illustré par les photographies en noir et blanc qu'elle prend depuis toujours, et qui confirme qu'elle est l'une des artistes actuelles les plus singulières et indépendantes...

Et le traducteur ?
Nicolas Richard a traduit de l'anglais une quarantaine de romans. Il a été un des premiers traducteurs en France à participer à des joutes de traduction.

Patti Smith
M Train (2015)
Nous avons lu ce livre en décembre 2018.
"Il y a des tueurs en série,
moi je suis une lectrice en série."
(Patti Smith, America)

En bas de page, quelques repères sur une œuvre protéiforme et un vaste parcours
- Livres de Patti Smith traduits en français
- Presse : entretiens avec Patti Smith et articles

- Parcours à rebondissements...

Jacqueline, Manuel, Nathalie, Séverine
¾ : Brigitte, Catherine, Etienne, Geneviève, Denis
½ :
Claire, Danièle, Etienne, Fanny, Monique
¼ : Henri
Annick, Françoise

Brigitte(avis transmis)
J'ai beaucoup aimé ce livre. Il est facile à lire dans le bus, dans une salle d'attente… Il ne requiert pas une attention soutenue, puisque c'est un rêve poétique, léger et aérien.
Ce n'est pas un genre littéraire habituel, on pourrait le qualifier de "journal intime", mais en fait c'est plutôt l'"écume" d'un journal intime, au sens de L'Écume des jours de Boris Vian.
J'ai partagé d'emblée la sympathie de la narratrice pour l'enquêtrice de The Killing, je le partage absolument. On trouve dans ce livre un mélange de culture littéraire classique et de culture moderne des séries américaines. Tout se déroule dans un monde fantasmatique, relié au monde réel par l'évocation de ses chats, des divers cafés qu'elle fréquente assidûment, de son vieux manteau noir, des événements de son existence passée et présente, de la cabane qu'elle s'achète (son Alamo), de son amour pour Genet, Sylvia Plath… la perte des objets, l'oubli, les cailloux qu'elle dépose sur les tombes de ses écrivains favoris…
Ce fut un très bon moment de lecture, une belle expérience.
Je n'ai pas compris à quoi se rapporte le titre qu'elle a choisi.
J'ouvre aux ¾. Merci à Jacqueline de m'avoir fait découvrir ce livre.
Nathalie (avis transmis)
Certaines lectures ne se partagent pas ! Il y a des textes qui doivent, selon moi, rester dans l'obscur silence de notre réception... nous n'avons pas forcément envie de les partager ! C'est exactement ce qui m'arrive avec ce livre à l'écriture très fine et légère et en même temps qui provoque une mélancolie profonde… L'alternance textephoto m'a obligée à me demander quelle photo j'aimerais apposer à certains souvenirs... D'autant plus que les photos choisies sont très simples et parfois maladroites. Si ce soir la critique se résume à s'extasier, à s'étonner, à hausser les épaules et à commenter ce qu'elle nous raconte, cela ne m'intéresse pas. Je n'ai pas envie d'entendre "mais elle fait ça ! elle a dit ça ! elle pense ça ! Avez-vous lu ?" C'est aussi, la limite à mon avis de la présence de l'écriture de soi dans un groupe de lecture... Un texte de soi, sur soi, pour soi mais que l'on publie et qui s'écrit et se lit dans le silence… un texte livré en pâture et dont on ne saura jamais pour quelle raison il aura été acheté... Pourquoi avons-nous programmé ce livre ? De ces choses disparues à elle, combien de choses disparues à nous ?
Elle saisit en l'instant le cheminement de sa pensée. Elle parle aux choses, elle se parle à elle-même. C'est un très beau livre très poétique, très nostalgique, celui d'une femme qui a perdu quelque chose de très cher (jeu de mots). J'ai été très sensible à cet amour qu'elle porte à l'être disparu, aux choses du passé sans jamais s'y appesantir lourdement, sans jamais gémir sur le manque de façon explicite. Au fur et à mesure que j'avançais dans ma lecture, j'avais toujours l'impression que je me trompais, que la Patti Smith dont je lisais le livre n'était pas celle que j'écoutais quand j'avais 14 ans. Je n'arrivais pas à comprendre que c'était la même personne et je me disais "c'est encore un tour du groupe de lecture ! j'ai dû mal comprendre !" Je suis donc allée plusieurs fois relire la quatrième de couverture pour être bien sûre, même si la photo de la première page ne pouvait pas me permettre de croire à une erreur… Mais pour moi, cette femme au chapeau noir qui s'assoit tous les jours à la même petite table jalousement gardée pour écrire "le rien" après avoir été dans l'ambiance bruyante des concerts, ne pouvait décidément pas être la même ! Et en fin de compte, voilà comment on arrive à écrire quelque chose dont ne veut pas parler. J'ouvre en grand.
Catherine(avis transmis)
J'ai eu un peu de mal à accrocher au début à ce récit autobiographique, dans lequel il ne se passe pas grand-chose (ce qu'annonce la première phrase du livre) et qui me paraissait assez décousu. J'ai fini par me laisser prendre par l'ambiance, me laisser séduire par la personnalité de Patti Smith, que je ne connaissais que comme chanteuse, assez mal d'ailleurs à part quelques chansons. J'ai donc suivi avec plaisir ses vagabondages de café en café et d'un pays à l'autre à la recherche d'objets fétiches, portés ou utilisés par des écrivains qu'elle a connus ou qu'elle admire. Elle fait entrer son lecteur dans son univers peuplé de chats, de livres, de photos, de rêves assez surréalistes (et on se demande parfois si elle n'a pas un peu fumé la moquette), de souvenirs des personnes disparues qu'elle a aimé, père, frère, mari, écrivains... Bref un livre que j'ai lu doucement avec finalement beaucoup de plaisir. Je l'ouvre aux ¾.
Séverine
C'est un livre où il est difficile de dissocier auteur et narrateur. Le livre m'a fait aimer l'auteure. Est-ce une autobiographie ? Originale, car on arrive à découvrir ce qu'elle aime par touches. Je dirai comme Flaubert : Patti Smith, c'est moi. J'ai adoré la ville des disparus. La relation texte/image m'a fait penser à Sophie Calle, mais moins glauque. Le rapport au temps est intéressant, ainsi que son rapport aux écrivains avec un côté rituel. Il y a des choses incongrues, par exemple les passages sur la dérive des continents. C'est très poétique. Elle écrit sur rien et c'est quelqu'un d'extraordinaire. Elle dit qu'on peut tous être extraordinairement ordinaires. Mais ce doit être un livre clivant. Certains peuvent ne pas l'aimer, mais j'ai adoré.
Claire
Je suis d'accord avec tout ce que tu as dit Séverine, mais je n'ai pas la même conclusion. J'avais lu
Glaneurs de rêves il y a quelques années et gardais le souvenir d'un charme. Avec M Train, j'ai d'abord beaucoup aimé l'objet-livre, y compris la police Granjon délicatement présentée dans un texte sous forme de rond en fin de livre ; j'avais acheté le livre d'occasion en Folio, mais j'ai vu en bibliothèque la première édition pas en poche qui a en plus un très joli papier : plaisir physique donc. Sans parler du plaisir des photos et de leur relation au texte que j'ai trouvée très agréable. J'ai aimé la personne, pas star du tout, le tissage permanent entre quotidien et arts, avec des auteurs inconnus qui donnent envie (Akutagawa, Dazai, Bolaño), ses rites, l'histoire du club Alfred Wegener dont on se demande si ce n'est pas inventé. Et comme elle n'a pas de problème d'argent avec tous ses droits d'auteur, quelle liberté que semble être la sienne : et hop je me suis envolée pour Madrid. Mais !... Je n'aime pas les journaux d'écrivains car on a droit à tout par le menu et là on se tape le menu à répétition ; l'ennui m'est venu malgré ma sympathie et l'aspiration poétique, et je me suis mise à feuilleter ; ça pourrait être sans fin, il n'y a pas de progression et je m'ennuie quand les croquettes du chat reviennent une nième fois. J'ouvre à moitié.
Geneviève
Je connaissais Patti Smith, c'est l'idole de mon adolescence. Je connaissais les deuils de sa vie. Ayant l'image d'une passionaria, d'une femme engagée, j'ai été surprise par sa vie solitaire. J'ai eu du mal au début, puis je me suis laissé gagner par le charme. Le personnage de Fred, qui se construit un peu plus à chaque apparition, m'a beaucoup touchée, et aussi le côté magique de la maison en ruines qu'elle achète. J'ai été impressionnée par la description des ravages de la tempête, et je me suis retrouvée dans son obsession du café et dans l'obsession des objets perdus. Je l'ai lu en anglais et le texte poétique est parfois difficile à comprendre, j'ai du m'accrocher de temps en temps. J'ouvre aux ¾.
Denis
Le livre m'a bien plu. J'ai beaucoup aimé la liberté que se donnent ces gens, les "clochards célestes", de voyager ou de séjourner quelque part selon leur fantaisie du moment. Par exemple, s'arrêter à Londres pour regarder des séries TV alors qu'elle allait à New York. C'est quelque chose que je n'ai jamais pu réaliser alors que cela me fait rêver.
Mon rapport au livre est passé par trois phases.
La première, c'est la lecture de M Train sans rien savoir du personnage réel qu'est Patti Smith dans le monde. J'ignorais tout d'elle. Elle m'apparaît comme une personne assez discrète, rêveuse et y prenant plaisir, solitaire et aimant la solitude, se laissant aller aux souvenirs souvent mélancoliques (mais sans insister, s'arrêtant lorsqu'ils deviennent trop douloureux – la mort de Fred). C'est un livre sans intrigue, "écrit sur rien", comme c'est revendiqué dès l'ouverture. Je n'ai pas tout compris de ses rêves ou fantaisies, et j'ai sauté des passages. Mais c'est sans importance car c'est très souvent de la poésie du quotidien. Ce livre sans intrigue est structuré par une diversité de rituels : le café, bien sûr, mais aussi nourrir les chats, ramasser des pierres, de la terre, pour en faire des objets-souvenirs, parler aux objets familiers... Elle écrit sur des serviettes en papier, mais ne nous parle pas de ce qu'elle écrit. Ces rituels formels donnent prise à mon imagination et développent un état de rêverie en lisant. Mais il faut s'installer dans un coin tranquille pour lire. C'est un livre qui génère des sensations, des sentiments.
La deuxième phase, c'est lorsque je l'ai entendue chanter (grâce à Deezer). Sa voix me donne des frissons et m'émeut beaucoup. La personne qui apparaît alors n'est plus timide et discrète, mais quelqu'un qui s'affirme avec force et détermination. Une voix puissante et profonde.
La troisième phase, c'est la prise de connaissance de quelques-uns des documents sur Patti Smith comme personnalité du show-biz et de la culture, rassemblés par Claire qui a fait là un gros travail. J'ai découvert à travers les interviews une personne chaleureuse, aux prétentions modérées, directe, aimable, bref très sympathique. J'ai été très surpris d'apprendre qu'elle n'avait jamais eu de "problème" avec l'alcool ou la drogue ; je pensais que ses rêveries pouvaient provenir d'expériences psychédéliques, mais elle affirme que non. Elle se présente comme une personne "saine", aimant la vie. C'est à cet amour de la vie, qui serait venu de ses parents, qu'elle attribue sa capacité à surmonter les nombreux deuils de personnes chères dans son entourage. A la limite, je la trouverais un peu "cucul", idéaliste, ne voulant pas voir les horreurs du monde. Mais peut-on le lui reprocher, quand elle apporte de l'émotion par ses écrits et surtout par sa musique, sa voix. Voir en vidéo sa lecture chantée de textes de Dylan à la cérémonie du Nobel : envoûtant.
Je suis finalement très content d'avoir approché l'œuvre de cette artiste et j'ouvre aux ¾.
Monique
Tout d'abord, je dois dire qu'appréciant Patti Smith pour sa musique, sa personnalité et ses engagements, j'ai entamé ma lecture avec enthousiasme. Est-ce là l'erreur ? J'avais un a priori et une attente très forte. J'ai été très déçue et je me suis ennuyée.
Ce n'est pourtant pas un livre sans intérêt. Il est inclassable, singulier. C'est un vagabondage autour de séries policières, de littérature, d'artistes, de cafés, et des nombreux objets auxquels Patti Smith tient et qui la relient aux êtres qu'elle a aimés. Le passé et le présent se mêlent. Elle invoque les vivants et les morts. Elle nous fait partager la présence des êtres qui lui sont chers : son mari, sa famille et les nombreux artistes et écrivains qu'elle a rencontrés. C'est le journal fragmenté d'une femme libre, solitaire et mélancolique. La langue est riche et poétique.
J'ai eu du mal à lire ce livre. J'ai essayé de m'y remettre plusieurs fois. Je me suis lassée des passages trop nombreux relatant les faits triviaux de la vie courante (ce qu'elle mange…). Rien n'est approfondi. Tout est survolé. J'ai été particulièrement déçue par le passage sur la maison Azul de Frida Kahlo. Il est vrai que Patti Smith était malade, mais l'intérêt ?... Je n'ai vraiment pas accroché. Les photos au polaroïd intercalées dans le livre ne m'ont pas transportée.
J'ouvre ce livre à moitié à cause des bons passages qui sont malheureusement noyés.
Annick A
Je n'ai pas du tout aimé ce livre que j'ai trouvé profondément ennuyeux, sans aucun intérêt. Je me suis laissé prendre par le premier chapitre grâce à la légèreté de l'écriture mais j'ai très vite abandonné. Le détail de ses menus, ses multiples cafés, l'huile d'olive sur ses tartines ou les célébrités qu'elle côtoie m'importe peu. Il ne me reste rien du rien sur lequel elle a voulu écrire. Je ferme le livre.
Françoise
Moi aussi je le ferme. Je n'ai rien vu de poétique.
Ce que je reconnais, on peut le prendre n'importe où, il n'y a pas de chronologie. Mais jamais je n'ai été intéressée. Ce qu'elle raconte ne m'intéresse pas. Sauf qu'elle regarde des séries, comme moi. Elle nourrit ses chats et boit du café. Donc j'ai arrêté de le lire. J'ai trouvé ça ennuyeux. Pourtant j'aime beaucoup Patti Smith par ailleurs, d'où la déception.
Fanny
J'ai trouvé que c'est un livre à ambiance, avec la table du café. La qualité des photos, pas particulièrement, mais j'ai apprécié le mélange entre l'écriture et les photos. C'est bien écrit, même si je n'ai pas tout compris et ne connais pas toutes les références. C'est un style que j'ai eu du plaisir à lire. J'aurais pu m'ennuyer car elle m'a parfois perdue, mais jamais trop longtemps, à chaque fois c'est l'écriture du bouquin qui m'a retenue d'arrêter.
Quand elle parle des séries, je n'avais pas de référence, mais ça me plaisait qu'elle parle de tout un peu. Le M Train, c'est tout ce qu'on veut derrière le M : à chacun sa façon de s'approprier le bouquin. Je pense que ce livre peut susciter beaucoup de résonnances personnelles voire intimes.
Je connaissais mal Patti Smith la chanteuse. Mais j'ai vu que je connaissais surtout les reprises. Elle les chante beaucoup mieux. Je ne savais pas qu'elle écrivait. Merci pour cette découverte.
Henri
Je suis content d'avoir lu le livre dans une autre collection que Folio. Au début, j'ai accroché. Le projet d'écrire sur rien est un beau projet. Elle écrit sur rien, mais ce n'est pas le rien de tout le monde. Si ce n'était pas elle qui écrivait, qui s'intéresserait à ce qu'elle dit ? C'est totalement injuste.
Elle n'a pas de problème de fric, elle s'occupe de ses chats, elle dit qu'elle connaît Murakami... Finalement je préfère le livre du Hongrois qu'on avait lu.
Le rien, c'était une bonne idée, mais ça tombe dans le fétichisme, la symbolique nian nian. Je propose qu'on fasse des blind tests avant de lire, sans savoir qui écrit. Mais comme je suis bien élevé et que je finis mon assiette, j'ai tout lu. J'ouvre entre 1/16 et 1/8...
Manuel
Ça serait difficile pour moi d’avoir un avis négatif car j’écoute Patti Smith depuis que je suis adolescent et j’ai été heureux que nous le programmions ici. Je reconnais que j’ai lu M Train en groupie. Je pensais qu'elle avait écrit ce livre peu de temps après avoir perdu son mari Fred "Sonic" Smith, mais non. Contrairement à d’autres ici, j’ai aimé qu'elle raconte ses petits rites quotidiens : le petit déjeuner (le café, le pain complet trempé dans l'huile), ses chats et les croquettes ou ses rencontres au café : le serveur qui quitte son job pour être propriétaire de son café, son nouveau voisinage au Bungalow. Des petites histoires qui ont peu d’intérêt, mais qui m’ont intéressé par leur banalité et qui m’ont convaincu que Patti Smith était quelqu'un de sympathique. Je suis finalement moins sensible à sa poésie qui ne m’est parfois pas compréhensible. Il se dégage une grande mélancolie dans ce texte sur le deuil : les gens qu’on rencontre et qui partent ou les objets que nous perdons. J'ai aimé sa manière d'écrire, très simple. J’ai ensuite lu Just Kids qui m’a PASSIONNÉ ! Elle a connu tout le monde ! Elle décrit un New York bohème à jamais perdu. New York était en pleine ébullition. Je suis impressionné par sa passion pour Rimbaud, Genet et beaucoup d’auteurs français. Son "fétichisme" pour les tombes m'intrigue.
J'ouvre en grand.
Etienne
C'est un livre pour lequel j'ai eu assez rapidement beaucoup de sympathie et dont j'ai déroulé les pages sans m'en rendre compte. A travers la lecture d'un journal intime erratique entrecoupé de photos, Patti Smith nous embarque avec elle dans son train. Il y a d'abord les affinités culturelles qui séduisent : passionnée d'art sous toutes ses formes, elle nous propose d'insuffler de la poésie dans notre quotidien à travers les objets, les lieux, en choisissant de révéler leur valeur symbolique cachée. Sa personnalité éminemment romantique capable de la pousser à aller ramasser des cailloux à Saint-Laurent-du-Maroni pour les déposer sur la tombe de Genet, créant ainsi des rites magiques pour passer du baume à l'âme, fabriquer des remèdes à la mélancolie. Il me semble qu'il s'agit essentiellement de ça : comment survivre à la perte d'un être cher et continuer à trouver du sens à la vie par cette entreprise.
Ces passages sont entrecoupés de rêveries, de visions abstraites, d'ambiances surréalistes, qui sont globalement assez réussies bien qu'étant restées obscures.
L'ouvrage, à force de références voire de déférence peut sonner creux parfois, son côté "groupie" de la littérature prenant un peu trop le dessus, mais il y a trop d'enthousiasme transmis pour que je sois insensible ou blasé par sa prose.
Je l'ouvre donc aux ¾.
Danièle (avec compléments après la séance)
Au cours de ma lecture, j'ai tout d'abord ressenti de l'ennui, jusque vers la page 80 environ. Ne connaissant rien de Patti Smith – excusez mon manque de culture, je croyais au moment du choix de ce livre qu'il s'agissait de Kiki Smith, l'artiste plasticienne –, je n'ai pas été sensible à l'énumération assez éclatée d'anecdotes la concernant, qui tournaient souvent autour de descriptions à mon avis sans intérêt, ni à la citation de noms, célèbres peut-être, mais que je ne connaissais pas, ni à l'évocation d'une musique qui m'est étrangère. Mais ce n'est sans doute pas la raison de mon ennui. Le problème était qu'elle ne me donnait pas envie de connaître ce monde, abordé trop superficiellement à mon goût et dans des anecdotes très brèves, racontées par le prisme de rencontres dans des cafés du monde entier – l'idée paraît pourtant séduisante. Ça n'arrivait pas à m'émouvoir, ça pouvait même faire pédant. Il y avait une distance qui restait entre elle et moi. C'était centré sur elle, normal, mais sans considération du plaisir du lecteur, sauf quelques passages qui font exception à cet avis un peu péremptoire : par exemple, la rencontre avec le célèbre joueur d'échec, Bobby Fischer, assez drôle, ou l'histoire de son exposé concernant Wegener et la tectonique des plaques, elle, l'artiste, devant un public de doctes scientifiques. Description assez fine de l'antagonisme des deux univers.
Je commençais donc à être intéressée, et en plus, c'était le livre choisi pour aujourd'hui. J'ai donc continué bravement. Ses considérations qui se terminent par "ce n'est pas si facile d'écrire sur rien", nous font entrer dans son univers mental. Je préfère cette entrée et j'apprécie certaines images "mentales" (par exemple p. 78 : "
consciente du potentiel poétique de cette affliction temporaire [le décalage horaire], je tente d’en tirer quelque chose, arpentant mon brouillard interne en quête de créatures brutes ou du lièvre d’une religion indomptée"), mais je reste sur ma faim. On passe trop vite à autre chose.
Puis elle mentionne les grandes figures qu'elle a admirées ou qui l'ont influencée ou lui ont donné envie d'écrire : William Burroughs ou W. G. Sebald, que personnellement je ne connais pas. Mais cette fois, elle me donne envie de le connaître. Elle écrit, ce que je trouve très juste : "Le désir de posséder ce qu'il a écrit, que je ne peux réfréner qu'en écrivant moi-même quelque chose" (p. 83). Il me semble qu'on a dû tous un jour éprouver ce besoin. Et au fil de la lecture, je comprends qu'elle écrit sur l'acte d'écrire. On arrive à la page 100, petite merveille de réflexion sur le temps et son rapport à l'écriture, ou plutôt le contraire, sur l'écriture et son rapport au temps. Et puis ça continue, elle nous parle de son enfance en termes touchants, de sa vie de hippies (?), punks (?) avec Fred, "un mode de vie miraculeux qui n'a pu être accompli que grâce à la synchronisation silencieuse des rubis et des mécanismes d'un esprit commun" : très touchant aussi.
De même, le cow-boy de son rêve dit : "Il existe en fait trois sortes de chef d'œuvre." (p. 117) : elle nous livre là son obsession, écrire un chef-d'œuvre. Ou bien est-ce de l'ironie ?
Et puis le passage fait pour nous membres de Voix au chapitre : "Ah, renaître dans les pages d'un livre.(p. 111) avec la découverte de Haruki Murakami. Sans oublier le travail sur la mémoire, en tenant de décrire en images comment elle fonctionne : "J'étais passée à côté de cette information et je l'aurais totalement zappée, si je n'avais pas eu l'impression que quelque chose gigotait dans ma mémoire, comme une pelote de fil en mouvement.(p. 115). Et aussi, ce phénomène connu sans doute par les membres de notre groupe : "Il y a tant de livres que j'ai terminés de la même manière : dans un état d'extase, sans pour autant me souvenir du contenu une fois rentrée à la maison. Cela me perturbait, mais je me gardais bien de faire part à qui que ce soit de cette étrange affliction." (p. 196).
Puis le texte tourne presque au chamanisme : "Il suffit d'avoir des pensées agréables, cette porte, j'allais la franchir en patin à roulettes" (p. 125) ; elle est à la lisière du sommeil, là où elle peut retrouver son cow-boy ; si cela lui apporte du réconfort, moi, cela me met un peu mal à l'aise. Mais je préfère cela à la litanie des formalités qu'elle nous inflige pour passer le portail de l'aéroport (p. 139) ou le contenu de son sac... Ou même ses rêves livrés tels quels. On s'habitue à l'étrange, au point même qu'il finit par nous ennuyer. Trop de rêves tue le rêve. Certains passages sont aussi ennuyeux que peuvent être les gens qui racontent leurs voyages lointains.
J'ai eu l'impression qu'elle écrivait comme elle réalise une série de photos sur le vif et parfois en tentant de nous entraîner dans un monde lyrique ou onirique – qui passerait mieux au cinéma, peut-être... Elle a réuni toutes sortes de photos qui lui tenaient à cœur, mais, à mon avis, elle n'a pas réussi son album, ou en tout cas, pas à chaque page.
Et je ne suis pas allée jusqu'au bout. Nous obliger à ce point à lire des choses inintéressantes, pour découvrir de temps en temps des trésors de réflexion, de philosophie ou de poésie, je ne trouve pas cela fair-play ! J'ouvre à moitié.
Jacqueline (qui avait présenté ce livre lors du speed booking)
Je suis d'accord avec Nathalie, c'est une expérience intime à ne pas partager.
Cette soirée est très agréable pour moi. Le speed booking consistait à parler de livres qu'on aime. Je ne connais pas Patti Smith. Tiens, m'étais-je dit, c'est une chanteuse célèbre, je vais offrir ce livre à ma cousine, qui aime David Bowie. J'ai récupéré le livre ensuite, après son décès. Ce livre est justement un récit de deuil, et sans en parler.
Quand Fred rapporte de la terre du bagne, c'est une preuve d'amour pour Genet, c'est un projet que j'aimerais pouvoir avoir. J'ai aimé les rencontres avec les écrivains. Je n'osais pas le relire pour aujourd'hui. J'avais peur d'être déçue.
Je ne suis pas sûre que Patti Smith roulait sur l'or. L'achat du bungalow, ne fait pas penser à quelqu'un de riche.

Claire
Même si je trouve très beau l'avis de Nathalie, je ne la suis pas du tout... car je ne vois pas pourquoi on ne partagerait pas une écriture de l'intime : Patti Smith publie, elle sait qu'elle a des lecteurs, non ? Et c'est de la littérature, non ? Que cette écriture de l'intime renvoie à son propre intime qu'on ne souhaite pas partager bien sûr... ici on parle de littérature non ? A propos d'intimité..., en feuilletant mon journal intime, j'ai découvert que je me trouvais au concert mythique de mars 1978 (il y a 40 ans hum) et que je n'avais pas été emballée d'ailleurs. Je l'avais oublié et je pensais ne rien savoir de Pathi Smith et d'avoir tout découvert en reconstituant son parcours pour le site (ci-dessous) : quelle vie extraordinaire, quelle vie romanesque ! J'ai lu
Just Kids (beaucoup plus passionnant que M Train, mais bien moins ambitieux littérairement me semble-t-il) où elle croise quasi quotidiennement Janis Joplin et Jimi Hendrix...
Par ailleurs, quelqu'un a parlé de frime ou de pédantisme, moi je ne la trouve pas
frimeuse.

Manuel
Elle est factuelle.

Séverine
Sa façon de concevoir les choses me fait penser aux punks.

Claire
C'est pas dur ?

Denis
Trash ?

Manuel
Non, il y a deux tendances et l'une est d'être dans la marge, avec beaucoup de poésie.
C'est son histoire personnelle, un livre de deuil. Just kids s'est très bien vendu, alors son éditeur n'a pas hésité pour celui-ci

Denis
J'ai été agréablement surpris qu'elle cite Sebald, qui est un de mes auteurs favoris.

Manu
Quand elle est sur des choses symboliques, comme l'oiseau à ressort, on est dans le sujet.

Fanny
Tous les objets qu'elle perd, ce sont des petits riens du quotidien, sauf que le rien est peut-être là.

Danièle
J'ai trouvé qu'elle avait écrit comme on prend des photos, mais l'album n'est pas très réussi.

Henri
En fait, elle dit à la fin du roman qu'elle a utilisé tous les petits bouts qu'elle avait griffonnés durant sa vie.
C'est un personnage public.

Denis
J'ai cru que ses rêves étaient dus à la drogue, mais en fait elle dit qu'elle ne s'est pas droguée.

Séverine
Non, ils n'ont pas eu de vie dissolue.

Denis
J'ai trouvé ses interviews un peu nian nian.

Françoise
Pour moi, c'est un livre léger, sans consistance.

Claire
Les photos sont sans qualité, mais elle ne le revendique pas.

Fanny
Ça va avec son écriture.

Geneviève
Ce côté fantôme très réussi.

Annick A
Ce n'est pas aussi bien que Sophie Calle.

Claire
Aaah Sophie Calle…Je ne savais rien sur Patti Smith, mais sa vie est en fait extraordinaire. Elle est née en 1946. Elle fait une tournée actuellement, avec beaucoup de succès. Elle est très simple.

Manu qui l'a vue deux jours avant…
Elle est abordable et sympathique.

Fanny
Elle écrit sur rien, mais elle écrit sur elle, et aussi sur d'autres.

Claire
Just kids est une traversée artistique, notamment de la période des beatniks. Le documentaire qu'Arte a diffusé sur son compagnon Mapplethorpe montre son ambition d'être connu à tout prix, tandis que pour elle l'ambition semble "intérieure".

Denis
Quand elle cite William Blake et d'autres auteurs, ce n'est pas du "name dropping" : elle y fait souvent référence, ils lui sont familiers, ce sont des poètes. Mais quand elle mentionne Wittgenstein, dans le Tractatus logico-philosophicus, ou Karl Popper et le Cercle de Vienne, là elle m'étonne.

Fanny
Son écriture est atypique.

Claire
Bien que mitigée, je trouve le livre original. (Claire lit quelques citations de Patti Smith sur son propre livre M Train).
Avez-vous compris ce qu'elle fait de son huile d'olive au petit déj ?

Manu
On trempe un petit bout de pain dans l'huile d'olive.

Claire
Ça ne me dit rien...



QUELQUES REPÈRES sur une œuvre protéiforme et un vaste parcours
- Livres de Patti Smith traduits en français
- Presse : entretiens avec Patti Smith et articles

- Parcours à rebondissements...

  • SES LIVRES TRADUITS EN FRANÇAIS

- 1976 : The Night, avec Tom Verlaine, Fear Press, bilingue anglais-français
- 1978 : Witt, trad. François Merles des Îles, Michel Esteban, bilingue anglais-français (publié en 1973 aux USA)
- 1996 : La Mer de corail, trad. Jean-Paul Mourlon, Auch, Tristram (1996 aux USA)
- 1997 : Babel, trad. Pierre Alien, Christian Bourgois ; réédition 10/18, 1999 (1978 aux USA)
- 1998 : Corps de plane : écrits (1970-1979), trad. Jean-Paul Mourlon, Tristram
- 2007 : Présages d'innocence, poèmes, trad. Jacques Darras, Christian Bourgois (2005 aux USA) ; des poèmes en ligne sur le site de l'éditeur ICI
- 2008 : Trois : Charleville, Statue, Cahier, trad. Laurence Lengle, Actes Sud "Beaux arts", 3 volumes en un coffret publié à l'occasion de l'exposition "Patti Smith, Land 250", Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris, 28 mars-22 juin 2008
- 2008 : Land 250, 190 ill., trad. Laurence Lenglet, Fondation Cartier pour l'art contemporain, bilingue
- 2010 : Just Kids, 31 ill., trad. Héloïse Esquié, Denoël, Prix du livre rock 2010 ; Folio 2013 avec une postface ; Folio 2014 tirage limité sous étui ; Gallimard Beaux livres 2017 ; "Rien que des gamins", extrait de Just Kids, Folio 2€, 2018 (2010 aux USA)
- 2014 :
Les années 70 : premiers écrits, trad. Jean-Paul Mourlon, Tristram
- 2014 : Glaneurs de rêves, trad. Héloïse Esquié, Gallimard ; Folio 2016 (1992, puis 2011 aux USA)
- 2016 : M Train, trad. Nicolas Richard, Gallimard ; Folio 2018 (2015 aux USA).
Les deux premiers chapitres de M Train en ligne ICI.
- 2018 : Dévotion, trad. Nicolas Richard, Gallimard (2017 aux USA)

Site officiel : http://www.pattismith.net/

  • ENTRETIENS AVEC PATTI SMITH ET ARTICLES

Sur M Train
•RENCONTRES :
- Patti Smith se confie à Lou Doillon et évoque "les mathématiques de l'existence", propos recueillis par Gilles Médioni, L'Express, 30 avril 2016 ("Pourquoi ce titre M Train ?")
- "M Train" : Patti Smith, station to station, Nelly Kaprièlian, Les Inrocks, 15 avril 2016 ("Comment avez-vous commencé M Train ?")
- Patti Smith : "Évitez tout ce qui pourrait faire de vous des esclaves !", propos recueillis par Annick Cojean, Le Monde, 15 avril 2016 ("Lorsque j’ai écrit M Train, je souffrais d’un malaise diffus"...)
- Écrire sans destination : rencontre avec Patti Smith, par Elisabeth Franck-Dumas, Libération, 22 avril 2016

•CRITIQUES :
- Patti Smith : M Train, 18 stations d'une "carte de l'existence", Christine Marcandier, Diacritik, 8 février 2018
- M Train Patti Smith, Nathalie Crom, Télérama, 16 août 2017
- Patti Smith, stations du "Train mental", Elisabeth Franck-Dumas, Libération, 22 avril 2016
- Patti Smith : autoportrait de l'écrivaine en clocharde céleste, Catherine Lalonde, Le Devoir, Montréal, 11 mai 2016

Sur Just Kids, livre qui précède M Train, rencontres avec Patti Smith :
- Juste culte !, par Pauline, Fnac, le 13 novembre 2017 (sur l'écriture, sur la littérature, et la suite de M Train...)
- Patti Smith : "Être simple sans être approximative et précise sans être sèche", par Josyane Savigneau, Le Monde Magazine, 28 octobre 2010

Sur Dévotion, le livre qui suit M Train, rencontres :
- "J'ai besoin de croire que les gens sont bons", Nelly Kaprièlian, Les Inrocks, 31 octobre 2018 ("C'est la première fois que vous écrivez de la fiction ?")
- "Ma curiosité est sans limite", propos recueillis par Igor Hansen-Love, L'Express, 22 novembre 2018 ("Le début de votre livre se déroule ici-même, dans les locaux de Gallimard, chez votre éditeur. Faites-vous encore la différence entre la réalité et la fiction ?"...)
- Patti Smith en pèlerinage littéraire, Olivia Gesbert, France Culture, 25 novembre 2018 (27 min) ("Quand on écrit, si la voix qu’on écrit n’est pas authentique, ça se verra. Cela saute réellement aux yeux quand la voix n’est pas naturelle").
- "Découvrir les poèmes de Rimbaud, c'était comme ouvrir une boîte pleine de joyaux", propos recueillis par Marie Fouquet, Le Magazine littéraire, 5 décembre 2018.

Et pour finir... deux entretiens "généralistes" :
- Rencontre : les cinq facettes de Patti Smith, Paola Genone, L'Express, 18 janvier 2011 (la jeune fille, la poétesse, la rockeuse, l'amie, la mère)
- Le grand entretien avec Patti Smith, de longs propos recueillis par François Bunuel, America, n° 7, automne 2018, p. 24-47

Et une description de son art du dessin, extraite du Dictionnaire universel des créatrices : ICI

Enfance et formation dans le New Jersey
- 1946 : née dans une famille de 4 enfants ; son père travaille à l'usine de nuit, sa mère est serveuse et fait du repassage chez les gens ; elle est témoin de Jéhovah. "Ils passaient leur temps à lire, malgré leurs faibles revenus : la Bible, des biographies de stars de cinéma, des revues de science-fiction... C'est auprès d'eux que j'ai attrapé le virus. Le virus de la lecture."
- 1952 : Premier choc musical à l'âge de six ans en entendant The girl can't help it de Little Richard. "Depuis l'âge de 7 ans, j'écris presque tous les jours."
- 1958 : À 12 ans, elle découvre Modigliani, Dali, Picasso et veut devenir peintre.
- 1963 : Sa mère lui offre Another side of Bob Dylan, une révélation à caractère poétique.
- Les finances de ses parents ne lui permettent pas d'entrer à l'université : "A 16 ans, j'ai travaillé en usine : j'inspectais des guidons de tricycles. Je trouvais une consolation dans la lecture d'Arthur Rimbaud. Son intelligence irrévérencieuse m'enflammait. Il me délivrait des horreurs triviales de la vie en usine. C'était pour lui que j'écrivais en cachette, que je rêvais. Je brûlais d'entrer dans la fraternité des artistes." En 1964, avec un équivalent bac, elle entre à Glassboro State Teachers College pour devenir institutrice.
- 1966 : "j'ai couché avec un garçon encre plus novice que moi et je suis tombée immédiatement enceinte ". Elle est renvoyée de l'École normale : "mais peu importait désormais. Je savais que je n'étais pas destinée à être institutrice". Ne voulant pas avorter, elle place l'enfant "sous la protection d'une famille aimante et instruite". Elle travaille alors dans une fabrique de manuels scolaires à Philadelphie.

Les débuts et les rencontres à New York
- 1967 : Elle part pour New York : "j'ai quitté le sud du New Jersey et je suis montée à New York, uniquement pour vagabonder ; rien ne paraissait plus romantique, alors, que de s'asseoir dans un café de Greenwich Village pour écrire des poèmes." La rencontre avec Robert Mapplethorpe à New York marque un tournant décisif dans sa vie : de cette liaison amoureuse et tandis qu'il aura des relations homosexuelles SM, restera une amitié indéfectible, et ce jusqu'à la mort de Robert en 1989. Des photographies de Mapplethorpe figurent sur les pochettes de plusieurs de ses albums. "Je dormais dans Central Park, près de la statue du Chapelier fou. Exténuée, affamée, je traînais comme un vagabond. Mes petits boulots, de serveuse et de vendeuse en librairie, m'ont ouvert les portes du New York underground qui gravitait autour du Chelsea Hotel - où j'ai ensuite vécu avec mon premier grand amour et mon plus grand ami, Robert Mapplethorpe. J'écrivais, je peignais, je me révélais à moi-même."
- 1969 : Fascinée par Genet, Rimbaud et Verlaine, Patti Smith va séjourner quelques mois à Paris avec sa sœur Linda ; elles font partie d'une troupe de théâtre de rue et on peut également les voir faire la manche aux terrasses des cafés ou dans les couloirs du métro. "J'avais trouvé l'adresse de l'hôtel de Genet. Nous l'avons attendu pendant des heures et un jour, il est passé devant nous !" Elles pousseront même jusqu'à Charleville, pour un pèlerinage sur la tombe d'Arthur Rimbaud. Mais les conditions de vie difficiles les ramèneront à New-York.
-
1969 : Elle retrouve Mapplethorpe et s'installe au Chelsea Hotel et commence à écrire des poèmes. Elle rencontre William Burroughs qu'elle admire et Janis Joplin dont elle devient l'amie. Elle participe à des pièces de théâtre avec des membres de la Factory d'Andy Warhol. Elle connaît la révélation qui la poussera à devenir chanteuse, en entendant Jim Morrison des Doors.
- 1970 : Elle habite avec Mapplethorpe et le poète Jim Carrol (de la bande à Warhol), avec qui elle va souvent au Max's Kansas City où le Velvet Underground qui y enregistre son premier album la fascine. Elle y rencontre Lenny Kaye, avec qui elle a une liaison et qui deviendra son musicien sur la durée. Au Chelsea Hotel, elle s'amourache du dramaturge en vogue Sam Shepard (à qui est dédié M Train), avant de réaliser qu'il est marié et a un fils ; et comme en 2011, déjà, dans Glaneurs de rêves, dans M Train il est question d'un cow-boy qui n'est pas sans rappeler Shepard.

- 1971 : Elle fait des piges pour des magazines et publie en 1971 un premier recueil de 21 poèmes, Seventh Heaven (qu'elle lit ICI en public).

Carrière musicale
- 1973 : Elle rencontre Jane Friedman, qui devient son impresario (il suivra aussi Jimi Hendrix, Frank Zappa, etc). Elle est aussi mannequin. En 1974, elle enregistre son premier 45 tours Hey Joe.
- 1975 : Premier album Horses, prix Charles Cros, incluant une célèbre reprise très personnelle de Gloria de Van Morrison, avec ces mots : "Jesus died for somebody's sins but not mine" ("Jésus est mort pour les péchés de quelqu'un... mais pas les miens"). Avec ce disque, Patti Smith apparaît comme précurseure de la musique punk rock. La pochette signée par Robert Mapplethorpe fait grand bruit : le cliché noir et blanc montre une Patti Smith androgyne, arborant un duvet à la lèvre supérieure... Les musiciens Tom Verlaine et Allen Lanier, qui participent à l'enregistrement, sont tous les deux ses amants, ce qui occasionne une bagarre dans les studios. Horses est souvent cité parmi les plus grands albums de l'histoire de la musique ; il est conservé à la bibliothèque du Congrès dans le Registre national des enregistrements pour son importance culturelle.

- 1976 : Première tournée européenne. Elle est accueillie comme une révélation. Deuxième album : Radio Ethiopia. En 1977, elle tombe de scène durant un concert en Floride, se brisant plusieurs vertèbres.
- 1978 : troisième album Easter, incluant le célèbre Because the night : l'album qui est le plus grand succès commercial de sa carrière ; elle n'a pas oublié Rimbaud car le livret à l'intérieur du CD reproduit une photo du jeune Arthur et de son frère Frédéric en habits de communiants... Avec le succès de Because the night, le Patti Smith Group entame une imposante tournée américaine suivie d'une série de concerts triomphaux en Europe, notamment au Pavillon de Paris le 26 mars 1978 (Claire : j'y étais !). Elle publie le livre Babel (traduit en 1981 : Babel). En 1979, sortie de son quatrième album Wave.

Parenthèse : mariage et enfants...
- 1979 : Elle quitte New-York pour Detroit pour vivre avec Fred "Sonic" Smith qu'elle épouse en 1980 : une rencontre amoureuse qui durera quinze ans ; elle aura deux enfants Jackson et Jesse. Elle n'enregistrera pendant cette période qu'un seul album. Elle n'accorde plus d'entretiens à la presse et ne monte plus sur scène : "J'ai arrêté la musique pour me consacrer à mon mariage et à l'éducation de mes deux enfants. Je me suis inventé une nouvelle discipline : réveil à 5 h 30, écriture jusqu'à 8 h".
- 1988 : Elle enregistre l'album Dream Of Life. 1992 : Elle publie Woolgathering (traduit en 2014 : Glaneurs de rêves).
- 1994 : À un mois d'intervalle, elle perd son mari Fred Smith et son frère. Elle rencontre sa première fille, qu'elle avait abandonnée à sa naissance, qui est entre-temps devenue musicienne.

Retour sur scène
- 1995 : Elle reforme son groupe et fait son retour avec 8 concerts en première partie de Bob Dylan. Les albums se succèdent. 1996 : Gone Again. 1997 : Peace and noise. 2000 : Gung Ho. 2002 : la compilation Land qui retrace son parcours musical depuis 1975. 2004 : Trampin. 2005 : un recueil de poèmes, Auguries of Innocence. 2007 : Twelve, album de reprises de Jimi Hendrix, Neil Young, Bob Dylan, Paul Simon, Jim Morrison, Kurt Cobain, Steve Wonder… 2011 : compilation Outside Society. 2012 : album Banga (le titre fait référence au nom du chien de Pilate dans le roman Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov...)

Engagements
À de nombreuses reprises, Patti Smith utilise sa célébrité pour soutenir des causes politiques, par des prises de position et des actions artistiques.
- En 2000, elle soutient le Green Party américain et son candidat aux élections présidentielles Ralph Nader, participant à plusieurs événements organisés par le parti, en chantant son morceau People Have the Power. En 2004, elle soutient le candidat démocrate John Kerry. Militante pacifiste, elle condamne la guerre en Irak, l'emprise de la Chine sur le Tibet.
- En 2004, Trampin' est un album marqué par la guerre en Irak qui dénonce la politique de Georges Bush et où Patti Smith affirme son pacifisme et sa compassion pour le peuple irakien. En 2006, deux nouvelles chansons, Qana, du nom d'un village libanais détruit par des frappes aériennes israéliennes, et Without Chains à propos de Murat Kurnaz, un citoyen turc vivant en Allemagne depuis son enfance, enlevé et détenu à Guantanamo Bay. En 2012, à la suite de l'arrestation des Pussy Riot, Patti Smith avec de nombreux autres artistes soutient les trois jeunes Russes emprisonnées. En 2013, elle chante un hommage à Edward Snowden où elle se dit prête à l'accueillir à l'occasion de concerts en Scandinavie.
- 2015 : La fille de Patti Smith, la musicienne Jesse Paris Smith, est l'une des initiatrices des concerts Pathway to Paris organisés à Paris à l'occasion de la conférence sur le climat du Bourget. Patti Smith y rend également hommage aux victimes des attentats du 13 novembre.

Expositions de Patti Smith
- 2002-2004 : exposition Stranger Messenger au Musée Andy Warhol de Pittsburg, puis à Houston, à Philadelphia, et aussi en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, au Japon.
- 2008 : une exposition présente ses œuvres de 1967 à 2007 à la Fondation Cartier, Patti Smith, Land 250. Album en collaboration avec Kevin Shields, The Coral Sea (d'abord un livre publié et traduit en 1996 : La Mer de corail).

Patti Smith dans les œuvres des autres
- 2007 : Dream of life, un documentaire de Steven Sebring sur Patti Smith.
- 2010 : Présenté au Festival de Cannes, le film de Jean-Luc Godard Socialisme fait apparaître Patti Smith et son musicien Lenny Kaye.
- 2013 : Une exposition au Printemps de Bourges : Sur les traces de Patti Smith.
- 2015 : Fiction à la radio : Le corps plein d'un rêve : sept vies de Patti Smith de Claudine Galéa, France Culture, 29 décembre 2012.

Des honneurs
- 2005 : médaille de commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres.
- 2007 : elle entre au Rock and Roll Hall of Fame.
- 2008 : doctorat honoraire de l'Université de Rowan (New Jersey), pour sa contribution à la culture populaire.
- 2010 : Just kids, qui relate la relation de Patti avec Robert Marpplethorne, rencontre le succès et reçoit le prix National Book Award (catégorie "non fiction").
- 2011 : prix suédois Polar Music (sorte de Nobel de la musique).
-
2016 : elle représente Bob Dylan à Stockholm pour la cérémonie de remise du Prix Nobel de Littérature, où elle interprète A Hard Rain's A-Gonna Fall (voir l'article de la Revue des deux monde "Pourquoi Patti Smith a choisi A Hard Rain's Gonna Fall pour son hommage à Bob Dylan", par Jean-Pierre Naugrette, 20 décembre 2016).
- 2017 : elle reçoit à l'hôtel de Lauzun la médaille Vermeil de la ville de Paris.

Nombreux événements Patti Smith en France (sur 10 ans : 2008-2018)
- Une dizaine de livres son traduits entre 2010 et 2018 : Trois : Charleville, Statue, Cahier (trois volumes, 2008), Land 250 (2008), Just Kids (2010),
Les années 70 : premiers écrits (2014), Glaneurs de rêves (2014), M Train (2016), Dévotion (2018)
- 2008 : Exposition "Patti Smith, Land 250", à la Fondation Cartier à Paris
- 2010 : En septembre, elle participe au Peace One Day au Zénith de Paris ; en octobre, lecture publique de Just kids à deux voix avec Isabelle Huppert, au Théâtre de l'Odéon.
- 2011 : En janvier, la Cité de la musique et la Salle Pleyel lui consacrent un cycle d'une semaine avec la projection du film Dream of life qui lui est consacré, des lectures, un hommage à Allen Ginsberg avec Philip Glass et deux concerts : en trio acoustique à la Cité de la Musique et à la salle Pleyel où elle joua dans son intégralité son premier album Horses paru en 1975. En novembre : tournée française à Paris (Église Saint-Eustache et deux soirées à l'Olympia) et dans toute la France où elle a souhaité jouer dans des salles de concert à taille humaine et a donné des conférences et séances de lectures avec son public avant chaque concert : à Charleville-Mézières, au jour anniversaire de la mort de Rimbaud, elle devient marraine du projet du nouveau musée Rimbaud.
- 2012 : Concert à la Fête de l'Humanité ; sur scène, elle scande le nom du groupe de Pussy Riot.
- 2014 : Au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse, Cowboy Mouth, pièce de Patti Smith et Sam Shepard, avec Marie Barraud et Cali, mise en scène par Nicolas Tarrin (avec Tom Shepard, elle s'était antérieurement produite avec lui, elle au chant, lui au banjo, dans Smells Like Teen Spirit en 2007).
- 2016 : Patti Smith Grand Prix de l'héroïne Madame Figaro pour M Train.
- 2017 : En février, Patti Smith donne un concert intimiste à la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp, construite par Le Corbusier, patrimoine mondial de l'Unesco ; elle achète discrètement la maison reconstruite de Rimbaud, située à Roche, à une quarantaine de kilomètres de Charleville-Mézières, un village ardennais de 90 habitants où le poète a passé une grande partie de son enfance et a écrit Une saison en enfer. Des échos : France TV Info, L'Union, L'Est Républicain, Les Inrocks, Le Monde. En novembre : à la Galerie Gallimard, à l’occasion de la parution de l’édition illustrée de Just Kids, une exposition, inaugurée le jour même de l’anniversaire de la mort d’Arthur Rimbaud, présente une sélection de pièces inédites issues des archives de l’éditeur et mises en lien avec l’univers de Patti Smith et de ses souvenirs.
-2018 : Elle inaugure à Paris, avec tout le gratin de la culture, le nouvel Institut Giacometti. Toujours en tournée, cette fois sur la route du Rock en Bretagne ; elle donne une interview à Ouest-France (à Philippe Richard, 17 août 2018), dont voici, pour finir, un extrait :

  • Dans le livre M Train, votre voix d’écrivain sonne solitaire mais pas isolée.
    M Train a été écrit quand j’étais seule, mais pour le lecteur. J’aime écrire seule, et m’exprimer à la première personne, mais je ne m’écris pas à moi-même. C’est une façon de parler directement au lecteur. J’ai appris ça en lisant beaucoup de Jean Genet, par exemple. Il est plus hardcore que moi, mais il sait mélanger les événements banals de la journée et de la poésie de haute qualité. Ce style de fiction autobiographique me sied bien. C’est un style très français.
  • Vous travaillez sur deux livres en même temps ?
    J’ai du mal à ne travailler que sur une seule chose. J’ai souvent deux ou trois projets. Un est basé sur l’amour, de religion, de musique, qui traverse toute ma vie. Et bien sûr, Fred occupe une large part de ce qui est lié à l’amour. Je suis en train de finir l’autre, qui serait un M train 2, un mélange de rêves, de faits et de fiction. Et j’écris aussi de la poésie.
  • L’an dernier, vous avez acheté la maison de Rimbaud, à Roche, dans les Ardennes. Que voulez-vous faire de cette demeure ?
    La première chose est simplement de la préserver. Elle a été gardée en bon état jusqu’ici, mais c’était juste grâce à la bonne volonté de gens du cru. Elle a parfois été occupée par des écrivains, pour quelques mois de résidence. Je réfléchis à ce que je veux en faire. Dans l’immédiat, le but est qu’elle soit préservée. C’était la terre de sa mère, et c’est là qu’il a écrit Une saison en enfer. La maison a beaucoup changé, à cause de la guerre, elle a été touchée par des bombardements. Mais ce sont les mêmes pierres. Et on peut se retrouver en proximité totale avec l’endroit où il a écrit l’une de ses plus belles œuvres. C’était une merveilleuse opportunité de devenir le gardien de ce lien. Je ne me considère pas comme la propriétaire du lieu, mais son protecteur.
C'est discrètement que Patti Smith
Maison construite sur les ruines d'une ferme ayant appartenu à la famille du poète Rimbaud (mars 2017)
vient de temps en temps
dans la maison qu'elle a achetée
(ici, en mai 2018)

 

 

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :


à la folie - beaucoup - moyennement - un peu - pas du tout
grand ouvert -
¾ ouvert - à moitié - ouvert  ¼ - fermé !

 

 

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